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vendredi 13 juillet 2018

Valais: servir patates, tomates ou aubergines aux mineurs sera t-il bientôt interdit ?

Le mélange entre influence et incompétence peut engendrer des situation cocasses. En modifiant la loi pour interdire "la vente et la remise de produits nicotinés" aux moins de 18 ans, le 14 juin dernier, le Grand Conseil valaisan ne semble pas s'être inquiété de la question des légumes de la famille des solanacées. Patates, tomates, aubergines, poivrons et piments notamment sont des solanacées. Particularité? Toutes les plantes de cette famille, y compris ces légumes, contiennent naturellement de la nicotine. En concentration plus faible que dans le tabac, mais ils en contiennent. Suffisamment pour qu'on détecte un effet bénéfique d'un régime alimentaire riche en solanacées, notamment en poivrons, pour prévenir le risque de maladie de Parkinson par exemple.

50'000 FS d'amende si l'on sert des tomates à un ado ?

En interdisant de donner ou vendre des produits nicotinés à des mineurs, les autorités valaisannes semblent, au moins de manière formelle, avoir interdit aux parents, cantines, restaurants, etc. de servir ces légumes aux enfants et adolescents à partir du 1er janvier prochain. En cas d'infraction, les personnes ayant remis des produits nicotinés à des mineurs risqueraient une amende allant jusqu'à 50'000 Fs. Avec la même perspicacité, cette modification de loi interdit aussi la vente et la remise de "cigarette-électronique" aux mineurs, sans que l'on sache ici non plus ce que cela recouvre précisément.

Une politique pour conserver le tabagisme adolescent

En Suisse, le tabagisme adolescent stagne à près de 16%, tandis que dans les pays où le vapotage a pu se développer, il s'est écroulé. Aux Etats-Unis, de 15,8% en 2011, il ne touche plus que 7,6% des adolescent en 2017. Dans la région parisienne, le suivi de Paris Sans Tabac montre la même évolution. Au Royaume-Uni, la vape a aussi accéléré la dénormalisation du tabagisme chez les jeunes. La très large majeure partie des adolescents qui expérimentent le vapotage, le font sans nicotine. La part qui vapotent régulièrement avec nicotine est quasi-exclusivement déjà fumeurs.

Les autorités valaisannes s'apprêtent donc à priver au niveau légal leurs adolescents d'un moyen d'éviter de fumer et, avec surréalisme, d'une série de légumes très courants tels que les patates, les tomates et les aubergines. Tout cela sur la base de mauvais conseils de lobbyistes puritains préférant conserver le vieux tabagisme, tout en prétendant l'inverse, que donner une quelconque marge de manœuvre à une approche de réduction des risques.

La transgression des ados pour sortir de la société tabagique?

On peut imaginer que l'interdiction valaisanne de légumes nicotinés aux mineurs sera de facto impossible d'application. Les interdictions contre le vapotage auront peut-être le mérite paradoxal d’exciter curiosité et envie de transgression des adolescents valaisans. Avec des lois aussi ridicules et arriérées, il y a peu de chance que les messages de santé publique ne regagnent quelconque crédibilité aux yeux des jeunes.


dimanche 8 juillet 2018

[Bref] USA: cyber-attaque massive contre la consultation de la FDA sur les arômes de vape

Plus de 250'000 faux commentaires postés par un bot
Au moins 255'000 faux commentaires ont été postés les 8, 9 et 10 juin par un script automatique sur la consultation publique ouverte par la Food and Drug Administration (FDA) à propos des arômes de vapotage. Le 11 juin, les serveurs de la consultation ont été assaillis au point de forcer les autorités américaines à mettre en veille l'accès à la plateforme. "Une source interne de la FDA estime que ce 'spamming' massif de plus d'un quart de millions de faux commentaires est "extraordinaire" et "sans précédent" ", révèle Regulator Watch. Selon un responsable de la procédure, contacté par la chaîne pure player, au moins 60% des plus de 425'000 contributions ont été postées par un logiciel 'bot' et contiennent des prises de position pour l'interdiction totale des arômes de vapotage. Le script modifie les textes soumis, mais la récurrence de phrases types provenant de la déclaration de l'organisation Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK) est manifeste, selon les informations de Reg Watch qui s'est procuré trois des quatre modèles types bombardés par le script. Au moment d'écrire ce billet, Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK) n'avait pas réagit à la nouvelle.

A noter que la Juul, un pod contenant des liquides à 50 mg/mL de sels de nicotine, est prise en bouc-émissaire par l'attaque organisée, bien que depuis sa mise sur le marché le tabagisme connait une chute sans précédent et le vapotage recule chez les adolescents américains. Ses ventes représentent environ 10% du marché du vapotage global aux Etats-Unis, avec une part de 60% du marché de détail (de type kiosques). Sa popularité croissante a entraîné une chute inattendue de près de 6% des ventes de cigarettes au premier trimestre 2018, faisant craindre au monde financier l'explosion de l'industrie cigarettière américaine.

La consultation publique invalidée à cause de l'attaque ?

Carl Phillips avait déjà tiré la sonnette d'alarme le 25 juin sur des anomalies de la consultation de la FDA. "Le nombre phénoménal de commentaires indique qu'il doit y avoir actuellement une campagne active", expliquait alors le chercheur dans le Daily Vaper, sans se douter de la nature de cyber-attaque révélée par Reg Watch. "L'opération a failli faire tomber les serveurs fédéraux et a inondé le réseau interne au point qu'il est devenu presque impossible à la FDA de traiter les soumissions. Cette attaque massive remet en cause la crédibilité du processus de consultation publique", explique Brent Stafford de Reg Watch. De leur côté, les autorités fédérales ont ouvert une enquête sur la validité des soumissions et de l'ensemble du processus de consultation. C'est peut-être là le véritable objectif de cette attaque grossière: faire annuler le processus de consultation publique et réduire au silence les témoignages du public.

