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jeudi 1 novembre 2018

Suisse: Dix ans d'incompétence politique maintiennent le tabagisme à plus de 27% de la population

Les responsables du tabagisme Suisse

Depuis dix ans, le tabagisme en Suisse stagne: 27,1% en 2017 selon les derniers chiffres de l'Enquête nationale de santé. Une méthode de recensement dont on sait qu'elle tend à sous-estimer les consommations stigmatisées, dont le tabagisme. Publiée hier par l'Office fédéral de la statistique, cette enquête effectuée tous les cinq ans recense près de 1,9 millions fumeurs chez les plus de 15 ans. Par rapport aux 28,2% de 2012, la légère baisse représente environ 80'000 personnes sorties du tabagisme.

A peu de chose près, c'est le nombre de vapoteurs au quotidien estimés à 70'000 en 2017 par le cabinet Ecig Intelligence. Bien que fortement entravé par la prohibition des liquides nicotinés jusqu'à l'été dernier, le vapotage est devenu tout de même l'aide la plus utilisée par les fumeurs helvètes pour arrêter lorsqu'ils en utilisent une. Mais la vape n'était employée que dans 6% des tentatives en 2015 car l'extrême majorité (70%) des fumeurs ont tenté l'arrêt franc sans aide, selon le monitorage d'Addiction Suisse

Quand elle peut, la vape fait dégringoler le tabagisme

Depuis 2011, les pays où le vapotage a pu se développer ont vu leur tabagisme baisser. Voire dégringoler lorsqu'il est soutenu par une politique incitative. Pendant que les autorités Suisses interdisaient les liquides à vapoter nicotinés, sans base légale comme l'a jugé le Tribunal administratif fédéral en avril dernier, les anglais ont fait chuter d'un quart la part de tabagisme sous l'essor de la vape. Près de 40% des tentatives s'appuient sur ce mode de consommation de nicotine à risque réduit: les  réussites ont bondi. Les centres stop-tabac locaux enregistrent 63% d'arrêts réussis avec le vapotage en moyenne. 

Les adolescents britanniques ont suivi le mouvement de leurs aînés à la baisse. L'Islande a vu près de 40% de ses fumeurs passer totalement au vapotage depuis 2014, tandis que le tabagisme des adolescents est en voie de disparition. Dans l'Union Européenne, ce sont près de 7,5 millions de personnes libérées de la cigarette à l'aide du vapotage. Aux Etats-Unis, le tabagisme s'écroule dans toutes les classes d'âge sous l'impact de la vape.

La prohibition a maintenu le tabagisme en Suisse

En contraste de ces multiples exemples, la prohibition du vapotage nicotiné a assuré le maintien du tabagisme en Suisse durant cette période. Principale action des autorités sur le sujet: un projet de loi tabac (LPTab) bancal, cherchant avant tout à condamner la réduction des risques en assimilant le vapotage au tabagisme. Présenté en 2016, il a réussi à rallier une majorité du parlement contre lui, à cause de son rejet de la réduction des risques pour une part, et pour d'autres en vue de défendre la publicité des produits du tabac. Depuis, le Conseiller fédéral Alain Berset et son administration de l'Office de la santé publique (OFSP), ont bachoté un nouvel avant-projet au moins aussi incohérent que le précédent. Ils espèrent le faire avaliser au parlement pour une entrée en vigueur d'ici 2023.

61% des fumeurs veulent arrêter, mais où est l'aide?

Qu'en est-il de l'aide? 61% des fumeurs en auraient besoin, selon la nouvelle enquête nationale de santé. C'est la part des fumeurs qui voudraient arrêter de fumer. Mais là non plus, rien, pas un geste des autorités politiques. Elles interdisaient le vapotage nicotiné jusqu'à ce que la Justice remette les choses à plat fin avril. Du côté des professionnels de santé, l'idée d'une nouvelle approche sortant de la stérilité du dogme actuel évolue vraiment très lentement. Le Pr Jean-François Etter, directeur de Stop-Tabac.ch, a longtemps été seul à défendre un aggiornamento. Cependant fin 2017, la Fédération des professionnels socio-sanitaires du domaine des addictions (GREA, Fachverband Sucht, Addiction Ticino) a pris ses responsabilités, laissant espérer du mouvement. 

Explosion des inégalités sociales de santé

En dehors de la vape, les substituts nicotiniques ne sont tout simplement pas remboursés par l'assurance-maladie de base. Bien que livrés au monopole des pharmaceutiques ce qui leur assure des marges bénéficiaires à faire pâlir de jalousie tout dealer de coke. Force est de constater que les élites de santé publique se soucient peu [euphémisme] de ses tracas de fumeurs. Une raison évidente, le problème concerne avant tout les classes populaires. En proportion, les chômeurs sont, par exemple, cinq fois plus nombreux à fumer que les plus aisés.

Les personnes souffrant de troubles psychiques, les groupes stigmatisés, les groupes sociaux soumis à d'important stress, y compris celui de l'échec scolaire, ont tous des taux de tabagisme nettement supérieur à la moyenne générale. Concernant les chances de réussir à arrêter aussi les inégalités sociales sont au rendez-vous. Une personne peu diplômée a trois moins de chances de réussite qu'un membre de l'élite Suisse, selon le suivi Salpadia en 2011. Alors que ce ratio n'était que de 1,3 en 1991. Une évolution qui n'a pas attiré l'attention même des auteurs de l'étude (sic!).

Ces groupes sociaux sont exclus méticuleusement des cercles consultés par la bureaucratie dirigeante qui n'a guère d'autre chose que son mépris à leur proposer. Les quelques campagnes "de sensibilisation" à sens unique s'appuient sur des injonctions paradoxales appelant à arrêter de fumer tout en privant les fumeurs des moyens concrets pour y arriver.

Qui gagne des milliards ?

La Confédération, et précisément le Département de l'Intérieur dont Alain Berset a la charge, encaisse près de 2,2 milliards Fs annuels de taxes tabac. Les organismes de prévention récoltent 0,3% du chiffre d'affaires des cigarettes, soit environ 14 millions Fs par an ces dernières années de tabagisme stable. De son côté, la société civile dans son ensemble, et parmi elle les fumeurs en particulier, supporte des coûts liés aux maladies provoquées par le tabagisme de l'ordre de 4,6 milliards Fs par an, selon l'estimation de l'Université de Zurich en 2014 sur les maladies non-transmissibles.

Des gains pour l'Etat, les cigarettiers et les firmes pharmaceutiques, des dépenses pour les fumeurs, leur entourage et des pertes de productivité pour leurs employeurs: les intérêts en jeu des divers groupes socio-économiques sur le tabagisme sont assez clairs. Bien que les médias préfèrent le réduire à la seule figure du méchant cigarettier pour occulter les autres groupes d'intérêt. En terme de classe aussi, le tabagisme finance les retraites des non-fumeurs tandis que les groupes sociaux victimes du tabagisme en sont pour une bonne part exclus par mort prématurée. 

