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jeudi 24 octobre 2019

Avertissement aux consommateurs: des liquides américains sans nicotine frelatés à l'huile en vente online vers l'Europe

Des vape-pens pré-remplis avec de l'huile de noix de coco, ainsi que de la vitamine E, se trouvent en vente sur internet à destination d'acheteurs européens. Inhaler des lipides, tels que contenus dans ces produits, sont susceptibles de provoquer des pneumonies lipidiques. Un avertissement de principe a été lancé par l'association Helvetic Vape fin septembre. Puis début octobre, une alerte plus spécifique de l'ETHRA, le regroupement européens des défenseurs des moyens de réduction des risques. "Les liquides contenant des huiles ou de l'acétate de vitamine E sont potentiellement nocifs, même pour une utilisation à court terme", communique l'ETHRA.

Vendredi dernier, le quotidien Suisse le Temps a livré le nom d'une marque américaine opérant depuis la Pologne qui vend certains produits constitués essentiellement d'huile en les destinant à l'inhalation par un système de vapotage. Une absurdité sanitaire.

En parallèle, plusieurs sources nous ont prévenu de la circulation sur le marché noir de liquides aux drogues de synthèse. Notamment des liquides aux pseudo-cannabinoïdes de synthèse, tels que ceux qui ont fait des ravages sous la forme à fumer de Spice ou K2 apparus aux alentours de 2006. Le nom du Buddha Blue revient fréquemment dans les alertes aux liquides de pseudo-cannabinoïdes de synthèse.

Mais il y aurait également des liquides aux "sels de bains", des drogues de synthèse qui imitent les effets d'autres drogues telles que la cocaïne ou la méthamphétamine. Ces drogues de synthèse circulent depuis plus d'une dizaines d'années, consommées en les fumant, sniffant, et à présent dans des liquides de vapotage vendus sur les marchés noirs. L'étendue de leur usage est difficile à évaluer, comme le précisait déjà en 2014 un chercheur de l'OFDT pour la revue Swaps.

Risques de pneumonies lipidiques

Les liquides de vapotage contenant des lipides sont fortement susceptibles de provoquer des pneumonies lipidiques, quelque soit la substance active présente (nicotine, cannabinoïdes ou drogues de synthèse). Les pneumonies lipidiques exogènes résultent de "l’inhalation aiguë ou chronique de graisse animale, végétale ou minérale", rappelle une étude de cas de l'hôpital du Coulommiers en 2014. "La pneumonie lipoïde peut imiter [les symptômes] de nombreuses autres maladies", présente un article de Respiratory Medicine de 2011. "Des cas aigus, parfois mortels, peuvent survenir, mais la maladie est généralement indolente. (...) Aucune étude dans la littérature ne définit actuellement la meilleure option thérapeutique. Cependant, il existe un consensus sur le fait que la mesure clé consiste à identifier et à mettre fin à l'exposition à l'agent fautif", précisent les auteurs.

La présence de lipides et de vitamine E, qui est liposoluble, font partie des substances fortement soupçonnées, sans que ce soit formellement établi, dans la vague d'empoisonnements aux liquides frelatés aux Etats-Unis. Cela a éveillé l'attention d'usagers européens de liquide de vapotage au CBD sur une marque américaine distribuant ses produits depuis la Pologne à destination de différents pays d'Europe. Dans son catalogue un produit de vapotage au CBD constitué essentiellement d'huile de noix de coco a alerté en particulier des consommateurs, qui ont fait remonté l'info aux associations de défense des usagers.

En Europe, le risque peut venir de produits frelatés et/ou hors réglementation

Les cannabinoïdes eux-mêmes, nonobstant les effets psychoactifs connus, ne sont pas en cause. "Les produits de vapotage au CBD sont légaux dans plusieurs pays européens", rappelle l'ETHRA. Les défenseurs des usagers précisent que "les vendeurs responsables présentent des rapports de toxicologie" pour montrer les niveaux d'éventuels résidus de contaminants (pesticides et fongicides, notamment) et l'absence de lipide dans le liquide. Une très faible présence de THC est légale à des taux maximum variant selon les pays européens - < 1% en Suisse) et < 0,2% en France, par exemple [des concentrations qui n'occasionnent pas d'effets psychotropes ("ivresse")-.

Les liquides de vapotage nicotinés sont soumis à la directive sur les produits du tabac (TPD), qui impose aux distributeurs d'annoncer leurs produits aux autorités sanitaires. L'ajout de lipides ou de vitamines est notamment interdit dans ce cadre. Le 23 septembre dernier sur la radio France-Info, Roger Genet, directeur général de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), a précisé très clairement que les produits déclarés ne présentent pas les risques qui sont apparus aux Etats-Unis, avec des produits frelatés. En Suisse, l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a aussi confirmé la sûreté des liquides de vape légalement sur le marché.



Aucune réaction de la marque contactée par des usagers

Cependant, l'obsession en 2014 des législateurs de l'Union Européenne à tenter d'amalgamer les vapoteurs aux fumeurs, au lieu d'une réglementation spécifique au vapotage, amène à un flou, si ce n'est une lacune, de réglementation pour des produits sans nicotine tels que ceux mis en vente par la marque américaine depuis la Pologne. Les liquides de vapotage ne doivent pas contenir de lipide ni de vitamine lorsqu'ils sont soumis à la TPD.

Mais est-ce le cas en l'espèce? Les responsables de l'entreprise repérée par des usagers ont été contactés par plusieurs défenseurs de la réduction des risques. Réponses laconiques sans réelle précision, et surtout pas de retrait du produit signalé comme problématique, ni même d'avertissement sur la page de vente du produit.




Le site Make money online Scams exposed ("les arnaques des ventes en ligne exposées") consacre un article à cette marque américaine, soulignant notamment le modèle peu sérieux de marketing en réseau multi-niveau (MLM). Les réactions de "l'ambassadrice" de la marque sur leur page francophone confirment le manque de compétences nécessaires au conseil pour ce type de produit.

Pas de problème majeur avec les produits réglementés

Pour le moment, ces produits douteux ne semblent pas avoir encore fait de victime en Europe. Le 8 octobre, Santé Publique France a confirmé l'absence de vague de cas répertorié depuis le lancement de l'alerte aux signalements en France, tout comme l'Institut fédéral d'évaluation des risques (BfR) en Allemagne ce 17 octobre. Au Royaume-Uni, il n'y a pas non plus d'inquiétude sur les produits légaux. 

En Suisse, seul un militant anti-réduction des risques affirme que la crise d'asthme d'une malade chronique à Winthertour a été causée en janvier, six mois avant les empoisonnements aux Etats-Unis, par la "même maladie" indéterminée que les cas américains. Il a médiatisé cette "information" douteuse la veille du vote de la taxe anti-vapoteur au Conseil des Etats... Y a t-il besoin de plus de commentaires?

Heureusement pour les personnes qui apprécient de vapoter du CBD, il existe des liquides produits avec des composants adéquats au vapotage. Il y a également d'autres manières de le consommer sans le fumer: avec des vaporisateurs d'herbe sèche, en gouttes sous la langue ou en massage dans l'intérieur du poignet (où la peau est assez fine)...

La démission politique offre son règne au marché noir

Concernant les produits contenant du THC dans des concentrations au dessus des limites légales, l'absence de régulation sur le sujet laisse les consommateurs aux mains des vendeurs du marché noir. Des produits illicites américains se trouvent notamment via le dark net. Des tests y ont mesuré la présence de lipides et de vitamine E, posant les problèmes de pneumonie lipidique susmentionnés, des métaux lourds et des résidus, parfois en quantité importante, de pesticides et de fongicides, notamment du Myclobutanil.

