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vendredi 9 novembre 2018

Un scanning de la couverture de presse mondiale sur le vapotage montre le grand décalage entre les journalistes et le public

Ils ont déniché 86'872 articles d'information traitant du vapotage depuis 2013. Une équipe de chercheurs américains du domaine de la santé publique a scanné plus de 100'000 sources en 23 langues provenant de 148 pays dans les archives de Google News, Bing News et des partages sur Twitter à partir de mots-clefs dans le registre du vapotage. De 8 articles publiés par jour en 2013, la moyenne de publications quotidiennes a bondi à 75 au premier semestre 2018. "Les informations données sont à la fois un marqueur de l'essor des ENDS [systèmes électroniques de délivrance de nicotine, acronyme utilisé par les auteurs pour parler de vapotage] et un vecteur de la manière dont les informations (et la désinformation) sont diffusées à propos des ENDS", estiment les auteurs de l'étude dirigée par John Ayers, de l'Université de San Diego, et publiée dans la revue Plos One

Une étude financée par le milliardaire anti-vape Michael Bloomberg

"Où les ENDS bénéficient-ils d'une couverture? Quelles problématiques émergent? Quelles stratégies réglementaires sont privilégiées? Le monitorage des médias d'information peuvent répondre à ces questions, et à bien d'autres encore", argumentent les auteurs. Financés par l'organisation de l'affairiste anti-vape Michael Bloomberg, ils ont analysé la provenance géographique, le sujet des reportages, la popularité des sujets dans le public, et le sentiment à propos du vapotage véhiculé par les articles.

La plupart des articles concernent les Etats-Unis avec 34% du total des publications, devant le Royaume-Uni (7%). Les articles de France sont très loin derrière symbolisant le peu de traitement du sujet au niveau francophone. La menace que fait peser la loi française contre l'information positive sur le vapotage jouant probablement un rôle dans ce mutisme.

Alarmisme contre arrêter de fumer

Le grand écart entre l'intérêt et l'orientation des journalistes et le public commence à se dévoiler avec les catégories des articles sur le vapotage. Les médias anglophones et francophones privilégient les informations d'avertissements contre le vapotage, devant les questions d'interdictions. Les sujets sur les prix viennent en troisième place dans ces régions, tandis qu'ils sont le centre d'intérêt premier dans les pays de l'est (Russie, Ukraine), en Inde et en Egypte.

Mais ces intérêts éditoriaux ne sont pas forcément ceux du public. Le principal sujet propulsant la popularité d'articles sur la vape est l'arrêt tabagique. "Il y a peu d'articles sur les ENDS centrés sur l'arrêt du tabac, mais ces articles ont le plus de chances d'être populaires, avec une probabilité de 13% de finir dans les 3 premiers déciles du classement de popularité", souligne la recherche. Dans la sphère francophone, les journalistes privilégient dans 30% des cas l'alarmisme, contre seulement 8% d'articles traitant de l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage. 

Le double d'articles négatifs que positifs

Une accentuation de la faible popularité des sujets de prédilection des journalistes est peut-être à chercher dans l'orientation qu'ils impriment à leurs articles. En analysant des marqueurs de sentiment exprimés par les registres sémantiques, les chercheurs notent que "très peu d'articles (17%) expriment des sentiments positifs, et seuls environ 1% sont fortement positifs". Selon l'analyse des chercheurs, le double d'articles expriment une orientation négative (39%), voire très négative (2%). Parmi les 44% d'articles classés comme neutres, on peut noter que ceux utilisant un registre très légèrement négatif sont plus de quatre fois plus nombreux que ceux très légèrement positifs.
La provenance géographique ne semble pas jouer de rôle sur l'orientation positive ou négative des articles. "Cependant, les articles sur l'abandon du tabac et les prix étaient généralement plus positifs que les articles ayant d’autres sujets", remarque l'étude publiée dans Plos One.

La césure avec le public 

"Nos résultats mettent en évidence plusieurs déconnexions entre les priorités de la communauté scientifique et les domaines de préoccupation potentiels du public", concluent les auteurs. Ils déplorent que les journalistes ne traitent pas suffisamment à leur goût du projet d'interdiction des arômes de vapotage. "De plus, les articles les plus populaires concernent comment arrêter de fumer, alors que ces articles contiennent plus de représentations positives que d’autres articles sur les ENDS", regrettent les auteurs, avant d'insister: "Bien que les études sur les ENDS comme aide à l'arrêt tabagique restent limitées et controversées dans le monde universitaire, le public semble désirer en apprendre davantage et les rédacteurs discutent souvent de manière positive de l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage".

samedi 3 novembre 2018

[Bref] Les astuces pratiques pour passer au vapotage et arrêter de fumer des britanniques

"Staying switched". Les 'conseils pour les néo-vapoteurs de la part d'anciens' est le fruit d'une collaboration entre professionnels de santé et vapoteurs anglais. Le tract double-face (voir plus bas), publié par le Centre national de formation à l'abandon du tabagisme (NCSCT), est issu de l'expérience des usagers de la New Nicotine Alliance (NNA) ainsi que des études des chercheurs de l’Université d’East Anglia (IEA) et du Cancer Research UK (CRUK). "Rappelez-vous qu'en arrêtant de fumer, vous faites la meilleure chose possible pour votre santé. Vapoter n'est pas tricher. C'est une alternative beaucoup plus sûre que de fumer".

Nicotine & fun sans fumée

Le flyer couleur, qui sera distribué dans tout le Royaume-Uni, liste les conseils pour bien démarrer avec le vapotage et arrêter "pour de bon" de fumer:
  • Trouver le bon appareil
  • S'amuser à essayer des arômes de vape: "Ils aident à faire perdre le goût des cigarettes moins attrayant"
  • Face au manque, ne pas hésiter à utiliser un liquide plus concentré en nicotine
  • Ne pas s'inquiéter de vapoter fréquemment: "Les recherches montrent que les usagers auto-régulent leur niveau de nicotine sans devenir plus dépendant qu'en fumant"
  • Lors de sorties en soirée ou d'événements excitants, ne pas hésiter à utiliser un liquide plus dosé en nicotine pour éviter une envie de cigarette
  • Avoir un appareil de secours pour éviter de se retrouver en rade en cas de problème technique

Ne vous flagellez pas si vous trébuchez

Manquent peut-être le rappel de boire suffisamment d'eau pour éviter la sécheresse, et parfois un léger mal de tête, liée à la capture de l'humidité par le vapotage, ainsi que les plages de puissances correctes, entre 3,5 et 4,5 volts, pour éviter de surchauffer le liquide. Les conseils techniques sont laissés à l'initiation en magasin spécialisé.

Pour ceux qui trébuchent et fument quelques cigarettes, "ne vous flagellez pas". Les recherches montrent que cela ne se traduit pas systématiquement par une rechute. "Augmentez votre nicotine, essayez une nouvelle saveur ou offrez-vous un nouveau gadget", encouragent les auteurs.

Concernant la question d'arrêter le vapotage, "cela doit être votre décision - pas celle de quelqu'un d'autre". La fiche d'information de santé rappelle "qu'inhaler de la nicotine en vaporisant du e-liquide est beaucoup plus sûr que l'inhalation de fumée de tabac".

Qui va piano, va sano

Pour les vapoteurs voulant réduire leur consommation de nicotine, la devise "qui va piano, va sano" s'impose.  "Réduire trop rapidement votre taux de nicotine vous rend plus vulnérable aux envies de fumer". Au cas d'arrêt du vapotage, garder une vaporette de secours: "Il est préférable de recommencer de vapoter que de fumer".