Le retour de la vieille alliance des puritains et des cigarettiers

Quelque chose va t-il changer ? La levée de l'interdiction d'accès local aux liquides nicotinés, gagnée de haute lutte par les usagers et la vape indépendante pourrait donner un souffle nouveau à la sortie du tabagisme avec l'aide du vapotage. A la société civile de saisir l'opportunité offerte par cette victoire. Mais l'hostilité ou le faible soutien du milieu de la santé ces dernières années en Suisse a provoqué une forte tendance au désengagement social du milieu des vapoteurs. L'enthousiasme prévalant il y a 4 ou 5 ans à participer à des initiatives d'aide à la sortie du tabagisme a été froidement douché par l'attitude des organisations de santé.

Au niveau national, peu de choses sont susceptibles de bouger à court terme. Le parlement devra traiter le projet de loi tabac lorsqu'il lui sera soumis par Alain Berset, pour peut-être une loi tabac en vigueur d'ici 2023. En attendant, cigarettiers et organisations sponsorisées par la pharmaceutique s'entendent pour faire barrage à la vape. Dernier exemple en date, cet été où ils se sont arrangés pour continuer la vente de cigarettes et interdire aux mineurs l'opportunité de sortir ou d'éviter le tabagisme à l'aide du vapotage. Signe du bon état de santé de la vieille alliance entre puritains et cigarettiers

Combien de personnes condamnées à être malades par Alain Berset ?

Au niveau cantonal, les même lobbys essaient aussi de faire passer des restrictions anti-vapotage. C'est le cas notamment à Genève, où sous couvert de projet de loi (PL 12385) sur l'interdiction de vente de tabac aux mineurs, le Conseil d'Etat tente d'assimiler le vapotage au tabagisme et appliquer l'ensemble des interdictions en vigueur contre les fumeurs aux vapoteurs adultes. Les batailles les prochains mois pour le droit à éviter de fumer à l'aide de la vape seront probablement locales.

Le gâchis de santé publique de cette décennie est immense. En regard de ce qui s'est passé au Royaume-Uni ou en Islande, ce sont de 500'000 à 800'000 fumeurs empêchés d'en sortir à l'aide du vapotage par la politique menée par le Conseiller fédéral Alain Berset et le Directeur de l'OFSP Pascal Strupler. Au-delà de sa condamnation au tabagisme et ses conséquences, c'est la confiance du public dans la probité des institutions et du monde de la santé qui est minée en soubassement de ce scandale. Durant cette période, plus d'un million de fumeurs ont essayé le vapotage sans avoir accès aux liquides nicotinés. Combien d'entre eux peuvent-ils encore croire au discours hypocrite des organismes de santé au sujet du tabagisme?



dimanche 15 juillet 2018

[Bref] Le Tages Anzeiger anticipe un développement du vapotage en Suisse

L'édition dominicale du Tages anzeiger consacre une page à la prochaine expansion du vapotage en Suisse. Fin avril, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a cassé la prohibition illégale imposée par l'administration fédérale. "Jusqu'à présent, principalement les petits fournisseurs du secteur du vapotage étaient actifs. La nicotine pour les liquides était disponible dans les boutiques en ligne étrangères ou sous le comptoir de vente. Mais avec la nouvelle situation juridique, les gros commerçants flairent la bonne affaire", annonce Eric Bürgler du Tagi.  

"Nous prévoyons d'inclure des cigarettes-électroniques et des liquides contenant de la nicotine dans notre gamme", confirme un porte-parole de la chaîne de supermarchés Coop. Les concurrents de Denner observe la situation attentivement. Valora, qui déteint la chaîne de kiosques Naville, a déjà franchi le pas avec des produits de l'entreprise suisse Insmoke. En Allemagne, la chaîne offre des produits de vapotage depuis plusieurs années. Au hit-parade des liquides, ce sont les arômes After-eight et cheesecake les plus populaires. 

Près de deux millions de fumeurs à sortir du tabagisme

Le Tages Anzeiger anticipe une belle croissance du secteur. Avec plus de 25% de fumeurs, la Suisse a réussi à maintenir son taux de tabagisme avec la prohibition arbitraire du vapotage nicotiné depuis 2009. Tandis qu'au Royaume-Uni, près de 6% de la population est passé de la cigarette au vapotage observe le quotidien zurichois. "Le secteur bénéficie des recommandations du ministère de la Santé britannique. Celui-ci conseille fortement aux fumeurs de passer au vapotage car il est significativement moins nocif que les cigarettes traditionnelles", souligne le journal. 

Une situation qui contraste fortement avec la protection de la situation actuelle par les lobbys anti-vape en Suisse. "Selon Thomas Beutler de l'Association de prévention du tabagisme en Suisse (AT-Suisse), il n'existe pas d'étude significative à long terme sur les effets négatifs du vapotage sur la santé", mentionne la Tages Anzeiger.

Que va faire Big Tobacco ?

Du côté d'Insmoke, Stefan Meile se réjouit des perspectives de développement. Mais il reste sur ses gardes. "Les grandes compagnies de tabac vont bientôt apporter leurs e-cigarettes sur le marché suisse, avec un budget marketing élevé", prévient le président de l'Association indépendante des professionnels de la vape suisse (SVTA). Un porte-parole de Japan Tobacco confirme travailler sur le dossier. En Allemagne, le cigarettier genevois a opté pour une stratégie de dénigrement contre le vapotage, y compris par campagnes publicitaires.

Alors qu'aucune restriction sur l'âge de vente des cigarettes n'existe au niveau fédéral, l'administration a convoqué une table-ronde le 6 juillet dernier pour restreindre la vente des produits de vapotage. Les professionnels indépendants de la vape étaient bien isolés au milieu des lobbyistes des cigarettiers à ce meeting de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et vétérinaire (OSAV), qui a évité d'y convier les représentants des vapoteurs. Selon le Tages Anzeiger, aucun résultat n'est ressorti de la réunion. "Ils veulent se revoir en septembre".


vendredi 13 juillet 2018

Valais: servir patates, tomates ou aubergines aux mineurs sera t-il bientôt interdit ?

Le mélange entre influence et incompétence peut engendrer des situation cocasses. En modifiant la loi pour interdire "la vente et la remise de produits nicotinés" aux moins de 18 ans, le 14 juin dernier, le Grand Conseil valaisan ne semble pas s'être inquiété de la question des légumes de la famille des solanacées. Patates, tomates, aubergines, poivrons et piments notamment sont des solanacées. Particularité? Toutes les plantes de cette famille, y compris ces légumes, contiennent naturellement de la nicotine. En concentration plus faible que dans le tabac, mais ils en contiennent. Suffisamment pour qu'on détecte un effet bénéfique d'un régime alimentaire riche en solanacées, notamment en poivrons, pour prévenir le risque de maladie de Parkinson par exemple.

50'000 FS d'amende si l'on sert des tomates à un ado ?

En interdisant de donner ou vendre des produits nicotinés à des mineurs, les autorités valaisannes semblent, au moins de manière formelle, avoir interdit aux parents, cantines, restaurants, etc. de servir ces légumes aux enfants et adolescents à partir du 1er janvier prochain. En cas d'infraction, les personnes ayant remis des produits nicotinés à des mineurs risqueraient une amende allant jusqu'à 50'000 Fs. Avec la même perspicacité, cette modification de loi interdit aussi la vente et la remise de "cigarette-électronique" aux mineurs, sans que l'on sache ici non plus ce que cela recouvre précisément.

