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jeudi 30 juillet 2020

L'Institut Pasteur compare les toxiques entre cigarette, tabac chauffé et vape

Quel niveau de réduction des risques avec la vape ou une cigarette chauffée par rapport aux cigarettes classiques ? L’Institut Pasteur de Lille apporte sa contribution au sujet avec une étude approfondie. L’équipe menée par Romain Dusautoir a analysé les taux de carbonyles et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans les émissions d’une cigarette standard (3R4F), de la fumée de la cigarette chauffée Iqos, et de trois dispositifs de vapotage. Les chercheurs, financés par l’Institut national du cancer (INCa), ont ensuite procédé à des tests in vitro de viabilité de cellules épithéliales bronchiques humaines (BEAS-2B) exposées aux différents aérosols. 
« Dans le cadre de la réduction des méfaits du tabac, dans laquelle les fumeurs devraient idéalement pouvoir choisir librement parmi une variété de solutions de rechange au tabagisme, les produits du tabac émergents (comme le tabac chauffé [HTP]) et le vapotage semblent avoir le potentiel d’une nouvelle offre prometteuse. Toutefois, il est fondamental pour les fumeurs de connaître et de comparer les risques pour la santé de ces différents dispositifs émergents afin de déterminer quel produit devrait être préféré pour le sevrage tabagique », soulignent les onze coauteurs de l’étude financée par l’INCa et l’IResP.
Globalement, les résultats sont sans appel. "Conformément aux niveaux de composés toxiques mesurés dans chaque aérosol, l’aérosol de cigarette chauffée (HTP) présente une cytotoxicité réduite par rapport à la fumée de cigarette, mais plus élevée que les émissions de vapotage", conclut la publication en open-access dans le Journal of hazardous materials.

Les niveaux de carbonyles et de HAP mesurés

La fumée de cigarette contient près de 7000 composés toxiques, dont l’extrême majorité est absente du vapotage. Notamment, le vapotage ne contient ni monoxyde de carbone ni goudrons contrairement à la cigarette. L’étude menée à l’Institut Pasteur de Lille s’est concentrée sur le niveau de deux classes de toxiques dont certains sont encore présents dans le vapotage, en comparant les niveaux à ceux dégagés par du tabac chauffé et une cigarette. 

Ainsi, les niveaux de 19 carbonyles et de 23 hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ont été mesurés dans la fumée d’une cigarette, celle d’une Iqos (indiquée par HTP), du vapotage d’un modèle vieillissant d’Ego avec une résistance de 2,8 ohms alimentée à 4,6 Watts (nommée Lounge), et d’un Mod box plus récent avec une résistance en 0,5 ohms en deux configurations, l’une à 18 Watts et l’autre à 30 Watts. Les trois vapoteuses ont été testées avec un liquide à 16 mg/mL de nicotine, goût classique (en 70 % PG et 30 % VG). Les tests ont suivi le régime intensif de Santé Canada tout en veillant à ne pas créer artificiellement de dry-hit, en respectant notamment les recommandations de l’AFNOR.
« Pour assurer des conditions expérimentales réalistes, deux vapoteurs réguliers ont testé les e-cigs utilisés dans notre étude pour éviter la génération de bouffées sèches, en utilisant la durée de bouffée et les réglages de puissance tels qu’ils ont été testés avec la machine à fumer. Les utilisateurs ont confirmé l’absence de sensation de bouffée sèche et la production de vapeur suffisante. En outre, la température de l’aérosol généré a également été considérée comme un indicateur de pertinence expérimentale et de réalisme », stipulent les chercheurs, qui ont évité les erreurs méthodologiques « à l’américaine ».

Réduction de 99,8 % des carbonyles pour la Modbox

Les chercheurs ont analysé la présence des toxiques par bouffée et de manière pertinente par µg de nicotine délivré. Les résultats, détaillés pour chaque substance dans le papier, indiquent à délivrance égale de nicotine, une réduction de 77 % des émissions de carbonyles pour l’Iqos, et à plus de 99,5 % pour les différents modèles de vape, par rapport à la cigarette. Grossièrement, on peut dire que l’Iqos réduit par quatre fois la dose de carbonyles pour l’utilisateur à délivrance de nicotine similaire par rapport à la cigarette, tandis que les vapoteuses la réduisent de l’ordre de 200 à 500 fois. 
« Dans l’ensemble, nos données démontrent donc qu’à des températures normales, la teneur en carbonyles dans les émissions de vapotage ne représente qu’une petite fraction des niveaux inhalés par les utilisateurs de produits du tabac », précise l’étude.
Clique dessus pour la voir plus grande :
Dans le détail, les auteurs soulignent la nette réduction d’émission de carbonyles de l’Iqos en regard de la cigarette standard. Mais ils notent que la « présence de niveaux élevés d’acétaldéhyde est la marque de la pyrolyse et de dégradation thermogénique du tabac ». « En revanche, la principale source de carbonyles dans les émissions de vapotage est la dégradation thermique du glycérol et du propylène glycol contenue dans l’e-liquide. Certains carbonyles étaient quantifiables dans les différentes vapeurs d’e-cig testées, mais de plusieurs fois plus faibles que dans les émissions des deux produits du tabac testés ».

HAP réduits de 98,5 % avec la Modbox

Concernant les HAP, l’Ego se montre moins performante et ne réduit « que » de 92,5 % les taux de cette classe de toxiques par rapport à la cigarette. L’Iqos se montre un peu plus sûre avec une réduction de 94,3 %. Tandis que le modbox plus récent atteint 98,5 % et 99,2 % dans les deux configurations de puissance, en profitant d’une meilleure vaporisation de la nicotine. Les dispositifs de vapotage plus modernes en améliorant leur efficacité à la vaporisation de nicotine ont réduit les émissions d’HAP par dose de nicotine délivrée.

Tests de cytotoxicité in vitro

En plus de ces mesures, l’équipe de recherche a évalué l’impact toxicologique des aérosols produits. Ils ont exposé des cellules de la paroi (épithéliales) de bronches humaines à la fumée de la cigarette, de l’Iqos et aux aérosols des trois dispositifs de vapotage. Ils ont relevé la viabilité des cellules exposées, ainsi que des marqueurs de stress oxydatifs et de réponses inflammatoires.
« La réduction apparente de certains constituants nocifs dans les émissions de HTP et de vape par rapport à la cigarette de tabac ne peut pas être directement extrapolée à une réduction proportionnelle des méfaits pour les fumeurs »
Pour évaluer la viabilité cellulaire, les chercheurs ont déterminé la dose effective (ED50) qui élimine la moitié des cellules exposées. Les résultats sont éloquents. Deux bouffées de cigarettes suffisent à atteindre ce seuil tandis qu’il faut 45 bouffées d’Iqos. Les « vapeurs d’e-cig n’ont pas induit une mortalité cellulaire suffisante pour calculer une ED50 (quelle que soit la puissance ou le modèle e-cig testé) » après 120 bouffées. Dans une étude précédente, un des chercheurs avait été jusqu’à 576 bouffées avec différents e-liquides sans montrer de cytotoxicité.
« Nous avons également évalué la viabilité cellulaire en fonction de la nicotine émise. Les résultats étaient équivalents avec ou sans normalisation de la nicotine : une cytotoxicité plus élevée pour la cigarette de tabac (ED50 = 0,2 mg de nicotine) que pour HTP (ED50 = 2,8 mg de nicotine) et une faible cytotoxicité pour le vapotage »


