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jeudi 6 septembre 2018

[bref] En Australie, les autorités interdisent même une tombola de soutien pour l'Association de réduction des risques ATHRA

La loterie mettait en jeu 160 prix à gagner, mais elle a été interdite par les autorités australiennes du New South Wales. Pour soutenir l'Association de réduction des risques liés au tabac Australienne (ATHRA), 66 magasins de vape ont organisé une tombola dont la vente de billets devait être intégralement reversée à l'ATHRA. Les autorités du New South Wales n'ont pas apprécié cette manière de dénicher des fonds en soutien à l'association de charité sans financement de lobbys cigarettiers, pharmaceutiques ou d'affairistes milliardaires spéculant sur l'avenir du marché du cancer. 

L'ATHRA conteste notamment la politique de prohibition du vapotage nicotiné en Australie. "Le service Fair Trading du New South Wales déclare que les organisateurs - qui avaient ouvert le tirage au sort à tous les Australiens - ont enfreint la loi sur les loteries de l’Etat parce qu’ils n’avaient pas obtenu de permis, dépassé la limite de prix et offert des prix prohibés", rapporte le Sydney Morning Herald ce matin. Les "prix prohibés" concernent quelques lots à gagner de liquides avec nicotine, illégaux en Australie tandis que les cigarettes sont en vente libre bien qu'aux prix les plus élevés au monde.

Pas de tombola de soutien, mais des taxes sur les cigarettes

Craigh Jackman, du magasin Vape4Life, à l'origine de l'initiative de la tombola de soutien s'excuse auprès des participants qu'il est en train de contacter et de rembourser. "Les gens qui ont acheté des billets sont déçus de l'annulation de la tombola, mais beaucoup d’entre eux ont décidé de faire don de leurs billets à l’association, ce qui est formidable", précise t-il au quotidien de Sydney. 

L'association ATHRA, qui compte notamment le Pr Colin Mendelsohn, le Dr Joe Kostedrich ou le Dr Alex Wodak dans ses rangs, milite pour le droit à l'accès aux outils nicotinés de réduction des risques en Australie. La légalisation du vapotage nicotiné est une des principales revendications dans un contexte où le tabagisme stagne depuis 2013, malgré les hausses répétées du prix des cigarettes. Le 1er septembre, une nouvelle hausse de 12,5% a porté le prix du paquet de la marque la plus vendue autour de 27 $aus, soit environ 16,70 € ou 19 Fs. 

Depuis 2013, le tabagisme stagne autour de 15% en Australie

"L'augmentation des taxes sur le tabac est une stratégie éprouvée pour réduire les taux de tabagisme mais elle semble subir un effet décroissant à ces niveaux stratosphériques. Une population de fumeurs très dépendants continuent de fumer quel que soit le prix", explique le Pr Colin Mendelsohn, de l'ATHRA, dans un article pour News Australia

"En dépit des augmentations de prix annuelles, le tabagisme en Australie n’a pas baissé de manière significative de 2013 à 2016, selon les statistiques officielles. Le tabagisme adulte a même augmenté de 13,5% à 15,1% entre 2015 et 2016 en Nouvelle-Galles du Sud, et la consommation nationale de cigarettes a augmenté en 2017 pour la première fois en dix ans, selon les comptes nationaux", constate le professeur de santé publique favorable à intégrer une approche de réduction des risques dans le domaine pour sortir de cette politique de l'échec.

Violent accroissement des inégalités sociales de santé

Le tabagisme frappe particulièrement les groupes sociaux les plus démunis, qui sont en proportion plus du double à fumer et ont beaucoup plus de difficultés à arrêter bien qu'ils tentent tout autant que les fumeurs aisés. "Pour ceux qui ne peuvent pas arrêter, les impôts élevés sont régressifs, punitifs et augmentent les difficultés financières et les inégalités en matière de santé. Un fumeur quotidien à Newstart dépense 68% de son revenu annuel pour fumer, ce qui lui laisse très peu pour la nourriture, le logement et d’autres produits de première nécessité", souligne Colin Mendelsohn. Alors que 70% de ces fumeurs tentent d'arrêter mais échouent pour la plupart faute d'aides, l'ATHRA soutient de leur laisser l'opportunité de passer au vapotage, qui réduit d'au moins 95% les méfaits par rapport aux cigarettes.

"La hausse des prix des cigarettes d'aujourd'hui pourrait être bénéfique si elle déclenche un passage au vapotage. Outre les avantages pour la santé, les dispositifs de vapotage sont beaucoup moins chers que les produits du tabac et soulageront le stress financier et les privations engendrés par les prix exorbitants du tabac pour les fumeurs dépendants et à faible revenu", conclue le Dr Colin Mendelsohn. A défaut de pouvoir opter pour le vapotage nicotiné, la hausse de prix condamne les fumeurs pauvres ne réussissant pas à arrêter de fumer à la paupérisation et à se priver, y compris sur la qualité de son alimentation, et augmente ainsi les dommages pour la santé.


mercredi 29 août 2018

L'Inde, grande nation du tabac, annonce la prohibition du vapotage

"L'Inde a choisi de criminaliser le vapotage. Une mesure régressive basée sur une mésinformation, de la peur et le refus de prendre en considération la science. Elle va coûter des millions de vies au pays". Le tweet de l'Association des Vapoteurs d'Inde (AVI) semble désabusé après des mois de lutte pour faire reconnaître le droit à l'accès au moyen de réduction des risques en Inde. En pièce jointe, l'avis du Ministère de la santé sur les produits de vapotage et les cigarettes chauffées, que les autorités indiennes ne différencient pas.  Le document officiel publié hier demande aux Etats indiens "d'empêcher la vente (y compris en ligne), la production, la distribution, la vente, l'importation et la publicité" des produits de vapotage et assimilés. L'avis du Ministère reproche au vapotage de délivrer de la nicotine. Bien que les produits nicotinés, dont les cigarettes, les bidies et le tabac oral local extrêmement nocifs, sont en vente libre et massivement produits en Inde.

L'Inde rejoint la Corée du Nord, la Thaïlande et le Brésil

Le Ministère de la santé appuie aussi son avis de prohibition sur le fait que les six Etats indiens, producteurs de tabac, ainsi que trente pays récemment mis en avant par le Secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS ont déjà interdit le vapotage. L'Inde rejoint ainsi les autres grandes nations productrices de tabac comme le Brésil, la Thaïlande et l'Indonésie, ainsi que les dictatures totalitaires comme la Corée du Nord et une série de régime religieux du moyen-orient dans le camp des pays prohibitionnistes du vapotage. L'Inde est parmi les grand producteurs mondiaux de tabac et instrumentalise la lutte anti-tabac pour protéger sa production locale. L'Indian Tobacco Company détient 80% du marché intérieur des cigarettes. Près de 270 millions d'indiens consomment un des produits de tabac, dont près de 120 millions de fumeurs. Il y aurait près d'un million de décès liés à une maladie provoquée par le tabagisme par an en Inde [édité].

