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mardi 17 juillet 2018

Le Juul effect: les investisseurs ont perdu la foi en Big Tobacco

"Il est surprenant de voir une industrie aussi solide et rentable être liquidée comme cela en seulement six mois, mais la réaction des investisseurs montre clairement que les actions des cigarettiers ne sont plus la valeur sûre qu'elles étaient depuis des générations". L'analyste Jeremy Bowman ne mâche pas ses mots sur Motley Fool, le site d'information financière. Son article fait écho à l'alerte du cabinet S&P Global la semaine dernière sur les actions des trois principaux cigarettiers.  Les cours de Philip Morris, Altria et British American Tobacco ont chacun perdu près de 20% de leur valeur sur les six premiers mois de l'année et  n'ont pas récupéré de leur crash du printemps.

Bloomberg black-out

Ce crash le 19 avril dernier a été provoqué par la publication d'une des analyses financières les plus importantes de l'année, bien que toute la presse liée à l'oligarque Michael Bloomberg a choisi de la passer sous silence. Pourtant, celui dont Forbes estime la fortune à 50 milliards $ en 2018, a bâti sa richesse sur l'information financière. Mais Michael Bloomberg est également parti en guerre contre la réduction des risques, et en particulier contre le vapotage. Il a annoncé en mars, dans un article qu'il a commandé au Guardian, avoir investi un milliard dans sa croisade. 

Aux Etats-Unis, seul John Cramer du show Mad Money sur CNBC a parlé sur un média grand public de l'analyse de Citi Group qui a mis le feu aux poudres de Wall Street. "La vaporette JUUL a commencé d'écrouler l'industrie cigarettière américaine", titre le rapport dirigé par Adam Spielman, qui ne se trouve pas en accès public mais dont nous en avions relaté les principaux points. La chute de 6% des ventes de cigarettes sur le premier trimestre de l'année s'est accompagnée de la poursuite de l'assaut de la Juul du marché des détaillants des produits de vapotage. Le pod rectangulaire aux sels de nicotine a pris plus de la moitié de ce canal, qui représente un cinquième des ventes globales de produits de vape aux Etats-Unis. Ce réseau de distribution était jusque-là la chasse gardée des produits des cigarettiers. 

Les actions de Big Tobacco soldées

Les investisseurs ne s'y sont pas trompés, les cours des Big Tobacco se sont effondrés dés la publication du rapport de Citi Group. Trois mois après, en dépit du black-out des médias liés à Bloomberg, les réseaux d'information financière indépendants discutent encore de cette nouvelle donne. "Les actions des cigarettiers ont été liquidées cette année en grande partie parce que les fabricants de cigarettes auraient du mal à faire la transition vers les nouvelles technologies", analyse Jeremy Bowman sur Mottley Fool. En particulier, la cigarette chauffée Iqos de Philip Morris ne convint pas beaucoup de consommateurs de 36 des 38 pays où elle se trouve, à part au Japon et en Corée du Sud.

La baisse générale des ventes de cigarettes force une transition des cigarettiers vers le vapotage ou de produits directement concurrents. C'est un fait mis à jour par le mouvement de la vape: une large partie des fumeurs aspire à des produits à risques réduits, comme le souligne Oliver Kershaw, fondateur de l'ECig Forum, dans une série de tweets. Du côté des financiers, "l'inquiétude suscitée par la transition vers le vapotage est qu'un petit concurrent pourrait battre les géants du tabac. Cela semble déjà se produire avec Juul, le fabricant de vape à la croissance la plus rapide aux Etats-Unis", résume l'analyste Jeremy Bowman.

Campaign for Tobacco-Free Kids à la rescousse des cigarettiers

Outre qu'il met en grande difficulté les cigarettiers, l'essor de la Juul a déclenché une campagne hystérique à son encontre. Au moins en apparence, ce ne sont pas les cigarettiers qui la mènent mais des organisations soi-disant anti-tabac dont la puissante Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK). Notoirement lié à Michael Bloomberg et ayant décroché le gros lot en négociant en secret avec Philip Morris un règlement à l'amiable du procès de 1998, Matt Myers, leader de CTFK, a désormais fait de la Juul sa cible principale. 

Alors que le taux de tabagisme adolescent s'est effondré de moitié depuis 2011, la part des ados a avoir expérimenté le vapotage s'est réduit depuis 2015, date de l'apparition de la Juul. Pourtant, celle-ci est accusée de propager une "épidémie de juuling chez les lycéens". En boucle, les médias, y compris français, répètent ce mantra, l'illustrant régulièrement d'images de spots TV anti-vape mettant en scène des jeunes recrutés spécialement pour l'occasion par un cabinet de marketing. Un classique de discours auto-référentiel narcissique où les médias montrent leur propres reflets en guise de preuves. 

La coalition des conservateurs du tabagisme

Le lynchage médiatique de la Juul pourrait prolonger les bonnes affaires des cigarettiers et des autres lobbys vivant sur le dos des fumeurs en ralentissant l'essor du pod. Comme le croquait, lors du dernier Global Forum on Nicotine, David Sweanor, professeur de droit à l'Université d'Ottawa: "Nous avons de nouveau là un exemple de la vieille alliance entre puritains et trafiquants [baptists and bootleggers coalition]".

Du point de vue de la réduction des risques, la Juul constitue un produit très intéressant comme en témoigne sa saignée du tabagisme américain. Cependant, la prise d'une grande part du marché par un seul produit, même indépendant des Big Tobacco, fait courir le risque d'une concentration réduisant la diversité et le pouvoir de choix des consommateurs. Le gel des innovations sur le marché américain provoqué par la réglementation de la FDA favorise malheureusement une telle évolution.



dimanche 8 juillet 2018

[Bref] USA: cyber-attaque massive contre la consultation de la FDA sur les arômes de vape

Plus de 250'000 faux commentaires postés par un bot
Au moins 255'000 faux commentaires ont été postés les 8, 9 et 10 juin par un script automatique sur la consultation publique ouverte par la Food and Drug Administration (FDA) à propos des arômes de vapotage. Le 11 juin, les serveurs de la consultation ont été assaillis au point de forcer les autorités américaines à mettre en veille l'accès à la plateforme. "Une source interne de la FDA estime que ce 'spamming' massif de plus d'un quart de millions de faux commentaires est "extraordinaire" et "sans précédent" ", révèle Regulator Watch. Selon un responsable de la procédure, contacté par la chaîne pure player, au moins 60% des plus de 425'000 contributions ont été postées par un logiciel 'bot' et contiennent des prises de position pour l'interdiction totale des arômes de vapotage. Le script modifie les textes soumis, mais la récurrence de phrases types provenant de la déclaration de l'organisation Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK) est manifeste, selon les informations de Reg Watch qui s'est procuré trois des quatre modèles types bombardés par le script. Au moment d'écrire ce billet, Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK) n'avait pas réagit à la nouvelle.

A noter que la Juul, un pod contenant des liquides à 50 mg/mL de sels de nicotine, est prise en bouc-émissaire par l'attaque organisée, bien que depuis sa mise sur le marché le tabagisme connait une chute sans précédent et le vapotage recule chez les adolescents américains. Ses ventes représentent environ 10% du marché du vapotage global aux Etats-Unis, avec une part de 60% du marché de détail (de type kiosques). Sa popularité croissante a entraîné une chute inattendue de près de 6% des ventes de cigarettes au premier trimestre 2018, faisant craindre au monde financier l'explosion de l'industrie cigarettière américaine.

La consultation publique invalidée à cause de l'attaque ?

