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vendredi 10 août 2018

[Bref] Le parlement Philippin demande l'intégration de la réduction des risques dans la politique anti-tabac

"La Chambre des Représentants a adopté à l'unanimité une résolution exhortant le Ministère de la Santé à promouvoir des mesures de réduction des risques, notamment l'utilisation du vapotage, dans le cadre de sa stratégie nationale de lutte antitabac". L'information du Manilla Standard est aussi réjouissante qu'inattendue. Jusque-là, Paulyn Ubial, Secrétaire d'Etat à la santé, surfait sur une des pires politiques anti réduction des risques au monde pour soutenir la répression du vapotage. Le bureau anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n'a d'ailleurs pas ménagé ses efforts pour faire pression sur elle en ce sens. Un des enjeux commerciaux de l'opération étant de faire des Philippines le pays test des détecteurs de nicotine de l'Université privée de Dartmouth. Un marché potentiel en milliards si le produit était imposé au monde entier.

Promouvoir la réduction des risques

La résolution des députés philippins tranche avec cette politique dogmatique de la Ministre de la santé. "Il est clair que le vapotage est beaucoup moins nocif que le tabagisme et qu'il aide beaucoup de personnes à cesser de fumer. Différentes approches peuvent être adaptées à différents contextes, mais il faut prendre en compte les données scientifiques et clairement distinguer vapoter de fumer", explique la résolution des députés Anthony Bravo, du Coop-Nattco Party, et Jose Tejada, du North Cotabato. Le texte s'appuie notamment sur les travaux du Public Health England dirigé par le Pr Kevin Fenton et le constat de la chute du tabagisme au Royaume-Uni grâce à cette stratégie. 

Autre référence citée par les parlementaires, le Dr Konstantinos Farsalinos qui avait fait le déplacement aux Philippines pour expliquer la problématique en 2017. "La résolution souligne le commentaire du Dr Farsalinos selon lequel un cadre réglementaire approprié pour le vapotage est important pour garantir la qualité des produits; promouvoir les produits de réduction des méfaits uniquement auprès des populations visées (c.-à-d. les fumeurs et les anciens fumeurs); maintenir un avantage concurrentiel pour les produits de réduction des risques par rapport au tabagisme (prix, disponibilité, accessibilité); et promouvoir la recherche pour surveiller l'utilisation de la population et développer de meilleurs produits (encore plus sûrs)", résume le Manilla Standard.

La résolution sera t-elle appliquée par le Ministère de la santé ?

La résolution sera t-elle suivie d'effet? Cela dépend du respect du message des députés par le Ministère de la santé. Celui-ci n'a pas encore réagit au vote, contrairement aux usagers. "Nous remercions nos législateurs d’avoir gardé l’esprit ouvert face au corpus croissant de preuves scientifiques en faveur de l’utilisation du vapotage comme alternative nettement moins nocive aux cigarettes classiques. Nous exhortons le Ministère de la santé (DoH) à faire de même et à sauver des vies", déclare Peter Paul Dator, président de l'association The Vapers Philippines, au quotidien philippin.

Du côté des professionnels de la branche, Joey Dulay, président de l'Association philippine de l'industrie indépendante de la cigarette électronique (PECIAI), espère aussi: "En adoptant à l'unanimité la résolution, la Chambre des représentants envoie un message fort au Ministère de la santé (DoH) pour abandonner sa croyance erronée dans le "quit or die" [arrête ou crève] comme seule alternative pour les fumeurs et, à la place, de suivre l'exemple du Royaume-Uni et d'autres pays qui ont adopté la réduction des risques dans le cadre de leurs stratégies de lutte antitabac".

vendredi 16 mars 2018

Etude gag dans Plos-One: la vape ferait exploser le nombre de fumeurs même si la réalité montre l'inverse



Pénitence et châtiment contre les vapoteurs
Quand le réel ne correspond pas à ses attentes, le virtuel peut pallier aux fantasmes. L'équipe menée par Samir Soneji, démographe de l'Université de Dartmouth, a simulé selon le "modèle stochastique de Monte Carlo" l'impact sanitaire du vapotage sur la population. "Le modèle a estimé que 2'070 fumeurs de cigarettes âgés de 25 à 69 ans cesseraient de fumer en 2015 et resteraient abstinents pendant au moins 7 ans à partir de 2014. Le modèle a également estimé que 168'000 adolescents non fumeurs de 12 à 17 ans et de jeunes adultes âgés de 18 à 29 ans supplémentaires s'initieraient à fumer en 2015 et deviendraient éventuellement des fumeurs quotidiens de cigarettes entre 35 et 39 ans à travers l'usage d'e-cigarettes en 2014", résument les auteurs dans la revue PLoS-One. La balance entre risques et bénéfices est effrayante avec "1,55 millions d'années de vie perdus" pour la population, selon leur calcul. Les chercheurs en concluent donc que "l'utilisation de la cigarette électronique représente actuellement plus de préjudices que de bénéfices".