Le stress oxydatif des cellules a été mesuré par le rapport entre les niveaux de glutathion oxydé (GSSG) et celui réduit (GSH). La cigarette a induit une augmentation de 2,7 du ratio GSSG/GSH dés la première bouffée. La cigarette chauffée a produit la même augmentation, mais après 12 bouffées. Tandis que du côté du vapotage, seule la Modbox à 30 watts à produit un changement similaire (2,9) après 120 bouffées. Sur cette base de 120 bouffées de vape, 12 bouffées d’Iqos et une seule bouffée de cigarette, les chercheurs ont vérifié une réaction de défense immunitaire des cellules. 
Enfin, ils ont relevé la sécrétion de cytokines en réponse à des processus inflammatoires. L’interprétation des résultats, plus prononcés avec moins de bouffées, reste à déterminer. « Ces différentes modulations dans les médiateurs inflammatoires peuvent s’expliquer en partie par les niveaux de carbonyle et d’HAP mesurés dans les différentes émissions », avancent les chercheurs.
« Cette étude contribue à une meilleure compréhension des propriétés des émissions de tabac chauffé (HTP) et de vapotage et de leurs impacts toxicologiques connexes. Elle fournit des données importantes nécessaires à l’évaluation des risques, en démontrant que le HTP pourrait être moins nocif que la cigarette de tabac, mais beaucoup plus nocif que le vapotage », concluent les chercheurs de l'Institut Pasteur de Lille.

lundi 20 juillet 2020

Consultation au plan anti-cancer de l'UE : la réduction des risques massivement soutenue

Près de 20 % des contributions sur le projet de plan anti-cancer de l’Union Européenne préconisent la réduction des risques. « Une contribution sur six recommande des politiques qui encouragent les fumeurs à l’usage de produits de nicotine à risque réduit, tels que le vapotage », précise I-Com, un think tank libéral italien qui a analysé les réponses à la consultation publique lancée en février. L’institut, basé à Rome et financé par des entreprises, dont des multinationales de la pharmaceutique, voit l’émergence d’un fait social. Son analyse fait ressortir quatre thématiques parmi les 384 contributions, « un nombre record de participations »

  • Les quatre thèmes articulés peuvent se résumer à encourager les options à risques réduits par une politique globale pragmatique et faisant preuve de compassion, mais s’appuyant sur les données scientifiques pour éclairer les choix individuels en collaboration avec la société civile.
Pour repères, l’organisme créé par l’économiste italien Stefano Da Empoli en 2005 rappelle que 40 % des résidents en Europe seront affectés d’un cancer durant leurs vies. « Le tabac est responsable d’approximativement 25 % des décès liés aux cancers ». L’alcool serait lié à 400 000 décès prématurés par an, tandis que la pollution de l’air contribuerait à près de 3,2 millions de morts prématurées.

Encourager des options à risques réduits

Un premier thème est l’incitation des citoyens à adopter des modes de vie plus sains. « Les autorités publiques et les gouvernements nationaux devraient intervenir afin de définir des stratégies intersectorielles respectant le cadre de “la santé dans toutes les politiques” et mettre en œuvre des politiques actives qui permettent aux gens de mieux choisir des options de modes de vie », rapporte le factsheet d’I-Com. 

Cette approche passe aussi par les parties prenantes sur le terrain, qui doivent reconnaître « la réduction des risques au sein des stratégies de santé pour lutter contre les inégalités en matière de santé et défendre la justice sociale. Les modes de vie sains ne sont pas seulement une question de volonté, mais aussi d’opportunité. La législation peut donc avoir un impact profond sur le comportement de la population ».

Plus de pragmatisme et de compassion

Un second thème mis en lumière est d’intégrer « des solutions pragmatiques et faisant preuve de compassion » dans les politiques de santé. « La réduction des dommages est pragmatique et se concentre sur les risques et les dommages plutôt que sur l’abstinence, en cherchant à maximiser les avantages pour la santé, réduire au minimum le coût pour la santé publique et fournir une solution face aux inégalités de santé dans le monde. Les stratégies de réduction des risques devraient être “personnalisées”, centrées sur le patient et incluses dans les programmes de prévention, d’assistance et de suivi », résume le think tank.

S’appuyer sur les données pour favoriser les choix éclairés

Une stratégie cohérente et efficace se doit d’être éclairée. « Des mesures doivent être prises non seulement pour monitorer le marché, mais aussi pour le modeler selon le développement des connaissances scientifiques. Les choix individuels faits sans une approche cohérente de réduction des risques pourraient aggraver les problèmes posés par le tabac, l’alcool et d’autres produits. Alors que l’effet global des choix éclairés pourrait apporter une contribution importante à la santé publique »

Enfin, le think tank souligne comme quatrième axe la coopération entre sphère publique et sphère privée. « Les députés du Parlement européen, la Commission européenne, les États membres et les organisations non gouvernementales (ONG) peuvent tous contribuer à élaborer un plan efficace pour vaincre le cancer », assure I-com, qui annonce organiser un événement sur le sujet fin septembre au Parlement européen. 


lundi 8 juin 2020

Succès de l'expérience d'arrêt tabagique avec le vapotage au Centre d'aide d'Olten

Lancé fin décembre 2018, le programme d’arrêt tabagique à l’aide du vapotage à Olten, dans le canton de Soleure, est une réussite. Malgré les attaques de la Ligue pulmonaire locale, les pressions en coulisses et les multiples campagnes de peur contre le vapotage dans les médias, le Centre d’aide pour les addictions a pu aider une centaine de participants de cette ville de 18 000 habitants. Ces personnes ont reçu des conseils avec des rendez-vous réguliers pour suivre l’évolution, ainsi que du matériel et des liquides de vapotage gratuitement. « Parmi ceux qui avaient l’objectif clair d’arrêter de fumer, 17,5 % ont réussi », relate Reno Sami, du SuchtHilfe Ost (SHO)
Résultats 2020 du programme d'aide à l'arrêt tabagique avec le vapotage du SuchtHilfe Ost : 17,5% de réussites
Même quelques-unes des personnes qui n’avaient pour objectif initial que de réduire le nombre de cigarettes fumées quotidiennement ont finalement arrêté totalement. Au total, 14,1 % des personnes engagées dans le programme d’aide ont cessé de fumer, et les deux tiers d’entre elles ont ensuite également arrêté le vapotage. « Le projet pilote montre donc un taux global de cessation du tabagisme de 14,1 %. Du point de vue du SuchtHilfe Ost, ce taux est un succès respectable. D’autant plus que des personnes qui essayaient simplement de réduire leur consommation de cigarettes ont également cessé de fumer », précise le communiqué du SHO.

Un budget loin des dizaines de millions des organisations traditionalistes

Environ la moitié des participants s’est inscrite spécialement à l’occasion de ce programme d’aide à l’accès facilité, tandis que les autres étaient déjà suivis par le Centre pour d’autres addictions. L'aide à ces personnes au profil plutôt difficile, qui se sont sauvées du tabagisme et de ses méfaits de santé, un succès valeureux et synonyme de renforcement de ces personnes, a coûté quelques milliers de francs. « Si nous ignorons les coûts de personnel, les coûts matériels purs (équipement et distribution de liquide) de l’essai pilote a coûté 4 600 fs », précise Reno Sami, « à mon avis, le rapport coûts/bénéfices est clairement positif »

Le tabagisme est estimé être la principale cause évitable de maladies et de mortalité prématurée en Suisse. L’évaluation officielle des coûts de santé en découlant sont de l’ordre de cinq milliards fs annuels, sous-estimant probablement les coûts médicamenteux. Le taux de tabagisme en Suisse n’a pas évolué depuis 2007, dépassant les 27 % de la population des plus de 15 ans. Signe de l’inefficiente politique poursuivie.

