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samedi 1 août 2020

Économie de la santé : le tabagisme profite des taxes sur la vape dans les États américains

Les taxes sur la vape tuent. En repoussant les vapoteurs vers le tabagisme, elles augmentent le nombre de fumeurs de cigarettes. Publiée par le Journal of Risk and Uncertainty ce 24 juillet, la recherche menée par trois économistes universitaires, à partir des données de 4,3 millions d’Américains, montre l’effet de vase communicant, dans les deux sens, entre tabagisme et vapotage au gré des hausses et de l’introduction de taxes entre 2011 et 2018. « Les résultats de notre recherche suggèrent la prudence dans la réglementation du vapotage, car celle-ci peut avoir une conséquence néfaste et indésirable : l’augmentation du nombre de fumeurs de cigarettes traditionnelles », alerte l’équipe d’économistes menée par le Pr Michael Pesko, de la Georgia State University.

Une analyse basée sur les données de plus de 4,3 millions de personnes

L’analyse d’une trentaine de pages s’appuie sur les données à diffusion restreinte de deux enquêtes de population, la Behavioral Risk Factor Surveillance System (BRFSS) et la National Health Interview Survey (NHIS), de 2011 à 2018 qui interrogent à elles deux plus de 430 000 personnes chaque année. La vaste banque de données compte près de 4,3 millions de personnes, dont plus de 970 000 concernées par l’introduction de taxes sur le vapotage avant 2019 dans dix Etats et deux localités (depuis, onze autres États américains ont adopté des taxes sur le vapotage). Pour permettre un calcul global, les différentes taxes sur le vapotage ont été harmonisées entre les États, villes et comtés ainsi que l’évolution de celles sur les cigarettes, selon les données des Centers for Control Disease (CDC). 

Les taxes sur la vape repoussent les vapoteurs vers le tabagisme

Les calculs de Michael Pesko, Charles Courtemanche et Johanna Maclean montrent que 1 $ de taxe par ml sur la vape pousse 0,5 % de la population totale (ppt) à abandonner le vapotage occasionnel et 0,2 % à arrêter de vapoter au quotidien. L’essentiel de ces personnes retourne au tabagisme, augmentant celui-ci de 0,6 % de la population. « Collectivement, ces résultats suggèrent que les cigarettes traditionnelles et le vapotage sont des substituts économiques », insistent les chercheurs. 

Cela signifie qu’une augmentation des prix d’un produit entraîne un report d’une partie des consommateurs vers l’autre. Ce que les économistes appellent un effet d’élasticité croisée des prix. Dans leur analyse, les trois économistes mettent en lumière que cet effet est plus marqué chez les moins de 40 ans et les femmes que pour les hommes plus âgés.

Les Etats ayant introduit une taxe sur la vape avant 2018 et l’évolution des taux de vapoteurs et de fumeurs quotidiens
« Nos résultats suggèrent qu’une taxe nationale sur le vapotage de 1,65 $ par ml de liquide, telle que proposée au Congrès américain [en février dernier], augmenterait la prévalence du tabagisme quotidien des adultes d’environ 1 % de la population, soit près de 2,5 millions de fumeurs supplémentaires par rapport à l’absence de taxe », soulignent les chercheurs.

La hausse des taxes du tabac pousse des fumeurs vers la vape

Cette propriété de substitution entre les deux produits se confirme dans l’autre sens. En effet, si l’introduction de taxe sur le vapotage repousse des vapoteurs vers le tabagisme, l’inverse est également démontré par l’étude. Une augmentation des droits d’accise sur le paquet de cigarettes de 1 $ fait baisser le tabagisme de 0,6 % dans la population générale et augmente le taux de vapotage occasionnel de 0,3 % et le vapotage quotidien de 0,2 %. 
« Ces résultats suggèrent que les fumeurs utilisent le vapotage lorsque les taxes sur les cigarettes augmentent, soit pour continuer à consommer en partie leur nicotine habituelle à un prix relatif inférieur, soit comme moyen d’arrêter de fumer », expliquent les spécialistes en économie de la santé.
« Notre étude est la première à examiner spécifiquement l’effet des taxes contre le vapotage sur l’usage des adultes. De plus, nous avons été en mesure de montrer que les taxes du vapotage augmentent l’usage de cigarettes traditionnelles », soulignent les chercheurs. Leurs résultats confirment d’autres analyses précédentes sur les effets négatifs des taxes sur le vapotage (voir complément en fin de texte). 

Les vapoteurs européens concernés

Le sujet de taxes contre le vapotage pourrait devenir d’actualité pour l’ensemble des résidents de l’Union européenne (UE). Après le feu vert du Conseil européen le 2 juin, la Commission européenne sur les taxes prépare une révision de la directive sur les accises du tabac pour y intégrer le vapotage. Ceci alors que par deux fois près de 90 % des citoyens et organisations consultées en ont rejeté le principe. Malgré l’enjeu du sujet, aucune étude sérieuse des effets des taxes contre le vapotage mis en place par des pays européens n’a été effectuée. 

L’exemple de l’Italie, qui a connu une explosion du tabagisme suite à l’introduction d’une taxe prohibitive contre la vape avant de faire marche arrière, est pourtant éloquent. L’Estonie vient aussi de suspendre sa taxe anti-vape. La stagnation du tabagisme en Finlande et au Portugal illustre également les méfaits des taxes anti-vape dans l’Union européenne. Mais la Commission avance à l’aveugle selon ses a priori sur un sujet de santé publique concernant des dizaines de millions de personnes, en ignorant à la fois les professionnels de santé de terrain, comme ceux de la plateforme Addict'Aide, et les usagers de produits de réduction des risques.

D’autres recherches sur les méfaits des taxes contre la vape aux US 

En début d’année, une analyse menée par le Pr Chad Cotti, de l'Université du Wisconsin, à partir des données de l’Institut Nielsen concernant les ventes du réseau des kiosques (« retail channel »), a montré que la baisse des ventes de capsules de vape (pour pods), suite à l’introduction de taxe contre la vape, s’accompagne d’une hausse des ventes de cigarettes. 

En 2016, une équipe menée par Yuquing Zheng, de l’Université du Kentucky, avait analysé les différents produits en système. « Notre conclusion selon laquelle les cigarettes et le vapotage sont des substituts suggère que des taxes différenciées entraîneraient une diminution de la consommation de cigarettes et une augmentation de la consommation de vapotage qui pourrait conduire à une réduction des risques au niveau de la population », souligne l’étude publiée dans la revue Health Economics.

Michael Pesko avait analysé dans la revue SSRN en 2017 le cas du Minnesota, premier État à avoir taxé le vapotage dès 2012, concernant les effets sur le tabagisme des 11 à 17 ans. « Les effets inter-prix/taxes favorisent également la substitution entre ces deux produits. Nos résultats suggèrent que la taxation du vapotage peut avoir pour conséquence involontaire d’augmenter l’intensité du tabagisme chez les jeunes ».

Rahi Abouk a dirigé une analyse, publiée en 2019 par le National Bureau of Economic Research (NBER), sur l’effet des taxes du vapotage sur le tabagisme des femmes enceintes. « Notre étude révèle que les taxes sur le vapotage entraînent une augmentation du tabagisme prénatal. Concernant l’ampleur des effets, le tabagisme prénatal augmente de 0,4 ppts, soit 7,7 %, suite à une augmentation de 1 $ de la taxe normalisée sur le vapotage. Ce résultat semble être dû à l’évolution des taux de tabagisme avant la grossesse. En outre, en utilisant un modèle de données de panel, nous constatons que les taux de tabagisme par trimestre de grossesse augmentent de 1,1 ppts (21,0 %), ce qui suggère que les taxes sur les cigarettes électroniques réduisent l’arrêt tabagique en cours de grossesse ».
  

jeudi 14 mai 2020

Analyse du tabagisme adolescent américain sur 20 ans: la vape détourne des jeunes de la cigarette

Une nouvelle analyse, parue dans la revue Addiction le 25 avril, montre que l’apparition du vapotage aux États-Unis a favorisé la chute du tabagisme adolescent. Entre 1999 et 2018, le taux de tabagisme établi des 12 à 17 ans américains est passé de 12 % à moins de 1 %. L’apparition du vapotage autour de 2009 a accéléré la chute du tabagisme adolescent, un phénomène qui écarte la possibilité d’un effet de passerelle du vapotage vers le tabagisme. Mais la Dre Arielle Selya et Floe Foxon, de l’institut Sandord Research, vont plus loin en ayant calculé la courbe contre-factuelle de l’évolution du tabagisme adolescent si la vape n’était pas apparue. Leur analyse montre que, sans la vape, autour de 2,5 % des adolescents américains de plus seraient fumeurs établis.

