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vendredi 24 mai 2019

Etude: le risque accru à vie de cancer du "vapotage passif" se situerait entre 0,000'0012% et 0,000'0027%

L'exposition de personnes tiers au vapotage augmenterait le risque à vie de cancer de 0,000'0012% à 0,000'0027%. Cette évaluation est un des résultats d'une étude italienne parue en janvier 2018 dans Journal of Aerosol Science. Pour comparaison, plusieurs études ont évalué l'accroissement du risque de cancer des poumons du tabagisme passif entre 10% et 30%. En s'appuyant sur ces chiffres, la magnitude d'écart des risques serait de l'ordre du million. En pourcentage, cela équivaut à une réduction du risque d'au moins 99,9999%.

[add nota bene: les chercheurs italiens n'ont pas fait la comparaison avec le tabagisme passif, probablement en raison des controverses sur les évaluation de celui-ci]

Plus grand encore que l'écart déjà impressionnant de risque accru à vie de cancer entre tabagisme et vapotage actifs que l'étude italienne évalue d'un ordre de plus de 50'000 fois moindre pour le vapoteur. Les auteurs, du département d’ingénierie de l'Université de Cassino, soulignent d'ailleurs que les mesures du vapotage actif se situent en dessous des normes édictées par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'Environnemental Protection Agency américaine (EPA). 

La recherche a mesuré les particules, leur composition, leur distribution dans un espace clos (de 40 m³) et la concentration de surface après chauffage à 37°C (température corporel) et à 300°C (pour vérifier la concentration en résidus après évaporation des liquides). Dans un pièce de 40 m³ - pour donner une idée, cela équivaut à une pièce de 4 mètres sur 4 avec un plafond à 2,40 m -, une personne a vapoté durant 10 mn (avec un modèle Ego, qui n'est plus très utilisé aujourd'hui), soit une durée double de celle que le fumeur a mis pour fumer sa cigarette pris en comparaison.

Plus de brouillard, moins de toxiques

Sans surprise, les mesures de particules, sans discriminer entre celles liquides et solides, sont nettement plus nombreuses avec le vapotage qu'avec la fumée de cigarette. Mais, l'analyse des concentrations solides de toxiques récoltées montrent des niveaux extrêmement plus faibles avec le vapotage que de la cigarette. Les chercheurs ont ensuite analysé ces concentrations selon les formules traditionnellement utilisées pour évaluer le risque à vie accru de cancer (ELCR).
"Des concentrations du nombre de particules égales à 6,30 - 9,08×10³ part. cm‾³ avec une distribution bimodale (à 30 nm et 90 nm) et des concentrations de surface spécifique de 5,16 - 5,90×10⁷ nm² cm‾³ (à 300 °C), respectivement, ont été mesurées dans un aérosol de vapotage de seconde main, entraînant des valeurs extrêmement faibles de risque accru à vie de cancer (ELCR) dues à l'exposition à un aérosol de vapotage de seconde main (1,24 - 2,70×10‾⁸)", Mauro Scungio, Luca Stabile, Giorgio Buonanno ; ma traduction de "Measurements of electronic cigarette-generated particles for the evaluation of lung cancer risk of active and passive users" in Journal of Aerosol Science https://doi.org/10.1016/j.jaerosci.2017.10.006 


La nature radicalement différente du vapotage et de la fumée

L'énorme réduction des risques entre tabagisme passif et exposition au vapotage s'explique en premier lieu par la différence radicale entre l'aérosol de vapotage et la fumée. En plus du monoxyde de carbone et de goudrons, absents du vapotage, la fumée de cigarette se caractérise par un niveau très élevé de particules solides. En second lieu, la cigarette émet un "sidestream" entre les bouffées prise par le fumeurs, qui constitue plus des trois-quart de la fumée dispersée dans l'environnement du fumeur. A l'opposé, le vapoteur n'émet que le vapotage qu'il a préalablement inspiré et dont il a retenu une large partie des substances. Deux études in vivo dont nous avons déjà parlé , l'une du CDC dans un magasin de vapotage et l'autre de l'Université de San Diego sur la pollution intérieure mesurée dans des logements de fumeurs, vapoteurs et de non-fumeurs, n'ont présenté aucune mesure significative de vapotage "passif". 


dimanche 19 février 2017

La vape bien moins toxique pour des cellules des bronches que la cigarette, selon une étude in vitro à l'Institut Pasteur de Lille