Une réussite malgré des attaques mesquines dans les médias

« Pour le SHO, ces résultats du projet et les preuves d’études scientifiques incitent et légitiment la poursuite du projet », conclut le communiqué du SuchtHilfe Ost. Pourtant, le projet pilote s’est déroulé dans un climat d’hostilité des organismes traditionalistes soi-disant « anti-tabac ». La Ligue pulmonaire, subventionnée par le Fonds fédéral de prévention tabac doté de 12 millions de Fs par an et sponsorisée par les laboratoires pharmaceutiques, s’est montrée particulièrement agressive dans les médias locaux. 

Entre autres attaques, la Ligue pulmonaire déplorait la gratuité du programme d’aide, alors qu’elle facture des cours pour l’arrêt tabagique à hauteur de 190 fs dans le canton de Soleure. « Ce qui me dérange le plus, c’est que l’aide et les appareils sont offerts gratuitement. Nous n’offrons pas de conseils gratuits pour arrêter de fumer », explique Christopher Gut, responsable de la Ligue pulmonaire de Soleure, dans le Solothurn Zeitung en juillet dernier.

Une aide à contre-courant de l’abandon des plus pauvres au tabagisme

En Suisse, les patchs nicotiniques coûtent environ 100 fs la boîte de 14, sachant que 2 ou 3 par jour sont nécessaires pour les grands fumeurs, sans être remboursés par l’assurance-maladie de base. Les personnes les moins dotées financièrement sont donc les moins aidées en Suisse pour l’arrêt tabagique. C’est pourtant le groupe social le plus touché par la cigarette. 

Le suivi Salpadia a mesuré l’évolution des inégalités de chances à l’arrêt tabagique selon le niveau d’études entre 1991 et 2011. Les plus démunis ont trois fois (OR 2,94) moins de chances de réussir leur arrêt tabagique que la classe favorisée, alors que cet écart n’était que de 1,3 vingt ans auparavant.

La compétence, clef de la réussite?

« Les personnes que nous aidons sont reconnaissantes. Parce qu’il est clair pour elles que nous n’avons aucun intérêt financier et parce que nous leur donnons des conseils sur la base de connaissances spécialisées », expliquait Reno Sami, en juillet dernier au Solothurn Zeitung. En effet, le Centre d’aide a notamment fait appel à l’association Helvetic Vape pour avoir une formation spécifique sur le vapotage. Phil Scheck, vapoteur et reviewer bien connu de la scène suisse alémanique, avait délivré une série de cours au personnel de soin du Centre pour préparer le programme.

Les résultats du projet pilote d’Olten confirment l’efficacité du vapotage pour l’arrêt tabagique lorsqu'il est accompagné de conseils éclairés, compétents et bienveillants. Approche particulièrement importante pour les groupes sociaux défavorisés, à l'opposé des dogmes particulièrement hostiles de la part des différentes parties liées au tabagisme en Suisse. Les résultats de l'expérience pilote contredisent par exemple les conclusions médiatisées de chercheurs d’Addiction Suisse que j’avais challengé à l’époque.

mercredi 25 mars 2020

Belgique: Maggie de Block profite du Covid-19 pour pousser les vapoteurs vers le tabac

« Ouvrez les vape shops, comme en France, en Italie ou en Suisse ! On ne veut pas recommencer à fumer ! ». En situation de confinement depuis le 18 mars, le cri de détresse des vapoteurs belges n’a presque que les réseaux sociaux pour trouver écho. Les diverses échoppes de tabac sont ouvertes sans restriction. Par contre, les magasins de vape sont fermés depuis le 18 mars, alors que tout achat à distance de produits de vapotage est interdit depuis un arrêté royal de 2016. « Pris de court, certains consommateurs se retrouvent démunis », constate RTL Info, seul média belge a avoir consacré un article au sujet hier

Interdiction de répondre aux demandes à l’aide

« On a un gros souci avec nos clients, s’ils n’ont pas leur liquide ou matériel pour faire fonctionner leur vaporette et bien ils vont droit vers la cigarette », témoigne le tenancier d’un magasin de vape de Bruxelles à RTL. Les vapeshops reçoivent des tas de demandes par mails de leurs clients. Mais ils n’ont pas le droit de leur fournir quoi que ce soit. 

Un professionnel qui a un magasin en France, à Longwy, et un autre en Belgique à Arlon, témoigne aujourd’hui dans le Républicain Lorrain. « Nos clients sont contents qu’on ait pu rouvrir. Ils commençaient à avoir peur de se tourner à nouveau vers la clope... », constate-t-il côté français, tandis que son magasin belge est fermé. « On a écrit à l’État pour en savoir plus, on attend la réponse ».

Le Pr Frank Baeyens, de l’Université de Louvain, interpelle les autorités depuis plusieurs jours. « Ne conduisez pas inutilement près de 10 000 vapoteurs à recommencer de fumer. Autorisez l’ouverture des magasins de vape ou la vente sur internet », interpelle le chercheur dans un tweet le 20 mars adressé à Maggie de Block, la ministre de la Santé et d’autres décideurs du Service public fédéral (SPF) 

Arrangement annulé depuis en haut

Des professionnels de vape aussi ont tenté de dialoguer avec l’administration de santé publique. Un arrangement semblait avoir été trouvé, comme le relate RTL Info : « “Les magasins de e-cigarette doivent fermer mais peuvent vendre en ligne et faire des livraisons”, nous a d’abord communiqué Vinciane Charlier, porte-parole du SPF Santé Publique. Un peu plus tard, une décision est prise dans le sens inverse. La vente en ligne de ces produits reste finalement interdite. »

De longue date, les autorités belges font la guerre aux vapoteurs. En 2016, le ministre des Finances espérait relancer les ventes de cigarettes pour remplir les caisses de l’État. Maggie de Block avait réagi en poussant à un arrêté royal particulièrement restrictif contre le vapotage. L’absence de compassion et d’intelligence actuelle de la ministre de la Santé n’est pas une découverte. Dans la situation de crise actuelle, ces restrictions abusives déploient tout leur potentiel délétère en termes de santé publique. 

Le droit à la santé mal en point en Belgique

« Le droit à la santé est complété par le droit de bénéficier des progrès scientifiques et de leurs applications », rappelle Eurotox en se référant à la Déclaration des droits humains (1948), dans une prise de position sur le droit à la santé publiée ce 19 mars. L’observatoire socio-épidémiologique alcool-drogues en Wallonie s’est avant tout concentré sur les conséquences des lacunes politiques pour les usagers de substances prohibées. Mais le parallèle avec le vapotage, entravé en temps normal et prohibé de fait avec le confinement, est saisissant. Tandis que les ventes de tabac sont pleinement diffusées, même en période de confinement. Près de 14 000 personnes meurent chaque année de maladies liées au tabagisme en Belgique.
Extrait de la prise de position ce 19 mars d'Eurotox sur le droit à la santé: « Le droit à la santé requiert des États qu’ils mettent en œuvre une véritable politique nationale de réduction des risques à destination des usager·es de drogues, sans discrimination aucune, et qui soit à même de délivrer l’ensemble des services et dispositifs essentiels à la possession du meilleur état de santé atteignable. (...) ceci doit exister dans un environnement où les usager·es de drogues ne risquent pas des problèmes avec la police ou la justice dans leurs démarches de soins et de réduction des risques. »

jeudi 19 mars 2020

Suisse, France et Italie: l'ouverture des vapeshops répond d'une double réduction des risques

Dans le contexte de restrictions liées à l'épidémie de Covid-19, l’Italie, la France et les cantons suisses de Neuchâtel, Vaud et Valais ont autorisé l’ouverture de magasins de vapotage. Au niveau fédéral, l’Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP) ne s’est pas encore prononcé sur le sujet. En Espagne, l’Union des professionnels de vape UPEV) demande un traitement similaire. En Belgique, l’interdiction de vente à distance met en péril les vapoteurs, qui vont devoir passer par des circuits parallèles pour ne pas retomber dans le tabagisme.

