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samedi 20 juin 2020

Le point de vue des vapoteurs sur la TPD en pratique analysé par des chercheurs anglais

C’est la première étude universitaire sur le point de vue et l’expérience de vapoteurs concernant la réglementation issue de l'article 20 de la directive européenne (TPD), appliquée depuis 2016 ou 2017 selon les pays. Sans surprise, cette attention au public concerné vient d’Angleterre. « Nous voulions savoir comment les consommateurs percevaient et vivaient la réglementation », précise la Dre Caitlin Notley, de l’Université d’East Anglia. Une curiosité que l’on aurait aimé percevoir de chercheurs issus de l’Union européenne (UE) alors que celle-ci va réviser cette directive d’ici mai prochain. Mais le souci de démocratie sanitaire semble ne pas savoir traverser la Manche.
« Les implications de notre analyse suggèrent que, du point de vue des consommateurs, la future réglementation sur le vapotage ne devrait pas plus restreindre les volumes des fioles de liquides et des réservoirs, et la concentration de nicotine des liquides, mais elle devrait se concentrer sur la garantie de la sécurité des produits, notamment sur les ingrédients utilisés dans les e-liquides. Les organismes de santé publique, les centres d’aide à l’arrêt du tabagisme et les professionnels soignants devraient envisager de sensibiliser les fumeurs aux réglementations afin de les rassurer sur les produits de vapotage et les ingrédients des e-liquides, par exemple en indiquant des supports matériels pédagogiques. Les détaillants de vapotage ont également une responsabilité de communiquer à leurs clients comment certains aspects de la réglementation sont conçus pour protéger les consommateurs », conclut l’étude publiée ce 19 juin dans la revue Tobacco Use Insights.

Un profil de vapoteur de longue date

La recherche, intitulée E-Cigarette User's experiences of the Tobacco Products Directive, s’appuie sur 160 entretiens oraux ou par écrit en anglais menés entre mars 2018 et mars 2019. Bien qu’ouverte à tous les Européens, près de 90 % des répondants de l’enquête sont britanniques. Leur âge s’étale de 22 à 79 ans, avec une moyenne de 49 ans. Les hommes sont fortement surreprésentés avec plus de 70 % des participants. Près de 87 % des participants ont arrêté de fumer et vapotent exclusivement, 7 % ont arrêté de fumer et de vapoter, 2 % sont double-usagers et moins de 4 % ont rechuté dans le tabagisme en abandonnant le vapotage. En moyenne, ils utilisaient le vapotage depuis 4 ans au moment de l’enquête. Aucun participant n’a rapporté utiliser de produit de tabac chauffé.

Une large part ne connait pas la TPD

Premier constat, plus du quart des vapoteurs interrogés n’ont pas connaissance de la législation implémentée en 2017 au Royaume-Uni pour se conformer à la directive européenne sur les produits du tabac (TPD). Cette part importante du public concerné ne sait généralement pas que les ingrédients sont réglementés et les produits notifiés. « Une précédente enquête britannique sur des fumeurs, ex-fumeurs et vapoteurs a montré que moins de 10 % d’entre eux ont connaissance des règles de la TPD », note l’étude, se référant à une récente publication dans Nicotine & Tobacco Research.

Un second constat est un aspect positif de la réglementation. « Dans l’ensemble, les vapoteurs ont été rassurés par les réglementations de fabrication et les exigences relatives aux étiquettes des ingrédients », souligne la Dre Emma Ward dans le communiqué de presse sur la publication. 

Bien qu'à la lecture de l’étude, on voit aussi des participants très ironiques sur les avertissements exagérés contre la nicotine, « même sur les appareils vides ». Pro-actifs, « certains proposent que les avertissements soient plus axés sur la réduction des risques pour les fumeurs sur les paquets de cigarettes afin de les inciter à passer au vapotage moins nocif », rapportent les chercheurs.

Des critiques sur les limitations des fioles et des réservoirs

Mais d’autres points montrent des réactions plus négatives. La limitation à 10 mL des fioles de liquide nicotiné est critiquée pour son effet direct de pollution et de gâchis de plastique, ainsi que la hausse de prix que cette limite a indirectement généré. « Je suis inquiet de l’impact environnemental de la production de beaucoup plus nombreuses petites fioles en plastique. C’est un pas en arrière pour l’environnement », regrette un participant. La restriction absurde à 2 mL des réservoirs, qui n’est pas implémentée en France, est aussi reprochée.

Les astuces pour contourner la limite des 20 mg/mL

Un second grand changement introduit par la directive européenne a été la limitation à une concentration maximale de 20 mg/mL de nicotine (en France, cette limite était en vigueur avant la TPD). Des usagers rapportent avoir anticipé cette restriction en faisant des stocks de liquides nicotinés plus concentrés. Que ce soit pour faire ensuite leur propre liquide plus dosé en nicotine et/ou maintenir un prix du liquide plus bas qu’avec l’achat de mini-fioles de 10 mL. « J’ai fait des réserves de solution de nicotine à haute concentration (72 mg/mL) avant l’entrée en vigueur de la TPD. Il me reste des réserves pour environ 4 ans », témoigne un vapoteur.


« De nombreux participants ont acheté des produits non conformes sur le marché noir via des pays où la réglementation [européenne] ne s’applique pas, comme la Chine, les États-Unis ou l’île de Man », rapportent les chercheurs. Un témoin explique avoir commandé des pyrex de rechange à l’étranger pour son appareil « pré-TPD » contenant plus de 2 mL. Tandis qu’un autre avoue que « comme je continue de vapoter du 24 mg/mL, interdit par la TPD, je n’ai pas d’autre alternative que de me tourner vers des sources au marché noir ». Mais d’autres répondants s’inquiètent de la qualité des liquides nicotinés du marché noir ou regrettent de devoir acheter ailleurs qu’à leur vapeshop local.

Les usagers expérimentés se sont démerdés, mais les autres ?


« Il est rassurant de constater qu’aucun participant n’a indiqué avoir rechuté à la suite directe des restrictions, car la plupart d’entre eux se sont adaptés aux changements ou utilisaient déjà des produits conformes aux nouvelles normes. Mais certains participants ont acheté des produits illégaux, comme des liquides nicotinés à plus de 20 mg/mL », commentent les chercheurs. Globalement, les vapoteurs connaissant la situation avant la TPD disent constater une augmentation des prix, la disparition de certains produits et liquides et des désagréments liés aux limitations de volume des fioles et des atomiseurs.


« Les facteurs de succès du vapotage pour arrêter de fumer ne se limitent pas à la teneur en nicotine du liquide, mais comprennent aussi le fait de disposer d’un appareil fonctionnel et satisfaisant à prix abordable et facile à utiliser. Par conséquent, bien que cela ne soit pas démontré dans cette étude portant sur des vapoteurs pour la plupart expérimentés et exclusifs, il est possible que la réglementation TPD ait eu pour effet secondaire de rendre plus difficile pour certains fumeurs d’arrêter avec l’aide du vapotage. Ce point demande d’autres études », laissent en suspens les chercheurs.
 

vendredi 19 juin 2020

L'Estonie suspend sa taxe anti-vape

Lundi, le parlement estonien a adopté l’amendement pour suspendre la surtaxe anti-vape pour au moins deux ans à partir du 1er décembre prochain. Au printemps 2018, l’Estonie avait introduit une surtaxe de 2 € par fiole de 10 mL, couplée à une interdiction des arômes autres que tabac. Le 4 mai dernier, le parlement a réautorisé les seuls liquides mentholés. Interdiction d’arômes et surtaxe ont créé une situation propice aux marchés parallèles hors contrôle depuis deux ans. « La suspension de la perception des droits d’accise sur les liquides de vapotage va permettre aux commerçants de réduire le prix des produits et ainsi d’endiguer les achats transfrontaliers et le marché de contrebande », explique Tarmo Kruusimäe, président du groupe vapotage du parlement estonien, au journal local Postimees

Une situation préoccupante

En effet, près de 85 % des e-liquides consommés proviennent de sources parallèles tandis qu’un dixième des vapoteurs est retourné aux cigarettes, selon l’évaluation de l’association New Nicotine Alliance Estonia (NNA-EE). Dans un pays, où selon les données de l'OCDE, le revenu moyen d'un foyer est aux alentours de 1400 € mensuel, la surtaxe de 2 € par fiole a motivé les consommateurs à trouver des voies parallèles d'approvisionnement. 