La vidéo de l'émission de Reg Watch de ce 7 juillet:


jeudi 5 juillet 2018

Consultation européenne sur le projet de taxe anti-vapoteurs: quelques infos [MàJ]

Lancée vendredi dernier, la mobilisation contre le projet de taxe anti-vapoteurs de la Commission Européenne prend de l'ampleur. Du côté italien, où une surtaxe de 4€ par fiole a déclenché une baisse du nombre de vapoteurs accompagnée d'une hausse des fumeurs, la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) relaie l'appel des 16 associations d'utilisateurs. De même en France, la Fédération Addiction, des professionnels socio-sanitaires du domaine des addictions, soutient également le refus de taxation punitive contre les personnes évitant de fumer à l'aide du vapotage. L'appel des 16 associations européennes est désormais aussi traduit en hollandais, allemand et espagnol, s'ajoutant à l'anglais, l'estonien, le français et l'italien.
PS : Sovape a édité un flyer à télécharger, imprimer et diffuser pour ceux qui en ont la possibilité:
https://www.sovape.fr/wp-content/uploads/2018/06/NOTAX-Flyer-UE.pdf

Filtrage informatique des contributions

Une autre information nous vient d'une cadre de la Commission Européenne. "Après la consultation, toutes les contributions seront soigneusement analysées à l'aide d'outils informatiques afin de filtrer les contributions identiques ou les contributions en double. Ces outils utilisent des techniques avancées qui permettent également l’agrégation des contributions à partir des commentaires reçus", explique cette Conseillère juridique et fiscal de la Commission Européenne dans un courrier électronique à un citoyen. Ces précisions viennent en réponse à une remarque concernant la possibilité de soumettre plusieurs contributions, que la Commission n'encourage pas mais contre laquelle elle ne veut pas mettre en place de système qui risquerait de décourager d'autres participants, selon les explications de la bureaucrate européenne.

Une conséquence pratique à retenir de cette information est que l'envoi de commentaires 'copiés/collés' n'est pas très utile. Comme l'indique Sovape dans sa petite aide, mieux vaut expliquer son analyse dans ses propres termes. A noter que l'Aiduce a ouvert une discussion avec ses membres sur le sujet. Mais au-delà des réponses, leur traitement pose question. Quelle grille d'analyse sera utilisée par les logiciels informatiques de la Commission européenne pour faire ce tri "mécanique" préalable? A la lecture de la consultation apparaît clairement que l'option d'une politique de réduction des risques cohérente est totalement absente des postulats idéologiques de la sphère dirigeante européenne. Comment les outils informatiques pourraient découvrir les expressions de cette option si les programmeurs européens ne l'ont pas même prise en considération* ? 

Faire entendre la réduction des risques

Au vu de l'incompréhension par la Commission des résultats de la consultation précédente, où 89,88 % des contributions exprimaient le besoin d'une stratégie cohérente de réduction des risque sur le sujet, on peut s’inquiéter du mur de surdité qui entoure les bureaucrates européens. A ce titre, la pétition lancée par les associations d'utilisateurs prend tout son sens pour faire surgir publiquement cet angle mort de la consultation.

PS à 19h le 5-07-2018: le site pour la consultation de la Commission Européenne semble en rade actuellement...

*Pour les amateurs de philosophie, le problème est similaire à "la chambre chinoise" de John Searle. Un programme peut simuler la compréhension, mais il n'en comprend pas la signification. Corollaire, si un champ de sens n'a pas été implanté par le programmeur, il ne sera pas pris en considération par le logiciel.

Plus de deux millions d'anglais ont arrêté de fumer à l'aide de la vape mais la TPD freine le mouvement

Plus de 2,3 millions des britanniques adultes, dont 2 millions d'anglais, ont quitté la cigarette à l'aide du vapotage. 900'000 d'entre eux, dont 770'000 anglais, ont arrêté de fumer puis aussi arrêté de vapoter. Tandis que 1,4 millions sont devenus vapoteurs exclusifs. Parmi les 7,4 millions de fumeurs britanniques, 1,4 millions vapotent aussi, dont la moitié dans le but d'arrêter de la cigarette. La part des adultes fumeurs au Royaume-Uni est passé de 20,2% en 2011 à 15,1% en 2017, selon les dernières données de l'Office National des Statistiques (ONS) publiées hier. Soit une chute de plus d'un quart de la part de fumeurs en six années.

  • 15,1% des adultes britanniques sont fumeurs, soit 7,4 millions de personnes, en 2017
  • 2,3 millions de britanniques ont arrêté de fumer à l'aide du vapotage, dont 900'000 ont ensuite arrêté de vapoter, depuis 2011
  • 5,5% de la population vapotent, soit 2,8 millions de vapoteurs dont 51% ont arrêté de fumer
  • Parmi les 1,4 millions 'double-usagers' de cigarette et vapotage, la moitié déclare utiliser le vapotage dans l'objectif d'arrêter de fumer
  • La hausse du vapotage et la chute du tabagisme se sont ralenti depuis l'entrée en vigueur des directives européennes au Royaume-Uni en 2016. Une Commission parlementaire étudie les modifications possibles de la réglementation à la faveur du Brexit

Frein européen à la sortie du tabagisme

Ces données confirme l'impact majeur du vapotage. Mais l'entrée en vigueur en 2016 de la transposition de la directive européenne (TPD), qui notamment limite le taux de nicotine à 20 mg/mL, la contenance des fioles à 10 mL et celle des atomiseurs à 2 mL, a fortement freiné l'élan de sortie du tabagisme britannique. Entre 2016 et 2017, la part de fumeurs âgés de plus de 16 ans a même augmenté de 16,1% à 16,8%, tandis que la part de vapoteurs a très légèrement régressé de 5,6% à 5,5%.

"Outre la mauvaise publicité que subit encore le vapotage, le règlement de la TPD en interdisant la vente d' e-liquides nicotiné à plus de de 20 mg/mL, rend difficile pour de nombreux fumeurs de passer au vapotage", explique Diane Caruana, journaliste spécialisée sur Vaping Post, précisant que " l'interdiction des doses de nicotine supérieures à 20 mg/ml met un obstacle à la première étape du voyage d'un fumeur vers une vie sans fumée". On estime que de 20% à 30% des fumeurs ont besoin de liquide plus concentré que 20 mg/mL de nicotine pour se passer définitivement de cigarette. Ces derniers mois, l'arrivée des liquides aux sels de nicotine offre une option supplémentaire intéressante pour cette catégorie de fumeurs, mais la limite trop basse de nicotine dans l'Union Européenne en réduit l'intérêt.