Double réduction des risques : individuelle et collective

Les décisions des gouvernements italiens, français et des trois cantons romands répondent de deux formes de réduction des risques. La première au niveau individuel est de maintenir un accès aux produits de vapotage pour les ex-fumeurs qui n’ont pas la possibilité de passer par des achats à distance. La seconde collective permet d’éviter l’engorgement des bureaux de tabac et des effets de promiscuité en additionnant les vapoteurs aux fumeurs. 

Pour un succès de cette approche, les conditions d’hygiène sont cruciales. En ce sens, les organisations professionnelles de vape indépendantes françaises et romande ont annoncé des recommandations sanitaires strictes pour éviter au maximum le risque de propager le virus Covid-19. Cette situation inédite met au défi la communauté de la vape, à la fois les professionnels mais aussi les usagers, pour développer la culture de terrain de la réduction des risques.

Les personnes les plus fragiles

L’ouverture des magasins de vape concerne en premier lieu les catégories de personnes en difficulté sociale et souvent de santé fragile, qui n’ont pas, ou difficilement, la possibilité de passer par des achats à distance. Les largués d’internet, les personnes âgées, les exclus de moyens de paiements, les précaires de domicile, etc. Il y a des recouvrements importants entre tabagisme, niveaux socio-économiques, maladies et risques de complication avec le virus Covid-19.

Donner la possibilité à ces personnes de continuer d’accéder à des produits de vapotage réduit les risques liés à une rechute dans le tabagisme. C’est en soi, une réduction des méfaits sanitaires. Dans le contexte du coronavirus, qui attaque le système respiratoire, il est vraisemblable que fumer augmente les risques de cas graves.

Éviter les goulots d’étranglement

Il y a aussi une réduction des risques au niveau collectif. D’une part, un risque systémique inquiétant dans la situation d’épidémie est l’engorgement des hôpitaux. Ajouter aux cas de coronavirus, des personnes souffrant de problèmes respiratoires parce qu’elles ont rechuté dans le tabagisme serait négatif.

D’autre part, l’ouverture de vapeshops permet de réduire les interactions sociales en évitant aux vapoteurs n’ayant pas la possibilité d’achat à distance de s’additionner aux fumeurs dans les mêmes bureaux de tabac. Cela permet de réduire les effets de promiscuité et facilite la distance sociale, qui est pour le moment le moyen de prévention le plus efficace contre la propagation du virus.

Les consignes des organisations professionnelles

En France, la Fivape, fédération indépendante des professionnels de vape, et le SIIV, syndicat des vapoteries, ont tous deux publié des recommandations hier sur les règles à suivre: la page détaillée des protocoles recommandés de la Fivape concernant les différents secteurs de la filière du vapotage, et le document de recommandations du SIIV.

Côté Suisse, l’Association romande des professionnels de vape (ARPV) a communiqué cet après-midi ses consignes, suite aux autorisations des cantons de Neuchâtel, Vaud et du Valais. Une distance de deux mètres entre chaque personne, le lavage des mains systématique avec un produit hydroalcoolique entre chaque client et le passage de désinfectant sur les comptoirs, les poignées et le matériel manipulé entre chaque client sont notamment exigés par l’ARPV, en plus des consignes sanitaires générales à la population de l’OFSP.

Aucune donnée sur un effet antiviral du propylène glycol (PG) sur le Covid-19

Les trois organisations professionnelles exigent l’absence de vapotage à l’intérieur des magasins « afin de respecter les gestes barrières élémentaires », explique la Fivape. Bien qu’il existe plusieurs études sur les propriétés antivirales du propylène glycol sous forme d’aérosol, aucune n’a été menée spécifiquement sur le virus Covid-19. 

Insistons : rien ne permet d’affirmer que le propylène glycol a un pouvoir antiviral sur le Covid-19. Étant donnée, la brutalité de la contagion, la précaution impose de partir du principe qu’il n’élimine pas le virus jusqu’à une preuve solide.

Les tests ajournés

Le monde de la vape fait face à un défi difficile et inédit. L’étape charnière du testing de liquides, aidant à déterminer taux de nicotine et goût adaptés, pour amorcer le sevrage tabagique avec la vape est mise entre parenthèses de force. Selon la durée de l’épidémie, c’est un élément essentiel du rôle en première ligne pour l’arrêt tabagique des vapeshops qui devra peut-être être « réinventé » à terme.

L’importance de la dimension communautaire

Depuis dix ans sur le terrain de la réduction des risques face au tabagisme, le vapotage a les ressorts pour répondre à cette crise. Les associations, les groupes d’entraide, les forums, les médias audiovisuels et écrits constituent une armature communautaire. – Voir la page des liens utiles (liste non exhaustive) –. La crise du Covid-19 souligne l’importance cruciale de ces relais complémentaires au secteur commercial. 

A un moment où l’anxiété face à un péril invisible et inconnu peut amener à des comportements régressifs [qui a parlé de PQ?], la dimension collective d’une culture de réduction des risques n’est pas qu’une option. Elle est la voie pour gérer et apprendre collectivement à gérer les risques.

En complément, repères pour les usagers : vapoter à distance et aérer

Que l’on soit vapoteur ou non, il est avéré que les gouttelettes de sécrétions respiratoires peuvent transmettre le virus Covid-19. À titre de repères sur les distances de sécurité, un éternuement projette vite (jusqu’à 100 km/h) l’aérosol expiré avec des gouttelettes à 2,50 m en moyenne, selon des mesures du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Tandis qu’une toux non bloquée par le coude, irait jusqu’à environ 1,80 m. Tout vapoteur expérimenté sait qu’il peut fortement moduler son expiration de vapotage, du grand nuage jusqu’à la vape discrète à très faible portée. 

À côté des gouttelettes, la transmission du virus en aérosol ou par dépôt sur les surfaces inertes n’est pas clarifiée. Une étude publiée hier dans le New England Journal of Medicine (NEJM) a mesuré la viabilité du virus en suspension dans l’air et sur différentes surfaces inertes. « Nos résultats indiquent que la transmission du SARS-CoV-2 par aérosols et les surfaces est plausible, car le virus peut rester viable et infectieux dans les aérosols pendant des heures et sur des surfaces jusqu’à plusieurs jours (selon le dépôt d’inoculum [quantité de germes]) », concluent les chercheurs de Princeton. Ce résultat, qui ne présente qu'une plausibilité et non pas une certitude, invite à aérer les locaux et nettoyer les surfaces.

dimanche 15 mars 2020

Covid-19 "Une opportunité de fermer les tabacs et ouvrir les vapeshops" pour le Pr Polosa

« C’est le bon moment de fermer les tabacs et de pousser des milliers de fumeurs à dire au revoir à la cigarette, et pour promouvoir la possibilité de passer aux produits à risques réduits ». Le 12 mars, le Pr Riccardo Polosa, fondateur du Centre d’excellence sur la réduction des risques (CoEHAR) de Catania, prenait le contre-pied de l’avis de l’Administration des douanes et du monopole du tabac (AAMS) de fermer les vapeshops et laisser ouverts les bureaux de tabac en Italie. « Je ne suis pas d’accord avec ce choix alors que des millions de fumeurs sont forcés de rester chez eux avec leurs proches, forcément exposés à la fumée secondaire », explique le chercheur italien.  