Carl Phillips avait déjà tiré la sonnette d'alarme le 25 juin sur des anomalies de la consultation de la FDA. "Le nombre phénoménal de commentaires indique qu'il doit y avoir actuellement une campagne active", expliquait alors le chercheur dans le Daily Vaper, sans se douter de la nature de cyber-attaque révélée par Reg Watch. "L'opération a failli faire tomber les serveurs fédéraux et a inondé le réseau interne au point qu'il est devenu presque impossible à la FDA de traiter les soumissions. Cette attaque massive remet en cause la crédibilité du processus de consultation publique", explique Brent Stafford de Reg Watch. De leur côté, les autorités fédérales ont ouvert une enquête sur la validité des soumissions et de l'ensemble du processus de consultation. C'est peut-être là le véritable objectif de cette attaque grossière: faire annuler le processus de consultation publique et réduire au silence les témoignages du public.

La vidéo de l'émission de Reg Watch de ce 7 juillet:


lundi 11 juin 2018

USA: le tabagisme adolescent continue de s'écrouler en 2017, tandis que le vapotage fréquent est minime selon les données de 2015

National Youth Tobacco Survey 2005 - 2017
Depuis 2011, le tabagisme adolescent a chuté de plus de moitié aux Etats-Unis. En 2017, les lycéens sont 7,6% à avoir fumé, ne serait-ce qu'une bouffée, dans les trente jours précédents l'enquête National Youth Tobacco Survey (NYTS), contre 16% six ans auparavant. Dans la même période, le vapotage, selon un critère équivalent d'usage, a pris son envol passant de moins de 2% en 2011 à 11,7% l'an passé. Mais contrairement à ce que l'hystérie médiatique contre la vaporette Juul laissait croire, ce taux est stable par rapport à 2016 (11,4%) et même nettement inférieur aux 15,8% de 2015. "Mais où sont donc passé les ados 'juulers' ?", ironise le site Vaping 360 à la lecture du rapport du Center of Disease Control (CDC) sur l'enquête NYTS. Chez les collégiens aussi, le tabagisme continue de chuter avec seulement 2,1% qui déclarent avoir fumé dans les trente jours précédents l'enquête. Tandis que le vapotage dans les trente derniers jours diminue à 3,3% en 2017, contre 4,3% en 2016. 

Présentation étrangement anxiogène

Cependant, la manière de présenter les résultats du CDC étonne. Puisque l'organisme non seulement assimile le fait de vapoter, y compris sans nicotine, à du tabagisme. Mais il prend surtout pour critère de fumer et de vapoter "couramment", la prise ne serait-ce qu'une bouffée dans les trente jours précédents l'enquête devenant ainsi, l'une ou l'autre, du tabagisme caractérisé. De plus, le CDC présente ses résultats en extrapolant les pourcentages de déclarations de son échantillon en nombres de jeunes à l'échelle nationale. Or, contrairement à ce qui est écrit dans son communiqué, le CDC n'a pas interrogé les "3,6 millions d'élève des collèges (middle school) et lycées (high school) qui déclarent être usagers courants de produits du tabac, y compris de produits de vapotage". En réalité, l'enquête porte sur un échantillon de 17'872 élèves en 2017. La sociologue canadienne Amelia Howard, de l'Université de Waterloo, a relevé cette incongruité dans une série de tweets.

1,7% de vapotage fréquent en 2015

Une présentation plus claire et honnête serait probablement moins anxiogène pour le public. Notamment sur le chapitre du vapotage, où des usages très différents sont masqués derrière le chiffre présenté de vapotage dans les trente derniers jours. Pourtant. ces données sont collectées par l'enquête NYTS. Sur celle de 2015, au moment du pic de consommation de vape annoncé par le CDC, une analyse plus détaillée des données, menée par le Dr Konstantinos Farsalinos, les Prs Riccardo Polosa et Venera Tomaselli, montre que seuls 1,1% des adolescents vapotaient au quotidien, 0,6% fréquemment (entre 20 et 30 fois dans le mois) et encore 1,1% entre 10 et 19 fois dans le mois. L'étude, en voie de publication dans l'American Journal of Preventive Medicine (AJPM), met aussi en relief que ce vapotage fréquent est très largement le fait de fumeurs ou ex-fumeurs.

K. Farsalinos, R. Polosa, V. Tomaselli dans American Journal of Preventive Medicine juin 2018

"Un non-fumeur qui essaie une seule bouffée de vape est massivement différent d'un vapotage quotidien. L'utilisation chaque jour, peut être potentiellement un problème, une seule bouffée est probablement juste de la curiosité et mérite à peine d'être mentionnée", souligne Lee Johnson, journaliste spécialisé du domaine, dans son compte-rendu de l'analyse. Parmi les lycéens n'ayant jamais fumé, seuls 0,3% vapotaient fréquemment. "Bien que l'augmentation récente de l'utilisation du vapotage à 30 jours chez les jeunes américains suscite des préoccupations raisonnables, les données présentées ici montrent que la majorité de cette consommation de vapotage est expérimentale ou peu fréquente, alors que l'utilisation régulière est minime chez les non-fumeurs", conclue l'étude publiée dans l'AJPM.

American Journal of Prventive Medicine juin 2018

Une vérité dérangeante pour le CDC

Lee Johnson pointe le problème de catégorisation des autorités américaines. "Le choix du CDC de définir "l'utilisation courante" comme tout vapotage au cours du mois passé, en ignorant complètement la fréquence d'utilisation, a contribué à beaucoup de confusion autour du sujet. Le vapotage est souvent dépeint comme une épidémie de toxicomanie et de comportements compulsifs, mais les données montrent qu'il s'agit principalement d'une épidémie d'expérimentation - mis à part dans le groupe à qui il bénéficie: les fumeurs réguliers", avant d'insister: "La vérité dérangeante pour le CDC est que si la plupart des vapoteurs réguliers sont des fumeurs et des ex-fumeurs - et c'est le cas - la hausse du vapotage peut être une bonne chose pour les adolescents de la même manière que cela l'est pour les adultes. Le vapotage est un allié de la santé publique, que la santé publique choisisse de l'accepter ou non".

dimanche 10 juin 2018

[Bref] En Nouvelle-Zélande, la santé publique demande a une obscurantiste américaine de la fermer

"Laisser une personne des États-Unis, scientifique de laboratoire sans aucune expérience réelle de travail avec les gens pour les aider à arrêter de fumer, tenir ces propos est tout simplement irresponsable. Elle ne semble pas travailler avec des patients ni dans la santé publique. Pourquoi la laisser commenter ces questions ?" Lance Norman, le directeur de Hãpai Te Hauora le service de santé publique maori, ne décolère pas des propos irrationnels contre le vapotage diffusés sur TV3 à travers une interview de Michelle Peace, professeure en Médecine légale de Virginie (USA). Les acteurs de terrain néo-zélandais s'agacent de cette "ingérence américaine contre la santé publique " sur la question de l'arrêt tabagique.