L'arbitraire des directives européennes

Les travaux de la Dr Lynne Dawkins, du Centre for Addictive Behaviours Research de l'Université de Londres Sud, mettent en lumière un autre effet négatif à cette limite, imposée sans fondement scientifique. "Il n'y a aucune justification à cette limite. Elle a été prise de manière arbitraire. Il n'y a pas de preuve d'augmentation des méfaits de la nicotine pour les niveaux supérieurs à 20 mg/ml. Or nous avons constaté que lorsque les usagers réduisent le taux de nicotine, ils compensent en consommant plus de liquide. C'est coûteux financièrement, et cela peut avoir un coût pour la santé en augmentant l'exposition", avait argumenté en février la chercheuse spécialiste de la nicotine devant la Commission parlementaire étudiant une réforme de la réglementation sur le vapotage à la faveur du Brexit.

"Beaucoup de fumeurs sont dissuadés d'essayer de passer au vapotage par des restrictions arbitraires de la TPD, ainsi que les articles irresponsables et inexacts sur les risques pour la santé. Beaucoup d'entre eux risquent de continuer de fumer. Il semble que le nombre de fumeurs qui passent à la vape soit en train de plafonner au Royaume-Uni", alertait aussi Sarah Jakes, présidente de la New Nicotine Alliance UK (NNA), au site Register fin février. Les statistiques publiées hier confirment cette inquiétude.

Le défi des inégalités sociales de santé 

Autre inquiétude, celle-ci exprimée par les autorités, le creusement des inégalités sociales de santé liées au tabagisme. "Pour évaluer l'ampleur de l'iniquité, nous avons calculé la probabilité d'être fumeur entre travailleurs routinier et manuel en comparaison de ceux qui occupent des postes de management et les emplois intermédiaires. Les résultats montrent que les travailleurs manuels et de routine en Angleterre étaient 2,27 fois plus susceptibles d'être fumeurs que les autres professions en 2012, mais que l'écart s'est considérablement creusé depuis avec un ratio de 2,44 en 2017", explique le compte-rendu de l'Office of National Statistics (ONS). Les raisons et les moyens de répondre à ce défi social sont encore à déterminer. 

Plusieurs présentations au dernier Global Forum on Nicotine, dont celle de la sociologue Frances Thirlway que nous avions interviewé sur ses travaux précédents en 2016, ont abordé le sujet. Cette question est probablement le défi le plus intéressant à relever aujourd'hui pour l'approche de réduction de risque. Tandis que le camp conservateur tabagique se cantonne a faire reposer la faute sur les usagers "pervertis" et vouloir leur rendre la tâche plus difficile par des taxes, des limitations matérielles et d'autres interdictions...


mercredi 27 juin 2018

[Bref] En Lituanie, le parlement vote une taxe anti-vapoteurs de 1,20 € par fiole dés mars 2019

Les vapoteurs en Lituanie seront aussi taxés dés mars 2019, selon le Daily Finland qui reprend une brève de l'agence de presse lituanienne Elta. L'Etat lituanien prélèvera 0,12 € par mL de liquide de vapotage supplémentaires après l'adoption le 15 juin au parlement d'un amendement du Ministre des finances. Cette nouvelle taxe contre les personnes évitant de fumer à l'aide de la vape, à hauteur de 120 € par litre de liquide vapotage, est accompagnée d'une taxe beaucoup moins élevée de 68,60€ par kilo de tabac pour cigarette chauffée ('Heat-not-burn'). La Lituanie compte 29% de fumeurs selon l'Eurobaromètre de mars 2017. 

Marlboro country

La production de cigarettes est un secteur économique important pour la Lituanie. Notamment avec l'usine de Philip Morris à Klaipéda. Dés l'indépendance de la Lituanie, le cigarettier lausannois a été le premier investisseur a bénéficié de la privatisation d'une entreprise ex-soviétique en achetant Klaipéda Tobacco en 1993. La multinationale a depuis investi plus de € 200 millions en Lituanie, notamment dans une nouvelle usine dans la ville portuaire. Elle est le second contributeur en taxes du pays avec plus de € 160 millions par an versés à l'Etat balte et y emploie environ 500 personnes.

"Nos efforts pour attirer des investissements étrangers en Lituanie portent leurs fruits. Je suis heureux qu'une compagnie internationale majeure comme Philip Morris valorise l'environnement économique du pays, poursuit ses activités et ajoute un nouvel investissement qui va stimuler la production et créer de nouveaux emplois", s'enthousiasmait Evaldas Gustas, alors Ministre de l'économie le 29 décembre 2014 à la présentation du projet d'extension de l'usine Philip Morris de Klaipéda. A ses côtés, Rimvydas Punidnas, directeur de Philip Morris Lituanie, acquiesçait en soulignant le dialogue fructueux avec les institutions étatiques et l'environnement propice au business en Lituanie. Quelques jours seulement après le passage de la directive européenne sur les produits du tabac (TPD) intégrant le vapotage, sous la présidence de la Lituanie. Depuis le lituanien Commissaire européen à la santé, Vyrtenis Andriukaitis, ancien ministre collègue d'Evaldas Gustas, se présente comme un farouche opposant au vapotage.

Projet européen de taxe anti-vape

Cette nouvelle décision tombe alors que la Commission européenne étudie un projet de taxe plancher pour forcer tous les pays de l'Union Européenne à taxer les produits de vape. La consultation envoyée aux associations envisage une augmentation de 20%, 50% ou 100% sur les produits de vapotage. Les associations Sovape et l'Aiduce ont refusé de collaborer à cette enquête. Une consultation publique qui offre l'option de l'absence de taxe, mais pas d'une exemption à l'échelle européenne, est ouverte à participation pour tout le monde jusqu'au 3 septembre.

