Licence Creative Commons: Attribution (BY) + Non Modification des partages (ND)

S'abonner par Email

Affichage des articles dont le libellé est publicité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est publicité. Afficher tous les articles

samedi 10 novembre 2018

[Bref] Le Royaume-Uni autorise les allégations de santé dans la publicité sur la vape

"Suite à une consultation étendue, les Comités des pratiques publicitaires (CAP et BCAP) ont modifié les règles relatives à la publicité afin que les allégations de santé ne soient plus interdites dans les publicités pour le vapotage". L'annonce officielle avant-hier de la modification des règles publicitaires britanniques est symboliquement un énorme pas pour extirper le vapotage du rideau de fumée tabagique. Principal changement, la mention interdisant les allégations de santé de l'article 22.5 du Code du CAP est éliminée.

Interdictions européennes

La réglementation révisée n'ouvre pas la porte à tout, loin s'en faut. En premier lieu, l'interdiction de publicité pour le vapotage dans les mass-média, provenant de l'implémentation de la directive européenne (TPD), règne encore au Royaume-Uni. "Sans licence [pharmaceutique], les produits de vapotage contenant de la nicotine ne peuvent faire objet d'annonces dans les médias audiovisuels ; le BCAP souligne donc que la proposition de lever l'interdiction des allégations de santé pour les produits de vapotage pourrait bien être très limitée dans son application, mais il a exprimé le souhait de procéder néanmoins au changement par cohérence du régime du CAP et afin de refléter l'état des meilleures connaissances scientifiques disponibles", explique le memo de l'Agence de normalisation de la publicité (ASA), chargée de l'application.

Flou sur ce qui est permis de dire

D'autre part, les allégations médicales restent interdites. Le vapotage n'étant pas un médicament, cela semble de bon sens. Mais la limite entre allégation de santé, désormais autorisée, et allégation médicale interdite est très floue. Si des termes comme "guérir" appartient assez clairement au registre médical, des mots comme "prévenir" ou "éviter" ne semblent pas être la propriété des seuls médecins. Le CAP n'ayant pas défini précisément les allégations possibles ou non, il y aura probablement des ajustements en pratique. D'autre part, l'ASA insiste sur le fait que les assertions se doivent d'être établies et générales à la classe des produits de vapotage: pas de publicité annonçant que tel modèle particulier a des vertus. 

Pouvoir combattre la désinformation

L'esprit de la modification s'éclaire par les justifications du CAP à celle-ci. Les principales autorités de santé publique britanniques, notamment l'organisation anti-tabac Action on Smoking and Health (ASH), le Cancer Research UK (CRUK), le Public Health England et le Royal College of Physicians, ont soutenu une révision du code publicitaire en faveur du vapotage. "La compréhension par le public du risque relatif plus faible [du vapotage par rapport au tabagisme] est limitée et semble être en déclin. Or les spécialistes du marketing sont actuellement dans l'impossibilité de corriger cette mécompréhension dans leur propre publicité", résume le mémo de l'ASA. 

Face aux campagnes de désinformations des lobbys anti réduction des risques, cette modification du code publicitaire donne un peu de liberté pour répliquer aux organisations de santé et aux professionnels du vapotage britanniques. "Une annonce majeure comme celle-ci envoie également un signal positif aux consommateurs: il est bien plus prudent de vapoter que de fumer. Cela n’est peut-être pas allé aussi loin que nous le souhaiterions, mais c’est un grand pas en avant dans la bonne direction", estime James Dunworth sur Ashtray Blog.

Lever le bâillon de la réduction des risques

Après le Canada, le Royaume-Uni donne ainsi un peu plus de marge de liberté d'expression au camp de la réduction des risques face aux divers lobbys affairistes s'y opposant. A contrario, la France reste toujours bloquée dans une position répressive où les défenseurs de l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage risquent à tout moment des poursuites pour "propagande"

Une situation paradoxale alors que la vape est de loin le moyen matériel le plus utilisé par les français qui tentent d'éviter de fumer, selon les données de Santé Publique France. La propagande pour ne pas arrêter de fumer à l'aide du vapotage, elle, est légale et largement répandue par les médias. En Suisse, aucune restriction n'existe pour le moment, ce qui permet à des magasins de vapotage a faire ouvertement campagne en faveur de l'arrêt tabagique.



mercredi 9 mai 2018

[Ploomfff] Campagne de pub anti-vape de Japan Tobacco en Allemagne

"Pas besoin de batterie". La marque de cigarettes American Spirit, appartenant à Japan Tobacco (JTI), cible les vapoteurs dans sa nouvelle campagne de publicité en Allemagne. La cigarette profilée pseudo bio-écolo s'attaque à son concurrent sans monoxyde carbone ni goudrons. La pub ne précise pas les milliers de toxiques inclus dans la fumée de la cigarette promue. Mais on peut imaginer la "défacer" pour préciser le message et rendre la publicité plus responsable...

