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samedi 7 avril 2018

La vieille alliance entre puritains et cigarettiers renaît dans la presse suisse-allemande

L'anti-tabac Peter Hess travaillait pour British American Tobacco

















La revue suisse-allemande Beobachter a publié un article sur les méthodes d'influence des cigarettiers le 15 mars. Absent de marque de son panorama, le rôle du discours puritain contre les moyens de réduction des risques au profit du maintien des ventes de cigarettes. Une stratégie classique qui avait pourtant déjà été mise en oeuvre par les cigarettiers en Suisse. Y a t-il une face cachée à l'offensive puritaine anti-vape dans la presse Suisse?

"Il est très irritant que des organismes de prévention propagent à présent des drogues pour remplacer d'autres drogues. Ça m'énerve", peste Ruth Humbel dans le Beobachter du 15 mars. La Conseillère nationale du Parti Démocrate Chrétien (PDC) cible en l’occurrence le soutien pour l’arrêt tabagique à l’aide du vapotage dans un article du bi-hebdo suisse-allemand consacré aux méthodes d'influence des cigarettiers. Parmi les "astuces" des cigarettiers, il y en a une sur laquelle l'article de Beobachter ne souffle mot. Alors même que l'expression de Ruth Humbel dans ses colonnes rappelle étonnamment le discours de son illustre prédécesseur Peter Hess au début des années 1990'.

Extrait des archives de 1991 du PDC (pages 1981-1982)A l'époque, Peter Hess est aussi un élu au Conseil national pour le PDC et il mène campagne pour interdire un autre produit de réduction des méfaits contre les cigarettes. Le 20 juin 1991, il dépose un postulat pour inscrire la prohibition du snus dans la révision de la loi tabac. Sa motion s'accompagne d'un matraquage médiatique où le tabac à suçer suédois à teneur en nitrosamines réduite est annoncé comme "l'horrible nouvelle drogue qui va envahir la Suisse" dans le Blick, entre autres titres de presse. Le Conseil Fédéral suit son postulat et inscrit l'interdiction du snus dans la loi qui entre en vigueur en 1995. Au nom de la santé publique, le milieu anti-tabac se félicite de cette victoire et salue son héro Peter Hess.

L'anti-tabac travaillait pour BAT

Lettre ouverte de JC. Rielle à P. Hess

Dix ans plus tard, le ton a singulièrement changé. "M. Peter Hess, ayez le courage de démissionner", interpelle le Dr. Jean-Charles Rielle, membre de l'Association pour la prévention du tabagisme (AT-Suisse), dans une lettre ouverte le 24 février 2001. Le motif de la colère du socialiste genevois contre le démocrate-chrétien zougois se trouve dans les révélations de la presse suisse: Peter Hess siège au Conseil d'administration d'une filiale de British American Tobacco (BAT). 
Le Conseiller national PDC Peter Hess fait interdire le snus en 1991 et avoue travailler pour BAT en 2001
Une enquête du collectif de journalistes européens (ICIJ), qui sera publiée en août 2001 dans le Guardian, sur les réseaux complexes de BAT pour écouler des cigarettes hors taxes met en lumière le rôle clef d'une filiale suisse nommée British American Tobacco International (BATI). En avant-première, l'info sur le poste au Conseil d'administration de BATI, domiciliée à son cabinet d'avocat à Zoug, du Conseiller national Peter Hess fuite le 12 février en Suisse. Les semaines suivantes, la presse déniche pas moins de 37 mandats d'administrateurs non déclarés par celui qui préside le Conseil national suite à son échec, pour une voix, au Conseil fédéral en 1999. Refusant de démissionner du Conseil national et soutenu par son parti, Peter Hess finit son mandat mais ses électeurs lui font payer et il n'est pas réélu aux élections de 2003. Durant le scandale, aucun média ne revient sur le fait qu'il est à l'origine de l'interdiction du snus.

La coalition des abstinents et des trafiquants 

5% de fumeurs suédois grâce au snus
Cette histoire, Thomas Angeli et Otto Hostettler, qui cosignent l'article du 15 mars dernier dans Beobachter, la passent sous silence dans leur présentation des moyens d'influence des Big Tobacco. Elle est pourtant un exemple typique d'union objective que peuvent nouer, consciemment ou non, puritains et cigarettiers contre les moyens de réduction des méfaits. Depuis cette histoire des années 1990', la Suède a vu son taux de fumeurs dégringoler à 7%, tandis qu'une large part des suédois a reporté sa consommation de nicotine sous la forme de snus. L'ensemble des maladies liées au tabagisme, y compris les cancers du pancréas, ont chuté en conséquence.