Une politique pour conserver le tabagisme adolescent

En Suisse, le tabagisme adolescent stagne à près de 16%, tandis que dans les pays où le vapotage a pu se développer, il s'est écroulé. Aux Etats-Unis, de 15,8% en 2011, il ne touche plus que 7,6% des adolescent en 2017. Dans la région parisienne, le suivi de Paris Sans Tabac montre la même évolution. Au Royaume-Uni, la vape a aussi accéléré la dénormalisation du tabagisme chez les jeunes. La très large majeure partie des adolescents qui expérimentent le vapotage, le font sans nicotine. La part qui vapotent régulièrement avec nicotine est quasi-exclusivement déjà fumeurs.

Les autorités valaisannes s'apprêtent donc à priver au niveau légal leurs adolescents d'un moyen d'éviter de fumer et, avec surréalisme, d'une série de légumes très courants tels que les patates, les tomates et les aubergines. Tout cela sur la base de mauvais conseils de lobbyistes puritains préférant conserver le vieux tabagisme, tout en prétendant l'inverse, que donner une quelconque marge de manœuvre à une approche de réduction des risques.

La transgression des ados pour sortir de la société tabagique?

On peut imaginer que l'interdiction valaisanne de légumes nicotinés aux mineurs sera de facto impossible d'application. Les interdictions contre le vapotage auront peut-être le mérite paradoxal d’exciter curiosité et envie de transgression des adolescents valaisans. Avec des lois aussi ridicules et arriérées, il y a peu de chance que les messages de santé publique ne regagnent quelconque crédibilité aux yeux des jeunes.


lundi 14 mai 2018

Suisse & LOL: Après neuf ans de prohibition illégale à mépriser les usagers, les élites de santé se disent "prises de court par la situation"!

Article tissé de fil blanc dans le Matin de ce matin. Après neuf ans à maintenir illégalement la prohibition contre le vapotage nicotiné et à mépriser les propositions des usagers pour réguler la question, des responsables de santé et des politiciens jouent la carte de l'affolement dans les médias. Selon eux, il faut de toute urgence assimiler le vapotage, produit sans combustion et sans tabac, au tabagisme. Tant qu'il s'agissait de laisser crever sans accès au moyen de sortir du tabagisme les plus de deux millions de fumeurs en Suisse payant pour 2,2 milliards de taxes annuelles, dont 14 millions pour les organisations anti-tabac, et quelques autres milliards en médicaments aux entreprises de la pharmaceutique, rien ne pressait. A présent il s'agit de faire bon usage de la peur et de la panique pour imposer leur loi anti-vape. La doctrine du choc est une vieille recette autoritaire éprouvée.

Il faut évidemment mettre une bonne dose de peur irrationnelle. Selon ces voix autorisées, les enfants seraient en danger. "L’usage de cigarettes électroniques augmente le risque de devenir fumeur de cigarettes traditionnelles", invente, contre les preuves des études sérieuses sur le sujet, Graziella Schaller, députée Vert'libérale vaudoise dans le journal lausannois. Par contre, j'ai pu le constater,  le buzz monté de toute pièces par le journal la Liberté et la RTS en janvier dernier a ramené sur le moment quelques adolescents dans des magasins de vape. Avertis par le reportage bidon de la TV qu'ils avaient légalement le droit d'acheter des produits de vapotage, les jeunes sont venus essayé. Dans le cas dont j'ai été témoin, bien que l'ado a précisé vouloir du vapotage sans nicotine, le vendeur a refusé, indiquant au mineur de revenir avec un de ses parents. 

Reste qu'en sortant, cet ado genevois a pu sans difficulté s'acheter un paquet de cigarettes au premier automate venu. Et inhaler monoxyde de carbone, goudrons et les plus de 5'000 toxiques dégagées par la fumée. Mais il a ainsi payé des taxes. C'est ce qui parait compter avant tout pour les responsables moins prompts à agir pour les 38% de jeunes romands fumeurs que contre leur peur que certains d'entre eux puissent y échapper à l'aide du vapotage.


vendredi 16 février 2018

Monitorage Suisse: le tabagisme des 15-25 ans augmente, avec 38% des jeunes romands fumeurs tandis que le vapotage reste anecdotique

En Romandie, 38,1% des jeunes de 15 à 25 ans sont fumeurs, selon le rapport du monitorage suisse des addictions consacré à cette question publié en janvier. A l'échelle nationale, la prévalence tabagique de cette tranche d'âge aurait augmenté, passant de 29,6% à 31,6% entre 2011 et 2016. En moyenne, les plus de 3'000 jeunes questionnés par téléphone déclarent fumer 13,3 cigarettes par jour. Comme tout sondage, cette enquête comporte les biais liés à ce type d'approche, ces chiffres sont justes des chiffres, pas forcément des chiffres justes. Bien que la moitié des jeunes fumeurs déclarent lors de l'enquête souhaiter arrêter de fumer, le vapotage n'a pas pu contrer la progression du tabagisme des jeunes suisses. Les moins de 25 ans sont nombreux à expérimenter le vapotage, mais "toutefois, peu d’entre eux l’utilisent régulièrement", explique la fondation Addiction Suisse, mandatée par la confédération pour ce monitorage. 

Plus de 32% des 15-24 ans ont essayé le vapotage au moins une fois dans leur vie, mais aucun jeune de 15-19 ans et seuls 0,2% des 20-24 ans déclarent en faire usage au quotidien. Le rapport spécial sur le vapotage du monitorage, daté d'août dernier, montre que dans l'ensemble un peu plus de 2% des jeunes  vapotent occasionnellement. Rappelons qu'en Suisse, la vente de liquide avec nicotine est interdite (même aux majeurs). La progression du tabagisme des jeunes suisses se démarque nettement de la chute constatée dans les pays respectant le droit humain à l'accès aux moyens de réduction des méfaits. 

Jeunes fumeurs en hausse en Suisse, en chute au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, les statistiques montrent que dans la période 2010 à 2016, le tabagisme des 18-24 ans a chuté de 7 points, passant de 26% à 19%. Un quart de fumeurs britanniques de cette tranche d'âge en moins. La même tendance se dessine aux Etats-Unis où le tabagisme adolescent atteint le niveau historiquement le plus bas jamais enregistré. De 15,8% en 2011, le tabagisme a chuté à 9,3% chez les 17-18 ans américains en 2016. Lorsqu'en Suisse, le tabagisme des 15-24 ans a progressé de 2 points, de 29,6% à 31,6% entre 2011 et 2016. Les auteurs du rapport supposent qu'un décalage s'opère ces dernières années repoussant l'âge d'entrée dans le tabagisme. En regardant les données, les indicateurs paraissent assez fluctuants d'une année sur l'autre et cette hypothèse me semble demander confirmation.