En Allemagne, le vapotage offre une alternative à dommage réduit qui a convaincu 3,7 millions de fumeurs, selon l'étude fin 2017 de la Verband des eZigaretten-Handels (Vd-eH), l'association indépendante des professionnels de la vape. Selon son estimation, le marché s'est étendu de 40% pour la seule année 2017 et atteint environ 600 millions €. En sens inverse, l'Institut Nielsen a mesuré une baisse des ventes de produits de tabac de 3% entre septembre 2016 et septembre 2017, passant sous la barre des 20 milliards € de vente annuelle. Le même institut a noté que les ventes de produits de vapotage dans le circuit des détaillants non spécialisés (kiosques, stations-services, épiceries...) a doublé en une année pour dépasser 33 millions €, ce qui reste une faible part (autour de 5%) du marché global de la vape.

La campagne de publicité d'American Spirit coïncide avec les déclarations de Yasuhiro Nakajima, vice-président du département des produits à risque modifié de Japan Tobacco International (JTI), qui appelle à durcir la réglementation européenne contre les produits de vapotage sans nicotine dans le magazine Parliament. En contrepartie, il demande à ce que les restrictions de communication des fabricants soient assouplies. Au vu de cette campagne de pub de son entreprise, on peut nourrir quelques doutes sur les véritables intentions derrière cette demande du dirigeant du cigarettier nippon.



mercredi 31 janvier 2018

Un parlementaire Suisse accuse 20 Minutes d'être à la solde des cigarettiers

L'accusation est au centre de l'argumentation d'une motion déposée en décembre au Conseil national. "Les magazines gratuits 20 Minutes et Friday jouent un rôle majeur dans la publicité pour le tabac", explique Niklaus Gugger, du Parti évangéliste. Le député zurichois affirme que l'industrie du tabac a dépensé pour la seule année 2013, plus de 21 millions de francs pour la publicité en Suisse. En plus des publicités présentées comme telles, il dénonce les publireportages accompagnant le message tabagique. "D'une part, des annonces publicitaires sont encadrées par des contenus rédactionnels, ce qui contribue à banaliser la publicité pour le tabac ; d'autre part, des annonces en faveur du tabac sont placées sur les pages "people" pour associer la fumée au monde du show-business", stipule sa motion contre la "publicité du tabac dans les médias traditionnels ou numériques".

Le buzz qui tue

La Une du jour du quotidien gratuit donne du crédit au soupçon du membre du groupe démocrate-chrétien (PDC) au parlement. Assimilant le vapotage au tabagisme, le tabloïd affirme qu'il "serait aussi à l'origine de cancers". Bien qu'aucun cas de cancer lié au vapotage n'ait été détecté dans la population. Le gratuit s'appuie sur un article de l'AFP relatant de manière biaisée les résultats d'une étude américaine sur des souris, dont aucune n'a développé de cancer, et qui n'a pas encore été révisée par des pairs. Pourtant, Moon Shong Tang, auteur principal de l'étude, précise clairement que les résultats ne permettent pas d'évaluer un éventuel risque cancérigène humain. "Nous ne pouvons pas le deviner à partir de nos données", déclare t-il à US News.

Les scientifiques sérieux au Royaume-Uni, en France, en Italie et en Allemagne notamment, ont tous pris leur distance avec l'interprétation douteuse qu'en a fait l'AFP hier, reprise aujourd'hui par le 20 Minutes romand. "Cette étude ne démontre rien du tout au sujet des dangers du vapotage. Elle ne prouve en rien que le vapotage cause le cancer"déclare au "Guardian", le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur la dépendance au tabac de l'Université Queen Mary de Londres. En Allemagne, Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer, un organisme réputé hostile au vapotage, donne peu de crédit au buzz. "En ce qui concerne l'applicabilité des résultats aux humains, je suis très sceptique", explique t-elle au Berliner MorgenPost.

