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dimanche 11 novembre 2018

[Bref] Le Département des accises de Thaïlande voudrait légaliser le vapotage avec une taxe

"Des changements majeurs sont en cours concernant le vapotage en Thaïlande", annonce le site d'information thaïlandais Sanook. Le Directeur général du Département des accises Anuntasilpa Patchara a annoncé à la presse ce 7 novembre étudier une légalisation du vapotage en le taxant. Mais le dossier est épineux. "Le Ministère des Accises est prêt à taxer le vapotage en tant que produit légitime. Parce que ce n'est pas une drogue. Mais le Ministère du Commerce en a interdit l'importation et le Ministère de la Santé s'oppose à sa consommation", explique le directeur du Département des accises au journal local Khaosod

L'association des vapoteurs reçue au Ministère du commerce

Ces dernières semaines, le Ministère du commerce a reçu l'association de défense des vapoteurs Ends Cigarette Smoke Thaïland (ECST). Le dernier rendez-vous le 31 octobre a débouché sur la constitution d'un comité pour reconsidérer le statut du vapotage. Autre motif de réformer la vape pour le Gouvernement: le tourisme. Les ambassades de huit pays ont demandé des clarifications sur le statut du vapotage suite aux arrestations de leurs ressortissants. "Au cours des seuls trois derniers mois, le Département des accises a saisi 80 produits de vapotage divers et infligé des amendes d’un montant total de 5 millions de bahts [≃152'000 Fs]", précise le Bangkok Post du 8 novembre

Les arrestations de touristes sont un "gros problème"

Depuis la prohibition décrétée en décembre 2014 par la junte militaire, détenir un produit de vapotage équivaut à du trafic illégal, punissable jusqu'à dix ans de prison et d'une amende. De manière aléatoire, des vapoteurs locaux et étrangers ont été arrêtés, parfois amendés, parfois incarcérés"L'impact sur les touristes entre en jeu sur le dossier du vapotage. C'est un gros problème chaque jour", reconnait le Directeur Anuntasilpa Patchara. Son département estime les cigarettes de tabac chauffé simples à réglementer, tandis que le cas des liquides de vapotage doit être évalué pour fixer "une fiscalité correcte"

Dans l'attente d'une réforme, la détention de produits de vapotage reste punissable d'amende et de prison en Thaïlande. Le Royaume compte officiellement 42% de fumeurs, qui consomment pour 80% des cigarettes du Monopole du Tabac de Thaïlande.

jeudi 18 octobre 2018

[Bref] En Thaïlande, les vapoteurs demandent à l'Ombudsman d'intervenir pour faire cesser la répression

Détenir une vaporette en Thaïlande peut vous faire condamner, pour importation d'un objet illicite, à dix ans de prison et une amende d'un million de baths (26'000€). Depuis le 12 décembre 2014, la junte militaire a interdit les produits de vapotage. Depuis des arrestations de vapoteurs bourgeonnent de manière aléatoire au gré des humeurs arbitraires des forces de l'ordre. La presse locale fait parfois l'écho de ses arrestations absurdes, de la vieille dame ayant arrêté de fumer avec le vapotage à la jeune starlette du web contrôlée avec une vaporette dans sa voiture, où même le touriste suisse mal-informé de la situation.

L'Ombudsman saisi de l'affaire

L'Ends Cigarette Smoke Thaïland (ECST), l'association des vapoteurs "pour en finir avec la cigarette fumée", s'est adressé au Directeur du département des droits de l'Ombudsman pour que cette interdiction soit reconsidérée. L'Ombudsman, qui a un rôle de médiateur lors de contentieux entre citoyens et pouvoirs publics, est officiellement entré en matière pour "enquêter sur la légalité de la prohibition du vapotage en Thaïlande".

L'ECST entendu au Ministère du commerce

Dans une situation réglementaire considérée comme la pire au monde par les spécialistes du domaine, l'association des vapoteurs de Thaïlande active les leviers à sa portée pour faire bouger les choses. Le 12 octobre, une délégation de l'ECST était reçu au Ministère du commerce, qui a ouvert un examen sur la question du vapotage depuis le 8 octobre. Les représentants des vapoteurs ont remis entre autres documents, une pétition de plus de 40'000 signatures pour légaliser le vapotage en Thaïlande.

Marit Karunyawat, représentant de l'ECST, fait valoir, dans le journal Asia Times, que régulariser le vapotage serait bénéfique à toutes les parties. Les usagers ne seraient plus en prise avec une répression absurde et arbitraire et ils trouveraient des produits avec plus de sécurité sur leur qualité. Surtout, les fumeurs auraient accès plus facilement à un moyen de réduction des risques reconnu, alors que le tabagisme touche une large part de la population. En régularisant les produits de vapotage, les pouvoirs publics pourraient les réglementer et en contrôler les conditions de vente.

De son côté, Roengrudee Patanavanich, responsable adjoint du Centre de recherche sur la lutte antitabac, reconnait qu'il y a de plus en plus de vapoteurs en Thaïlande et dans le monde. Cependant, selon lui "jusqu'à 30,5% des personnes qui vapotent pensent, à tort, que celles-ci ont un bon parfum, sont sûres et modernes et sans additifs". Seront-ils entendus dans un pays où l'Etat détient le Monopole du Tabac de Thaïlande ?

L'ECST a reçu une réponse d'entrée en matière de l'Ombudsman:

jeudi 6 septembre 2018

[bref] En Australie, les autorités interdisent même une tombola de soutien pour l'Association de réduction des risques ATHRA

La loterie mettait en jeu 160 prix à gagner, mais elle a été interdite par les autorités australiennes du New South Wales. Pour soutenir l'Association de réduction des risques liés au tabac Australienne (ATHRA), 66 magasins de vape ont organisé une tombola dont la vente de billets devait être intégralement reversée à l'ATHRA. Les autorités du New South Wales n'ont pas apprécié cette manière de dénicher des fonds en soutien à l'association de charité sans financement de lobbys cigarettiers, pharmaceutiques ou d'affairistes milliardaires spéculant sur l'avenir du marché du cancer. 

L'ATHRA conteste notamment la politique de prohibition du vapotage nicotiné en Australie. "Le service Fair Trading du New South Wales déclare que les organisateurs - qui avaient ouvert le tirage au sort à tous les Australiens - ont enfreint la loi sur les loteries de l’Etat parce qu’ils n’avaient pas obtenu de permis, dépassé la limite de prix et offert des prix prohibés", rapporte le Sydney Morning Herald ce matin. Les "prix prohibés" concernent quelques lots à gagner de liquides avec nicotine, illégaux en Australie tandis que les cigarettes sont en vente libre bien qu'aux prix les plus élevés au monde.

Pas de tombola de soutien, mais des taxes sur les cigarettes

Craigh Jackman, du magasin Vape4Life, à l'origine de l'initiative de la tombola de soutien s'excuse auprès des participants qu'il est en train de contacter et de rembourser. "Les gens qui ont acheté des billets sont déçus de l'annulation de la tombola, mais beaucoup d’entre eux ont décidé de faire don de leurs billets à l’association, ce qui est formidable", précise t-il au quotidien de Sydney. 