Il n'est pas dit que les fumeurs suisses auraient adopté le snus en place des cigarettes s'il avait été en vente légale. On peut facilement imaginer que les amis des deux bords de Peter Hess se seraient alors employé à effrayer les fumeurs pour les maintenir dans le tabagisme. C'est ce qu'il s'est passé dans les années 1980' pour les Nicorettes et aujourd'hui pour le vapotage. Ce type d'union tactique entre des groupes apparemment totalement opposés est une voie classique, bien que tordue, de défense d'intérêts. Les économistes l'ont surnommé la "Baptists and bootleggers coalition", en référence à la convergence d'intérêts des mafias et des ligues d'abstinence durant la prohibition de l'alcool aux Etats Unis dans les années 1920'. 

Avant Philip Morris, les anti-réduction des risques tentent d'empêcher l'étude sur l'Iqos

Outre l'histoire de Peter Hess, le super héros anti-tabac qui travaillait pour BAT - dont on peine à croire qu'elle soit méconnue d'un journaliste suisse-allemand -, le magazine omet d'autres éléments dans les sujets mêmes qu'il traite. Beobachter revient sur l'épisode concernant les pressions de Philip Morris contre les chercheurs lausannois de l'étude sur l'Iqos publié dans JAMA Internal Medecine, que nous avions relaté à l'époque
L'équipe de recherche lausannoise a travaillé bénévolement pour son étude sur l'Iqos, le budget de recherche ayant été bloqué par les anti-réduction des risques
Le journal suisse-allemand publie la lettre de Moira Gilchrist, porte-parole de PMI, aux autorités universitaires lausannoises. Mais Beobachter passe totalement sous silence qu'avant Philip Morris, c'est le clan anti-réduction des risques qui a tenté d'empêcher l'étude en bloquant son financement. Thomas Angeli et Otto Hostettler ne pipent pas un mot du refus, ni de ses motivations, de la Commission fédérale pour la prévention du tabagisme (CFPT), notoirement sous le contrôle du clan intégriste. 

Le culte de l'obscurantisme

Le mafieux et la ligue d'abstinence dans Boardwalk Empire
Evidemment, ce fait ébrèche salement la thèse manichéenne assénée par Beobachter. Difficile de croire que les défenseurs d'une approche de réduction des risques servent les cigarettiers tandis que les puritains seraient l'unique rempart contre Big Tobacco, alors que ces derniers manœuvrent en coulisse pour bloquer la même étude. Présentée sans cette omission, le cas de l'étude lausannoise est un exemple clair de l'alliance objective, peut-être non intentionnelle, entre le clan puritain et les intérêts des cigarettiers. 

Il est troublant que les journalistes du magazine du groupe Ringier n'ait pas saisi l'occasion d'interroger les représentants du clan anti-vape sur leur apologie de l'obscurantisme à ce sujet. Alors que leur argument principal contre le vapotage est un sempiternel "on ne sait pas" censé justifier un principe de précaution laissant la voie libre aux cigarettes, dont le danger, lui est connu. Une posture qui permet de distiller le doute et la confusion alors que des organismes au-dessus de tout soupçon et autrement plus compétents ont produit des évaluations précises et sérieuses. Mais apparemment, le Royal College of Physicians britannique et le Public Health England n'existent pas pour les journalistes de Beobachter. Le magazine offre une tribune au clan puritain sans contradicteur, ni prise de distance critique.

La théorie du complot généralisé pour tout argument

En plus de la fabrique du doute, d'autres méthodes attribuées à juste titre aux cigarettiers se retrouvent être aussi les moyens usités par les sources privilégiées du journal. En matière de lobbyisme d'influence, Beobachter en donne un exemple en acte. Celui-ci vient après les campagnes médiatiques du journal télévisé de la RTS, de la NZZ, d'Infosperber et de 20 Minutes... A plusieurs reprises, on retrouve Rainer Kaelin à la baguette de celles-ci, comme de nouveau dans cet article de Beobachter. Ce médecin de Morges exerce sa prose surtout dans des écrits à visée politique dont la trame se résume systématiquement à une théorie du complot plutôt simple. Et qui constitue un exemple parlant de tentative de "discréditer les chercheurs indésirables", pour reprendre l'expression des journalistes du magazine suisse-allemand.