Le Myclobutanil dégage du cyanure d'hydrogène, sur lequel nous alertions en août et dont la présence a été confirmé dans les produits du marché noir, mais absent des produits légaux, testés par Cannasafe, un laboratoire indépendant. Celui-ci a livré ses résultats en exclusivité à Business Insider"Il y a une division du problème assez nette", explique Aaron Riley, directeur du laboratoire CannaSafe, "cette étude montre à quel point le marché noir [américain] est dangereux et sale".

La diffusion de drogues de synthèse favorisée par le vape bashing

L'apparition des pseudo-cannabinoïdes de synthèse depuis quelques années est également une source d'inquiétude. Avec un potentiel de méfaits sous-estimé par les autorités. Diffusé depuis une dizaine d'années sous forme à fumer sous le nom devenu générique de Spice, les molécules synthétiques généralement avec une liaison atomique différente que la molécule de THC originale produisent des effets instables et peuvent être extrêmement concentrées. Des cas de jeunes partis en vrille dans leur lycée en France montre que ces substances circulent, sans que l'on ait une visibilité nette sur leur diffusion.

Ces derniers jours, de nouvelles alertes sur des cas dans la même région française (Normandie) sont revenus dans la presse. Des liquides avec d'autres drogues de synthèse circulent également, notamment des produits avec des "sels de bains". Les effets de restriction et de prohibition sur les produits de vapotage sans substance, avec nicotine ou avec CBD, poussent certains jeunes, par définition inexpérimentés, dans les bras du marché noir. Là, par effet d'opportunité, ils se retrouvent face à des produits de synthèse illicites, sans réelle compréhension de leur nature et surtout de leurs effets brutaux et souvent inattendus, voire aléatoires.

L'absence d'information claire, et pire la tendance médiatico-politique à égaliser et amalgamer les risques entre produits de vapotage conventionnels, sans distinction avec ceux adultérés par des drogues de synthèse, rend opaque et brouille la compréhension des jeunes face à ces produits. Il y a un effet de banalisation implicite des produits dangereux par l'exagération infondée contre le vapotage classique. Il y a une grande responsabilité politique et médiatique à l'opacité sur ce problème, favorisé par le vape-bashing des défenseurs du tabagisme fumé, y compris de ceux qui se prétendent anti-tabac.

En Suisse, un besoin pressant d'information honnête

Localement, en Suisse, nous savons qu'il n'y a aucune aide ni information pertinente à attendre d'organisation telle qu'Addiction Suisse qui privilégie leurs objectifs politiciens et de carrière à la santé publique. Au mieux, ils attendent un accident pour réclamer de nouvelles mesures de répression des vapoteurs, que la RTS s'empressera de spectaculariser. Du côté des professionnels de vape romands, le réflexe de l'intérêt commercial personnel semble encore prédominer sur une compréhension plus globale du sujet et de l'approche de réduction des risques.

Une voix en prise avec le terrain et libre d'intérêts commerciaux est nécessaire sur ce type de problématique. Mais l'association des vapoteurs Helvetic Vape a été exclue des discussions par les autorités et les groupes de santé publique au profit des lobbys d'intérêts économiques. Cette situation est inquiétante, en la laissant sans prise ni contrôle. Les responsables de santé publique suisses se sont volontairement rendus aveugles par leur profond mépris des usagers.

Le pire est à venir

Les mesures anti-vapoteurs, pour favoriser les cigarettiers et les pharmaceutiques, notamment dans la prochaine loi LPTab en limitant les volumes à 10 ml des fioles et les surtaxant, vont alimenter l'extension d'un marché noir où les produits dangereux vont pouvoir toucher d'autant plus de public par effet d'opportunité. L'interdiction de pouvoir tester les produits en boutiques, par l'amalgame du vapotage au tabagisme et l'interdiction de promotion, va également favoriser la dispersion des clients vers les réseaux de vente sur internet.

Sur celui-ci, l'interdiction Suisse de publicité et promotion du vapotage va favoriser l'opacité entre sites sérieux, vendeurs douteux et marché noir, et entraver l'information de réduction des risques (déjà régulièrement censurée par des réseaux sociaux tels que Facebook). Mais ce pourrissement de la situation n'est-il pas ce que recherchent de longue date les soi-disant gardiens de la pureté morale sur ce sujet..? (oui, c'est une question rhétorique).

Les vaporisateurs d'herbe sèche comme moyen pragmatique pour le cannabis

Pour éviter de fumer et les toxiques liés dans le contexte Suisse - c'était mon conseil pragmatique lors d'un atelier avec des usagers il y a quelques mois -, les vaporisateurs à herbe sèche sont probablement le moyen le plus pratique. Il est plus aisé de trouver des sources de confiance pour les produits tels que l'herbe ou même le shit (la résine), que pour des liquides. Les modèles portatifs, que l'on peut trouver à partir d'environ 120 Fs (100 €), sont devenus pratiques, et la vaporisation permet de réduire d'environ 30% le dosage d'herbe ou de shit pour un effet similaire. 

La vaporisation évite le monoxyde de carbone et les goudrons de la combustion, mais ne protège pas des éventuels contaminants, tels que pesticide, métaux ou saloperies de synthèse, qui seraient contenus dans la matière. Une réglementation permettrait de protéger les consommateurs de tels toxiques. Mais encore faut-il que les autorités trouvent le courage politique de retirer aux dealers leur monopole du marché.




lundi 17 juin 2019

Les éditocrates romands jouent la carte de l'obscurantisme anti-science pour faire douter du vapotage



Étranges redondances. A quelques jours d'intervalle, deux éditorialistes romands ont utilisé quasiment le même élément de langage. "Le problème, c’est que personne n’est aujour­d’hui capable de le confirmer avec certitude", assénait Patrick Monay, chef de rubrique, dans 24 Heures le 3 juin. Ce samedi, c'est Stéphane Benoit-Godet, le rédac-chef du Temps qui fait écho: "Problème, cette affirmation n’est pas prouvée". Tous deux écartent ainsi le fait que vapoter réduit les risques par rapport à fumer. La répétition de cet énorme mensonge, de manière aussi similaire, est troublante. 

Un mensonge certain

Troublant parce qu'en premier lieu, la réduction des risques grâce au vapotage par rapport aux cigarettes est un fait de science. La nier est au mieux de l'obscurantisme. La marge d'incertitude actuelle est l'ordre de magnitude de cette réduction des risques. De manière précautionneuse, le Public Health England et le Royal College of Physicians (UK) ont donné une fourchette de réduction des risques d'au moins 95%. Pour rappel, le Royal College of Physicians (UK) est historiquement le premier organisme de santé au monde a avoir eu le courage et la rigueur de dénoncer l'impact sanitaire catastrophique du tabagisme en 1962. 

Mais même au pays de Trump et du cowboy Marlboro, l'Académie Nationale des Sciences et de Médecine (NASEM), qui s'est concentrée sur l'angle du risque du vapotage en écartant son potentiel bénéfice pour réduire le tabagisme, a reconnu la réduction manifeste des risques pour l'usager, dans un rapport l'an passé. Rapport cependant de médiocre qualité ressemblant plus à un brouillon mal dégrossi qu'à un rapport scientifique abouti.