Combien de morts au crédit de la FCTC de l'OMS ?

Le rôle du Secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS, dont le sommet bisannuel COP 8 se tiendra la première semaine d'octobre à Genève, dans cette décision violant le devoir de réduction des risques de sa convention (art. 1.d) est affligeant. La complicité silencieuse des délégations des pays démocratiques, notamment celles européennes et britanniques, sur les agissements contraires aux droits humains et en violation de la convention qu'il est sensée défendre du secrétariat de la FCTC n'est plus acceptable. Cette décision catastrophique pour la santé publique en est un nouvel épisode.

L'avis du Ministère de santé d'Inde publié hier:


mercredi 15 août 2018

Non, il n'y a aucune décision administrative pour interdire les liquides non "TPD ready" en Suisse

Une étrange rumeur circule dans les réseaux de vapoteurs romands ces derniers jours. En dépit de l'absence de décision administrative valide sur le sujet, elle prétend que les liquides autres que ceux homologués par l'Union Européenne (UE) seraient illégaux à la vente en Suisse. Difficile de saisir la base légale qui pourrait prohiber les liquides à plus de 20mg/mL de nicotine et en fiole de plus de 10 ml. Selon une source, ce bruit aurait pour origine l'administration elle-même. Pourtant en avril dernier, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a invalidé la décision de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) de prohibition de vente des liquides nicotinés. "Une décision de justice n'entraînera la nullité que dans des cas exceptionnels et s'ils sont graves. En raison de sa défectuosité, la décision générale doit être révoquée", explique le TAF dans son jugement C-76347/2015 du 24 avril 2018.

Le verdict précise qu'étant donné que "la décision administrative de l'OSAV du 12 novembre 2015 doit être abrogée, il n'est pas nécessaire de poursuivre l'examen des objections du plaignant et de répondre à sa demande de jugement déclaratoire". Autrement dit, les arguments des recours des deux professionnels de vape, Insmoke et E-Smoking, s'appuyant sur le principe du cassis de Dijon n'ont pas été pris en compte. Précision peut-être utile pour dissiper le malentendu qui parcourt le milieu de la vape suisse.

Retour à l'absence de décision administrative valide

Helvetic Vape
En l'état, la situation est similaire à ce qu'elle était lors de la Vape Mob' de mai 2015, où Helvetic Vape avait présenté l'avis de droit de Me Denis Roulet et distribué des liquides nicotinés à Berne. Inspiré de l'action de l'association des usagers, Stefan Meile, d'Insmoke, avait mis en vente des liquides nicotinés durant l'été 2015. Il a été contrôlé par les services sanitaires de son canton. Mais il n'a pas subi de contravention car aucune base légale ne le permettait. Le chimiste cantonal a analysé les liquides et il a ensuite demandé à l'administration fédérale de prendre une décision officielle

Avant cette décision, il n'y avait aucune base légale à laquelle se conformer et il n'était pas illégal de vendre des liquides nicotinés. Même si l'administration faisait courir la rumeur inverse depuis 2009. A partir de cette décision en novembre 2015, il a été possible de déposer recours contre celle-ci. Recours qui a aboutit à l'invalidation pour vice de forme par le TAF en avril dernier.

Abrogée veut dire abrogée !

Nous somme revenu à la même situation depuis l'abrogation de cette décision administrative par le TAF. Il n'y a de fait aucune décision administrative sur le sujet. Les indications de l'administration ne sont que des indications de l'interprétation que voudraient imposer les fonctionnaires bernois. Mais sans décision administrative dûment déposée, elles n'ont pas de force contraignante à laquelle les professionnels doivent se conformer. Si les services fédéraux publient une décision administrative dans les formes, il sera alors possible de recourir à s'en encontre. Politiquement, que les citoyens puissent recourir en justice contre les décisions de l'administration est une des différences entre démocratie et régime totalitaire. Un recours pourrait demander un éventuel effet suspensif, sur lequel le TAF se prononcerait, puis la procédure judiciaire se déroulerait.

Aujourd'hui il n'y a rien de cela. Helvetic Vape, rompu aux astuces de la bureaucratie bernoise, a d'ailleurs demandé des précisions sur la question à l'OSAV. L'association signale que l'administration fédérale a proposé une rencontre en réponse. Pour sa part, le site de l'administration est, à moins qu'il n'ait été hacké par un humoriste, passablement surréaliste en dépit de multiples éditions pour en gommer les absurdités les plus grossières. En l'absence de décision administrative valide, on ne voit pas ce qui rendrait illégal de vendre des liquides à plus de 20 mg/mL de nicotine, ou en conditionnement de plus de 10 mL, dans la mesure où ces produits sont fiables. Ce à quoi les commerçants sont tenus en raison du principe d'auto-contrôle de la Loi sur le denrées alimentaires et produits usuels (LDAI).

En l'état, cela offre une meilleure protection aux consommateurs qu'une hypothétique assimilation des produits de vapotage au projet de future loi tabac (LPTab), les condamnant au même type de sécurité que les produits du tabac, dans laquelle les bureaucrates bernois veulent à tout prix les mettre. Raison pour laquelle, ils refusent depuis 2013 de faire une réglementation simple et intelligente sur le sujet malgré les demandes et propositions répétées de l'association d'usagers Helvetic Vape. Pour indication, l'administration juge inutile dans le projet de loi tabac (LPTab) une déclaration aux consommateurs des additifs des produits de tabac, estimant qu'ils sont si dangereux que cela importe peu. Voilà à quoi pourrait être assimilé le vapotage avec la LPTab et ce qu'il en est du soucis de sécurité et de santé publique à Berne.

Des limites néfastes

De manière plus immédiate que l'enjeu politique du projet d'amalgame du vapotage au tabagisme, l'enjeu pratique d'une limite exagérément basse du taux de nicotine concerne au premier chef les 30% des fumeurs exclus d'arrêter de fumer avec les liquides européens à cause de leur sous-dosage en nicotine. Une limite adoptée par l'UE sans base scientifique comme l'a rappelé la Dr Lynne Dawkins devant la Commission parlementaire britannique. Mais l'enjeu peut concerner également des vapoteurs au long cours qui, comme moi, utilisent des liquides plus concentrés pour réduire significativement leur consommation de liquide. Une étude, publiée dans la revue Addiction en juin, montre que des liquides sous-dosés en nicotine poussent les vapoteurs à une surconsommation évitable de liquide

Enfin, la directive européenne (TPD) impose une limite de contenance des fioles nicotinées de 10 mL et évoque, de manière floue, une limitation de contenance des atomiseurs à 2 mL (non appliquée en France). Deux mesures qualifiées de dépassées dans le rapport explicatif au projet de loi tabac (notamment p. 42-43) présenté en décembre par le Conseil fédéral. Il semblerait un comble que les usagers soient poussés de force à des astuces inconfortables et moins sûres à cause de limites européennes que tous les connaisseurs du domaine estiment absurdes, sans base scientifique et contre-productives.