A l'émission The Project mercredi dernier en prime time, l'américaine Michelle Peace déclare croire que les vapoteurs devraient "être inquiets", car le vapotage contient des "produits chimiques" (!) dont de "la nicotine" (!!). "Je pense que les scientifiques discutent encore pour déterminer si les effets sont ou non à l'échelle inoffensive. Ce n'est pas de la vapeur d'eau, et l'eau dans les poumons est appelée la noyade alors... [rires]", s'est-elle ridiculisée. Avant de refuser de débattre de l'efficacité du vapotage pour arrêter de fumer, en concédant qu'il ne fait "aucun doute que les gens ont besoin d'arrêter de fumer des cigarettes"

Dry dead

"Comment perdre sa crédibilité de scientifique d'un seul coup? Allez sur The Project NZ et dites que les vapoteurs 'inhalent de l'eau', et que donc 'ils seraient en train de se noyer'! Oops. S'en tenir à des sujets que l'on connait", griffe Marewa Glover, spécialiste néo-zélandaise de l'arrêt tabagique, sur Twitter. Bien qu'américain, le Pr Carl Philipps ajoute avec son sens de l'ironie que "si vous n'avez pas trace d'humidité dans les poumons, c'est que vous êtes mort en plein désert depuis quelques temps déjà".

Lance Norman aussi a bondit de son canapé en entendant le florilèges de grosses conneries de Michelle Peace à une heure de grande écoute. "Des commentaires erronés ont été émis dans cette émission à l'intention des personnes qui essayent d'arrêter de fumer. Nous sommes surpris qu'il n'y ait pas eu de contre-point", explique le communiqué de l'organisme de santé maori. "Il y a des dizaines de millions de personnes qui vapotent dans le monde entier et il n'y a encore aucun signe de problème de santé majeur, rien de comparable aux dommages immenses et irréversibles causés par les cigarettes. Parler de la maladie des ouvriers du «pop-corn» américains à cause du vapotage est de l'alarmisme infondé", insiste Lance Norman sur une des perles de l'américaine.

Ne pas nuire

Mihi Blair, directrice générale du service national de lutte contre le tabagisme, est aussi en colère contre l'obscurantiste américaine: "Si elle se souciait de nos communautés, en tant que toxicologue médico-légale, elle aurait pu mentionner la stupéfiante toxicité de fumer des cigarettes et de la fumée secondaire et que le vapotage ne présente pas". Cette volée de bois vert s'est clôt par un appel à la responsabilité sanitaire du directeur de Hāpai Te Hauora. "Nous devons être en mesure d'offrir à nos gens la meilleure chance possible d'être sans fumée", déclare Lance Norman. "Nous avons les témoignages de beaucoup de fumeurs pour qui le vapotage fonctionne pour eux. Ne rendons pas une tâche difficile encore plus dure en répandant des peurs inutiles".


dimanche 3 juin 2018

Australie: controverse entre médecins sur l'échec de la politique anti-tabac conservatrice

Islande - Norvège - USA - Angleterre - Canada - Nouvelle-Zélande - Australie
Depuis 2013, le tabagisme en Australie n'évolue plus. "Il n'y a eu presque aucun changement. Certains disent que le nombre de fumeurs pourrait même avoir augmenté très légèrement", déclare le Dr Joe Kosterich, directeur de la nouvelle Australian Tobacco Harm Reduction Association (ATHRA)*, au site news.com.au. L'association pour la réduction des risques liés au tabac a comparé l'évolution du taux de fumeurs adultes dans sept pays depuis 2013. Résultat, selon les données officielles de chaque ministère de la santé, l'Australie est le pays où le tabagisme évolue le moins. Une chute de 0.2% par an, quand l'Islande caracole en tête avec une chute de 12% annuelle. Autre pays du Nord de l'Europe où le snus connait du succès, la Norvège connait une baisse de 7% annuelle, comme les Etats-Unis. Les anglais avec 5% connaissent une baisse de leur tabagisme 25 fois plus rapide que l'Australie.

Sans outil de réduction des risques, le taux de tabagisme stagne

"Si nous examinons d'autres pays, ils ont fait à peu près les même choses que nous: augmenter la fiscalité, interdire de fumer dans les lieux publics, éduquer sur l'impact sanitaire de fumer. Toutes ces choses sont des évolutions vraiment importantes, mais à un moment on atteint un seuil où on stagne", explique le Dr Joe Kosterich. L'Australie, à l'opposé des autres pays mentionnés dans la comparaison, interdit toutes les alternatives nicotinées à risque réduit. Ni le vapotage nicotiné ni le snus n'y sont autorisés de vente. "Ces pays se sont orientés vers ces autres formes d'usages de nicotine qui n'impliquent pas de fumer des cigarettes et leurs taux de tabagisme sont en baisse. La différence entre eux et nous est qu'ils ont adopté ces nouvelles technologies et nous ne l'avons pas fait", insiste le représentant de l'ATHRA.

Fin septembre, l'Australian Institute of Health and Wellfare (AIHW) publiait les dernières statistiques officielles: 15,8% de fumeurs adultes au quotidien en 2016, ils étaient 16,4% en 2013. Pourtant, le paquet neutre depuis 2012 est combiné à des hausses de prix qui font des cigarettes australiennes les plus chères au monde. Compter environ 35$au, soit 22€, le paquet, avec des hausses de 12,5% prévues chaque année jusqu'en 2021. Les statistiques officielles du tabagisme n'intègrent pas les indigènes dont le taux de 44,4% de fumeurs adultes en 2016 illustre le peu de cas des autorités australiennes envers ses minorités ethniques. Pour la communication, le Ministère préfère la statistique intégrant les adolescents dès 14 ans, pratique inhabituelle au niveau international, pour mettre en avant un taux général de 12,2%.

Soutien de la politique en place et opposé à l'approche de réduction des risques, le Dr Tony Bartone, de l'Australian Medical Association (AMA), estime ne pas "savoir si les cigarettes électroniques aident vraiment les gens à cesser de fumer". Une méconnaissance qui tourne rapidement à la superstition dans sa bouche. "Nous ne nions pas que c'est moins dangereux que de fumer les véritables cigarettes, mais il s'agit de normaliser tout le comportement", affirme le Dr Tony Bartone sur les ondes de 3AW cette semaine.  Une affirmation qui a surpris le Dr Joe Kosterich: "Dire que le vapotage normalise le tabagisme équivaut à dire que donner un verre d'eau à un enfant normalise la vodka. Ça ne veut rien dire".

Le Dr Bartone ne sait pas

Mais le représentant de l'AMA n'en démord pas. "Nous ne savons pas quels sont les inconvénients d'inhaler de la vapeur. Nous ne savons pas si cela fonctionne comme aide à la cessation complète. Nous disons, voyons les preuves. Je sais qu'il y a eu des rapports scientifiques écrits pour dire que ça fonctionne. Mais c'est discutable", explique le Dr Tony Bartone au micro de Neil Mitchell. Pourtant, l'impact sanitaire de la fumée de cigarette est bien connu et le tabac se trouve en vente libre en Australie, à un prix très élevé certes. 