Les éditocrates romands nient la science

Mieux maîtrisées, les évaluations britanniques d'une réduction d'au moins 95% du risque intègrent la part d'incertitude au niveau collectif de la diffusion du vapotage. Au niveau individuel, le fumeur qui lâche ses cigarettes pour le vapotage réduit de manière encore plus drastique les méfaits pour sa santé. L'absence dans le vapotage de monoxyde de carbone (CO) et de goudrons (TAR), deux serial-killers de la cigarette, et de milliers de toxiques produits par la fumée ne laisse aucun doute. Les toxiques restant dans le vapotage le sont à des doses beaucoup plus faibles que dans les cigarettes. (voir appendice en fin d'article)

Les fabricants de doute et de peur 

Bref, croire à l'absence de connaissance sur la réduction des risques du vapotage par rapport au tabagisme est aujourd'hui de l'ordre de la superstition. Produire du doute contre les études scientifiques pour maintenir les fumeurs dans le tabagisme est une vieille stratégie. On le sait, les 61% de fumeurs en Suisse qui déclarent vouloir arrêter de fumer sont pris d'ambivalence entre ce désir et leur dépendance. Instiller le doute est extrêmement efficace pour les repousser dans le tabagisme. 

Les mêmes campagnes de dénigrement et de peur avaient parcouru la presse à l'époque contre les gommes nicotinées: hoax sur des crises cardiaques provoquées par les Nicorettes, fantasmes d'épidémies de nicotimanie chez les enfants à cause de ces chewing-gums nicotinés, accusations contre son inventeur d'être corrompu par Big Tobacco, etc. Après une décennie de guerre des Big Pharma pour empêcher les Nicorettes d'être mises sur le marché comme produits de consommation courante, GSK (distribution aux Etats-Unis) et Pfizer ont pu mettre la main à bon prix sur l'entreprise suédoise et cantonner le produit aux pharmacies (en 2006, Johnson & Johnson a racheté les parts de Pfizer).

Un des enjeux: livrer les vapoteurs à l'oligopole et aux taxes

On a jamais vraiment su qui de Big Tobacco, Big Pharma ou des anti-tabac puritains lançaient ces fausses rumeurs sur les Nicorettes. On ne peut évidemment pas écarter que les trois groupes d'intérêts ont participé à l'enfumage du public, sans avoir besoin de se concerter pour nourrir la machine à peur. Les similitudes avec le scénario actuel dans lequel prennent place les apologies obscurantistes des journaux lausannois sont frappantes. Notamment, l'enjeu de la réglementation du produit. Actuellement, la Commission santé du Conseil des Etats (CSSS-E) table sur la prochaine loi sur les produits du tabac, du cannabis et du vapotage (LPTab). L'essentiel de ses discussions, qui se poursuivront en août, concernent le vapotage.

Comme pour les Nicorettes, le dossier du vapotage a un énorme enjeu financier. Alors que les multinationales pharmaceutiques ont réussi à étrangler Leo, la firme qui a créée Nicorette, au point de récupérer l'entreprise et d'assigner le produit au statut pharmaceutique, l'enjeu des restrictions contre les vapoteurs visent avant tout à les livrer à l'oligopole cigarettier en éliminant la diversité et la pluralité actuelles des produits par des restrictions sur les produits, sur les usages et des taxes. 

La coalition des dealers et des puritains

La bienveillance, si ce n'est plus, de longue date des deux journaux lausannois envers Philip Morris, et notamment de ses cigarettes chauffées Iqos, ne fait rien pour démentir l'interprétation instrumentale de leurs récents éditos. Les publications, notamment du lobbyiste Rainer Kaelin - qui a fait censurer sur le site Infosperber les demandes sur ses liens d'intérêt financiers - , et des campagnes anti-réduction des risques provenant d'organismes liés à la pharmaceutique ou d'obédience puritaine semblent illustrer le vieux mécanisme, concerté ou non, de coalition des "baptists and bootleggers", des évangélistes et des dealers.  

A ce titre, on peut remarquer l'ironie cynique et habile du Temps d'utiliser les fantasmes de l'administration Trump sur une pseudo-épidémie de Juul chez les jeunes américains pour créer un climat favorable à des restrictions contre les vapoteurs en Suisse. Mesures qui risquent de limiter l'offre à des produits, dont la Juul a toute les chances de faire partie. 

En réalité, le vapotage a accéléré par trois l'effondrement du tabagisme des adolescents américains, passé de 20% en 2011 à 7% en 2018. Tandis que 3,6% vapotent de manière fréquente (au moins 20 jours par mois) en 2018, dont une partie sont en fait des utilisateurs de vaporisateurs pour cannabis amalgamés dans la statistique. 

En Suisse, l'effondrement du tabagisme adolescent et la part de vapoteurs fréquents occultées!

En Suisse, nombreux sont les adolescents, près de 40%, à avoir testé le vapotage, selon Addiction Suisse. Mais ont-ils pris une taffe dans leur vie ou s'agit-il d'un usage plus sérieux? Ni le nombre d'utilisateurs fréquents, ni la part d'utilisateurs avec ou sans nicotine, ne sont communiqués par Addiction Suisse. Absence de données ou volonté de ne pas les rendre publiques? Seule la fondation privée le sait. Ce qu'on peut aussi noter est qu'Addiction Suisse a passé sous silence dans sa communication la chute de 15% du nombre de fumeurs adolescents relevée par son enquête. Un chiffre gênant pour son plan de comm'?

Plus rigoureuses, les statistiques du Département de santé du canton de Bâle-ville montrent un effondrement du tabagisme régulier des adolescents, passé de 11,5% à 3% entre 2010 et 2017. Tandis qu'est apparue une large expérimentation du vapotage par 31% des jeunes, mais accompagnée d'un usage fréquent tout à fait minime avec 0,1% des lycéens interrogés. En somme, ces indicateurs invitent à considérer sérieusement l'hypothèse qu'en essayant le vapotage, un bon nombre d'adolescents évitent les cigarettes

La vague de la sortie du tabagisme en Suisse sera t-elle endiguée?

Pour trouver inquiétant ce phénomène, il faut être du camp des bénéficiaires directs ou indirects des ventes de cigarettes. Et vouloir créer un climat anxiogène propice à une réglementation autoritaire et disproportionnée. Une lame de fond de sortie massive du tabagisme parcourt la Suisse depuis l'abrogation de la prohibition abusive des liquides nicotinés par le Tribunal administratif fédéral l'an passé. Cette levée de la prohibition était l'aboutissement d'une lutte de cinq ans initiée par l'association des vapoteurs Helvetic Vape

A présent, les lobbys s'agitent et font sonner la charge par leurs médias. Face à eux, le camp de la réduction des risques n'a ni les moyens financiers ni les accès pour faire entendre sa voix. De longue date, aucune aide sérieuse n'est proposée aux fumeurs pour arrêter en Suisse. Les substituts nicotiniques sont vendus à prix d'or sans être remboursés, les organisations para-pharmaceutiques n'hésitent pas à facturer leur aide aux fumeurs.

Dans ce contexte, le vapotage chamboule toute cette économie du tabagisme en offrant un moyen efficace de s'en sortir à bon marché. Mais il y a de bonnes raisons d'être inquiet que ce mouvement de libération soit entravé, au moment où la Commission santé du Conseil des Etats (CSS-E) a demandé un rapport à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ajoutant à son agenda l'examen d'"une éventuelle imposition des cigarettes électroniques et des liquides de recharge".

Appendice: Vape et cancer

L'absence de monoxyde de carbone à elle-seule réduit drastiquement les risques cardio-vasculaires. Concernant le risque cancérigène, la méta-analyse de l'ensemble des études sur le sujet du Pr Ed Stephens conclut à un évaluation du risque cancérigène du vapotage de 0,4% par rapport aux cigarettes en l'état des connaissances en 2017. Plus récente, l'analyse du contenu résiduel de l'aérosol de vapotage après évaporation par l'équipe du Dr Scungio évalue à au moins 50'000 fois moindre le risque cancérigène du vapotage par rapport à la fumée de cigarette.