L'association ATHRA, qui compte notamment le Pr Colin Mendelsohn, le Dr Joe Kostedrich ou le Dr Alex Wodak dans ses rangs, milite pour le droit à l'accès aux outils nicotinés de réduction des risques en Australie. La légalisation du vapotage nicotiné est une des principales revendications dans un contexte où le tabagisme stagne depuis 2013, malgré les hausses répétées du prix des cigarettes. Le 1er septembre, une nouvelle hausse de 12,5% a porté le prix du paquet de la marque la plus vendue autour de 27 $aus, soit environ 16,70 € ou 19 Fs. 

Depuis 2013, le tabagisme stagne autour de 15% en Australie

"L'augmentation des taxes sur le tabac est une stratégie éprouvée pour réduire les taux de tabagisme mais elle semble subir un effet décroissant à ces niveaux stratosphériques. Une population de fumeurs très dépendants continuent de fumer quel que soit le prix", explique le Pr Colin Mendelsohn, de l'ATHRA, dans un article pour News Australia

"En dépit des augmentations de prix annuelles, le tabagisme en Australie n’a pas baissé de manière significative de 2013 à 2016, selon les statistiques officielles. Le tabagisme adulte a même augmenté de 13,5% à 15,1% entre 2015 et 2016 en Nouvelle-Galles du Sud, et la consommation nationale de cigarettes a augmenté en 2017 pour la première fois en dix ans, selon les comptes nationaux", constate le professeur de santé publique favorable à intégrer une approche de réduction des risques dans le domaine pour sortir de cette politique de l'échec.

Violent accroissement des inégalités sociales de santé

Le tabagisme frappe particulièrement les groupes sociaux les plus démunis, qui sont en proportion plus du double à fumer et ont beaucoup plus de difficultés à arrêter bien qu'ils tentent tout autant que les fumeurs aisés. "Pour ceux qui ne peuvent pas arrêter, les impôts élevés sont régressifs, punitifs et augmentent les difficultés financières et les inégalités en matière de santé. Un fumeur quotidien à Newstart dépense 68% de son revenu annuel pour fumer, ce qui lui laisse très peu pour la nourriture, le logement et d’autres produits de première nécessité", souligne Colin Mendelsohn. Alors que 70% de ces fumeurs tentent d'arrêter mais échouent pour la plupart faute d'aides, l'ATHRA soutient de leur laisser l'opportunité de passer au vapotage, qui réduit d'au moins 95% les méfaits par rapport aux cigarettes.

"La hausse des prix des cigarettes d'aujourd'hui pourrait être bénéfique si elle déclenche un passage au vapotage. Outre les avantages pour la santé, les dispositifs de vapotage sont beaucoup moins chers que les produits du tabac et soulageront le stress financier et les privations engendrés par les prix exorbitants du tabac pour les fumeurs dépendants et à faible revenu", conclue le Dr Colin Mendelsohn. A défaut de pouvoir opter pour le vapotage nicotiné, la hausse de prix condamne les fumeurs pauvres ne réussissant pas à arrêter de fumer à la paupérisation et à se priver, y compris sur la qualité de son alimentation, et augmente ainsi les dommages pour la santé.


jeudi 9 août 2018

Avant son Sommet anti-tabac COP8: l'OMS fière d'avoir poussé 30 pays à interdire le vapotage

Le secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) prépare son grand sommet de Genève du 1er au 6 octobre. L'oligarque Michael Bloomberg a déjà fait passer ses mots d'ordre au bureau anti-tabac de l'OMS lors du sommet au Cap qu'il a organisé en mars. On trouve donc au menu de cette huitième convention des parties (COP8), la guerre au vapotage. Le secrétariat dirigé par la brésilienne Vera da Costa vient de publier un rapport préliminaire à la COP8 sur l'évolution des réglementations et du marché de la vape

Le révisionnisme des résolutions de la COP7

Singulièrement, ce rapport révise l'histoire des prises de position des conventions en affirmant que la précédente édition, à New Delhi en 2016, aurait adopté l'appel à "la prohibition ou de restriction de la vente, production et usage" du vapotage, avec ou sans nicotine. En réalité, la proposition de résolution du secrétariat avait été rejetée par l'opposition de trois délégations.

Le Canada, l'Union Européenne et le Royaume-Uni avaient estimé le controversé rapport scientifique de l'OMS insuffisant pour soutenir une telle décision. Ce rapport, non signé, qui s'appuyait sur des études dépassées, des opinions idéologiques et de soi-disant recherches non-publiées, avait été laminé par un contre-rapport du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool (UKCTAS).

Les violations du bureau de l'OMS de sa propre charte

Il est vrai que le secrétariat n'en a pas tenu compte. Il a multiplié les appels à la criminalisation des vapoteurs. Modèles à suivre: la Corée du Nord et la junte militaire thaïlandaise, comme l'espère Jagdish Kaur, cadre du bureau anti-tabac pour l'Asie du Sud-Est de l'OMS, dans un article d'une revue indienne de santé publique en septembre 2017. Un appel suivi par les autorités de Singapour.

Le bureau anti-tabac de l'OMS a aussi passé un accord de partenariat financier avec la junte en Thaïlande qui détient également le Monopole du Tabac national. Arrestations, incarcérations, saisies d'argent ou de biens et brimades de vapoteurs en Thaïlande sont régulièrement rapportés. En Corée du Nord, la chape de plomb sur le régime du fumeur intempestif Kim Jong-un ne permet pas de savoir si des déportations de vapoteurs ont effectivement eu lieu.
Financement par l'industrie du tabac thaïlandaise, encouragement à des violations des droits humains et rejet du principe de réduction des risques, la dérive du bureau anti-tabac de l'OMS par rapport à la charte qu'elle est censé faire appliquer ne sont évidemment pas évoqués dans son rapport. Mais on peut donc ajouter à cette liste, le mépris et le révisionnisme des décisions de la convention elle-même.

30 pays prohibitionnistes selon l'OMS

Le rapport souligne la grande hétérogénéité de l'usage de la vape dans le monde. Il avance des chiffres disparates, qui donnent plus l'impression d'un article de tabloïd rédigé à la va-vite que d'un rapport sérieux. Le secrétariat rapporte les réponses des pays membres sur leur réglementation concernant le vapotage. D'après ces informations, sur les 181 pays membres, 102 rapportent que le vapotage y est disponible, dont 39 sans réglementation. 

En sens contraire, le bureau de l'OMS met en avant 30 pays se déclarant prohibitionnistes, sans spécifier si l'interdiction porte sur la vente et/ou l'usage. Ce qui rend cette liste imprécise et floue, à l'image de la qualité générale du rapport. On y trouve des pays comme l'Iran, le Koweit, Singapour, l'Australie et, évidemment, le Brésil, principal bénéficiaire en balance commerciale des échanges de tabac brut au monde.