L’usage établi comme critère d’inclusion

Les deux chercheurs universitaires se sont appuyées sur les données de 1999 à 2018 de l’enquête annuelle nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), qui ont interrogé de 12 500 à 31 000 jeunes de 12 à 17 ans chaque année. Ils ont pris en compte les jeunes qui avaient fumé au moins 100 cigarettes ou vapoté au moins 100 jours dans leur vie. Ce choix de critère « est motivé par le fait que l’usage établi, plutôt que l’initiation ou expérimentation ponctuelle, est pertinent pour les risques sanitaires au niveau de la population », expliquent les auteurs. 

Ils se démarquent ainsi des études prenant en compte toute utilisation, même d’une seule taffe. Prendre en compte l’exposition cumulative à vie a aussi permis aux chercheuses de contourner une erreur du questionnaire aux adolescents concernant leur expérimentation du vapotage, qui n’a été corrigée qu’en 2014.

L’écroulement du tabagisme adolescent

À partir de ces données, la Dre Arielle Selya et Floe Foxon ont analysé les taux de fumeurs, vapoteurs et double-usagers (à la fois fumeurs et vapoteurs) au fil des années depuis 1999. Traçant ainsi leurs évolutions à travers une courbe tendancielle. Le tabagisme établi a fortement diminué chez les adolescents américains au cours des deux décennies. L’apparition du vapotage autour de 2009 a progressé au fil du temps, ainsi que le double-usage cigarettes et vape.


Le détournement de la cigarette par le vapotage est en soi un bénéfice de santé publique, par la diminution du risque individuel estimée à au moins 95 % par le Royal College of Physicians britannique et le Public Health England. Les auteurs soulignent également qu’en additionnant les différentes consommations établies, le total des consommateurs de nicotine a continué de baisser après l’arrivée du vapotage. « L’introduction du vapotage n’apparaît pas avoir provoqué de changement de tendance de la prévalence totale des consommateurs de nicotine », soulignent la Dre Arielle Selya et Floe Foxon.
« L’examen de la consommation de nicotine des adolescents montre que l’apparition du vapotage ne semble pas avoir augmenté la prévalence totale des adolescents consommateurs de nicotine, ni servi de passerelle vers la consommation de cigarettes. En fait, les résultats sont plus cohérents avec un effet de détournement des adolescents de la consommation de cigarettes par le vapotage », résument les deux chercheuses. 

Que ce serait-il passé sans la vape ?

Leur analyse contre-factuelle montre que, si la vape n’était pas apparue, de 0,5 % à 4,5 % de l’ensemble des 12 à 17 ans américains supplémentaires seraient devenus fumeurs établis par rapport au taux de fumeurs, y compris les doubles-usagers, dans la situation actuelle avec la vape. 


Une initiation au vapotage près de deux ans après celle du tabagisme

Les chercheurs ont également analysé les évolutions de l’âge d’initiation des différents usages. « Des études antérieures ont montré qu’une initiation plus jeune est un facteur de risque de consommation ultérieure de nicotine », précisent-ils. Depuis l’apparition du vapotage, l’âge d’initiation aux cigarettes (fumées) a augmenté, passant d’une première cigarette dans la 11e année à une première expérience dans la 12e. La première initiation au vapotage se situe en moyenne plus tard, au cours de la 13e année. Cet âge moyen ne semble pas avoir évolué. 

Par contre, l’entrée en double-usage s’est abaissée au fil des années. L’interprétation a donner à cette évolution n’est pas discutée par les auteures. On peut imaginer que les jeunes ont intégré de tenter de passer au vapotage pour se défaire du tabagisme plus tôt, ou dans une approche négative, que la consommation des deux produits devient courante plus jeune. Des enquêtes qualitatives pourraient aider à explorer la question.
« Le marketing du vapotage ne semble pas avoir abaissé l’âge de la première exposition à la nicotine des jeunes adolescents. Toutefois, l’âge de l’initiation au double usage tend à un certain déclin, tout en restant à un âge nettement plus élevé que celle aux cigarettes. Ce point demande une étude plus approfondie avec les données à venir », synthétisent la Dre Arielle Selya et Floe Foxon.

Un effet de détournement connu et confirmé, mais tabou

La démonstration du phénomène de la réduction accélérée du tabagisme sous l’impact du vapotage n’est pas à proprement nouvelle. Notamment aux États-Unis, le Pr David Levy, de l’Université de Georgetown (Washington, USA) avait montré une accélération par trois de la chute du tabagisme adolescent dans une étude que nous avions relatée en 2018, et qu’il a présentée au Sommet de la vape 2019 à Paris dont la vidéo (20 min) est en accès libre en anglais et en version doublée en français.

Un point fort de la nouvelle étude de la Dre Arielle Selya et Floe Foxon, en plus du nombre d’années prises en compte dans l’évaluation, est de présenter le calcul de la situation contre-factuelle. Cette projection réduit de facto à néant les études biaisées prétendant illustrer la théorie fumeuse de l’effet passerelle vers le tabagisme du vapotage.

Le point aveugle du poids réglementaire

Un point faible de l’étude est la mise sur le côté de l’influence des réglementations. Sur le vapotage notamment, les États ont suivi des politiques différentes. L’interdiction de vente des produits de vapotage aux mineurs est entrée en vigueur au niveau fédéral en 2016. La réglementation de la publicité varie entre les États et parfois même au sein de ceux-ci. Aussi, le Family smoking prevention and tobacco control act (FSPTC) a donné autorité sur les produits du tabac à la Food and Drug Administration (FDA) en 2010. 
« Étant donné que la mise en œuvre de cette loi par la FDA a fait l’objet de critiques et que peu de recherches ont examiné son efficacité, l’effet réel du FSPTC sur la prévalence de l’usage de nicotine reste ambigu. (...) Ayant trouvé des preuves d’un possible effet de détournement en utilisant la modélisation des tendances contre-factuelles, de futures recherches devraient examiner d’autres facteurs de confusion au niveau de la population, tels que les réglementations », précisent les chercheurs.

dimanche 15 mars 2020

Covid-19 "Une opportunité de fermer les tabacs et ouvrir les vapeshops" pour le Pr Polosa

« C’est le bon moment de fermer les tabacs et de pousser des milliers de fumeurs à dire au revoir à la cigarette, et pour promouvoir la possibilité de passer aux produits à risques réduits ». Le 12 mars, le Pr Riccardo Polosa, fondateur du Centre d’excellence sur la réduction des risques (CoEHAR) de Catania, prenait le contre-pied de l’avis de l’Administration des douanes et du monopole du tabac (AAMS) de fermer les vapeshops et laisser ouverts les bureaux de tabac en Italie. « Je ne suis pas d’accord avec ce choix alors que des millions de fumeurs sont forcés de rester chez eux avec leurs proches, forcément exposés à la fumée secondaire », explique le chercheur italien.  

Le droit à la réduction des risques plutôt qu'aux cigarettes

« Au lieu de cela, nous aurons plus de fumeurs qui fument pour surmonter l’anxiété et la peur générées par la propagation du coronavirus et des milliers d’utilisateurs de vapotage qui risquent de retomber dans leurs anciennes mauvaises habitudes. Je pense qu’il est injuste de priver les fumeurs de la possibilité de passer à des produits moins nocifs, et encore plus injuste de laisser des milliers de vapoteurs recommencer à fumer. Une règle générale de santé publique devrait être de garantir l’accès aux outils alternatifs pour arrêter définitivement de fumer », poursuit le professeur de médecine à l’Université de Catania.