L'équipe du Dr Lion Shahab, de l'University College of London, a suivi six mois des fumeurs, des consommateurs de substituts nicotiniques et des vapoteurs: les examens sanguins et urinaires des vapoteurs présentent les plus bas taux de toxiques. Non seulement drastiquement plus faibles que ceux des fumeurs, mais même un peu moins que ceux qui utilisent des patchs ou des gommes nicotinés pharmaceutiques, pour lesquelles nous avons 40 ans de recul. Bref, les preuves scientifiques que vapoter réduit les risques par rapport à fumer sont indéniables.

mercredi 22 mai 2019

Bâle: le tabagisme des adolescents s'écroule, effet protecteur du vapotage?

Les adolescents évitent-ils de se mettre à fumer en essayant le vapotage à la place? La grande question tabou paraît difficile à éviter à la lecture des dernières données sur les 15-16 ans bâlois. Alors qu'il avait progressé entre 2006 et 2010, le tabagisme des lycéens et apprentis s'est écroulé de 21,8% en 2010 à 9,6% en 2017. Effondrement encore plus net, si on prend le tabagisme régulier passé de 11,5% à 3% des adolescents bâlois en sept ans. Entre ces deux dates, le vapotage a fait son apparition. 31,1% des jeunes disent avoir essayé la vape, mais seul un élève sur les 1046 interrogés en 2017 l'utilisait quotidiennement. Et moins de 1% déclarent avoir vapoté au moins trois fois dans le mois écoulé.

Désormais, 88% des bâlois de 15-16 ans déclarent n'avoir jamais fumé. Peut-on faire un lien avec les 31% qui ont essayé le vapotage? De fait, il est remarquable qu'une part plus importante de jeunes ont essayé le vapotage que les cigarettes. Un glissement d'expérimentation qui s'est accompagné d'une chute concomitante très impressionnante du tabagisme. La corrélation entre expérimentation du vapotage et écroulement du tabagisme ne peut pas à elle seule constituer démonstration d'un lien causal. Mais le phénomène devrait interroger... Si les autorités étaient intéressés à comprendre l'évolution de ces consommations. Du côté du Département de santé de Bâle, on estime que cette chute du tabagisme pourrait être le fruit des campagnes de prévention, qui existaient déjà avant 2009. On peut vouloir le croire. Ou pas. 

"Trop stylé"

Les données bâloises publiées ne présentent pas de données sur les co-consommations, ni sur la chronologie d'expérimentation entre cigarette et vapotage. Mais discuter avec quelques adolescents peut aider à comprendre au moins une voie possible d'explication au phénomène. L'adolescence est un âge de curiosité et de construction d'identité. Dans ce contexte, le vapotage aromatisé à gros nuages, généralement synonyme d'absence de nicotine, fait "trop stylé", pour reprendre l'expression de ma filleule âgée de 16 ans. La machine peut s'oublier dans un tiroir quelques mois plus tard. Dans le cas de l'essai de la cigarette, ils sont 70% à finir fumeurs réguliers à long terme.

La ressemblance avec le phénomène de la chute du tabagisme des adolescents américains de 2011 jusqu'à l'interdiction de vente du vapotage aux mineurs en 2016 est saisissante. Sur cette génération, qui a entre 18 et 24 ans à présent, 13% ont vapoté momentanément durant leur adolescence sans devenir ni fumeur ni vapoteur. 10% des jeunes adultes américains sont fumeurs, alors que 37% des jeunes Suisses du même âge le sont devenus dans le contexte de prohibition du vapotage en Suisse.
Source: présentation du Dr Lion Shahab (University College of London)
à Washington du 29 avril 2019 visible sur Vimeo

Des données plus intelligentes permettraient des décisions plus intelligentes

Pour évaluer plus intelligemment les possibles effets de reports de consommation, des données plus précises que celles présentées par l'enquête bâloise seraient nécessaires. Outre l'absence déjà mentionnée de données croisées entre les consommations, le Département de la santé du canton de Bâle n'a pas répondu à ma demande de précision sur les données concernant le contenu des liquides utilisés, entre vapotage seulement aromatisé, avec nicotine ou avec CBD. [edit 15h15: Le Département de santé de Bâle vient de me répondre qu'ils n'ont pas de données sur les liquides utilisés ]. Au moment de l'enquête, la vente de liquides nicotinés était encore illégale en Suisse.

Le vapotage n'est un fléau que pour ceux qui vivent du tabagisme

Malgré ces lacunes, la communication de l'enquête de la ville de Bâle contraste singulièrement avec celle de la secte calviniste la fondation indépendante Addiction Suisse. Pourtant, les données d'Addiction Suisse montrent aussi une nette chute du tabagisme des adolescents suisses. Mais l'officine lausannoise l'a passé sous silence pour mieux sur-dramatiser l'expérimentation de vapotage, bien qu'un usage régulier soit extrêmement faible et que leur enquête ne présente aucune donnée sur la consommation de nicotine. Résultat: peur et doutes pour générer une absence totale de réflexion. On appelle ça une opération d'enfumage politique

Depuis, les grands journaux d'influence, le Temps côté romand et la NZZ outre-sarine, multiplient les tribunes à pensée unique appelant à durcir les restrictions contre les vapoteurs dans la prochaine loi Tabac (LPTab) en discussion actuellement en commission parlementaire. En somme, conserver un système ayant généré 37% de fumeurs chez les 18 à 24 ans qui au nom d'une soi-disant protection des jeunes programme leur mort prématurée. Un cynisme politicien au-delà du morbide. Les nouvelles données bâloises devraient nourrir un débat sur le rôle potentiellement préventif du vapotage face au tabagisme chez les adolescents. Mais ce débat nous est interdit par les élites.

Note complémentaire: Depuis quelques mois, je subis des pressions directes ou indirectes provenant d'intérêt économique pour fermer ce blog ou au minimum censurer les sujets concernant les jeunes. 


lundi 29 avril 2019

Analyse: 7% des jeunes fumeurs américains auraient échappé à la cigarette sans l'interdiction de vente des produits de vape aux mineurs



Son impact est de 7% du nombre de jeunes fumeurs, soit 1,1% de l'ensemble des adolescents de 15 à 18 ans. L'interdiction fédérale de vente de vape aux mineurs entrée en vigueur en 2016 aux Etats-Unis a empêché des milliers de jeunes d'éviter d'entrer en tabagisme., selon l'analyse des statistiques publiée en janvier dernier dans la revue Health Economics. A partir des données récoltées par le Youth Risk Behavior Surveillance System (YRBS), l'analyse des chercheurs universitaires menée par le Pr Dhaval Dave, de l'Université du Massachusset, montre que "lorsqu'ils sont face aux interdiction de vente aux mineurs (MLSA) des produits de vapotage, les jeunes mineurs sont plus susceptibles de se tourner vers la cigarette (fumée), du moins jusqu'à leur majorité. Les résultats (tableau 2) suggèrent un effet d'augmentation d'environ 1,3 pp de tabagisme depuis l'adoption de l'interdiction"

"En particulier, les jeunes qui n'avaient encore jamais fumé, mais qui ont fumé leurs premières cigarettes en raison des restrictions de la MLSA sur les produits de vapotage pourraient avoir contribué à un peu plus de la moitié du surplus de tabagisme", poursuivent les auteurs Pr Dhaval Dave, Pr Bo Feng et Pr Michael Pesko. De fait, le phénomène d'un ralentissement de la chute du tabagisme adolescent en conséquence de l'interdiction d'accès aux produits de vapotage était prévisible et avait été annoncé par une étude de la Pr Abigail Friedmann, de Yale en 2015 que nous avions traité. Mais il est encore plus marqué que ce que la chercheuse en économie de la santé avait anticipé.