A l'opposé de cette frilosité conservatrice, le Dr Joe Kosterich propose d'être pragmatique. "Dans un monde idéal, les gens ne fumeraient pas ni ne vapoteraient. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal. Certains fumeurs iront de fumer à vapoter puis plus rien du tout, et d'autres vont passer de fumer à vapoter sans nicotine parce que certaines personnes aiment ou ont besoin du mouvement main / bouche et c'est OK. Nous n'avons pas à juger négativement ces personnes. Idéalement, personne ne ferait quoi que ce soit, mais nous pouvons faire davantage dans ce pays pour présenter aux fumeurs un moyen moins nocif. Au pire, vous n'arrêtez pas complètement de consommer de la nicotine, mais vous faites déjà quelque chose de moins nocif. Pourquoi nous considérons cela comme une mauvaise chose dans ce pays n'a pas beaucoup de sens"

* La nouvelle association ATHRA, en plus du Dr Joe Kosterich, regroupe des personnalités comme le Pr Colin Mendelsohn, spécialiste de la question tabagique et de santé publique à l'Université de South Wales, le Dr Alex Wodak, de l'association Harm Reduction Australia, et la Dr Catherine Silsbury, tous deux spécialistes des dépendances, et Stephen Elsom, représentant des usagers en son sein. Le site de l'ATHRA était en maintenance au moment de la rédaction de ce billet. 

dimanche 27 mai 2018

"Le tabac et la pharma m'ont déclaré la guerre", Herbert Gilbert inventeur d'une vaporette en 1963

"Tous les dispositifs de vapotage d'aujourd'hui appliquent simplement la technologie du 21ème siècle à mon invention du 20ème siècle. Les deux premiers paragraphes de mon brevet de 1963 vous surprendront". Herbert Gilbert, le résident en Floride âgé de 87 ans, répond à un interview du quotidien madrilène La Razón, repéré par SkyVape, le dynamique site italien

Le bricoleur ingénieux, revient sur son brevet déposé en 1963 d'un système de vaporisation de liquide nicotiné, pour remplacer les cigarettes en éliminant la fumée qu'il avait déjà conté en 2013 à Ashtray Blog. "Mon père venait d'une famille de boulangers, avant de se tourner vers la ferraille. J'allais souvent à la boulangerie et ça sentait très bon... Mais si un bâtiment brûle, la première chose que l'on crie est de se mettre à terre, car sinon la fumée vous tue. La logique m'a indiqué de me débarrasser du feu en remplaçant la fumée par de l'air chaud, humide et aromatisé", explique Herbert Gilbert à la Razón. 

Le tabac et la pharma font tout pour tuer son invention

Et il en dépose donc le brevet, que j'avais déjà évoqué début 2017 pour corriger une fake news de l'AT Suisse. Puis, que s'est-il passé? "J'en ai fait quelques unes et j'ai essayé de les vendre. Mais je n'étais pas de taille face aux grandes compagnies de tabac et aux compagnies pharmaceutiques qui m'ont déclaré la guerre", raconte l'américain. Son invention ne trouve pas de producteur. "Dès que le brevet a été délivré et publié, les fabricants de produits pharmaceutiques et de tabac ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour empêcher son succès et, dès son expiration, ils ont tous présenté de nouveaux brevets avec la même fonction opératoire que mon invention originale", dénonce l'octogénaire.

Mais Herbert Gilbert est heureux qu'aujourd'hui le vapotage puisse enfin se développer. Il estime que son invention a concouru à l'essor du moyen de réduction des dommages et contribue à la santé humaine. "Je n'ai pas reçu de récompense et je n'appliquerais pas mon brevet à ceux qui sauvent des vies. Faire partie du conseil d'administration de la société innovante de la famille Cameron est une reconnaissance suffisante", explique malicieusement Herbert Gilbert qui a rejoint l'Human Health Organisation dirigée par John David Cameron.

Vapoteur à 87 ans

Il profite aussi du produit, Herbert Gilbert vapote lui-même pour ne plus fumer. "La législation sera continuellement sous la pression du tabac tant qu'il y a des fumeurs. Ils ont créé un des lobbys les plus puissants. Enfin, nous sommes en train de sortir de cette fumée et nous rendre compte que près de six millions de personnes meurent chaque année inutilement dans le monde". Avant d'insister pour conclure: "Aux autorités espagnoles qui veulent éviter la vape, j'ai envie de demander: De quel côté de l' histoire voulez-vous être ? Du côté de ceux qui ont provoqué plus de 100 millions de morts au 20è siècle ? Le tabac est un incendie. Eteignez le feu et arrêtez les dommages. Le vapotage n'a pas de feu".

"La vaporette Juul est en train d'écrouler l'industrie cigarettière US"- Le rapport qui annonce la fin de Big Tobacco


Le 19 avril dernier, la bourse de New-York s'affole. Le cours de Philip Morris chute en quelques heures de 15,58%, tandis que BAT et Altria perdent près de 6%. La veille à minuit, la publication d'un rapport de 76 pages a mis le feu aux poudres. "La vaporette JUUL a commencé d'ébranler [disrupt] l'industrie cigarettière américaine", titre le rapport dirigé par Adam Spielman de Citigroup. Sans état d'âme ni parti pris sur le champ de la réduction des risques, les analystes financiers expliquent. Jusque-là, les cigarettiers arrivaient à compenser la baisse du volume de ventes par une hausse des prix et des marges sur leurs produits. Mais l'essor de la vaporette Juul sur le marché des détaillants américains bouleverse la donne. Un phénomène inédit et inattendu analysé en détail par ce rapport de Citi. Il a  pourtant été passé sous silence par la quasi totalité des médias.

Effondrement des ventes de cigarettes en 2018 aux US

Sur le premier trimestre 2018, les ventes de cigarettes aux US ont chuté de 6% selon les données de l'institut Nielsen, estimées fiables, sur lesquelles s'appuient les analystes de Citigroup. "C'est de un à deux points pire que ce que les modèles historiques prévoyaient. Ceci est du à l'essor rapide de la JUUL", estiment les auteurs. Cette chute des vente des cigarettes dépasse le phénomène lié à l'élasticité historiquement enregistré qui indiquait une baisse de l'ordre de 4% à 4,5%. "Nous avons été très surpris par la détérioration des volumes de vente de cigarettes au premier trimestre 2018, parce que les tendances trimestrielles en 2017 étaient consistantes avec les modèles historiques", insiste le rapport (p. 10). Plus finement, l'analyse date de décembre 2017 le début de l'accélération de la chute des ventes de cigarettes. 


D'autres indicateurs montrent que le phénomène est inédit. Habituellement, les évolutions de ventes de cigarettes sont corrélées étroitement à celles des bières. En gros, les "blue collars", les ouvriers, qui arrêtent de fumer, boivent moins. Or, la chute actuelle de ventes de cigarettes aux Etats-Unis n'a pas son pendant en terme de ventes de bière. Alors qu'est-ce qui provoque cette chute impromptue du marché cigarettier américain ?

"Il est impossible de dire avec une totale certitude ce qui a causé le changement, mais le candidat le plus crédible est la vaporette JUUL. Dans le 'retail channel' [le secteur des détaillants - kiosques, supermarchés...] mesuré par Nielsen, les ventes de produits de vapotage ont plus ou moins doublé au premier trimestre 2018 par rapport au premier trimestre 2017. La JUUL représente près de 90% de cette croissance. Le vapotage représente à présent presque 4% des ventes totales des produits de tabac dans les données de Nielsen. En fait, nous croyons que les ventes de vapotage sont beaucoup plus importantes que cela, car la majorité des ventes de vaporettes ne sont pas capturées par l'institut Nielsen", expliquent l'équipe menée par Adam Spielman (p.13).

Nielsen spécifie d'ailleurs que le 'retail channel', sur lequel ils ont évalué les ventes des Juul, correspond à environ 20% du marché global du vapotage. Bien que 'l'hypothèse Juul' ne soit qu'une hypothèse, les auteurs de Citigroup n'en voient pas d'autre crédible.  
"Si ce n'est pas JUUL qui provoque la détérioration des ventes de cigarettes, alors nous avons du mal à expliquer ce déclin accéléré des cigarettes dans les données Nielsen. Nous ne connaissons rien d'autre qui pourrait l'expliquer".