Pousser les fumeurs à continuer la cigarette

En France, le Pr Bertrand Dautzenberg s'agace de l'enfumage. "On n'est pas dans la vérité scientifique, mais dans la manipulation", dénonce le pneumologue de l'hôpital de la Salpétrière dans Paris-Match. "Une nouvelle comme celle-là est susceptible de tuer des gens. Cela va totalement à l'encontre de la santé publique", poursuit-il, "le résultat est que certains vont arrêter de vapoter et reprendre le tabac". Peut-être est-ce là, la bonne nouvelle espérée des annonceurs cigarettiers du 20 Minutes.ch ? 

En Suisse, plus de 25% de la population fume. Près de 10'000 personnes meurent prématurément à cause du tabagisme chaque année et des millions de fumeurs contractent des maladies liées ou favorisées par le tabagisme, occasionnant des milliards de dépenses en médicaments. Mais, en dépit des entraves fédérales, le vapotage est devenu depuis 2015 le moyen le plus utilisé par les fumeurs pour quitter les cigarettes, selon le Monitorage Suisse des addictions. De quoi effrayer les lobbys qui vivent de ceux qui meurent du tabagisme ? 


jeudi 21 décembre 2017

Une initiative populaire pour interdire la publicité des produits du tabac sera lancée en février en Suisse

Tout le monde s'en doutait mais la télévision nationale, à la fois sur son canal romand et suisse-allemand, l'a annoncé en exclusivité hier soir. Un comité d'initiative visant l'interdiction de la publicité des produits du tabac en Suisse devrait lancer dés février la récolte des 100'000 signatures nécessaires pour être présentée au vote. Intitulée "enfants et jeunes sans publicité pour le tabac", l'initiative propose d'interdire au niveau national la publicité des produits du tabac par affichage, dans les publications, au cinéma, aux concerts et sur internet. Le doute plane sur les conséquences qu'elle pourrait avoir pour le vapotage.

Réplique à la LPTab

"Cette initiative est aussi une réponse politique au projet de loi tabac (LPTab)", commente Loïs Siggen Lopez de la RTS. Suite aux demandes du parlement d'exclure plusieurs restrictions, le nouveau texte interdit les publicités dans les journaux gratuits mais pas l'affichage ni les spots au cinéma. Trop laxiste pour les organisations politiques et de santé qui lancent l'initiative. "Il faut éviter que les jeunes tombent dans ce piège [du tabagisme]. Et c'est la publicité qui les met dans le piège et donc il faut l'interdire", explique Hans Stöckli, Conseiller aux Etats socialiste et membre du comité d'initiative. 

Egalement président de l'Alliance pour la santé en Suisse, Hans Stöckli insiste sur l'importance d'interdire la pub sur les réseaux sociaux et sur les lieux de vente. D'autre part, avec le texte de l'avant-projet de loi tabac (LPTab), la Suisse ne satisferait pas aux standard de la Convention cadre anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et ne serait pas en mesure de la ratifier. Pour le monde de la vape Suisse, l'assimilation aux produits du tabac prévue par l'avant-projet LPTab conjuguée à cette initiative, dont le texte précis n'a pas encore été dévoilé, laisse planer le doute sur de possibles conséquences

La promotion de la réduction des méfaits interdite ?

En l'état du texte d'avant-projet de loi, tout porte à croire que le vapotage subirait les mêmes interdictions que le tabac sur le sujet. Cela pourrait condamner toute promotion de la réduction des méfaits à l'aide du vapotage, tel qu'exigé par Macé Schuurmans. La question est d'autant plus sensible en regard de l'importance des réseaux sociaux pour les groupes d'entraide à l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage, la diffusion d'information sur la réduction des méfaits, les vidéos tutorielles sur les produits de vapotage, voire les sites de vente en ligne et d'éventuelles campagnes de promotion de réduction des méfaits... 

Tout ceci pourrait se retrouver assimilé à des promotions de produits du tabac. Pour le moment ces questions restent floues. Une distinction nette entre vapotage et tabagisme telle que réclamée par les professionnels des addictions, les défenseurs de la réduction des méfaits et l'association des usagers Helvetic Vape lèverait toute ambiguïté et éviterait évidemment ce problème. 