Le droit à la réduction des risques plutôt qu'aux cigarettes

« Au lieu de cela, nous aurons plus de fumeurs qui fument pour surmonter l’anxiété et la peur générées par la propagation du coronavirus et des milliers d’utilisateurs de vapotage qui risquent de retomber dans leurs anciennes mauvaises habitudes. Je pense qu’il est injuste de priver les fumeurs de la possibilité de passer à des produits moins nocifs, et encore plus injuste de laisser des milliers de vapoteurs recommencer à fumer. Une règle générale de santé publique devrait être de garantir l’accès aux outils alternatifs pour arrêter définitivement de fumer », poursuit le professeur de médecine à l’Université de Catania.

Ne pas engorger artificiellement les hôpitaux

« Il y a des personnes atteintes de maladies respiratoires qui ont connu une amélioration significative de leur état de santé, passant du tabagisme au vapotage. Les faire recommencer à fumer pourrait entraîner une détérioration rapide de leurs symptômes respiratoires avec pour conséquence de surcharger le système de santé national, qui est déjà à la limite », argumente le Pr Riccardo Polosa qui a mené nombre de recherches sur le sujet depuis une décennie. Le CoEHAR reçoit une aide financière de la Fondation pour un monde sans fumée (FSFW) de Dereck Yach, très critiquée par les lobbys financés par Michael Bloomberg comme le site TobaccoTactics

Le Gouvernement italien laisse les vapeshops ouverts

Contre la circulaire de jeudi de l’administration fiscale, le Gouvernement italien a finalement donné en partie raison à l’approche de réduction des risques en ne forçant pas la fermeture des magasins de vape, mais en laissant tout de même ouverts les tabacs. « La revente de cigarettes électroniques et de produits d’inhalation liquides relève des catégories d’entreprises exclues de l’obligation de suspendre et/ou de clôturer et relève de la définition de vente de produits pour fumeurs. La vente est autorisée à la fois si elle est effectuée dans des bureaux de tabac ordinaires et si elle est effectuée dans des commerces de quartier autres que des bureaux de tabac, à condition qu’il s’agisse de magasins spécialisés dans la vente exclusive de cigarettes électroniques et de produits d’inhalation liquides »

En France, décision de fermeture sous réserve...

Ce matin, le Gouvernement français a décrété qu’en raison de l’épidémie, « il y a lieu de fermer les lieux accueillant du public non indispensables à la vie de la Nation tels que les cinémas, bars ou discothèques ; qu’il en va de même des commerces à l’exception de ceux présentant un caractère indispensable comme les commerces alimentaires, pharmacies, banques, stations-service ou de distribution de la presse »

Les deux associations de professionnels de vape indépendants, la fédération Fivape et le syndicat SIIV, ont pris contact avec les pouvoirs publics pour obtenir des clarifications, et le cas échéant une éventuelle dérogation favorable à la réduction des risques comme en Italie. Les services du Ministère de la santé ont promis une réponse d'ici la fin de la journée... A suivre donc...

Les professionnels rappellent la nécessité de consignes sanitaires. Le Vaping Post en a listées plusieurs avant que la phase 3 ne soit prononcée. Des systèmes de vente de type « drive-in », pour éviter au maximum les contacts, sont envisagés, tandis que les ventes par internet devraient pouvoir se poursuivre, sauf annonce d’un confinement général. Anecdote peu glorieuse, les Buralistes en colère se réjouissent de pouvoir ramener dans leur giron les vapoteurs. Une péroraison passablement inappropriée.

[MàJ] Lundi 16-03-2020 à 12h: En France, le texte du Journal Officiel de ce matin précise que les commerces, n'ayant pas caractère indispensables, doivent fermer jusqu'au 15 avril "sauf pour leurs activités de livraison et de retraits de commandes". Plusieurs magasins de vapotage mettent en place des systèmes à la "drive-in", avec commandes par téléphone ou mail. Puis expédier ou remettre avec les mesures recommandées, mais sans accueil des clients. Ceci peut dépanner les personnes en urgence, en particulier les gens qui viennent d'arrêter de fumer. [/]

En Suisse et en Belgique, pas d'info...

En Suisse pour le moment, aucune information n’a été dispensée sur le sujet. En Belgique, où les ventes à distance de produits de vapotage sont interdites, une mesure de fermeture des commerces poserait de graves complications aux vapoteurs. ...




mercredi 4 mars 2020

Retournement à Genève: Mauro Poggia promet que les vapeshops pourront faire tester leurs produits

« Il faudrait être d’une totale mauvaise foi pour dire qu’il faut acheter les yeux fermés ». Promesse inattendue de Mauro Poggia. Hier soir à l’émission A bon entendeur de la RTS (accessible en replay, à partir de 22e mn), le Conseiller d’État s’est engagé à ce que les magasins de vape genevois puissent faire essayer leurs produits aux clients adultes. Sa loi prévoit pourtant l’interdiction du vapotage dans tout espace public. Face à lui, Isabelle Pasini, de l’Association romande des professionnels de vape, se réjouit. Puis, surprise, demande comment cela va se passer légalement. « Dans le règlement d’application, c’est possible? ». « On peut le prévoir, mais il me semble évident qu’on doit pouvoir tester un produit avant de l’acheter », répond le Conseiller d’État, sans préciser le point légal. 

« Nous sommes prêts à encourager les fumeurs à passer au vapotage »

Qu’est-ce qu’il en sera pour les groupes d’entraide autogérés? Personne ne le sait. Pourtant, Mauro Poggia s’est enthousiasmé. « Si vous voulez proposer des produits de vapotage à de grands fumeurs, et bien bravo! », adresse-t-il à Isabelle Pasini, qui le fait depuis plus de cinq ans dans ses magasins à Genève. « Nous sommes prêts à encourager qu’un grand fumeur passe à la cigarette électronique. Je pense qu’on doit applaudir. Je crois a priori que c’est une bonne chose et même les scientifiques le reconnaissent », renchérit le Conseiller d’État.

Il a pourtant rédigé un texte de loi qui nous avait semblé rendre presque impossible le développement de l’approche de réduction des risques. C’est ce qu’avait aussi compris Malik Melihi, le présentateur de l’émission. « L’idée générale c’est de considérer la cigarette électronique comme une cigarette classique, et on peut mettre tous ces produits dans la même loi et lui faire subir les mêmes rigueurs, c’est juste? » « Non, pas exactement », rétorque énigmatiquement Mauro Poggia. 

« La règle principale qui est le fondement de cette loi, c’est [l’interdiction de] la vente à des mineurs », insiste le Conseiller d’État. C’était l’antienne de toute l’émission: la peur du vapotage chez les jeunes. Bien que le seul témoignage déniché par A bon entendeur est celui d’un adolescent ayant arrêté de fumer avec le vapotage. Ce n’est pas tout à fait l’effet du hasard. Bien que passé sous silence dans l’émission, l’héritage tabagique de la politique romande actuelle a produit 25% des adolescents (15-18 ans), et 38% de jeunes adultes (18-24 ans) fumeurs. Rien ne leur est proposé d’autre que le discours de l’abstinence.