Ne pas engorger artificiellement les hôpitaux

« Il y a des personnes atteintes de maladies respiratoires qui ont connu une amélioration significative de leur état de santé, passant du tabagisme au vapotage. Les faire recommencer à fumer pourrait entraîner une détérioration rapide de leurs symptômes respiratoires avec pour conséquence de surcharger le système de santé national, qui est déjà à la limite », argumente le Pr Riccardo Polosa qui a mené nombre de recherches sur le sujet depuis une décennie. Le CoEHAR reçoit une aide financière de la Fondation pour un monde sans fumée (FSFW) de Dereck Yach, très critiquée par les lobbys financés par Michael Bloomberg comme le site TobaccoTactics

Le Gouvernement italien laisse les vapeshops ouverts

Contre la circulaire de jeudi de l’administration fiscale, le Gouvernement italien a finalement donné en partie raison à l’approche de réduction des risques en ne forçant pas la fermeture des magasins de vape, mais en laissant tout de même ouverts les tabacs. « La revente de cigarettes électroniques et de produits d’inhalation liquides relève des catégories d’entreprises exclues de l’obligation de suspendre et/ou de clôturer et relève de la définition de vente de produits pour fumeurs. La vente est autorisée à la fois si elle est effectuée dans des bureaux de tabac ordinaires et si elle est effectuée dans des commerces de quartier autres que des bureaux de tabac, à condition qu’il s’agisse de magasins spécialisés dans la vente exclusive de cigarettes électroniques et de produits d’inhalation liquides »

En France, décision de fermeture sous réserve...

Ce matin, le Gouvernement français a décrété qu’en raison de l’épidémie, « il y a lieu de fermer les lieux accueillant du public non indispensables à la vie de la Nation tels que les cinémas, bars ou discothèques ; qu’il en va de même des commerces à l’exception de ceux présentant un caractère indispensable comme les commerces alimentaires, pharmacies, banques, stations-service ou de distribution de la presse »

Les deux associations de professionnels de vape indépendants, la fédération Fivape et le syndicat SIIV, ont pris contact avec les pouvoirs publics pour obtenir des clarifications, et le cas échéant une éventuelle dérogation favorable à la réduction des risques comme en Italie. Les services du Ministère de la santé ont promis une réponse d'ici la fin de la journée... A suivre donc...

Les professionnels rappellent la nécessité de consignes sanitaires. Le Vaping Post en a listées plusieurs avant que la phase 3 ne soit prononcée. Des systèmes de vente de type « drive-in », pour éviter au maximum les contacts, sont envisagés, tandis que les ventes par internet devraient pouvoir se poursuivre, sauf annonce d’un confinement général. Anecdote peu glorieuse, les Buralistes en colère se réjouissent de pouvoir ramener dans leur giron les vapoteurs. Une péroraison passablement inappropriée.

[MàJ] Lundi 16-03-2020 à 12h: En France, le texte du Journal Officiel de ce matin précise que les commerces, n'ayant pas caractère indispensables, doivent fermer jusqu'au 15 avril "sauf pour leurs activités de livraison et de retraits de commandes". Plusieurs magasins de vapotage mettent en place des systèmes à la "drive-in", avec commandes par téléphone ou mail. Puis expédier ou remettre avec les mesures recommandées, mais sans accueil des clients. Ceci peut dépanner les personnes en urgence, en particulier les gens qui viennent d'arrêter de fumer. [/]

En Suisse et en Belgique, pas d'info...

En Suisse pour le moment, aucune information n’a été dispensée sur le sujet. En Belgique, où les ventes à distance de produits de vapotage sont interdites, une mesure de fermeture des commerces poserait de graves complications aux vapoteurs. ...




mardi 11 février 2020

Etude en Irlande: les bébés de mamans vapoteuses naissent au même poids que ceux des non-fumeuses

Selon l’analyse statistique des naissances à l’hôpital Coombes de Dublin en Irlande, les bébés des femmes vapoteuses exclusives ont à la naissance un poids similaire à ceux des non-fumeuses. Soit près de 300 grammes de plus que ceux des fumeuses, y compris les doubles-utilisatrices de vape et cigarettes. Les résultats viennent d’être publiés ce 9 février en accès libre dans le British Journal of Obstetrics and Gynaecology (BJOG).

C’est un constat connu, les mamans fumeuses donnent naissance à des bébés de plus faible poids que les non-fumeuses. La différence est en moyenne de près de 300 grammes. Mais jusqu’ici aucune étude n’avait observé ce qu’il en est des bébés de mères passées au vapotage. Une équipe a analysé les données issues des entretiens des femmes enceintes au second trimestre de leur grossesse à l’hôpital de Coombe en Irlande. L’hôpital situé à Dublin accueille la naissance de près de 8 500 nourrissons chaque année. L’équipe menée par le Dr Brendan McDonnell a identifié 218 femmes enceintes et vapoteuses exclusives et 195 doubles-utilisatrices de vape et de cigarettes. 

Près de 300 grammes de plus que les bébés de fumeuses

L’étude a pris en groupes témoins une centaine de fumeuses (fumant au moins une cigarette par jour) et une centaine de non-fumeuses (n’ayant jamais fumé). À la naissance le poids moyen des bébés de vapoteuses exclusives est à un gramme près le même que celui des bébés des femmes n’ayant jamais fumé: 3 kg 470 contre 3 kg 471. Par contre, les bébés des fumeuses exclusives et des doubles utilisatrices pesaient près de 300 grammes de moins avec respectivement 3 kg 166 et 3 kg 140. La part des cas d’insuffisance pondérale est aussi nettement moindre chez les bébés des femmes vapoteuses (11 %) ou non-fumeuses (12,8 %) que chez ceux des fumeuses (28 %). 

« Nous avons constaté que les utilisatrices exclusives de vapotage ont des bébés avec un poids à la naissance similaire à ceux des non-fumeuses. Par rapport aux fumeuses, les utilisatrices d’e-cig ont une incidence plus faible d’accouchement d’un nourrisson de faible poids à la naissance », soulignent les auteurs. « En revanche, les utilisatrices doubles ont eu des résultats similaires à ceux des fumeuses », précisent-ils. 

Une recherche à approfondir

Cependant, la recherche ne s’appuie que sur un entretien des femmes enceintes. Leur statut tabagique antérieur, une éventuelle évolution au cours de la grossesse, notamment pour les doubles-utilisatrices qui peuvent avoir réduit leur consommation de tabac, ne peuvent apparaitre dans ces données. « La participation des patientes à la conception de futures études sera essentielle », notent d’ailleurs les chercheurs.

Des différences socio-économiques apparaissent entre les femmes enceintes ayant opté pour le vapotage et celles continuant de fumer. « Dans cette étude, les utilisatrices de vapotage appartiennent à un groupe socio-économique plus élevé que les fumeuses de cigarettes conventionnelles, une tendance précédemment observée au Royaume-Uni, mais qui s’est atténuée ces dernières années. Elles ont un taux plus élevé de grossesses planifiées et elles sont plus susceptibles d’avoir pris de l’acide folique prénatal », observe l’étude.

Une alternative aux méthodes classiques

« Les interventions de sevrage tabagique pendant la grossesse ont une efficacité limitée et de nombreuses femmes qui luttent pour cesser de fumer se tournent vers le vapotage comme méthode de réduction des méfaits. Cette recherche suggère que les utilisatrices exclusives de vapotage livrent des nourrissons avec un poids à la naissance similaire à celui des non-fumeuses », concluent les docteurs de l’hôpital de Coombe. 


Crédit photo by Filip Mroz on Unsplash

mardi 17 décembre 2019

Chiffres contre narratif: comment le faussaire Stanton Glantz enfume des médias sur la vape et les risques respiratoires

Le risque de maladies respiratoires est similaire pour les vapoteurs que pour les autres ex-fumeurs. Un risque supérieur d'environ 30% par rapport aux personnes qui n'ont jamais fumé, mais de moitié inférieur à ceux qui continuent de fumer. Ce sont à peu près les seuls chiffres fiables, avec une valeur de probabilité (p-value) sérieuse, que l'on trouve dans l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta publiée hier dans l'American Journal of Preventive Medicine (AJPM)

Mais ce que les médias, notamment en français par l'AFP et C-News, ont mis en avant sont une suite d'autres résultats aberrants, avec des indices de probabilité indignes de confiance, en les prétendant issus d'un suivi de 32'000 personnes entre 2013 et 2016. C'est simplement faux. Glantz et Bhatta n'ont fait que calculer des ratio de risques à partir d'enquêtes annuelles transversales, sans aucun suivi individuel. Les médias ont brodé la nouvelle avec un sensationnalisme tapineur sur les pneumopathies liées aux produits frelatés à la vitamine E du marché noir du THC aux Etats-Unis.