A titre d'exemple, on peut se reporter aux accusation de Rainer Kaelin contre une bonne partie du milieu anti-tabac après la nette défaite en votation populaire de l'initiative pour durcir les lois contre le tabagisme passif en 2012. Selon lui, le milieu anti-tabac Suisse agit sous l'influence des lobbys, laissant planer le doute s'il s'agit de ceux du tabac ou de la pharma. Il vise explicitement la présidente de la Ligue pulmonaire vaudoise, la Fédération des médecins suisse (FMH), la présidente de la Société Suisse de Médecine Interne (SSMI), le Public Health Suisse (depuis SSPH+) et le "président B.M." de l'Association pour la prévention du Tabagisme (AT-Suisse). Coupables d'avoir permis au camp cigarettier de gagner, selon lui. "Attribuer ces silences au hasard ou à des erreurs de communication n’est pas plausible. Ils apparaissent comme un comportement systématique, nuisible aux efforts de la prévention du tabagisme et attribuable à des réseaux d’influence très puissants", juge Rainer Kaelin, dans un article publié dans la revue Bioethica

Les interminables purges de Rainer Kaelin

Rainer Kaelin habitué des accusations délirantes
On a déjà vu plus lucide comme analyse. Mais à défaut d'être fondée sur quelconque preuve, cette stratégie de terrorisme idéologique porte tout de même ses fruits. La dernière "plateforme des partenaires pour la prévention du tabagisme" en a été le théâtre. De manière à peine voilée, les tenants de la ligne dure ont menacé de représailles ceux qui oseraient ouvrir le débat publiquement sur la réduction des risques.

Il n'en fallait pas plus pour que Rainer Kaelin se remette en chasse de l'ennemi intérieur dans le milieu anti-tabac et multiplie les diffamations contre le Pr Jean-François Etter, le principal connaisseur de la question en Suisse. Dans l'article de Beobachter, le spécialiste de santé publique doit encore une fois réaffirmer qu'il n'a aucun lien avec l'industrie cigarettière. Difficile de savoir si Rainer Kaelin répand la confusion intentionnellement ou par folie. Ce qui est sûr, c'est le ridicule des médias qui continuent de lui donner la parole sans distance critique face à ses déblatérations sensationnalistes.

Chape de plomb

Mais les soupçons entretenus artificiellement et la chasse aux sorcières fonctionnent bien dans le milieu anti-tabac suisse. Les autres experts suisses intéressés par le sujet n'osent plus intervenir. A une de mes sollicitations, un chercheur du domaine m'a répondu qu'il ne pouvait risquer d'être lié à des publications sur la réduction des risques sans craindre pour sa réputation et la suite de sa carrière. Même silence des spécialistes suisses sur le tabagisme favorables à la réduction des risques lors de la récente consultation publique sur l'avant-projet de loi tabac (LPTab). 

Seules les associations locales, celle des usagers Helvetic Vape et des professionnels de la vape SVTA, ont osé critiquer l'absence de prise en compte du pilier de la réduction des risques dans le projet de loi. Unique contribution en ce sens émanant de scientifiques, celle de 18 experts de renommée mondiale spécialistes du sujet mais dont aucun n'est suisse. Hors de ces rares exceptions, une chape de plomb recouvre le sujet du vapotage dans une perspective sanitaire en Suisse. 

Plutôt le maintien du tabagisme que toute alternative à risque réduit

Restent les acteurs de terrain bien conscients, à l'image du Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA), de l'échec de l'approche uniquement pro-abstinence imposée depuis dix ans par le clan anti-réduction ds risques. En situation, ils s'intéressent et utilisent de plus en plus le vapotage comme aide à l'arrêt des cigarettes malgré l'interdiction de vente de liquides nicotinés. D'où le ciblage de Ruth Humbel contre "les organismes de prévention propageant des drogues à la place d'autres drogues" dans Beobachter. Le mot d'ordre vise à la fois à exclure ceux prêts à une réflexion et au débat et entretenir l'incertitude sur le vapotage. On pourrait croire à s'y méprendre à une des méthodes présentées par Beobachter comme celle des cigarettiers.
"Les autorités sanitaires ne doivent pas recommander la cigarette-électronique pour le sevrage du tabagisme", Lucrezia Meier-Schatz et Macé Schuurmans
Imposer une discipline strictement puritaine aux professionnels socio-sanitaires, dont l'expérience de terrain les amène à plus de pragmatisme et de tolérance à la réduction des risques, est un leitmotiv du clan. "Les autorités sanitaires ne doivent pas recommander la cigarette électronique pour le sevrage du tabagisme", assénait déjà l'avis de la Commission Fédérale de Prévention du Tabagisme (CFPT) signé de Lucrezia Meier-Schatz et de Macé Schuurmans, ami de Rainer Kaelin, en septembre 2016. Un avis qui reprenait aussi à son compte la revendication de la taxe anti-vape de Philip Morris. 

Tuer le débat sur les vies que la réduction des risques peut sauver

Ces positions de principe contre la réduction des risques, on pouvait les anticiper par l'invitation de l'ultra-intégriste maltais Tonio Borg par l'Alliance anti-tabac en mai 2016 à Berne. Leader anti-avortement, contre le droit au divorce, ayant coupé des aides financières pour la distribution de préservatifs et homophobe décomplexé, l'anti-réduction des risques Tonio Borg n'était pas l'invité d'honneur de l'Alliance anti-tabac par hasard. La lutte anti-vapotage est bien un élément d'une vision politique puritaine globale.