VIDEO: le Pr Jean-François Etter, de l'Université de Genève, sur la directive européenne (TPD) à Paris en 2015



jeudi 9 août 2018

[Bref] Bataille serrée entre Philip Morris et l'Association de prévention du Tabagisme Suisse pour l'Hypocrisy Award de la décennie

L'Association de prévention du Tabagisme en Suisse (AT-Suisse) a publié un communiqué de presse dans la lignée des articles sponsorisés par l'oligarque Michael Bloomberg un peu partout dans le monde ces derniers jours. "Il y a un an, Philip Morris se déclarait en faveur de l'arrêt du tabagisme, une profession de foi aussi opportuniste qu'hypocrite", révèle l'organisation. Ah?!? AT-Suisse a soutenu durant ces dernières années la prohibition du vapotage nicotiné en Suisse. Un élément crucial pour faire place nette au lancement de la cigarette de tabac chauffé de Philip Morris. Jusque-là, l'organisme n'avait d'ailleurs jugé problématique que l'absence de sa prime sur les ventes d'Iqos.

"D'une manière générale, la cigarette a mauvaise réputation Pas besoin donc d'être devin pour prévoir qu'à long terme, la cigarette ne sera plus un produit très lucratif en Europe", explique AT-Suisse. Alors que le tabagisme helvétique se maintient depuis dix ans sans évolution à plus de 25% de la population adulte. Et plus du tiers des jeunes de 15 à 25 ans, une part en augmentation. En contraste, depuis 2011 et l'essor du vapotage, l'Angleterre a réduit d'un quart sa part de fumeurs adultes et adolescents. Qualifiant le discours de Philip Morris de "saugrenu", AT-Suisse semble avoir quelque chose dans l'oeil. De longue date, l'organisation méprise ouvertement les usagers et s'oppose à l'approche de réduction des risques. Enjeu manifeste, les dividendes perçues sur les ventes de cigarettes par les anti-tabac suisses, ainsi que le sponsoring pléthorique des vendeurs d'anti-cancéreux.

Deux faces de la même pièce

Pourtant, une politique de réduction des risques similaire à celle britannique aurait permis à un quart des fumeurs suisses, soit de 500'000 à 600'000 personnes de sortir du tabagisme depuis 2011. En Islande, ce sont 40% des fumeurs de 2014 qui, en 2017, avaient arrêté grâce au vapotage. A l'échelle Suisse, cela ferait environ un million de fumeurs sauvés du tabagisme. Qui professe un discours hypocrite en prétendant lutter contre le tabagisme? Vraiment, est-ce le cigarettier vaudois Philip Morris ou son alter ego AT-Suisse

Les victimes du duo peu comique, on les connait. Plus de deux millions de fumeurs en Suisse qui ont été privés illégalement d'accès local au vapotage nicotiné jusqu'à ce printemps et la décision d'invalider la prohibition administrative par le Tribunal administratif fédéral. Les bénéficiaires du fumeux business sont plus nombreux que les seuls cigarettiers. Des milliards de dépenses à cause des maladies liées au tabagisme engraissent l'industrie pharmaceutique. Tandis que le Département fédéral de l'intérieur encaisse près de 2,5 milliards Fs par an grâce aux ventes de tabac. Il est sensé s'occuper de la lutte anti-tabac aussi. Il n'a fait que lutter contre l'arrêt des cigarettes à l'aide du vapotage ces dernières années. 

Hypocrisy Award

Près des deux-tiers des fumeurs en Suisse, déclarent espérer arrêter de fumer. Mais aucune solution sérieuse ne leur est facilement accessible. Les substituts nicotiniques sont vendus à prix prohibitifs sous le monopole pharmaceutique. Jusqu'à ce printemps, les liquides nicotinés étaient illégaux. Aucune information n'est dispensée sur la réduction des risques par le vapotage. Seules véritables sources d'aide à l'arrêt efficace, les groupes d'entraide de vapoteurs et les boutiques spécialisées

Au contraire, les médias d'Etat, liés au tabac, à la pharma ou à la finance multiplient les fake news sur le sujet. Entre silence complice et désinformation active sur le sujet de la réduction des risques, les actions d'AT-Suisse ressemblent à s'y méprendre à une banale hypocrisie. A ce titre, il est vraiment difficile de départager Philip Morris de l'AT-Suisse en la matière. 

Accordons-leur l'Hypocrisy Award pour leur oeuvre conjointe en faveur du maintien du tabagisme en Suisse.


Avant son Sommet anti-tabac COP8: l'OMS fière d'avoir poussé 30 pays à interdire le vapotage

Le secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) prépare son grand sommet de Genève du 1er au 6 octobre. L'oligarque Michael Bloomberg a déjà fait passer ses mots d'ordre au bureau anti-tabac de l'OMS lors du sommet au Cap qu'il a organisé en mars. On trouve donc au menu de cette huitième convention des parties (COP8), la guerre au vapotage. Le secrétariat dirigé par la brésilienne Vera da Costa vient de publier un rapport préliminaire à la COP8 sur l'évolution des réglementations et du marché de la vape

Le révisionnisme des résolutions de la COP7

Singulièrement, ce rapport révise l'histoire des prises de position des conventions en affirmant que la précédente édition, à New Delhi en 2016, aurait adopté l'appel à "la prohibition ou de restriction de la vente, production et usage" du vapotage, avec ou sans nicotine. En réalité, la proposition de résolution du secrétariat avait été rejetée par l'opposition de trois délégations.

Le Canada, l'Union Européenne et le Royaume-Uni avaient estimé le controversé rapport scientifique de l'OMS insuffisant pour soutenir une telle décision. Ce rapport, non signé, qui s'appuyait sur des études dépassées, des opinions idéologiques et de soi-disant recherches non-publiées, avait été laminé par un contre-rapport du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool (UKCTAS).

Les violations du bureau de l'OMS de sa propre charte

Il est vrai que le secrétariat n'en a pas tenu compte. Il a multiplié les appels à la criminalisation des vapoteurs. Modèles à suivre: la Corée du Nord et la junte militaire thaïlandaise, comme l'espère Jagdish Kaur, cadre du bureau anti-tabac pour l'Asie du Sud-Est de l'OMS, dans un article d'une revue indienne de santé publique en septembre 2017. Un appel suivi par les autorités de Singapour.

Le bureau anti-tabac de l'OMS a aussi passé un accord de partenariat financier avec la junte en Thaïlande qui détient également le Monopole du Tabac national. Arrestations, incarcérations, saisies d'argent ou de biens et brimades de vapoteurs en Thaïlande sont régulièrement rapportés. En Corée du Nord, la chape de plomb sur le régime du fumeur intempestif Kim Jong-un ne permet pas de savoir si des déportations de vapoteurs ont effectivement eu lieu.
Financement par l'industrie du tabac thaïlandaise, encouragement à des violations des droits humains et rejet du principe de réduction des risques, la dérive du bureau anti-tabac de l'OMS par rapport à la charte qu'elle est censé faire appliquer ne sont évidemment pas évoqués dans son rapport. Mais on peut donc ajouter à cette liste, le mépris et le révisionnisme des décisions de la convention elle-même.