Cet article participe du suivi de notre dossier sur les taxes anti-vapoteurs dans l'Union Européenne


Le Commissaire européen à la santé Andriukaitis participe t-il à la diffusion de fake news en faveur du tabagisme?

Luke Ming Flanagan n'a pas sa langue dans sa poche. Le député européen irlandais, connu pour ses positions en faveur de la réduction des risques, a demandé le 25 avril au Commissaire à la santé européen, le lituanien Vyrtenis Andriukaitis, de clarifier les choses sur le vapotage.  "Les fake news [la désinformation] sont une préoccupation majeure pour quiconque a un intérêt direct dans la démocratie. (...) Un exemple récent et potentiellement nocif concerne le vapotage (...) Actuellement, une pléthore de fausses «études»* sont largement citées dans nos médias traditionnels**, bien que ces «études» aient été démenties***", explique le député irlandais indépendant, mettant en référence l'enfumage grossier des chercheurs de Portland dans le New England Journal of Medicine, démonté par une série de scientifiques dont ceux du Public Health England (voir référence en fin d'article).

Dans ce climat de maccarthysme anti-vapotage, Luke Ming Flanagan demande à la Commission européenne de prendre ses responsabilités. "Compte tenu de ce qui précède, la Commission réexaminera-t-elle l'inclusion de la réglementation sur le vapotage dans la directive sur les produits du tabac (TPD), elle-même fondée sur des appareils obsolètes et avant les études de pointe du Public Health England (PHE), du Royal College of Physicians (UK) et du Cancer Research UK ?". Pour le dire de manière directe, le Commissaire lituanien va écouter les scientifiques ou continuer de participer à l'enfumage pour maintenir les fumeurs dans le tabagisme.

Andriukaitis veut tout bloquer jusqu'en 2021 (au moins)

La réponse de Vyrtenis Andriukaitis est aussi claire que l'indépendance de son gouvernement envers la production de cigarettes et du principal acteur de la reconstruction de la Lituanie dans les années 1990' et qui en est toujours un des investisseurs majeurs, le cigarettier Philip Morris. "Etant donné l'absence de preuves concluantes concernant les effets à long terme sur la santé des cigarettes électroniques, leurs modes d'utilisation et la possibilité de faciliter le sevrage tabagique, l'article 20 de la directive adopte une approche prudente autorisant ces produits à rester disponible pour les consommateurs. La Commission surveille en permanence les développements liés aux cigarettes électroniques, y compris les preuves scientifiques émergentes. Ces informations contribueront au rapport de mise en œuvre que la Commission est tenue de présenter en 2021 conformément à l'article 28, paragraphe 1, de la directive", répond par écrit le Commissaire à la santé ce 26 juin. Une réponse aussi immuable que l'état de ses connaissances sur le sujet semble t-il.

De quoi faire sauter au plafond les scientifiques du domaine. Le Dr Riccardo Polosa par exemple, s'étonne que Vyrtenis Andirukaitis n'est pas encore pris connaissance des rapports cités par Luke Flanagan. Le rapport du Public Health England est sorti en 2015 et vient d'être mis à jour au début de l'année, celui du Royal College of Physicians, l'institution la plus en pointe sur le domaine tabagique depuis son rapport de 1962, est sorti en 2016, le Cancer Research UK multiplie les études sur le sujet...

Pourquoi le vapotage est-il assimilé à la directive sur le tabac ?

Mais Luke Flanagan ajoute un point précis à sa question du 25 avril. "Cela signifie t-il que les produits de vapotage sont considérés comme des produits du tabac, même s'ils ne contiennent pas de tabac: si c'est parce que ces produits contiennent de la nicotine, pourquoi les tomates, les pommes de terre, les poivrons, etc. ne sont-ils pas considérés comme des produits du tabac?" Réponse laconique du Commissaire lituanien: "En raison des caractéristiques des cigarettes électroniques, et en particulier de leur teneur en nicotine, il a été jugé approprié de les considérer comme des produits liés au tabac et de les inclure dans le champ d'application de la directive." Y a t-il besoin de commentaire à une réponse aussi creuse et hypocrite ?

Les références à la question de Luke Flanagan:


dimanche 24 juin 2018

Taxes tabac contre la vape: le tour des pays de l'Union européenne [MàJ]


La Commission européenne DG Taxud étudie un projet de taxe anti vape harmonisée à un taux minimal. Les pays de l'Union européenne (UE) pourraient être obligés d'ajouter une surtaxe d'au moins 20%, 50% ou 100% du prix hors taxe. Cette surtaxe est distincte de la TVA à laquelle la vape est déjà assujettie. En 2017, 89,88% des participants à la consultation publique sur un projet similaire de la DG Taxud s'étaient déclarés opposés à une taxe anti-vape. Pourtant, nous avons recensé douze treize pays de l'UE a avoir déjà mis en place une taxe punitive sur ce produit de consommation courante sans tabac ni combustion. Un tour des taxes-tabac contre les vapoteurs dans l'UE, que nous espérons complet (sous réserve). En filigrane, apparaît la question oubliée de la nouvelle consultation publique: la nécessité d'une exemption de taxe punitive à l'échelle européenne pour l'outil actuellement le plus employé par les fumeurs pour sortir du tabagisme.

[Remerciements à Christopher Snowdon, auteur du rapport Nanny State 2018 on nicotine, et à l'équipe du site Vaping Post, qui m'ont permis de trouver pas mal des infos ;) J'ajoute un grand merci aux lecteurs qui me rapportent des infos - mise à jour de la carte concernant la Suède 24-06-2018 à 15h]

Italie: record de taxe anti-vape et augmentation du tabagisme

Sous la pression de la Fédération des buralistes (FIT), le gouvernement d'Enrico Letta a instauré une surtaxe de 4 € en Italie. Son application a été renforcée par la mise sous tutelle des liquides de vapotage au Monopole d'Etat de distribution du tabac. Le nombre de vapoteurs a chuté et celui des fumeurs augmenté dépassant les 12 millions de fumeurs en Italie, selon l'Institut Supérieur de la Santé (ISS). [edit de détails, merci à Stefano Caliciuri de SigMagazine]

Grèce: record européen de tabagisme

La Grèce taxe 0,10 € le mL de liquide de vape. Le Gouvernement a décidé le mois dernier de prohiber les liquides sans nicotine, prétextant que la directive européenne ne concerne que le vapotage avec nicotine. En situation financière critique, l'Etat grec a aussi interdit l'achat transfrontalier de produits de vapotage à ses résidents alors que le pays détient le record de tabagisme en Europe. 