L'effondrement de Big Tobacco a commencé

Le cours de la valeur boursière de Philip Morris à New-york ces derniers mois et son crash du 19 avril
A court terme, les cigarettiers, et Philip Morris en particulier, ont les reins assez solides pour encaisser le coup. "Mais à long terme, nous pensons que la réduction des volumes de cigarettes rendra difficile la poursuite de la croissance des bénéfices comme auparavant. Nous prévoyons qu'une partie de la perte du volume de ventes de cigarettes sera remplacée par des ventes de Produits de Nouvelle Génération (PNG). Le problème est que les PNG ont toujours été déficitaires pour les entreprises cigarettières. Cela signifie que même si les PNG pouvaient protéger les ventes, nous nous inquiétons des profits", expliquent les analystes.

Les vapoteurs le savent. Les produits de vape des cigarettiers sont de piètres qualité et systématiquement en retard sur les développements de la dynamique industrie, voire artisanat, indépendante. Mais jusque-là, ils occupaient le marché des détaillants grâce à leur prédominance sur le réseau de distribution. L'irruption de la Juul sur ce secteur les concurrence directement et les a défait en quelques mois. Au-delà de la conjoncture circonstancielle, le modèle structurel même semble explosé. L'oligopole puissant mais lourd des Big Tobacco parait incapable de s'adapter à la révolution des vapeurs impulsée sous forme de guérilla de l'industrie indépendante.

L'Iqos peut-elle sauver Philip Morris ?

Les vaporettes Mark Ten pour Altria - la branche américaine de Philip Morris - et la myBlu d'Imperial Tobacco, dont les français sont abreuvés de publicité déguisée via un site grimé en site de vapoteurs, tentent de sauver des parts de marché des cigarettiers face à la Juul en cassant les prix. "Cependant, nous ne nous attendons pas à ce qu'ils compensent la marge perdue - en fait, nous prévoyons que l'Elite [de Mark Ten] et myBlu seront déficitaires (...). Cela signifie que même si Altria et Imperial peuvent prendre une part du secteur du vapotage en pod, nous ne nous attendons pas à ce que cela soutienne leurs profits immédiatement", explique le groupe de recherche de Citi. Du coté de Philip Morris, et Altria son alter ego américain, ainsi que chez British American Tobacco (BAT), un autre type de produit essaie de colmater la brèche du vapotage: les cigarettes de tabac chauffé.

"Sur long terme, nous ne prévoyons pas que le tabac chauffé transforme le marché des cigarettes aux États-Unis, comme il l'a fait au Japon et en Corée", estiment les auteurs."L'Iqos est susceptible de produire des pertes pour Altria bien que le montant exact sera probablement caché dans les bilans financiers. Pour que l'Iqos soit performant, Altria doit investir pour le porter de l'avant. Le déploiement d'Iqos en Europe et en Asie de l'Est a montré que des investissements considérables au départ sont nécessaires pour convaincre les fumeurs de passer à ce produit non intuitif. Philip Morris (PMI) souligne les besoins en magasins Iqos, shop-in-shops et de coachs. En outre, PMI a investi considérablement dans une infrastructure numérique et des centres d'appels. En Europe, nous nous attendons à ce que les Iqos soient déficitaires en 2018, plus de 2 ans après son lancement initial, malgré un régime fiscal beaucoup plus favorable et notre prévision de ventes nettes de 1,3 milliard de dollars dans la région en 2018", argumente le rapport.

Mais pourquoi ce "pessimisme" ? Au Japon et en Corée du sud, l'Iqos fait un tabac en ayant pris plus de 12% du marché des cigarettes. Depuis, Japan Tobacco a même annoncé un écroulement de ses ventes de cigarettes de plus de 14% en mars 2018. Mais en Suisse par exemple, où le produit a été lancé en 2015 et dans le contexte favorisant le produit de Philip Morris de prohibition administrative - jugée illégale le 24 avril dernier par la justice Suisse - de vente du vapotage nicotiné, sa part de marché atteint fin 2017 péniblement 1,2% du marché des produits de tabac, selon les données de Citi. Les analystes pensent que les américains consomment plutôt à la manière des suisses, des allemands ou des canadiens qu'à l'image des japonais ou des coréens pour deux raisons.

"En Asie de l'Est, les cigarettes à faible ou très faible teneur en nicotine sont courantes (...), et les consommateurs [asiatiques] aiment l'innovation dans les cigarettes et la technologie. Les fumeurs américains ne sont généralement pas comme ça", soulignent les auteurs de Citi. Un récent article du Vaping Post développe une analyse similaire en insistant sur les différences civilisationnelles qui soutiennent l'actuel essor de l'Iqos et la baisse concomitante des ventes de cigarettes combustibles au pays du soleil levant. "C’est donc principalement un facteur d’acceptation sociale typiquement nippon qui prévaut, plutôt qu’un souci de santé individuel", pointe Guillaume Bailly du site spécialisé.
La première page du rapport de Citi 

Le silence made in Bloomberg sur ce rapport

"Pour 2018, nous pensons maintenant que la croissance est susceptible d'être pire en raison de la JUUL et peut-être de la MarkTen Elite et myBlu. Nous prévoyons environ -5%, constitués de -6% au premier trimestre et de -4% à -5,5% le reste de l'année. Pour les années à venir, nous craignons que le nouveau taux d'exécution sera d'environ -4,5% à -5,5%, ce qui est environ 1,5 point de pourcentage pire que nous avions avant", synthétise le rapport de Citi. Cette bombe lâchée le 18 avril à minuit a explosé à Wall Street le lendemain matin. Une chute des cours des actions boursières des cigarettiers qui a même impacté l'indice générale de la bourse new-yorkaise ce jour-là. Pourtant, les médias grand public n'ont soufflé mot sur ce rapport et ses conclusions incendiaires pour l'avenir des Big Tobacco.

Rares exceptions à ce silence, l'émission Mad Money de Jim Cramer sur CNBC relate le contenu du rapport le 23 avril. "Le vapotage décime l'industrie cigarettière et cela pourrait aller de pire en pire", clame le show-runner. Dans l'espace francophone, seul Alistair Servet du bien renseigné Vaping Post a parlé de ce rapport. Mais quel mécanisme fait qu'un rapport d'un prestigieux groupe financier, jugé suffisamment fiable pour être suivi dans l'heure par les traders professionnels, soit ignoré par les grands médias alors que les valeurs des cigarettiers se crashent? Deux hypothèses, pas forcément exclusives l'une de l'autre, se présentent spontanément. Laisser cette analyse dans l'ombre coupe l'extension de l'incendie qui aurait pu ravager au-delà de la chute sur 24 h des actions des cigarettiers. L'analyse du minage des fondamentaux des cigarettiers par le vapotage n'est pas parvenu au grand public à qui les mauvais résultats sont apparus conjoncturels, laissant les valeurs boursières se restabilisées après leur chutes. Autre possibilité, la main-mise du magnat de la presse, 8ème fortune mondiale et anti-vape forcené Michael Bloomberg.

Le Big data contre la liberté de réduction des dommages

Le multi-milliardaire, ex-maire de New-York, promeut le projet de Big Data, visant à la jonction entre les monstres du web & médias avec les Big Pharma. Pour cela, avec ses partenaires du couple Zuckerberg et les époux Gates, il doit convaincre que le danger qui guette l'humanité est l'absence de surveillance des données de santé et forcer une réorientation des objectifs de l'OMS vers les maladies non-transmissibles, problèmes de pays offrant des marchés solvables contrairement aux pays pauvres ravagés par des épidémies de maladies, transmissibles évidemment. Il a pesé autant qu'il peut en ce sens au Sommet de l'OMS à Genève la semaine dernière sur les maladies non-transmissibles (MNT). "Le défi de l'OMS est de présenter le paternalisme du mode de vie des nations riches comme une priorité pour les pays qui continuent d'être ravagés par les maladies contagieuses, la mortalité infantile et la violence", croque Christopher Snowdon dans Health Spectator à ce propos. 