Pour plus d'aide, le flyer invite à aller voir au magasin de vape spécialisé et de contacter le centre stop-tabac local. Enfin, "si vous n'êtes pas en mesure de vapoter, prenez en considération des alternatives nicotinées telles que les patchs, les gommes ou les sprays".


mardi 16 octobre 2018

[Bref] Suisse: Les HUG recherchent des fumeurs motivés à arrêter pour l'étude sur le vapotage

"Nous recherchons des personnes âgées de 18 ans ou plus qui fument 5 cigarettes ou plus par jour dans les 12 derniers mois, qui sont motivé(e)s à arrêter de fumer et qui résident en Suisse". Dans le cadre de l'étude clinique ESTxENDS, qui va mesurer l'efficacité, la sécurité et la toxicologie du vapotage pour faciliter l'arrêt du tabac, les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) lance cet appel à participants (voir plus bas). 

L'étude se déroule sur six mois, avec deux visites cliniques d'environ une heure, et des entretiens téléphoniques réguliers pour soutenir et conseiller les participants. Par tirage au sort, la moitié recevra une vaporette avec des liquides nicotinés (choix parmi quelques goût et taux de nicotine proposés), tandis que l'autre moitié ne recevra que les conseils et soutiens à l'aide à l'arrêt. Ce groupe aura une petite compensation financière pour son suivi à la fin des six mois de 30 Fs, à défaut d'avoir eu une vaporette.

L'équipe de l'étude menée sur Genève par le Dr Jean-Paul Humair, du Service de Médecine de Premier Recours des HUG, peut être contactée par mail à  etudetabac@hcuge.ch ou au : +41(0) 79 553 09 44. Si vous connaissez des fumeurs susceptibles d'être intéressés et motivés dans la région, faites leur passer le mot...

vendredi 7 septembre 2018

[bref] La nicotine en patch semble améliorer la dépression des personnes âgées selon une étude pilote

Une étude pilote a suivi 15 personnes, âgées de plus de 60 ans souffrant d'un trouble dépressif majeur, qui ont utilisé des patchs de nicotine dosés jusqu'à 21 mg chaque jour pendant 12 semaines. Publiée dans le Journal of Clinical Psychiatry la semaine dernière, la recherche du Vanderbilt University Medical Center se montre encourageante. 13 des 15 participants ont eu une bonne réponse clinique avec une amélioration de leur état, dont 8 ont complètement guéri de leur dépression. "Dans l’ensemble, presque tout le monde a montré une amélioration de son humeur. Nous avons observé une amélioration, que le patch ait été ajouté à un antidépresseur ou utilisé seul", explique le Pr Warren Taylor, professeur de psychiatrie à l'Université située à Nashville (USA). 

Des amélioration constatées après 3 semaines

Des améliorations ont été constatées dés la troisième semaine, et les épisodes d'apathie et de ruminations se sont réduits chez les patients. "Cependant, les améliorations de la mémoire sont moins claires. Nous avons vu des changements dans les mesures de test isolées, mais pas un changement aussi net que pour l'humeur", poursuit le chercheur. 

La dépression "tardive" chez les personnes âgées se caractérise par une faible réponse aux médicaments antidépresseurs et souvent par des problèmes de mémoire. "Environ la moitié des personnes traitées pour une dépression tardive ne répondent pas aux traitements initiaux", précise l'article de la Vanderbilt University sur l'étude. Jusqu'ici des petits essais ont montré des effets positifs des patchs de nicotine chez des adultes non-fumeurs en dépression, précise le site universitaire. 

Il reste beaucoup d'inconnus sur le sujet

"Dans certains cas de personnes âgées en dépression, même avec un traitement antidépresseur efficace, la mémoire peut continuer à s'aggraver et à évoluer vers la maladie d'Alzheimer ou un autre type de démence. Nous cherchons un traitement qui pourrait aider à la fois la dépression et la mémoire", explique le Pr Warren Taylor. 

Cependant, il avertit que les personnes souffrant de dépression ne devraient pas commencer à s'auto-médicamenter avec des patchs à la nicotine et encore moins des cigarettes. "Les patchs se trouvent dans le commerce, mais il reste beaucoup de questions. Nous devons voir s'ils sont vraiment bons, s'ils aident les gens sur le long terme et quels sont les risques que nous ne connaissons pas. Nous pensons que les patchs peuvent être plus sûrs que les cigarettes, mais nous ne savons pas ce qui se passe lorsque les non-fumeurs les utilisent à long terme. Et ça va prendre du temps".

Le Dr Paul Newhouse, co-auteur de l'étude en question, avait présenté ses recherches cet été au Global Forum on Nicotine de Varsovie:


lundi 3 septembre 2018

[bref] Arrêter de fumer à l'aide de la vape: la plus grande étude clinique au monde a démarré en Suisse

L'émission d'actualité 10 vor 10 de la télévision suisse-alémanique (SRF) l'a annoncé ce 31 août. La plus vaste étude sur l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage à ce jour est lancée en Suisse. Depuis juillet, les premiers volontaires sont reçus à l'Institut de médecine de premiers recours de Berne. A l'automne, des romands commenceront. En tout, plus de 1'200 fumeurs volontaires tentant d'arrêter de fumer seront suivis durant six mois. L'étude ESTxENDS - pour Efficacy, Safety and Toxicology of Electronic Nicotine Delivery Systems -  va comparer un groupe "témoin", recevant des conseils de professionnels de santé, aux participants munis d'une vapoteuse rechargeable, de liquides nicotinés et également conseillés. Des check-up et des analyses de sang et d'urines traceront l'évolution des niveaux toxicologiques des différents participants sur la durée. "De plus en plus de patients passent de la cigarette au vapotage", déclare le Dr Reto Auer, qui avait présenté le projet d'étude à la dernière VapeCon de Bienne en mai dernier.

Etude indépendante

Le professeur de médecine familiale a lancé l'étude pour lever les doutes sur deux aspects. "Actuellement, comme médecins généralistes, nous pouvons difficilement donner des réponses précises à nos patients sur la dangerosité du vapotage et sa capacité pour aider à arrêter de fumer. Nous voulons examiner cela attentivement", explique le Dr Reto Auer au micro de la SRF. Les résultats de l'étude, financée par le Fonds national Suisse de la recherche scientifique (FNS) en toute indépendance des industries du tabac et de la pharmaceutique, devraient être publiés d'ici deux ans. De son côté, le Dr Karl Klinger semble vouloir nier le principe même de la réduction des risques qui pourrait être mesurée sur les vapoteurs ayant arrêté de fumer dans l'étude.

La fin de la prohibition amène des fumeurs au vapotage

En parallèle à cette recherche scientifique, 10 vor 10 fait état de l'essor rapide du vapotage en Suisse depuis la fin de la prohibition de vente des liquides nicotinés. Au printemps, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a invalidé cette mesure arbitraire et infondée de l'administration. "Comme les liquides contenant de la nicotine sont désormais légaux, de nouveaux clients osent venir. La stigmatisation de la clandestinité s'est envolée", explique Tiziana Puppo, du magasin Vape-Heaven d'Uster dans le canton de Zurich. 

Le Dr Reto Auer le 19 mai 2018 à Bienne sur l'étude ESTxENDS:


jeudi 30 août 2018

Vape et crise cardiaque: une nouvelle Glantzerie reprise par les médias de caniveau

"Avez-vous déjà eu les cheveux mouillés? Avez-vous déjà utilisé, ne serait-ce qu'une fois dans votre vie, un sèche-cheveux?" Si vous répondez oui à ces deux questions, faut-il en déduire que les sèche-cheveux provoquent les cheveux mouillés? A juste titre, cela parait absurde. C'est pourtant une inférence similaire entre vapotage et infarctus que fait le "professeur" Stanton Glantz, ingénieur en aviation reconverti dans la lutte anti-tabac à l'Université de San-Francisco (UCSF). Publiée dans l'American Journal of Preventive Medicine (AJPM) et reprise un peu partout par les médias mainstreams, son "étude" affirme que vapoter augmente par deux le risque d'avoir eu un infarctus. 

Vapoter peut-il causer un infarctus survenu dix ans avant ?