Chypre: taxe de 0.12 € /mL même sans nicotine

Chypre a instauré une taxe de 0,12 € par mL de liquide y compris sans nicotine en septembre 2017. L'achat transfrontalier est interdit.

Portugal: taxe anti-vape revue à la baisse mais maintient du tabagisme

Au Portugal, une taxe sur les liquides nicotinés de 0,60 € par mL en 2016, passée à 0,30 € en 2017, a tué dans l’œuf le développement de l'outil de sortie du tabagisme dans un pays qui compte 26% de fumeurs, selon l'Eurobaromètre. Une prévalence tabagique qui stagne depuis 2004 selon les services de santé portugais.

Hongrie: politique autoritaire contre le vapotage

En Hongrie, une politique draconienne contre le vapotage est en place. Monopole d'Etat de vente et une taxe punitive de 70 Florint par mL, soit 2,20 € par fiole. Le Gouvernement aurait déjà mis à l'agenda l'interdiction des arômes menthol, fruité et tabac pour 2020. La Hongrie compte 27% de fumeurs.

Pologne: 1.20 € de surtaxe par fiole

En Pologne, une taxe de 0,5 zlotys par mL est entrée en vigueur depuis le début de l'année 2018. Cette taxe équivaut à 1,2 € par fiole de 10 mL. La Pologne dépasse les 30% de fumeurs selon l'Eurobaromètre.

Le tabagisme dans l'Union Européenne selon l'Eurobaromètre 2017

Estonie : protéger les cigarettes de la concurrence de la vape

En Estonie, les autorités ne s'embarrassent pas de langue de bois. En instaurant une surtaxe de 2 € par fiole de liquide vape début 2018, le Ministre de finances Sven Svester a annoncé son objectif d'empêcher la concurrence du vapotage contre les cigarettes. Le prix d'un paquet de cigarettes est autour de 3,50 €.

Lettonie: de 0,10 €, sans nicotine, jusqu'à 1,10 € avec nicotine par fiole

En Lettonie, la taxe anti-vape est de 0,10 € par fiole sans nicotine plus une taxe de 0,005 € par mg de nicotine, soit 1 € pour 10 mL à 20 mg/mL, 0,50 € pour 10 ml à 10 mg/mL, etc. Une fiole de 10 ml  est donc surtaxée entre 0,10 € sans nicotine, jusqu'à 1,10 € à 20 mg(mL de nicotine. Les achats trans-frontaliers sont interdits.
[MàJ edit le 27-06-2018, j'avais raté la taxe au mg de nicotine, merci à Jennie ;)]

Finlande: empêcher les fumeurs de passer à des produits à risque réduit

En Finlande, seul l'arôme tabac est autorisé à la vente et une surtaxe de 0,30 € par mL de liquide, y compris lorsqu'il est sans nicotine, est prélevée. La vente par internet est interdite. Avec 20% de fumeurs, les autorités sanitaires finnoises annoncent viser l'éradication de toute consommation de nicotine (bien qu'elles taxent le liquide sans nicotine aussi !). Pourtant, la baisse progressive du tabagisme s'accompagne d'une hausse de l'utilisation de Snus, le tabac oral suédois à faible taux de nitrosamine. "Il est important d'empêcher les fumeurs de passer du tabagisme au Snus ou aux autres nouveaux produits qui émergent sur le marché", vient de déclarer fin mai Ilkka Oksala, président du groupe de travail sur la réglementation du tabac créé par le Ministère de la santé.

Roumanie: 1 € par fiole

En Roumanie, une surtaxe anti vape prélève 1€ par fiole de liquide depuis 2016. Elle a été introduite à l'occasion de l'implémentation de la directive européenne TPD. Les achats transfrontaliers sont prohibés.

Slovénie: décourager le vapotage

La Slovénie a instauré en avril 2016 une taxe de 1,80€ par fiole de liquide afin de décourager l'usage de la vape, y compris par les 28% de fumeurs que compte le pays.

Croatie: en projet

La Croatie a annoncé un projet de taxe anti-vape, mais nous n'avons pas trouvé plus d'information précise...

Suède: 1,90 € par fiole dés le 1er juillet 2018

A partir du 1er juillet 2018, la Suède introduit une taxe sur le vapotage de 2 couronnes (SEK) par mL de liquide, ainsi que sur la base nicotinée sans arôme (qui a un statut différent dans la loi suédoise...). Cela équivaut à 1,90€ par fiole de 10 mL. [ajouté le 24-06-2018 11h - Merci à Jennie pour l'info ;)]

Lituanie: 0,12 €par mL à partir de mars 2019 [MàJ]

Le parlement Lituanien a voté le 15 juin l'entrée en vigueur d'une surtaxe de 0,12 € par mL d elqiuide de vapotage à partir de mars 2019. Soit 120 € par litre, tandis que le kilogramme de tabac pour cigarette chauffée ne sera surtaxé que de 68,60 €, selon la même modification des taxes d'accises demandée à l'initiative du Ministre des finances. 

Pas de taxe mais...

Luxembourg: des frais de notification assassins

Plaque tournante de vente de cigarettes peu taxées, le Luxembourg a profité de l'implémentation de la directive européenne pour fixer en 2017 un coût de notification prohibitif de 5'000 € pour chaque produit de vapotage déclaré (y compris chaque taux de nicotine d'un même liquide !).

Irlande: le Ministère des finances espèrait une taxe

En Irlande, le Ministère des finances aimerait instauré une taxe de 0,50€ par fiole, mais le reste du gouvernement ne semble pas prêt à le suivre.