La plupart des méthodes des cigarettiers présentées par Beobachter se trouvent aussi mises en œuvre par le clan anti-réduction des risques. Le jeu de lobbying intense, la diffamation des professionnels favorables à la réduction des risques, l'enfumage du milieu médical et du public en semant la confusion, le doute et par l’amalgame entre produits cigarettiers et vapotage. Leur objectif est de saboter la possibilité d'un débat rationnel sur l'approche de réduction des risques au profit de peurs et d'émotions cultivées par de faux amalgames. Dans un contexte où la stratégie unique pro-abstinence est un échec depuis dix ans, le public helvète va-t-il encore se faire enfumer par cette alliance contre nature entre cigarettiers et puritains ?


dimanche 7 janvier 2018

Motions au parlement Suisse pour interdire la pub du tabac en y assimilant la vape et imposer une licence aux vendeurs

Au Conseil national, quatre motions voudraient interdire la pub du tabac et du vapotage sur les réseaux sociaux, les journaux, les points de vente et au cinéma, ainsi qu'imposer une licence de vente payante. 

Déposées mi-décembre 2017 à la fin de la session parlementaire d'hiver, le contenu de quatre motions coordonnées au Conseil national vient d'être rendu public. Assimilant le vapotage aux cigarettes, trois visent à interdire des types de publicités des produits du tabac pour "protéger les enfants et les jeunes" et la quatrième à imposer une licence payante de vente en Suisse. Pour que le Conseil Fédéral exécute ces demandes, chacune des motions devrait être adoptée par les deux chambres parlementaires, ce qui parait peu probable en regard des motifs du renvoi du premier projet de loi sur les produits du tabac (LPTab) en décembre 2016. 

Ces motions au parlement semblent plutôt vouloir servir de caisses de résonance médiatique au lancement d'une initiative populaire "enfants et jeunes sans publicité pour le tabac", dont la récolte de signatures doit être lancée en février. L'initiative vise à interdire la publicité des produits du tabac par affichage, dans les publications, au cinéma, aux concerts et sur internet. Contre une approche cohérente de réduction des méfaits, l'intention d'assimiler le vapotage à ces interdictions se précise à la lecture de cette initiative concertée de quatre motions. 

20 Minutes et Facebook ciblés

Annoncée en primeur par le Blick dés le 19 décembre, la motion de l'évangéliste Niklaus Gugger (17.4268) veut interdire "la publicité pour les produits du tabac et les cigarettes électroniques dans les médias imprimés et en ligne facilement accessibles aux mineurs, y compris les publireportages, les médias sociaux et les applications". Le Conseiller national zurichois précise que doivent être "considérés comme 'facilement accessibles' les médias imprimés ou en ligne qui ne sont soumis ni à un abonnement payant ni à une autre forme d'identification personnelle". En cas d'acceptation, les groupes d'auto-support, forums d'entraide et sites d'information spécialisés devraient probablement se barricader et  devenir hermétiques aux néophytes, notamment aux fumeurs en recherche d'aide et de renseignements pour arrêter de fumer à l'aide du vapotage.

Nik Gugger estime que les "gratuits '20 Minutes' et 'Friday' jouent un rôle majeur dans la publicité pour le tabac". Mais l'évangéliste en veut aussi aux réseaux sociaux qui, selon lui, "transforment les utilisateurs d'Internet en promoteurs des produits du tabac. Voyez Facebook, Snapchat et bien d'autres". De son côté, la démocrate-chrétienne Viola Amherd prend pour cible la pub dans les cinémas lors des projections de films non réservées à un public majeur. Sa motion (17.4150) veut "interdire la publicité au cinéma pour les produits du tabac et les cigarettes électroniques lors des représentations auxquelles les spectateurs de moins de 18 ans sont admis".

Interdire la pub sur les lieux de vente et leurs vitrines

L'écologiste Christine Häsler propose (17.4187) que "la publicité pour les produits du tabac et les cigarettes électroniques soit interdite dans tous les points de vente dont la clientèle comprend aussi des enfants et des jeunes"Elle souligne que, selon une étude de l'Observatoire des stratégies marketing pour les produits du tabac, dans 22% à 36% des points de ventes de tabac "cette publicité était également visible depuis l'extérieur"L'argumentaire de l'élue bernoise précise aussi que "la publicité pour les cigarettes électroniques, du fait de son attractivité pour les enfants et les jeunes, doit en outre être assimilée à la publicité pour les produits du tabac"

Une licence payante pour vendre du tabac et à l'avenir de la vape

Pour compléter l'offensive, la motion du vert-libéral Thomas Weibel (17.4232) voudrait que le Conseil Fédéral élabore "une licence payante pour la mise à disposition de produits du tabac sur le marché". Selon l'élu zurichois, les émoluments permettraient "de financer les contrôles et les mesures officielles". Actuellement, le vapotage n'est pas assimilé légalement à un produit du tabac, mais il pourrait l'être via la future loi sur le produits du tabac (LPTab). Le Conseiller national l'anticipe dans son argumentaire: "Si les cigarettes électroniques devaient être assimilées aux produits du tabac, l'offre pourrait être mieux contrôlée" avec ce système de licence.  