L'éléphant dans la chambres des régulateurs

Il est assez révélateur que l'effet concret de cette réglementation mise en oeuvre aux Etats-Unis en 2016 est l'éléphant dans la chambre des régulateurs. Le sujet est pourtant actuellement traité dans le cadre de la future loi Tabac en Suisse par les chambres parlementaires. Dans ses rapports en complément livrés à la Commission Santé du Conseils des Etats (CSSS-S) la semaine dernière, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) n'évoque à aucun moment d'évaluation de l'impact réel de cette interdiction, alors qu'il traite du vapotage des adolescents aux Etats.Unis et propose cette même mesure en Suisse. 

La ligne argumentative semble se résumer à alerter sur le soi-disant "fléau" du vapotage des jeunes aux Etats-Unis pour exiger de... faire comme les américains. Il y a là une absurdité d'argumentation tout à fait confondante. "C'est une catastrophe, ne réfléchissons pas, faisons donc pareil". Probablement sera t-il encore temps par la suite d'ajouter une erreur supplémentaire en la justifiant de l'échec des premières mesures. L'histoire des guerres aux drogues du 20ème siècle ont été une longue suite de "Big Plan" s'auto-justifiant de leur inefficacité sanguinaire pour se poursuivre... La matrice idéologique contre le vapotage se répète. A l'image de la pseudo-théorie de la passerelle, inventée par Denise Kandel en 1971 contre les consommateurs de cannabis et réinventée par la même Denise Kandel en 2014 contre les vapoteurs.

vendredi 29 mars 2019

Grégoire Vittoz d'Addiction Suisse est un menteur

Les crapules s'inquiètent et s'agitent. La chute des ventes de cigarettes en Suisse n'a pas encore été annoncée officiellement. Mais depuis la décision du Tribunal administratif Fédéral (TAF) de lever la prohibition des liquides nicotinés, la baisse des rentrées fiscales du tabac se fait sentir. Le Fonds de prévention tabac (FPT), financé à hauteur de 0,3% du prix de vente du tabac, a annoncé discrètement devoir couper dans les activités qu'il finance suite à la chute des ventes de cigarettes. Sans surprise, les bénéficiaires de ces rentrées d'argent s'agitent. Ainsi Addiction Suisse a orchestré hier une campagne de propagande pour vilipender les vapoteurs. Prétexte à l'opération à l'échelle nationale, l'organisme a présenté une enquête sur le vapotage chez les ados de 15 ans en Suisse.

Alors que cette enquête ne s'est pas intéressée à savoir si les jeunes qui vapotent le font avec ou sans nicotine, Grégoire Vittoz, directeur d'Addiction Suisse, affirme qu'ils consomment de la nicotine (un peu partout mais par exemple dans le clip de RTS Info). C'est tout simplement mensonger: son étude ne permet pas de savoir quoi que ce soit sur ce point. Et ceci est une lacune de recherche qui ridiculise et fait perdre toute crédibilité scientifique à cet institut.

Vape Tricks - Shark BendsDans le monde réel, les adolescents en Suisse qui vapotent le font pour l'extrême majorité de manière occasionnelle et sans nicotine. La raison en est simple, pour une bonne part ils s'amusent à faire des nuages et des figures, que l'usage de nicotine empêche en contractant le larynx. Soit Grégoire Vittoz ne le sait pas, et c'est un signe d'incompétence sur le sujet qui devrait l'amener à se taire, ou il le sait et il a volontairement désinformé le public.

Une chute de 15% des ados fumeurs passée sous silence

L'évidence de l'exploitation politicienne des enfants par Addiction Suisse est renforcée par le fait que l'organisme prétend dans son communiqué officiel que le tabagisme des jeunes de 15 ans n'a pas baissé. Alors que son enquête enregistre une chute de 15% des fumeurs de 15 ans (en passant de 12% à 10%). C'est de la manipulation crasse. *

Addiction Suisse s'est déjà fait retirer ces derniers temps plusieurs mandat de recherche à cause de la mauvaise qualité de son travail. J'espère que le mandat de recherche sur les jeunes sera rapidement confié à des personnes compétentes et honnêtes. Il n'est pas acceptable que la Suisse soit privée de données fiables au profit d'opération de propagande.

Un sabotage du lien de confiance

Ceci est d'autant plus désolant que les principaux concernés, les adolescents vont voir d'évidence à quel point cette opération médiatique est grossièrement mensongère. Des manipulations dont on sait qu'elles sabotent pour de nombreuses années la confiance des jeunes pour l'ensemble de la santé publique, comme le regrette Jean-Félix Savary, du GREA au journal le Temps.

Y compris des acteurs bien intentionnés qui pâtissent ainsi de ces exploitations politicardes irresponsables. A ce titre, le monde médical devrait se mobiliser pour rétablir de l’honnêteté et de la déontologie sur ces questions. La confiance est déjà largement entamée et mettra longtemps avant de pouvoir être rétablie.

* édité le 21.05.2019 sur la chute du tabagisme adolescent: elle était déjà perceptible dans les enquêtes précédentes, contrairement à ce que j'affirmais.

jeudi 1 novembre 2018

Suisse: Dix ans d'incompétence politique maintiennent le tabagisme à plus de 27% de la population

Les responsables du tabagisme Suisse

Depuis dix ans, le tabagisme en Suisse stagne: 27,1% en 2017 selon les derniers chiffres de l'Enquête nationale de santé. Une méthode de recensement dont on sait qu'elle tend à sous-estimer les consommations stigmatisées, dont le tabagisme. Publiée hier par l'Office fédéral de la statistique, cette enquête effectuée tous les cinq ans recense près de 1,9 millions fumeurs chez les plus de 15 ans. Par rapport aux 28,2% de 2012, la légère baisse représente environ 80'000 personnes sorties du tabagisme.

A peu de chose près, c'est le nombre de vapoteurs au quotidien estimés à 70'000 en 2017 par le cabinet Ecig Intelligence. Bien que fortement entravé par la prohibition des liquides nicotinés jusqu'à l'été dernier, le vapotage est devenu tout de même l'aide la plus utilisée par les fumeurs helvètes pour arrêter lorsqu'ils en utilisent une. Mais la vape n'était employée que dans 6% des tentatives en 2015 car l'extrême majorité (70%) des fumeurs ont tenté l'arrêt franc sans aide, selon le monitorage d'Addiction Suisse

Quand elle peut, la vape fait dégringoler le tabagisme

Depuis 2011, les pays où le vapotage a pu se développer ont vu leur tabagisme baisser. Voire dégringoler lorsqu'il est soutenu par une politique incitative. Pendant que les autorités Suisses interdisaient les liquides à vapoter nicotinés, sans base légale comme l'a jugé le Tribunal administratif fédéral en avril dernier, les anglais ont fait chuter d'un quart la part de tabagisme sous l'essor de la vape. Près de 40% des tentatives s'appuient sur ce mode de consommation de nicotine à risque réduit: les  réussites ont bondi. Les centres stop-tabac locaux enregistrent 63% d'arrêts réussis avec le vapotage en moyenne. 

Les adolescents britanniques ont suivi le mouvement de leurs aînés à la baisse. L'Islande a vu près de 40% de ses fumeurs passer totalement au vapotage depuis 2014, tandis que le tabagisme des adolescents est en voie de disparition. Dans l'Union Européenne, ce sont près de 7,5 millions de personnes libérées de la cigarette à l'aide du vapotage. Aux Etats-Unis, le tabagisme s'écroule dans toutes les classes d'âge sous l'impact de la vape.