Narratif mythomane

Cette narration médiatique "d'une grande étude de suivi" est de la pure mythomanie. Pour le répandre, les auteurs ont utilisé une tactique de communication consistant à diffuser un communiqué à des contacts de presse choisis avec un narratif imaginaire sur ce pseudo-suivi, ceci avant que l'étude ne soit publiée et accessible. Une série de médias ont ainsi imposé un discours sur ce travail sans que d'éventuels experts aient pu le lire pour l'analyser et le critiquer. C'est comme ça qu'ils ont installé ce discours dans les médias hier. A noter que publier un article à propos d'une étude sans avoir lue cette étude relève de la faute professionnelle grave pour un journaliste. 

Ce timing de publication a aussi permis aux auteurs de l'étude de passer sous silence une donnée gênante pour leur narration. Les données de l'enquête PATH prises en compte dans l'étude montrent que dans près de 69,44% des cas de maladies respiratoires chez des vapoteurs, la maladie a précédé leur passage au vapotage. Une donnée dont l'éditeur a probablement forcé l'intégration pour se couvrir, mais dont les auteurs n'ont pas tenu compte dans leur analyse (sic!).

Médicalement absurde

Un élément médical simple et connu infirme toute pertinence au récit médiatisé de la prétendue mesure d'une augmentation du risque de maladies respiratoires à cause du vapotage dans les trois années des enquêtes transversales prises en compte. "Trois des maladies étudiées par Glantz - la BPCO, la bronchite chronique et l'emphysème - mettent des décennies à devenir cliniquement apparentes et auraient été présentes, même non diagnostiquées, dans plusieurs des cas bien avant le début de son étude en 2014, et même avant que les e-cigarettes soient disponibles aux États-Unis depuis 2007 environ", réagit le Pr John Britton dans une lettre au Times.

Le Directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool à l'Université de Nottingham ajoute que les conclusions de l'étude de Glantz et Bhatta "sont également faussées par le fait que la plupart des vapoteurs ont été fumeurs. Or le tabagisme est une cause importante de maladies pulmonaires chroniques, les vapoteurs ont inévitablement un risque accru de maladies pulmonaires longtemps après avoir cessé de fumer". La méthode statistique de l'étude ne permet pas de dépasser ce point: "elle est simpliste : il n'a pas le détail de la durée de vie et de l'intensité du tabagisme requise. Pour ces seuls motifs, sa conclusion est spécieuse".

Méthodologiquement pourri

En somme, Glantz et Bhatta ont aggloméré des données d'études transversales pour prétendre avoir fait un suivi longitudinal qui n'a jamais eu lieu en réalité. Un signe de leur bricolage inconsistant est le fait que ce soi-disant suivi voit des malades disparaître entre les vagues 2 et 3. Or, on ne peut pas prétendre établir une relation de causalité à partir d'une simple corrélation. "Il n'y a absolument aucun moyen de conclure, ou même de spéculer, sur la base des résultats d'une étude transversale, que le vapotage est une cause de maladie pulmonaire obstructive chronique (BPCO)", rappelait le Pr Michael Siegel, de l'Université de Boston et spécialiste du domaine en santé publique, dans un commentaire sur le sujet en février dernier.

De véritables suivis dans le temps de vapoteurs malades montrent que l'abandon du tabagisme au profit du vapotage réduit, voire dans certains cas permet d'inverser, l'évolution de la BPCO. La prétention de Glantz et Bhatta d'avoir isolé le facteur de risque propre au vapotage dans leur étude est ahurissant de stupidité, et leur addition des risques qui s'ensuit est ridicule. Ils n'ont mis en place aucun moyen pour s'assurer que les maladies respiratoires sont liées au vapotage et non pas à une autre cause, dont la plus probable est le tabagisme passé, pour 99,4% des vapoteurs qui ont répondu aux enquêtes utilisées par l'étude. 

Faussaires et pervers notoires

Il est troublant que deux chercheurs déjà co-auteurs d'une fraude manifeste, et précédemment mise à jour, soient de nouveau publiés avec une étude aussi faible méthodologiquement. N'importe qui avec quelques notions sur les maladies respiratoires évoquées par le communiqué de presse de l'étude est capable de rejeter un tel enfumage. Les articles de presse publiés hier sont l'oeuvre de journalistes soit d'une incompétence inquiétante, soit de corrompus.

La tactique médiatique pour répandre ce qui est une fakenews caractérisée montre l'importance pour un réseau de médias de projeter le thème du vapotage comme enjeu politique et émotionnel dans le public. Je pense que ce n'est pas seulement pour vendre du clic et du papier, cette campagne fait partie d'une stratégie électorale d'un politicien multi-milliardaire et magnat des médias.

Tweet du Pr Bertrand Dautzenberg en réaction à l'étude:
[Add.] Tweet de la Dre Ute Mons, du Centre de recherche sur el cancer en Allemagne (DKFZ) [ma traduction: Cher @tagesschau, avez-vous lu l'étude? Depuis quand 1,3 (facteur de risque pour les e-cigarettes) est-il égal à 2,6 (facteur de risque pour les cigarettes de tabac)? En outre, l'étude donne des indications claires de causalité inverse: les problèmes pulmonaires conduisent à passer aux e-cigarettes.]




samedi 5 octobre 2019

Idiocracy: la FDA recommande de ne pas consommer de produits du marché noir tout en organisant la prohibition des produits légaux !

Recommander de ne pas acheter de produits au marché noir, tout en organisant la prohibition des liquides aromatisés qui va y pousser près de 10 millions d'utilisateurs. On pourrait croire à une scène du film Idiocracy. Mais ce spectacle d'une bêtise désolante est celle de la bureaucratie de santé publique américaine actuelle. "N'utilisez pas de produits de vapotage - en particulier ceux contenant du THC - obtenus dans la rue ou d'autres sources illicites ou de réseaux sociaux", hurle la Food and Drug Administration (FDA) dans son communiqué publié hier. Dans le même temps, l'agence est le moteur de la multiplication des interdictions de liquides de vapotage aromatisés dans tout le pays, alors que ce type de produit n'est pas à l'origine des empoisonnements pulmonaires. La FDA avait déjà fixé à mai prochain la date butoir d'un cahier d'homologation comme produit du tabac techniquement et financièrement intenable pour les entreprises de vape indépendantes.

Calcul morbide de politiciens

Pourtant l'origine des empoisonnements est claire, bien qu'il reste à déterminer si ceux-ci sont de nature chimique ou lipidique. Les 18 personnes décédées d'empoisonnements pulmonaires avaient consommé des produits du marché noir au THC. Selon les données du Center for Disease Control (CDC), plus de 78% du millier de patients sous observation déclarent avoir consommé des liquides au THC du marché noir. Une large part des 22% restant refusent, comme ils en ont le droit, de déclarer s'ils consomment ou non des liquides au THC, illégaux dans la plupart des Etats du pays. 

Les autorités américaines semblent incapables de faire une simple soustraction pour retirer les personnes refusant de répondre et calculer le taux de personnes "avouant" avoir consommer des produits illicites sur le total des déclarations. L'enjeu de cette incapacité de calcul élémentaire est que si ce taux est suffisamment important, alors les autorités sanitaires ne pourraient plus incriminer officiellement sans raison le vapotage légal. Cette politique du doute a un but: nourrir la peur par l'incertitude.
Le traitement médiatique de cette vague d'empoisonnements pulmonaires restera "dans les livres d’histoire de santé publique comme l’une des plus grandes campagnes de désinformation et de tromperie publique jamais menées. Une campagne immorale de «panique morale» basée sur la fiction, l'intimidation, la terreur, la confusion et la désinformation", argumente le Pr Konstantinos Farsalinos, du Centre de cardiologie d'Athènes, dans un long billet sur son blog. [résumé en français par le Vaping Post] Il prend en exemple un article d'un des journaux du multi-milliardaire Michael Bloomberg, pour lister les contre-vérités assénées depuis deux mois sans interruption sur cette affaire. En Suisse, nous avions relevé la falsification d'un témoignage par la RTS, mais la liste des mensonges et tromperies sur cette affaire est impossible à dresser tant elle est massive.