30 pays prohibitionnistes selon l'OMS

Le rapport souligne la grande hétérogénéité de l'usage de la vape dans le monde. Il avance des chiffres disparates, qui donnent plus l'impression d'un article de tabloïd rédigé à la va-vite que d'un rapport sérieux. Le secrétariat rapporte les réponses des pays membres sur leur réglementation concernant le vapotage. D'après ces informations, sur les 181 pays membres, 102 rapportent que le vapotage y est disponible, dont 39 sans réglementation. 

En sens contraire, le bureau de l'OMS met en avant 30 pays se déclarant prohibitionnistes, sans spécifier si l'interdiction porte sur la vente et/ou l'usage. Ce qui rend cette liste imprécise et floue, à l'image de la qualité générale du rapport. On y trouve des pays comme l'Iran, le Koweit, Singapour, l'Australie et, évidemment, le Brésil, principal bénéficiaire en balance commerciale des échanges de tabac brut au monde.

Placé en Europe par l'OMS, le Turkmenistan, dictature néo-stalinienne, interdit le vapotage, avec la particularité d'interdire également le tabagisme. Une certaine forme de cohérence. A ma connaissance, non partagée par la plupart des autres pays mentionnés qui n'interdisent pas les cigarettes. Quand ce n'est pas l'inverse, à l'image des deux modèles "à suivre" selon l'OMS de la Corée du Nord et de la Thaïlande.

On peut douter de l'exactitude de l'information de l'OMS pour certains pays listés comme prohibitionnistes. Le Mexique, mentionné comme tel, est en réalité dans une situation de vide légal sur le sujet. L'île Maurice a le projet de rendre illégal le vapotage, mais selon mes informations, la décision n'a pas encore été validée. Au Bahrein, le vapotage est depuis peu surtaxé, mais n'est donc pas illégal. Bref, un rapport à la hauteur de la qualité du travail de ce secrétariat d'illuminés incapables de s'appuyer sur des données et des analyses sérieuses. 

La poursuite de la répression de l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage

Le rapport préliminaire, qui généralement constitue la décision finale de la convention prise par avance, et visiblement même lorsque celle-ci n'est pas avalisée par les membres, appelle à réglementer le vapotage contre les "conséquences potentielles" de son essor. Sans données probantes, le bureau anti-tabac pointe "l’augmentation de l’adoption par les jeunes, l'impact sur les mesures de lutte antitabac existantes [sic!], les allégations de santé trompeuses et les stratégies de marketing trompeur et finalement le manque d'informations appropriées aux consommateurs [re Sic!]".

Il est plus que probable que les organisations d'usagers de vapotage ou d'autres moyens de réduction des risques soient de nouveau exclues du sommet. Il accueillera à huis-clos les délégués des Etats sous la pression de quelques milliers de lobbyistes de la pharmaceutique sélectionnés par le secrétariat de la FCTC. Une nouvelle absence de réaction des pays démocratiques, durant la COP8, face à l'état de dérive totale du secrétariat anti-tabac de l'OMS serait incompréhensible et très inquiétant.

mardi 31 juillet 2018

Etude: les 39% de fumeurs aborigènes victimes de la prohibition du vapotage en Australie

En Australie, 39% des aborigènes et indigènes du détroit de Torres adultes fument. Près de 2,8 fois la moyenne globale en Australie en 2014. Pourtant, près de 70% des fumeurs aborigènes veulent et ont déjà tenté d'arrêter, une volonté similaire à la moyenne générale des fumeurs de l'île. Une équipe de chercheurs s'est intéressé à évaluer les usages et la connaissance du vapotage à travers l'enquête Talking about smokes ayant interviewé près de 1'300 aborigènes entre 2013 et 2014. "Moins d'aborigènes et d'insulaires du détroit de Torres ont essayé le vapotage que la moyenne des fumeurs australiens (21% contre 30%). En partie parce que moins de fumeurs aborigènes ont entendu parler de vape. Ils sont aussi beaucoup moins à reconnaître que vapoter est moins nocif que fumer (22% contre 50%)", résume l'étude publiée dans Nicotine & Tobacco Research (NTR), la revue de l'Université d'Oxford. 

L'équipe menée par le Dr David Thomas, de la Menzies School Health Research, pointe la responsabilité de la prohibition de vente du vapotage nicotiné et de l'alarmisme entretenu par des leaders anti-tabac envers le vapotage en Australie. "Il y a une incompréhension considérable sur le risque relatif du vapotage par rapport à la cigarette conventionnelle, en partie à cause de l'environnement réglementaire très strict", soulignent les chercheurs. Ils évoquent une possible piste explicative complémentaire. "L'héritage du colonialisme et le racisme existant peuvent avoir alimenté une méfiance envers le vapotage, soupçonné d'être un autre produit introduit par les blancs pour rendre malades les aborigènes et générer des profits aux blancs", rapportent les chercheurs.

Donner un message plus clair sur la réduction des risques

L'enquête montre une corrélation entre l'expérience du vapotage chez les indigènes et le fait d'habiter dans une zone plus urbaine ou plus favorisée, pratiquant l'anglais à domicile et d'être plus jeune. Le fait de fumer au quotidien, d'avoir déjà essayé d'arrêter de fumer dans l'année écoulée, a fortiori par des tentatives avec substituts ou médicaments, et penser que la vape est moins nocive que la cigarette sont aussi associés positivement à l'expérimentation de vapotage. Autrement dit, le profil prédominant de l'aborigène expérimentateur de vape est celui d'un fumeur de moins de 35 ans disposé à quitter les cigarettes.

Cependant, l'enquête n'a demandé aux aborigènes que s'ils avaient déjà vapoté, mais pas s'ils vapotaient au moment de l'entretien. Il n'a pas été demandé non plus s'ils avaient utilisé de la nicotine dans leur liquide, signalent les chercheurs comme limites à leur recherche. Ils encouragent les dirigeants politiques, autorités sanitaires et professionnels de santé à "donner plus clairement le message que le vapotage est moins nocif que les cigarettes conventionnelles" et créer une réglementation en ce sens. Pour le moment, les élites font la sourde oreille aux appels à la réduction des risques. Au détriment des fumeurs, en particulier aborigènes.


dimanche 15 juillet 2018

[Bref] Le Tages Anzeiger anticipe un développement du vapotage en Suisse

L'édition dominicale du Tages anzeiger consacre une page à la prochaine expansion du vapotage en Suisse. Fin avril, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a cassé la prohibition illégale imposée par l'administration fédérale. "Jusqu'à présent, principalement les petits fournisseurs du secteur du vapotage étaient actifs. La nicotine pour les liquides était disponible dans les boutiques en ligne étrangères ou sous le comptoir de vente. Mais avec la nouvelle situation juridique, les gros commerçants flairent la bonne affaire", annonce Eric Bürgler du Tagi.  