À peine deux ans après son introduction, l’Estonie fait donc machine arrière sur la surtaxe devant le marasme engendré. « L’évolution du marché noir est particulièrement préoccupante, car tant les acheteurs que les vendeurs sont souvent des mineurs qui ne devraient pas avoir accès à ces produits. En outre, il n’est pas possible d’être certain de l’origine des e-liquides vendus sur le marché noir et s’ils sont réellement adaptés au vapotage », déplore le député estonien.

... fruit d’une réglementation excessive

« Avant que l’Estonie n’ait une réglementation anti-réduction des risques aussi sévère, les magasins de vape, vendant des e-liquides de qualité testés en laboratoire, détenaient une grande partie du marché. Je pense que tous les pays doivent savoir à quelle vitesse et à quel point les choses peuvent mal tourner en cas de réglementation excessive », expliquait début mai Ingmar Kurg, de la NNA-Estonie, sur le site de l’ETHRA.

Grâce à l’amendement, la taxe est suspendue pour une durée de deux ans à partir de décembre. Mais cela sera-t-il suffisant ? « Nous ne voulons pas revenir à une situation où le marché noir et le commerce transfrontalier se remettent à prospérer dans deux ans », précise le député Tarmo Kruusimäe, « le traitement du projet se poursuivra à l’automne, il sera possible de faire des analyses supplémentaires afin de trouver une solution à long terme ».

Un signe pour l’Union Européenne ?

Après l’Italie, l’Estonie est donc le second pays de l’Union européenne (UE) a revenir en arrière après avoir introduit une surtaxe prohibitive contre le vapotage. Comme le rappelait il y a une dizaine de jours le site italien SigMagazine, qui avait la primeur de l’information. « Un événement similaire s’est également produit en Italie il y a un an et demi lorsque le premier gouvernement Conte a abaissé en moyenne la taxe à la consommation sur les liquides de vapotage de 80 %, la faisant passer de 3 €90 par 10 mL à 0 €40 sans nicotine et 0 €80 avec nicotine. Cependant, l’étape estonienne est encore plus importante, car elle annule toute imposition », souligne Stefano Caliciuri.

Le sujet est d’actualité alors que la Commission Européenne des taxes est chargée par le Conseil européen de préparer des propositions de révision du système d’accises du tabac en y intégrant le vapotage. Le camp hostile au vapotage s’active déjà, à l’image de Daniela Ludwig la commissaire fédérale allemande aux drogues, pour que l’UE impose une taxation du vapotage la plus élevée possible à ses États membres.

Photo by Viktor Jakovlev on Unsplash

mercredi 17 juin 2020

Taxe et interdiction d’arômes : l’Allemagne va-t-elle lancer une blitzkrieg contre les vapoteurs européens ?

L’Allemagne pourrait lancer une guerre éclair contre les vapoteurs à la faveur de sa présidence de l’Union Européenne (UE) ces prochains mois. Daniela Ludwig, commissaire fédérale aux drogues du gouvernement allemand, l’annonce dans une interview donnée cette semaine à Die Welt. Même si la politicienne de l’Union chrétienne sociale (CSU) entretient le flou sur les détails, son programme vise des taxes anti-vapoteurs et des restrictions d’arômes.

Résumé :

  • Daniela Ludwig, commissaire fédérale aux drogues du gouvernement allemand, annonce dans Die Welt vouloir taxer et interdire des arômes de vapotage, en profitant de la présidence allemande de l’Union Européenne ce prochain semestre. 
  • Le Conseil européen vient de donner le feu vert à la Commission européenne des taxes (Taxud) pour préparer une révision de la directive sur les taxes tabac intégrant le vapotage. Plusieurs options sont possibles.
  • La Commission européenne Santé prépare pour mai 2021 un rapport d’évaluation et de possibles révisions de la directive sur les produits du tabac (TPD), dont l’article 20 traite de manière connexe la vape. Des rumeurs de menaces d’interdiction ou de restriction contre les arômes circulent à Bruxelles.
  • L’ETHRA, qui regroupe les associations de défense des produits à risque réduits, s’inquiète et préconise aux citoyens de prendre contact et sensibiliser les députés européens afin d'éviter des mesures néfastes telles qu’une taxation du vapotage ou des interdictions d’arômes au niveau européen.
  • Un symposium scientifique à l'Université de Francfort vient de critiquer durement le manque de prise en considération du vapotage pour aider à sortir du tabagisme dans la politique de santé publique allemande.

Taxes et interdiction d’arômes

« À partir de cet été, l’Allemagne assumera la présidence pour six mois du Conseil de l’Union Européenne. “Nous aurons l’occasion de parler aux pays membres. J’aurais déjà préparé un catalogue de mesures sur l’e-cigarette”, précise Daniela Ludwig. Par exemple, les règles de taxation ou d’ingrédients devraient être harmonisées », lit-on dans le magazine allemand Die Welt de cette semaine.

Le premier objectif annoncé par la Commissaire fédérale allemande est de taxer le vapotage. Au même taux que les cigarettes, espère Daniela Ludwig. La menace a de la consistance. En effet, le 2 juin le Conseil européen, les représentants des gouvernements, a donné son feu vert pour que la Commission des taxes (Taxud) prépare une révision de la directive fiscale sur les produits du tabac en y intégrant le vapotage.

« Les conclusions soulignent en particulier que les règles applicables sont devenues moins efficaces, car elles ne sont plus suffisantes ou trop étroites pour relever les défis actuels et futurs liés à certains produits, tels que les liquides pour les cigarettes électroniques, les produits du tabac chauffés et d’autres types de produits de nouvelle génération qui arrivent sur le marché », précise le communiqué du Conseil européen le 2 juin 2020.

Le feu vert du Conseil européen pour intégrer le vapotage aux taxes tabac

Les propositions sur les taxes de la Commission seront ensuite soumises au Conseil européen. Sur ce type de sujet l’adoption des mesures doit se faire à l’unanimité des gouvernements. Autrement dit, chaque État membre a l’équivalent d’un droit de veto. Le Parlement européen pour sa part aura un vague droit de regard. 

Plusieurs propositions sont possibles. Une option pourrait être une taxe sur le vapotage similaire pour tous les pays. Une autre, à l'instar du tabac, donnerait une fourchette de taux minimum et maximum dans laquelle chaque pays pourrait fixer son propre taux d’imposition. Cette fourchette pourrait démarrer à taux 0 % pour préserver les politiques s’appuyant sur le vapotage pour abaisser le tabagisme, comme en France.

Éviter des recours en justice contre les taxes abusives ?

Une telle option permettrait aux pays ayant déjà instauré une taxe anti-vapoteur de ne plus être en porte-à-faux avec le droit européen. Actuellement, la base légale de ces taxes semble mince au niveau du droit européen, en plus de la réalité physique, qui distingue le vapotage des produits du tabac. Une taxe "pigouvienne" est censée se justifier en regard d'une externalisation de coûts, dont on cherchera en vain une trace actuelle dans le cas du vapotage.

Ou viser à endiguer la sortie du tabagisme à l’aide de la vape ?

Les plus pessimistes, qui se souviennent de la déloyauté de la Commission envers les vapoteurs, redoutent une taxation au profit du système tabagique. Les exemples montrent qu'une taxation freine globalement l'engouement des fumeurs vers le vapotage.  

Mais aussi plus spécifiquement, par différents mécanisme économiques, la taxation se révèle particulièrement défavorable aux petites et moyennes entreprises d'un secteur donné. « Des sources m’ont dit que les compagnies de tabac elles-mêmes font pression pour une taxe sur les produits de vape », susurre James Dunworth dans un billet sur le sujet sur Ashtray Blog

Le cas échéant, la manière de taxer les produits peut avoir des conséquences très différentes entre les différents types de produits. Par exemple, une taxe au volume défavorise les systèmes ouverts rechargeables, et avantage comparativement les produits de type Pod, préférés par les cigarettiers aussi pour leur capacité à rendre captifs les consommateurs.

Près de 90 % des Européens consultés sont opposés à la taxe anti-vapoteurs

Une option en faveur de la santé publique viserait à réduire le tabagisme, principal facteur de maladies évitables, en détaxant les produits à risques réduits de substitution tels que le vapotage et le Snus. Au moins jusqu’à la réduction du tabagisme à un niveau résiduel, généralement estimé à 5 % de la population. Mais il semble qu'aucun décideur n’envisage cette approche stratégique.