Une "offensive" contre la réduction des méfaits

L'assimilation stricte de la vape au tabac par ces quatre parlementaires prend le chemin opposé aux appels à une intégration de la réduction des méfaits par le vapotage contre le tabagisme, soutenue par plusieurs voix du milieu de la lutte anti-tabacla Fédération des professionnels des addictions, et l'association des usagers Helvetic VapeLe confinement des groupes d'entraide autogérés sur les réseaux sociaux à une situation d'underground, qui naîtrait de telles interdictions, pose question sur le respect au droit à l'auto-protection de sa santé. En outre, aucun élément probant n'est apporté dans les motions sur la pertinence d'interdictions similaires du vapotage aux cigarettes. Or la seule étude, avec certaines limites, à ce jour sur l'impact réel de la publicité du vapotage montre un effet globalement positif sur le recul du tabagisme aux Etats-Unis. 

De même, l'analyse d'impact de la réglementation (AIR), du bureau BASS pour l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), distingue l'effet d'interdictions sur la publicité du tabac, qu'il évalue d'autant plus positifs qu'elles sont strictes, de l'effet d'interdictions contre le vapotage. "Il semble que l’interdiction de la publicité pour les e-cigarettes dans les médias classiques serait, du moins au stade actuel, une mesure plutôt défavorable du point de vue économique", explique le rapport. Un effet positif sur les coûts de santé et les pertes de productivité liées aux maladies concordant avec le fait que l'accès au vapotage nicotiné aurait un effet positif de santé publique en favorisant une baisse de la prévalence tabagique, que le bureau BASS estime de l'ordre de 2,1%.

Cette "offensive", telle que la nomme la motionnaire Christine Hässler elle-même dans le Blick, indique l'ascendant pris par les extrémistes anti-vape sur le camp des parlementaires anti-tabac. Ce choix de condamner au silence l'approche de réduction de méfaits semble plus tenir d'une escalade de posture idéologique que fonder sur une réflexion de politique de santé publique. Alors qu'en l'état "des connaissances actuelles, on doit considérer que les cigarettes électroniques sont nettement moins nocives que les produits du tabac traditionnels destinés à être fumés", rappelle le rapport prudent du bureau BASS. Mais qui en sera informé, au sens plein du terme, si réseaux sociaux et points de vente sont astreints à le cacher et que la loi assimile ce moyen de sortir du tabagisme au tabac ?



jeudi 21 décembre 2017

Une initiative populaire pour interdire la publicité des produits du tabac sera lancée en février en Suisse

Tout le monde s'en doutait mais la télévision nationale, à la fois sur son canal romand et suisse-allemand, l'a annoncé en exclusivité hier soir. Un comité d'initiative visant l'interdiction de la publicité des produits du tabac en Suisse devrait lancer dés février la récolte des 100'000 signatures nécessaires pour être présentée au vote. Intitulée "enfants et jeunes sans publicité pour le tabac", l'initiative propose d'interdire au niveau national la publicité des produits du tabac par affichage, dans les publications, au cinéma, aux concerts et sur internet. Le doute plane sur les conséquences qu'elle pourrait avoir pour le vapotage.

Réplique à la LPTab

"Cette initiative est aussi une réponse politique au projet de loi tabac (LPTab)", commente Loïs Siggen Lopez de la RTS. Suite aux demandes du parlement d'exclure plusieurs restrictions, le nouveau texte interdit les publicités dans les journaux gratuits mais pas l'affichage ni les spots au cinéma. Trop laxiste pour les organisations politiques et de santé qui lancent l'initiative. "Il faut éviter que les jeunes tombent dans ce piège [du tabagisme]. Et c'est la publicité qui les met dans le piège et donc il faut l'interdire", explique Hans Stöckli, Conseiller aux Etats socialiste et membre du comité d'initiative. 