La prohibition a maintenu le tabagisme en Suisse

En contraste de ces multiples exemples, la prohibition du vapotage nicotiné a assuré le maintien du tabagisme en Suisse durant cette période. Principale action des autorités sur le sujet: un projet de loi tabac (LPTab) bancal, cherchant avant tout à condamner la réduction des risques en assimilant le vapotage au tabagisme. Présenté en 2016, il a réussi à rallier une majorité du parlement contre lui, à cause de son rejet de la réduction des risques pour une part, et pour d'autres en vue de défendre la publicité des produits du tabac. Depuis, le Conseiller fédéral Alain Berset et son administration de l'Office de la santé publique (OFSP), ont bachoté un nouvel avant-projet au moins aussi incohérent que le précédent. Ils espèrent le faire avaliser au parlement pour une entrée en vigueur d'ici 2023.

61% des fumeurs veulent arrêter, mais où est l'aide?

Qu'en est-il de l'aide? 61% des fumeurs en auraient besoin, selon la nouvelle enquête nationale de santé. C'est la part des fumeurs qui voudraient arrêter de fumer. Mais là non plus, rien, pas un geste des autorités politiques. Elles interdisaient le vapotage nicotiné jusqu'à ce que la Justice remette les choses à plat fin avril. Du côté des professionnels de santé, l'idée d'une nouvelle approche sortant de la stérilité du dogme actuel évolue vraiment très lentement. Le Pr Jean-François Etter, directeur de Stop-Tabac.ch, a longtemps été seul à défendre un aggiornamento. Cependant fin 2017, la Fédération des professionnels socio-sanitaires du domaine des addictions (GREA, Fachverband Sucht, Addiction Ticino) a pris ses responsabilités, laissant espérer du mouvement. 

Explosion des inégalités sociales de santé

En dehors de la vape, les substituts nicotiniques ne sont tout simplement pas remboursés par l'assurance-maladie de base. Bien que livrés au monopole des pharmaceutiques ce qui leur assure des marges bénéficiaires à faire pâlir de jalousie tout dealer de coke. Force est de constater que les élites de santé publique se soucient peu [euphémisme] de ses tracas de fumeurs. Une raison évidente, le problème concerne avant tout les classes populaires. En proportion, les chômeurs sont, par exemple, cinq fois plus nombreux à fumer que les plus aisés.

Les personnes souffrant de troubles psychiques, les groupes stigmatisés, les groupes sociaux soumis à d'important stress, y compris celui de l'échec scolaire, ont tous des taux de tabagisme nettement supérieur à la moyenne générale. Concernant les chances de réussir à arrêter aussi les inégalités sociales sont au rendez-vous. Une personne peu diplômée a trois moins de chances de réussite qu'un membre de l'élite Suisse, selon le suivi Salpadia en 2011. Alors que ce ratio n'était que de 1,3 en 1991. Une évolution qui n'a pas attiré l'attention même des auteurs de l'étude (sic!).

Ces groupes sociaux sont exclus méticuleusement des cercles consultés par la bureaucratie dirigeante qui n'a guère d'autre chose que son mépris à leur proposer. Les quelques campagnes "de sensibilisation" à sens unique s'appuient sur des injonctions paradoxales appelant à arrêter de fumer tout en privant les fumeurs des moyens concrets pour y arriver.

Qui gagne des milliards ?

La Confédération, et précisément le Département de l'Intérieur dont Alain Berset a la charge, encaisse près de 2,2 milliards Fs annuels de taxes tabac. Les organismes de prévention récoltent 0,3% du chiffre d'affaires des cigarettes, soit environ 14 millions Fs par an ces dernières années de tabagisme stable. De son côté, la société civile dans son ensemble, et parmi elle les fumeurs en particulier, supporte des coûts liés aux maladies provoquées par le tabagisme de l'ordre de 4,6 milliards Fs par an, selon l'estimation de l'Université de Zurich en 2014 sur les maladies non-transmissibles.

Des gains pour l'Etat, les cigarettiers et les firmes pharmaceutiques, des dépenses pour les fumeurs, leur entourage et des pertes de productivité pour leurs employeurs: les intérêts en jeu des divers groupes socio-économiques sur le tabagisme sont assez clairs. Bien que les médias préfèrent le réduire à la seule figure du méchant cigarettier pour occulter les autres groupes d'intérêt. En terme de classe aussi, le tabagisme finance les retraites des non-fumeurs tandis que les groupes sociaux victimes du tabagisme en sont pour une bonne part exclus par mort prématurée. 

Le retour de la vieille alliance des puritains et des cigarettiers

Quelque chose va t-il changer ? La levée de l'interdiction d'accès local aux liquides nicotinés, gagnée de haute lutte par les usagers et la vape indépendante pourrait donner un souffle nouveau à la sortie du tabagisme avec l'aide du vapotage. A la société civile de saisir l'opportunité offerte par cette victoire. Mais l'hostilité ou le faible soutien du milieu de la santé ces dernières années en Suisse a provoqué une forte tendance au désengagement social du milieu des vapoteurs. L'enthousiasme prévalant il y a 4 ou 5 ans à participer à des initiatives d'aide à la sortie du tabagisme a été froidement douché par l'attitude des organisations de santé.

Au niveau national, peu de choses sont susceptibles de bouger à court terme. Le parlement devra traiter le projet de loi tabac lorsqu'il lui sera soumis par Alain Berset, pour peut-être une loi tabac en vigueur d'ici 2023. En attendant, cigarettiers et organisations sponsorisées par la pharmaceutique s'entendent pour faire barrage à la vape. Dernier exemple en date, cet été où ils se sont arrangés pour continuer la vente de cigarettes et interdire aux mineurs l'opportunité de sortir ou d'éviter le tabagisme à l'aide du vapotage. Signe du bon état de santé de la vieille alliance entre puritains et cigarettiers

Combien de personnes condamnées à être malades par Alain Berset ?

Au niveau cantonal, les même lobbys essaient aussi de faire passer des restrictions anti-vapotage. C'est le cas notamment à Genève, où sous couvert de projet de loi (PL 12385) sur l'interdiction de vente de tabac aux mineurs, le Conseil d'Etat tente d'assimiler le vapotage au tabagisme et appliquer l'ensemble des interdictions en vigueur contre les fumeurs aux vapoteurs adultes. Les batailles les prochains mois pour le droit à éviter de fumer à l'aide de la vape seront probablement locales.

Le gâchis de santé publique de cette décennie est immense. En regard de ce qui s'est passé au Royaume-Uni ou en Islande, ce sont de 500'000 à 800'000 fumeurs empêchés d'en sortir à l'aide du vapotage par la politique menée par le Conseiller fédéral Alain Berset et le Directeur de l'OFSP Pascal Strupler. Au-delà de sa condamnation au tabagisme et ses conséquences, c'est la confiance du public dans la probité des institutions et du monde de la santé qui est minée en soubassement de ce scandale. Durant cette période, plus d'un million de fumeurs ont essayé le vapotage sans avoir accès aux liquides nicotinés. Combien d'entre eux peuvent-ils encore croire au discours hypocrite des organismes de santé au sujet du tabagisme?



dimanche 15 juillet 2018

[Bref] Le Tages Anzeiger anticipe un développement du vapotage en Suisse

L'édition dominicale du Tages anzeiger consacre une page à la prochaine expansion du vapotage en Suisse. Fin avril, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a cassé la prohibition illégale imposée par l'administration fédérale. "Jusqu'à présent, principalement les petits fournisseurs du secteur du vapotage étaient actifs. La nicotine pour les liquides était disponible dans les boutiques en ligne étrangères ou sous le comptoir de vente. Mais avec la nouvelle situation juridique, les gros commerçants flairent la bonne affaire", annonce Eric Bürgler du Tagi.  