Pourtant, par deux fois les consultations publiques organisées par la Commission des taxes ont indiqué leur rejet clair d’une taxation du vapotage. En 2016, près de 90 % des répondants à une consultation de la Commission s'opposaient à ce que « le vapotage soit taxé comme produit de tabac ». Rebelote à la consultation de 2018, où plus de 89 % des répondants ont estimé que « le vapotage n’est pas un produit du tabac et ne devrait pas être sujet à une taxe tabac »

La Commission des taxes avait d’ailleurs décidé de ne pas soumettre de proposition pour intégrer le vapotage aux accises du tabac à la suite de celle-ci. Depuis elle a changé d'avis, sans faire de nouvelle consultation publique. C'est ce que le Conseil européen vient de valider.

Le gouvernement allemand contre les vapoteurs ?

Sans évoquer les différentes options ni les enjeux dans son interview pour Die Welt, Daniela Ludwig s’engage à faire pression pour que l’Allemagne force l’Europe à une taxe anti-vapoteurs élevée. Le magazine précise que les assises perçues par l’État allemand sur la vente de tabac dépassent les 14 milliards € par an, et devraient battre un record cette année. 

Ces taxes représentent environ les 2/3 du prix des cigarettes. Appliquer une taxation similaire au vapotage, tel que l'aimerait Daniela Ludwig, pourrait multiplier par trois les prix de vente des produits concernés en Allemagne. Alors que l’Allemagne détient le bonnet d’âne européen en matière de politique sur le tabagisme, mais se trouve aussi être le principal pays manufacturier de cigarettes du continent.

La chasse aux fraises

Info-Vape
Le second objectif de Daniela Ludwig est l’interdiction d’arômes et d’ingrédients, citant précisément les goûts fruités. « Les saveurs de fruits dans les liquides plaisent aux jeunes, elles ne sont pas du tout faites pour les fumeurs », assène la Commissaire fédérale. Au niveau européen, ce sujet serait du domaine de la directive sur les produits du tabac (TPD), dont l’article 20 traite de manière connexe du vapotage nicotiné. Un rapport d’évaluation, probablement accompagné de propositions de révision, doit être présenté par la Commission européenne Santé d’ici le 20 mai 2021. Le processus est déjà entamé.

Le prétexte de Daniela Ludwig pour vouloir interdire des arômes est la protection des jeunes. Bien que, « par rapport au vapotage des arômes au tabac, le vapotage des autres arômes n’est pas associé à une augmentation de l’initiation au tabagisme chez les jeunes, mais ce vapotage [d’arômes autres que tabac] est associé à une augmentation des chances de cesser de fumer chez les adultes », confirme de nouveau une récente étude sur un panel de près de 18 000 personnes par des chercheurs de Yale publiée en accès libre par JAMA.

Faut-il un âge minimum pour avoir le droit d’éviter de fumer ?

Les études sérieuses sur l’évolution du tabagisme adolescent et des jeunes adultes montrent qu’ils n’ont jamais été aussi peu à fumer dans les pays où le vapotage s’est diffusé. Aux États-Unis, une analyse sur les vingt dernières années révèle que sans le vapotage, 2,5 % des adolescents supplémentaires seraient devenus fumeurs réguliers. 

En conférence à Paris pour le Sommet de la vape en octobre dernier, le Pr David Levy déclare sur l’évolution du tabagisme des jeunes Américains depuis l’apparition du vapotage : « J’ai fait des analyses sur près d’une quarantaine de pays. Et je n’ai jamais vu une chute si rapide du tabagisme dans ce groupe clef  [des 18-24 ans]». (Vidéo de la conférence sur YouTube)

Le même phénomène est constaté au Royaume-Uni et en France. L’analyse de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) souligne même que les jeunes qui ont utilisé le vapotage ont près de 40 % de risques en moins de devenir fumeurs au quotidien d’ici leurs 17 ans. Une information cruciale alors que près de neuf fumeurs sur dix ont commencé de fumer avant leurs 18 ans.

Appel à alerter les députés européens

A la lecture de l’intervention de la Commissaire fédérale dans Die Welt, l’European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA) s’inquiète. Les mesures soutenues par Daniela Ludwig vont en sens opposé au manifeste pour la réduction des risques face au tabagisme récemment publié par l'ETHRA. « Il est décevant que Mme Ludwig souhaite que l’échec de la politique allemande soit généralisé à toute l’Union européenne », réagit Hendrik Broxtermann de l’association ExRaucher (IG), sur le site du rassemblement des défenseurs de la réduction des risques. 

« Nous devrions chercher à améliorer la réglementation que nous avons en l’assouplissant sur certains points, sans imposer davantage de restrictions qui ne peuvent que protéger le commerce des cigarettes », ajoute-t-il. L’ETHRA invite les citoyens à contacter les élus au Parlement européen pour les sensibiliser à la situation réelle des vapoteurs, de son potentiel pour arrêter de fumer, des entraves à celui-ci que représenteraient des mesures telles que les interdictions d’arômes et des taxes. Les coordonnées des élus européens, notamment des députés français, sont disponibles sur le site du parlement européen.

« La taxation des produits de vapotage dissuaderait des millions de fumeurs d’essayer des produits à risques réduits ; l’interdiction ou la restriction des saveurs enlèverait un facteur majeur dans l’attrait du vapotage comme substitut au tabagisme ; et l’interdiction de la publicité rendrait les produits beaucoup plus sûrs invisibles aux personnes mêmes qui ont besoin de les voir afin de faciliter leur adoption pour le bien de la santé en Europe », estime Hendrik Brotxermann de l’association ExRaucher (Ex-fumeur).

Les scientifiques critiquent la politique allemande

Outre les données internationales et les droits des utilisateurs, Daniela Ludwig semble ne pas tenir compte non plus des travaux des scientifiques allemands. Les objectifs annoncés par la Commissaire allemande sont d’autant plus surprenants que le rapport sur les drogues et toxicomanies 2019, qu’elle a elle-même présenté en novembre, souligne que le vapotage réduit les risques pour les fumeurs qui y passent et constitue déjà « en pratique la méthode la plus couramment utilisée pour soutenir le sevrage tabagique » en Allemagne.

Plus récemment encore, les scientifiques réunis en symposium sur le sujet par l’Université de Francfort fin mai ont déploré le manque de considération de l’opportunité de santé publique du vapotage face au tabagisme [vidéos du Symposium disponibles sur YouTube (en allemand)]. 

« La politique en Allemagne doit franchir une nouvelle étape et tenir compte du potentiel du vapotage pour l’arrêt du tabac », synthétise le Pr Heino Stöver, de l’Université de Francfort et président du Symposium, à la presse le 28 mai. Dans le même sens, la Dre Ute Mons, du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ), regrette notamment que les fumeurs en Allemagne ne reçoivent pas de communication équilibrée sur la différence de risques entre vapoter et fumer, relate la revue médicale AerzteBlatt dans son compte-rendu de la journée.

Ce ne sont donc pas seulement les succès du vapotage face au tabagisme au Royaume-Uni et en France que la Commissaire fédérale aux drogues ignore. Daniela Ludwig fait fi également des scientifiques de son propre pays. À défaut d’être pris en compte par la Commissaire fédérale allemande, reste aux parties concernées, vapoteurs et défenseurs de la réduction des risques, de tenter de sensibiliser et se faire entendre des députés européens. 