L’émission a rappelé les chiffres d’Addiction Suisse (ex-ligue de tempérance) sur l’essai du vapotage chez les adolescents annoncé à 50 % des garçons et 34 % des filles. Mais sans évoquer ceux de l’Office fédéral de la statistique (OFS). « Selon l’Enquête Suisse sur la Santé, réalisée par l’Office Fédéral de la Statistique, 1,5 % des jeunes de 15 ans utilisaient des e-cigarettes en Suisse en 2017 », rapporte le fil de news de Stop-Tabac.ch du 11 février rédigé par le Pr Jean-François Etter. Ce qui fait un très grand écart des mesures entre la fondation privée, qui s’est intéressée à l’expérimentation y compris sans nicotine pour la qualifier de « fléau », et l’OFS, dont la question implique l’idée d’utilisation...

Mystère politique

Qu’est-ce qui a fait prendre conscience à Mauro Poggia des conséquences absurdes de sa loi interdisant aux fumeurs adultes d’essayer le vapotage? Mystère des coulisses politiciennes. En Commission du Grand Conseil, où le Conseiller d’État n’avait pas jugé utile d’être présent, Isabelle Pasini avait insisté sur ce point, pour rien. Il semble que la menace du référendum déposé par l’Association romande des professionnels de vape a été plus efficace pour être entendu.

[Edit à 12h:] L'ARPV, qui ne m'envoie pas ses communiqués de presse (:/), annonce avoir recueilli les signatures suffisantes, au moins 5294 valides, pour présenter le référendum. L’ARPV «se félicite de ce premier succès, obtenu grâce à l’engagement de ses membres sur le terrain, dans les magasins spécialisés et dans la rue, mais aussi grâce au soutien de consommateurs convaincus du bien-fondé des produits de vapotage comme solution pour arrêter de fumer. Grâce à ce référendum, un vaste débat démocratique va pouvoir s’engager sur la cohérence des politiques de santé publique et de prévention du tabagisme», selon le site de la Tribune de Genève

On peut se réjouir de l'annonce du Conseiller d'Etat, sous réserve de voir les modalités concrètes. Et rester un peu interloqué du temps perdu. L'aboutissement de la récolte de signatures met évidemment l'association romande des professionnels de vape dans une situation plus confortable pour négocier les modalités avec l'Exécutif genevois. [/]

Jacques Cornuz explique le problème américain

En marge de cette annonce, on peut signaler deux séquences intéressantes dans l’émission. Le Pr Jacques Cornuz, du CHUV, explique à partir de la 2e minute clairement que la vague de pneumopathies aux États-Unis est liée à des produits de THC frelatés à l’acétate de vitamine E. (Même si cet ajout n’est pas « pour mieux vapoter », comme le dit le Pr Cornuz, mais pour tromper les clients sur le taux de THC des cartouches vendues. On excusera, le Pr Cornuz n’a pas forcément l’expérience du marché noir...).

Un autre moment sympathique est la présentation de la fabrication de nicotine vapologique par la marque française VDLV à Bordeaux à partir de la minute 18'10. Un développement économique de la filière de réduction des risques qui tente le pari de la relocalisation, avec des implications sociales et écologiques qui mériteraient développement en ces temps de pandémie, crise sociale et écologique.

Bullshit de Fribourg

Je ne vais pas prendre la peine de commenter en détail la séquence de la responsable du Cipret Fribourg à propos du snus. Simplement rappeler que la Food and Drug Administration (FDA) américaine a accordé, pour la première fois, le statut de produit à risque réduit aux produits de Snus de la marque Swedish Match en novembre. Ce label a été accordé après un examen scientifique de cinq ans. Le fabricant peut afficher cet avertissement:
« L’utilisation de General Snus au lieu de cigarettes vous expose à un risque plus faible de cancer de la bouche, de maladie cardiaque, de cancer du poumon, d’accident vasculaire cérébral, d’emphysème et de bronchite chronique. »
La Suède où environ 17 % de la population adulte consomme du snus, mais avec seulement 5 % de fumeurs, détient les plus bas taux de cancers oraux-buccaux et des poumons, selon les données du Centre international de recherche sur le cancer (IARC). Les témoignages dans l’émission d’utilisateurs sur le fort potentiel dépendogène du snus sont justes.

Les photos d’atteintes à la bouche présentées dans l’émission me semblent typiques de l’usage des horribles produits de tabac oraux indiens (gupka, etc.) qui n’ont rien à voir avec le snus.

L'Inde où le vapotage est interdit depuis septembre, tandis que 120 millions d'indiens consomment des produits du tabac oraux ou fumés. Près d'un million en meurt chaque année. Le gouvernement, dont Vinayak Prasad, aujourd'hui à l'OMS était un haut-fonctionnaire, détient une part du capital des deux principaux cigarettiers du pays. Ceci et le fait que le rapport anti-vape de Vinayak Prasad a été financé par l'entreprise Bloomberg Philanthropies Limited, dont les comptes sont totalement opaques, aurait été des précisions utiles au téléspectateur pour situer la parole du responsable interviewé.


mardi 18 février 2020

Suisse: le Tribunal Fédéral casse la taxe tabac sur le cannabis légal

"Du point de vue du consommateur, les fleurs de cannabis [légal] ne remplacent pas les produits de tabac conventionnels, mais elles satisfont d'autres besoins"*. Le jugement du 29 janvier du Tribunal fédéral donne raison au recours contre la surtaxe tabac sur le cannabis légal d'un vendeur de ces produits. La taxation à environ 25% du prix de vente de l'herbe à moins de 1% de THC, et généralement riche en CBD, n'est pas justifiée légalement, car la taxe ne doit viser que les produits qui remplacent le tabac. Le jugement abroge cette surtaxe sans base légale. Les produits  légaux de cannabis restent assujettis à la TVA évidemment.

Fin de la surtaxe de 25% du prix de vente sur le cannabis

"Les fleurs de cannabis sont, même lorsqu'elles sont fumées, un produit aux propriétés spéciales qui ne sont pas des produits de substitution au tabac"*, explique la Cour. La notion de substitut est centrale, car c'est à ce titre que les douanes suisses justifiaient d'assimiler le cannabis légal aux produits du tabac en matière de taxation. Cette taxe contre les consommateurs de cannabis à faible taux de THC devait rapporter 30 millions de fs par an à l'administration fédérale selon la RTS.

Les douanes n'ont pas encore pris en compte le jugement

Ce 18 février, le site de l'Administration fédérale des douanes n'a pas encore été mis à jour pour respecter le jugement du 19 janvier du Tribunal fédéral. Selon la notice de l'AFD rédigée en novembre 2019, la taxe sur le cannabis s’appuyait sur l'article 4 de la loi fédérale sur l'imposition du tabac (LTab; RS 641.31) qui précise que "les produits de substitution" sont soumis à l'impôt sur le tabac. "Sont réputés produits de substitution au sens de l'art. 3, al. 1, de l'ordonnance sur l'imposition du tabac (OITab; RS 641.311) les produits qui ne sont pas ou ne sont que partiellement composés de tabac, mais qui sont utilisés de la même manière que le tabac ou comme tabacs manufacturés, même s'ils ne doivent pas être allumés pour être consommés. Ils sont imposés comme les produits qu'ils remplacent".