Augmentation de l'usage du tabac à rouler

A défaut d'utiliser le vapotage pour éviter le tabagisme, les jeunes suisses se tournent de plus en plus vers le tabac à rouler. La part de fumeurs quotidiens utilisant exclusivement du tabac à rouler a atteint 13% en 2016, contre 7,8% en 2012. A leurs côtés, 23,2% d'usagers combinent tabac à rouler et cigarettes. La pression économique, même si le prix des cigarettes n'a pas augmenté récemment, est probablement une raison de cet usage du tabac à rouler bien moins onéreux.

En creux se dessine aussi l'effet pervers du contenu des campagnes de prévention actuelles chez les adolescents. Ces dernières années, elles se sont axées essentiellement à répandre la peur et faire l'amalgame du vapotage au tabagisme, dans une négation de toute approche de réduction des risques. Sans surprise, ce travail de brouillage d'information sur les risques relatifs provoque une promotion indirecte des produits les plus nocifs  et accompagne les jeunes vers le tabac à rouler plutôt que le vapotage. La Ligue Pulmonaire suisse avait fait un communiqué de triomphe indécent de cynisme à l'annonce de la bonne tenue du tabagisme face au vapotage à l'été 2016, moment de cette enquête. Les chiffres sur cette génération de jeunes confirment les perspectives réjouissantes pour les ventes de médicaments de ses sponsors.

Dans les autres produits de tabac à fumer, les cigares, cigarillos et pipe sont d'utilisation très marginale chez les jeunes suisses. Concernant les produits de nicotine non fumés, 7,4% des jeunes de 15 à 25 ans déclarent en avoir utilisé, dont le tabac à priser au moins essayé par 5,4% d'entre eux. L'usage du snus - bien que sa version suédoise à nitrosamines réduites bien moins dangereuse soit encore interdite de vente en Suisse - a été essayé par 2,3% des jeunes, la chique par 0,4% et les gommes nicotinées par 0,1%.

Des jeunes objets ou sujets ?

Les jeunes ont du répondre à des questions d'ordre disciplinaire et comportementaux, sur la tolérance ou non de fumer au domicile ou au travail, sur le tabagisme des proches et des amis, etc. Les auteurs soulignent que 38% disent avoir reçu au moins un cadeau promotionnel en rapport avec le tabac. En détail, pour 83,1% d'entre eux ce sont des briquets ou des allumettes et 28,7% des cigarettes.

Hormis ces questions de comportements, aucune indication sociologique, y compris de statut de classe sociale, n'est présentée dans le rapport sur le tabagisme des 15-25 ans. Le profil social des jeunes fumeurs reste un mystère. Etant donné l'énorme fossé entre groupes sociaux défavorisés et ceux détenteurs de capitaux sociaux, culturels et financiers sur la question du tabagisme, cette lacune rend le rapport peu utile pour éclairer une politique de santé publique sur le sujet. A fortiori dans un pays pratiquant une sélection stricte tôt dans la formation entre futurs ouvriers, employés et cadres.

Par ailleurs, l'absence de thématisation d'appréciation subjective de qualité de vie, de sentiment de réalisation, pourtant à un âge critique sur les orientations, est un autre manque troublant. Alors qu'une enquête du Health Behavior in School-aged Children (HBSC), publiée d'ailleurs par Addiction Suisse en avril 2017, montre une corrélation entre stress scolaire et tabagisme chez les moins de 15 ans suisses. Le rapport sur les 15-24 ans esquisse des jeunes simples objets répondant aux stimuli réglementaires et publicitaires, ce point correspondant au soucis politique actuel d'Addiction Suisse engagé pour l'interdiction de la publicité des produits du tabac.

Politique d'autruches irresponsables

La question de la construction d'une culture de réduction des méfaits reste le grand tabou refoulé des organisations bureaucratiques du domaine en Suisse. Abandonnant de facto les jeunes à eux-mêmes derrière l'excuse de l'interdit, posture d'autruche irresponsable élevée au rang de dogme de politique de santé. Aux acteurs de terrain de prendre en charge, dix ou vingt ans plus tard les victimes de cet enfumage au monoxyde de carbone.


jeudi 4 janvier 2018

[Recension] Vape & tabac en Suisse: entre oligopole et dons citoyens, la revue Dépendances fait son marché


"A l'instar du sexe ou de la consommation du sucre et des produits gras, l'usage des substances psychoactives répond à un besoin humain fondamental de recherche de plaisir et de récompense". L'article d'Aris Martinelli, doctorant en socioéconomie à l'Université de Genève, sur la trajectoire des marchés des psychotropes et psychoactifs répondant à ce besoin fondamental, clôt le dernier numéro en date de Dépendances. La revue, co-éditée par le Groupe Romand d'Etudes des Addictions (GREA) et la fondation Addiction Suisse, s'est en effet intéressée à jeter des "regards sur les marchés""Paradoxalement, le "marché" - ce lieu où se rencontrent l'offre et la demande - est assez mal connu des acteurs du domaine socio-sanitaire", explique en édito Frank Zobel, vice-directeur d'Addiction Suisse. Opioïdes, médicaments, alcool, jeux d'argent, CBD sont sur les étals de la revue, aux côté d'une exploration des cryptomarchés du dark web. Notre recension se concentre sur l'article d'Aris Martinelli pour éclairer l'opposition entre les marchés du vapotage et du tabac en Suisse présentés dans les deux articles ouvrant ce numéro de Dépendances. Malheureusement, un regard réflexif sur le marché des soins et de la prévention en est absent pour compléter le triptique.

On peut commander la revue à
Les articles sont mis en accès libre une année après publication à

Le grand marchandage

Le contraste tracé par Aris Martinelli, dans "Addictions et sociétés marchandes", campe un arrière-fond historique sur lequel la revue prend place. Le chercheur genevois oppose d'une part, un usage "pré-capitaliste" des substances psychoactives "encastré" dans des pratiques sociales d'ordre thérapeutique, religieux et de sociabilité, et, d'autre part, sa transformation en marchandise soumise au régime de la recherche de profit dans l'époque moderne. "La production pour le gain entraîne le "désencastrement" des pratiques de consommation de psychotropes d'une certaine régulation sociale, qui permettait une consommation contrôlée dans le cadre de moments festifs et rituels collectifs", explique le chercheur genevois, s'inspirant de la thèse de la "grande transformation" de l'historien, anthropologue et économiste hongrois Karl Polanyi.

A ce trait structurel s'ajoutent un "emballement psychoactif" du raffinage des principes actifs et une stimulation de leur consommation par leur goût et les conditions d'existence. "Le travail aliéné accroît le besoin de récompense et de plaisir", souligne d'un accent marxien le socio-économiste. La dynamique de marchandisation amène le développement de produits plus puissants et de modes de consommation plus violents. L'essor de l'industrie pharmaceutique parachève cette trajectoire en créant les drogues de synthèse. "L'ère des industries pharmaceutiques commence. C'est la consécration, en quelque sorte, du long processus de marchandisation des substances psychoactives par leur détachement définitif de la nature et du contrôle social sur leur usage", souligne Aris Martinelli.