Placé en Europe par l'OMS, le Turkmenistan, dictature néo-stalinienne, interdit le vapotage, avec la particularité d'interdire également le tabagisme. Une certaine forme de cohérence. A ma connaissance, non partagée par la plupart des autres pays mentionnés qui n'interdisent pas les cigarettes. Quand ce n'est pas l'inverse, à l'image des deux modèles "à suivre" selon l'OMS de la Corée du Nord et de la Thaïlande.

On peut douter de l'exactitude de l'information de l'OMS pour certains pays listés comme prohibitionnistes. Le Mexique, mentionné comme tel, est en réalité dans une situation de vide légal sur le sujet. L'île Maurice a le projet de rendre illégal le vapotage, mais selon mes informations, la décision n'a pas encore été validée. Au Bahrein, le vapotage est depuis peu surtaxé, mais n'est donc pas illégal. Bref, un rapport à la hauteur de la qualité du travail de ce secrétariat d'illuminés incapables de s'appuyer sur des données et des analyses sérieuses. 

La poursuite de la répression de l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage

Le rapport préliminaire, qui généralement constitue la décision finale de la convention prise par avance, et visiblement même lorsque celle-ci n'est pas avalisée par les membres, appelle à réglementer le vapotage contre les "conséquences potentielles" de son essor. Sans données probantes, le bureau anti-tabac pointe "l’augmentation de l’adoption par les jeunes, l'impact sur les mesures de lutte antitabac existantes [sic!], les allégations de santé trompeuses et les stratégies de marketing trompeur et finalement le manque d'informations appropriées aux consommateurs [re Sic!]".

Il est plus que probable que les organisations d'usagers de vapotage ou d'autres moyens de réduction des risques soient de nouveau exclues du sommet. Il accueillera à huis-clos les délégués des Etats sous la pression de quelques milliers de lobbyistes de la pharmaceutique sélectionnés par le secrétariat de la FCTC. Une nouvelle absence de réaction des pays démocratiques, durant la COP8, face à l'état de dérive totale du secrétariat anti-tabac de l'OMS serait incompréhensible et très inquiétant.

vendredi 27 juillet 2018

Surveillance politique: une équipe sino-américaine fiche 332 activistes de la vape sur Tweeter [MàJ]

Fruit d'une collaboration entre le Laboratoire clef d'Etat sur les nouvelles technologies de l'Université de Nanjing en Chine et le NORC de l'Université de Chicago aux Etats-Unis, un programme de surveillance des opposants aux campagnes anti-vapotage a livré ses conclusions. Publié dans la revue privée de l'Institute of Electrical and Electronical Engineers (IEEE), organisation internationale de professionnels des nouvelles technologies, les auteurs dénoncent une "même communauté pro-vapotage" derrière les critiques sur Tweeter aux campagnes américaines contre la réduction des risques à l'aide du vapotage. 

"Bien qu'il existe des preuves que le vapotage peut réduire les dommages pour les utilisateurs adultes qui réduisent ou arrêtent de fumer la cigarette combustible, et peu de preuves que les e-cigarettes causent des dommages à long terme, les défenseurs pro-vape ont utilisé cette base de preuves équivoques [sic!] pour s'opposer aux messages des campagnes médiatiques anti-vapotage, générant un volume très élevé de messages d'opposition sur les médias sociaux", constatent les chercheurs Qianyi Zhan, Sherry Emery, Philip Yu, Chongjun Wang et Yuan Liu.

Le programme de surveillance SORENTO

"Lorsque nous analysons le retour d'expérience des campagnes anti-vapotage, il est crucial de classer le public en différents groupes en fonction de leurs attitudes et de leurs affiliations. Dans cette perspective, nous proposons dans cet article de poser le problème de la "Détection de la Communauté sur l'Audience des Campagnes Anti-vapotage" [“Community Detection on Anti-vaping Campaign Audience”] (CODEVAN), et pour le résoudre de concevoir l'algorithme  de "détection de communauté basée sur SOcial, REpost et RelatiOn de coNTenu [“community detection based on SOcial, REpost and coNTent RelatiOn”] (SORENTO)", exposent les spécialistes en ingénierie informatique. 

Leur article explique comment le programme de surveillance et d'analyse SORENTO calcule les "scores d'intimité" des utilisateurs en fonction de leurs relations sociales, des republications et des similitudes de contenu. Selon l'équipe sino-américaine, la détection par SORENTO démontre que "les messages critiques sont principalement postés par une même communauté provapotage".

332 activistes fichés

Les spécialistes de la surveillance précisent avoir identifié 332 activistes en faveur de la réduction des risques. Pour cela, ils ont fait éplucher les tweets autour de trois campagnes américaines anti-vapotage en 2015. Celle californienne de mars à juin "Still blowing smoke", celle de Chicago "Vaping truth" de décembre à février 2016, et celle nationale au long de l'année du Center Disease Control (CDC) "Tips for former smokers". Ils ne détaillent pas la liste des 332 opposants dans l'article, mais livrent tout de même les noms de quelques uns dans leurs graphiques. Clive Bates, spécialiste de santé publique de renommée mondiale, côtoie le compte d'A Billion Lives, du documentaire éponyme, l'actif VapingIT ou le compte de la regrettée Agent Ania (RIP)...

"Similaire à d'autres applications en réseau hétérogène, les algorithmes de détection de communauté prennent également d'autres caractéristiques en compte et utilisent la classification des sentiments pour améliorer la détection de la communauté et le classement de la communauté pour permettre une analyse approfondie des données des sentiments", expliquent les promoteurs de SORENTO. La logique de fichage de SORENTO n'est pas sans rappeler celle du vaste programme de surveillance comportementale expérimenté en grandeur nature en Chine sous le nom de "crédit social", auquel l'Obs du 12 juillet a consacré un dossier.

De SORENTO au "Crédit social"

"La Chine de Xi Jinping s’est engagée dans un ambitieux et inquiétant projet de contrôle social bâti sur les technologies de pointe. Objectif : surveiller et régir la vie de 1,4 milliard de Chinois pour instaurer un totalitarisme sophistiqué. Un “modèle” qui pourrait inspirer d’autres pays", explique Ursula Gauthier, journaliste en Chine durant six ans avant son expulsion. Par l'agrégation de données informatiques et du suivi par vidéo-surveillance, le programme du "crédit social" entend noter les individus selon leur degré de "fiabilité sociale".

Ursula Gautier, de l'Obs, sur BFM le 24 juillet à propos du programme crédit social en Chine

Fichage et soft-censure

Dans ce contexte, il est quelque peu inquiétant de voir une organisation comme l'IEEE publier un article d'une équipe chinoise et américaine ayant développé et utilisé un programme de fichage d'activistes pour leur seule opinion de politique de santé publique. Inquiétant d'une part sur les méthodes non seulement envisagées, mais visiblement déjà en pratique, par le réseau anti-réduction des risques autour de l'oligarque Michael Bloomberg et de l'establishment du bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS. A leur Sommet au Cap au printemps, plaçant le vapotage comme nouvelle cible prioritaire de la lutte anti-tabac, ils avaient fait expulser les délégués de Taïwan pour satisfaire la Chine.