Prendre contact avec les élus était un des principaux conseils de Clive Bates durant le webinaire sur la révision de la TPD organisé par la New Nicotine Alliance britannique (NNA-UK) : https://youtu.be/HON8zoEwW7w 

lundi 8 juin 2020

Succès de l'expérience d'arrêt tabagique avec le vapotage au Centre d'aide d'Olten

Lancé fin décembre 2018, le programme d’arrêt tabagique à l’aide du vapotage à Olten, dans le canton de Soleure, est une réussite. Malgré les attaques de la Ligue pulmonaire locale, les pressions en coulisses et les multiples campagnes de peur contre le vapotage dans les médias, le Centre d’aide pour les addictions a pu aider une centaine de participants de cette ville de 18 000 habitants. Ces personnes ont reçu des conseils avec des rendez-vous réguliers pour suivre l’évolution, ainsi que du matériel et des liquides de vapotage gratuitement. « Parmi ceux qui avaient l’objectif clair d’arrêter de fumer, 17,5 % ont réussi », relate Reno Sami, du SuchtHilfe Ost (SHO)
Résultats 2020 du programme d'aide à l'arrêt tabagique avec le vapotage du SuchtHilfe Ost : 17,5% de réussites
Même quelques-unes des personnes qui n’avaient pour objectif initial que de réduire le nombre de cigarettes fumées quotidiennement ont finalement arrêté totalement. Au total, 14,1 % des personnes engagées dans le programme d’aide ont cessé de fumer, et les deux tiers d’entre elles ont ensuite également arrêté le vapotage. « Le projet pilote montre donc un taux global de cessation du tabagisme de 14,1 %. Du point de vue du SuchtHilfe Ost, ce taux est un succès respectable. D’autant plus que des personnes qui essayaient simplement de réduire leur consommation de cigarettes ont également cessé de fumer », précise le communiqué du SHO.

Un budget loin des dizaines de millions des organisations traditionalistes

Environ la moitié des participants s’est inscrite spécialement à l’occasion de ce programme d’aide à l’accès facilité, tandis que les autres étaient déjà suivis par le Centre pour d’autres addictions. L'aide à ces personnes au profil plutôt difficile, qui se sont sauvées du tabagisme et de ses méfaits de santé, un succès valeureux et synonyme de renforcement de ces personnes, a coûté quelques milliers de francs. « Si nous ignorons les coûts de personnel, les coûts matériels purs (équipement et distribution de liquide) de l’essai pilote a coûté 4 600 fs », précise Reno Sami, « à mon avis, le rapport coûts/bénéfices est clairement positif »

Le tabagisme est estimé être la principale cause évitable de maladies et de mortalité prématurée en Suisse. L’évaluation officielle des coûts de santé en découlant sont de l’ordre de cinq milliards fs annuels, sous-estimant probablement les coûts médicamenteux. Le taux de tabagisme en Suisse n’a pas évolué depuis 2007, dépassant les 27 % de la population des plus de 15 ans. Signe de l’inefficiente politique poursuivie.

Une réussite malgré des attaques mesquines dans les médias

« Pour le SHO, ces résultats du projet et les preuves d’études scientifiques incitent et légitiment la poursuite du projet », conclut le communiqué du SuchtHilfe Ost. Pourtant, le projet pilote s’est déroulé dans un climat d’hostilité des organismes traditionalistes soi-disant « anti-tabac ». La Ligue pulmonaire, subventionnée par le Fonds fédéral de prévention tabac doté de 12 millions de Fs par an et sponsorisée par les laboratoires pharmaceutiques, s’est montrée particulièrement agressive dans les médias locaux. 

Entre autres attaques, la Ligue pulmonaire déplorait la gratuité du programme d’aide, alors qu’elle facture des cours pour l’arrêt tabagique à hauteur de 190 fs dans le canton de Soleure. « Ce qui me dérange le plus, c’est que l’aide et les appareils sont offerts gratuitement. Nous n’offrons pas de conseils gratuits pour arrêter de fumer », explique Christopher Gut, responsable de la Ligue pulmonaire de Soleure, dans le Solothurn Zeitung en juillet dernier.

Une aide à contre-courant de l’abandon des plus pauvres au tabagisme

En Suisse, les patchs nicotiniques coûtent environ 100 fs la boîte de 14, sachant que 2 ou 3 par jour sont nécessaires pour les grands fumeurs, sans être remboursés par l’assurance-maladie de base. Les personnes les moins dotées financièrement sont donc les moins aidées en Suisse pour l’arrêt tabagique. C’est pourtant le groupe social le plus touché par la cigarette. 

Le suivi Salpadia a mesuré l’évolution des inégalités de chances à l’arrêt tabagique selon le niveau d’études entre 1991 et 2011. Les plus démunis ont trois fois (OR 2,94) moins de chances de réussir leur arrêt tabagique que la classe favorisée, alors que cet écart n’était que de 1,3 vingt ans auparavant.

La compétence, clef de la réussite?

« Les personnes que nous aidons sont reconnaissantes. Parce qu’il est clair pour elles que nous n’avons aucun intérêt financier et parce que nous leur donnons des conseils sur la base de connaissances spécialisées », expliquait Reno Sami, en juillet dernier au Solothurn Zeitung. En effet, le Centre d’aide a notamment fait appel à l’association Helvetic Vape pour avoir une formation spécifique sur le vapotage. Phil Scheck, vapoteur et reviewer bien connu de la scène suisse alémanique, avait délivré une série de cours au personnel de soin du Centre pour préparer le programme.

Les résultats du projet pilote d’Olten confirment l’efficacité du vapotage pour l’arrêt tabagique lorsqu'il est accompagné de conseils éclairés, compétents et bienveillants. Approche particulièrement importante pour les groupes sociaux défavorisés, à l'opposé des dogmes particulièrement hostiles de la part des différentes parties liées au tabagisme en Suisse. Les résultats de l'expérience pilote contredisent par exemple les conclusions médiatisées de chercheurs d’Addiction Suisse que j’avais challengé à l’époque.

samedi 30 mai 2020

L'OMS Europe reconnait que passer au vapotage réduit les risques pour un fumeur

Publié avant-hier, le brief du bureau Europe de l’OMS sur le vapotage se distancie de la position fondamentaliste anti-vapoteurs du siège genevois de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). « Les fumeurs adultes, qui ne sont pas enceintes, qui passent complètement et rapidement des cigarettes de tabac combustibles à l’utilisation seule d’Electronique Nicotine & Non Nicotine Delivery System [le vapotage en langage courant] non altérée et correctement réglementée peuvent réduire leurs risques pour la santé », affirme le rapport de l’OMS Europe rédigé par Armando Peruga. Même si on ne comprend pas pourquoi déconseiller aux femmes enceintes d'arrêter de fumer avec un moyen efficace, ceci tranche avec l’affirmation « qu’aucun produit ne réduit les risques », encore répétée ce 29 mai par Krech Ruediger en conférence de presse pour l’OMS à Genève.

En résumé :
  • Le rapport de l'OMS Europe a été financé par le Gouvernement allemand, et non pas par des intérêts privés opaques et douteux comme de précédents documents de l'OMS sur le sujet.
  • Le rapport de l’OMS Europe rompt avec la ligne anti-réduction des risques de la direction de l’OMS et reconnait qu’un fumeur qui passe au vapotage réduit les méfaits pour sa santé.
  • Le rapport de l’OMS Europe reconnait qu’il n’y a aucun élément montrant un effet pour l’entourage d’un vapoteur. Avec un sophisme grossier, il recommande d’interdire le vapotage dans les lieux publics dans l’attente d’une preuve de cette absence.
  • Le rapport se distancie de la théorie de la passerelle en soulignant le niveau modéré de preuve et leur caractère de corrélation et non de lien causal entre vapotage et tabagisme des jeunes. Cependant, il passe sous silence de nombreuses études qui montrent la chute du tabagisme adolescent concomitante à l’essor du vapotage. Il ne traite pas non plus du facteur prépondérant du risque de tabagisme adolescent du tabagisme des proches, notamment des parents.
  • Sur le thème des arômes, le rapport ne semble pas avoir vraiment maîtrisé son sujet. Notamment que tous les liquides de vapotage sont de fait aromatisés. En conséquence, il fait une affirmation étrange sur l’attrait des arômes pour les jeunes contrairement aux « plus » vieux. Il mentionne cependant le rôle des arômes pour aider à l’arrêt tabagique avec le vapotage.
  • Le rapport de l’OMS Europe recommande des restrictions dures contre le vapotage, mais pas la prohibition chérie par la direction de l’OMS pour laisser le monopole aux cigarettes. Il alerte sur de possibles effets pervers des réglementations.
  • Comme la plupart des productions de l’OMS, ce rapport est plus un document politique utilisant la science qu’un document scientifique, même s’il est indéniablement de meilleure qualité à cet égard que les autres documents de l’OMS sur le sujet. Avec cette grille de lecture en tête, on peut noter la distanciation que l’OMS Europe prend vis-à-vis de la ligne fondamentaliste anti-vape soutenue par la direction genevoise de l’OMS.