Le cannabis n'est pas un substitut au tabac

Le Tribunal fédéral estime, avec bon sens, que le cannabis légal ne remplace pas les cigarettes et ne remplit donc pas la justification à cette surtaxe punitive anti-fumeurs. "Le terme "produits de substitution" se base sur une interprétation sémantique d'un but similaire et non d'un type d'utilisation similaire", précise le jugement de la Cour fédérale. Elle a donc validé la plainte du recourant contre cette taxe "arbitraire", qui pouvait entraver l'accès au cannabis à faible taux de THC pour les consommateurs en raison d'un prix artificiellement élevé.

Le cannabis illégal n'est pas taxé

Rappelons que le cannabis à plus de 1% de THC n'est pas taxé puisqu'il est illégal, sauf cas thérapeutiques particuliers. Ce jugement du Tribunal fédéral est un troisième arrêt en faveur de la réduction des risques contre les politiques fédérales de protection des produits les plus néfastes, après les abrogations des prohibitions des liquides nicotinés de vapotage en mai 2018 et du snus en mai 2019.

* Les citations sont ma traduction, avec les réserves qui s'imposent, du jugement C2_348/2019 du 29 janvier 2020 du Tribunal Fédéral qui est rédigé à l'origine en allemand.
Le jugement mis en ligne par le recourant:

mardi 11 février 2020

Etude en Irlande: les bébés de mamans vapoteuses naissent au même poids que ceux des non-fumeuses

Selon l’analyse statistique des naissances à l’hôpital Coombes de Dublin en Irlande, les bébés des femmes vapoteuses exclusives ont à la naissance un poids similaire à ceux des non-fumeuses. Soit près de 300 grammes de plus que ceux des fumeuses, y compris les doubles-utilisatrices de vape et cigarettes. Les résultats viennent d’être publiés ce 9 février en accès libre dans le British Journal of Obstetrics and Gynaecology (BJOG).

C’est un constat connu, les mamans fumeuses donnent naissance à des bébés de plus faible poids que les non-fumeuses. La différence est en moyenne de près de 300 grammes. Mais jusqu’ici aucune étude n’avait observé ce qu’il en est des bébés de mères passées au vapotage. Une équipe a analysé les données issues des entretiens des femmes enceintes au second trimestre de leur grossesse à l’hôpital de Coombe en Irlande. L’hôpital situé à Dublin accueille la naissance de près de 8 500 nourrissons chaque année. L’équipe menée par le Dr Brendan McDonnell a identifié 218 femmes enceintes et vapoteuses exclusives et 195 doubles-utilisatrices de vape et de cigarettes. 

Près de 300 grammes de plus que les bébés de fumeuses

L’étude a pris en groupes témoins une centaine de fumeuses (fumant au moins une cigarette par jour) et une centaine de non-fumeuses (n’ayant jamais fumé). À la naissance le poids moyen des bébés de vapoteuses exclusives est à un gramme près le même que celui des bébés des femmes n’ayant jamais fumé: 3 kg 470 contre 3 kg 471. Par contre, les bébés des fumeuses exclusives et des doubles utilisatrices pesaient près de 300 grammes de moins avec respectivement 3 kg 166 et 3 kg 140. La part des cas d’insuffisance pondérale est aussi nettement moindre chez les bébés des femmes vapoteuses (11 %) ou non-fumeuses (12,8 %) que chez ceux des fumeuses (28 %). 

« Nous avons constaté que les utilisatrices exclusives de vapotage ont des bébés avec un poids à la naissance similaire à ceux des non-fumeuses. Par rapport aux fumeuses, les utilisatrices d’e-cig ont une incidence plus faible d’accouchement d’un nourrisson de faible poids à la naissance », soulignent les auteurs. « En revanche, les utilisatrices doubles ont eu des résultats similaires à ceux des fumeuses », précisent-ils. 

Une recherche à approfondir

Cependant, la recherche ne s’appuie que sur un entretien des femmes enceintes. Leur statut tabagique antérieur, une éventuelle évolution au cours de la grossesse, notamment pour les doubles-utilisatrices qui peuvent avoir réduit leur consommation de tabac, ne peuvent apparaitre dans ces données. « La participation des patientes à la conception de futures études sera essentielle », notent d’ailleurs les chercheurs.

Des différences socio-économiques apparaissent entre les femmes enceintes ayant opté pour le vapotage et celles continuant de fumer. « Dans cette étude, les utilisatrices de vapotage appartiennent à un groupe socio-économique plus élevé que les fumeuses de cigarettes conventionnelles, une tendance précédemment observée au Royaume-Uni, mais qui s’est atténuée ces dernières années. Elles ont un taux plus élevé de grossesses planifiées et elles sont plus susceptibles d’avoir pris de l’acide folique prénatal », observe l’étude.

Une alternative aux méthodes classiques

« Les interventions de sevrage tabagique pendant la grossesse ont une efficacité limitée et de nombreuses femmes qui luttent pour cesser de fumer se tournent vers le vapotage comme méthode de réduction des méfaits. Cette recherche suggère que les utilisatrices exclusives de vapotage livrent des nourrissons avec un poids à la naissance similaire à celui des non-fumeuses », concluent les docteurs de l’hôpital de Coombe. 


Crédit photo by Filip Mroz on Unsplash

samedi 8 février 2020

Genève: les vapeshops lancent la récolte de signatures contre l'interdiction d'essayer les produits en magasin

Recueillir 5'294 signatures de citoyens du canton de Genève d'ici au 4 mars. Les boutiques de vape genevoises relèvent le challenge du référendum pour soumettre au vote la nouvelle loi sur le commerce. Sans remettre en cause la limitation d'âge de vente des produits, les vapeshops contestent notamment deux interdictions. L'obligation de rendre invisibles leurs produits depuis l'espace public, ce qui les forcerait à masquer leurs vitrines. Et, encore plus directement préjudiciable pour le public, l'interdiction de vapoter en magasin, qui de facto leur interdirait de faire essayer et expliquer en pratique les produits aux clients.

"Non à une loi qui entrave la cessation tabagique"

Cette interdiction porterait particulièrement atteinte aux fumeurs tentés d'essayer le vapotage. Pouvoir essayer pour déterminer le taux de nicotine et le matériel adéquat est une étape primordiale dans la démarche d'arrêt tabagique à l'aide du vapotage. L'entrave est particulièrement incompréhensible alors que, selon les chiffres officiels (sous-estimés selon des analyses), le tabagisme stagne depuis plus de dix ans à plus de 27% en Suisse.

Le bilan de la politique actuelle pointe même à un honteux 38% de fumeurs chez les jeunes adultes romands de 18 à 24 ans. Dans un pays où la boîte de 14 patchs non remboursés coûte près de 100 fs, le vapotage est devenu l'aide la plus utilisée pour arrêter de fumer en Suisse, avec près de 6% des tentatives avec son aide. Mais longtemps inhibé par la prohibition illégale de vente des liquides nicotinés, l'impact du vapotage sur la baisse du tabagisme y reste largement en deçà de pays comme le Royaume-Uni ou même la France, moins inféodés aux intérêts cigarettiers que la Suisse.

Élus sourds aux demandes des vapoteurs et des vapeshops

Devant la Commission du Grand Conseil genevois, Isabelle Pasini, représentante des professionnels de vape, avait demandé fin octobre une exemption pour les magasins spécialisés du projet d'interdiction de vapoter dans les lieux publics. Les élus n'en ont pas plus tenu compte que des observations et la documentation que j'avais présentées sous l'angle de l'intérêt des usagers et des droits à la réduction des risques pour les fumeurs. Pourtant, ne pas recevoir d'instruction pratique sur des produits dont l'usage est encore mal connu du public, augmente les risques de mésusages.