120 millions d'ados fumeurs sur 65 millions d'habitants selon cette simulation

Les conclusions reprisent telle quelle par le site francophone Pourquoi Docteur, qui montre décidément un certain talent pour dénicher les études les plus pourries méthodologiquement, a soulevé des doutes en Angleterre et en Allemagne. "Cette nouvelle "évaluation" est basée sur l'hypothèse bizarre que pour chaque fumeur qui utilise le vapotage pour arrêter, 80 non-fumeurs vont essayer de vapoter puis commencer de fumer. Cela va non seulement à l'encontre des données réelles disponibles, mais c'est aussi mathématiquement impossible. Rien qu'au Royaume-Uni, 1,5 million de fumeurs ont arrêté de fumer à l'aide du vapotage. La «modélisation» dans cet article suppose que nous aurions alors 120 millions jeunes devenus fumeurs [pour une population britannique totale d'un peu plus de 65 millons d'habitants]", pointe le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur le tabac à l'Université Queen Mary de Londres, sur le site du Science Media Center.

La réalité infirme les théories de la passerelleA l'origine de ces résultats extravagants se trouvent deux présupposés arbitraires des chercheurs américains. "Modéliser des données est dépendant de manière cruciale des hypothèses initiales. Les auteurs font des hypothèses très spéculatives ici, en particulier sur l'effet «passerelle» chez les adolescents. Ils supposent que le vapotage conduit à fumer. Le problème, c'est que toutes ces données proviennent d'études qui ne prouvent rien de ce genre, et ils ignorent la possibilité que le vapotage puisse en réalité détourner les jeunes du tabac", souligne le Dr Lion Shahab, épidémiologiste à l'Université College de Londres (UCL). Alors que dans le réel, le tabagisme des jeunes américains est en chute libre depuis l'essor de la vape, atteignant le plus bas taux jamais enregistré, cette étude aboutit à la conclusion virtuelle et surréaliste d'une explosion de tabagisme adolescent à cause de la vape.

La négation du réel

Le second présupposé américain est l'extrême faible taux d'arrêt tabagique à l'aide du vapotage. "À mon avis, le choix des études par les auteurs pour justifier l'impact de l'utilisation du vapotage sur les taux d'abandon est plutôt biaisé. Dans au moins un cas, ils ont utilisé un document dont la méthodologie a déjà été fortement critiquée", relève le Dr Lion Shahab. Pourtant des analyses américaines plus sérieuses existent. Le récent bulletin de l'association Sovape en présente une du Pr Brad Rodu, sous l'oeil du Dr Philippe Arvers, montrant que les fumeurs s'aidant du vapotage ont au moins 1,43 fois plus de chance de succès que ceux empruntant une autre méthode d'arrêt. Une analyse de Daniel Giovinco, de l'Université Colombia de New-York , évaluait à 52% des vapoteurs américains a avoir arrêté de fumer en 2014-2015, les années prises en compte par la simulation de l'équipe de Samir Soneji.

Une étude-catastrophe sans science

Mais le chercheur de l'Université de Dartmouth a préféré des hypothèses aboutissant  évaluer à 2'070 arrêts tabagiques à l'aide du vapotage. Dans le réel, ce sont au moins 3,5 millions d'américains qui ont arrêté de fumer à l'aide du vapotage sur les 8,9 millions d'usagers en 2016. "Si vous faites des suppositions, une approche beaucoup plus raisonnable serait de supposer que le vapotage est au moins aussi efficace que des patchs ou des gommes. C'est ce que montre la meilleure preuve provenant d'essais contrôlés randomisés. Malheureusement, les auteurs de cette étude ont modélisé en utilisant de fausses hypothèses. Sans surprise, ils ont fini avec de mauvaises conclusions", déplore le Dr Lion Shahab. "Ce modèle ne reflète que les suppositions fausses qui y sont formulées. Commencer avec les hypothèses opposées générerait le résultat inverse. Ce n'est pas une manière de faire de la recherche scientifique", renchérit le Pr Peter Hajek.

"Ces hypothèses sont critiquables", Dr Ute Mons du DKFZ

En Allemagne aussi, on se montre dubitatif face à cette publication de PLoS-One. "Les hypothèses de cette étude peuvent certainement être critiquées car elles sont extrêmement pessimistes", déclare la Dr Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ) connu pour ses fortes réticences au vapotage, à die Zeit. Même Saskia Gerhard, la journaliste allemande de Zeit Online, s'étonne des a priori et lacunes absurdes de la publication américaine. "Le vapotage est significativement moins nocif que les cigarettes. Cet avantage de passer au vapotage n'est pas pris en compte dans l'étude. Dans le calcul des années de vie gagnées par les ex-fumeurs, les chercheurs incluent seulement ceux qui ont aussi arrêté le vapotage", relève Saskia Gerhard, qui a pris le temps de lire l'étude contrairement à son homologue française de Pourquoi Docteur. 

samedi 24 juin 2017

Les Philippines vont-elles utiliser des détecteurs de nicotine pour traquer les vapoteurs?