Pourtant, l'infarctus des personnes enquêtées peut avoir eu lieu avant tout vapotage de leur part. Les données de l'enquête nationale de santé américaine (NHIS) des années 2014 et 2016 ont été traitées en suivant une erreur entre corrélation et causalité du niveau qu'un étudiant de première année apprend à éviter. L'équipe de Stanton Glantz a simplement croisé les réponses de l'enquête NHIS aux questions: "Un médecin vous a t-il déjà dit que vous avez eu un infarctus?", "Avez-vous déjà utilisé ne serait-ce qu'une fois, une e-cigarette?" et si oui "l'utilisez-vous quotidiennement, parfois ou plus du tout?"

Si le questionnaire permet de recouper les utilisateurs actuels et les anciens vapoteurs, il ne permet absolument pas de savoir quand le problème cardiaque est survenu dans la vie des enquêtés. Avant ou après qu'ils soient passé au vapotage, on n'en sait rien. Même s'il est survenu après leur passage à la vape, rien ne permet de dire que ce ne serait pas une conséquence de leur tabagisme précédent, dont l'impact sur les problèmes cardiaques est établi. 

"Il est difficile de savoir comment l’utilisation de cigarettes électroniques à court terme pourrait avoir les mêmes effets sur la santé que le fait de fumer des cigarettes pendant dix ans. Une manière plus efficace et plus appropriée de déterminer si le vapotage augmente le risque de crise cardiaque serait de suivre des utilisateurs n’ayant jamais fumé à long terme pour établir la séquence des événements et déterminer s’il existe un risque indépendant du tabagisme actuel ou passé. Malheureusement, cela n’a pas été fait ici", commente le Pr Lion Shahab, de l'University College de Londres sur le Science Media Centre et repris en français par le fil d'actu de la Fivape.

Y a t-il un risque d'épidémie de Glantzing chez les jeunes?

Pourtant, sans aucune précaution, Stanton Glantz affirme à la presse que l'étude prouve que le vapotage augmente le risque cardiaque. Aucun média n'a tenu compte des critiques des scientifiques, déjà faites en mars et renouvelée à présent, à ce torchon. C'est ce qu'on appelle dans le domaine une "glantzerie", ou chez les anglophones du "glantzing", action de manipuler des chiffres pour servir un discours prédéterminé. Que Stanton Glantz, poursuivi par ailleurs pour discriminations racistes, harcèlements sexuels et fraudes académiques par des étudiantes d'une quarantaine d'années ses cadettes, soit un faussaire n'est plus une surprise. Qu'une revue publie un papier aussi grossièrement ridicule et que les journalistes reprennent comme des poules sans tête cette énormité est toujours aussi affligeant. 

mardi 7 août 2018

Karl Fagerström teste la dépendance à différents produits de nicotine et au café des suédois

En s'inspirant de son fameux test de dépendance à la cigarette - traduit en français par UnAirNeuf.org -, le Dr Karl Fagerström a tenté de comparer les niveaux de dépendance chez des utilisateurs de différents produits de nicotine et du café. Le vapotage devait faire partie de l'enquête, mais sa prévalence d'usage quotidien était si faible (0,6%) parmi les 3'001 suédois interrogés par le cabinet Ipsos que le scientifique a préféré écarter l'échantillon trop faible pour être statistiquement fiable et pertinent. Aucune question n'a été demandée sur les autres produits caféinés (sodas p.ex.) que la café.  Dans les réponses retenues, l'utilisation quotidienne est de 9,9% pour le Snus, 6,8% de fumeurs de cigarettes, 1,5% de consommateurs de produits de remplacement de nicotine (gommes nicotinées et/ou patchs) tandis que 71% du panel de suédois boivent chaque jour du café. 

La cigarette et le snus plus dépendogènes que le café et les nicorettes

"Les indicateurs de dépendance utilisés ont tous été tirés du test de Fagerstrom pour la dépendance à la cigarette, sauf en ce qui concerne la difficulté d’arrêter les habitudes liées au tabac et au café", précise l'article publié ce 30 juillet en accès libre dans l'International Journal of Environnemental Research on Public Health (IJERPH). Indice de tabagisme lourd (HSI), utilisation dans les 30 minutes après le réveil, estimer importante la première utilisation et affirmer qu'il serait très difficile d'arrêter complètement l'usage ont été les facteurs pris en compte.

Signe que le café est moins dépendogène que les produits nicotinés, "beaucoup moins de buveurs de café ont commencé à utiliser le produit dans les 30 mn suivant leur réveil que tous les autres produits", précise le scientifique, dont la recherche a reçu le soutien financier de la Commission Snus. Mais l'importance aux yeux des consommateurs de la première utilisation de la journée place le café (67%) et la cigarette (65%) au-dessus du snus (55%) et des produits nicotinés (46%). En terme de dépendance forte au tabac, l'indice HSI montre une dépendance similaire entre fumeurs de cigarettes et utilisateurs de Snus. Globalement, les sondés suédois montrent une dépendance plus faible au café qu'aux produits du tabac. L'auto-évaluation de la difficulté d'un sevrage du produit indique que 36% des fumeurs et 34% des usagers de snus pensent qu'il serait très difficile d'arrêter, contre 21% des consommateurs de produits nicotinés et 18% des buveurs de café.

En Suède, plus de caféïnomanes que de nicotinomanes

"De manière surprenante, il peut y avoir plus d’utilisateurs de café fortement dépendants que d'utilisateurs de produits de tabac ou nicotine dans la population générale, en raison du nombre beaucoup plus élevé d’utilisateurs de café (2139 buveurs de café contre 545 usagers de produits de tabac ou de nicotine sur les 3001 sondés)", souligne le chercheur. Les résultats soulèvent une question de fond sur les objectifs de santé publique, que le Dr Karl Fagerström avait déjà évoqué dans un article pour le bulletin de l'association Sovape en mai.

Problème de santé ou problème moral?

"Si une proportion significative de la population dépendante du café n'est pas considérée comme problématique, pourquoi notre vision est-elle si différente concernant la nicotine?", interroge ouvertement le Dr Fagerström. Avant de livrer: "Probablement parce que traditionnellement la consommation de nicotine a été faite avec du tabac fumé, avec les conséquences négatives sur la santé bien connues. Mais à quel point la dépendance au snus et aux produits de remplacement nicotinés, avec une fraction des dangers de la cigarette, est-elle problématique?"


mardi 31 juillet 2018

Etude: les 39% de fumeurs aborigènes victimes de la prohibition du vapotage en Australie

En Australie, 39% des aborigènes et indigènes du détroit de Torres adultes fument. Près de 2,8 fois la moyenne globale en Australie en 2014. Pourtant, près de 70% des fumeurs aborigènes veulent et ont déjà tenté d'arrêter, une volonté similaire à la moyenne générale des fumeurs de l'île. Une équipe de chercheurs s'est intéressé à évaluer les usages et la connaissance du vapotage à travers l'enquête Talking about smokes ayant interviewé près de 1'300 aborigènes entre 2013 et 2014. "Moins d'aborigènes et d'insulaires du détroit de Torres ont essayé le vapotage que la moyenne des fumeurs australiens (21% contre 30%). En partie parce que moins de fumeurs aborigènes ont entendu parler de vape. Ils sont aussi beaucoup moins à reconnaître que vapoter est moins nocif que fumer (22% contre 50%)", résume l'étude publiée dans Nicotine & Tobacco Research (NTR), la revue de l'Université d'Oxford. 

L'équipe menée par le Dr David Thomas, de la Menzies School Health Research, pointe la responsabilité de la prohibition de vente du vapotage nicotiné et de l'alarmisme entretenu par des leaders anti-tabac envers le vapotage en Australie. "Il y a une incompréhension considérable sur le risque relatif du vapotage par rapport à la cigarette conventionnelle, en partie à cause de l'environnement réglementaire très strict", soulignent les chercheurs. Ils évoquent une possible piste explicative complémentaire. "L'héritage du colonialisme et le racisme existant peuvent avoir alimenté une méfiance envers le vapotage, soupçonné d'être un autre produit introduit par les blancs pour rendre malades les aborigènes et générer des profits aux blancs", rapportent les chercheurs.