Royaume-Uni: Philip Morris demandait une taxe contre la vape en 2015

Dans sa réponse à la consultation britannique sur les taxes tabac en 2015, le cigarettier Philip Morris recommandait de "considérer l'option d'une taxation sur le vapotage" plutôt que d'augmenter les taxes sur les cigarettes. 

Suisse: hors UE, une exemption de surtaxe adoptée par le parlement en 2011

En Suisse, le parlement, contre l'avis du Conseil fédéral, a adopté en 2011 la motion Zanetti "de manière à ce que les cigarettes électroniques et les autres moyens auxiliaires de désaccoutumance au tabac ne soient plus considérés comme produits de substitution au sens de la LTab et donc ne soient donc plus soumis à l'impôt sur le tabac". Depuis, les lobbys voulant protéger le tabagisme milite pour une taxation, pour le moment sans succès.


samedi 23 juin 2018

L'administration Suisse prépare son Yalta du vapotage avec les cigarettiers sans les usagers

Au nom de la protection des jeunes, les services d'Alain Berset s'apprêtent à livrer les vapoteurs helvétiques aux cigarettiers dans une sorte de Yalta Suisse de la vape. L'Office fédéral de la Sécurité Alimentaire et des affaires Vétérinaires (OSAV) annonce, dans une mise à jour du 18 juin de sa page consacrée au vapotage, inviter "les acteurs de la branche à une table ronde début juillet". D'après nos renseignements, seuls sont conviés à ce rendez-vous pour s'entendre sur le vapotage: les grands cigarettiers et quelques professionnels indépendants. L'initiative des bureaucrates bernois suit, en en reprenant les termes, l’interpellation au début du mois du Conseiller aux Etats Joachim Eder.

Le Conseil Fédéral "est-il disposé à organiser une table ronde avec l'industrie du tabac et le commerce des produits du tabac en vue d'étendre l'autorégulation de la branche aux nouveaux produits et de convenir avec le commerce d'un âge minimal de 18 ans pour la remise de produits du tabac et de cigarettes électroniques?", demande Joachim Eder au Conseiller fédéral Alain Berset, en charge du domaine de la santé. Celui-ci n'aura pas eu le temps de répondre officiellement que son administration s’exécute déjà. Promptitude exceptionnelle dans la capitale helvétique.

L'alliance des anti-tabac et des cigarettiers

Joachim Eder, qui siège au Conseil d'administration d'une entreprise pharmaceutique avec la Conseillère nationale ultra anti-vape Ruth Humbel, cache à peine avoir préparé son interpellation en bonne intelligence avec les cigarettiers. Japan Tobacco se déclare évidemment enthousiaste. "Nous sommes tout à fait ouvert à un tel dialogue et un régime de protection des jeunes intra-industrie", affirme Kevin Suter chargé de communication de Japon Tobacco International (JTI) au quotidien gratuit suisse-allemand 20 Minuten"Voici une entreprise responsable envers la protection des mineurs", commente Joachim Eder, dans le même article. Le tout est d'avaler que le vapotage est un danger pour les jeunes tandis que la vente de cigarettes, sans restriction d'âge au niveau fédéral et fumées par un tiers des 15-24 ans, est un acte "responsable envers la protection des mineurs".

Les usagers écartés par les autorités

La couleuvre est grosse, mais l'entente entre lobby du tabac et soi-disant anti-tabac sur le dos des vapoteurs, bien assaisonnée d'enfumage par les médias mainstreams, semble réussir à la faire passer. L'OSAV va donc orchestrer le partage de la vape avec les grands cigarettiers et, pour faire bonne figure, quelques représentant de l'association des professionnels du vapotage indépendants (SVTA). Les usagers, eux, semblent avoir tout loisir d'attendre un hypothétique rendez-vous. Dialoguer avec les principaux concernés ne semble pas une priorité de l'administration Suisse. Ah oui, n'oublions, tout ça se fait au nom de la défen$e des jeunes en voulant les priver d'un moyen d'éviter de fumer... 



"20%, 50% ou 100% d'augmentation": les associations doivent-elles collaborer à la taxe anti-vapoteurs européenne ?

Bien que déjà rejeté par 89,9% des participants en 2017, la Commission européenne DG Taxud revient à la charge cette année pour un projet de taxe anti-vapoteurs dans le cadre de sa révision des taxes tabac. Une consultation publique de quatre pages a été ouverte sur laquelle nous reviendrons prochainement. En parallèle, la Commission a mandaté un cabinet italien d'économistes pour évaluer la réaction des consommateurs face aux divers taux de taxes envisagées sur la vape. "Ce bref questionnaire sert à recueillir des informations pour une analyse du marché de l'e-cigarette et le possible impact d'un hypothétique régime de taxe harmonisé au niveau européen", explique la lettre d'Economisti Associati. Parmi les associations contactés pour servir de sondeurs bénévoles envers leurs membres, l'association Sovape, dont je suis membre, a signifié dans une réponse publique son refus de collaborer.

Questionnaire à sens unique

"Les orientations paradigmatiques qui sous-tendent votre questionnaire ne nous semblent pas appropriées pour permettre l’expression la plus précise et intelligente des intérêts de défenseurs d’une approche globale de réduction des risques qui caractérise notre association. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas répondre aux questions posées et de vous exposer nos motivations", fixe Sovape, dont le but annoncé est "développer, défendre et promouvoir une culture de réduction des risques et des dommages associés aux usages des produits fumés". Comment exprimer cette approche à travers un questionnaire dont le seul soucis est de trouver le point d'optimisation fiscale pour les recettes des Etats sur le dos des usagers?  

Le questionnaire d'Economisti Associati propose ainsi trois scénarios aux vapoteurs: 20% d'augmentation des prix par la taxation, 50% ou 100%. Mais sur quelle base infliger une surtaxe, en plus de la TVA déjà en place, aux vapoteurs? "Nous ne comprenons pas l’origine des taux de taxation évoqués pour un produit de consommation courante, ne contenant pas de tabac et n’ayant pas l’impact sanitaire négatif des cigarettes", s'étonne Sovape. Les taxes "comportementales", qui visent à punir les mauvais comportements, sont justifiées en économie par les conséquences négatives de la consommation des produits visés, comme par exemple le tabac. Mais quand le produit permet d'améliorer la situation sanitaire et souvent sociale du consommateur, le punir se justifie t-il ? Le sujet n'est pas même évoqué par le questionnaire.