Actuellement en Suisse, la publicité pour le tabac est interdite sur la télé et la radio, ainsi que par voie d'affichage dans une large majorité des cantons, sans beaucoup d'effets sur le niveau de tabagisme

dimanche 10 décembre 2017

La pub pour le vapotage aux USA aurait concouru à la baisse du tabagisme selon la première étude sur le sujet

Les anti-vape les ont décris comme le nouveau cheval de Troie des cigarettiers aux Etats-Unis. Dans un pays où les spots pour le tabac sont interdits depuis 1971, des pubs pour des produits de vapotage sont apparus sur les petits écrans et dans les magazines. Mais jusque-là, aucune étude chiffrée de l'impact de ces publicités sur le tabagisme n'avaient été menée. La Pr Anna Tuchman, de la Kellogg School of Management, vient de publier un travail de 57 pages sur le sujet. "Dans son étude, Anna Tuchman constate qu'une augmentation du nombre de publicités télévisées de produits de vapotage est en fait liée à une diminution des ventes de cigarettes traditionnelles, peut-être parce que les fumeurs substituent le produit électronique au produit traditionnel", explique l'article de l'Université de Northwestern (Chicago). 

Baisse des ventes de cigarettes liée aux pubs de vape entre 2012 et 2015

Précisément, l'analyse de la professeure de marketing montre qu'une augmentation de 10% des publicités pour le vapotage est liée à une augmentation de 0,8% des achats de ces produits et à une chute de 0,2% des ventes de cigarettes (tabac). Selon son calcul, si les autorités fédérales avaient interdit entre 2012 et 2015 la publicité pour le vapotage, le volume de ventes de cigarettes aurait été augmenté de 1%, soit environ 130 millions de paquets supplémentaires par an à l'échelle des Etats-Unis (soit plus de 350'000 paquets par jour).  

Pour arriver à cette analyse, la Pr Anna Tuchman s'est appuyé sur les données des diffusions de publicités de l'institut Nielsen. Puis elle a comparé les ventes de cigarettes, de substituts nicotiniques et de produits de vapotage dans les zones de diffusion des pubs et dans les zones juste limitrophes à celles-ci entre 2010 et 2015. Elle a ensuite extrapolé ses résultats, à l'aide d'un modèle mathématique, dans une hypothèse contrefactuelle d'une interdiction de la pub pour la vape à partir de 2012. 

Par ailleurs, elle a recoupé ces résultats avec une enquête de suivi sur la consommation des ménages de Nielsen. Les foyers ayant récemment acheté des produits de vapotage étaient moins enclins à acheter du tabac. Mais ces données montrent aussi une baisse concomitante des ventes de substituts nicotiniques, tels que les patchs et les gommes. Dans l'hypothèse - très peu crédible - que le vapotage se révélerait moins efficace que ceux-ci pour l'arrêt tabagique, le bilan sanitaire pourrait être moins favorable.

Une publicité désormais interdite en France:

La première étude avec des données empiriques sur le sujet

Cette étude est la première à apporter une analyse d'éléments empirique chiffrés sur le sujet. "Il y a eu beaucoup de discussions arguant d'une manière ou d'une autre sans beaucoup de preuves pour soutenir l'une ou l'autre position", constate la Pr Tuchman. "J'essaie simplement de documenter les tendances que j'observe à partir des données", poursuit-elle en insistant que son travail n'a pas été financé par des compagnies de tabac ni de vapotage. Principalement, ses résultats montrent que les publicités pour le vapotage favorisent l'effet de concurrence du moyen de réduction des méfaits contre le tabagisme. "Quand on y réfléchit, c'est logique. Le vapotage est un produit de remplacement voisin", remarque la chercheuse. 

Mad Men revival ?