Donner un message plus clair sur la réduction des risques

L'enquête montre une corrélation entre l'expérience du vapotage chez les indigènes et le fait d'habiter dans une zone plus urbaine ou plus favorisée, pratiquant l'anglais à domicile et d'être plus jeune. Le fait de fumer au quotidien, d'avoir déjà essayé d'arrêter de fumer dans l'année écoulée, a fortiori par des tentatives avec substituts ou médicaments, et penser que la vape est moins nocive que la cigarette sont aussi associés positivement à l'expérimentation de vapotage. Autrement dit, le profil prédominant de l'aborigène expérimentateur de vape est celui d'un fumeur de moins de 35 ans disposé à quitter les cigarettes.

Cependant, l'enquête n'a demandé aux aborigènes que s'ils avaient déjà vapoté, mais pas s'ils vapotaient au moment de l'entretien. Il n'a pas été demandé non plus s'ils avaient utilisé de la nicotine dans leur liquide, signalent les chercheurs comme limites à leur recherche. Ils encouragent les dirigeants politiques, autorités sanitaires et professionnels de santé à "donner plus clairement le message que le vapotage est moins nocif que les cigarettes conventionnelles" et créer une réglementation en ce sens. Pour le moment, les élites font la sourde oreille aux appels à la réduction des risques. Au détriment des fumeurs, en particulier aborigènes.


dimanche 29 juillet 2018

Un communiqué de presse de l'IADR désinforme sur les résultats d'une étude sur la réduction des risques cancérigènes du vapotage

"Les vapoteurs exclusifs sont exposés à des niveaux de nitrosamines nettement plus bas que les utilisateurs des produits de tabac, en dépit d'exposition à la nicotine similaire". Les données sont claires dans le résumé de l'exposé de Benjamin Chaffee, de l'Université de San Francisco Californie, à la 96ème session de l'International Association for Dental Research (IADR) hier à Londres. Les taux de nitrosamines spécifiques au tabac (TSNA), connus pour être cancérigènes, sont très nettement plus bas chez les vapoteurs que chez les fumeurs et les autres utilisateurs de produits de tabac. Entre autres, le taux de NNAL (4-(methynitrosamino)-1-(3)-pyridyle-1-butanol) mesuré dans les urines des vapoteurs exclusifs était en moyenne de 4-pg/mg [variant de 2 à 9], contre 286-pg/mg chez les fumeurs exclusifs, et atteignant 869-pg/mg [variant de 411 à 1632] chez les usagers de produits de tabac oraux américains.

Le communiqué de presse contredit les résultats de l'étude

Pourtant, Elise Bender, chargée de comm' de l'Association international de recherche dentaire, a divulgué un communiqué de presse dont le titre affirme l'exact inverse: "L'usage d'e-cigarette et de produits du tabac lié à une augmentation du risque de cancer oral". En évitant soigneusement de citer les données de l'étude sur 6'241 participants qui montrent que les vapoteurs ont des niveaux urinaires de TSNA jusqu'à plusieurs centaines de fois moindres que les consommateurs de tabac. "Le titre de ce communiqué de presse contredit directement les résultats de cette étude. L'étude n'a pas trouvé chez les vapoteurs de niveaux de cancérigènes indiquant un risque de cancer", réagit le Pr Peter Hajek, de l'Université Queens Mary de Londres. "Le titre aurait du être "les produits du tabac mais pas les e-cigarettes sont liés à des risques de cancer" "

Taux de nitrosamines des vapoteurs similaires à des non-fumeurs

Sur la page du Science Media Centre, le Pr Peter Hajek précise que les taux mesurés chez les vapoteurs sont approximativement ceux détectés habituellement chez des non-fumeurs. Même si le résumé de l'étude, qui n'a pas encore été publiée, ne livre pas les niveaux mesurés chez les non-fumeurs. "Sans accès à l'étude évaluée par les pairs, il est difficile de mettre ces résultats en contexte", explique le Pr Paul Aveyard, de l'Université d'Oxford. L'étude semble avoir classé comme vapoteur toute personne déclarant avoir utilisé une vaporette au cours des 30 derniers jours, quelque soit la fréquence d'usage. "Le niveau de vapotage qui consiste simplement à essayer ne devrait pas réduire l'exposition aux substances cancérigènes du tabac", souligne le professeur de médecine comportementale. Selon le résumé de l'exposé de Benjamin Chaffee, 72% des usagers de vapotage du panel étaient aussi consommateurs de tabac, contre 28% de vapoteurs exclusifs. 

"Cesser totalement de fumer aussi vite que possible"

Le Pr Paul Aveyard rejoint le Pr Peter Hajek sur le caractère très rassurant des résultats pour les vapoteurs exclusifs. "L'étude montre que les personnes qui utilisent du tabac, qu'il soit oral ou fumé, présentent des niveaux élevés de cancérogènes, alors que les personnes qui utilisent des vaporettes, qui sont sans tabac, ont des niveaux très bas. Ce qui est très rassurant pour les gens qui vapotent", souligne t-il. Cependant, le cas des double-usagers, qui vapotent et fument encore, est sensiblement moins rassurant. "Les personnes qui vapotent et fument ont des niveaux de cancérogènes similaires aux fumeurs", précise le Pr Paul Aveyard.

Le Dr Ed Stephens, auteur d'une méta-analyse sur les risques cancérigènes comparés entre fumer et vapoter, insiste sur l'effet de tromperie du communiqué de presse et l'importance d'informer sur les risques de conserver une consommation de tabac. "En résumé, le fait de ne pas clarifier dans le communiqué de presse la catégorie des double usagers vapotage et tabac désinforme sur les résultats en laissant entendre que le vapotage seul comporte un risque de cancer de la bouche comparable au tabagisme. Les données ne corroborent pas cette conclusion, au contraire elles montrent clairement que les vapoteurs qui ne fument plus ont un risque beaucoup plus faible de cancer buccal lié aux TSNA que ceux qui combinent le vapotage avec le tabagisme. Le message pour les fumeurs qui prennent le vapotage pour des raisons de santé est très clair - cesser de fumer tout à fait aussi vite que possible".



lundi 11 juin 2018

USA: le tabagisme adolescent continue de s'écrouler en 2017, tandis que le vapotage fréquent est minime selon les données de 2015

National Youth Tobacco Survey 2005 - 2017
Depuis 2011, le tabagisme adolescent a chuté de plus de moitié aux Etats-Unis. En 2017, les lycéens sont 7,6% à avoir fumé, ne serait-ce qu'une bouffée, dans les trente jours précédents l'enquête National Youth Tobacco Survey (NYTS), contre 16% six ans auparavant. Dans la même période, le vapotage, selon un critère équivalent d'usage, a pris son envol passant de moins de 2% en 2011 à 11,7% l'an passé. Mais contrairement à ce que l'hystérie médiatique contre la vaporette Juul laissait croire, ce taux est stable par rapport à 2016 (11,4%) et même nettement inférieur aux 15,8% de 2015. "Mais où sont donc passé les ados 'juulers' ?", ironise le site Vaping 360 à la lecture du rapport du Center of Disease Control (CDC) sur l'enquête NYTS. Chez les collégiens aussi, le tabagisme continue de chuter avec seulement 2,1% qui déclarent avoir fumé dans les trente jours précédents l'enquête. Tandis que le vapotage dans les trente derniers jours diminue à 3,3% en 2017, contre 4,3% en 2016. 