Financement public contre financement privé occulte

Le rapport de l’OMS Europe a été financé par le Gouvernement allemand. C’est une première différence notable avec plusieurs productions de l’OMS sur le sujet, dont le rapport Mpower publié l’été passé où il était affirmé que la vape « est indubitablement nocive ». Préfacé par l’affairiste Michael Bloomberg, ce rapport avait été payé par Bloomberg Philanthropies Company (LLC), dont aucun compte n’est public. 

Contrairement aux fondations, les finances de Bloomberg Philanthropies Company (LLC) sont totalement opaques. Ce qui rend, entre autres, impossible d’affirmer que les organismes financés par cette entreprise sont libres de liens financiers avec l’industrie du tabac et respectent l’article 5.3 de la Convention anti-tabac contre l’ingérence de l’industrie du tabac. Par ailleurs, il est de notoriété publique que Michael Bloomberg est en affaires avec plusieurs grandes nations tabagiques, telles que l’Inde, la Thaïlande et la Chine.

Abandonner la cigarette grâce à la vape réduit les risques et les méfaits

Dégagée de l’influence de ce genre d’intérêts privés occultes, l’OMS Europe a-t-elle eu plus de latitude pour mener son analyse ? Plusieurs éléments du rapport vont partiellement dans ce sens. En premier lieu, le rapport rompt avec le principe anti-réduction des risques fondamentaliste. Il souligne que des « preuves scientifiques concluantes » établissent que « complètement substituer les EN&NNDS [le vapotage] à la place de cigarettes de tabac fumées réduit l’exposition de l’usager à de nombreux toxiques et carcinogènes présents dans la fumée des cigarettes de tabac »

L’auteur averti qu’il y a aussi des preuves concluantes que les vaporettes peuvent parfois exploser, « lorsque les batteries sont de mauvaise qualité, mal stockées ou modifiées par les usagers », et provoquer des blessures. Enfin, il existe des cas d’ingestion de liquides, volontaire ou accidentelle, qui peuvent avoir des conséquences néfastes, voire fatales.

Indices d’une moindre puissance dépendogène de la vape nicotinée par rapport aux cigarettes

D’autres éléments, soutenus par des preuves de niveau modéré, sont évoqués. Du côté des risques mal établis liés à l’usage de vape, le rapport mentionne notamment celui d’une dépendance à la nicotine, « mais le risque et la sévérité de la dépendance semblent plus faibles avec les ENDS [vapotage nicotiné] qu’avec les cigarettes de tabac fumées ». Il souligne aussi que les conséquences sanitaires d’un usage à long terme ne sont pas claires. Du côté des bénéfices mal établis, le rapport note une réduction à court terme des problèmes de santé des fumeurs étant passés au vapotage, 

Les différents cas de double-utilisateurs

Le brief souligne que les double-utilisateurs, qui vapotent et fument, semblent ne pas réduire leurs risques par rapport au tabagisme seul. « Une explication possible est que les doubles utilisateurs comprennent une grande variété de comportements de consommation de tabac et d’EN&NNDS, chacun avec des motivations différentes », avance le rapport. 

Les doubles-utilisateurs peuvent être des fumeurs dans « une phase transitoire pour réduire ou arrêter le tabagisme », mais dont certains « dépendent encore du tabagisme pour gérer leurs insatisfactions par rapport à l’expérience de l’EN&NNDS ». Le rapport ne pose cependant pas ouvertement la question du poids des restrictions contre le vapotage au détriment de cette catégorie de personnes, notamment les interdictions d’arômes autres que le goût tabac de plusieurs pays, et la limite trop basse du taux de nicotine imposée dans l’Union européenne. 

D’autre part, le rapport mentionne aussi que certains doubles utilisateurs peuvent chercher à « contourner les politiques antitabac ou simplement pour se conformer aux normes des groupes sociaux et de gérer la stigmatisation associée au tabagisme ». Ces points ne sont pas non plus développés.

Rien ne montre d’effet sanitaire pour l’entourage des vapoteurs

« Aucune étude disponible n’a montré d’effets sanitaires de l’exposition passive aux EN&NNDS [vapotage], donc les risques de santé d’être exposé à l’aérosol exhalé restent inconnus ». Le brief insiste que des études ont mesuré des émanations de particules, mais sans préciser que celles-ci sont essentiellement liquides et non solides. En général, les journalistes, au moins ceux de l’AFP, ne semblent pas connaitre la différence (ce qui est une étrange lacune d’éducation primaire). 

« L’exposition secondaire à la nicotine et aux particules de l’aérosol des EN&NNDS [vapotage] est inférieure à celle des cigarettes de tabac fumées
 », affirme le rapport, mais sans donner d’ordre de grandeur de cette différence (plusieurs milliers de fois). Pour résumer ce passage, l’OMS Europe n’a rien trouvé de consistant contre un pseudo « vapotage passif », mais elle tient à soutenir par principe l’interdiction de vapoter dans les lieux publics fermés.

Dans les conclusions, inversant la charge de la preuve pour limiter les libertés individuelles, l’auteur recommande d’interdire le vapotage dans les lieux publics fermés jusqu’à la preuve de son innocuité pour l’entourage. Prouver définitivement une absence d’effet étant impossible par définition, l’argument est un sophisme plutôt grossier.

Faux suspense sur l’arrêt tabagique à l’aide du vapotage

Armando Peruga note que le rapport de la National Academy of Science Engeneering and Medicine (NASEM) américaine avait conclue en 2018 à une insuffisance d’essai clinique pour soutenir l’efficacité du vapotage pour l’arrêt tabagique. Cependant, il souligne que depuis, l’importante étude clinique menée par Peter Hajek a montré une efficacité du vapotage pour l’arrêt tabagique. 

On peut ajouter que d’autres études en cours vont dans le même sens, comme celle menée par le Dr Mark Eisenberg au Canada. En réalité, il n’y a plus de suspense sur le fait que le vapotage augmente très nettement l’arrêt tabagique par rapport aux tentatives sans aide et même par rapport aux produits pharmaceutiques. Actuellement, le doute que les études cliniques vont confirmer ce qui est constaté depuis une décennie par les acteurs de terrain est seulement entretenu par des lobbyistes de la pharmaceutique.

Légère distanciation sociale avec la « théorie » de la passerelle

Tandis que les bureaucrates du siège central de l’OMS à Genève affirment pour principale raison de leur appel à la prohibition, que le vapotage provoque le tabagisme chez les jeunes, ce rapport de l’OMS Europe se montre plus raisonnable sur la qualité médiocre et de l’ordre de corrélations des éléments utilisés en ce sens. 
« Il existe des preuves modérées que les jeunes non-fumeurs qui expérimentent les EN&NNDS ont au moins deux fois plus de chances d’expérimenter le tabagisme plus tard. Les données disponibles jusqu’à présent ne prouvent toutefois pas que cette association est causale. Alors que certains auteurs pensent que l’utilisation des ENDS et le tabagisme sont initiés indépendamment les uns des autres, en raison de propension commune aux comportements à risque, d’autres pensent que la similitude entre les ENDS et le fait de fumer facilite la trajectoire d’un produit à l’autre au sein d’un cadre d’apprentissage social », résume l’OMS Europe (notre emphase).
Cependant, ce rapport ne va pas jusqu’à rendre compte que l’essor du vapotage aux États-Unis, en France et en Angleterre s’est accompagné de chutes sans précédent du tabagisme adolescent. Il ne mentionne pas non plus les études montrant au contraire que le vapotage des adolescents réduit leur entrée en tabagisme, notamment l’analyse de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies (OFDT), ou en aide à réduire ou sortir du tabagisme

Les arômes, outil pour favoriser les effets de report de consommation?

Cible des prohibitionnistes, le thème des arômes est traité avec moins de qualité que d’autres sujets du rapport. Il affirme de manière plutôt absurde que « l’usage des liquides aromatisés est généralement plus élevé chez les jeunes et les jeunes adultes que parmi les adultes plus vieux ». Tous les liquides étant aromatisés, cette phrase n’a aucun sens. 

L’auteur note tout de même que les arômes jouent un rôle dans la transition des cigarettes vers le vapotage, effet qui peut s’inverser en cas de prohibition. « Lorsque le goût souhaité n’est pas disponible dans le produit nicotinique souhaité, une partie des utilisateurs peut le rechercher dans un autre produit de nicotine de second choix ».

