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mercredi 18 juillet 2018

[Bref] Pfizer offre 300'000 $ à qui veut faire de la propagande anti-réduction des risques

300'000$ pour des programmes d'éducation ciblés sur l'aide aux fumeurs. Fantastique! L'appel à candidatures pour une subvention de Pfizer, la grande firme pharmaceutique, parait formidable à prime abord. C'est en lisant les détails qu'on déchante et que son véritable objectif apparaît. "Nous avons l'intention de soutenir des programmes visant à accroître les connaissances des professionnels sur l'importance de l'abstinence tabagique complète à l'opposé des stratégies de réduction des risques pour les fumeurs motivés à arrêter", stipule l'appel d'offre de Pfizer ouvert aux Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Italie, Espagne et Japon. Toute l'annonce s'axe sur l'opposition aux approches de réduction des risques, c'est-à-dire "les mesures prises pour réduire les risques pour la santé associés à l'utilisation de tabac fumé" et tout particulièrement le vapotage et les cigarettes chauffées, précise Pfizer.

Les organismes intéressés à toucher leur part des 300'000$ pour faire de la propagande contre la réduction des risques et saboter l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage ont jusqu'au 28 août pour soumettre leur demande à Pfizer. La New Nicotine Alliance (NNA) britannique n'a pas déposé de dossier. Par contre, elle a envoyé un courrier pour dénoncer l'opposition stérile et infondée de Pfizer entre abstinence aux cigarettes et réduction des risques. "Malgré le fait que l'appel d'offre déclare que «Pfizer n'a aucune influence sur aucun aspect des projets», il est clair que Pfizer tente d'influencer les projets avant même qu'ils ne commencent en fournissant une description aussi trompeuse de l'objet à traiter", s'agace Sarah Jakes, présidente de l'association NNA. A priori, peu de chance que la NNA touche un chèque de Pfizer. Par contre, on sait quoi penser de l'éthique et du professionnalisme de ceux qui encaisseront.


dimanche 10 juin 2018

[Bref] En Nouvelle-Zélande, la santé publique demande a une obscurantiste américaine de la fermer

"Laisser une personne des États-Unis, scientifique de laboratoire sans aucune expérience réelle de travail avec les gens pour les aider à arrêter de fumer, tenir ces propos est tout simplement irresponsable. Elle ne semble pas travailler avec des patients ni dans la santé publique. Pourquoi la laisser commenter ces questions ?" Lance Norman, le directeur de Hãpai Te Hauora le service de santé publique maori, ne décolère pas des propos irrationnels contre le vapotage diffusés sur TV3 à travers une interview de Michelle Peace, professeure en Médecine légale de Virginie (USA). Les acteurs de terrain néo-zélandais s'agacent de cette "ingérence américaine contre la santé publique " sur la question de l'arrêt tabagique.

A l'émission The Project mercredi dernier en prime time, l'américaine Michelle Peace déclare croire que les vapoteurs devraient "être inquiets", car le vapotage contient des "produits chimiques" (!) dont de "la nicotine" (!!). "Je pense que les scientifiques discutent encore pour déterminer si les effets sont ou non à l'échelle inoffensive. Ce n'est pas de la vapeur d'eau, et l'eau dans les poumons est appelée la noyade alors... [rires]", s'est-elle ridiculisée. Avant de refuser de débattre de l'efficacité du vapotage pour arrêter de fumer, en concédant qu'il ne fait "aucun doute que les gens ont besoin d'arrêter de fumer des cigarettes"

Dry dead

"Comment perdre sa crédibilité de scientifique d'un seul coup? Allez sur The Project NZ et dites que les vapoteurs 'inhalent de l'eau', et que donc 'ils seraient en train de se noyer'! Oops. S'en tenir à des sujets que l'on connait", griffe Marewa Glover, spécialiste néo-zélandaise de l'arrêt tabagique, sur Twitter. Bien qu'américain, le Pr Carl Philipps ajoute avec son sens de l'ironie que "si vous n'avez pas trace d'humidité dans les poumons, c'est que vous êtes mort en plein désert depuis quelques temps déjà".

Lance Norman aussi a bondit de son canapé en entendant le florilèges de grosses conneries de Michelle Peace à une heure de grande écoute. "Des commentaires erronés ont été émis dans cette émission à l'intention des personnes qui essayent d'arrêter de fumer. Nous sommes surpris qu'il n'y ait pas eu de contre-point", explique le communiqué de l'organisme de santé maori. "Il y a des dizaines de millions de personnes qui vapotent dans le monde entier et il n'y a encore aucun signe de problème de santé majeur, rien de comparable aux dommages immenses et irréversibles causés par les cigarettes. Parler de la maladie des ouvriers du «pop-corn» américains à cause du vapotage est de l'alarmisme infondé", insiste Lance Norman sur une des perles de l'américaine.

Ne pas nuire

Mihi Blair, directrice générale du service national de lutte contre le tabagisme, est aussi en colère contre l'obscurantiste américaine: "Si elle se souciait de nos communautés, en tant que toxicologue médico-légale, elle aurait pu mentionner la stupéfiante toxicité de fumer des cigarettes et de la fumée secondaire et que le vapotage ne présente pas". Cette volée de bois vert s'est clôt par un appel à la responsabilité sanitaire du directeur de Hāpai Te Hauora. "Nous devons être en mesure d'offrir à nos gens la meilleure chance possible d'être sans fumée", déclare Lance Norman. "Nous avons les témoignages de beaucoup de fumeurs pour qui le vapotage fonctionne pour eux. Ne rendons pas une tâche difficile encore plus dure en répandant des peurs inutiles".


dimanche 27 août 2017

Qui est derrière la nouvelle fausse pub virale de vape pour les enfants ?