Inquiétant également, les futures utilisations contre d'autres groupes sociaux de la technique de surveillance développée et mise au point contre les défenseurs du vapotage, sans réaction des groupes de défense des libertés civiques. Enfin, inquiétant dans les mesures à court terme prises par les propriétaires des réseaux sociaux, dont il est clair que les algorithmes peuvent restreindre de manière furtive la diffusion des messages de comptes black-listés, comme le reconnaissait Facebook cette semaine dans un article de Libération. L'opposition à la liberté des fumeurs de préférer le vapotage a décidément de plus en plus un sale goût de dystopie orwellienne.

Sur le financement du programme SORENTO - MàJ 28-07-2018

L'article publiée dans la revue de l'IEEE spécifie avoir reçu des financements du Fundamental Research Funds for the Central Universities de Chine, à travers deux subventions JUSRP11852 et NSFC 61672264. Ainsi que de la National Science Foundation américaine à travers quatre programmes de subventions référencés IIS-1526499, IIS-1763325, CNS-1626432 et NSFC 61672313. L'IIS-1526499 pour 499'999 $ et le CNS-1626432 pour 599'536 $ sont financés par l'Université de l'Illinois Chicago. Je n'ai pas réussi à retracer les deux autres, sans avoir pu y consacrer suffisamment de temps.... Enfin, les auteurs ont aussi bénéficié des bourses du National Key Research and Development Program of China, No. 2016YFB1001102 et NSFC 61502227. A creuser peut-être...



lundi 9 juillet 2018

[Bref] En Italie, le Monopole du tabac menace de bloquer un forum de vapoteurs

Depuis décembre dernier, l'Agence des Douanes et du Monopole du tabac (AAMS) bloquent des sites internet pour "violation constatée d'offre de tabac ou de produits liquides d'inhalation sans combustion". Autrement dit, des sites de vente de tabac ou de liquide de vape, y compris sans nicotine, en vertu du décret lui octroyant le monopole de distribution et en interdisant la vente à distance. Jusque-là, les listes publiées régulièrement visaient effectivement des boutiques de vapotage en ligne. Mais la dernière parue sur le site du Monopole le 4 juillet annonce le futur blocage de deux sites faisant office de blogs et forums de discussion dans les 15 jours "à partir de la publication de ce communiqué, si l'offre interdite n'est pas enlevée". 

Le premier consacré à des produits de tabac se nomme Rolling Tobacco, le second Svapo.it regroupe près de 45'000 vapoteurs. Sur celui-ci, dans la rubrique dédiée à des boutiques en ligne, nous n'avons constaté aucune offre de liquide. Le document du Monopole ne dit pas quelle "offre interdite" précise doit être enlevée pour chacun des sites visés. "À la suite de signalements reçus à ce bureau, il a été constaté la présence sur les sites web répertoriés d'offre interdite", se borne à expliquer le Monopole pour justifier ce qui s'apparente à une condamnation sans appel possible. Parmi les sites listés, la boutique en ligne Svapem.it est déjà offline.

Des descentes policières au même prétexte ont eu lieu, notamment en mars à la Vapor Expo de Forlì, alors que le vendeur faisait payé 5€ ses liquides pour couvrir les frais de taxes (taxe anti-vape et la TVA dessus) sans bénéfice pour lui. Opération commerciale qui n'a rien d'illégale mais dont le prix n'était pas assez élevé au goût des autorités italiennes.

Essor du tabagisme

Le contrôle de la distribution des liquides de vapotage a été remis à l'Administration des Douanes et du Monopole suite aux rentrées fiscales jugées décevantes les années précédentes. Des 115 millions € escomptés, la surtaxe de 4 € par fiole de 10 mL n'a rapporté à l'Etat que 4 millions € en 2016. Trop peu aux yeux des gouvernants qui ont imposé le régime du Monopole aux liquides de vapotage, en interdisant aussi la vente par internet. Depuis l'instauration des taxes, le secteur est en récession et les statistiques de l'Instituto Superiore di Sanità (ISS) montre un recul du nombre de vapoteurs accompagné d'une hausse des fumeurs, repassés au dessus de la barre des 12 millions cette année en Italie. 

Le modèle italien appliqué à l'Europe ?

Le Commissaire européen à la santé, le lituanien Vyrtenis Andriukaitis, avait évoqué en novembre au site Euractiv la possibilité d'un durcissement similaire au niveau de l'Union Européenne. Depuis, la Commission des taxes a lancé une consultation publique jusqu'au 3 septembre envisageant d'imposer une surtaxe minimale contre la vape à l'ensemble des pays. Une mobilisation lancée par 16 organisations d'usagers et de réduction des risques appellent à répondre à la consultation et signer une pétition en ligne s'opposant à une telle surtaxe. Pour le moment, en plein été, la mobilisation reste faible avec seulement un peu plus de 16'000 signatures collectées en dix jours.




jeudi 28 juin 2018

Interview: le SOS des vapoteurs face au blocus du Monopole du tabac en Tunisie

Entrevue, travaux et remise de cahiers des charges. Les premiers mois de l'année semblaient promettre une sortie de crise pour le vapotage en Tunisie. Puis le silence, la rupture de dialogue sans explication. Khaled Haddad, président de l'Association de la Cigarette Electronique pour Arrêter de Fumer (ACEAF) a remis le 8 février dernier un rapport pour sortir de l'impasse à M. Sami Ben Jannet, directeur général de la Régie Nationale du Tabac et des Allumettes (RNTA). Mais depuis la RNTA fait la sourde oreille.

Détentrice du monopole sur l'importation et la distribution du vapotage depuis un arrêté ministériel de 2014, la régie n'importe rien, ne distribue rien et ne met aucun produit de vapotage sur le marché en Tunisie. La vape est légale, mais aucun produit n'est à disposition légalement. Les boutiques de vape sont de facto dans l'illégalité. Les douanes ont fait une série de rafles avec saisies et fermetures en 2017 et en début d'année. "Il n'y a plus de produit disponible", nous rapportait en janvier Ryad, un vapoteur de Sousse. Certains vapoteurs se sont remis à fumer, déplorait l'automne passé le site tunisien Webdo. Mais le mouvement de sortie du tabagisme par le vapotage croît en dépit de la répression. L'association ACEAF estime qu'il y a à présent près de 80'000 vapoteurs tunisiens, avec des pages dédiées sur Facebook approchant les 100'000 membres.