Épidémie de prohibitions

Or, les empoisonnements aux liquides frelatés illicites ont servi à déclencher une vague de prohibition des produits de vapotage, légaux jusque-là, aux Etats-Unis. L'Etat du Massachusetts en a interdit toute vente pour au moins quatre mois, tandis que le Michigan, l'Etat de Washington et New York ont ​​interdit les liquides aromatisées. Un appel, avec effet suspensif, est en cours devant la Cour Suprême de New-York. Le million d'habitants du comté de Los Angeles (Californie) seront privés d'accès légal à des produits de vape aromatisés à la fin du mois, imitant la décision de la ville de San Francisco. L'Ohio s'apprête aussi à le faire. Le président Trump a même évoqué un projet de prohibition au niveau national. Les annonces se succèdent à un tel rythme, qu'il est possible que cette liste ne soit pas complète.
"Je trouve cynique que la FDA recommande de ne pas utiliser de produit de vape acheté au marché noir. Pendant que notre gouvernement s'affaire à créer un environnement qui oblige les vapoteurs de nicotine à acheter des liquides aromatisés au marché noir", Phil Busardo, figure du mouvement des vapoteurs, sur son compte facebook.

Des voix résistent au maccarthysme anti-vape

Malgré la chasse aux sorcières hystérique contre le vapotage, certaines voix de santé publique s’opposent à la frénésie anti-réduction des risques. "Par un effet pervers, on va pousser les gens vers le même type de produits que ceux qui causent l'épidémie", déclare le Pr Leo Beletsky, de la NorthEast University, dans le Los Angeles Times

"Les interdictions semblent vraiment mal configurées pour résoudre le problème en question", précise l'universitaire qui craint le développement d'un marché souterrain non réglementé pour les produits de vapotage nicotinés. De son côté, Helen Redmond, addictologue new-yorkaise, redoute surtout "un retour au tabagisme pour les vapoteurs" , dans la revue de réduction des risques Filter.

Les opportunistes sont chauds

L'hystérie anti-vape profite évidemment aux cigarettiers. Non seulement, elle relance les ventes de cigarettes, dont la chute a mis en difficulté les budgets des Etats ayant contracté des emprunts toxiques adossés à ces ventes, mais elle offre aussi aux Big Tobacco l'opportunité de démarquer leurs nouveaux produits de tabac chauffé. A titre d'exemple, CNN présente la cigarette trop chauffée Iqos de Philip Morris comme "une nouvelle manière de consommer de la nicotine ni vapotage, ni cigarette". C'est de bonne guerre a t-on envie de dire et la stratégie commerciale est rodée. Le cigarettier vaudois s'est entraîné à profiter des campagnes anti-vapotage d'Addiction Suisse pour pousser son produit à domicile.

Mass murder

Au lieu de résoudre l'origine des produits frelatés au THC en réglementant ceux-ci, les autorités américaines s'apprêtent donc à y ajouter un nouveau désastre de santé publique similaire à la prohibition de l'alcool dans les années 1920'. Ou plus récemment celui de la crise des opioïdes de synthèse où 3 millions de consommateurs de produits pharmaceutiques légaux rendus accros, dont les prescriptions ont été limitées du jour au lendemain sans mesure de réduction progressive, ont été jetés sur le marché noir des dealers de fentanyl, d'oxycontine et d'héroïne. Plus de 250'000 en sont morts depuis trois ans.
"L’approche que nous avons adoptée à ce jour en ce qui concerne la nicotine pourrait constituer une bonne production théâtrale kafkaïenne, mais c’est une politique de santé publique tragique", Pr David Sweanor, de l'Université d'Ottawa, dans la revue Hospital News.
Les responsables de santé publique américains prennent donc l'habitude de programmer des massacres de masse, alors que près de 480'000 de leurs concitoyens meurent prématurément chaque année de maladie provoquées par le tabagisme sans que les médias n'en fassent plus que quelques entre-filets convenus. 

La fabrique du consentement par la peur

Bien que près de 3,5 millions avaient réussi à se libérer de la cigarette grâce au vapotage, environ 35 millions d'américains fument encore. Pour une très grande part membres des classes populaires, avec des revenus et des niveaux éducatifs les plus bas. Délaissés de l'intelligentsia démocrate aussi bien que des affairistes trumpiens, leur droit à accéder à un moyen de réduction des risques, leur droit à l'information et à la liberté d'expression sur ce sujet sont totalement niés par les élites américaines. 

A la place, un club de richissimes desperate housewives des Hampton kidnappe le débat autour de peur névrotique sur le risque pour les "enfants". Or, cette peur n'a pas de fondement réel comme le démontre l'analyse statistique des Pr Martin Jarvis, Robert West et Jamie Brown publiée cette semaine. Il n'y a pas d'épidémie d'addiction à la nicotine à cause du vapotage chez les adolescents américains. Mais ce fait étant black-outé par les médias, il n'a pour ainsi dire pas d'existence. Il restera inconnu de l'opinion publique. Tout comme les études qui montrent que les restrictions, et a fortiori une prohibition, du vapotage favorisent le tabagisme adolescent.


jeudi 3 octobre 2019

Une analyse invalide la thèse d'une épidémie de dépendance à la nicotine chez les lycéens américains

C'est le prétexte aux projets d'interdiction d'arômes, de prohibition totale et aux taxes contre le vapotage. Mais c'est un prétexte sans fondement. La peur entretenue d'une épidémie de dépendance à la nicotine à cause du vapotage chez les lycéens américains se révèle creuse à l'analyse. A partir des données de l'enquête nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), une équipe de chercheurs de renommée mondiale montre que moins de 1% des jeunes non-fumeurs ont utilisé fréquemment des produits de vapotage en 2018. "Les données de l'enquête NYTS ne corroborent pas l'affirmation selon laquelle une nouvelle épidémie de dépendance à la nicotine serait liée à l'utilisation du vapotage, pas plus qu'elles ne soutiennent une inquiétude de voir le recul du tabagisme chez les jeunes se résorber après des années de progrès", concluent les Pr Martin Jarvis, Robert West et Jamie Brown de l'University College of London. 

Publiée sur la plateforme d'open-science Qeios, l'analyse a repris les données brutes de l'enquête NYTS de 2018 rendues accessibles seulement en mars 2019, en les recoupant avec les données des années précédentes (de 2014 à 2017) pour vérifier les antécédents d'usages des différents produits nicotinés. L'expérimentation a augmenté en 2018 et 20,8% des lycéens ont déclaré avoir vapoté le mois précédent l'enquête mais seulement un quart de ces utilisateurs ont vapoté de manière fréquente. Tandis que 61,8% d'entre eux n'ont fait qu'essayer moins de 10 fois dans leur vie de tirer sur une vaporette.

Utilisation fréquente essentiellement chez des jeunes déjà fumeurs

"Notre analyse des données de NYTS de 2018 et des années précédentes montre une forte association entre la consommation de produits du tabac et le vapotage au cours de la vie: en 2018, les lycéens qui avaient fumé plus de 100 cigarettes au cours de leur vie étaient environ 27 fois plus susceptibles d'avoir vapoté au cours des 30 derniers jours par rapport aux étudiants qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac. L'utilisation de cigarettes électroniques au moins 20 jours au cours du dernier mois n'a été observée que chez 1,0% de ceux qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac en 2018", énumère l'équipe d'épidémiologues.

"Parmi les lycéens, nous avons constaté que, pour la grande majorité de ceux qui avaient déjà fumé, les cigarettes ont été le premier produit de tabac essayé, avant toute utilisation de vapotage. Il est clair que pour ces étudiants, leur consommation de cigarettes et le développement d’une dépendance caractéristique à la nicotine doivent être attribués à la consommation de cigarettes, plutôt qu’au vapotage", précisent les chercheurs. En version courte, le vapotage n'a pas inventé le tabagisme adolescent. Au contraire, la chute du tabagisme des lycéens américains se poursuit, étant passé de 28,5% en 1999 à 8,1% en 2018. "Le déclin rapide observé des essais de produits combustibles et de la prévalence de l'usage de la cigarette depuis 1999 n'a donné aucun signe de renversement depuis l'essor de l'utilisation de la vape en 2011".