"Nous prévoyons d'inclure des cigarettes-électroniques et des liquides contenant de la nicotine dans notre gamme", confirme un porte-parole de la chaîne de supermarchés Coop. Les concurrents de Denner observe la situation attentivement. Valora, qui déteint la chaîne de kiosques Naville, a déjà franchi le pas avec des produits de l'entreprise suisse Insmoke. En Allemagne, la chaîne offre des produits de vapotage depuis plusieurs années. Au hit-parade des liquides, ce sont les arômes After-eight et cheesecake les plus populaires. 

Près de deux millions de fumeurs à sortir du tabagisme

Le Tages Anzeiger anticipe une belle croissance du secteur. Avec plus de 25% de fumeurs, la Suisse a réussi à maintenir son taux de tabagisme avec la prohibition arbitraire du vapotage nicotiné depuis 2009. Tandis qu'au Royaume-Uni, près de 6% de la population est passé de la cigarette au vapotage observe le quotidien zurichois. "Le secteur bénéficie des recommandations du ministère de la Santé britannique. Celui-ci conseille fortement aux fumeurs de passer au vapotage car il est significativement moins nocif que les cigarettes traditionnelles", souligne le journal. 

Une situation qui contraste fortement avec la protection de la situation actuelle par les lobbys anti-vape en Suisse. "Selon Thomas Beutler de l'Association de prévention du tabagisme en Suisse (AT-Suisse), il n'existe pas d'étude significative à long terme sur les effets négatifs du vapotage sur la santé", mentionne la Tages Anzeiger.

Que va faire Big Tobacco ?

Du côté d'Insmoke, Stefan Meile se réjouit des perspectives de développement. Mais il reste sur ses gardes. "Les grandes compagnies de tabac vont bientôt apporter leurs e-cigarettes sur le marché suisse, avec un budget marketing élevé", prévient le président de l'Association indépendante des professionnels de la vape suisse (SVTA). Un porte-parole de Japan Tobacco confirme travailler sur le dossier. En Allemagne, le cigarettier genevois a opté pour une stratégie de dénigrement contre le vapotage, y compris par campagnes publicitaires.

Alors qu'aucune restriction sur l'âge de vente des cigarettes n'existe au niveau fédéral, l'administration a convoqué une table-ronde le 6 juillet dernier pour restreindre la vente des produits de vapotage. Les professionnels indépendants de la vape étaient bien isolés au milieu des lobbyistes des cigarettiers à ce meeting de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et vétérinaire (OSAV), qui a évité d'y convier les représentants des vapoteurs. Selon le Tages Anzeiger, aucun résultat n'est ressorti de la réunion. "Ils veulent se revoir en septembre".


jeudi 28 juin 2018

Interview: le SOS des vapoteurs face au blocus du Monopole du tabac en Tunisie

Entrevue, travaux et remise de cahiers des charges. Les premiers mois de l'année semblaient promettre une sortie de crise pour le vapotage en Tunisie. Puis le silence, la rupture de dialogue sans explication. Khaled Haddad, président de l'Association de la Cigarette Electronique pour Arrêter de Fumer (ACEAF) a remis le 8 février dernier un rapport pour sortir de l'impasse à M. Sami Ben Jannet, directeur général de la Régie Nationale du Tabac et des Allumettes (RNTA). Mais depuis la RNTA fait la sourde oreille.

Détentrice du monopole sur l'importation et la distribution du vapotage depuis un arrêté ministériel de 2014, la régie n'importe rien, ne distribue rien et ne met aucun produit de vapotage sur le marché en Tunisie. La vape est légale, mais aucun produit n'est à disposition légalement. Les boutiques de vape sont de facto dans l'illégalité. Les douanes ont fait une série de rafles avec saisies et fermetures en 2017 et en début d'année. "Il n'y a plus de produit disponible", nous rapportait en janvier Ryad, un vapoteur de Sousse. Certains vapoteurs se sont remis à fumer, déplorait l'automne passé le site tunisien Webdo. Mais le mouvement de sortie du tabagisme par le vapotage croît en dépit de la répression. L'association ACEAF estime qu'il y a à présent près de 80'000 vapoteurs tunisiens, avec des pages dédiées sur Facebook approchant les 100'000 membres.

Aujourd'hui, Khaled Haddad de l'ACEAF lance avec cet interview un appel à l'aide pour sortir de cette situation absurde. Nouveau membre d'INNCO, le réseau international des organisation d'usagers de produits nicotinés à risque réduit, qui vient d'être autorisé par l'ONU à participer aux rencontres de haut-niveau sur les maladies non transmissibles (MNT), l'ACEAF espère attirer l'attention au-delà des frontières tunisiennes pour que ses autorités nationales prennent enfin en considération le vapotage et ses utilisateurs.

Bonjour, pouvez-vous présenter en quelques phrases l'association ACEAF ?

Khaled Haddad: Notre association est jeune, nous l'avons créé en octobre 2016. Un de ses objectifs est d'inciter des fumeurs à arrêter le tabac conventionnel en recourant à la cigarette électronique, qui est considérée comme un moyen de sevrage tabagique efficace.

Notre premier soucis est de légitimer la vente de la cigarette électronique en Tunisie, étant donné que la régie nationale du tabac (RNTA) fait obstacle à sa mise à disposition du consommateur. La RNTA détient le monopole sur l'importation et la vente sans pour autant mettre de produits sur le marché. Notre cheval de bataille est la légalisation de la vente et l’organisation du secteur et son développement.

En Tunisie, les produits de vapotage sont légaux mais pourtant, j’ai vu de nombreux usagers se plaindre de ne pas avoir accès facilement à des produits. Quel est le problème à l’origine de ce mécontentement ?

K.H.: Oui effectivement, les produits de vapotage sont légaux en Tunisie. Mais leur importation ainsi que leur vente restent néanmoins interdites en Tunisie parce qu'ils sont sous le monopole de l’Etat. Or celui-ci n'en importe pas, ni n'en vend ! C’est pour cela que les consommateurs se plaignent de ne pas avoir accès aux produits. Chose qui a permis à un marché parallèle non contrôlé de fleurir. Il y a des risques de contrefaçons et de liquides non conformes aux normes, qui pourraient nuire à la santé du consommateur.

En janvier dernier, votre association a eu une entrevue avec M. Sami Ben Jannet, le directeur général de la Régie Nationale du Tabac et des Allumettes (RNTA). Sur quoi a débouché ce rendez-vous ?

K.H.: Cette rencontre tant attendue a débouché après de longs pourparlers sur une entente entre la RNTA et l’association ACEAF concernant l’établissement par nos soins d’un cahier de charge. Celui-ci devait permettre de définir les moyens de gestion de l’activité de ce secteur, tout en préservant la qualité tant au niveau des produits que de ses moyens afin de préserver la santé du consommateur. Sachant que l’ACEAF regroupe en son sein des compétences humaines de médecin, pharmacien, laborantin et professionnel de la vape, qui permettent d'envisager la gestion de ce secteur dans les meilleures conditions.