Aujourd'hui, Khaled Haddad de l'ACEAF lance avec cet interview un appel à l'aide pour sortir de cette situation absurde. Nouveau membre d'INNCO, le réseau international des organisation d'usagers de produits nicotinés à risque réduit, qui vient d'être autorisé par l'ONU à participer aux rencontres de haut-niveau sur les maladies non transmissibles (MNT), l'ACEAF espère attirer l'attention au-delà des frontières tunisiennes pour que ses autorités nationales prennent enfin en considération le vapotage et ses utilisateurs.

Bonjour, pouvez-vous présenter en quelques phrases l'association ACEAF ?

Khaled Haddad: Notre association est jeune, nous l'avons créé en octobre 2016. Un de ses objectifs est d'inciter des fumeurs à arrêter le tabac conventionnel en recourant à la cigarette électronique, qui est considérée comme un moyen de sevrage tabagique efficace.

Notre premier soucis est de légitimer la vente de la cigarette électronique en Tunisie, étant donné que la régie nationale du tabac (RNTA) fait obstacle à sa mise à disposition du consommateur. La RNTA détient le monopole sur l'importation et la vente sans pour autant mettre de produits sur le marché. Notre cheval de bataille est la légalisation de la vente et l’organisation du secteur et son développement.

En Tunisie, les produits de vapotage sont légaux mais pourtant, j’ai vu de nombreux usagers se plaindre de ne pas avoir accès facilement à des produits. Quel est le problème à l’origine de ce mécontentement ?

K.H.: Oui effectivement, les produits de vapotage sont légaux en Tunisie. Mais leur importation ainsi que leur vente restent néanmoins interdites en Tunisie parce qu'ils sont sous le monopole de l’Etat. Or celui-ci n'en importe pas, ni n'en vend ! C’est pour cela que les consommateurs se plaignent de ne pas avoir accès aux produits. Chose qui a permis à un marché parallèle non contrôlé de fleurir. Il y a des risques de contrefaçons et de liquides non conformes aux normes, qui pourraient nuire à la santé du consommateur.

En janvier dernier, votre association a eu une entrevue avec M. Sami Ben Jannet, le directeur général de la Régie Nationale du Tabac et des Allumettes (RNTA). Sur quoi a débouché ce rendez-vous ?

K.H.: Cette rencontre tant attendue a débouché après de longs pourparlers sur une entente entre la RNTA et l’association ACEAF concernant l’établissement par nos soins d’un cahier de charge. Celui-ci devait permettre de définir les moyens de gestion de l’activité de ce secteur, tout en préservant la qualité tant au niveau des produits que de ses moyens afin de préserver la santé du consommateur. Sachant que l’ACEAF regroupe en son sein des compétences humaines de médecin, pharmacien, laborantin et professionnel de la vape, qui permettent d'envisager la gestion de ce secteur dans les meilleures conditions.

Vous avez donc remis au directeur de la RNTA un dossier pour sortir de l’impasse actuelle. Dans les grandes lignes quelle était votre proposition ?

K.H.: Nous avons proposé un cahier de charge pour régir l’importation, prenant en compte la quantité, la qualité, les questions d'hygiène, de conditions de stockage, d'homologation (CE), de contrôle et les compétences pour le domaine. Et nous avons aussi établi un cahier de charge concernant la distribution.

Depuis la remise de ces cahiers des charges le 8 février, quelle a été la réaction de la RNTA ?

K.H.: Une stagnation complète du projet ! Malgré des rappels incessants. Cette situation a des répercussions négatives sur les professionnels du secteur et les consommateurs. Il y a des descentes de police avec saisies et fermetures de magasins. Plusieurs familles se sont retrouvées à la rue. Ce blocage entraîne la destruction d’emplois créés et favorise l’émergence d’un secteur parallèle hors contrôle. Et pendant ce temps le tabagisme continue à faire ses ravages.

Vous n’avez plus aucun contact avec la RNTA !? Vous avez une idée des raisons de ce silence ?

K.H.: Non plus de contact depuis la remise du cahier de charge. Sans aucune raison. Mais probablement à cause de la pression du lobby du tabac ainsi que la mauvaise foi de l’Etat.

Quelles possibilités s’offrent à votre association pour débloquer cette situation décevante ?

K.H.: A part le soutien de gens comme vous dévoué à la cause, nous avons épuisé les solutions à l’échelle nationale. Maintenant, nous espérons médiatiser notre cause à l’échelle internationale afin de créer une pression suffisante pour faire plier les preneurs de décision en Tunisie.

Pour comprendre les enjeux humains, quelle est l’ampleur du tabagisme en Tunisie ?

K.H.: Le tabagisme en Tunisie tue, directement ou indirectement, 40 personnes par jour, selon le principal responsable du programme national anti-tabac. Le pourcentage des fumeurs en Tunisie est de 23.5% de la population actuelle, selon les statistiques officielles de 2016. Il est a signaler que 20 % des adolescents à partir de 11 ans sont fumeurs.

J’ai vu des images de rencontres sur le vapotage où il avait pas mal de gens. Le vapotage est une alternative qui intéresse les fumeurs tunisiens ?

K.H.: Oui bien sûr et ce grâce aux efforts fournis par l’association, ainsi que ses généreux donateurs (Zazo-Vape, Vape Store El Ghazela et Smooky), malgré les difficultés que ces derniers rencontrent, et qui ne sont malheureusement pas plus nombreux.

Voulez-vous ajouter quelque chose… ?

K.H.: Nous subissons en tant qu’association des pressions de plus en plus fortes de la part de la communauté tunisienne de la vape. Nous comptons sur votre soutien ainsi que la communauté internationale afin de débloquer cette situation décevante pour nous ainsi que pour tous les vapoteurs.



samedi 23 juin 2018

[Bref] L'Indonésie taxe la vape à 114% pour protéger les ventes de cigarettes

Plus de 67% des hommes de plus de 15 ans fument en Indonésie. Pour pallier au risque de sortie de cette consommation de masse, le Gouvernement indonésien a décidé d'imposer une taxe qui va plus que doubler le prix des liquides de vapotage nicotinés dés ce 1er juillet. Selon Reuters, les autorités estiment à près de 4'000 magasins de vape pour plus de 900'000 vapoteurs dans l'archipel qui compte 260 millions d'habitants. "La cible de recettes d'accise de cette année est de 155,4 billions de roupies (Rp) [soit environ 11,20 milliards de dollars]. La nouvelle taxe d'accise devrait contribuer environ de 100 à 200 milliards Rp par an", se réjouit Sunaryo, Directeur adjoint de l'Office des douanes et accises au ministère des Finances. Ses espoirs de revenus s'appuient sur un système de taxation étagé dans la directive 146/PMK.010/2017 selon des catégories de produits de vape. "Sur la base du prix soumis par l'entrepreneur, le prix le plus bas est de 10 000 Rp pour le type 'non-premium', tandis que le prix le plus élevé pour le type premium est de 120 000 Rp", explique le média local Solopos.