Persistance et résistance du don

Mais l'avènement du capitalisme a t-il fait disparaître définitivement les formes d'usages antérieures? Peut-être par effet de contraintes de publication, la description du chercheur reste ambiguë sur ce point. Or, bien qu'une domination par la logique marchande est indéniable, la persistance, la réminiscence ou l'éclosion de nouvelles pratiques empruntant des formes non marchandes sont encore présentes. A un niveau "micro", les dynamiques de don parsèment de toute évidence les usages de substances psychoactives. Il peut se faire aussi outil de résistance collectif, à l'image de son emprunt par les vapoteurs en Suisse qu'explore l'article d'Olivier Théraulaz.

Dans "le marché suisse des produits de vapotage, entre prohibition et astuce citoyenne", le président d'Helvetic Vape, l'association des vapoteurs en Suisse, décrit comment l'interdiction de vente locale de liquides nicotinés à inhiber le développement de ce marché. "Les effets de la prohibition administrative [depuis 2009] sur les produits de vapotage contenant de la nicotine ont fortement limité la progression du nombre de vapoteurs et l'essor du marché", constate Olivier Théraulaz. Image troublée dans le public, renchérissement des produits pour les usagers et précarisation des commerces spécialisés s'ensuivent.

Astuce citoyenne contre tabagisme fédéral

"En distillant l'idée fausse que les produits de vapotage nicotinés pouvaient, du fait de leur interdiction officielle de vente, être plus dangereux que les produits du tabac combustibles en vente libre, la prohibition de ces produits a créé une incompréhension du principe de réduction des risques et des dommages auprès des fumeurs", insiste le représentant de l'association des vapoteurs. Face à ces entraves pour sortir du tabagisme à l'aide du vapotage, le milieu de la vape suisse s'est emparé du vieil outil social du don. "Depuis quelques temps, pour contourner l'interdiction administrative de vente, certains magasins offrent, sur demande, de la nicotine après la vente d'un liquide sans nicotine. Le taux de nicotine désiré par le client est ajouté gracieusement au liquide déjà vendu. Une "solution" astucieuse, fondée sur le don", explique Olivier Théraulaz.

La diffusion de la pratique a permis au vapotage de progresser sensiblement depuis deux ans, sans que des données suffisamment fiables ne permettent de le quantifier précisément. Mais on l'aura saisi aux guillemets sur le mot "solution", l'astuce des dons est sympathique mais reste limitée. La prohibition a empêché des centaines de milliers de fumeurs de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage. Le refus des autorités fédérales de légaliser le vapotage nicotiné autrement qu'en l'assimilant à la future Loi sur les produits du tabac (LPTab) [dont le second avant-projet a été présenté après la rédaction de la revue], qui ne serait effective au plus tôt qu'en 2022, risque de faire perdurer la situation. Pourtant, Frank Zobel souligne dans son éditorial qu'un "cadre conceptuel et des règles permettant de réguler les marchés, en favorisant les produits les moins nocifs, et non pas les groupes d'intérêts les plus influents" est nécessaire rapidement.

La Suisse et les Big Tobacco

En terme de groupe d'intérêts influent, l'industrie du tabac se pose là. Tout particulièrement en Suisse, comme le présentent Karin Zürcher et Valentine Guenin du CIPRET-Vaud. Philip Morris (PMI) a son siège mondial à Lausanne et une usine à Neuchâtel [ainsi qu'un centre de recherche], Japan Tobacco (JTI) a inauguré son quartier général à Genève fin 2015 et détient une usine à Dagmersellen, tandis que British American Tobacco (BAT) a d'importants bureaux à Lausanne et une usine à Boncourt. Selon l'Administration des douanes (AFD), 80% des 40 milliards de cigarettes produites en 2015 ont été exportées, pour la plupart vers des pays n'appliquant pas la norme dite 10-1-10 sur les limites respectives de taux dégagés de goudrons, nicotine et monoxyde de carbone en vigueur en Suisse et dans l'UE (qui en interdit aussi la production contrairement à la Suisse). Tandis que les résidents en Suisse consomment environ 10 milliards de cigarettes par an.

Ce poids économique des Big Tobacco est renforcé par des alliances avec les cultivateurs de tabac, les organisations représentant les quelques 30'000 commerces divers vendant du tabac et le secteur de la publicité. "Ce sont près de 15,5 millions de francs qui sont investis chaque année dans la publicité en Suisse pour les produits du tabac", soulignent les auteures. Au total, "l'économie du tabac représenterait 6,5 milliards de francs par an, dont plus de 2 milliards de retombées fiscales directes (taxation des produits du tabac)", estiment Karin Zürcher et Valentine Guenin. "Malgré "l'utilité économique" du secteur du tabac prônée par ses alliés, la consommation de tabac pèse en réalité lourdement sur l'économie nationale. Elle lui coûte plus de 10 milliards par an en traitement médicaux, absentéisme au travail, invalidité et perte de qualité de vie", poursuivent-elles.

WHO want to smoke you ?

Étonnamment, l'envers des frais médicaux n'est pas développé par les auteures. Une partie de ces frais sont pourtant des gains pour l'industrie de la pharmaceutique, ainsi occultée de ce panorama. Pour les deux représentantes du CIPRET-Vaud, "la Suisse devrait considérer que les intérêts de santé publique sont inconciliables avec ceux de l'industrie du tabac". Elles se réfèrent à la charte de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un organisme passé ces dernières années aux mains d'intérêts privés dont dépend plus de 80% de son financement. 

Au-delà de cet angle mort, on peut aussi s’interroger sur la pertinence du modèle du tabagisme d'Etat défendu par le Bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS. Sous l'influence des grandes nations exportatrices de tabac - Brésil, IndeThaïlande... - et visiblement sensible aux charmes des régimes ultra-autoritaires, le bureau anti-tabac de l'OMS promeut les réglementations des juntes militaires thaïlandaise et nord-coréenne alliant à la fois violations des droits humains et du principe de réduction des méfaits. La FCTC de l'OMS est aller jusqu'à ouvrir une antenne à Bangkok financée par la Thaïlande, pays où plus de 80% des cigarettes sont vendues par l'Etat sous les marques du Thaïland Tobacco Monopoly. Des explications sur les vertus sanitaires du modèle économique du Bureau anti-tabac de l'OMS, auquel les auteures enjoignent d'adhérer, m'auraient été utiles, car en l'état, elles m'échappent totalement.

Où est l'article sur le marché de la prévention du tabagisme ?

L'impasse faite par les militantes anti-tabac lausannoises reflète un angle mort sur l'ensemble du numéro de la revue. Le marché des soins et de la prévention n'y est pas thématisé. Son traitement aurait pourtant été intéressant pour le lecteur. Pouvant aussi susciter une réflexivité en miroir sur le rôle joué par les acteurs socio-sanitaires face aux marchés auxquels ils se confrontent. Un panorama systémique des dynamiques de marchés et des relations, d'opposition sur certains aspect et de soutien sur d'autres, entre les marchés aurait pu éclairer la place de ces acteurs. En dépit de ce refoulement, la lecture de ce numéro de Dépendances reste très stimulante, y compris par les articles dont je ne parle pas ici. 


jeudi 7 décembre 2017

Mensonges et calomnies sur InfoSperber

Article honteux sur le site suisse-allemand InfoSperber publié ce 6 décembre. A quelques jours de l'annonce du nouveau projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab), trois ultras contre le droit à la réduction des méfaits attaquent ad hominem le Pr. Jean-François Etter, de Stop-Tabac.ch. En dépit de la gravité des accusations portées sans aucun élément probant dans l'introduction signée de "la rédaction", le journal n'a pas jugé opportun de lui donner la parole. Cette manière de faire d'InfoSperber est une violation manifeste de la déontologie journalistique la plus élémentaire. Nous n'avons pas eu le temps de contacter les parties prenantes, nous nous concentrons donc uniquement sur le contenu de l'article signé de Macé Schuurmans, membre de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT), Rainer Kaelin, ex-vice-président de la Ligue Pulmonaire Suisse et Jürg Barben, pneumologue à l'hôpital pédiatrique de St. Gall.