Vous avez donc remis au directeur de la RNTA un dossier pour sortir de l’impasse actuelle. Dans les grandes lignes quelle était votre proposition ?

K.H.: Nous avons proposé un cahier de charge pour régir l’importation, prenant en compte la quantité, la qualité, les questions d'hygiène, de conditions de stockage, d'homologation (CE), de contrôle et les compétences pour le domaine. Et nous avons aussi établi un cahier de charge concernant la distribution.

Depuis la remise de ces cahiers des charges le 8 février, quelle a été la réaction de la RNTA ?

K.H.: Une stagnation complète du projet ! Malgré des rappels incessants. Cette situation a des répercussions négatives sur les professionnels du secteur et les consommateurs. Il y a des descentes de police avec saisies et fermetures de magasins. Plusieurs familles se sont retrouvées à la rue. Ce blocage entraîne la destruction d’emplois créés et favorise l’émergence d’un secteur parallèle hors contrôle. Et pendant ce temps le tabagisme continue à faire ses ravages.

Vous n’avez plus aucun contact avec la RNTA !? Vous avez une idée des raisons de ce silence ?

K.H.: Non plus de contact depuis la remise du cahier de charge. Sans aucune raison. Mais probablement à cause de la pression du lobby du tabac ainsi que la mauvaise foi de l’Etat.

Quelles possibilités s’offrent à votre association pour débloquer cette situation décevante ?

K.H.: A part le soutien de gens comme vous dévoué à la cause, nous avons épuisé les solutions à l’échelle nationale. Maintenant, nous espérons médiatiser notre cause à l’échelle internationale afin de créer une pression suffisante pour faire plier les preneurs de décision en Tunisie.

Pour comprendre les enjeux humains, quelle est l’ampleur du tabagisme en Tunisie ?

K.H.: Le tabagisme en Tunisie tue, directement ou indirectement, 40 personnes par jour, selon le principal responsable du programme national anti-tabac. Le pourcentage des fumeurs en Tunisie est de 23.5% de la population actuelle, selon les statistiques officielles de 2016. Il est a signaler que 20 % des adolescents à partir de 11 ans sont fumeurs.

J’ai vu des images de rencontres sur le vapotage où il avait pas mal de gens. Le vapotage est une alternative qui intéresse les fumeurs tunisiens ?

K.H.: Oui bien sûr et ce grâce aux efforts fournis par l’association, ainsi que ses généreux donateurs (Zazo-Vape, Vape Store El Ghazela et Smooky), malgré les difficultés que ces derniers rencontrent, et qui ne sont malheureusement pas plus nombreux.

Voulez-vous ajouter quelque chose… ?

K.H.: Nous subissons en tant qu’association des pressions de plus en plus fortes de la part de la communauté tunisienne de la vape. Nous comptons sur votre soutien ainsi que la communauté internationale afin de débloquer cette situation décevante pour nous ainsi que pour tous les vapoteurs.



lundi 18 juin 2018

[Flou] Le Grand Conseil valaisan interdirait aux mineurs d'arrêter de fumer avec la vape, selon la RTS [MàJ]

On ne trouve rien de clair et précis concernant cette décision sur le site du parlement valaisan pour le moment. Mais d'après la télévision nationale RTS, le Grand Conseil valaisan a adopté jeudi dernier une interdiction de vapotage pour les mineurs. La "cigarette électronique", selon les termes de la télévision, est interdite de vente aux moins de 18 ans en Valais à partir du 1er janvier prochain. "En cas de non-respect, l'amende pourra atteindre jusqu'à 50'000 francs pour les vendeurs", prévient la RTS. Aucun détail sur la portée de cette prohibition n'est donné par l'organe de télévision. Par ailleurs, le Grand Conseil valaisan repousse l'âge légal de vente des cigarettes ainsi que de l'herbe faible en THC à 18 ans.

Add 19-06-2018 : Voici le texte de la modification de loi.
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La notion de "cigarette électronique" n'étant qu'une appellation impropre, difficile de savoir ce que cette décision recouvre sur la base des propos de la télévision nationale. Le Tribunal Administratif Fédéral (TAF) a rappelé récemment sur le sujet que les autorités ont un devoir de clarté dans sa décision. Le flou volontairement entretenu par l'Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV) avec des termes approximatif et abstraits, tels que "cigarette-électronique", utilisés pour recouvrir un ensemble de produits distincts a été jugé un "vice de forme" et "une erreur grave" par le tribunal. Justifiant de casser la décision administrative de prohibition.

Le député PS Valentin Aymon ment et nuit

Le soucis de clarté et d'honnêteté ne semble pas animer particulièrement le socialiste Valentin Aymon, Face caméras, le parlementaire valaisan s'est permis de mentir, et de nuire potentiellement à la santé de ses concitoyens, en affirmant que le vapotage "n'est pas moins dangereux que de fumer". Valentin Aymon a ainsi implicitement encourager les 38% de jeunes romands de 15 à 24 ans fumeurs à continuer de fumer et de ne pas essayer de passer au vapotage pour éliminer le monoxyde de carbone et les goudrons. :Gerbe: 

Le niveau de tabagisme stagne chez les jeunes adultes en Suisse tandis qu'en comparaison, le tabagisme des jeunes adultes anglais a chuté de 16% à 19% depuis 2010 sous l'impact du vapotage. En France, les enquêtes de Paris Sans Tabac montrent une chute sans précédent du tabagisme des adolescents. "Le vapotage a rendu ringard la cigarette et amplifié les effets du PNRT. (...) L’évolution actuelle rend très optimiste sur l’extinction du tabagisme", estime le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et spécialiste de la question du tabagisme en France.

Dans la tranche d'âge de 15 à 17 ans, les jeunes suisses sont 15,8% à fumer selon les statistiques officielles. Un taux qui semble avoir sensiblement décroché depuis 2014 (20,7%). Le Valais serait le premier canton a interdire à ses mineurs l'accès au moyen de réduction des risques qu'est le vapotage. Affaire à suivre en espérant avoir des informations accessibles plus claires et précises que cette bouillie...



[Bref] Sondage: 68% des australiens pour la légalisation du vapotage nicotiné

Depuis 2013, la part de fumeurs stagne à plus de 15% des adultes en Australie. Malgré la mise en oeuvre de hausses de prix impressionnantes, du paquet neutre et d'une politique de stigmatisation violente contre les fumeurs. C'est dans ce contexte que l'organisation des vendeurs au détail, l'Australian Retailers Association (ARA), a commandé un sondage au cabinet Crosby Textor (CT group) pour évaluer l'intérêt des aussies pour le vapotage, dont ils sont privés par une mesure de prohibition jusqu'ici. 68% se prononcent pour la légalisation du vapotage nicotiné. Une majorité (53%) apprennent avec surprise cette interdiction dont ils n'avaient pas conscience. 