Présentation étrangement anxiogène

Cependant, la manière de présenter les résultats du CDC étonne. Puisque l'organisme non seulement assimile le fait de vapoter, y compris sans nicotine, à du tabagisme. Mais il prend surtout pour critère de fumer et de vapoter "couramment", la prise ne serait-ce qu'une bouffée dans les trente jours précédents l'enquête devenant ainsi, l'une ou l'autre, du tabagisme caractérisé. De plus, le CDC présente ses résultats en extrapolant les pourcentages de déclarations de son échantillon en nombres de jeunes à l'échelle nationale. Or, contrairement à ce qui est écrit dans son communiqué, le CDC n'a pas interrogé les "3,6 millions d'élève des collèges (middle school) et lycées (high school) qui déclarent être usagers courants de produits du tabac, y compris de produits de vapotage". En réalité, l'enquête porte sur un échantillon de 17'872 élèves en 2017. La sociologue canadienne Amelia Howard, de l'Université de Waterloo, a relevé cette incongruité dans une série de tweets.

1,7% de vapotage fréquent en 2015

Une présentation plus claire et honnête serait probablement moins anxiogène pour le public. Notamment sur le chapitre du vapotage, où des usages très différents sont masqués derrière le chiffre présenté de vapotage dans les trente derniers jours. Pourtant. ces données sont collectées par l'enquête NYTS. Sur celle de 2015, au moment du pic de consommation de vape annoncé par le CDC, une analyse plus détaillée des données, menée par le Dr Konstantinos Farsalinos, les Prs Riccardo Polosa et Venera Tomaselli, montre que seuls 1,1% des adolescents vapotaient au quotidien, 0,6% fréquemment (entre 20 et 30 fois dans le mois) et encore 1,1% entre 10 et 19 fois dans le mois. L'étude, en voie de publication dans l'American Journal of Preventive Medicine (AJPM), met aussi en relief que ce vapotage fréquent est très largement le fait de fumeurs ou ex-fumeurs.

K. Farsalinos, R. Polosa, V. Tomaselli dans American Journal of Preventive Medicine juin 2018

"Un non-fumeur qui essaie une seule bouffée de vape est massivement différent d'un vapotage quotidien. L'utilisation chaque jour, peut être potentiellement un problème, une seule bouffée est probablement juste de la curiosité et mérite à peine d'être mentionnée", souligne Lee Johnson, journaliste spécialisé du domaine, dans son compte-rendu de l'analyse. Parmi les lycéens n'ayant jamais fumé, seuls 0,3% vapotaient fréquemment. "Bien que l'augmentation récente de l'utilisation du vapotage à 30 jours chez les jeunes américains suscite des préoccupations raisonnables, les données présentées ici montrent que la majorité de cette consommation de vapotage est expérimentale ou peu fréquente, alors que l'utilisation régulière est minime chez les non-fumeurs", conclue l'étude publiée dans l'AJPM.

American Journal of Prventive Medicine juin 2018

Une vérité dérangeante pour le CDC

Lee Johnson pointe le problème de catégorisation des autorités américaines. "Le choix du CDC de définir "l'utilisation courante" comme tout vapotage au cours du mois passé, en ignorant complètement la fréquence d'utilisation, a contribué à beaucoup de confusion autour du sujet. Le vapotage est souvent dépeint comme une épidémie de toxicomanie et de comportements compulsifs, mais les données montrent qu'il s'agit principalement d'une épidémie d'expérimentation - mis à part dans le groupe à qui il bénéficie: les fumeurs réguliers", avant d'insister: "La vérité dérangeante pour le CDC est que si la plupart des vapoteurs réguliers sont des fumeurs et des ex-fumeurs - et c'est le cas - la hausse du vapotage peut être une bonne chose pour les adolescents de la même manière que cela l'est pour les adultes. Le vapotage est un allié de la santé publique, que la santé publique choisisse de l'accepter ou non".

lundi 21 mai 2018

Vapecon 2018: brefs retours sur les débats et des infos suisses sorties à l'occasion

Le Dr Reto Auer et le Pr Riccardo Polosa
Ce week-end s'est tenue la Vapecon au Palais des Congrès de Bienne. Le salon, plus petit que ses grands frères Vapexpo français ou Vapitaly, accueillait des conférenciers scientifiques de premier plan le samedi, tandis que le dimanche était réservé à une discussion sur la nouvelle situation post-prohibition en Suisse. Brefs retours malgré que j'y ai égaré mon bloc notes...

Le Pr Riccardo Polosa, de l'Université de Catania et membre de la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF), a présenté un ensemble de recherches sur les effets du vapotage. Les arrêts de la cigarette suivi d'une amélioration des problèmes respiratoires, y compris pour des personnes souffrant d'asthme, font partie des effets les plus saillants. Le Pr Konstantinos Farsalinos, de l'Université de Patras, a pour sa part décrypté les biais ou erreurs manifestes d'une série d'études alarmistes sur le vapotage. Erreur méthodologiques, dont celle des vaporettes poussées bien au-delà de la puissance d'utilisation prévue et courant pour le modèle de l'étude, ou énigmes sur la manière dont les résultats irréalistes ont été obtenus, étaient au menu d'un échantillon d'études erronées assez inquiétant concernant la qualité des publications scientifiques.

Une étude sur le sevrage à l'aide de la vape en Suisse

Pour sa part, le Pr Reto Auer, de l'Université de Berne, a présenté le projet d'étude clinique ESTxENDS (Efficacy, Safety and Toxicology on Electronic Nicotine Delivery Systems) qui va débuter dans les semaines à venir en Suisse. Plus de 1'200 fumeurs désirant arrêter de fumer vont être suivis, les uns utilisant des vaporettes et des liquides nicotinés en plus de conseils d'arrêt tabagique, les autres avec les seuls conseils, sur six mois. Des mesures toxicologiques évalueront l'évolution des niveaux de toxines présentes chez les participants au long de l'étude. [édité 24.05.2018] En teasing, on peut annoncer que plus de détails seront présentés dans un article pour le très prochain numéro du Bulletin de Sovape, auquel vous pouvez vous abonner gratuitement.

Sur nos monts

Le dimanche était consacré à la situation Suisse avec les représentants romands et suisse-allemands de la SVTA, l'organisation des professionnels de la vape, et de Helvetic Vape, l'association des usagers, modéré par Phil Scheck, le fameux revieweur Youtube. De part et d'autre, on se réjouit de l'abolition de la prohibition illégale de vente des liquides nicotinés après neuf ans de régime sec en Suisse. Pour autant, les contours de cette légalisation forcée par la justice ne sont pas encore clairs, l'administration n'ayant visiblement pas compris, ou n'ayant pas envie de comprendre, les termes même du jugement. 

Jugement avec effet immédiat pas encore appliqué !

Phil Scheck, Marc Szeemann, Olivier Théraulaz, Stefan Meile, Nicolas Michel
Bien que le verdict rendu le 24 avril s'applique avec effet immédiat, aucune directive ne semble encore avoir été donnée aux douanes qui ont bloqué certains colis de liquides nicotinés pour des professionnels, d'après des témoignages recueillis par la SVTA. Olivier Théraulaz, le président d'Helvetic Vape, a annoncé l'envoi imminent d'une lettre à l'administration pour avoir des précisions explicites concernant les dispositions prises pour respecter le rendu de justice. Les galimatias publiés sur le site de l'OSAV étant au mieux n'importe quoi, tant au niveau légal que sur les explications techniques qui frisent le ridicule [message aux débutants: ATTENTION, pour éviter un accident, ne suivez surtout pas les indications techniques des sites de l'OSAV et de l'OFSP !].

Une opportunité et un défi

Même si les détails adminsitratifs ne sont pas éclaircis, Nicolas Michel de la SVTA voit dans la légalité de vente des liquides nicotinés une opportunité de développement pour la vape mais aussi un défi pour les boutiques spécialisées dans le nouvel environnement qui va se mettre en place. Pour le vendeur lausannois, se reposer sur la niche commerciale des vapoteurs déjà convertis ne sera pas pérenne et impose aux boutiques d’affûter leurs conseils aux fumeurs pour sortir du tabagisme à l'aide du vapotage afin d'attirer et étendre la clientèle. Développer une culture de réduction des risques pour les boutiques en première ligne de l'aide à l'arrêt du tabagisme avec le vapotage, d'ors et déjà moyen le plus populaire utilisé pour cela par les fumeurs suisses, est la clef de développement de la branche.