Le Ministre du commerce avait annoncé son objectif en novembre dernier. "Nous allons les arrêter. De cette façon, les vapoteurs devront se mettre à fumer des cigarettes", expliquait Enggartiasto Lukita, Ministre du commerce indonésien, au journal local Kompas. La taxe, qui va représenter 57% du prix de vente TTC des produit de vapotage avec nicotine, vise à "limiter le recours au vapotage" comme l'a reconnu Heru Pambudi, directeur général des douanes et de l'accise, l'an passé au Jakarta Globe. Dans un pays où le lobby du tabac est omnipotent, le "prix du paquet de cigarette est d'environ 2$", rappelle Jim McDonald, journaliste spécialiste de la question de réduction des risques à Vaping 360.

jeudi 21 juin 2018

Comment consommer du cannabis sans le fumer

En Suisse, le cannabis à faible taux (moins de 1%) de Tétra-Hydro-Cannabinol (THC) fait désormais partie des produits facilement accessibles. En kiosque, dans certains supermarchés, en boutique spécialisée ou sur des sites en ligne, on le trouve sous différentes formes y compris en herbe. Grand raté des services de santé suisses, aucune information sur les modes de consommation évitant la combustion n'a été délivrée au public. En France, la Ministre de la santé Agnès Buzyn voudrait mettre un terme à la vente de cannabis à moins de 0,2% de THC apparue ces dernières semaines. "On n'est pas en train de lutter comme des fous pour faire en sorte que les français arrêtent de fumer pour qu'il se mettent à fumer du cannabis!", a t-elle invoqué entre autres raisons au micro de RTL ce 17 juin. Oubliant semble t-il qu'il y a déjà près de 5 millions d'usagers de cannabis en France, dont 9/10 le fument. Il est pourtant tout à fait possible de consommer du cannabis sans le fumer. Petit tour d'horizon de solutions à risque réduit.
"Comme pour le tabac, les goudrons issus de la combustion du chanvre sont riches en composés cancérogènes (...). Cependant, les cannabinoïdes eux-mêmes ne sont pas cancérogènes. Une manière évidente de protéger la santé des fumeurs est donc de réduire au minimum la teneur en substances toxiques relatives à la fumée, sans diminuer la teneur en cannabinoïdes", Dale Gieringer, coordinateur de l'association NORML California en 1996.
Vapotage, vaporisation, gouttes sublinguales ou trans cutanées, ingestion... les voies d'assimilation de cannabinoïdes sont pénétrables. Elles évitent d'ailleurs le gâchis d'une très large part du produit lorsqu'il est fumé par le sidestream, le moment où le joint se consume dans l'air ambiant entre deux bouffées.

My vapor is rich

Les températures de vaporisation, que ce soit par vapotage d'un liquide ou avec les vaporisateurs à herbe sèche, sont également plus appropriées à l'expression sans détérioration des cannabinoïdes que le processus de combustion des joints fumés. "L’emploi d’un dispositif de vaporisation a pour avantage d’optimiser sa délivrance car la totalité de la molécule contenue dans l’e-liquide se retrouve dans la vapeur. Par comparaison avec des cigarettes au cannabis, seuls 30 à 50 % du contenu en cannabinoïdes de la plante (CBD et THC) accèdent aux voies respiratoires. Le reste est dégradé thermiquement au moment de la combustion", explique le dossier d'étude du Laboratoire Français du e-Liquide (lfel) sur le vapotage et le CBD. Cette meilleure préservation et disponibilité des principes actifs ainsi que l'évitement du sidetream permet d'avoir recours à beaucoup moins de substance pour un effet similaire. Au prix du gramme, ce n'est pas négligeable.

Extrait de Cannabis smoke condensate III: the cannabinoïd content of vaporised Cannabis Sativa
in Inhalation Toxicology, 2009; 21(13)
"La vaporisation permet une récupération optimale des principes actifs d'un très grand nombre de plantes et ce, en-dessous de la température de combustion [ndr. pyrolyse] de la cellulose qui est de 236°C", explique l'association Principes Actifs, dans sa brochure sur le sujet de la vaporisation pour réduire les risques chez les utilisateurs de cannabis thérapeutique. Les cannabinoïdes se vaporisent en dessous de 230°C:  157°C pour le THC, entre 180°C à 190°C pour le cannabidiol (CBD), de 190 à 212°C pour le cannabinol (CBN), etc.

La répression pousse aux risques

Les circonstances réglementaires sur le cannabis ont malheureusement inhibé les usages de moyens de réduction des risques et amené à enkyster la pratique du joint mélangé à du tabac fumé par près de 9/10e des consommateurs en Suisse et en France, selon la Global Drug Survey. En plus d'altérer et détruire en partie les principes actifs, le fait de fumer génère du monoxyde de carbone, qui squatte la place de l'oxygène dans le sang et asphyxie partiellement l'organisme, et des goudrons nocifs pour le système respiratoire.

Pourtant, les usagers de cannabis pour raisons thérapeutiques s'intéressent de longue date aux moyens alternatifs de le consommer. "Dès 1980 apparaissent des prototypes de vaporisateurs, mais il faut attendre l'an 2000 pour que soit commercialisé le premier des vaporisateurs de plantes médicinales: le Volcano", rappelle la brochure de Principes Actifs. Ce modèle a même été homologué par les services de santé allemand pour l'usage thérapeutique de cannabis, des études ayant montré une réduction de plus de 95% des toxiques dégagés par rapport au cannabis fumé.

Ces dernières années, des modèles beaucoup plus compacts et portables sont arrivés sur le marché. Il faut compter de 100 € à 300 € pour un modèle fiable. La possibilité de régler précisément la température de vaporisation permet une approche plus subtile de la consommation. "En effet, dès que l'on a des vaporisateurs équipés d'un variateur de températures fiable, il est possible d'obtenir des effets différents selon la température choisie", précise la brochure de Principes Actifs. Les dispositifs les plus récents permettent aussi de vaporiser des extraits concentrés (rosin, wax...) ou de la résine.

Système ingénieux fonctionnant sans électricité, le Vaponic est un double tube en verre qui permet de chauffer l'herbe au briquet  sans contact direct et ainsi éviter une trop forte chaleur. L'objet est fragile et implique une adaptation pour maîtriser le dosage de chaleur. Mais l'idée pourrait être porteuse dans certaines régions du monde où l'électricité est une ressource rare (et pourquoi pas avec du tabac..?).

Cannavaping

Eviter la combustion, le principe reste le même, mais la technique varie avec le vapotage. En place d'un courant d'air chaud vaporisant les principes actifs, c'est une résistance qui chauffe un liquide. En terme de réduction des toxiques en comparaison de la fumée, les résultats des deux techniques sont proches. L'élaboration des liquides peut suivre deux grandes voies: la dilution d'un concentré dans le liquide ou une forme de macération ensuite filtrée. La température assez basse, en relation avec le temps court d'une bouffée, du vapotage requiert une décarboxylation préalable, comme le montre l'étude menée par l'équipe de Vincent Varlet, de l'Université de Lausanne, publiée dans Nature.

Décarbo quoi ? 