Mais son travail n'a pas pu approfondir l'impact spécifique sur les jeunes de ces publicités. Les opposants aux publicités pour le vapotage craignent que celles-ci n'amènent des ados à consommer de la nicotine. Autre critique à l'encontre des publicités de vape, l'usage détourné pour promouvoir des cigarettes ou attaquer les mesures contre le tabagisme. Anna Tuchman présente ces critiques d'un risque de revival à la Mad Men. "Beaucoup de ces publicités évoquent la jeunesse et l'indépendance. On craint qu'il y ait une résurgence de ces idéaux liés aux cigarettes", en particulier pour les adolescents, "l'âge auquel les gens prennent souvent cette habitude"

Par ailleurs, un effet des réglementations dures contre la vape va être de favoriser les produits mis sur ce marché par les grandes compagnies cigarettières. "Initialement, l'industrie du vapotage était composée de plein de petits producteurs indépendants qui n'avaient pas intérêt à perpétuer le tabagisme. Cependant, avec l'arrivée récentes des compagnies du Big Tobacco, les motivations des producteurs changent", prévient Anna Tuchman dans la conclusion de son mémoire. 

Le dilemme des risques/bénéfices

Dans ces circonstances, trancher le dilemme est ardu pour les décideurs politiques. Mais avec des éléments et des travaux chiffrés, il est possible d'évaluer la balance entre bénéfices et risques d'une réglementation selon la chercheuse. "On peut réduire le problème à combien de fumeurs arrêtant ou passant au vapotage estime t-on nécessaires afin de se sentir à l'aise avec le risque qu'un non-fumeur ou un adolescent adopte le produit?"

dimanche 27 août 2017

Qui est derrière la nouvelle fausse pub virale de vape pour les enfants ?

Elle se propage comme un virus depuis hier. Cette publicité pour un produit de vapotage pour bébé est fausse. On peut le deviner, mais elle ne s'annonce pas comme telle. Au contraire, son créateur l'a lancé en la présentant comme un vrai produit s'attaquant aux enfants. "Damn, they got vapes for babies now", affirme "adam the creator" source de diffusion de la fausse pub en s'auto-citant pour vaguement brouiller les pistes. Derrière ce pseudo se trouve Adam Padilla. Le Directeur de l'agence publicitaire BrandFire se présente lui-même comme stratège de marketing et tout particulièrement de marketing viral. La firme pharmaceutique Pfizer figure parmi ses clients.

Spécialiste de pubs virales

Adam Padilla est un des chouchous des médias branchés de la côte Est américaine. Le publicitaire à la mode se félicite d'avoir touché plus d'un milliard de personnes avec un montage d'un faux jouet mettant en scène des enfants, cette fois-là autour d'un bar. Habile, la méthode est efficace en touchant l'émotionnel et par sa rupture avec les cadres habituels de diffusion publicitaire. Astuce évidemment possible parce qu'elle ne se présente pas comme une véritable publicité et échappe donc aux réglementations. Mais sa dernière pub contre la vape n'est-elle vraiment qu'un canular ? 

Dans le contexte politique actuel et les intérêts économiques autour du vapotage, il serait pour le moins naïf de s'en tenir à une simple blague du "stratège" de campagne médiatique de l'agence de New-York. En répandant l'idée que le vapotage vise les enfants plutôt qu'il n'est un outil pour les fumeurs de sortir du tabagisme, l'image diffuse un schème de pensée destinée à se graver dans l'opinion publique. Ceci au moment où la bataille entre conceptions de lutte anti-tabac est un sujet sensible depuis l'annonce de la nouvelle stratégie de Scott Gottlieb. Le nouveau directeur de la Food and Drug Administration (FDA) entend intégrer le vapotage et l'approche de réduction des méfaits à sa politique, en rupture du dogme unique pro-abstinence comme nous l'avons expliqué

Pour qui travaille Adam Padilla ?

Cette rupture, au moins partielle avec l'approche suivie jusque-là, froisse plusieurs groupes d'intérêts. Les grands cigarettiers évidemment. Mais aussi les élus Démocrates et les tenants du "Quit or die". L'approche pro-abstinence, farouchement opposée à la liberté de choix pour les usagers de nicotine, prédomine dans les organismes de santé publique aux Etats-Unis. A portée d'une porte battante de ceux-ci, les entreprises pharmaceutiques n'apprécient guère non plus ce qui pourrait concurrencer la vente de drogue labellisée pour le sevrage tabagique, telle que la varénicline, commercialisée sous le nom de Champix ou Chantix aux USA par Pfizer. Mais la réduction des méfaits par le vapotage pourrait aussi être un danger commercial pour toute la gamme de médicaments vendus aux personnes rendues malades par leur tabagisme. 