Egalement président de l'Alliance pour la santé en Suisse, Hans Stöckli insiste sur l'importance d'interdire la pub sur les réseaux sociaux et sur les lieux de vente. D'autre part, avec le texte de l'avant-projet de loi tabac (LPTab), la Suisse ne satisferait pas aux standard de la Convention cadre anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et ne serait pas en mesure de la ratifier. Pour le monde de la vape Suisse, l'assimilation aux produits du tabac prévue par l'avant-projet LPTab conjuguée à cette initiative, dont le texte précis n'a pas encore été dévoilé, laisse planer le doute sur de possibles conséquences

La promotion de la réduction des méfaits interdite ?

En l'état du texte d'avant-projet de loi, tout porte à croire que le vapotage subirait les mêmes interdictions que le tabac sur le sujet. Cela pourrait condamner toute promotion de la réduction des méfaits à l'aide du vapotage, tel qu'exigé par Macé Schuurmans. La question est d'autant plus sensible en regard de l'importance des réseaux sociaux pour les groupes d'entraide à l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage, la diffusion d'information sur la réduction des méfaits, les vidéos tutorielles sur les produits de vapotage, voire les sites de vente en ligne et d'éventuelles campagnes de promotion de réduction des méfaits... 

Tout ceci pourrait se retrouver assimilé à des promotions de produits du tabac. Pour le moment ces questions restent floues. Une distinction nette entre vapotage et tabagisme telle que réclamée par les professionnels des addictions, les défenseurs de la réduction des méfaits et l'association des usagers Helvetic Vape lèverait toute ambiguïté et éviterait évidemment ce problème. 


Actuellement en Suisse, la publicité pour le tabac est interdite sur la télé et la radio, ainsi que par voie d'affichage dans une large majorité des cantons, sans beaucoup d'effets sur le niveau de tabagisme

jeudi 7 décembre 2017

Mensonges et calomnies sur InfoSperber

Article honteux sur le site suisse-allemand InfoSperber publié ce 6 décembre. A quelques jours de l'annonce du nouveau projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab), trois ultras contre le droit à la réduction des méfaits attaquent ad hominem le Pr. Jean-François Etter, de Stop-Tabac.ch. En dépit de la gravité des accusations portées sans aucun élément probant dans l'introduction signée de "la rédaction", le journal n'a pas jugé opportun de lui donner la parole. Cette manière de faire d'InfoSperber est une violation manifeste de la déontologie journalistique la plus élémentaire. Nous n'avons pas eu le temps de contacter les parties prenantes, nous nous concentrons donc uniquement sur le contenu de l'article signé de Macé Schuurmans, membre de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT), Rainer Kaelin, ex-vice-président de la Ligue Pulmonaire Suisse et Jürg Barben, pneumologue à l'hôpital pédiatrique de St. Gall.

"Au moins 95% moins nocif que de fumer"


L'article s'articule autour de trois contre-vérités. La première consiste à prétendre que l'évaluation d'une réduction des méfaits de 95% du vapotage par rapport aux cigarettes "n'est pas une mesure, mais se base sur une enquête dans laquelle seulement 12 collègues d'Etter ont été invités à donner leur appréciation personnelle en 2013, et qui a été critiquée comme trompeuse". Ceci est mensonger. L'évaluation du groupe mené par le Pr David Nutt a effectivement conclu à une réduction d'au moins 95% des méfaits du vapotage par rapport aux cigarettes. 

Mais deux organismes de santé éminemment prestigieux et compétents ont procédé par ailleurs à leur propre analyse scientifique. Ces deux organismes sont dans l'ordre chronologique, le Public Health England, l'organisme de santé publique anglaise qui a publié son rapport en 2015 - points clefs en français- , et le Royal College of Physicians britannique qui a écrit un rapport exceptionnellement riche intitulé "Nicotine without smoke" en 2016 - points clefs en français -.

Basé chacun sur des centaines d'études scientifiques prises en compte, ces rapports concluent que "le danger pour la santé découlant de l'inhalation à long terme de l'aérosol des produits de vapotage disponibles aujourd'hui ne devrait pas dépasser 5% du préjudice causé par le tabac fumé", dans la formulation du Royal College. Ceci est une fourchette d'évaluation et non un chiffre précis comme le présente avec un certain ridicule l'article d'InfoSperber. Le Royal College of Physicians britannique est le premier organisme de santé de référence au monde à avoir établi les dangers du tabagisme dans son rapport de 1962. Les membres de ces deux organisations sont au-dessus de tout soupçon et ils ont des connaissances dans le domaine  que les auteurs seraient inspirés de mettre à profit. Et les scientifiques concluant à cette réduction des méfaits ne sont pas tous des fumeurs contrairement aux accusations des trois signataires suisses.

La Pr Ann McNeill fume t-elle ?