A l'état végétal, les cannabinoïdes sous forme d'acides carboxyliques ne sont pas (ou très peu) bio-disponibles pour l'organisme humain. Pour bien les assimiler, un processus de décarboxylation doit les rendre actifs. Il s'agit de casser le groupe carboxyle COOH qui s'échappe en H₂O et CO₂. "La décarboxylation se produit naturellement avec le temps et la température, comme une fonction de séchage, mais on peut réduire la quantité de temps nécessaire considérablement en ajoutant davantage de chaleur", explique la brochure de Principes Actifs. Dans son étude, le Dr Varlet a procédé à une décarboxylation douce, laissant le concentré (BHO) durant 4 jours à 60°C, et une autre rapide en soumettant le concentré à un bain marie à 120°C durant 2 heures.

Varlet et al. Cannavaping in Nature

Aux yeux de Vincent Varlet, un des intérêts du vapotage pour le cannabis, qu'il nomme 'cannavaping', serait de pouvoir doser les différents cannabinoïdes de manière précise et régulière. Et évidemment d'éviter les toxiques liés à la combustion comme le montrent les mesures faites dans son étude. Pour sa recherche, l'équipe de l'Université de Lausanne a utilisé un concentré obtenu en extraction par le froid, dit Butane Hash Oil (BHO). L'extraction à chaud, dite rosin, est plus simple à mettre en oeuvre en do it yourself. Avec de l'herbe, le chauffage au bain-marie permet aussi de procéder à la décarboxylation.

Les producteurs de liquides au CBD sont nombreux à utiliser des isolats quasi purs de CBD sous forme de cristaux dissous dans le liquide. Une discussion existe sur la pertinence d'isolé un cannabinoïde des autres pour les effets bénéfiques. Shimon Ben-Shabat et Raphaël Mechoulam, chercheurs  israéliens à la pointe du domaine, expliquent dés 1998 que "l'effet d'entourage" crée une synergie entre les composants du cannabis. Dans cette lignée, certains producteurs, notamment en Suisse, préfèrent créer des liquides "full spectrum" à partir d'herbe légale à faible taux de THC mais contenant l'ensemble des phyto-cannabinoïdes et terpènes de la plante.

Dabbing

Inhaler directement des concentrés est une vieille pratique, qui réduit fortement le volume de substance inhalée. Cela se faisait avec du concentré, obtenu à l'époque par extraction à l'alcool, posé sur une pointe de couteau chauffé et sous un verre sur le rebord d'une table. Il suffisait ensuite d'inhaler l'aérosol vaporisé sous le verre. Aujourd'hui des petites pipes à "dabbing" reproduisent le procédé. La méthode a le défaut d'être difficile à doser et produirait tout de même des toxiques si sa température n'est pas maîtrisée. Même si le volume est résolument moindre qu'avec un joint fumé. "Tant que l’on ne disposait que de clous en titane [pour les pipes à dabbing] qu’il fallait chauffer au chalumeau, la différence entre vaporisation et combustion n’était pas nette. On peut maintenant acheter des E-Nails, clous chauffés par électricité et à température réglable et stable. Les utilisateurs ayant des notions de réduction des risques (RDR) utiliseront ainsi un clou à chaleur réglable et choisiront la température correspondant à la vaporisation (soit 220°C 420°F)", explique le fanzine Psychoactif.

Sublinguale et transcutanée

En dehors de l'inhalation, les "huiles de soins", où un extrait de cannabis est mélangé à de l'huile généralement d'olive, permettent de les prendre en mettant quelques gouttes sous la langue ou sur la peau, notamment dans l'intérieur du poignet. L'assimilation est nettement plus rapide qu'en mangeant, mais moins qu'en inhalation. C'est une méthode très propre du point de vue réduction des risques et discrète. Le plaisir de l'inhalation est évidemment absent. Des patchs semblent également exister. 

Manger

Manger du cannabis, préparé après décarboxylation, évite tout dommage lié à l'inhalation. Mais ce mode d'administration comporte une particularité qui peut être un défaut, son temps d'assimilation. Les effets ne vont se déployer progressivement qu'à travers la digestion, ce qui peut prendre de 20 à 90 minutes. En cas de besoin rapide de l'effet, par exemple contre une douleur, c'est long. Il y a aussi le risque de mal évaluer le dosage à "l'aveugle". Enfin, les effets perdurent nettement plus longtemps, ce qui peut aussi être gênant selon son emploi du temps, ou intéressant selon l'effet recherché (par exemple antalgique pour des douleurs chroniques). Par ailleurs, l'ingestion n'est pas une voie d'assimilation très efficace en comparaison de l'inhalation. La biodisponibilité des cannabinoïdes est près de trois fois supérieure en inhalation de vaporisation que par ingestion.

L'accès aux moyens de réduction des risques est le premier pas pour éviter la fumée

La Ministre de la santé française peut donc se rassurer, les moyens existent pour consommer sans fumer le cannabis. La légalisation est une opportunité de diffuser l'information et faciliter l'usage des outils de réduction des risques évitant la combustion pour les millions d'usagers existants. Les Etats américains ayant légalisé l'herbe ont vue une augmentation de la proportion d'usage sans combustion. "Là où il est devenu légal aujourd’hui, le cannabis est plutôt consommé par vaporisation ou sous forme de produits alimentaires. On se soucie davantage de sa saveur ou de sa qualité, de savoir s’il est bio ou non", rapporte Ethan Nadelmann, de la Drug Policy Alliance, au journal le Temps à l'occasion d'une conférence en octobre 2017 à Genève. Encore faut-il que les autorités fassent l'effort de diffuser l'information au public. Ce qui n'est pas encore le cas en Suisse, et parait tenir de l'utopie en France.


Pour aller plus loin:
Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA): dossier contre la désinformation à propos du cannabis (mai 2017)

A Genève, l'association Alternative Verte, pour l'usage du cannabis pour raison thérapeutique, est en prise avec une répression incompréhensible des autorités qui soutenaient leur démarche avant de faire volte-face du jour au lendemain.

En Suisse, l'association Legalize it! espère porter au vote une initiative pour la légalisation du cannabis à plus de 1% de THC.

Principes Actifs est l'association des usagers de cannabis pour raisons thérapeutiques en France. Je les remercie chaleureusement de m'avoir envoyer leur deux brochures précises et synthétiques sur le sujet.

L'association NORML France (National Organization for the Reform of Marijuana Laws France) a un site très riche, avec notamment des pages sur la réduction des risques  

Le n°2 du fanzine Psychoactif a consacré un dossier sur les nouveaux moyens de consommer du cannabis. 

Le site du CIRC de Lyon, le Collectif d’Information et de Recherche Cannabique.