La réduction des risques gérée par les usagers eux-mêmes s'oppose frontalement à ce projet de mise sous tutelle du citoyen voué à devenir un patient sous surveillance permanente par le Big Data en vue de le médicamenter préventivement. Le vapotage comme solution à la principale cause de morbidité évitable est un cauchemar pour le Citizen Kane du 21ème siècle. Expliquer que la vape décime le tabagisme alors que Michael Bloomberg prétend lutter contre le tabagisme en réprimant le mouvement des usagers vers les moyens de réduction des dommages tels que le vapotage n'est pas le bienvenu dans son plan de comm'. Les défenseurs de cette approche, interdits d'entrée ou tolérés mais mis à l'écart de certains meeting sensibles sur le sujet durant son sommet au Cap en mars, peuvent en attester. Tout comme les militants anti-tabac taïwanais, exfiltrés à la demande de l'OMS pendant que les délégués chinois discutaient affaire avec Michael Bloomberg à ce sommet soi-disant sur la santé.

Qui peut sauver le tabagisme à part Bloomberg & ses pseudos anti-tabac ?

Le rapport de Citi estime que le seul espoir des cigarettiers et, en extrapolant, du tabagisme aux Etats-Unis réside dans une intervention des autorités contre le vapotage et en particulier envers la Juul. "A moyen et à long terme, la Food and Drug Administration (FDA) pourrait imposer des réglementations pour fortement limiter les pods, ou même interdire la JUUL et des produits similaires. Mais nous ne sommes pas susceptible d'en savoir plus à ce sujet avant fin 2020 au plus tôt, et probablement pas avant 2022, ce qui est au-delà de l'horizon temporel de nombreux investisseurs", estiment les analystes de Citi (p. 58). 

Cependant, l'offensive anti-Juul combinée des médias sous l'influence du magnat Bloomberg, des groupes militant anti-réduction des risques et probablement en sous-main des cigarettiers a déchaîné depuis plusieurs mois une véritable hystérie contre le vapotage. Accusé d'atteindre à l'intégrité des adolescents, malgré la chute sans précédent du tabagisme de ceux-ci et de la baisse de consommation du vapotage, même sans nicotine qui correspond à l'usage des trois-quart des jeunes l'utilisant. Mais dans le style de peste émotionnelle typiquement américaine, l'affaire n'est plus une question de faits. Reste à savoir si la FDA réussira à imposer des mesures contre l'outil de réduction des risques en dépit du mouvement massif des usagers vers le vapotage. Les analystes de Citi sont plus optimistes et confiants dans le respect du droit des citoyens par la FDA que je ne le suis.

Bonus:

La petite histoire des deux créateurs de la Juul

Sortis de Stanford, James Monsees et Adam Bowen co-fondent Pax Labs, sous le nom de Ploom dans un premier temps, à San Francisco en 2007. Réfléchissant à des moyens de consommer du tabac à risque réduit depuis leur rencontre aux cours à Stanford, les deux créateurs lancent le vaporisateur Pax destiné au tabac, mais surtout utilisé pour l'herbe par le public. Ils assistent à l'émergence du vapotage en provenance de Chine, sans trop croire au produit. Cependant, la boîte s'aventure à créer un hybride entre vapote et tabac chauffé sous le nom de Ploom. Japan Tobacco, largué devant l'émergence des produits de vapotage, décide de rattraper le train de la réduction des risques en achetant les brevets et la marque Ploom en 2014, après une période de partenariat qui prend fin ainsi. Pax Labs continue indépendamment de commercialiser et développer son vaporisateur, aujourd'hui à sa 3ème version. 

Ayant selon toute vraisemblance, saisis l'intérêt des sels de nicotine lors de la conception de la Ploom, James Monsees et Adam Bowen créent, au sein de Pax Labs, la Juul en 2015 en brevetant la formule de leur liquide. En 2017, ils forcent une scission entre Juul et Pax et quittent Pax à l'été. Les relations sont tendues entre les deux fondateurs et les financiers qu'ils ont côtoyé chez Pax, sans que l'on sache si la cession de la Ploom à Japan Tobacco en est la cause. Les clauses de confidentialité scellent le secret de l'affaire pour le moment. Pendant un peu plus de deux ans, la Juul est restée relativement confidentielle sur le marché du vapotage jusqu'à trouver son public en étant distribuée chez les détaillants non spécialisés en vape et que les ventes explosent en 2018.

Rien n'assure que les deux designers ne récidivent pas en revendant la Juul à un des Big Tobacco. Même si on ne voit pas très bien ce qu'ils auraient à y gagner dans la situation. Surtout, au vu du flop que constitue la Ploom et de sa nouvelle version en forme d'anecdote vouée à l'oubli dans le fil du développement du vapotage, doit-on vraiment le craindre? La révolution du vapotage n'est pas que technique, sanitaire et sociale: elle est aussi la fin d'un modèle économique ultra concentré en dinosaures oligopolistiques. 

2013 Conférence TED de James Monsees, co-fondateur de Pax et Juul, à Bruxelles (en anglais): Smoking deconstructed



jeudi 10 mai 2018

[Bref] Youtube élimine des vidéos de vape, après celles sur le CBD

Ce matin, Youtube a effacé sa revue sur la vapoteuse Juul puis bloqué toute nouvelle publication pour trois mois en punition de la chaîne Daily Vape TV. "Nous avons déterminer qu'elle violait notre charte", se borne à dire en guise d'explication Youtube dans son message au reviewer. Aucun avertissement préalable ne lui a été signifié avant cette décision. Depuis quelques mois, des rumeurs circulent sur la préparation d'une chasse contre les vidéos sur la vape de la part de la plateforme américaine de vidéo en ligne. L'offensive semble être déclenchée, sans que personne ne sache qu'elle va être sa portée ni ses critères pour laisser ou éliminer les vidéos et les chaînes. L'hystérie américaine contre la Juul qui a pris 55% du marché du vapotage en kiosque - qui ne représente cependant qu'environ 20% du marché global du vapotage aux USA -, aux produits des cigarettiers n'est probablement pas étrangère à ce blocage. Même si aucune explication claire de Youtube ne permet de savoir les raisons réelles du blocage de la vidéo de Daily Vape TV.

Cannabis et France Télévision auparavant

Ces dernières semaines, Youtube a déjà effacé un nombre considérable de vidéos informatives sur le CBD sans que personne ne sache les raisons de cette razzia, ni les critères de censure. "Les motifs de YouTube [pour fermer des comptes] ne sont pas non plus clairs pour les créateurs des chaînes. La communication est difficile, voire impossible", explique le site Leafly ce 24 avril. Un chroniqueur explique que la plateforme ne laisse que 500 caractères pour expliquer son opposition aux décisions de Youtube. "Il semble que  ce soit des bots qui examinent les appels, parce qu'ils sont renvoyés en quelques minutes", précise Kord Tagley, un autre reviewer victime de la censure sans avertissement de Youtube ces dernières semaines.

Du côté des créateurs de vidéos sur les questions liées au cannabis, plusieurs ont émigré vers des plateformes avec moins de censure arbitraire, telles que Rutube.ru, dailymotion.com, la chaîne réservée aux adultes pornhub.com ou spécialement dédiées au cannabis comme TheWeedTube.com.