"Au moins 95% moins nocif que de fumer"


L'article s'articule autour de trois contre-vérités. La première consiste à prétendre que l'évaluation d'une réduction des méfaits de 95% du vapotage par rapport aux cigarettes "n'est pas une mesure, mais se base sur une enquête dans laquelle seulement 12 collègues d'Etter ont été invités à donner leur appréciation personnelle en 2013, et qui a été critiquée comme trompeuse". Ceci est mensonger. L'évaluation du groupe mené par le Pr David Nutt a effectivement conclu à une réduction d'au moins 95% des méfaits du vapotage par rapport aux cigarettes. 

Mais deux organismes de santé éminemment prestigieux et compétents ont procédé par ailleurs à leur propre analyse scientifique. Ces deux organismes sont dans l'ordre chronologique, le Public Health England, l'organisme de santé publique anglaise qui a publié son rapport en 2015 - points clefs en français- , et le Royal College of Physicians britannique qui a écrit un rapport exceptionnellement riche intitulé "Nicotine without smoke" en 2016 - points clefs en français -.

Basé chacun sur des centaines d'études scientifiques prises en compte, ces rapports concluent que "le danger pour la santé découlant de l'inhalation à long terme de l'aérosol des produits de vapotage disponibles aujourd'hui ne devrait pas dépasser 5% du préjudice causé par le tabac fumé", dans la formulation du Royal College. Ceci est une fourchette d'évaluation et non un chiffre précis comme le présente avec un certain ridicule l'article d'InfoSperber. Le Royal College of Physicians britannique est le premier organisme de santé de référence au monde à avoir établi les dangers du tabagisme dans son rapport de 1962. Les membres de ces deux organisations sont au-dessus de tout soupçon et ils ont des connaissances dans le domaine  que les auteurs seraient inspirés de mettre à profit. Et les scientifiques concluant à cette réduction des méfaits ne sont pas tous des fumeurs contrairement aux accusations des trois signataires suisses.

La Pr Ann McNeill fume t-elle ?

Les Prs John Britton, Ann McNeill, Peter Hajek, Martin Dockrell, Deborah Arnott, Linda Bauld, Robert West, etc...  ne sont pas fumeurs. C'est surréaliste de devoir préciser cela. Car quand bien même le seraient-ils, on a du mal à voir en quoi cela les disqualifierait à saisir l'intérêt du vapotage pour justement sortir du tabagisme. D'autre part, contrairement à ce que prétend l'article d'InfoSperber, ces auteurs couvrent l'ensemble des aspects de la problématique, y compris l'épidémiologie. Le jour où Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben prendront la peine de lire et d'essayer de comprendre les travaux du Pr Robert West, peut-être seront-ils en mesure d'articuler une pensée plus consistante sur le sujet.

Enfin, les trois suisses allongent leur catalogue en précisant que les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt "n'étaient pas transparent sur leur financement". Ce ragot court de longue date. Le Times, le journal de Rupert Murdoch aux liens bien connus avec l'industrie du tabac, a publié des accusations contre ce groupe. Mis en demeure par les chercheurs calomniés de montrer des preuves de cette accusation, le journal anglais s'est trouvé passablement dépourvu. Aucun élément factuel à présenter et leur source, que l'on surnommera McK, a rétracté son témoignage. Le Times a dû démentir, retirer son article et présenter ses excuses. Le corbeau continue malgré tout à essayer de salir la réputation de collègues, dont au moins un semble avoir eu le défaut d'obtenir un poste que McK convoitait.

Où est la déclaration d'intérêts des auteurs ?

Quoiqu'il en soit, les rapports scientifiques de Public Health England et du Royal College of Physicians sont parfaitement transparents sur leurs financements. Par contre, on s'interroge sur l'absence de déclaration de liens d'intérêts concernant la publication d'InfoSperber. Un commentaire censuré par le site questionne les liens avec l'industrie pharmaceutique des trois auteurs. Une industrie qui bénéficie de la grande masse de maladies créées par le tabagisme pour étendre son chiffre d'affaires. A l'aune de la gravité des accusations portées contre le Pr Etter, les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt, du Public Health England, de l'institution du Royal College of Physicians, puis plus loin dans le texte implicitement contre Addiction Suisse, on pourrait s'attendre à une clarification d'InfoSperber, plutôt qu'une censure sur cette question.

Addiction Suisse visée sans être nommée

Après le rejet des deux rapports scientifiques les plus étayés sur le sujet, les trois auteurs accusent le Pr Etter de soutenir "le chiffre "officiel" ", guillemets des auteurs, du tabagisme à 25% en Suisse. C'est, sans guillemet, le chiffre officiel présenté, au public et à l'OMS, par l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), dont le Pr Macé Schuurmans est tout particulièrement proche. Effectivement ce chiffre, produit par une enquête de la fondation Addiction Suisse sous mandat de l'OFSP, est clairement sous-évalué. Le Pr Etter, qui n'est pas impliqué dans ce travail, non seulement convient de sa sous-estimation mais il m'avait précisé une piste d'explication du biais de l'enquête lorsque j'avais traité le sujet pour le Vaping Post. Les auteurs de l'article dans InfoSperber semblent tellement haineux qu'ils sont prêt à porter n'importe quelle accusation. 

On notera au passage que Rainer Kaelin s'appuie cette fois sur un article co-signé par le Pr Jacques Cornuz qu'il accusait, sans le nommer, d'avoir manipulé l'étude Delphi et le premier rapport (2014) de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme sur le vapotage dans un autre article pour le Bulletin des Médecins Suisse en juillet dernier.

Moins de 5% des produits de vapotage sur les marchés européens sont à Big Tobacco

Le troisième délire des défenseurs de l'ordre en place est de prétendre que l'industrie du tabac "domine également le marché des cigarettes électroniques". C'est factuellement faux. Si ces auteurs ne le savent pas, c'est le signe d'une grave incompétence sur le sujet. En Suisse, la part des cigarettiers sur le marché du vapotage est néant, zéro, null, niente (désolé en romanche je ne sais pas le dire). Sur les grands marchés européens tels que la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la part des ventes de produits de vapotage appartenant à des compagnies cigarettières est nettement en deçà de 5% - voir par exemple le rapport de l'institut Xerfi, dont le chercheur principal est interviewé sur Vaping Post


Les raisons en sont assez simples. Leur produits sont médiocres. Ils sont en format propriétaire forçant les consommateurs à être captifs de recharges spécifiques à la machine achetée, contrairement à la vape ouverte indépendante. D'un côté un produit limitant le choix, de l'autre une multitude de combinaisons de goûts et de pièces interchangeables pouvant évoluer etc... Enfin, une troisième raison est que les vapoteurs ex-fumeurs apprécient pour beaucoup de marquer leur rupture avec le tabagisme en coupant les liens avec les marques et les lieux de ventes de tabac.