Attention aux effets pervers des réglementations

Le rapport d’Armando Peruga conclue avec des recommandations dont : prévenir l’initiation des non-fumeurs et des jeunes aux EN&NNDS, réduire les risques de l’usage des produits, interdire les affirmations de santé, protéger les anti-tabac des intérêts liés au vapotage, y compris de l’industrie du tabac. Mais il ajoute que les autorités régulatrices devraient prendre garde à « avoir à l’esprit les conséquences inattendues de toute mesure régulatrice ». Il semble assez évident que plusieurs de ses recommandations de restriction contre le vapotage auraient de telles conséquences perverses, en faveur du maintien du tabagisme.

Ce rapport marque un écart significatif sur plusieurs points et interprétations par rapport à la ligne fondamentaliste anti-vape prédominant à la direction de l’OMS. Il reste cependant très loin de saisir de manière cohérente l’approche de réduction des risques. Dans le contexte actuel, il me semble tenter de concilier des points de l’approche britannique à des éléments de la ligne officielle fondamentaliste. Le déni de l’efficacité de la politique anti-tabac britannique par les tenants anti-vape de l’OMS tel que Vinayak Prasad étant ridiculement intenable devant toute personne qui connait le sujet.

A noter : l'OMS Europe a aussi publié le même jour deux autres briefs. Une description comparant les réglementations sur le vapotage entre quatre pays: le Royaume-Uni, le Canada, le Brésil et la Corée du Sud. Ainsi qu'un brief sur les cigarettes de tabac chauffées.

vendredi 29 mai 2020

Vape et droit à la réduction des risques: Conférences et discussions d'intérêt en libre accès par visio

Des interventions ce 30 mai pour la journée mondiale de la vape, et au moins trois rendez-vous sur la première quinzaine de juin s’annoncent très intéressants concernant les questions de réduction des risques, du vapotage et ses dimensions sociales et politiques.

Tous libres d’accès, certains nécessitent de s’inscrire.

Ce 30 mai à l’occasion du World Vape Day

Plusieurs discussions en ligne proposées par des organisations de défense de vapoteurs. 
  • En italien, l’ANPVU invite à débattre à partir de 15 h sur sa chaîne Youtube : Stefano Caliciuri (Sigmagazine), Umberto Roccatti (ANAFE), Barbara Mennitti (Sigmagazine), Prof. Riccardo Polosa (COHEAR), Antonella Panuzzo (UNIECIG), Dott.ssa Giuseppina Massaro (Psicologa-coach), Dott. Fabio Beatrice (Centro Antifumo), Mosè Giacomello (VAPITALY), Carmine Canino (ANPVU). Ce sera aussi en direct sur Radio Radicale (info de Sigmagazine)

TPD review: Opportunity or catastrophe ? – 4 juin à 19h (18h Anglaise), avec Clive Bates organisé par la New Nicotine Alliance UK (NNA UK)

En anglais, gratuit sur inscription à https://zoom.us/webinar/register/WN_CBVc78kqQvuj0Zrtf4_pew
NNA UK Clive Bates TPD review: opportunity or catastrophe ?" La directive européenne actuelle sur les produits du tabac (TPD), en vigueur depuis 2014, a eu un impact significatif sur la manière dont les produits de nicotine plus sûrs sont réglementés, fabriqués, commercialisés et consommés à travers le Royaume-Uni et les États membres de l’UE. Une révision de cette directive étant en cours, que pouvons-nous attendre de l’avenir et que peuvent en faire les consommateurs ? Est-ce une opportunité pour les consommateurs de s’engager avec les décideurs politiques pour influencer la réglementation ou allons-nous faire face à une catastrophe de mauvaise réglementation? Cela affectera-t-il le Royaume-Uni maintenant que nous avons quitté l’UE ou serons-nous toujours liés par les règles de la DPT? Quelles leçons le gouvernement britannique peut-il tirer des avantages et des défauts de la précédente DPT et que peuvent faire les consommateurs britanniques et européens pour guider les politiciens dans une direction sensée? Clive s’appuiera sur sa connaissance approfondie de ce domaine politique pour aborder ces sujets et bien plus, avec du temps alloué par la suite aux participants pour poser des questions directement à Clive ».

City Health forum: ‘Compassionate public health for compassionate societies’ – 4 juin de 16h à 20h

Avec Ethan Nadelmann, David Sweanor, Alex Wodak, Marewa Glover, Michael McGrady, Cinzia Brentari, Jim McVeigt, Hannah Timpson et Magdalena Dabkowska, organisé par Knowledge Action Change (KAC). 
En anglais, accès libre, vous trouvez les détails du programme sur le site https://cityhealthinternational.org/conferences/2020-programme

Global Forum on Nicotine 2020 : Nicotine, science, ethics and human rights, 11 et 12 juin de 12h à 17h30 

Une trentaine d’intervenants. En anglais, accès gratuit sur inscription à 
https://gfn.events/ 

Au programme, notamment la Dre Caitlin Notley, le Dr Konstantinos Farsalinos et le Pr Riccardo Polosa, sur les l’état des recherches sur la nicotine, le tabagisme, le vapotage et le COVID-19 ; les questions d’éthique et de la réduction des méfaits avec Clive Bates, Marewa Glover, Ethan Nadelmann, Fiona Patten, David Sweanor et Alex Wodak ; un discours de Louise Ross, ex-directrice du Stop Smoking Service de Leicester et membre de la NNA UK, en mémoire de Michael Russell ; des interventions de représentants des organisations d’utilisateurs de produits nicotinés à risque réduit, notamment Samrat Chowdhery de l’Association des vapoteurs d’Inde (AVI). 
Le programme complet à https://gfn.net.co/programme20
« Depuis 2014, le GFN a toujours accueilli des participants d’un large éventail de groupes, de professions et de disciplines, ce dont KAC est fier. En termes simples, nous croyons en la liberté d’expression et la liberté d’association. 
Au cours de l’année écoulée, l’intensité des attaques contre des chercheurs, des universitaires et des professionnels de la réduction des méfaits du tabac à travers le monde a considérablement augmenté. Des organisations ont été calomniées et des attaques ad hominem lancées contre des individus pour leurs opinions ou leurs connexions.
Comme toujours, et peut-être plus encore en cette année critique, le GFN est ouvert à tous ceux qui s’intéressent à la science et à la politique sur la nicotine. Il est ouvert à tous ceux qui souhaitent réduire le nombre de décès et de maladies liés au tabac dans le monde. Et il est ouvert à tous ceux qui reconnaissent que la lutte mondiale contre le tabac échouera sans l’ajout stratégique de la réduction des méfaits du tabac, sous la forme d’un accès généralisé à des produits de nicotine plus sûrs. Nous nous réjouissons de vous accueillir les 11 et 12 juin - et espérons, vous voir nombreux à Varsovie, où nous prévoyons de nous rencontrer à nouveau en juin 2021 », explique Paddy Costall, co-directeur de l’organisation du GFN.
Note sur le financement du GFN par l’organisation KAC :
« Comment le GFN est-il généralement financé? Lorsqu’il est organisé en tant qu’événement en personne, le forum est entièrement financé par les inscriptions et ne reçoit aucun parrainage de fabricants, de distributeurs ou de détaillants de produits nicotinés, y compris de sociétés pharmaceutiques, de cigarettes électroniques et de tabac. Toutes les organisations qui soutiennent la conférence approuvent l’événement, mais n’ont aucune implication financière ou administrative dans l’organisation de l’événement. »

dimanche 24 mai 2020

#TobaccoExposed : l'OMS viole la Convention-cadre anti-tabac

Entrée en vigueur en 2005 et signée par 167 pays et l’Union européenne, la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT) intègre, dans la définition de ses objectifs, l’approche de réduction des risques. Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de lancer une nouvelle campagne contre le vapotage. Si outrancière qu’elle touche au ridicule en mettant en scène une enfant de huit ou neuf ans. En la signant de la CCLAT, l’OMS bafoue le texte fondateur de la Convention en stigmatisant l’approche de réduction des risques.

Mais l’OMS semble aussi prendre à la légère les décisions des membres de la Convention, qui lors de sa dernière assemblée en 2018 (COP8) ont refusé d’assimiler le vapotage au tabac. Contrairement aux cigarettes chauffées, qui elles ne sont « étonnamment » pas même mentionnées dans la campagne de l’OMS. Pourtant la responsabilité des pays membres de la CCLAT est pleinement engagée par la campagne de l’OMS faite en leur nom. Ce point est d’autant plus sensible que le dénigrement du vapotage mine les programmes de lutte anti-tabac de pays finançant la Convention-cadre. On peut penser notamment au Royaume-Uni et à la France (
~6 % chacun du financement de la CCLAT).