Signes de dépendance rares chez les vapoteurs

"Les symptômes de dépendance étaient rares chez les étudiants qui utilisaient le vapotage sans avoir utilisé d'autres produits du tabac", synthétise l'étude. 3,8% des vapoteurs exclusifs ont déclaré sentir du manque, contre 74,5% des fumeurs. Par ailleurs, la catégorisation controversée du vapotage comme produit de tabac par les autorités américaines ne remporte pas l'adhésion de tous les lycéens. La moitié des vapoteurs exclusifs nient avoir consommé un produit de tabac. "À tout le moins, cela suggère que leur image de soi n'est pas celle d'un consommateur de produits de tabac. Cette perception du vapotage comme quelque chose de différent et distinct du tabac pourrait servir à réduire leurs chances de devenir consommateurs de produits de tabac conventionnels", souligne l'équipe menée par le Pr Jarvis.

Un gouffre béant entre les données et la communication

L'étude se conclut avec une touche de diplomatie très britannique. "Le présent document n’est pas destiné à remettre en cause l’orientation actuelle de la politique de la FDA en matière de réglementation du vapotage. Ce serait présomptueux de notre part. Nous avons plutôt cherché à examiner les preuves présentées pour appuyer les nouvelles initiatives réglementaires. Nous trouvons un gouffre béant entre la vision d’une épidémie d’usages de vapotage menaçant d’engouffrer une nouvelle génération dans la dépendance à la nicotine et la réalité des preuves contenues dans l'enquête NYTS". 

Les médias donneront-ils autant de couverture à cette analyse qu'aux déclarations de Scott Gottlieb sur cette enquête en décembre? L'ex-Commissaire de la FDA, depuis passé au Conseil d'administration du géant pharmaceutique Pfizer, avait alors parlé d'une inquiétante épidémie de vapotage chez les jeunes qui risquait d'entraîner une génération dans la dépendance à la nicotine. L'onde de choc de l'annonce a permis des mesures réglementaires contre le vapotage. Cette nouvelle analyse, qui confirme les chiffres et les tendances analysés d'autres études notamment celle sur les données de 2015, devrait remettre en cause ces décisions. Mais on peut en douter...



mercredi 11 septembre 2019

Le Lancet publie une réfutation de la position anti-vape de l'OMS

"La nicotine sans la fumée: combattre l'épidémie tabagique avec la réduction des risques". C'est l'intitulé d'un article de quatre spécialistes de la lutte anti-tabac publié en open-access le 31 août dans le Lancet, revue scientifique pourtant connue pour ses positions conservatrices sur le sujet. Ils contestent avec force argumentation la ligne anti-réduction des risques pour laquelle l'Organisation Mondiale de la santé a opté dans son dernier rapport sponsorisé par le milliardaire Michael Bloomberg. "Le potentiel du vapotage est qu’il combine une efficacité élevée avec une large adoption par le public. Le dernier rapport de l'OMS est une occasion manquée d'adopter l'innovation et d'exploiter le potentiel des solutions de remplacement du tabac à faible risque", déplorent les auteurs.

Chut!

Les médias maintreams, qui avaient pourtant largement diffusé cet été la position anti-vape du rapport Bloomberg de l'OMS, ont black-outé l'argumentaire signé de Robert Beaglehole, professeur émérite de l'Université d'Auckland spécialiste des maladies non-transmissibles, Ben Youdan, de l'organisation anti-tabac Action on Smoking and Health New Zealand (ASH-NZ), Ruth Bonita, professeure d'épidémiologie à l'Université d'Auckland et Clive Bates, ex-directeur de l'Action on Smoking and Heath britannique (ASH-UK).

L'approche Bloomberg de l'OMS est un échec annoncé

"Le dernier rapport de l’OMS sur l’épidémie mondiale de tabagisme souligne l’importance des meilleures aides de sevrage tabagique fondées sur un modèle de traitement médical. Malheureusement, cette approche a eu un impact limité au niveau de la population en raison de sa faible adoption, et contraste avec l'approche beaucoup plus prometteuse du sevrage tabagique dirigée par le consommateur et basée sur des alternatives plus sûres au tabac fumé", soulignent les spécialistes, notant qu'à peine 4 à 5% des tentatives de sevrage brut à la nicotine réussissent. Le produits pharmaceutiques ne font guère mieux et se sont révélées sans impact significatif après plusieurs décennies sur le marché.

"Il est difficile de défendre que le modèle pharmaceutique est la meilleure pratique alors qu'il y a de plus en plus de preuves que les personnes qui utilisent le vapotage pour cesser de fumer ont de meilleurs taux d'arrêt qu'avec les phamacothérapies", arguent les militants anti-tabac, avant de souligner la clef d'une nouvelle approche contre le tabagisme. "L’impact du vapotage sur la santé publique dépendra principalement de la volonté de plus en plus de fumeurs de changer de mode de consommation de nicotine plutôt que d’arrêter complètement de fumer. Le vapotage répond aux besoins de certains anciens fumeurs en substituant des aspects physiques, psychologiques, sociaux, culturels et à l'identité liés à la dépendance au tabac"

Opter pour une politique intelligente avec la réduction des risques

Outil efficace de substitution à la cigarette, l'adoption du vapotage par les fumeurs va dépendre de son accès et de l'information sur la réduction des risques. Les produits de vape réglementés de manière intelligente réduisent d'au moins 95% les risques par rapport à fumer. Des réglementations excessivement strictes, et a fortiori des prohibitions, telles que le recommande le rapport Bloomberg de l'OMS, poussent les usagers vers les cigarettes ou un marché noir de produits de vape hors contrôle. D'où des accidents liés à des produits de vapotage de THC du marché noir survenus aux Etats-Unis après la rédaction de l'article publié dans le Lancet.

"Invoquer le principe de précaution pour empêcher l'utilisation de produits sans fumée est injustifié face au fardeau énorme des produits du tabac fumé, qui sont disponibles de manière omniprésente", préviennent les auteurs, "la réponse politique aux produits sans fumée doit être différente des stratégies de lutte antitabac existantes, qui incluent des augmentations de taxes, des interdictions de la publicité pour les cigarettes et des restrictions en amont de l'offre"

Assimiler la vape au tabac, c'est protéger le bizness des cigarettes

"Au contraire, les priorités politiques pour les produits sans fumée devraient les exempter des taxes d'accise afin de maintenir une incitation fiscale à la permutation; les réguler plutôt que d'en interdire la commercialisation afin de permettre aux produits sans fumée de contester la domination de la cigarette; organiser des campagnes d'éducation du public sur la minimisation des méfaits; ne pas forcer les vapoteurs à partager des zones fumeurs; et encourager l'utilisation de produits sans fumée comme aide à la cessation tabagique", proposent les auteurs en opposition complète avec la ligne pharmaceutique du rapport Bloomberg de l'OMS.

Avant de déplorer en conclusion: "Il est décevant que dans son dernier rapport sur le tabac, l'OMS s'en tient à une orthodoxie dépassée lorsqu'elle pourrait adopter l'innovation. En assimilant les produits sans fumée à la cigarette, elle ne fait que protéger la mainmise du commerce de la cigarette sur les consommateurs mondiaux de nicotine et va annuler le potentiel de stratégies modernes de réduction des méfaits du tabac"

Depuis, le milliardaire Michael Bloomberg vient d'annoncer investir de nouveau 160 millions de dollars pour viser à faire interdire le vapotage, tandis que les cigarettes continueront de répandre goudrons, monoxyde de carbone et les maladies liées dans la population. Et des documents internes du Secrétariat anti-tabac de l'OMS révèlent la préparation d'une grande offensive anti-réduction des risques au niveau mondial à l'occasion de son prochain Sommet anti-tabac en Hollande en 2020.


mercredi 26 juin 2019

Pour plus d'un million de fumeurs sauvés par la vape, combien condamnés à mort par les médias?