"Près des deux tiers des citoyens sont d'avis que le gouvernement australien devrait réglementer et rendre disponibles des alternatives moins nocives aux cigarettes 'de manière à complètement éliminer la cigarette fumée dans ce pays' ", explique le communiqué de presse présentant les résultats de ce sondage sur un échantillon représentatif de 1'200 australiens adultes. Sur fond de panne de la politique sur le tabagisme en Australie, 93% des sondés expriment l'importance de la question de l'état du système de santé publique et 61% leur inquiétude du poids que le tabagisme fait porter sur celui-ci. 

En Australie : vapotage prohibé, cigarettes légales

Dans les faits, la prohibition du vapotage nicotiné n'offre pas un accès simple à l'échappatoire le plus évident aux fumeurs australiens. Une partie de ceux-ci contourne la prohibition pour passer au vapotage malgré la répression contre le mode de consommation à risques minimes. "De plus en plus d'australiens achètent des vaporettes avec de la nicotine en ligne à l'étranger, simplement parce qu'ils ne peuvent pas les acheter localement", explique Russell Zimmerman, directeur de l'ARA, avant de regretter que "l'absence de régulation ne fait qu'accroître les risques pour les consommateurs".

Pour aller plus loin sur la situation australienne : 


dimanche 10 juin 2018

[Bref] Archéologie de la réduction des risques: une boite de snus vieille de 300 ans découverte en Suède

Archéologie de la réduction des risques liés au tabac
Quand l'archéologie découvre la réduction des risques. Les fouilles du port intérieur de Norrköping, en Suède, ont mises à jour une boite en laiton de snus vieille de 300 ans. "La boite de snus a été retrouvée enfouie dans le sol de ce qui formait autrefois le lit d'une rivière, et qui est probablement tombée dans l'eau au XVIIIe siècle", raconte Elisabeth Däljemar du quotidien local NorrkopingNews ce 5 juin. La ville de Norrköping, qui signifie "le marché du nord", est connue pour avoir développé la production du snus autour des années 1740'. Ce tabac à suçoter typiquement suédois est préparé par une phase de séchage lent au soleil, puis surtout une séance d'étuvage entre 24 et 36 heures, au lieu de la fermentation des tabac oraux d'autres contrées. Ce mode de préparation inhibe le taux de nitrosamines toxiques spécifiques au tabac, tout en conférant au snus un ph relativement alcalin facilitant l'assimilation salivaire de la nicotine. 

Un outil de réduction des risques traditionnel

"Parmi les tabacs en poudre humide à sucer, le snus suédois est très pauvre en nitrosamines. Beaucoup de scandinaves abandonnent la cigarette pour l'utiliser. On n'a pas démontré qu'il soit une porte d'entrée vers la fume, ni qu'il augmente la fréquence des cancers ou des complications cardiovasculaires habituellement liés au tabac. On estime que si les fumeurs passaient au snus, leur mortalité baisserait d'au moins 90%, et cette évolution commence à se manifester en Suède. Mais à l'exception de ce pays, sa commercialisation est interdite en Europe", expliquait en 2005 le Pr Robert Molimard,  fondateur notamment de la Société de tabacologie en France, dans le Courrier des addictions (archive hébergée sur Vaping Post).

La chute du tabagisme suédois

Depuis, la Suède a atteint le taux de 7% de fumeurs, selon les données de l'Eurobaromètre 458 au printemps 2017. Moitié moins qu'en Australie, quatre fois moins qu'en Suisse ou en France. Et les courbes de maladies liées au tabagisme suivent, avec un délai lié à la détection en ce qui concerne les cancers. Malgré cela, l'Union Européenne a interdit le produit, à l'exception de la Suède. Fait éclairant, la Suisse a aussi interdit le snus à l'initiative du Conseiller national Peter Hess en 1991. Le démocrate-chrétien se présentait alors ardent défenseur de la lutte anti-tabac. En 2001, la presse révélait son mandat secret au Conseil d'administration de la filiale BATI du cigarettier British American Tobacco (BAT). En dépit de ce conflit d'intérêt manifeste, personne n'a alors demandé la levée de l'interdiction du snus.

Des analyses pour éclairer le développement de la réduction des risques?

La découverte de cette boite de snus dans le port de Noorköping ne résoudra pas les questions de réseaux d'influence traversant la question tabagique européenne et helvétique. Mais elle pourrait amener des éclairages sur la tradition de la réduction des risques. "Il est probable que la boite appartenait à Pehr Gustaf Wadström. Les initiales de cet industriel, qui possédait alors le chantier naval de Skeppsholmen, sont gravées sur la boite. Elle est à moitié remplie de snus. J'ai cru à de l'argile, mais l'absence d'oxygène dans les dépôts de boue a probablement créer de bonnes conditions de conservation", explique Karin Lindeblad, une archéologue du site de Noorköping à la presse. Les chercheurs vont procéder à des recherches sur le contenu. 

"Nous allons analyser le snus pour voir quel genre de tabac et quelles épices étaient utilisées. Ensuite, la boite sera exposée au Musée de la ville de Norrköping le 26 août pendant la journée archéologique", précise Karin Lindeblad à l'Expressen. Les personnes intéressées à la réduction des risques espèrent que les chercheurs n'oublieront pas une analyse toxicologique du snus vieux de 300 ans pour, peut-être, éclairer le processus par lequel s'est développé ce produit de tabac original par son faible impact sanitaire négatif.


jeudi 7 juin 2018

[Bref] Inde: l'association des vapoteurs décrochent un rendez-vous avec les autorités du Rajasthan

"Le gouvernement du Rajasthan a accepté de nous donner l'occasion de présenter notre dossier devant un groupe d'enquête le 12 Juin", annonce l'Association des Vapoteurs d'Inde (AVI) sur sa page facebook. Deux représentants de l'association ont expliqué en conférence de presse hier à Jaipur que le Gouvernement de l'Etat de près de 70 millions d'habitants ne devait pas interdire le vapotage, mais au contraire le réguler pour accompagner les fumeurs vers ce mode de consommation à risque réduit. "Nous soumettons au gouvernement du Rajasthan 120 études sur le vapotage conduites par des instituts réputés, que les autorités de santé publique peuvent utiliser pour tirer leurs propres conclusions", explique Samrat Chowdhery, président de l'association. "Nous proposons aussi au gouvernement de rencontrer des ex-fumeurs qui ont arrêter de fumer à l'aide du vapotage et qui peuvent témoigner des améliorations formidables de leur qualité de vie", ajoute son compère Pratik Gupta. 

120 millions de fumeurs en Inde

Les médias locaux de l'Etat du nord-ouest de l'Inde ont largement relayé les propos des défenseurs de l'outil de réduction des risques à la télévision locale et dans plusieurs titres de presse en anglais et en hindie. Le vapotage en Inde est très menacé, alors que cinq Etats en ont interdit la vente et que l'Etat du Bihar en a même prohibé l'usage en janvier. Trois Etats étudient une éventuelle prohibition, dont le Rajasthan ainsi que le Maharashtra et Delhi. L'Etat fédéral a aussi évoqué cette option insensée. "Les défenseurs du vapotage ici ont le sentiment que malgré le nombre élevé de 120 millions de fumeurs en Inde, et malgré la nécessité urgente d'une approche de réduction des risques, le pays ignore largement les efforts ailleurs dans le monde pour atténuer les effets néfastes du tabac", a expliqué Samrat Chowderry dans un entretien passionnant avec Philippe Boucher en anglais le 3 juin. 