L'exemple Suisse sous les yeux


Donc la réponse à la question des trois auteurs, "Pourquoi cette industrie devrait-elle saboter son marché du tabac en faisant la promotion des nouveaux produits de telle sorte que la plupart des fumeurs arrêtent vraiment de fumer?", est simple. L'industrie du tabac ne le fait pas. Au contraire, Big Tobacco défend ses ventes de cigarettes contre le vapotage. La Suisse en est un exemple manifeste avec l'interdiction de vente des liquides nicotinés. Les situations du Japon et de l'Italie confirment cet intérêt de certain cigarettier vaudois à interdire ou entraver le vapotage. 


C'est assez extraordinaire que ceux qui servent d'idiots utiles aux Big Tobacco soient à ce point à côté de la plaque sur ce qui se passe sous leurs yeux. Mais en poussant leur argument, et si c'était le cas? Si Philip Morris, BAT et Japan Tobacco se mettaient à vendre des produits de vapotage à leurs actuels clients fumeurs. Serait-ce bénéfique ou négatif pour la santé publique ? En réalité, l'expérience de pensée ne peut se résumer à cela. La métamorphose de la consommation de nicotine avec les moyens de réduction des méfaits soutenue par les usagers va faire éclater la situation d'oligopole actuelle des quatre Big Tobacco. S'y opposer, c'est travailler à maintenir le tabagisme. Et c'est tristement cette situation délétère qui prévaut en Suisse depuis huit ans.


Une politique pragmatique similaire à la stratégie britannique aurait permis à 500'000 fumeurs suisses de sortir du tabagisme depuis 2010. La collusion objective entre le discours anti-vape et les manigances des cigarettiers rappellent furieusement l'alliance des "baptistes et des trafiquants" durant la prohibition américaine. Sans prohibition, pas de trafic. Les meilleures alliées du maintien des ventes de tabac en Suisse aujourd'hui sont les mesures contre la vape. La multiplication d'entraves à l'accès aux produits pour les fumeurs par les restrictions sur la vente, sur le matériel, mais aussi le climat entretenu de peur et de doute, sont les meilleurs prétextes à la poursuite du tabagisme d'un fumeur.


Qui bénéficie du doute ?


Que cette question sur l'intérêt de l'industrie du tabac soit posée par un texte co-signé de Macé Schuurmans est extrêmement troublant. Il est le principal instigateur, avec la Présidente Lucrecia Meier-Schatz, du second rapport sur le vapotage en 2016 de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT) qui venait contredire le précédent sorti en 2014. Comme je l'avais souligné à l'époque, la reprise au nom de la CFPT de certaines exigences de Philip Morris, notamment d'une taxe anti-vapoteurs, est une énigme restée sans réponse.





D'un point de vue logique, je ne sais pas qui peut acquiescer à l'argument des trois auteurs qui disent 1) les cigarettiers ont intérêts à protéger leur marché de la cigarette puis 2) donc les cigarettiers ont intérêt à ce que les fumeurs quittent la cigarette pour le vapotage. L'irrationalité de l'argument touche au mysticisme. A fortiori lorsque l'on a en tête le bilan de leur politique anti-tabac: le maintien intact du tabagisme en suisse depuis huit ans - que l'on suive le chiffre officiel de 25% où l'évaluation au doigt mouillé mais plus réaliste de 30% -. A aucun moment, ces trois personnes ne s'intéressent à aider les fumeurs à s'en sortir. 



La chute concrète de plus de 20% du tabagisme au Royaume-Uni sous l'impulsion de l'essor du vapotage ne les intéressent pas. Pas un mot à ce sujet. Pourtant, depuis 2011 près d'un million de britanniques ont arrêté de fumer en utilisant de manière transitoire le vapotage, arrêtant donc les deux modes de consommation, et 1,5 millions ont arrêté de fumer pour vapoter exclusivement. Le tabagisme a chuté à 15,8% des adultes.


Les vapoteurs ont-ils aussi inventé le tabagisme adolescent?

L'ultime argument des défenseurs du statu-quo sont les enfants. C'est merveilleux les enfants pour couper court à toute réflexion. Qui leur voudrait du mal? L'astuce des auteurs est de faire comme si le vapotage était responsable du tabagisme adolescent. On est dans l'ordre de la pensée magique, pas de considération pour la réalité, juste le fantasme que le vapotage a inventé le tabagisme adolescent. Pourtant dans le réel, l'essor du vapotage a coïncidé avec une accélération de la chute du tabagisme chez les adolescents que ce soit au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et dans la région parisienne. 

La haine et le mépris des trois auteurs envers les usagers leur rend visiblement difficile de prendre en considération leur expérience. C'est pourtant nécessaire pour saisir le phénomène qui a pu se produire entre 2013 et 2015 chez les ados. L'usage du vapotage sans nicotine pour 80% de ceux qui déclaraient l'utiliser, leur a permis d'expérimenter, de répondre à ce que des sociologues appellent la "pression sociale", tout en évitant le tabagisme. Une part utilise avec nicotine, pour la quasi totalité d'entre eux en étant déjà fumeurs, ce qui malheureusement peut commencer parfois à 12, 13 ou 14 ans. L'accélération de la chute du tabagisme est manifeste. Elle est encore plus rapide dans les Etats américains qui autorisaient la vente de produits de vape aux mineurs, par rapport à ceux la prohibant, comme le montre une étude d'Abigael Friedamnn de Yale.

Il y a évidemment des jeunes qui vont vapoter puis fumer. Ils sont rares, mais si on concentre sa recherche uniquement sur eux comme une loupe, on peut les mettre en relief. Auraient-ils échappé aux cigarettes sans la vape ? Le nombre élevé de fumeurs ado avant le vapotage, où tout simplement en Suisse où le vapotage est peu répandu, suggère fortement que non. Cela suggère aussi que l'explication mécanique causale simplette échoue à saisir les facteurs rendant certaines personnes susceptibles de devenir consommateurs de nicotine. Mais en fait, la question n'intéresse pas les auteurs de l'article d'InfoSperber. 

Leur interprétation complètement fantaisiste de l'étude menée par Gerhardt Gmel et al. à propos des jeunes recrues suisses est très révélatrice de leur fantasme. Cette étude montre que des jeunes recrues, d'une vingtaine d'années, déjà fumeurs étaient très peu nombreux à arrêter en utilisant le vapotage en Suisse en 2013. Dans un pays où la vente de liquides nicotinés est interdite. A une époque où la pratique des dons de nicotine n'existait pas encore. Dans un climat de peur et de doute contre le vapotage cultivé par les lobbys. 