Le vapotage n’est pas un produit de tabac

Factuellement, le vapotage n’est pas un produit de tabac. Il ne contient pas de tabac et fonctionne sans combustion. Il ne dégage donc ni monoxyde de carbone ni goudron, les deux principaux serial-killers de la fumée. Le vapotage est utilisé par des dizaines de millions d’ex-fumeurs pour consommer de la nicotine en évitant les risques des cigarettes. Les méfaits sont ainsi réduits d’au moins 95 % selon les estimations scientifiques des organismes de santé publique indépendants britanniques. Dans les pays développant des politiques d’aide à l’arrêt tabagique, de nombreux professionnels socio-sanitaires de terrain l’utilisent pour aider des fumeurs à quitter le tabac fumé.

Ce sont des raisons pour ne pas amalgamer le vapotage au tabagisme malgré les fortes pressions des compagnies pharmaceutiques, mais aussi celles des grandes nations tabagiques lors de la COP 8. Illustrant la dissonance, la nouvelle campagne de dénigrement lancée par la direction de l’OMS survient au moment où une étude anglaise montre que la méfiance du public envers le vapotage, répandue par ce type de propagande, favorise le maintien dans le tabagisme.
« Nos résultats mettent en évidence la nécessité d’une augmentation de couvertures médiatiques et de campagnes de santé publique axées sur la réduction des méfaits pour la santé lorsque l’on passe du tabac fumé au vapotage et la nécessité d’une réduction de la couverture médiatique alarmiste », soulignent Olga Perski, Emma Beard et Jamie Brown, de l’University College London, dans leur étude publiée dans la revue BMC Medicine.

Prise en otage émotionnelle perverse

Dans la veine sensationnaliste, la nouvelle charge anti-vape de la direction de l’OMS prend en otage émotionnel par des photos-montages de jeunes enfants, pour prétendre que le vapotage conduit à fumer. C’est tout simplement mensonger.

Les analyses rigoureuses, notamment en France par l’OFDT et l’École des mines de Saint-Étienne, au Royaume-Uni par l’Action on Smoking and Health, les statistiques sur vingt ans du tabagisme adolescent aux États-Unis, ainsi que d’autres études (liste non exhaustive), montrent que le tabagisme adolescent recule sous l’impact du vapotage.

Des papiers ne tenant pas compte du tabagisme des proches, le principal facteur de risque de tabagisme des adolescents, ont abouti à des résultats biaisés pour affirmer que le vapotage pouvait avoir un « effet passerelle ». Mais la chute accélérée du tabagisme adolescent dans les pays où le vapotage s’est répandu depuis dix ans suffit à invalider cette théorie fumeuse.

Dans le monde réel, malgré son interdiction de vente aux mineurs, le vapotage détourne une partie de ceux-ci d’essayer la cigarette, qui dans sept cas sur dix aboutit à un tabagisme à long terme. Une large partie des ados ne font qu’expérimenter ponctuellement le vapotage et souvent sans nicotine (p.ex. récent les données allemandes de Debra). Chez ceux qui l’utilisent de manière régulière, la vaste majorité est déjà dans une démarche pour sortir ou réduire un tabagisme précoce.

Campagne programmée pour provoquer ce qu’elle prétend éviter?

La campagne de l’OMS a toutes les caractéristiques de communications contre-productives déjà vues dans le passé. Que ce soit celle de Nancy Reagan contre les drogues, ou les tournées des cigarettiers dans les écoles des années 1980', elles ont toutes abouti à faire augmenter la consommation qu’elles prétendaient faire reculer.

Ce type de communication provoque ce qu’elle prétend faire éviter chez les jeunes. Mais elle incite les parents à adopter une attitude de crainte et court-circuiter toute réflexion rationnelle. Des effets qui permettent d’obtenir des crédits dans une fuite en avant pour mener la « guerre » à un problème initialement inexistant.
« Les perceptions négatives et les craintes du grand public, renforcées par l’image négative que véhiculent les médias, ont fait des drogues et de ceux qui en consomment des “cibles faciles” pour les politiciens et d’autres élus en quête de voix. L’exemple le plus frappant est ce que les sociologues ont qualifié de “panique morale”, qui consiste à attribuer de façon exagérée ou mensongère un comportement dangereux à un groupe particulier, tel qu’une minorité ou une sous-culture (souvent en exposant des cas extrêmes comme s’ils étaient ordinaires) », rapport 2017 (p. 28) de la Commission globale de politique en matière de drogues (GCDP).
Dans un article sur cette nouvelle campagne de l’OMS, le Dr Philippe Arvers, médecin des armées et administrateur de la Société francophone de tabacologie (SFT), s’interroge sur cette attaque ciblée.
« Cette année, au lieu de se focaliser sur le tabac chauffé, l’OMS veut diaboliser la nicotine en utilisant des enfants. Les affiches proposées sont plus que tendancieuses et ne reposent sur aucun fondement scientifique. Au contraire, elles peuvent être incitatives à expérimenter les produits du tabac », Dr Philippe Arvers, article sur son compte Linkedin.

Incompétence abyssale des cadres de l’OMS sur le sujet

Il est difficile de déterminer, sans enquête indépendante ayant accès à des documents et à la nature des sources de financement de ce programme de l’OMS, si la campagne est motivée pour servir des intérêts financiers ou si elle n’est que le fruit d’une incompétence larvée dans une vision étriquée.

Au crédit de la lecture d’un moteur idéologique arriéré, il est clair que l’expertise des cadres de l’OMS sur la réduction des risques face au tabagisme est affligeante de nullité. La présentation de Ranti Fayokun au Conseil exécutif en février dernier à Genève sur le sujet — disponible en replay sur le site de l’OMS — est symptomatique à ce sujet : ignorance de notion basique de chimie, contresens sur des données scientifiques, malhonnêteté intellectuelle, absence de toute réflexion de gestion des risques et mépris du public concerné.

De son côté, Vinayak Prasad, directeur du programme Initiative pour un monde sans tabac (TFI) de l’OMS financé par la Bloomberg Philanthropies Company, a mené la campagne médiatique anti-vape autour du rapport Mpower à l’été 2019. Auparavant, il a été haut fonctionnaire de l’État indien durant 18 ans, notamment au ministère des Finances. Son interview avec David Nazar, enregistré fin février 2020, parle de lui-même sur l’absence de prise en compte des réalités humaines et des données scientifiques qui ne souscrivent pas à son a priori.
Les contenus du briefing de Ranti Fayokun et de l’interview de Vinayak Prasad sont dans la ligne idéologique de la scandaleuse page sur le vapotage, même après modification, que l’OMS avait publié en janvier. Pourtant à plusieurs reprises, des scientifiques et experts, des organismes de santé, des médecins, en Allemagne aussi, des tribunes dans des revues spécialisées, et même la santé publique britannique ont tenté de faire revenir l’OMS à la raison. Comme le déclare Vinayak Prasad dans son interview (ci-dessus), les cadres de l’OMS refusent de prendre en compte ces expertises et études.

Qui a intérêt à empêcher les fumeurs de sortir de la cigarette?

Mais si l’OMS viole aussi brutalement ses principes de fonctionnement, à la fois d’honnêteté scientifique et de respect des votes de la Convention, ainsi que les principes mêmes de la Convention, on peut se demander si ce n’est peut-être pas par un effet d’une troisième violation de la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac : celle stipulée à son article 5.3, d’élaborer les programmes anti-tabac à l’abri de l’influence de l’industrie du tabac. 