Les risques du vapotage

Articuler des formations spécifiques, peut-être même avec les milieux de la santé, pourrait être un apport de premier choix dans cette perspective. Mais l'ombre d'une assimilation du vapotage au tabagisme dans la future Loi Tabac (LPTab), sur laquelle Helvetic Vape a fait une prise de position argumentée lors de la consultation publique, pourrait évidemment freiner un tel développement en restreignant massivement les possibilités de communiquer pour les professionnels de santé, de vape évidemment, mais aussi les usagers, notamment sur les réseaux sociaux. Cette assimilation interdirait aussi de fait de pouvoir tester, goûter et recevoir des instructions pratiques en boutiques par l'interdiction de vapoter dans les lieux publics, au même titre que le tabagisme. 

Une assimilation d'un produit sans combustion ni tabac au tabagisme dont la seule logique semble la défense du tabagisme, ou de ceux qui en vivent indirectement. Les opposants aux vapotage pourraient d'ailleurs prendre des initiatives au niveau des cantons pour restreindre le droit d'arrêter de fumer à son aide. Une première motion inquiétante en ce sens a été déposée au Grand Conseil vaudois en mars, sans avoir consulté les usagers ni les professionnels.

La salle a eu l'occasion de poser des questions aux intervenants dans des échanges stimulants. Il serait long de tout détailler ici. Surveillez la chaîne de Phil Scheck, si la prise de son le permet, il mettra des vidéos des conférences et débats. L'ambiance générale du salon était très sympa avec un bon panel de stands, de matériel et de liquides, notamment des découvertes locales. Mais des commentateurs plus calés que moi feront probablement des retours plus précis sur ce volet... 

Bonus track [Parental advisory explicit lyrics]

Un sujet du journal de la Télé locale Bielingue avec une brève apparition de votre dévoué ...


mercredi 9 mai 2018

[Bref] Le Pr Riccardo Polosa devient conseiller scientifique d'INNCO à titre gracieux

INNCO, le réseau international des organisations de consommateurs de produits nicotinés à risque réduit, annonce un renfort de marque. Le Pr Riccardo Polosa, directeur de l'Institut de médecine de l'Université de Catania en Italie, rejoint à titre de conseiller scientifique l'organisation d'usagers. "Nous lui sommes reconnaissants pour son soutien ainsi que son engagement à fournir une orientation durable et des conseils alors que nous continuons de développer INNCO comme ressource de défense mondiale pour les consommateurs de produits de nicotine alternatifs et ceux qui soutiennent notre mission de réduction des méfaits par l'éducation et le plaidoyer", annonce un communiqué de l'organisation aujourd'hui. 

Auteur de plus de 350 articles scientifiques sur la médecine respiratoire, l'immunologie clinique et la dépendance au tabac, il a mené plusieurs études sur le vapotage. Son article sur le suivi durant plus de 3,5 ans de vapoteurs sans passé tabagique publié en novembre dernier dans Nature - Scientific Report a été parmi le top 100 des articles scientifiques les plus lus au monde en 2017. Le Pr Polosa est déjà au comité scientifique de la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) et a participé à plusieurs rencontres internationales au sujet de la réduction des risques à l'aide du vapotage, comme les Ecig Summits à la Royal Society de Londres et le Global Forum on Nicotine (GFN) à Varsovie. Il sera aussi le 19 mai à la VapeCon de Bienne pour présenter ses derniers travaux.

"Le rôle de consultant scientifique qui m'a été confié me permet d'assister les associations de vapoteurs et de consommateurs dans leur grande bataille pour le droit à la santé. La possibilité d'utiliser des outils moins nocifs que le tabagisme conventionnel est une opportunité que nous, les scientifiques, devons évaluer, soutenir et promouvoir. Le vapotage est une révolution qui nécessite engagement et courage. Nous serons toujours là", déclare le Pr Polosa au site de la LIAF à propos de sa nomination.

Outre le conseil scientifique, le Pr Polosa pourrait aider l'organisation des usagers à être représentée par son entremise dans les grandes rencontres des organisations internationales, pour le moment impossible à accéder pour les usagers. "Initialement, le professeur Polosa assistera en co-représentant INNCO dans son engagement avec l'Alliance mondiale contre les maladies non-transmissibles (MNT) de l'Organisation des Nations-Unies (ONU) et d'autres organismes concernés. Communiquer de manière transparente avec l'Alliance mondiale contre les MNT et l'informer est un objectif important de l'INNCO dans le cadre des travaux de la réunion de haut niveau des Nations Unies sur les maladies non transmissibles qui se tiendra à New York le 26 septembre 2018. Cette réunion est d'une importance cruciale, avant la Conférence des Parties à la Convention-cadre de lutte anti-tabac (CCLAT) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) du 1er au 6 octobre à Genève", explique le communiqué de l'INNCO.


mardi 8 mai 2018

Conférences de K. Farsalinos, R. Polosa et R. Auer le 19 mai à la VapeCon de Bienne

Les professeurs Konstantinos Farsalinos et Riccardo Polosa, deux des scientifiques spécialistes du vapotage les plus renommés mondialement seront à Bienne le samedi 19 mai après-midi à la VapeCon. Dans la salle de conférence du Palais des congrès de Bienne, le Dr Reto Auer, chercheur à l'Université de Lausanne et de Berne, les accompagnera pour présenter sa prochaine étude de cohorte qui doit se dérouler en Suisse à partir de juin. Agendée à 13 h, les conférences seront en anglais avec une traduction simultanée en français et allemand, suivi d'un débat entre les trois scientifiques animé par Olivier Théraulaz, président de l'association Helvetic Vape.

Le Pr Konstantinos Farsalinos est chercheur au Centre de chirurgie cardiaque Onassis à Athènes et au département de pharmacologie de l'Université de Patras, en Grèce. Il a mené des dizaines d'études au sujet du vapotage, notamment sur sa cytotoxicité, les protocoles corrects d'évaluation des émanations de vapotage et des enquêtes sur les usages des vapoteurs. Il poste régulièrement des synthèses de ses recherches ou des réactions à des études sur son blog E-cigarette Research

Le Pr Riccardo Polosa dirige l'Institut de médecine interne et d'urgence et le Centre de recherche sur le tabac (CPCT) de l'Université de Catane en Italie. Auteur de plus de 250 articles et livres scientifiques sur la médecine respiratoire, l'immunologie clinique et la dépendance au tabac, le Pr Polosa et son équipe de recherche ont mené plusieurs essais cliniques sur le vapotage. Il est également du comité scientifique de la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF).

Le dimanche sur la Suisse

Comme précédemment annoncé, la conférence du dimanche après-midi de la VapeCon sera consacrée à exposer la situation pour le vapotage en Suisse avec Olivier Théraulaz, Marc Szeemann, respectivement président et secrétaire général de l'association Helvetic Vape, accompagnés de 'PhilGood' Scheck, célèbre reviewer en terre helvète.

VapeCon - samedi 19 et dimanche 20 mai 2018
au Palais des congrès CTS Biel, Rue centrale 60, 2501 Biel / Bienne

CONFÉRENCES:

Samedi: de 13h00 à 14h00 - Présentations des Prs K. Farsalinos, R. Polosa et R. Auer
En anglais avec interprétation simultanée français/allemand
de 15h30 à 16h30 - Débat entre les Prs K. Farsalinos, R. Polosa et R. Auer, animé par Olivier Théraulaz, président d'Helvetic Vape, avec questions du public.
En anglais avec interprétation simultanée français/allemand

Dimanche: de 14h00 à 15h00 Débat avec Philgood Scheck, Marc Szeemann et Olivier Théraulaz avec le public, en allemand et français sans interprétation.


dimanche 22 avril 2018

Etude clinique à Milan: 2,5 fois plus d'arrêts tabagiques réussis avec une vape peu ou pas nicotiné que sans rien

"Le vapotage a augmenté le taux d'arrêt, ainsi que la réduction du nombre de cigarettes quotidiennes des participants qui ont continué de fumer". La principale conclusion d'une équipe de l'Institut Européen d'Oncologie (IEO) de l'Université de Milan confirme, dans les conditions d'une étude clinique, le potentiel du vapotage pour aider au sevrage tabagique. L'étude, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, a sélectionné 210 fumeurs sur 550 postulants provenant du suivi COSMOS II (Continuous Observation of SMOking Subjects). 