Plus de 6 millions. Plus de la moitié des fumeurs en France sont persuadés à tort que vapoter est aussi ou plus nocif que de fumer. C'est un des résultats de l'enquête auprès de plus de 25'000 personnes en 2017 publiée ce matin par Santé Publique France (SPF). Encore plus effarant, seuls 29,7% des fumeurs quotidiens, ceux qui auraient le plus besoin d'aide pour se sortir du tabagisme, savent que le vapotage est moins nocif que leurs cigarettes. La désinformation sanitaire frappe particulièrement les défavorisés et les moins diplômés qui sont plus de 70% à ne pas avoir l'information correcte sur les risques relatifs entre fumer et vapoter.

Pourtant, l'enquête de SPF mesure que 2,6% de la population, soit 1,2 millions de personnes ont arrêté de fumer en utilisant la vape, dont 46% ont ensuite arrêté de vapoter (soit 1,2% de la population). Parmi ces ex-fumeurs ayant utilisé le vapotage, 870'000 (±10%) déclarent que la vape les a aidé, dont 700'000 d'ex-fumeurs quotidiens n'ayant plus fumé depuis plus de six mois. Près de 300'000 autres ex-fumeurs ont utilisé le vapotage mais déclarent que leur arrêt tabagique ne lui doit rien. Parmi les 2,3% de la population à utiliser le vapotage et continuer de fumer, 80,3% d'entre eux déclarent avoir réduit leur consommation, en moyenne de 10,4 cigarettes par jour (pour une consommation à l'origine de 19,7 cigarettes quotidiennes). 

Démission des autorités et stratégie du doute 

En somme, le vapotage est un facteur clef de la baisse de tabagisme en France ces dernières années. Mais alors pourquoi de plus en plus de fumeurs croient à tort que vapoter est aussi ou plus nocif que de continuer de fumer ? L'expérience réelle indique le contraire, mais les médias nous bombardent de fakenews sensationnalistes en permanence. Les autorités sanitaires démissionnent et fuient leur responsabilité laissant un boulevard à la dissémination de la confusion. Dans cette stratégie de diffusion du doute et de la peur, l'Agence France Presse joue un rôle central.

Voici quelques unes des plus grosses fakenews diffusées à grande échelle par l'AFP - liste tristement non-exhaustive:

  • 2015: Reprise mondiale des propos d'une simple lettre sans révision scientifique de chercheurs de Portland qui annoncent de manière insensée que le vapotage est de 5 à 15 fois plus cancérigène que la fumée de cigarette. La lecture critique de leur expérience montre rapidement - mais sa publication prendra trois ans (!) - qu'ils ont simplement fait brûler les vaporettes dont ils ont mesuré les émissions en les poussant à plus de 150% de la limite maximale de puissance.
  • 2015: un correspondant de l'AFP au Japon prétend qu'un scientifique local a mesuré des taux extravaguant de toxique dans l'aérosol de vapotage. En réalité, ce scientifique a cosigné une étude publiée à la même période qui indique l'inverse. La brève de l'AFP fait le tour du monde, tandis que l'étude est restée totalement confidentielle.
  • 2015: le délire du "poumon pop-corn", qui continue de circuler, est répandu en dépit de l'absence de quelconque malade et de toutes prise en compte des doses du diacéthyl qui ont généré des bronchiolites oblitérantes chez des travailleurs de l'industrie agro-alimentaire.
  • 2016: durant les fêtes, l'AFP lance un article ridicule sur une étude de toxicologie sur des cellules épithéliales (de la surface des poumons) prétendant l'extrême toxicité du vapotage. En réalité, les résultats montrent qu'un plus grand nombre de cellules ont survécu à 56 jours du traitement au vapotage que celles soumises à 24 heures de fumée de cigarettes.
  • 2018: un chercheur new-yorkais gazent des souris avec un aérosol surdosé en nicotine, équivalent à des années de consommation concentré en quelques heures, avec une vaporette marchant à sec sans contrôle et donc en situation de brûler. Les souris étaient génétiquement sélectionnées pour leur forte tendance à développer des cellules cancéreuses. Cette expérience digne de Mengele fait de nouveau le tour du monde sans que les réactions unanimes des scientifiques pour dénoncer sa vacuité ne soient mentionnées par l'AFP.
  • 2018: des crises cardiaques attribuées au vapotage même si elles ont eu lieu avant que les fumeurs ne passent à la vape. Cette crétinerie produite par le pervers raciste et gâteux Stanton Glantz a été divulguées à plusieurs reprises durant l'année.
  • 2019: une étude stupide sur des cellules des vaisseaux sanguins soumis à du liquide pur de vapotage est reprise sans la plus élémentaire distance critique.
Dans toutes ces cas, l'AFP a fait preuve de négligence, d'absence de professionnalisme et n'a pas respecter les devoirs de la charte de Munich des journalistes, ni sa prétention à vérifier et donner une information fiable et honnête au public. Les conséquences en sont sanguinaires.


jeudi 20 juin 2019

Etude: 65,3% des fumeurs de 15-16 ans passés à la vape ont réduit ou stoppé les cigarettes

La vape "chez les adolescents non-fumeurs ne semble pas constituer un mode d'entrée majeur dans le tabagisme à l'âge spécifique de 15-16 ans", souligne une étude publiée cette semaine dans la Revue des Maladies Respiratoires*. La moitié des 1435 élèves de seconde stéphanois interrogés ont essayé le vapotage, mais seuls 3,6% vapotent au quotidien. Concernant le tabagisme, également la moitié de ces jeunes de 15-16 ans ont essayé une cigarette, mais 9,4% fument chaque jour. L'enquête d'une équipe de chercheurs pluridisciplinaires de Saint-Etienne confirme aussi que très peu des ados ne sont devenus fumeurs après avoir d'abord essayé le vapotage. "A l'inverse, les élèves qui avaient une consommation de tabac préexistante à leur initiation au vapotage déclaraient pour les deux-tiers d'entre eux qu'ils avaient réduit, voire arrêté, leur consommation de tabac depuis qu'ils vapotaient", précisent les chercheurs, dont le référent est Jérémie Pourchez, de l'école des Mines de Saint-Etienne.

Initiation au tabagisme au collège, essai du vapotage au lycée

"Concernant le cas particulier des élèves qui sont à la fois vapoteurs et fumeurs, les résultats de l'enquête en matière de prévalence temporelle entre tabagisme et vapotage indiquent que les adolescents ont plutôt tendance à débuter par un usage du tabac, qui s'est ensuite transformé en un usage dual des produits de tabac fumé et du vapotage", soulignent les chercheurs. Ce constat est cohérent avec d'autres enquêtes françaises montrant que l'initiation aux cigarettes se situe au collège, tandis que l'expérimentation du vapotage se passe plus tard au lycée.

Objet parmi d'autres objectifs de la recherche, la fameuse 'théorie de la passerelle' ne se voit donc de nouveau pas confirmée. "Parmi les 229 élèves qui n'avaient jamais fumé avant de vapoter, uniquement 15,7% (soit 36 élèves [ndr. 2,5% du panel total des élèves]) déclarent au jour de l'enquête consommer [ndr. au moins occasionnellement] du tabac fumé", relève l'enquête. Tandis que le taux de conversion de l'expérimentation du tabac (avant, après ou sans avoir essayé le vapotage) atteint 56%, soit plus de 3,5 fois plus. De quoi inviter les chercheurs à évaluer à l'avenir l'hypothèse inverse, à savoir un possible effet préventif du vapotage contre le tabagisme chez les jeunes.

Les ratios de risques corrigés par d'autres facteurs prévalant au tabagisme ne sont pas présentés dans l'étude. Celle-ci précise d'ailleurs qu'étant transversale, elle ne peut définitivement "réfuter l'existence potentielle de l'effet passerelle" dans la suite du parcours de vie des élèves. Evidemment, tout peut toujours arriver, surtout à 16 ans. Cependant, les chercheurs insistent sur la mise en lumière d'un facteur confondant de première importance étrangement ignoré par les études américaines militant pour la théorie de 'l'effet passerelle'.

Les usages des proches: le facteur confondant ignoré des études américaines


L'analyse des questionnaires des élèves stéphanois met en relief un élément majeur: les usages des proches. "Nous constatons que leurs usages sont très fortement influencés par l'entourage des adolescents (amis, famille) avec un risque multiplié par huit quand plusieurs personnes de l'entourage fument par rapport à un jeune dont aucun des membres de l'entourage ne fume. Étonnamment, à notre connaissance aucune étude dans la littérature n'avait recherché spécifiquement ce facteur de risque", note l'étude. En clair, les chercheurs pointent ici une énorme lacune des études américaines prétendant documenter l'effet passerelle. 