Trouver Pfizer parmi les clients de BrandFire, l'entreprise d'Adam Padilla, le diffuseur de cette fausse publicité, n'est peut-être pas anodin. Créer une pub qui n'existe pas en tant que telle, et produire l'illusion d'un danger pour justifier d'interdictions qui toucheront plus largement la possibilité d'informer les fumeurs, parait une stratégie de manipulation efficace. Difficile de croire qu'elle n'est pas réfléchie et au service d'intérêts commerciaux et politiques précis...

E. Bernays, le pape de la publicité moderne et auteur de Propaganda
edit 27-08-2017 à 21h30 : ajout de la capture du tweet d'Adam Padilla en illustration

jeudi 10 août 2017

[Expresso] France: Philip Morris profite de la censure et du dénigrement contre la vape pour promouvoir sa cigarette Iqos

C'est une petite bombe que lâche ce matin le site Vaping.fr. L'enregistrement du recrutement téléphonique d'un "ambassadeur" par Philip Morris pour "faire la promotion" de sa nouvelle cigarette Iqos en France. La recruteuse du cigarettier est claire sur la tactique de contournement de la loi Evin. "Les restrictions législatives font qu'on ne peut pas faire de publicité pour du tabac, du coup il faut faire interagir votre réseau", explique t-elle dans une des conversions enregistrées. A l'image de sa stratégie de marketing testée en Suisse, le cigarettier prévoit des soirées "événements", des présentations en public, des groupes privés sur les réseaux sociaux et de la chasse directe. "Ce sera chaud pour vous et vous ne pouvez pas en faire la publicité vraiment", précise la recruteuse au postulant. Et de préciser que le futur chasseur de Philip Morris aura une enveloppe dédiée de plusieurs centaines d'euros, pour inviter des personnes à boire un verre ou autres, en vue de leur placer la cigarette Iqos. Le modèle semble proche de la campagne de chasse aux fumeurs d'Iqos mis en place par Philip Morris en Suisse.


Surfer sur la propagande des anti-vape

La stratégie de marketing du cigarettier vaudois entend bien profiter de la censure imposée aux produits de la vape par la loi Marisol Touraine, qui interdit "publicité et propagande" pour le produit sans tabac ni combustion en France. Tandis que sa cigarette de tabac Iqos produit de la pyrolyse comme nous l'avions expliqué sur la base des documents de Philip Morris et d'une étude indépendante lausannoise. Les campagnes de dénigrement du vapotage à répétitions par certaines organisations soi-disant anti-tabac, largement relayées par les médias à sensation, ont semé le doute dans la population des fumeurs contre la vape. Du pain béni pour Philip Morris qui va donc lancer une grande campagne de promotion de son nouveau produit pour récupérer sa clientèle perdue ces dernières années au profit de la vape. La mise en place d'une armée d'agents recruteurs en est un élément. 

La Ministre doute et donc n'existe pas

Pendant ce temps, la Ministre de la santé Agnès Buzyn préfère continuer de "douter" de l'intérêt de stratégie anti-tabac intégrant le vapotage, à l'image de celle britannique où le nombre de fumeurs s'est réduit de 20% depuis 2011. Le "doute", pour ainsi dire ce second produit de l'industrie cigarettière...





vendredi 27 mai 2016

La cigarette ultra-light OGM «Magic» des anti-tabac américains débarque en France


Cela ressemble à un enfumage de première. La nouvelle cigarette ultra-light, à «très bas taux de nicotine», créée par la firme biogénétique 22nd Century, devrait débarquer chez les buralistes français dès juin. «Nous orienterons notre marketing sur les bénéfices uniques de Magic et sur son innovant tabac à très faible teneur en nicotine», explique Mourad Senouci, directeur de Royal Distribution qui va importer le produit en France, sur le site de l'AFP. Avant de s'attaquer au reste du marché européen comme l'annonce Henry Sicignano, président de 22nd Century. La firme américaine annonce viser la "réduction des risques liés au tabagisme". Elle est à ce titre en partenariat avec le National Institute on Drug Abuse (NIDA), agence du gouvernement américain sous l'autorité du Département de la Santé. Notamment dans le projet de recherche Spectrum sur des cigarettes OGM à très faible teneur nicotinique.