European Institute of Oncology MilanoEtre fumeur d'au moins 10 cigarettes quotidiennes depuis plus de dix ans et être motivé à arrêter étaient notamment des critères pour participer au suivi de trois mois fin 2015. L'âge des participants était assez élevé avec une moyenne de plus de 62 ans. Un premier groupe a reçu une vapoteuse de type ego CE4 avec une fiole de liquide goût tabac nicotiné à 8 mg/ml, un second groupe la même vapoteuse avec des liquides sans nicotine et le troisième groupe témoin ne recevait rien de particulier. Tous les participants avaient un appel téléphonique mensuel d'une dizaine de minutes, où ils ont été invités à arrêter de fumer après la première semaine du suivi.

Consommation limitée de vapotage

Les chercheurs ont demandé aux participants des deux groupes vapoteurs de ne pas consommer plus d'un millilitre de liquide par jour. Avec en moyenne un peu moins de onze fioles consommées en trois mois (soit 1,2 ml/jour), les participants se sont tenus à cette consigne. Cette consommation réduite de nicotine peut expliquer la faible différence de résultats entre les deux groupes de vapoteurs (avec/sans nicotine), selon les chercheurs. On peut se demander si la plutôt faible concentration de nicotine des liquides associée à cette consigne n'ont pas conduit certains participants à ne pas réussir leur arrêt tabagique.

Au terme du suivi:
    le modèle utilisé par l'étude
  • 25,4% des utilisateurs de vapoteuses (Ego) avec une consommation limitée de liquides nicotinés (à 8mg/ml) n'avaient plus fumé depuis trois mois,
  • 23,4% des vapoteurs sans nicotine ont fait de même, ainsi que
  • 10,3% des participants n'ayant pas reçu de vapoteuse (et s'étant engagé à ne pas en utiliser ni une autre aide de type patchs ou gommes nicotinés). 

Plus de réduction de cigarettes avec la vape nicotinée

Les vapoteurs avec nicotine qui n'ont pas réussi à stopper de fumer, ont par contre plus nettement réduit leur consommation de cigarettes que les vapoteurs sans nicotine et le groupe témoin. D'une consommation initiale de plus de 19 cigarettes par jour, les vapoteurs avec nicotine ont réduit à 7,67 cigarettes tandis que les vapoteurs sans nicotine passaient à 9 et les 'sans vape' à un peu plus de 10 cigarettes quotidiennes.

Améliorations de l'état de santé

En Angleterre, l'information sur le vapotage pour l'arrêt tabagique est déjà intégréeLes chercheurs ont aussi questionné les participants sur leurs symptômes respiratoires. "Une réduction significative de tous les symptômes a été reportée, probablement en raison de la réduction de cigarettes quotidiennes fumées par la plupart des participants, indépendamment du groupe de l'étude", précisent t-ils. Environ 21,5% des participants signalent une diminution de la toux, 18,5% moins d'inflammation pulmonaire (catarrhe) et 14,5% une amélioration de la respiration. Concernant le groupe vapoteurs avec nicotine, 23% rapportent un effet indésirable de gorge irritée lors du premier mois. Mais après trois mois, cet effet secondaire n'est plus signalé que par 5,7% de ce groupe. 

Intégrer le vapotage aux guides sur les arrêts tabagiques

En conclusion, les auteurs suggèrent d'intégrer le vapotage à l'aide à l'arrêt tabagique. "Il pourrait être utile d'associer cet appareil à de nouveaux guides d'auto-soutien afin de permettre aux gens de mieux gérer les changements de comportement et les effets secondaires. Ceci est vrai pour les fumeurs prêts à arrêter (comme nos participants) mais peut aussi être avantageux pour les fumeurs moins motivés se trouvant en milieu clinique".

edit à 16h30 du titre pour le rendre plus clair. Merci à Michel pour la remarque ;)

dimanche 8 avril 2018

UCSF: nouvelle plainte contre le Pr Stanton Glantz pour harcèlement sexuel et discrimination raciste

Lundi 26 mars, une nouvelle plainte a été déposée devant la Cour Supérieure du Comté d'Alameda pour harcèlement sexuel, discrimination raciste et des fraudes académiques attenantes contre le Pr. Stanton Glantz, de l'Université de Californie San Francisco (UCSF). Cette fois-ci, la plaignante est une jeune femme d'origine amérindienne révèle le San Francisco Examiner. Après près de trois ans à travailler sous les ordres de Stanton Glantz au Center for Tobacco Control Research and Education (CTCRE) de l'UCSF, son contrat n'a pas été renouvellé en septembre. Tout comme dans une précédente affaire le concernant, le septuagénaire est accusé d'avoir multiplié les gestes et remarques déplacées, les violences verbales et traité de manière discriminatoire la chercheuse d'une quarantaine d'année sa cadette. 

Racisme opportuniste

Une enquête interne de l'Université, bouclée en décembre, confirme le harcèlement sexuel dont la chercheuse a été victime, mais sans examiner le sujet des discriminations racistes à son encontre. Pourtant, un collaborateur du CTCRE témoigne avoir entendu Stanton Glantz hurler à la chercheuse qu'il l'aurait "embauché uniquement parce [qu'elle est] amérindienne". Bien que la jeune femme détienne une expérience préalable de juriste pour un cabinet d'avocat, notamment dans un litige contre l'industrie du tabac. 

Selon la plaignante, Stanton Glantz a utilisé ses origines ethniques pour décrocher des budgets du National Institute of Health (NIH) réservés aux recherches impliquant les minorités amérindiennes. Après que le NIH ait accordé la subvention spéciale, la chercheuse a été "réaffectée à une autre tâche sans pouvoir participer aux projets de recherche prévus sur les politiques concernant les amérindiens", précise le journal californien.

Plagiat et inexactitudes dans les études

Lorsque la plaignante et une autre chercheuse, qui a aussi entamé des poursuites, ont signalé "des inexactitudes et du plagiat dans un article signé d'un autre chercheur sur le sujet des amérindiens, Stanton Glantz aurait été violent verbalement envers les deux femmes selon la plainte déposée", explique le San Francisco Examiner.

L'Université de Californie San Francisco (UCSF) se refuse à tout commentaire sur l'affaire. De son coté, le Pr Stanton Glantz renvoie à ses propres explications sur son blog datant de la précédente plainte en décembre. Il précise au San Francisco Examiner être la victime des deux femmes qui "se sont liguées depuis plus d'un an" contre lui.

Omerta

Le milieu académique, et en particulier le domaine du "tobacco control" - la lutte anti-tabac -, garde le silence sur cette affaire. Pour Carl Phillips, ancien professeur de santé publique écarté pour son soutien à la réduction des risques, cette omerta est un calcul politico-pécunier. Le budget annuel de la team de Stanton Glantz pèse plus de 20 millions $ et ses travaux ont permis de justifier de multiples hausses de taxes contre les fumeurs. Difficile d'imaginer le camp Démocrate torpiller un tel allié à travers les campagnes #MeToo dénonçant le harcèlement des femmes.