Lutte anti-tabac ou protectionnisme économique ?

L'AVI est engagé dans plusieurs recours en justice contre les interdictions locales. La situation est difficile même si le vapotage continue de se développer. Ce pays grand producteur de tabac voit d'un mauvaise œil la concurrence du vapotage, dont nombre de produits viennent du voisin et rival chinois. Avec 120 millions de fumeurs, le tribut sanitaire et social de l'Inde au tabagisme est immense. Mais 80% du marché est détenu par le cigarettier local. Il est parfois difficile de distinguer les actions de lutte anti-tabac de manœuvres protectionnistes pour les ventes des cigarettes indiennes. Le rôle joué par le bureau anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est particulièrement trouble et étrange dans ce dossier, alors que l'article 1 d) de sa Convention intègre l'approche de réduction des risques et que qu'il est censé rester indépendant des intérêts des producteurs de tabac.


dimanche 3 juin 2018

Australie: controverse entre médecins sur l'échec de la politique anti-tabac conservatrice

Islande - Norvège - USA - Angleterre - Canada - Nouvelle-Zélande - Australie
Depuis 2013, le tabagisme en Australie n'évolue plus. "Il n'y a eu presque aucun changement. Certains disent que le nombre de fumeurs pourrait même avoir augmenté très légèrement", déclare le Dr Joe Kosterich, directeur de la nouvelle Australian Tobacco Harm Reduction Association (ATHRA)*, au site news.com.au. L'association pour la réduction des risques liés au tabac a comparé l'évolution du taux de fumeurs adultes dans sept pays depuis 2013. Résultat, selon les données officielles de chaque ministère de la santé, l'Australie est le pays où le tabagisme évolue le moins. Une chute de 0.2% par an, quand l'Islande caracole en tête avec une chute de 12% annuelle. Autre pays du Nord de l'Europe où le snus connait du succès, la Norvège connait une baisse de 7% annuelle, comme les Etats-Unis. Les anglais avec 5% connaissent une baisse de leur tabagisme 25 fois plus rapide que l'Australie.

Sans outil de réduction des risques, le taux de tabagisme stagne

"Si nous examinons d'autres pays, ils ont fait à peu près les même choses que nous: augmenter la fiscalité, interdire de fumer dans les lieux publics, éduquer sur l'impact sanitaire de fumer. Toutes ces choses sont des évolutions vraiment importantes, mais à un moment on atteint un seuil où on stagne", explique le Dr Joe Kosterich. L'Australie, à l'opposé des autres pays mentionnés dans la comparaison, interdit toutes les alternatives nicotinées à risque réduit. Ni le vapotage nicotiné ni le snus n'y sont autorisés de vente. "Ces pays se sont orientés vers ces autres formes d'usages de nicotine qui n'impliquent pas de fumer des cigarettes et leurs taux de tabagisme sont en baisse. La différence entre eux et nous est qu'ils ont adopté ces nouvelles technologies et nous ne l'avons pas fait", insiste le représentant de l'ATHRA.

Fin septembre, l'Australian Institute of Health and Wellfare (AIHW) publiait les dernières statistiques officielles: 15,8% de fumeurs adultes au quotidien en 2016, ils étaient 16,4% en 2013. Pourtant, le paquet neutre depuis 2012 est combiné à des hausses de prix qui font des cigarettes australiennes les plus chères au monde. Compter environ 35$au, soit 22€, le paquet, avec des hausses de 12,5% prévues chaque année jusqu'en 2021. Les statistiques officielles du tabagisme n'intègrent pas les indigènes dont le taux de 44,4% de fumeurs adultes en 2016 illustre le peu de cas des autorités australiennes envers ses minorités ethniques. Pour la communication, le Ministère préfère la statistique intégrant les adolescents dès 14 ans, pratique inhabituelle au niveau international, pour mettre en avant un taux général de 12,2%.

Soutien de la politique en place et opposé à l'approche de réduction des risques, le Dr Tony Bartone, de l'Australian Medical Association (AMA), estime ne pas "savoir si les cigarettes électroniques aident vraiment les gens à cesser de fumer". Une méconnaissance qui tourne rapidement à la superstition dans sa bouche. "Nous ne nions pas que c'est moins dangereux que de fumer les véritables cigarettes, mais il s'agit de normaliser tout le comportement", affirme le Dr Tony Bartone sur les ondes de 3AW cette semaine.  Une affirmation qui a surpris le Dr Joe Kosterich: "Dire que le vapotage normalise le tabagisme équivaut à dire que donner un verre d'eau à un enfant normalise la vodka. Ça ne veut rien dire".

Le Dr Bartone ne sait pas

Mais le représentant de l'AMA n'en démord pas. "Nous ne savons pas quels sont les inconvénients d'inhaler de la vapeur. Nous ne savons pas si cela fonctionne comme aide à la cessation complète. Nous disons, voyons les preuves. Je sais qu'il y a eu des rapports scientifiques écrits pour dire que ça fonctionne. Mais c'est discutable", explique le Dr Tony Bartone au micro de Neil Mitchell. Pourtant, l'impact sanitaire de la fumée de cigarette est bien connu et le tabac se trouve en vente libre en Australie, à un prix très élevé certes. 

A l'opposé de cette frilosité conservatrice, le Dr Joe Kosterich propose d'être pragmatique. "Dans un monde idéal, les gens ne fumeraient pas ni ne vapoteraient. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal. Certains fumeurs iront de fumer à vapoter puis plus rien du tout, et d'autres vont passer de fumer à vapoter sans nicotine parce que certaines personnes aiment ou ont besoin du mouvement main / bouche et c'est OK. Nous n'avons pas à juger négativement ces personnes. Idéalement, personne ne ferait quoi que ce soit, mais nous pouvons faire davantage dans ce pays pour présenter aux fumeurs un moyen moins nocif. Au pire, vous n'arrêtez pas complètement de consommer de la nicotine, mais vous faites déjà quelque chose de moins nocif. Pourquoi nous considérons cela comme une mauvaise chose dans ce pays n'a pas beaucoup de sens"

* La nouvelle association ATHRA, en plus du Dr Joe Kosterich, regroupe des personnalités comme le Pr Colin Mendelsohn, spécialiste de la question tabagique et de santé publique à l'Université de South Wales, le Dr Alex Wodak, de l'association Harm Reduction Australia, et la Dr Catherine Silsbury, tous deux spécialistes des dépendances, et Stephen Elsom, représentant des usagers en son sein. Le site de l'ATHRA était en maintenance au moment de la rédaction de ce billet.