Le secret de cette nouvelle clope: son tabac génétiquement modifié pour ne dégager que 0,04mg de nicotine par cigarette aux tests des machines. Contre des taux de 0,3 à 1 mg pour celles de marques classiques. Autrement dit, le fumeur pourra s'envoyer les 4000 à 6000 toxiques dégagés par la combustion du tabac presque sans nicotine. Le site marketing de la marque, aussi en français, n'hésite pas à pousser à la surconsommation avec les vieux arguments publicitaires cigarettiers. «Les fumeurs de cigarettes MAGIC 0 peuvent choisir de fumer quand et aussi souvent qu’ils le souhaitent, en toute liberté», peut-on y lire en caractère gras. Une incitation à fumer à destination du public français dont on peut se demander si elle est conforme à la législation.

Magic ou mystification ?

Cigarette à très bas taux de nicotine
Les mesures anti-vape de la FDA assureront-elles
le succès de leur nouvelle cigarette? 
Argument de vente: fumer Magic, autant que l'on veut donc, permettrait de moins fumer. «Peu importe la quantité fumée, les fumeurs [de cette cigarette] ne vont pas obtenir de shoot de nicotine alors ils finissent par se sevrer», explique sans rire la Dr Nathalie Walker, de l'Université d'Auckland (New-Zealand), au NZ Herald fin 2011. Le hic? L'étude qu'elle venait de terminer comparait deux groupes utilisant ces cigarettes (non commercialisées à l'époque), l'un portant des patchs de nicotine, l'autre sans, et sans groupe témoin. Résultats: les fumeurs patchés ont été 1,5 fois plus nombreux a arrêter de fumer les futures Magic que ceux sans substitution nicotinique. En somme, l'étude montre surtout que la consommation de nicotine aide à se sevrer du tabac. 
«Ces cigarettes sont tout aussi nocives que toute autre cigarette», Dr Nathalie Walker
«Ces cigarettes sont tout aussi nocives que toute autre cigarette», précise la Dr Walker. Autant... ou plus nocives? Les études passées ont mis en évidence «l'effet compensatoire» des cigarettes lights. Le fumeur, à la recherche de nicotine, aspire plus fort sur sa clope, le plus souvent inconsciemment, pour compenser sa faible teneur et en retirer malgré tout sa dose habituelle. Le phénomène de l'auto-titration par inhalation est un des rares principes établis en addictologie de la nicotine. En conséquence, le fumeur de cigarettes lights inhale encore plus de toxiques et plus profondément dans ses alvéoles pulmonaires. Sanitairement, les cibiches légères induisent plus de risques et de dommages que les plus fortes, déjà extrêmement nocives.

Mais les créateurs prétendent que ce qui est vrai des cigarettes lights, ne le serait plus des leurs «ultra-lights». Partenariat avec les organismes de santé américains aidant, quelques études ont soutenu qu'il n'y aurait pas d'effet compensatoire dans ce cas. Clive Bates, ex-directeur de l'Action on Smoking and Health (ASH) anglais, en doute sur son blog. «Ces études souffrent de sévères faiblesses pour constituer des preuves», explique le renommé spécialiste anti-tabac. Les trois études sont de tailles très réduites. Et de si courte durée qu'elles peuvent n'avoir mesuré que des effets temporaires chez les fumeurs. 

Méthodologiquement, il souligne notamment le manque de réalisme de ces expériences de réduction de nicotine, alors que dans un contexte normal les fumeurs pourraient reprendre des cigarettes normalement nicotinées. En 2007 déjà, une étude dirigée par le Pr Andrew Strasser, chercheur en comportement de santé à l'Université de Pennsylvanie, conclue que "les nouvelles cigarettes à très bas taux de nicotine peuvent produire un effet compensatoire du tabagisme et accroître l'exposition au monoxyde de carbone".

Nicotine sans fumer ou fumer sans nicotine ?

De son côté, la Dr Walker souligne le rôle palliatif de conserver la gestuelle de fumer sans nicotine. «Une partie du tabagisme est de composante comportementale. Mettre quelque chose dans la bouche, sentir la fumée dans la bouche puis descendre dans la poitrine. Il y a tout un rituel de fumer», explique la chercheuse. Mais alors pourquoi le faire avec un produit mortellement nocif, alors que le vapotage permet aussi cette prise en charge comportementale sans les toxiques de combustion? A l'opposé de ce tabagisme sans nicotine, le Royal College of Physicians, dans son récent rapport «Nicotine sans fumer», préconise les alternatives à risques et dommages réduits pour la consommation de nicotine, telles que le vapotage.