Auparavant, Youtube avait déjà éliminé des reportages sur l'arrêt tabagique et la réduction des risques avec la vape à la demande de France Télévision, probablement en raison de la loi Touraine de censure contre le vapotage en France. 




dimanche 8 avril 2018

UCSF: nouvelle plainte contre le Pr Stanton Glantz pour harcèlement sexuel et discrimination raciste

Lundi 26 mars, une nouvelle plainte a été déposée devant la Cour Supérieure du Comté d'Alameda pour harcèlement sexuel, discrimination raciste et des fraudes académiques attenantes contre le Pr. Stanton Glantz, de l'Université de Californie San Francisco (UCSF). Cette fois-ci, la plaignante est une jeune femme d'origine amérindienne révèle le San Francisco Examiner. Après près de trois ans à travailler sous les ordres de Stanton Glantz au Center for Tobacco Control Research and Education (CTCRE) de l'UCSF, son contrat n'a pas été renouvellé en septembre. Tout comme dans une précédente affaire le concernant, le septuagénaire est accusé d'avoir multiplié les gestes et remarques déplacées, les violences verbales et traité de manière discriminatoire la chercheuse d'une quarantaine d'année sa cadette. 

Racisme opportuniste

Une enquête interne de l'Université, bouclée en décembre, confirme le harcèlement sexuel dont la chercheuse a été victime, mais sans examiner le sujet des discriminations racistes à son encontre. Pourtant, un collaborateur du CTCRE témoigne avoir entendu Stanton Glantz hurler à la chercheuse qu'il l'aurait "embauché uniquement parce [qu'elle est] amérindienne". Bien que la jeune femme détienne une expérience préalable de juriste pour un cabinet d'avocat, notamment dans un litige contre l'industrie du tabac. 

Selon la plaignante, Stanton Glantz a utilisé ses origines ethniques pour décrocher des budgets du National Institute of Health (NIH) réservés aux recherches impliquant les minorités amérindiennes. Après que le NIH ait accordé la subvention spéciale, la chercheuse a été "réaffectée à une autre tâche sans pouvoir participer aux projets de recherche prévus sur les politiques concernant les amérindiens", précise le journal californien.

Plagiat et inexactitudes dans les études

Lorsque la plaignante et une autre chercheuse, qui a aussi entamé des poursuites, ont signalé "des inexactitudes et du plagiat dans un article signé d'un autre chercheur sur le sujet des amérindiens, Stanton Glantz aurait été violent verbalement envers les deux femmes selon la plainte déposée", explique le San Francisco Examiner.

L'Université de Californie San Francisco (UCSF) se refuse à tout commentaire sur l'affaire. De son coté, le Pr Stanton Glantz renvoie à ses propres explications sur son blog datant de la précédente plainte en décembre. Il précise au San Francisco Examiner être la victime des deux femmes qui "se sont liguées depuis plus d'un an" contre lui.

Omerta

Le milieu académique, et en particulier le domaine du "tobacco control" - la lutte anti-tabac -, garde le silence sur cette affaire. Pour Carl Phillips, ancien professeur de santé publique écarté pour son soutien à la réduction des risques, cette omerta est un calcul politico-pécunier. Le budget annuel de la team de Stanton Glantz pèse plus de 20 millions $ et ses travaux ont permis de justifier de multiples hausses de taxes contre les fumeurs. Difficile d'imaginer le camp Démocrate torpiller un tel allié à travers les campagnes #MeToo dénonçant le harcèlement des femmes.

Une autre lecture des événements est livré par Dow Patten, l'avocat de la plaignante. Pour le juriste, ces poursuites découlent "d'une culture systémique tolérant le harcèlement sexuel et la discrimination à l'UCSF". L'avocat défend notamment une autre femme, infirmière au Centre de santé des femmes de l'Université, qui se dit victime de harcèlement sexuel, discrimination et de mesures de représailles de son supérieur et de ses collègues.

Le racisme BCBG des universités californiennes 

Ces déclarations font échos, sous l'angle du harcèlement raciste, à l'affaire du Dr Christian Head qui a défrayé la chronique californienne en 2012. Ce chirurgien, seul afro-américain engagé au département médical de l'Université de Californie de Los Angeles (UCLA), avait subi des humiliations à caractère raciste de sa hiérarchie, puis un harcèlement suite à ses plaintes. Une série de photomontages, dont l'un le montrant être sodomisé par un gorille, avait été projeté lors d'une soirée du département. Après qu'il se soit plaint, le photomontage avait été envoyé par mail à l'ensemble de ses collaborateurs. Réaffecté à un autre service, il a alors subit les représailles de sa supérieure Jessica Wang-Rodriguez. 

A bout, il a mis un terme à sa carrière universitaire. On peut voir la vidéo de son témoignage devant un comité du Congrès en 2014. Jessica Wang-Rodriguez a pu sans problème poursuivre sa carrière. Le monde académique californien étant petit, si ce n'est étriqué, on la retrouve à l'origine de la falsification de communication des résultats d'une recherche sur la viabilité de cellules épithéliales avec le vapotage. Ses mensonges avaient généré un buzz mondial alarmiste contre le vapotage durant les fêtes de fin d'année 2015, alors que l'étude montre une énorme réduction des dommages pour les cellules soumises au vapotage par rapport à la fumée de cigarette.

Sujet TV en 2012 sur l'affaire des harcèlements contre le Dr Christian Head à l'UCLA:


lundi 26 mars 2018

[Bref] USA: le tabagisme chute à 14,1%, la FDA veut restreindre arômes et nicotine dans la vape

14,1% de fumeurs adultes américains en 2017
Le taux de fumeurs adultes américains n'a jamais été aussi bas depuis 50 ans qu'il est mesuré. Selon les données du Centre de Contrôle et prévention des Maladies (CDC) sur les trois premiers trimestres 2017, le tabagisme adulte a chuté à 14,1% aux Etats-Unis. Après une légère remontée en 2016, la chute du nombre de fumeurs a repris sa course. Depuis 2009, les fumeurs américains sont passés de 20,6% à 14,1%, soit une diminution de 31,6% en huit ans. En 2016, une légère reprise du tabagisme avait fait craindre un effet contre-productif des violentes campagnes anti-vapotage de la presse et des Etats en difficulté financière par leurs prêts liés aux ventes de cigarettes. 

Officiellement, le CDC ne reconnait toujours pas le rôle du vapotage dans le déclin accéléré du tabagisme ces dernières années. Pourtant, la vape est devenu le moyen d'arrêt tabagique le plus utilisé et le plus efficace employé, lorsqu'ils s'appuient sur une aide, par les fumeurs américains, selon une étude du Pr Brad Rodu. Du côté des pro-abstinences, Stanton Glantz continue d'affirmer que le vapotage empêche les fumeurs d'arrêter de fumer. En 2016, année de repli du vapotage et de hausse du tabagisme, le Pr Brad Rodu estimait, sur la base des données du CDC, à 7,8 millions le nombre de vapoteurs américains, dont 34% - 2,6 millions - ont arrêté de fumer. Il n'existe aucune estimation du nombre de personnes ayant arrêté de fumer avec le vapotage, puis arrêté de vapoter aux Etats-Unis.

Deux projets de réglementation de la FDA menacent la vape indépendante 

Les recharges de liquides nicotinés de vape interdites ?
Les lacunes d'études et le déni des autorités pourraient jouer un rôle important dans le cadre de deux propositions récentes de réglementation de la Food and Drug Administration (FDA). Faisant suite au plan de lutte contre le tabagisme annoncé fin juillet par Scott Gottlieb, le commissaire de la FDA, le premier projet de réglementation ne semble à première vue pas concerner directement la vape puisqu'il vise à limiter le taux de nicotine des cigarettes à un "niveau non addictif". 