Une Europe à l'italienne?

L'association relève que le questionnaire ne permet aucune évaluation de l'impact social de l'introduction envisagée de taxe contre le vapotage. Le niveau de revenu ou même celui d'étude ne sont pas même demandé aux participants. "Évaluer les effets d’une répression taxative d’une alternative à risque réduit devrait prendre en considération son impact en termes de justice sociale", remarque l'association. "Des situations dramatiques qui nous ont été rapportées de pays ayant mis en place des taxations anti-vape, nous inquiètent", insiste Sovape. Les effets bénéfiques sur la santé, et les coûts qui sont liés, de l'arrêt du tabagisme en passant au vapotage sont tout autant ignorés par le sondage destiné aux vapoteurs. 

"La population et l’économie de l’Union Européenne souffrent de maladies, parfois lourdement incapacitantes, liées au tabagisme. Elles souffrent également d’un ensemble de troubles psychiques, de manière plus ou moins prononcée, dont une partie peut être soulagée par la consommation de nicotine. A commencer par le plaisir et la détente que procurent sa consommation. Ce sont des aspects qui nous paraissent incontournables pour évaluer avec rigueur ce dossier. Leur absence nous surprend", récapitule l'organisation qui édite un bulletin auquel contribuent des scientifiques, des acteurs de santé, des professionnels indépendants et des usagers.

L'Union Européenne veut-elle protéger son tabagisme ?

"Le risque d’une perte de confiance du public sur les motivations des autorités à introduire des taxes comportementales devrait également être évalué en cas de taxe punitive contre un produit considéré par beaucoup comme une aide à la sortie du tabagisme", pique Sovape. L'association s'étonne aussi que le message implicite d'une taxation assimilant le vapotage aux produits du tabac ne soit pas évalué. "Une telle mesure risque fortement de brouiller une compréhension claire des niveaux de risques relatifs entre les produits, et de tromper le public en assimilant le vapotage aux véritables produits du tabac. Les messages de santé publique concernant le tabagisme pourraient s’en trouver minés"

En définitive, Sovape préfére ne pas jouer le rôle d'Huggy 'les bons tuyaux' pour la Commission européenne et regrette l'absence de thématisation de mesures "pour soutenir le report modal du tabagisme vers des solutions à risque réduit dans une logique d’empowerment des usagers par les usagers, à travers leurs organisations de réduction des risques". Les élites de l'Union Européenne semblent loin, très loin, de saisir la lame de fond qui anime le mouvement de réduction des risques qui parcourt leurs populations. Des lacunes inquiétantes avant la révision de la directive sur la taxation mais aussi à quelques mois du lancement de la révision de la directive sur les produits du tabac et connexes (TPD), dans laquelle le vapotage a été mis de force en 2014.

Un dossier à suivre de près...
Résultats de la précédente consultation publique en 2017 de la Commission DG Taxud sur une taxe anti-vapoteurs



lundi 18 juin 2018

[Bref] Sondage: 68% des australiens pour la légalisation du vapotage nicotiné

Depuis 2013, la part de fumeurs stagne à plus de 15% des adultes en Australie. Malgré la mise en oeuvre de hausses de prix impressionnantes, du paquet neutre et d'une politique de stigmatisation violente contre les fumeurs. C'est dans ce contexte que l'organisation des vendeurs au détail, l'Australian Retailers Association (ARA), a commandé un sondage au cabinet Crosby Textor (CT group) pour évaluer l'intérêt des aussies pour le vapotage, dont ils sont privés par une mesure de prohibition jusqu'ici. 68% se prononcent pour la légalisation du vapotage nicotiné. Une majorité (53%) apprennent avec surprise cette interdiction dont ils n'avaient pas conscience. 

"Près des deux tiers des citoyens sont d'avis que le gouvernement australien devrait réglementer et rendre disponibles des alternatives moins nocives aux cigarettes 'de manière à complètement éliminer la cigarette fumée dans ce pays' ", explique le communiqué de presse présentant les résultats de ce sondage sur un échantillon représentatif de 1'200 australiens adultes. Sur fond de panne de la politique sur le tabagisme en Australie, 93% des sondés expriment l'importance de la question de l'état du système de santé publique et 61% leur inquiétude du poids que le tabagisme fait porter sur celui-ci. 

En Australie : vapotage prohibé, cigarettes légales

Dans les faits, la prohibition du vapotage nicotiné n'offre pas un accès simple à l'échappatoire le plus évident aux fumeurs australiens. Une partie de ceux-ci contourne la prohibition pour passer au vapotage malgré la répression contre le mode de consommation à risques minimes. "De plus en plus d'australiens achètent des vaporettes avec de la nicotine en ligne à l'étranger, simplement parce qu'ils ne peuvent pas les acheter localement", explique Russell Zimmerman, directeur de l'ARA, avant de regretter que "l'absence de régulation ne fait qu'accroître les risques pour les consommateurs".

Pour aller plus loin sur la situation australienne : 


samedi 9 juin 2018

En Islande, une pétition est lancée contre un projet de loi pour réprimer la vape

Lancée mercredi dernier, la pétition a atteint près de 2'000 signatures en trois jours. Les islandais se mobilisent pour sauver leur droit à utiliser librement le vapotage, notamment pour sortir du tabagisme face à la menace d'un nouveau projet de loi. Celui-ci veut imposer des limites absurdes sur les produits - concentration de nicotine, taille des fioles, taille des atomiseurs, valeur des résistances -, l'interdiction de publicité sur internet, notamment sur les réseaux sociaux, imposer une taxe sur les produits reversée à la lutte anti-tabac  ainsi que l'interdiction d'usage dans les même lieux où le tabagisme est déjà interdit. Une majorité de la Commission santé du parlement appuie le projet de loi qu'elle a durci en proposant d'interdire les arômes autres que le tabac, avant sa présentation au parlement en août. Mais la Présidente de la Commission se distancie ouvertement de cette dérive et de la précipitation que tente d'imposer les opposants aux vapotage. 