Les Prs John Britton, Ann McNeill, Peter Hajek, Martin Dockrell, Deborah Arnott, Linda Bauld, Robert West, etc...  ne sont pas fumeurs. C'est surréaliste de devoir préciser cela. Car quand bien même le seraient-ils, on a du mal à voir en quoi cela les disqualifierait à saisir l'intérêt du vapotage pour justement sortir du tabagisme. D'autre part, contrairement à ce que prétend l'article d'InfoSperber, ces auteurs couvrent l'ensemble des aspects de la problématique, y compris l'épidémiologie. Le jour où Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben prendront la peine de lire et d'essayer de comprendre les travaux du Pr Robert West, peut-être seront-ils en mesure d'articuler une pensée plus consistante sur le sujet.

Enfin, les trois suisses allongent leur catalogue en précisant que les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt "n'étaient pas transparent sur leur financement". Ce ragot court de longue date. Le Times, le journal de Rupert Murdoch aux liens bien connus avec l'industrie du tabac, a publié des accusations contre ce groupe. Mis en demeure par les chercheurs calomniés de montrer des preuves de cette accusation, le journal anglais s'est trouvé passablement dépourvu. Aucun élément factuel à présenter et leur source, que l'on surnommera McK, a rétracté son témoignage. Le Times a dû démentir, retirer son article et présenter ses excuses. Le corbeau continue malgré tout à essayer de salir la réputation de collègues, dont au moins un semble avoir eu le défaut d'obtenir un poste que McK convoitait.

Où est la déclaration d'intérêts des auteurs ?

Quoiqu'il en soit, les rapports scientifiques de Public Health England et du Royal College of Physicians sont parfaitement transparents sur leurs financements. Par contre, on s'interroge sur l'absence de déclaration de liens d'intérêts concernant la publication d'InfoSperber. Un commentaire censuré par le site questionne les liens avec l'industrie pharmaceutique des trois auteurs. Une industrie qui bénéficie de la grande masse de maladies créées par le tabagisme pour étendre son chiffre d'affaires. A l'aune de la gravité des accusations portées contre le Pr Etter, les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt, du Public Health England, de l'institution du Royal College of Physicians, puis plus loin dans le texte implicitement contre Addiction Suisse, on pourrait s'attendre à une clarification d'InfoSperber, plutôt qu'une censure sur cette question.

Addiction Suisse visée sans être nommée

Après le rejet des deux rapports scientifiques les plus étayés sur le sujet, les trois auteurs accusent le Pr Etter de soutenir "le chiffre "officiel" ", guillemets des auteurs, du tabagisme à 25% en Suisse. C'est, sans guillemet, le chiffre officiel présenté, au public et à l'OMS, par l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), dont le Pr Macé Schuurmans est tout particulièrement proche. Effectivement ce chiffre, produit par une enquête de la fondation Addiction Suisse sous mandat de l'OFSP, est clairement sous-évalué. Le Pr Etter, qui n'est pas impliqué dans ce travail, non seulement convient de sa sous-estimation mais il m'avait précisé une piste d'explication du biais de l'enquête lorsque j'avais traité le sujet pour le Vaping Post. Les auteurs de l'article dans InfoSperber semblent tellement haineux qu'ils sont prêt à porter n'importe quelle accusation. 

On notera au passage que Rainer Kaelin s'appuie cette fois sur un article co-signé par le Pr Jacques Cornuz qu'il accusait, sans le nommer, d'avoir manipulé l'étude Delphi et le premier rapport (2014) de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme sur le vapotage dans un autre article pour le Bulletin des Médecins Suisse en juillet dernier.

Moins de 5% des produits de vapotage sur les marchés européens sont à Big Tobacco

Le troisième délire des défenseurs de l'ordre en place est de prétendre que l'industrie du tabac "domine également le marché des cigarettes électroniques". C'est factuellement faux. Si ces auteurs ne le savent pas, c'est le signe d'une grave incompétence sur le sujet. En Suisse, la part des cigarettiers sur le marché du vapotage est néant, zéro, null, niente (désolé en romanche je ne sais pas le dire). Sur les grands marchés européens tels que la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la part des ventes de produits de vapotage appartenant à des compagnies cigarettières est nettement en deçà de 5% - voir par exemple le rapport de l'institut Xerfi, dont le chercheur principal est interviewé sur Vaping Post


Les raisons en sont assez simples. Leur produits sont médiocres. Ils sont en format propriétaire forçant les consommateurs à être captifs de recharges spécifiques à la machine achetée, contrairement à la vape ouverte indépendante. D'un côté un produit limitant le choix, de l'autre une multitude de combinaisons de goûts et de pièces interchangeables pouvant évoluer etc... Enfin, une troisième raison est que les vapoteurs ex-fumeurs apprécient pour beaucoup de marquer leur rupture avec le tabagisme en coupant les liens avec les marques et les lieux de ventes de tabac.