Les deux approches renvoient à une opposition de paradigmes scientifiques prenant racine au siècle précédent. D'un côté, les tenants du danger et de l'addiction expliqués uniquement par la substance nicotine. Illustrant cette matrice, le Dr David Kessler, ex-Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA), d'ailleurs cité comme caution par le site publicitaire de la Magic. Lors des procès des cigarettiers dans les années 1990', il avait notamment porté ses attaques sur le rôle du tabac Y1 de la firme Brown & Williamson, dont la teneur en nicotine était gonflée par sélection génétique. Pour lui et la quasi totalité du Tobacco Control, les anti-tabac américains, la nicotine seule est toujours la coupable désignée des méfaits du tabac. Et qui s'oppose à ce dogme fait partie du complot cigarettier.

Pourtant, dés les années 1970', le Pr Michael Russell, scientifique sud-africain enseignant à Londres, avait mis en exergue le danger du mode de consommation. «Ils fument pour la nicotine, mais meurent des goudrons», avait-il synthétisé. Les recherches ultérieures ont montré que le monoxyde de carbone et des milliers d'autres toxiques sont aussi impliqués dans les maladies du tabac. Mais pas la nicotine non cancérigène. Cela ne fait que renforcer la thèse du chercheur sur le comportement tabagique. 
«Les substances addictives devraient impérativement être analysées en intégrant également les bénéfices qu’elles procurent aux consommateurs», Dr Anne François
Depuis l'addictologie en général suit cette piste. La dangerosité des «drogues» ne résulte pas uniquement de la substance psycho-active elle-même, mais du contexte de consommation. Le mode de prise en étant un élément incontournable. C'est succinctement l'analyse récente signée du sociologue Sandro Cattacin, de l'Université de Genève, et de Dagmar Domenig, directrice de la fondation Arcadis, pour leur rapport final de la Commission fédérale sur les drogues, publié par l'OFSP le 23 décembre 2015 (et du coup évidemment passé inaperçu des médias…). 

Invitée à donner la réparti à la présentation de ce rapport au séminaire «Les drogues dans tous leurs états», la Dr Anne François, médecin de premiers recours aux HUG, souligne que «les substances addictives devraient impérativement être analysées en intégrant également les bénéfices qu’elles procurent aux consommateurs», selon le compte-rendu de M. von Arx sur le blog du séminaire. Un aspect tabou dans le champ tabagique en dépit des connaissances établies sur les bénéfices de la nicotine contre les maladies neurodégénérative comme la Parkinson - voir l'article du Pr J. Le Houezec Positive effects of nicotine- , des pistes sérieuses concernant les troubles mentaux tels l'angoisse ou la dépression - voir l'article du Pr Nitzkin sur ce blog -, et, de ma propre expérience, dans les troubles musculo-squelettiques en myorelaxant. Tout un pan de recherche est ici bloqué, au grand dam de malades comme le groupe Parkinson 29. Alors que l'engouement tabagique devrait inciter à se questionner sur les raisons de l'attraction qu'exerce la nicotine.

Magic, tragique ou bide

Stanton Glantz : la vape c'est mal, car les fumeurs fument (sic!)
Quelle chance de succès à cette clope nocive sans plaisir et bénéfice de la nicotine ? Difficile de se prononcer, mais de fait fumer des végétaux sans nicotine, à part le cannabis, ne fait pas recette. Peut-elle aider des fumeurs à se sevrer ? Peut-être, mais je vois mal en quoi elle apporte un quelconque avantage par rapport au vapotage, que l'on peut consommer au taux de nicotine souhaité, y compris à zéro. Alors quel intérêt de sortir ce produit ? Il y a évidemment la logique bureaucratique de consommer les budgets par des projets, même inutiles, afin de justifier leur perpétuation. Mais au-delà, Clive Bates met en relief la stratégie anti-tabac incohérente visant à éradiquer la consommation de nicotine. Une matrice de «solution finale» qui a fait ses preuves d'échec total dans la guerre aux drogues depuis un siècle. Non sans être une des pires sources de morts évitables, aux côtés du tabagisme.


Edit 27.05.2016 20h30: couper le suivi des liens pour éviter de booster le référencement de tragic, et qqls petites corrections ;)

EDIT 07/2017: finalement la Magic n'a pas été (encore?) mise sur le marché français...