Une autre lecture des événements est livré par Dow Patten, l'avocat de la plaignante. Pour le juriste, ces poursuites découlent "d'une culture systémique tolérant le harcèlement sexuel et la discrimination à l'UCSF". L'avocat défend notamment une autre femme, infirmière au Centre de santé des femmes de l'Université, qui se dit victime de harcèlement sexuel, discrimination et de mesures de représailles de son supérieur et de ses collègues.

Le racisme BCBG des universités californiennes 

Ces déclarations font échos, sous l'angle du harcèlement raciste, à l'affaire du Dr Christian Head qui a défrayé la chronique californienne en 2012. Ce chirurgien, seul afro-américain engagé au département médical de l'Université de Californie de Los Angeles (UCLA), avait subi des humiliations à caractère raciste de sa hiérarchie, puis un harcèlement suite à ses plaintes. Une série de photomontages, dont l'un le montrant être sodomisé par un gorille, avait été projeté lors d'une soirée du département. Après qu'il se soit plaint, le photomontage avait été envoyé par mail à l'ensemble de ses collaborateurs. Réaffecté à un autre service, il a alors subit les représailles de sa supérieure Jessica Wang-Rodriguez. 

A bout, il a mis un terme à sa carrière universitaire. On peut voir la vidéo de son témoignage devant un comité du Congrès en 2014. Jessica Wang-Rodriguez a pu sans problème poursuivre sa carrière. Le monde académique californien étant petit, si ce n'est étriqué, on la retrouve à l'origine de la falsification de communication des résultats d'une recherche sur la viabilité de cellules épithéliales avec le vapotage. Ses mensonges avaient généré un buzz mondial alarmiste contre le vapotage durant les fêtes de fin d'année 2015, alors que l'étude montre une énorme réduction des dommages pour les cellules soumises au vapotage par rapport à la fumée de cigarette.

Sujet TV en 2012 sur l'affaire des harcèlements contre le Dr Christian Head à l'UCLA:


vendredi 16 mars 2018

Etude gag dans Plos-One: la vape ferait exploser le nombre de fumeurs même si la réalité montre l'inverse



Pénitence et châtiment contre les vapoteurs
Quand le réel ne correspond pas à ses attentes, le virtuel peut pallier aux fantasmes. L'équipe menée par Samir Soneji, démographe de l'Université de Dartmouth, a simulé selon le "modèle stochastique de Monte Carlo" l'impact sanitaire du vapotage sur la population. "Le modèle a estimé que 2'070 fumeurs de cigarettes âgés de 25 à 69 ans cesseraient de fumer en 2015 et resteraient abstinents pendant au moins 7 ans à partir de 2014. Le modèle a également estimé que 168'000 adolescents non fumeurs de 12 à 17 ans et de jeunes adultes âgés de 18 à 29 ans supplémentaires s'initieraient à fumer en 2015 et deviendraient éventuellement des fumeurs quotidiens de cigarettes entre 35 et 39 ans à travers l'usage d'e-cigarettes en 2014", résument les auteurs dans la revue PLoS-One. La balance entre risques et bénéfices est effrayante avec "1,55 millions d'années de vie perdus" pour la population, selon leur calcul. Les chercheurs en concluent donc que "l'utilisation de la cigarette électronique représente actuellement plus de préjudices que de bénéfices".

120 millions d'ados fumeurs sur 65 millions d'habitants selon cette simulation

Les conclusions reprisent telle quelle par le site francophone Pourquoi Docteur, qui montre décidément un certain talent pour dénicher les études les plus pourries méthodologiquement, a soulevé des doutes en Angleterre et en Allemagne. "Cette nouvelle "évaluation" est basée sur l'hypothèse bizarre que pour chaque fumeur qui utilise le vapotage pour arrêter, 80 non-fumeurs vont essayer de vapoter puis commencer de fumer. Cela va non seulement à l'encontre des données réelles disponibles, mais c'est aussi mathématiquement impossible. Rien qu'au Royaume-Uni, 1,5 million de fumeurs ont arrêté de fumer à l'aide du vapotage. La «modélisation» dans cet article suppose que nous aurions alors 120 millions jeunes devenus fumeurs [pour une population britannique totale d'un peu plus de 65 millons d'habitants]", pointe le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur le tabac à l'Université Queen Mary de Londres, sur le site du Science Media Center.

La réalité infirme les théories de la passerelleA l'origine de ces résultats extravagants se trouvent deux présupposés arbitraires des chercheurs américains. "Modéliser des données est dépendant de manière cruciale des hypothèses initiales. Les auteurs font des hypothèses très spéculatives ici, en particulier sur l'effet «passerelle» chez les adolescents. Ils supposent que le vapotage conduit à fumer. Le problème, c'est que toutes ces données proviennent d'études qui ne prouvent rien de ce genre, et ils ignorent la possibilité que le vapotage puisse en réalité détourner les jeunes du tabac", souligne le Dr Lion Shahab, épidémiologiste à l'Université College de Londres (UCL). Alors que dans le réel, le tabagisme des jeunes américains est en chute libre depuis l'essor de la vape, atteignant le plus bas taux jamais enregistré, cette étude aboutit à la conclusion virtuelle et surréaliste d'une explosion de tabagisme adolescent à cause de la vape.

La négation du réel

Le second présupposé américain est l'extrême faible taux d'arrêt tabagique à l'aide du vapotage. "À mon avis, le choix des études par les auteurs pour justifier l'impact de l'utilisation du vapotage sur les taux d'abandon est plutôt biaisé. Dans au moins un cas, ils ont utilisé un document dont la méthodologie a déjà été fortement critiquée", relève le Dr Lion Shahab. Pourtant des analyses américaines plus sérieuses existent. Le récent bulletin de l'association Sovape en présente une du Pr Brad Rodu, sous l'oeil du Dr Philippe Arvers, montrant que les fumeurs s'aidant du vapotage ont au moins 1,43 fois plus de chance de succès que ceux empruntant une autre méthode d'arrêt. Une analyse de Daniel Giovinco, de l'Université Colombia de New-York , évaluait à 52% des vapoteurs américains a avoir arrêté de fumer en 2014-2015, les années prises en compte par la simulation de l'équipe de Samir Soneji.

Une étude-catastrophe sans science

Mais le chercheur de l'Université de Dartmouth a préféré des hypothèses aboutissant  évaluer à 2'070 arrêts tabagiques à l'aide du vapotage. Dans le réel, ce sont au moins 3,5 millions d'américains qui ont arrêté de fumer à l'aide du vapotage sur les 8,9 millions d'usagers en 2016. "Si vous faites des suppositions, une approche beaucoup plus raisonnable serait de supposer que le vapotage est au moins aussi efficace que des patchs ou des gommes. C'est ce que montre la meilleure preuve provenant d'essais contrôlés randomisés. Malheureusement, les auteurs de cette étude ont modélisé en utilisant de fausses hypothèses. Sans surprise, ils ont fini avec de mauvaises conclusions", déplore le Dr Lion Shahab. "Ce modèle ne reflète que les suppositions fausses qui y sont formulées. Commencer avec les hypothèses opposées générerait le résultat inverse. Ce n'est pas une manière de faire de la recherche scientifique", renchérit le Pr Peter Hajek.

"Ces hypothèses sont critiquables", Dr Ute Mons du DKFZ

En Allemagne aussi, on se montre dubitatif face à cette publication de PLoS-One. "Les hypothèses de cette étude peuvent certainement être critiquées car elles sont extrêmement pessimistes", déclare la Dr Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ) connu pour ses fortes réticences au vapotage, à die Zeit. Même Saskia Gerhard, la journaliste allemande de Zeit Online, s'étonne des a priori et lacunes absurdes de la publication américaine. "Le vapotage est significativement moins nocif que les cigarettes. Cet avantage de passer au vapotage n'est pas pris en compte dans l'étude. Dans le calcul des années de vie gagnées par les ex-fumeurs, les chercheurs incluent seulement ceux qui ont aussi arrêté le vapotage", relève Saskia Gerhard, qui a pris le temps de lire l'étude contrairement à son homologue française de Pourquoi Docteur.