Or, le cas indien est, au minimum, troublant. Troisième producteur mondial de tabac et actionnaire d’ITC — le Big Tobacco indien —, l’influence de l’Inde sur la Convention anti-tabac de l’OMS s’est accrue de manière prépondérante ces dernières années. D’une part de manière officielle, à travers l’organisation de la COP 7 à Delhi en 2016 et la présidence par Preeti Sudan de la COP 8 à Genève en 2018 notamment.
« En jouant le jeu d’ITC, le gouvernement protège et promeut la part de marché monopolistique de 80 % dont jouit ITC. Cela va à l’encontre du principe de concurrence dans l’intérêt du consommateur. ITC a réussi à invoquer des raisons de santé comme si les cigarettes fabriquées par ITC protégeaient la santé du fumeur et celles fabriquées uniquement par des étrangers provoquaient le cancer », soulignait déjà en 2012 l’analyste financier Janardan Kothari sur MoneyLife India.
D’autre part, l'Inde a accrue son influence au sein des organes de direction à l’OMS par la nomination en son sein d’ex-haut-fonctionnaires indiens. C'est un secret de pacotille, l’Inde milite pour la prohibition du vapotage qui fait concurrence à son tabac et ses cigarettes. Depuis la prohibition de la vape en Inde, ITC a d’ailleurs lancé en début d’année ses nouvelles cigarettes « fruitées » (voir photo) pour essayer de récupérer des clients.
« Dans un sens faible, le décret de prohibition du vapotage ne fait que susciter l’inquiétude que le gouvernement [Indien] utilise la santé des individus comme un écran de fumée pour une augmentation de ses revenus. Le fait d’être le plus grand actionnaire de la plus grande entreprise de tabac donne au gouvernement une incitation directe à ne pas faire progresser la santé publique », Nihal Sahu et Vedantha Sai, dans l’International Journal of Constitutional Law du 29 février 2020.

Financements opaques par un oligarque à la morale douteuse

De même, les financements de l’OMS par la Bloomberg Philanthropies Company, qui n’étant pas une fondation ne présente aucune transparence de ses comptes, sont aussi extrêmement problématiques puisque personne ne peut savoir quels intérêts financiers sont ainsi défendus et représentés. Aucun élément financier n’est accessible de manière transparente. D’une part, Michael Bloomberg refuse de publier sa propre déclaration d’impôt, et surtout, d’autre part, il a enregistré sa compagnie « philanthropique » sous le régime de Liability Limited Company (LLC) permettant l’opacité totale sur les comptes.
« Une “LLC philanthropique” peut contourner les règles habituelles en toute légalité. Elle n’est soumise à aucune obligation annuelle de distribution minimum de fonds à des causes caritatives, ni à aucune restriction concernant les délits d’initiés (lorsqu’un donateur doit s’interdire de faire un don qui lui profite directement) », précisent les sociologues Linsey McGoey, Darren Thiel et Robin West de l’Université d’Essex (UK), dans leur article de 2018, Le philanthrocapitalisme et les « crimes des dominants ».
Dans son ouvrage Follow the money, Sarah Reckhow, politologue de l’Université du Michigan, estime que ces nouvelles LLC constituent une évolution antidémocratique de la « philanthropie » en rendant toute recherche indépendante impossible à leur propos. Rien ne permet au public de connaitre les liens financiers, ou leurs absences, de Bloomberg et de ses entreprises avec les différents intérêts économiques sur le sujet. Il est incompréhensible qu’une telle opacité soit acceptée en regard de l’article 5.3 de la CCLAT.

Des financements par une structure économique à but lucratif et totalement opaque financièrement sont incompatibles avec l’exigence de garantir l’indépendance des activités de l’OMS de l’influence d’intérêts nocifs. Par exemple, comment savoir si les choix stratégiques ne visent pas à pervertir un programme en le détournant vers la lutte contre un moyen d’arrêt tabagique pour protéger des intérêts en place ?

Or Bloomberg a déjà privilégié l’intérêt de ses affaires à l’honnêteté et à la vérité par le passé. Bloomberg News a notamment étouffé la révélation d’un scandale de corruption dans l’élite chinoise pour arranger un futur partenariat économique, comme le montre l’affaire révélée en avril par la National Public Radio (NPR).

La poursuite d’affaires de Bloomberg avec des États tabagiques tels que l’Inde, la Thaïlande ou la Chine sont évidentes, bien qu’aucun détail n’est accessible en raison de l’opacité totale de Bloomberg. Le régime de LLC fait que la Bloomberg Philanthropies Company, n’est pas philanthropique. C’est une compagnie qui vend de la philanthropie. Et nul ne peut juger de la qualité du produit en raison de l’opacité totale sur son fonctionnement et son économie.

Au vu des attitudes incohérentes des organisations que Bloomberg finance dans le domaine « anti-tabac », on ne peut pas écarter que l’affairiste les utilise en monnaie d’échange pour arranger ses partenaires économiques, comme cela a été le cas avec la Chine dans le dossier étouffé par son journal du scandale de corruption.

Les violations des droits humains sont-elles bonnes pour la santé ?

Dans sa haine des vapoteurs, les félicitations récurrentes de l’OMS aux violations de droits humains sont ahurissantes. Une publication de Sovape a listé en janvier certaines des mal-conduites de l’OMS sur le sujet. Exactions de la junte militaire en Thaïlande où sévit le Monopole du tabac thaïlandais, menaces du dictateur cinglé Rodrigo Duterte aux Philippines, répression en Inde où 275 millions de consommateurs de nicotine sont forcés à utiliser les produits les plus nocifs, et modèle totalitaire Nord-Coréen bénéficient du soutien de l’OMS.

Une enquête indépendante est nécessaire

Dans ces conditions, une enquête sur les activités et les procédures de décision de l’OMS sur ce dossier est absolument nécessaire pour lever les doutes sur une éventuelle stratégie de manipulation ou d'instrumentalisation, clarifier le niveau de compétences des responsables, et éventuellement donner des balises d’un fonctionnement efficace et honnête à l’institution sur le sujet.

Des chercheurs de l’Université d’Édimbourg ont déjà alerté en 2018 sur le risque de stratégie de « cheval de Troie » au sein d’accord multilatéral concernant la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac. Le dernier épisode de cette nouvelle campagne de l'OMS concrétise cette crainte.
« Les deux organisations [l’OMS et la Banque mondiale] sont financées par une poignée de philanthropies privées et font face à des risques similaires pour une lutte antitabac efficace : réduction de la responsabilisation et de la mobilisation des ressources, mauvaise autorité décisionnelle en raison de l’influence spécifique des donateurs et difficulté de suivi et d’évaluation », souligne l’étude dirigée par le Dr Mitsuru Mukaigawara, publiée par Wellcome Open Research
Une enquête indépendante devrait chercher à déterminer si la direction de l’OMS :
  • viole le principe de réduction des risques de la définition (1.d) de la lutte anti-tabac du texte fondateur de la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac
  • a violé la décision de la dernière assemblée (COP8) de la Convention-cadre avec cette campagne assimilant le vapotage au tabac
  • respecte ou au contraire nuit aux politiques anti-tabac de pays membres, notamment du Royaume-Uni ou de la France
  • respecte dans l’élaboration de ses programmes le principe d’indépendance envers les intérêts de l’industrie du tabac, notamment de l’Inde actionnaire des cigarettiers ITC et VST
  • s’assure de l’indépendance et de la probité de ses sources financières, notamment celle de Bloomberg qui est totalement opaque au public
  • examine et analyse avec rigueur et sérieux les études et données scientifiques à disposition, ce qui semble improbable à la lecture des publications de l’OMS sur le sujet
D’autres sujets connexes devraient aussi être éclairés par un tel audit. L’OMS respecte-t-elle le principe médical de ne pas nuire — « primum non nocere » —, en incitant des fumeurs à ne pas arrêter de fumer à l’aide du vapotage ? Le droit à la santé comprend la réduction des risques, ce qui dans la tradition humaniste s’enracine dans le droit individuel à la sauvegarde de sa propre intégrité physique. En incitant à la prohibition ou au maximum d’entraves à l’accès légal du moyen de réduire les risques pour les fumeurs, l’OMS respecte-t-elle encore ce droit humain ? Le soutien à des exactions et répressions violentes de régimes autoritaires contre les usagers de vapotage, en Thaïlande, Inde et Philippines notamment, devrait aussi être examiné.

Il est urgent que les pays démocratiques, soucieux des droits humains et d’approches de santé publique efficaces face au tabagisme, réagissent face à la dérive toxique de l’OMS contre les vapoteurs, et qui, de fait, favorise le tabagisme et les industries bénéficiant de ce fléau sanitaire. La crédibilité des autorités de santé des pays démocratiques est aussi en jeu. Ne pas dénoncer cette campagne outrancière et nocive de l’OMS serait de facto s’en faire complices aux yeux du public concerné. Et la période n'est pas à la confiance aveugle...


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