"Nous prévoyons d'inclure des cigarettes-électroniques et des liquides contenant de la nicotine dans notre gamme", confirme un porte-parole de la chaîne de supermarchés Coop. Les concurrents de Denner observe la situation attentivement. Valora, qui déteint la chaîne de kiosques Naville, a déjà franchi le pas avec des produits de l'entreprise suisse Insmoke. En Allemagne, la chaîne offre des produits de vapotage depuis plusieurs années. Au hit-parade des liquides, ce sont les arômes After-eight et cheesecake les plus populaires. 

Près de deux millions de fumeurs à sortir du tabagisme

Le Tages Anzeiger anticipe une belle croissance du secteur. Avec plus de 25% de fumeurs, la Suisse a réussi à maintenir son taux de tabagisme avec la prohibition arbitraire du vapotage nicotiné depuis 2009. Tandis qu'au Royaume-Uni, près de 6% de la population est passé de la cigarette au vapotage observe le quotidien zurichois. "Le secteur bénéficie des recommandations du ministère de la Santé britannique. Celui-ci conseille fortement aux fumeurs de passer au vapotage car il est significativement moins nocif que les cigarettes traditionnelles", souligne le journal. 

Une situation qui contraste fortement avec la protection de la situation actuelle par les lobbys anti-vape en Suisse. "Selon Thomas Beutler de l'Association de prévention du tabagisme en Suisse (AT-Suisse), il n'existe pas d'étude significative à long terme sur les effets négatifs du vapotage sur la santé", mentionne la Tages Anzeiger.

Que va faire Big Tobacco ?

Du côté d'Insmoke, Stefan Meile se réjouit des perspectives de développement. Mais il reste sur ses gardes. "Les grandes compagnies de tabac vont bientôt apporter leurs e-cigarettes sur le marché suisse, avec un budget marketing élevé", prévient le président de l'Association indépendante des professionnels de la vape suisse (SVTA). Un porte-parole de Japan Tobacco confirme travailler sur le dossier. En Allemagne, le cigarettier genevois a opté pour une stratégie de dénigrement contre le vapotage, y compris par campagnes publicitaires.

Alors qu'aucune restriction sur l'âge de vente des cigarettes n'existe au niveau fédéral, l'administration a convoqué une table-ronde le 6 juillet dernier pour restreindre la vente des produits de vapotage. Les professionnels indépendants de la vape étaient bien isolés au milieu des lobbyistes des cigarettiers à ce meeting de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et vétérinaire (OSAV), qui a évité d'y convier les représentants des vapoteurs. Selon le Tages Anzeiger, aucun résultat n'est ressorti de la réunion. "Ils veulent se revoir en septembre".


vendredi 13 juillet 2018

Valais: servir patates, tomates ou aubergines aux mineurs sera t-il bientôt interdit ?

Le mélange entre influence et incompétence peut engendrer des situation cocasses. En modifiant la loi pour interdire "la vente et la remise de produits nicotinés" aux moins de 18 ans, le 14 juin dernier, le Grand Conseil valaisan ne semble pas s'être inquiété de la question des légumes de la famille des solanacées. Patates, tomates, aubergines, poivrons et piments notamment sont des solanacées. Particularité? Toutes les plantes de cette famille, y compris ces légumes, contiennent naturellement de la nicotine. En concentration plus faible que dans le tabac, mais ils en contiennent. Suffisamment pour qu'on détecte un effet bénéfique d'un régime alimentaire riche en solanacées, notamment en poivrons, pour prévenir le risque de maladie de Parkinson par exemple.

50'000 FS d'amende si l'on sert des tomates à un ado ?

En interdisant de donner ou vendre des produits nicotinés à des mineurs, les autorités valaisannes semblent, au moins de manière formelle, avoir interdit aux parents, cantines, restaurants, etc. de servir ces légumes aux enfants et adolescents à partir du 1er janvier prochain. En cas d'infraction, les personnes ayant remis des produits nicotinés à des mineurs risqueraient une amende allant jusqu'à 50'000 Fs. Avec la même perspicacité, cette modification de loi interdit aussi la vente et la remise de "cigarette-électronique" aux mineurs, sans que l'on sache ici non plus ce que cela recouvre précisément.

Une politique pour conserver le tabagisme adolescent

En Suisse, le tabagisme adolescent stagne à près de 16%, tandis que dans les pays où le vapotage a pu se développer, il s'est écroulé. Aux Etats-Unis, de 15,8% en 2011, il ne touche plus que 7,6% des adolescent en 2017. Dans la région parisienne, le suivi de Paris Sans Tabac montre la même évolution. Au Royaume-Uni, la vape a aussi accéléré la dénormalisation du tabagisme chez les jeunes. La très large majeure partie des adolescents qui expérimentent le vapotage, le font sans nicotine. La part qui vapotent régulièrement avec nicotine est quasi-exclusivement déjà fumeurs.

Les autorités valaisannes s'apprêtent donc à priver au niveau légal leurs adolescents d'un moyen d'éviter de fumer et, avec surréalisme, d'une série de légumes très courants tels que les patates, les tomates et les aubergines. Tout cela sur la base de mauvais conseils de lobbyistes puritains préférant conserver le vieux tabagisme, tout en prétendant l'inverse, que donner une quelconque marge de manœuvre à une approche de réduction des risques.

La transgression des ados pour sortir de la société tabagique?

On peut imaginer que l'interdiction valaisanne de légumes nicotinés aux mineurs sera de facto impossible d'application. Les interdictions contre le vapotage auront peut-être le mérite paradoxal d’exciter curiosité et envie de transgression des adolescents valaisans. Avec des lois aussi ridicules et arriérées, il y a peu de chance que les messages de santé publique ne regagnent quelconque crédibilité aux yeux des jeunes.


lundi 14 mai 2018

Suisse & LOL: Après neuf ans de prohibition illégale à mépriser les usagers, les élites de santé se disent "prises de court par la situation"!

Article tissé de fil blanc dans le Matin de ce matin. Après neuf ans à maintenir illégalement la prohibition contre le vapotage nicotiné et à mépriser les propositions des usagers pour réguler la question, des responsables de santé et des politiciens jouent la carte de l'affolement dans les médias. Selon eux, il faut de toute urgence assimiler le vapotage, produit sans combustion et sans tabac, au tabagisme. Tant qu'il s'agissait de laisser crever sans accès au moyen de sortir du tabagisme les plus de deux millions de fumeurs en Suisse payant pour 2,2 milliards de taxes annuelles, dont 14 millions pour les organisations anti-tabac, et quelques autres milliards en médicaments aux entreprises de la pharmaceutique, rien ne pressait. A présent il s'agit de faire bon usage de la peur et de la panique pour imposer leur loi anti-vape. La doctrine du choc est une vieille recette autoritaire éprouvée.

Il faut évidemment mettre une bonne dose de peur irrationnelle. Selon ces voix autorisées, les enfants seraient en danger. "L’usage de cigarettes électroniques augmente le risque de devenir fumeur de cigarettes traditionnelles", invente, contre les preuves des études sérieuses sur le sujet, Graziella Schaller, députée Vert'libérale vaudoise dans le journal lausannois. Par contre, j'ai pu le constater,  le buzz monté de toute pièces par le journal la Liberté et la RTS en janvier dernier a ramené sur le moment quelques adolescents dans des magasins de vape. Avertis par le reportage bidon de la TV qu'ils avaient légalement le droit d'acheter des produits de vapotage, les jeunes sont venus essayé. Dans le cas dont j'ai été témoin, bien que l'ado a précisé vouloir du vapotage sans nicotine, le vendeur a refusé, indiquant au mineur de revenir avec un de ses parents. 