Les Philippines envisagent de se doter de détecteurs de nicotine pour en traquer les consommateurs. "Même s'il n'y a eu que du vapotage, ce gadget permet de détecter des particules de nicotine, même simplement vaporisées. Ainsi il n'y a même plus à prouver la nocivité pour autrui. Dès que nous détectons des traces de nicotine, même si elle provient de vapotage, alors c'est une preuve suffisante pour estimer que le lieu n'est pas "100% smoke-free" et qu'il y a violation de la directive", annonce Paulyn Ubial, Secrétaire d'Etat à la santé, le 30 mai dernier au site d'information Rappler

La directive dont elle parle - l'Executive order 26 (EO26) - a été signée le 16 mai par Rodrigo Duterte, Président controversé des Philippines. L'EO 26 interdit de fumer dans les lieux publics et dans la rue à moins de 10 mètres des bâtiments. La vente et la promotion de produits de tabac dans un périmètre de 100 mètres autour des écoles et des crèches sont également prohibées. Enfreindre cette directive est considérer comme un délit pouvant entraîner une peine jusqu'à 4 mois de prison ferme.

Pressions de la CCLAT de l'OMS contre le vapotage

Mais telle que signée, sa définition ne couvre pas le vapotage. " "Fumer" signifie être en possession ou contrôler un produit de tabac allumé sans considération que la fumée soit inhalée ou exhalée activement", stipule la directive (Sec. 1 § i). Visiblement mise sous pression, la Secrétaire à la santé a, dans la foulée, promis d'essayer de corriger le tir dans les règles d'application. "Nous inclurons le vapotage lorsque nous aurons reçu les informations et les recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)", déclare Paulyn Ubial le 19 mai. Les 19, 20 et 21 octobre dernier, des cadres de la Convention cadre de lutte anti-tabac (CCLAT ou FCTC en anglais) de l'OMS avaient rencontré des représentants du gouvernement philippins pour préparer l'EO 26 dans un luxueux hôtel de Manille. 

Vera da Costa e Silva, Directrice de la CCLAT de l'OMS, s'était d'ailleurs fendue de félicitations à Rodrigo Duterte, alors que les Philippines connaissaient un véritable massacre à son initiative au nom de la lutte anti-drogue. Autant dire que "l'oubli" du vapotage dans l'EO 26 n'a pas été apprécié par la Directrice brésilienne à l'origine de la tentative, lors de la dernière conférence sur le tabac de l'OMS (COP7), d'une interdiction mondiale du vapotage avec la délégation de l'Inde, l'autre grand pays exportateur de tabac au niveau mondial avec le Brésil.

Surveiller et punir

Problème technique pour les tenants de la ligne anti-vape, dont on ne sait pas vraiment s'ils défendent la santé publique ou protègent les ventes de cigarettes, la vape ne contient pas de tabac et ne génère pas de fumée avec ces constituants toxiques spécifiques. D'où la nécessité pour eux de faire glisser l'interdiction de la fumée vers la présence de nicotine. Le "gadget" qui pourrait leur permettre de faire cela, auquel se réfère la Secrétaire à la santé philippines, est développé par des chercheurs américains.

Une équipe spéciale du Dartmouth College, université privée du New Hampshire (USA), planche sur ce système depuis le début de la décennie. Dirigées par  Joseph Belbruno, les recherches ont connu une avancée majeure relatée dans un article publié en septembre 2013 dans Nicotine & Tobacco Research. La mise au point d'un polymère avec des nanoparticules modulant leur résistance électrique selon la présence de nicotine a ouvert la porte au développement du senseur de nicotine. Bien que leurs tests montrent un problème de réactivité non linéaire à la présence de nicotine, les chercheurs enchaînent les dépôts de brevets. Après le polymère de nanotechnologie en 2012, la technologie de l'appareil même et son interface informatique en 2013, les inventeurs BelBruno et Tanski ont breveté le process de fabrication du produit en décembre 2016. Sa commercialisation est lancée exclusivement sur le site de Freshair. Il en coûte 122$ l'appareil et une maintenance de 4$ par mois. La firme annonce aussi le développement imminent d'une version anti-cannabis.

Pizza, bouillabaisse & moussaka connections 

La firme Freshair promet de pouvoir traquer les fumeurs dans les lieux interdits, telles les voitures de location, les chambres d'hôtel ou "même chez soi". Par une surveillance en temps réel, mais aussi en détectant des restes de nicotine après l'usage ("résidus tertiaires"). Une question n'est pas problématisée par les chercheurs, ni par leur site commercial qui reste extrêmement évasif sur les méthode de détection de leur appareil. Que se passera t-il en cas de présence de nicotine ne provenant pas de tabagisme? La question se pose non seulement pour le vapotage, mais évidemment aussi pour les activités de cuisine. Les cuisiniers philippins devront-ils renoncer à cuire tomates, patates, aubergines, carottes, poivrons, choux-fleurs etc... pour ne pas vaporiser la nicotine de ces solanacées dont le mouchard détecterait la trace? 

Les chercheurs américains semblent avoir fait l'impasse sur cette question de risque de "faux positifs" en postulant que toute présence de nicotine est synonyme de tabagisme. Un postulat dont l'impensé semble illustrer le glissement d'un certain courant de la lutte anti-tabac vers une croisade délirante contre la nicotine.