Aucune justification sanitaire

D'autre part, une interdiction de vapoter dans les espaces publics n'est soutenue par aucun élément d'ordre sanitaire. Les études ayant mesuré la qualité de l'air ambiant n'ont pas relevé de différence significative en termes de toxiques dans l'air de lieux confinés avec ou sans vapoteurs, y compris dans un vapeshop. Il n'y a aucun élément scientifique montrant un impact sanitaire pour l'entourage des vapoteurs. Les autorités genevoises se réfugient derrière un principe de précaution perverti pour l'occasion. En France, le Conseil d'État avait pour sa part rendu un avis défavorable à une telle mesure contre les libertés individuelles sans justification sanitaire.

On peut ajouter que la situation actuelle en Suisse, où les tenanciers sont libres de tolérer ou interdire le vapotage dans leurs lieux, n'engendre pas de problème particulier. Les autorités genevoises sont en train d'en inventer un. Il parait que c'est une partie du secret de la recette des fameuses Genferei.

À fortiori, viser spécifiquement les magasins spécialisés de vape apparaît comme un harcèlement injustifié de la part des autorités genevoises. L'interdiction de pouvoir essayer les produits de vapotage impacterait de manière négative spécifiquement les vapeshops, en première ligne pour l'aide à l'arrêt tabagique. Elle interdirait aussi les groupes autogérés d'aide à la défume avec la vape. L'énorme déception immanente à cette loi genevoise est la mise à mort de toute alliance possible entre milieu de la vape et monde de la santé pour lutter efficacement face au tabagisme. Alors que des initiatives intéressantes et heureuses se déroulent dans d'autres cantons, notamment à Olten.

Le mépris de l'élite genevoise 

À l'opposé de la posture étroite et méprisante des autorités genevoises, la démarche des addictologues d'Olten est de tendre la main vers les fumeurs des groupes sociaux les plus défavorisés. En Suisse, ils sont les plus touchés par le tabagisme, avec des proportions de 4 à 5 fois plus élevées dans les groupes sociaux défavorisés par rapport aux plus privilégiés. Ces personnes ont aussi, notamment en raison du stress, près de trois fois moins de chance de réussir leur arrêt tabagique que les fumeurs de l'upper class en Suisse. Une inégalité de chance à l'arrêt tabagique qui a explosé en 20 ans, selon le suivi Sapaldia.

Cette question est centrale pour contrecarrer l'accroissement des inégalités sociales de santé, et l'exemple anglais montre que l'essor du vapotage a accompagné une réduction très nette de cet écart entre groupes sociaux. Mais les élus genevois ont décidé d'ignorer les questions sociales et les éléments scientifiques concernant l'approche de réduction des risques pour embrasser le totem des interdictions. Une politique affirmant en filigrane que seuls les forts méritent de survivre, tandis que ceux qui ont eu la faiblesse de devenir fumeurs et n'ont pas les ressources de s'en sortir n'ont qu'à crever. "Quit or die", résume la pensée puritaine. 

Éliminer l'entraide pour cacher leur incompétence

Dans 96% des cas sans aide, les fumeurs échouent leur tentative d'arrêt. Les substituts nicotiniques en pharmacies sont hors de prix et non remboursés par l'assurance-maladie de base suisse. À l'opposé, lorsqu'elles sont bien conseillées et accompagnées, près des deux tiers des personnes qui tentent d'arrêter de fumer avec la vape réussissent. Dans la Genève pilotée par les élites calvinistoïdes, cet accompagnement bienveillant et compétent ne peut se trouver que dans les vapeshops et les groupes d'entraide autogérés. La disposition contre le droit d'essayer les produits de vapotage les éliminerait.

Ce n'est pas seulement que les autorités genevoises ne font rien depuis des années. Elles veulent avec ces mesures empêcher la population de se prendre en charge elle-même. Mon soupçon est que cette réaction est avant tout motivée par la peur que leur incompétence ne soit mise en lumière par l'action efficace de la population. Précisons que l'assimilation du vapotage à la loi sur la fumée passive est une modification connexe hors du champ de la loi sur le commerce initiale. C'est si abusif qu'une députée était tombée des nues lorsque j'avais mis le doigt sur ce problème en Commission (voir le mémorandum p.17).

Les arguments anti-science des autorités

Dans différents débats dans les médias locaux* ces derniers jours, les arguments présentés par les défenseurs de l'interdiction de pouvoir essayer le vapotage en magasins spécialisés se concentrent autour d'une position de principe anti-science, une haine de la réduction des risques et le mythe de l'effet passerelle.

Le rejet des évaluations scientifiques indépendantes du Public Health England et du Royal College of Physicians est implicitement basé sur l'idée que la science est incapable d'évaluer et d'analyser une fenêtre de risques de produits. Il s'agirait d'attendre d'avoir "assez de recul". C'est évidemment un obscurantisme arriéré et infondé, comme le montre l'explication du Dr Lion Shahab à Paris en octobre dernier. Il est un peu flippant de voir que les élus genevois n'ont rien à envier sur leur incompréhension de la science à d'autres régimes intégristes.

Leur second argument s'appuie sur la haine de la réduction des risques. Celle-ci s'habille en "principe de précaution" qui entend condamner les fumeurs à l'arrêt sans vape ou la cigarette et la mort. J'ai déjà expliqué en quoi l'instrumentalisation de ce principe en est une perversion dans ce contexte où la précaution est celle d'éviter le danger avéré, pas d'empêcher les fumeurs de prendre un moyen de se sauver.

Le 3e argument est celui du mythe de l'effet passerelle. Ce point rejoint en large partie le premier, puisqu'il s'agit pour y croire de ne pas observer les données réelles de ce qui se passe pour mieux fantasmer cette peur. Y compris en Suisse, lorsque les données sont récoltées de manière plus pertinente comme à Bâle.

Et pas mal de mauvaise foi

Il reste toujours désarmant d'entendre des élus-autruches vouloir empêcher les jeunes d'éviter d'essayer la cigarette avec le vapotage, y compris sans nicotine. Il y a là un espèce de bug cognitif qui a probablement à voir avec un déni de réalité de leur responsabilité dans la situation actuelle. Mais même sans tenir compte des analyses sur l'écroulement du tabagisme adolescent corrélé à l'essor du vapotage, il reste tout à fait obscur en quoi interdire aux fumeurs adultes d'essayer des produits de vape en magasins spécialisés pourraient prévenir un quelconque usage des adolescents.

Tout cela n'est pas rassurant sur les compétences intellectuelles des dirigeants genevois. On peut même avoir des doutes sur leur éthique. Les citoyens suisses résidents dans le canton de Genève peuvent inverser cette décision, en commençant par signer le référendum dans une des boutiques spécialisées du canton d'ici le 3 mars.

* Notamment sur la télévision locale Léman Bleu, entre Isabelle Pasini, représentante des vapeshops, et Jean-Marc Guinchard, élu démocrate-chrétien; 
sur la radio RTS la 1ère dans Forum entre la même Isabelle Pasini et Jocelyne Haller, élue d'Ensemble à gauche. 
Il y a aussi une séquence sur Radio Cité que je n'ai pas réussi à écouter, peut-être aurez-vous plus de succès technique que moi... http://radiocite.ch/chart/le-grand-format/ 


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