Reste qu'en sortant, cet ado genevois a pu sans difficulté s'acheter un paquet de cigarettes au premier automate venu. Et inhaler monoxyde de carbone, goudrons et les plus de 5'000 toxiques dégagées par la fumée. Mais il a ainsi payé des taxes. C'est ce qui parait compter avant tout pour les responsables moins prompts à agir pour les 38% de jeunes romands fumeurs que contre leur peur que certains d'entre eux puissent y échapper à l'aide du vapotage.


vendredi 16 février 2018

Monitorage Suisse: le tabagisme des 15-25 ans augmente, avec 38% des jeunes romands fumeurs tandis que le vapotage reste anecdotique

En Romandie, 38,1% des jeunes de 15 à 25 ans sont fumeurs, selon le rapport du monitorage suisse des addictions consacré à cette question publié en janvier. A l'échelle nationale, la prévalence tabagique de cette tranche d'âge aurait augmenté, passant de 29,6% à 31,6% entre 2011 et 2016. En moyenne, les plus de 3'000 jeunes questionnés par téléphone déclarent fumer 13,3 cigarettes par jour. Comme tout sondage, cette enquête comporte les biais liés à ce type d'approche, ces chiffres sont justes des chiffres, pas forcément des chiffres justes. Bien que la moitié des jeunes fumeurs déclarent lors de l'enquête souhaiter arrêter de fumer, le vapotage n'a pas pu contrer la progression du tabagisme des jeunes suisses. Les moins de 25 ans sont nombreux à expérimenter le vapotage, mais "toutefois, peu d’entre eux l’utilisent régulièrement", explique la fondation Addiction Suisse, mandatée par la confédération pour ce monitorage. 

Plus de 32% des 15-24 ans ont essayé le vapotage au moins une fois dans leur vie, mais aucun jeune de 15-19 ans et seuls 0,2% des 20-24 ans déclarent en faire usage au quotidien. Le rapport spécial sur le vapotage du monitorage, daté d'août dernier, montre que dans l'ensemble un peu plus de 2% des jeunes  vapotent occasionnellement. Rappelons qu'en Suisse, la vente de liquide avec nicotine est interdite (même aux majeurs). La progression du tabagisme des jeunes suisses se démarque nettement de la chute constatée dans les pays respectant le droit humain à l'accès aux moyens de réduction des méfaits. 

Jeunes fumeurs en hausse en Suisse, en chute au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, les statistiques montrent que dans la période 2010 à 2016, le tabagisme des 18-24 ans a chuté de 7 points, passant de 26% à 19%. Un quart de fumeurs britanniques de cette tranche d'âge en moins. La même tendance se dessine aux Etats-Unis où le tabagisme adolescent atteint le niveau historiquement le plus bas jamais enregistré. De 15,8% en 2011, le tabagisme a chuté à 9,3% chez les 17-18 ans américains en 2016. Lorsqu'en Suisse, le tabagisme des 15-24 ans a progressé de 2 points, de 29,6% à 31,6% entre 2011 et 2016. Les auteurs du rapport supposent qu'un décalage s'opère ces dernières années repoussant l'âge d'entrée dans le tabagisme. En regardant les données, les indicateurs paraissent assez fluctuants d'une année sur l'autre et cette hypothèse me semble demander confirmation.

Augmentation de l'usage du tabac à rouler

A défaut d'utiliser le vapotage pour éviter le tabagisme, les jeunes suisses se tournent de plus en plus vers le tabac à rouler. La part de fumeurs quotidiens utilisant exclusivement du tabac à rouler a atteint 13% en 2016, contre 7,8% en 2012. A leurs côtés, 23,2% d'usagers combinent tabac à rouler et cigarettes. La pression économique, même si le prix des cigarettes n'a pas augmenté récemment, est probablement une raison de cet usage du tabac à rouler bien moins onéreux.

En creux se dessine aussi l'effet pervers du contenu des campagnes de prévention actuelles chez les adolescents. Ces dernières années, elles se sont axées essentiellement à répandre la peur et faire l'amalgame du vapotage au tabagisme, dans une négation de toute approche de réduction des risques. Sans surprise, ce travail de brouillage d'information sur les risques relatifs provoque une promotion indirecte des produits les plus nocifs  et accompagne les jeunes vers le tabac à rouler plutôt que le vapotage. La Ligue Pulmonaire suisse avait fait un communiqué de triomphe indécent de cynisme à l'annonce de la bonne tenue du tabagisme face au vapotage à l'été 2016, moment de cette enquête. Les chiffres sur cette génération de jeunes confirment les perspectives réjouissantes pour les ventes de médicaments de ses sponsors.

Dans les autres produits de tabac à fumer, les cigares, cigarillos et pipe sont d'utilisation très marginale chez les jeunes suisses. Concernant les produits de nicotine non fumés, 7,4% des jeunes de 15 à 25 ans déclarent en avoir utilisé, dont le tabac à priser au moins essayé par 5,4% d'entre eux. L'usage du snus - bien que sa version suédoise à nitrosamines réduites bien moins dangereuse soit encore interdite de vente en Suisse - a été essayé par 2,3% des jeunes, la chique par 0,4% et les gommes nicotinées par 0,1%.

Des jeunes objets ou sujets ?

Les jeunes ont du répondre à des questions d'ordre disciplinaire et comportementaux, sur la tolérance ou non de fumer au domicile ou au travail, sur le tabagisme des proches et des amis, etc. Les auteurs soulignent que 38% disent avoir reçu au moins un cadeau promotionnel en rapport avec le tabac. En détail, pour 83,1% d'entre eux ce sont des briquets ou des allumettes et 28,7% des cigarettes.

Hormis ces questions de comportements, aucune indication sociologique, y compris de statut de classe sociale, n'est présentée dans le rapport sur le tabagisme des 15-25 ans. Le profil social des jeunes fumeurs reste un mystère. Etant donné l'énorme fossé entre groupes sociaux défavorisés et ceux détenteurs de capitaux sociaux, culturels et financiers sur la question du tabagisme, cette lacune rend le rapport peu utile pour éclairer une politique de santé publique sur le sujet. A fortiori dans un pays pratiquant une sélection stricte tôt dans la formation entre futurs ouvriers, employés et cadres.

Par ailleurs, l'absence de thématisation d'appréciation subjective de qualité de vie, de sentiment de réalisation, pourtant à un âge critique sur les orientations, est un autre manque troublant. Alors qu'une enquête du Health Behavior in School-aged Children (HBSC), publiée d'ailleurs par Addiction Suisse en avril 2017, montre une corrélation entre stress scolaire et tabagisme chez les moins de 15 ans suisses. Le rapport sur les 15-24 ans esquisse des jeunes simples objets répondant aux stimuli réglementaires et publicitaires, ce point correspondant au soucis politique actuel d'Addiction Suisse engagé pour l'interdiction de la publicité des produits du tabac.

Politique d'autruches irresponsables

La question de la construction d'une culture de réduction des méfaits reste le grand tabou refoulé des organisations bureaucratiques du domaine en Suisse. Abandonnant de facto les jeunes à eux-mêmes derrière l'excuse de l'interdit, posture d'autruche irresponsable élevée au rang de dogme de politique de santé. Aux acteurs de terrain de prendre en charge, dix ou vingt ans plus tard les victimes de cet enfumage au monoxyde de carbone.


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