Projet de loi anti-vape

"La majorité de la Commission va beaucoup plus loin que l'avant-projet de loi qui va au-delà de la directive européenne. La directive n'a pas été incorporée dans l'accord de l'espace économique européen (EEE), de sorte que nous ne sommes pas obligés d'y répondre maintenant", explique Halldóra Mogensen, présidente de la Commission. Si la députée prend en considération la voix des usagers du vapotage, il semble que nombre de ses collègues parlementaires ne veulent pas les entendre. La pétition lancée mercredi fait suite au blocage des messages adressés aux élus sur le sujet par les citoyens, selon le journal Vìsir. "L'envoi de courriels aux élus s'est terminé quand la plupart des parlementaires ont mis en place des filtres pour leurs boîtes aux lettres. Pensaient-ils que les avis concernant le projet de loi étaient devenus trop nombreux?", se demande le quotidien islandais.

La vape a participé à une chute de 38% des fumeurs en Islande depuis 2014

La pétition s'oppose aux restrictions contre le vapotage de ce projet de loi musclé. "L'accès aux produits de vapotage serait restreint avec ce projet de loi. Alors que le vapotage est le moyen le plus efficace pour arrêter de fumer à disposition", explique le texte. De fait, l'île connait une chute impressionnante de près de 38% du tabagisme depuis trois ans. "Un miracle de santé publique", selon l'expression du Dr Guðmundur Karl Snæbjornsson, où le vapotage semble avoir jouer un rôle de premier ordre. En nombre absolu, il y a 13'000 fumeurs de moins depuis 2014 et 10'000 vapoteurs au quotidien qui déclarent avoir arrêté de fumer selon les données de l'enquête officielle en 2017.

Rien sur nous sans nous

"Le gouvernement devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour encourager d'utiliser le vapotage comme outil pour abandonner le tabac, et non pas créer des conditions pour faire obstacles à ceux qui veulent arrêter de fumer à son aide", insistent les pétitionnaires. Dans le journal Vìsir, le collectif précise sa démarche: "La législation doit garantir que l'accès au vapotage ne soit pas excessivement restreint et que leurs prix ne les rendent pas inaccessibles. Si ce projet de loi devient loi, le tabagisme et la consommation de tabac augmenteront de nouveau, ainsi qu'un marché noir des liquides sans contrôle de qualité. Nous demandons que cette question soit reportée à la prochaine session, car elle pourra être retravaillée avec des consultations des utilisateurs, les personnes les plus concernées par le sujet". En mai 2017, une précédente tentative d'imposer une loi similaire à la directive européenne TPD avait été déjà rejetée par le parlement islandais. Ce "projet de loi V2", comme le surnomme l'association Veipum Lifum, n'a guère débuggué les problèmes et incohérences de sa première version...



jeudi 7 juin 2018

[Bref] Inde: l'association des vapoteurs décrochent un rendez-vous avec les autorités du Rajasthan

"Le gouvernement du Rajasthan a accepté de nous donner l'occasion de présenter notre dossier devant un groupe d'enquête le 12 Juin", annonce l'Association des Vapoteurs d'Inde (AVI) sur sa page facebook. Deux représentants de l'association ont expliqué en conférence de presse hier à Jaipur que le Gouvernement de l'Etat de près de 70 millions d'habitants ne devait pas interdire le vapotage, mais au contraire le réguler pour accompagner les fumeurs vers ce mode de consommation à risque réduit. "Nous soumettons au gouvernement du Rajasthan 120 études sur le vapotage conduites par des instituts réputés, que les autorités de santé publique peuvent utiliser pour tirer leurs propres conclusions", explique Samrat Chowdhery, président de l'association. "Nous proposons aussi au gouvernement de rencontrer des ex-fumeurs qui ont arrêter de fumer à l'aide du vapotage et qui peuvent témoigner des améliorations formidables de leur qualité de vie", ajoute son compère Pratik Gupta. 

120 millions de fumeurs en Inde

Les médias locaux de l'Etat du nord-ouest de l'Inde ont largement relayé les propos des défenseurs de l'outil de réduction des risques à la télévision locale et dans plusieurs titres de presse en anglais et en hindie. Le vapotage en Inde est très menacé, alors que cinq Etats en ont interdit la vente et que l'Etat du Bihar en a même prohibé l'usage en janvier. Trois Etats étudient une éventuelle prohibition, dont le Rajasthan ainsi que le Maharashtra et Delhi. L'Etat fédéral a aussi évoqué cette option insensée. "Les défenseurs du vapotage ici ont le sentiment que malgré le nombre élevé de 120 millions de fumeurs en Inde, et malgré la nécessité urgente d'une approche de réduction des risques, le pays ignore largement les efforts ailleurs dans le monde pour atténuer les effets néfastes du tabac", a expliqué Samrat Chowderry dans un entretien passionnant avec Philippe Boucher en anglais le 3 juin. 

Lutte anti-tabac ou protectionnisme économique ?

L'AVI est engagé dans plusieurs recours en justice contre les interdictions locales. La situation est difficile même si le vapotage continue de se développer. Ce pays grand producteur de tabac voit d'un mauvaise œil la concurrence du vapotage, dont nombre de produits viennent du voisin et rival chinois. Avec 120 millions de fumeurs, le tribut sanitaire et social de l'Inde au tabagisme est immense. Mais 80% du marché est détenu par le cigarettier local. Il est parfois difficile de distinguer les actions de lutte anti-tabac de manœuvres protectionnistes pour les ventes des cigarettes indiennes. Le rôle joué par le bureau anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est particulièrement trouble et étrange dans ce dossier, alors que l'article 1 d) de sa Convention intègre l'approche de réduction des risques et que qu'il est censé rester indépendant des intérêts des producteurs de tabac.