Le High Way Code spécial cannabis, le code de conduite de l’usager, a été établi à partir de la consultation des usagers de la Global Drug Survey

Un article de David Sweanor et Adam Houston sur l'importance d'intégrer la réduction des risques aux politiques sur le tabac et sur le cannabis. En anglais : Smoke’s negative effects should guide marijuana and tobacco policy

Drug vaping applied to cannabis: Is “Cannavaping” a therapeutic alternative to marijuana? - Vincent Varlet, Nicolas Concha-Lozano, Aurélie Berthet, Grégory Plateel, Bernard Favrat, Mariangela De Cesare, Estelle Lauer, Marc Augsburger, Aurélien Thomas & Christian Giroud, dans Nature - Scientific Reports volume 6 (2016)  https://doi.org/10.1038/srep25599

Le dossier d’étude: Vaporisateur personnel et CBD : un nouvel usage ? par la Dr Maud Mercury et Jérémy Sorin du Laboratoire français d'e-liquides (lfel)

Page listant les études scientifiques de la marque Storz & Bickel, producteur de vaporisateurs: https://www.vapormed.com/eu/fr/etudes/  

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vendredi 1 juin 2018

Défense du tabagisme: le gouvernement Grec interdit les liquides SANS nicotine ! [MàJ]

La Grèce a décidé d'interdire la vente de liquide de vapotage sans nicotine. Oui, sans nicotine. Cela ressemble à un canular douteux, dont je pourrais être l'auteur, mais non. Le gouvernement grec estime que la directive européenne (TPD) ne concerne que les liquides contenant de la nicotine, et que donc il peut interdire ceux n'en contenant pas. "L'interdiction de la cigarette électronique a été levée, avec la décision n° 4419/2016, uniquement à l'égard des produits de remplissage ou de tout autre article
contenant de la nicotine, selon les concepts que la loi elle-même décrit. Par conséquent, il n'est pas permis d'offrir des cigarettes électroniques autres que celles avec nicotine, car elles ne répondent pas aux exigences spécificiées de l'article 2 § 2 de la loi 3730/2008", explique le Ministère de la santé grec dans sa décision du 22 mai (en page 4 - notre traduction sous réserve). 

Les liquide de vapotage, en dehors de la nicotine, sont constitués de produits utilisés massivement dans l'alimentaire et la pharmaceutique: le propylène glycol, la glycérine végétale et les arômes. Cependant tous les arômes alimentaires ne sont pas viables à la vaporisation. Paradoxalement, le gouvernement prend prétexte d'une soi-disant nécessité de "s'opposer à la diffusion du "mix and vape" et du "do it yourself" " - c'est-à-dire les liquides concentrés à diluer soi-même -, pour cette prohibition anti-vape non-nicotinée. Sic! Add 22h: La circulaire stipule également que les fabricants et importateurs grecs de produits de vapotage ont jusqu'au 15 juin pour envoyer les données des volumes annuel de ventes par marque et produit notifié au portail de l'UE. / Rappelons que la Grèce détient le record d'Europe de tabagisme avec plus de 33% de fumeurs quotidiens dans sa population adulte, selon les chiffres de l'Eurobaromètre 456 en 2017. Une consommation lucrative pour les caisses d'un Etat passablement endetté.

Première mondiale

Cette première mondiale d'une interdiction du vapotage sans nicotine a fait réagir Konstantinos Farsalinos, du Centre Onassis de cardiologie d'Athènes. "Même dans les pays qui interdisent le vapotage, cela ne s'applique qu'aux produits nicotinés, alors que les sans nicotine circulent normalement, comme en Australie, à Singapour et à Hong Kong. Cela signifie que quelqu'un qui n'a plus besoin de nicotine et qui utilise des liquides à zéro devra recommencer à utiliser de la nicotine. Honnêtement, je ne sais pas si ceux qui ont pris la décision ont compris ce qu'ils ont décidé», déplore le spécialiste grec de renommée mondiale sur la question.



dimanche 13 mai 2018

Inde: l'Etat du Jammu-Cachemire décrète l'interdiction de l'usage de vape

Jeudi 10 mai, l'Etat du Jammu & Cachemire a décrété l'interdiction totale du vapotage avec effet immédiat. Les produits de vapotage sont non seulement interdits à la vente, mais les usagers en possédant et a fortiori les utilisant sont passibles de poursuites en justice désormais dans l'Etat d'environ 12 millions d'habitants à l'extrême nord du pays. Ahmed Khan, le Commissaire du Cachemire qui a signé l'ordre de prohibition complète, justifie celui-ci par des hoax. "Le vapotage expose les poumons au dicethyl [faute dans l'original], qui peut causer la maladie du "pop-corn des poumons", une atteinte sévère et irréversible au poumon", précise l'ordre officiel de l'Etat du Cachemire qu'il signe en reprenant à son compte le hoax de la presse à scandale de bas étage. 

Des hoax en guise de justification

Le fonctionnaire évoque également les risques liés à la consommation de nicotine supposés pour les foetus, sans pour autant signer un ordre similaire contre les produits de tabac ou les autres (nombreux) produits contenant de la nicotine. Enfin, il invente que les adolescents européens seraient amenés à fumer à cause du vapotage, un effet "passerelle" que les monitorages sérieux écartent dans les faits. Le plus grand suivi jusqu'à maintenant concernant les adolescents, le vapotage et le tabagisme, sur plus de 60'000 jeunes britanniques, ne montre aucun effet passerelle. Au contraire, l'essor du vapotage a fait plongé dans son sillage le tabagisme des jeunes anglais (18-24 ans) de 7 points passant de 26% à 19% entre 2010 et 2016.

Autrement dit, le bureaucrate Ahmed Khan raconte n'importe quoi pour justifier son interdiction totale du vapotage. L'Association des Vapoteurs Indiens (AVI) a interpellé Mehbooba Mufti, Ministre en chef du Jammu & Cachemire, sur cette décision. Sans réponse semble t-il. L'association de défense des droits des usagers va probablement tenter d'intervenir au niveau légal pour s'opposer à cette criminalisation des personnes ayant arrêté de fumer en passant au vapotage, alors que le Cachemire compte 26,6% de consommateurs de tabac sous différentes formes selon la Global Adult Tobacco Survey (GATS) diffusée en 2016.

Violation des droits de l'homme encouragée par l'OMS

L'Inde est le troisième producteur mondial de tabac, derrière la Chine et le Zimbabwe. Cinq Etats indiens, principales zones de production de tabac, ont déjà interdit la vente de vape, un produit largement produit en Chine, grand voisin et rival de l'Inde. Jagdish Kaur, cadre indienne du bureau anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), avait lancé un appel à criminaliser les vapoteurs à l'exemple des juntes militaires Nord-Coréenne et Thaïlandaise en septembre 2017 dans l'Indian Journal of Public Health

A la lumière des ravages fait par cet appel en Asie (Singapour par exemple) en encourageant les politiques de répression contre les usagers de nicotine à risque réduit avec la vape, une absence de remise en cause par les délégations des pays démocratiques de la dérive contre les droits humain et son instrumentalisation par les intérêts tabagiques locaux du bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS lors de son sommet du 1er au 6 octobre à Genève serait incompréhensible et inexcusable.