Cependant, un passage du projet de réglementation, mis en ligne le 16 mars, pourrait se révéler catastrophique pour la vape indépendante. "Un autre effet possible de contrefaçon suscité par un taux de nicotine maximum aux cigarettes pourrait être que les usagers cherchent à ajouter de la nicotine en liquide ou d'autres formes à leur produit de tabac à fumer" explique la FDA pour justifier d'inscrire la prohibition de produits susceptibles de servir à cet usage. Autant dire que les recharges de liquides de vapotage nicotinés sont dans le collimateur.

Bad taste only

Le droit de vapoter seulement des arômes dégueulasses ?Attaque encore plus frontale, l'autre projet de réglementation vise les arômes dans les produits du tabac, dans lesquels la FDA inclut le vapotage. "Des recherches ont montré que les cigarettes électroniques à saveur sucrée ont un taux d'attrait plus élevé chez les jeunes que les cigarettes électroniques non sucrées et sans saveur", explique la FDA. La possibilité de soumettre un commentaire est ouverte jusqu'au 19 juin prochain. "Si les vapoteurs et les défenseurs du vapotage ne parviennent pas à trouver une réponse efficace, l'industrie indépendante du vapotage disparaîtra", s'inquiète Jim McDonald, spécialiste des questions réglementaires sur le vapotage sur le site américain Vaping360 .


vendredi 16 mars 2018

Etude gag dans Plos-One: la vape ferait exploser le nombre de fumeurs même si la réalité montre l'inverse



Pénitence et châtiment contre les vapoteurs
Quand le réel ne correspond pas à ses attentes, le virtuel peut pallier aux fantasmes. L'équipe menée par Samir Soneji, démographe de l'Université de Dartmouth, a simulé selon le "modèle stochastique de Monte Carlo" l'impact sanitaire du vapotage sur la population. "Le modèle a estimé que 2'070 fumeurs de cigarettes âgés de 25 à 69 ans cesseraient de fumer en 2015 et resteraient abstinents pendant au moins 7 ans à partir de 2014. Le modèle a également estimé que 168'000 adolescents non fumeurs de 12 à 17 ans et de jeunes adultes âgés de 18 à 29 ans supplémentaires s'initieraient à fumer en 2015 et deviendraient éventuellement des fumeurs quotidiens de cigarettes entre 35 et 39 ans à travers l'usage d'e-cigarettes en 2014", résument les auteurs dans la revue PLoS-One. La balance entre risques et bénéfices est effrayante avec "1,55 millions d'années de vie perdus" pour la population, selon leur calcul. Les chercheurs en concluent donc que "l'utilisation de la cigarette électronique représente actuellement plus de préjudices que de bénéfices".

120 millions d'ados fumeurs sur 65 millions d'habitants selon cette simulation

Les conclusions reprisent telle quelle par le site francophone Pourquoi Docteur, qui montre décidément un certain talent pour dénicher les études les plus pourries méthodologiquement, a soulevé des doutes en Angleterre et en Allemagne. "Cette nouvelle "évaluation" est basée sur l'hypothèse bizarre que pour chaque fumeur qui utilise le vapotage pour arrêter, 80 non-fumeurs vont essayer de vapoter puis commencer de fumer. Cela va non seulement à l'encontre des données réelles disponibles, mais c'est aussi mathématiquement impossible. Rien qu'au Royaume-Uni, 1,5 million de fumeurs ont arrêté de fumer à l'aide du vapotage. La «modélisation» dans cet article suppose que nous aurions alors 120 millions jeunes devenus fumeurs [pour une population britannique totale d'un peu plus de 65 millons d'habitants]", pointe le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur le tabac à l'Université Queen Mary de Londres, sur le site du Science Media Center.

La réalité infirme les théories de la passerelleA l'origine de ces résultats extravagants se trouvent deux présupposés arbitraires des chercheurs américains. "Modéliser des données est dépendant de manière cruciale des hypothèses initiales. Les auteurs font des hypothèses très spéculatives ici, en particulier sur l'effet «passerelle» chez les adolescents. Ils supposent que le vapotage conduit à fumer. Le problème, c'est que toutes ces données proviennent d'études qui ne prouvent rien de ce genre, et ils ignorent la possibilité que le vapotage puisse en réalité détourner les jeunes du tabac", souligne le Dr Lion Shahab, épidémiologiste à l'Université College de Londres (UCL). Alors que dans le réel, le tabagisme des jeunes américains est en chute libre depuis l'essor de la vape, atteignant le plus bas taux jamais enregistré, cette étude aboutit à la conclusion virtuelle et surréaliste d'une explosion de tabagisme adolescent à cause de la vape.

La négation du réel

Le second présupposé américain est l'extrême faible taux d'arrêt tabagique à l'aide du vapotage. "À mon avis, le choix des études par les auteurs pour justifier l'impact de l'utilisation du vapotage sur les taux d'abandon est plutôt biaisé. Dans au moins un cas, ils ont utilisé un document dont la méthodologie a déjà été fortement critiquée", relève le Dr Lion Shahab. Pourtant des analyses américaines plus sérieuses existent. Le récent bulletin de l'association Sovape en présente une du Pr Brad Rodu, sous l'oeil du Dr Philippe Arvers, montrant que les fumeurs s'aidant du vapotage ont au moins 1,43 fois plus de chance de succès que ceux empruntant une autre méthode d'arrêt. Une analyse de Daniel Giovinco, de l'Université Colombia de New-York , évaluait à 52% des vapoteurs américains a avoir arrêté de fumer en 2014-2015, les années prises en compte par la simulation de l'équipe de Samir Soneji.

Une étude-catastrophe sans science

Mais le chercheur de l'Université de Dartmouth a préféré des hypothèses aboutissant  évaluer à 2'070 arrêts tabagiques à l'aide du vapotage. Dans le réel, ce sont au moins 3,5 millions d'américains qui ont arrêté de fumer à l'aide du vapotage sur les 8,9 millions d'usagers en 2016. "Si vous faites des suppositions, une approche beaucoup plus raisonnable serait de supposer que le vapotage est au moins aussi efficace que des patchs ou des gommes. C'est ce que montre la meilleure preuve provenant d'essais contrôlés randomisés. Malheureusement, les auteurs de cette étude ont modélisé en utilisant de fausses hypothèses. Sans surprise, ils ont fini avec de mauvaises conclusions", déplore le Dr Lion Shahab. "Ce modèle ne reflète que les suppositions fausses qui y sont formulées. Commencer avec les hypothèses opposées générerait le résultat inverse. Ce n'est pas une manière de faire de la recherche scientifique", renchérit le Pr Peter Hajek.

"Ces hypothèses sont critiquables", Dr Ute Mons du DKFZ

En Allemagne aussi, on se montre dubitatif face à cette publication de PLoS-One. "Les hypothèses de cette étude peuvent certainement être critiquées car elles sont extrêmement pessimistes", déclare la Dr Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ) connu pour ses fortes réticences au vapotage, à die Zeit. Même Saskia Gerhard, la journaliste allemande de Zeit Online, s'étonne des a priori et lacunes absurdes de la publication américaine. "Le vapotage est significativement moins nocif que les cigarettes. Cet avantage de passer au vapotage n'est pas pris en compte dans l'étude. Dans le calcul des années de vie gagnées par les ex-fumeurs, les chercheurs incluent seulement ceux qui ont aussi arrêté le vapotage", relève Saskia Gerhard, qui a pris le temps de lire l'étude contrairement à son homologue française de Pourquoi Docteur.