La protection du tabagisme

Le maintien du tabagisme de ces jeunes hommes se passe dans le contexte suisse extrêmement hostile à l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Outre la prohibition des liquides nicotinés, l'information sur la réduction des méfaits y est largement absente tout comme le soutien à une telle démarche. Ce que montre ces résultats, c'est que la politique menée selon l'idéologie des Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben profite au maintien du tabagisme, y compris chez les jeunes suisses. Alors qu'un environnement bienveillant à l'égard des vapoteurs double les chances des fumeurs de réussir leur sevrage tabagique à l'aide du vapotage par rapport à ceux des pays liberticides. 73,2% de sevrages pour les britanniques et américains contre 31,5% pour les australiens et canadiens, selon l'étude de l'International Tobacco four countries.

La proposition générale de l'article d'InfoSperber est de perpétuer cette hostilité à l'égard des fumeurs tentant de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage. Dans leur article, leur seule proposition articulée est d'interdire l'information sur la réduction des méfaits. Ceci alors qu'en Suisse la publicité commerciale pour le tabac est autorisée. Dans son rapport pour la CFPT, Macé Schuurmans et Lucrecia Meier-Schatz précisaient vouloir interdire aux professionnels de santé d'en parler positivement. Le fil conducteur de tout l'article d'InfoSperber est un rejet des études de science. Implicitement, il est aussi un rejet de l'expérience de millions d'usagers. 

Burp

Cette publication est choquante pour la violence des calomnies qu'elle porte. Mais peut-être pire que cette attaque personnelle sans élément de preuve contre le Pr Jean-François Etter, l'éloge d'un obscurantisme intellectuellement malsain et le mépris humain qui se dégagent de ce papier sont profondément ignobles. Ce matin, j'apportais mon soutien sur un réseau social d'entraide à l'arrêt des cigarettes avec le vapotage. J'ai lu de nombreux billets témoignant du plaisir de retrouver son souffle, son odorat, de voir son rythme cardiaque se normaliser au fil des semaines après l'arrêt. Des souffrances aussi de personnes ayant de grandes difficultés à "lâcher" les cigarettes. Des témoignages de malades, pour certains très graves, de proches aussi. 

Puis j'ai lu cet article d'InfoSperber et j'ai eu la nausée.



mardi 24 octobre 2017

[Bref] Le tabagisme officiellement stagnant en Suisse

"Le tabagisme stagne donc en Suisse". C'est la conclusion condensée du monitorage Suisse 2016 des addictions (alcool, tabac et drogues illégales) que vient de publier l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP). Selon l'enquête menée, 25,3% des résidents en Suisse de plus de 15 ans fument (contre 25% l'année précédente). "Cette proportion n'a variée que marginalement depuis près d'une dizaine d'années", précisent les auteurs Gerhard Gmel, Hervé Kuendig, Luca Notari et Christiane Gmel de la fondation Addiction Suisse. Le tableau de la situation tabagique en Suisse dessinée par ce monitorage annuel avait été mis en doute suite à sa comparaison avec les données objectives du volume de vente de cigarettes, par des chercheurs de l'Université de Neuchâtel. 

Entre 25% et 40% de fumeurs en Suisse

Sur la base des données de ventes et d'importations de 2014, la consommation réelle de cigarettes était près du double que celle évaluée à partir des déclarations faites lors du monitorage. "Une consommation de 10,8 milliards de pièces correspond à une prévalence de l’usage de la cigarette de 40,2 % (contre 22,9 % selon le Monitorage) ou à une consommation quotidienne moyenne de 18,1 cigarettes (contre 10,4 selon le Monitorage)", concluaient les chercheurs Claude Jeanrenaud, Alain Schoenenberger et Lasha Labaze dans leur publication de décembre 2016

De leur côté, Pascal Diethelm, Jacques Cornuz et Julian Jakob estiment, à vue de nez, que "bien que les résultats de l'enquête suggère une prévalence tabagique en Suisse autour de 25% et plutôt stable sur la période de 2012 à 2015, la réelle prévalence devrait dépasser 31%", dans la revue Swiss Medical Weekly.

Porte-parole de l'OFSP, Roy Salveter accuse alors les fumeurs de sous-déclarer leur consommation lors du monitorage. "Mais pour nous, ce qui compte est la tendance", explique t-il au micro de la radio SRF en mai dernier. De son coté, le Pr Jean-François Etter, de l'Institut de Santé Globale (ISG) de l'Université de Genève, souligne la part importante de refus de réponse. "Le problème du monitorage des addictions et de l’Enquête Suisse de Santé de l’OFS, c’est le taux de réponse relativement bas avec environ un tiers de non-répondants. Or c’est justement dans ce tiers de la population que les comportements défavorables à la santé se concentrent", explique t-il au Vaping Post.

Une majorité de boycott de l'enquête


Le taux de refus de répondre pour le monitorage 2016 dépasse même largement le tiers. Sur les 22'214 personnes contactées, 12'211 ont refusé de répondre au questionnaire. "Motifs: "pas intéressé par l'enquête" (32%), "je suis par principe contre les enquêtes" (15%), "le thème ne m'intéresse pas" (12%) et "autres raisons" (41%)" ", précise le rapport du monitorage des addictions. Avec seulement 45% de répondants sur les sondés, il est difficile de faire "comme si" cette part minoritaire serait représentative de la population. C'est une véritable défiance exprimée silencieusement par le boycott de ce recensement.

A partir des données récoltées malgré tout, le monitorage souligne que neuf consommateurs au quotidien de tabac sur dix fument des cigarettes. La consommation de tabac à priser et de Snus, le tabac oral suédois à faible taux de nitrosamines interdit de vente en Suisse, restent de consommation assez marginale. Par ailleurs, 31% des fumeurs interrogés expriment l'intention d'essayer d'arrêter dans les six mois suivant. La part d'intention d'arrêt aurait tendance à baisser. Ce qui ne semble pas très étonnant dans le contexte de la politique menée par les services d'Alain Berset. 

Ce boycott exprime t-il un rejet de la politique tabagique actuelle ?

Entraves du vapotage - moyen d'arrêt le plus populaire en Suisse malgré la prohibition fédérale de vente de liquides nicotinés -, absence de remboursement des substituts nicotiniques (gommes, patchs) vendus à un prix scandaleux uniquement en pharmacie, propagande basée essentiellement sur la stigmatisation en bouc-émissaire des fumeurs avec les effets contre-productifs bien connus à une telle approche, etc... On se croirait presque en France [que l'influente émission 36°9 de la RTS propose de suivre comme exemple... Sic!] pour la capacité à additionner les mauvais choix en la matière.

Une politique inefficiente dont profitent cigarettiers, vendeurs de médicaments et organisations vivant de la situation. Sans grande surprise, ce refus d'aide et le mépris affiché engendrent une forme de retrait social des fumeurs et l'absence de participation aux enquêtes comme celle-ci. C'est en creux la principale information de cette nouvelle statistique: le public concerné ne répond plus aux organismes qu'il estime hostiles et non-aidants. Une rupture de dialogue qui devrait inquiéter les personnes soucieuses de santé publique. Mais y a en t-il à l'OFSP? Au sortir de l'échec total du Plan national sur le tabagisme de 2008 à 2016, l'absence de remise en question des élites bureaucratiques laisse planer un grand doute...