«Ces résultats suggère fortement une toxicité plus faible du vapotage comparé à la fumée de cigarette». C'est la conclusion d'une étude toxicologique menée à l'Institut Pasteur du CHU de Lille sur des cellules d’épithélium des bronches humaines. L'équipe de recherche, menée par Sebastien Anthérieu, a exposé des cellules à la fumée d'une cigarette et à l'aérosol de liquides de vapotage en reproduisant des conditions réalistes d'usage. Le manuscrit accepté par la revue Toxicology in vitro explique: «Tandis que la fumée de cigarette a fortement diminué la viabilité cellulaire après 48 mn d'exposition, le vapotage n'a induit aucune cytotoxicité après 288 mn d'exposition».

Outre la survie des cellules, les sept chercheurs ont mesuré un stress oxydatif significatif «qu'après l'exposition à la fumée de cigarette». En plus de ces éléments clefs des pathologies respiratoires chroniques, l'équipe de l'Impact of environnental chemicals on human health (IMPECS) a aussi procédé à une évaluation des effets sur les gènes. «Les données transcriptomiques des cellules exposées indiquent un grand nombre de gènes déréglementés en réponse à la fumée de cigarette (...) tandis que le vapotage n'a provoqué qu'une modulation très discrète». Voici deux des tableaux de résultats - en plus de celui sur la survie des cellules ci-dessus -, le premier concernant un marqueur de stress oxydatif (complété dans l'étude par des mesures des sécrétions inflammatoires), et le second concernant les modulations des gènes des cellules.
Le ratio de glutathion intercellulaire (GSSG/GSH), un marqueur de stress oxydatif

Nombre de modification dans l'expression des gènes des cellules soumises à la vape et à la cigarette 3R4F

Eléments de méthodo et matos

«Les données sur la toxicité du vapotage sur les fonctions cellulaires humaines se limitent jusqu'à présent à des expositions aiguës (Hiemstra et Bals, 2016). Toutefois, ces conditions peuvent sous-estimer les risques potentiels d'utilisation à long terme de la vape. De plus, la plupart des études n'ont pas effectué de comparaison directe avec la fumée de cigarette conventionnelle», stipulent les chercheurs. L'objectif de l'étude est donc d'évaluer en conditions réalistes si le vapotage est cause de toxicité après des expositions aiguës et répétées, et en comparer les effets à ceux de la fumée de cigarette.

Initiée en mars 2014, l'étude a utilisé des cigarettes standard de recherche (3R4F) et des appareils avec clearomiseur et batterie de type ego à 3,7 volts, données par la marque lilloise Nhoss, montées avec des résistances de 2,8 Ohms. Des liquides français de trois types - sans arôme, au goût tabac blond et menthe chlorophylle - étaient chacun en version sans nicotine et au taux de 16mg/ml. L'exposition des cellules de souche BEAS-2B à la vapeur s'est faite avec une interface air-liquid (ALI) pour reproduire des conditions réalistes d'usage. «Ce système est capable de correspondre à des situations de vie réelle et d'imiter de manière réaliste la dilution, le flux et les conditions d'humidité du vapotage ou du tabagisme», souligne l'étude, s'appuyant sur des articles de références en la matière.

«En l'absence d'un profil standardisé de vapotage, un volume et une fréquence de bouffées élevés ont été sélectionnés. La bouffée a été définie avec un volume de 55 ml durant 3 secondes, prise à intervalles de 30 sec., en utilisant un profil de bouffée d'onde carrée». En regard, les bouffées de cigarette représentaient un volume de 35 ml durant 2 sec., prises toutes les 60 sec., suivant un standard ISO réputé en la matière (ISO 3308:2012). En somme, le vapotage a été soumis à un régime de bouffées plus volumineuses et deux fois plus fréquentes que la fumée de cigarette.

Référence de l'étude :
Comparison of cellular and transcriptomic effects between electronic cigarette vapor and cigarette smoke in human bronchial epithelial cells
Sébastien Anthérieu, Anne Garat, Nicolas Beauval, Mélissa Soyez, Delphine AllorgeGuillaume Garçon and Jean-Marc Lo-Guidice; de l'Univ. Lille, CHU Lille, Institut Pasteur de Lille, EA 4483 - IMPECS - IMPact of Environmental ChemicalS on human health
in Toxicology in Vitro, TIV 3902, doi: 10.1016/j.tiv.2016.12.015

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