Elle se propage comme un virus depuis hier. Cette publicité pour un produit de vapotage pour bébé est fausse. On peut le deviner, mais elle ne s'annonce pas comme telle. Au contraire, son créateur l'a lancé en la présentant comme un vrai produit s'attaquant aux enfants. "Damn, they got vapes for babies now", affirme "adam the creator" source de diffusion de la fausse pub en s'auto-citant pour vaguement brouiller les pistes. Derrière ce pseudo se trouve Adam Padilla. Le Directeur de l'agence publicitaire BrandFire se présente lui-même comme stratège de marketing et tout particulièrement de marketing viral. La firme pharmaceutique Pfizer figure parmi ses clients.

Spécialiste de pubs virales

Adam Padilla est un des chouchous des médias branchés de la côte Est américaine. Le publicitaire à la mode se félicite d'avoir touché plus d'un milliard de personnes avec un montage d'un faux jouet mettant en scène des enfants, cette fois-là autour d'un bar. Habile, la méthode est efficace en touchant l'émotionnel et par sa rupture avec les cadres habituels de diffusion publicitaire. Astuce évidemment possible parce qu'elle ne se présente pas comme une véritable publicité et échappe donc aux réglementations. Mais sa dernière pub contre la vape n'est-elle vraiment qu'un canular ? 

Dans le contexte politique actuel et les intérêts économiques autour du vapotage, il serait pour le moins naïf de s'en tenir à une simple blague du "stratège" de campagne médiatique de l'agence de New-York. En répandant l'idée que le vapotage vise les enfants plutôt qu'il n'est un outil pour les fumeurs de sortir du tabagisme, l'image diffuse un schème de pensée destinée à se graver dans l'opinion publique. Ceci au moment où la bataille entre conceptions de lutte anti-tabac est un sujet sensible depuis l'annonce de la nouvelle stratégie de Scott Gottlieb. Le nouveau directeur de la Food and Drug Administration (FDA) entend intégrer le vapotage et l'approche de réduction des méfaits à sa politique, en rupture du dogme unique pro-abstinence comme nous l'avons expliqué

Pour qui travaille Adam Padilla ?

Cette rupture, au moins partielle avec l'approche suivie jusque-là, froisse plusieurs groupes d'intérêts. Les grands cigarettiers évidemment. Mais aussi les élus Démocrates et les tenants du "Quit or die". L'approche pro-abstinence, farouchement opposée à la liberté de choix pour les usagers de nicotine, prédomine dans les organismes de santé publique aux Etats-Unis. A portée d'une porte battante de ceux-ci, les entreprises pharmaceutiques n'apprécient guère non plus ce qui pourrait concurrencer la vente de drogue labellisée pour le sevrage tabagique, telle que la varénicline, commercialisée sous le nom de Champix ou Chantix aux USA par Pfizer. Mais la réduction des méfaits par le vapotage pourrait aussi être un danger commercial pour toute la gamme de médicaments vendus aux personnes rendues malades par leur tabagisme. 

Trouver Pfizer parmi les clients de BrandFire, l'entreprise d'Adam Padilla, le diffuseur de cette fausse publicité, n'est peut-être pas anodin. Créer une pub qui n'existe pas en tant que telle, et produire l'illusion d'un danger pour justifier d'interdictions qui toucheront plus largement la possibilité d'informer les fumeurs, parait une stratégie de manipulation efficace. Difficile de croire qu'elle n'est pas réfléchie et au service d'intérêts commerciaux et politiques précis...

E. Bernays, le pape de la publicité moderne et auteur de Propaganda
edit 27-08-2017 à 21h30 : ajout de la capture du tweet d'Adam Padilla en illustration

jeudi 20 octobre 2016

[Expresso] L'Express censure les citations d'études scientifiques sur la vape comme "propagande"

Dans un article à sens unique [lien RbutR], l'Express affirme qu'"aucune étude n'a pu prouver qu'elle [la vape] était efficace dans la réduction de la dépendance à la nicotine". Dans un commentaire, j'ai voulu attirer leur attention sur le biais de cette affirmation. En citant la meta-analyse de l'Institut Cochrane, considéré comme la référence mondiale en la matière, ainsi que la récente étude longitudinale sur deux ans de l'Université de San Diego montrant que les fumeurs utilisant le vapotage à long terme sont 4,1 fois plus susceptibles de se sevrer du tabagisme que sans aide. Je viens de recevoir un message (en illustration) me signalant la "modération", autrement dit la censure pure et simple, de mon message pour "prosélytisme et propagande". Autrement dit, citer des études scientifiques est assimilé à de la propagande par l'Express. Mais priver leurs lecteurs de l'information sur un moyen d'aide d'arrêter de fumer ne serait pas du prosélytisme tabagique masqué. 

Rappelons qu'en juillet, cinq associations d'aide à la réduction des risques ont entamé un recours au Conseil d'Etat français "pour faire annuler les interdictions de propagande et publicité, directe ou indirecte, sur le vapotage, qui remettent gravement en cause la liberté d’expression". Sovape, le RESPADD, la Fédération Addiction, SOS-Addiction et Tabac et liberté se mobilisent contre la menace qui "empêchent d’agir sur le terrain de la prévention sanitaire en apportant aux fumeurs une information objective sur une alternative au fléau qu’est la cigarette". Devant le compte à rebours des délais légaux, les associations ont déposé un référé en suspension le 5 octobre au Conseil d'Etat qui doit répondre d'ici novembre. Cette anecdote "expressive" alimente les craintes d'un retour d'une époque où informer sur la réduction des risques pour le sexe était interdit en France. Jusqu'à l'abrogation de la censure contre les préservatifs par la Ministre de la santé Michelle Barzac en 1987.