En occultant le facteur, que cette recherche montre extrêmement influent, du tabagisme des parents et amis, les études américaines sur les ratio de risques du tabagisme des jeunes lié au vapotage ont manifestement biaisé leurs calculs. Faut-il rappeler que le vapotage n'a pas inventé le tabagisme adolescent? Tenir compte des facteurs psycho-sociaux prévalant au tabagisme, parait incontournable pour les études qui cherchent à déterminer l'impact du vapotage sur le tabagisme des ados.

Le bien-fondé de "l'effet passerelle" s'écroule aussi vite que le taux de tabagisme des ados

Pour préciser la problématique par une analogie, on pourrait montrer une corrélation entre avoir fait du vélo à l'adolescence et devenir automobiliste. Mais avant de conclure à la nécessité d'interdire le vélo aux ados pour réduire la pollution de l'air ou les embouteillages, vérifier des caractéristiques des automobilistes telles que par exemple la distance entre leur habitat et leur lieux de travail, éventuellement corrélée à la qualité du réseau de transport public, pourrait montrer que le cyclisme adolescent n'est pas un facteur de risque pertinent sur le sujet. Bien que le vélo soit un moyen de consommer du déplacement tout comme les voitures.

En somme, les résultats de l'enquête stéphanoise non seulement ne valide pas d'effet passerelle, au moins sur les élèves jusqu'à 16 ans, mais montre clairement un biais majeur des études adhérant à cette théorie. Le bien-fondé de l'effet passerelle semble s'écrouler aussi vite que les taux de tabagisme dans les pays concernés par le vapotage. En outre, la mise en lumière du phénomène peut donner à penser qu'une des manières les plus efficaces de protéger les jeunes pourrait être d'aider les parents à sortir du tabagisme, en place d'entraver cette sortie au prétexte de protection des jeunes.

Existe t-il un problème d'information des jeunes ?

Parmi les 6,3% d'adolescents vapoteurs non-fumeurs actuels, 13,4% d'entre eux déclarent utiliser des liquides nicotinés, soit 0,8% de l'ensemble des adolescents de l'étude. Les auteurs soulignent qu'une majorité (56,4%) déclare ne pas savoir. On peut supposer l'absence de nicotine pour la plupart de ceux-ci étant donné ses effets gustatif et psychoactif remarquables. 

Mais ce défaut de connaissance des jeunes interroge. On peut se demander si les avertissements anti-nicotine abusivement imposés sur des produits de vapotage qui n'en contiennent pas, n'ont pas brouillé la compréhension de ceux qui devraient être la cible principale de l'information. A voir ces avertissements exagérément alarmistes partout, ils semblent ne plus rien signifier.

L'interdiction de vapotage aux jeunes semble surtout leur interdire l'accès à l'information

Une autre raison à cette méconnaissance pourrait le faible niveau d'encadrement du vapotage des mineurs. Selon les réponses à l'enquête, 59,2% se sont procurés leur produits de vapotage par des amis et 5% chez un buraliste, et seulement 9,2% par la famille et 12,2% par un magasin spécialisé. Les auteurs regrettent que "la loi n'est pas toujours respectée concernant l'interdiction de vente aux mineurs des produits du tabac et du vapotage"

Il nous semble que les données de leur enquête auraient plutôt du amener les chercheurs à soulever la question d'un possible effet de mésinformation des jeunes par cette interdiction sur le produit de réduction des risques. L'enquête n'a pas sonder ceux-ci sur leur perception et leur information sur la réduction des risques. Alors que les chercheurs soulignent que "seul l'usage exclusif du vapotage est recommandé pour permettre une réduction significative des risques pour la santé [ndr. par rapport à fumer]", le niveau d'information des élèves mériterait attention.

Curiosité, sociabilité et dépression

Par contre, l'enquête a questionné les adolescents sur leurs motifs de consommer des produits de tabac ou de vapotage. Au niveau subjectif, la curiosité est la principale raison invoquée par les adolescents pour essayer les produits, à la fois de tabac et de vapotage, avant des motifs de sociabilité. "Une autre raison souvent invoquée par les adolescents interrogés est la lutte contre différentes émotions négatives, avec des réponses parfois extrêmement violentes: "ça ne me fait pas péter un câble quand ma vie est pourrie", "dépression", "pour trouver une autre solution que de se tailler les veines" ", rapportent les chercheurs. 

Concernant spécifiquement le vapotage, les jeunes se rapportent plus souvent à l'aspect ludique, notamment des 'tricks' - dans ce que la chercheuse Fiona Measham a nommé la vortex subculture -,"mais également le besoin de diminuer la consommation de tabac"

Cependant, les auteurs signalent la tendance des jeunes aux Etats-Unis de passer des 'box', plutôt orientées pour faire des nuages et des figures souvent sans nicotine, aux 'pods', petits dispositifs plus orientés vers la prise de nicotine souvent sous forme de sels. Cette évolution a démarré en 2016 au moment de l'interdiction nationale de vente des produits de vape aux mineurs, les envoyant vers des sources moins regardantes, moins informantes et avec un choix restreint aux pods nicotinés.

L'étude 2019 est lancée chez les élèves de toute la Loire

La question des différents types de vape utilisés, ainsi que de mesurer une éventuelle apparition des cigarettes chauffées, va être dans la mire de la suite des travaux stéphanois. "Il sera d'une grande importance de poursuivre ce type d'étude dans les prochaines années afin de décrire l'évolution de l'usage du vapotage par les jeunes français", estiment les chercheurs. Jérémie Pourchez nous a confirmé que l'enquête 2019 est lancée en étant élargie à l'ensemble du département de la Loire recueillant les questionnaires de près de 6'000 élèves de seconde ligériens. 

En 2020, le chercheur compte étendre l'enquête à tout le rectorat de Lyon, "tout en y incorporant un travail qualitatif d'entretiens sur les trajectoires d'usage". Osons suggérer qu'au moment où l'organisation anti-tabac anglaise Action on Smoking and Health (ASH) s'alarme de la dégradation de l'information des jeunes sur les risques relatifs entre cigarettes et vapotage, un module sur cette perception par les élèves de seconde pourrait enrichir ce travail intéressant.

Quelques chiffres issus de l'étude

  • 50,3% ont essayé de vapoter et 50,4% ont fumé au moins une fois
  • L'usage occasionnel concerne un quart des 15-16 ans: 23,6% de vapoteurs occasionnels et 28,2% de fumeurs occasionnels 
  • Mais l'utilisation au quotidien diffèrent significativement entre les deux produits: 3,6% des élèves vapotent au quotidien contre 9,4% qui fument chaque jour 
  • Globalement, 56% des 15-16 ans stéphanois qui ont essayé une cigarette sont devenus fumeurs occasionnels ou quotidien, contre 15,7% de ceux qui ont essayé le vapotage en premier 
  • Une majorité des usagers occasionnels ou quotidien sont à la fois fumeurs et vapoteurs, double-usage qui concerne 17,6% de l'ensemble des jeunes enquêtés 
  • 0,8% des 15-16 ans vapotent avec nicotine sans être actuellement fumeur (13,4% vapotent avec nicotine parmi les 6,3% vapoteurs non-fumeurs) 
* Relations entre vapotage et tabagisme chez les adolescents en classe de seconde. Résultats d’une étude observationnelle descriptive transversale et monocentrique menée dans l’agglomération stéphanoise ; C. Denis-Vatant (CHU Saint-Étienne), C. Merieux (CHU Saint-Étienne), L. Leclerc (Mines Saint-Étienne), H. Duc (Mines Saint-Étienne), C. Berton (Mines Saint-Étienne), R. Jarrige (Mines Saint-Étienne), M. Nekaa (Direction des services départementaux de l’Éducation nationale Loire)d, e, J.-M. Vergnon (CHU Saint-Étienne), J. Pourchez (Mines Saint-Étienne) ; Revue des Maladies Respiratoires juin 2019 ; Doi : 10.1016/j.rmr.2019.04.002


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