L'exemple Suisse sous les yeux


Donc la réponse à la question des trois auteurs, "Pourquoi cette industrie devrait-elle saboter son marché du tabac en faisant la promotion des nouveaux produits de telle sorte que la plupart des fumeurs arrêtent vraiment de fumer?", est simple. L'industrie du tabac ne le fait pas. Au contraire, Big Tobacco défend ses ventes de cigarettes contre le vapotage. La Suisse en est un exemple manifeste avec l'interdiction de vente des liquides nicotinés. Les situations du Japon et de l'Italie confirment cet intérêt de certain cigarettier vaudois à interdire ou entraver le vapotage. 


C'est assez extraordinaire que ceux qui servent d'idiots utiles aux Big Tobacco soient à ce point à côté de la plaque sur ce qui se passe sous leurs yeux. Mais en poussant leur argument, et si c'était le cas? Si Philip Morris, BAT et Japan Tobacco se mettaient à vendre des produits de vapotage à leurs actuels clients fumeurs. Serait-ce bénéfique ou négatif pour la santé publique ? En réalité, l'expérience de pensée ne peut se résumer à cela. La métamorphose de la consommation de nicotine avec les moyens de réduction des méfaits soutenue par les usagers va faire éclater la situation d'oligopole actuelle des quatre Big Tobacco. S'y opposer, c'est travailler à maintenir le tabagisme. Et c'est tristement cette situation délétère qui prévaut en Suisse depuis huit ans.


Une politique pragmatique similaire à la stratégie britannique aurait permis à 500'000 fumeurs suisses de sortir du tabagisme depuis 2010. La collusion objective entre le discours anti-vape et les manigances des cigarettiers rappellent furieusement l'alliance des "baptistes et des trafiquants" durant la prohibition américaine. Sans prohibition, pas de trafic. Les meilleures alliées du maintien des ventes de tabac en Suisse aujourd'hui sont les mesures contre la vape. La multiplication d'entraves à l'accès aux produits pour les fumeurs par les restrictions sur la vente, sur le matériel, mais aussi le climat entretenu de peur et de doute, sont les meilleurs prétextes à la poursuite du tabagisme d'un fumeur.


Qui bénéficie du doute ?


Que cette question sur l'intérêt de l'industrie du tabac soit posée par un texte co-signé de Macé Schuurmans est extrêmement troublant. Il est le principal instigateur, avec la Présidente Lucrecia Meier-Schatz, du second rapport sur le vapotage en 2016 de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT) qui venait contredire le précédent sorti en 2014. Comme je l'avais souligné à l'époque, la reprise au nom de la CFPT de certaines exigences de Philip Morris, notamment d'une taxe anti-vapoteurs, est une énigme restée sans réponse.





D'un point de vue logique, je ne sais pas qui peut acquiescer à l'argument des trois auteurs qui disent 1) les cigarettiers ont intérêts à protéger leur marché de la cigarette puis 2) donc les cigarettiers ont intérêt à ce que les fumeurs quittent la cigarette pour le vapotage. L'irrationalité de l'argument touche au mysticisme. A fortiori lorsque l'on a en tête le bilan de leur politique anti-tabac: le maintien intact du tabagisme en suisse depuis huit ans - que l'on suive le chiffre officiel de 25% où l'évaluation au doigt mouillé mais plus réaliste de 30% -. A aucun moment, ces trois personnes ne s'intéressent à aider les fumeurs à s'en sortir. 



La chute concrète de plus de 20% du tabagisme au Royaume-Uni sous l'impulsion de l'essor du vapotage ne les intéressent pas. Pas un mot à ce sujet. Pourtant, depuis 2011 près d'un million de britanniques ont arrêté de fumer en utilisant de manière transitoire le vapotage, arrêtant donc les deux modes de consommation, et 1,5 millions ont arrêté de fumer pour vapoter exclusivement. Le tabagisme a chuté à 15,8% des adultes.


Les vapoteurs ont-ils aussi inventé le tabagisme adolescent?

L'ultime argument des défenseurs du statu-quo sont les enfants. C'est merveilleux les enfants pour couper court à toute réflexion. Qui leur voudrait du mal? L'astuce des auteurs est de faire comme si le vapotage était responsable du tabagisme adolescent. On est dans l'ordre de la pensée magique, pas de considération pour la réalité, juste le fantasme que le vapotage a inventé le tabagisme adolescent. Pourtant dans le réel, l'essor du vapotage a coïncidé avec une accélération de la chute du tabagisme chez les adolescents que ce soit au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et dans la région parisienne. 

La haine et le mépris des trois auteurs envers les usagers leur rend visiblement difficile de prendre en considération leur expérience. C'est pourtant nécessaire pour saisir le phénomène qui a pu se produire entre 2013 et 2015 chez les ados. L'usage du vapotage sans nicotine pour 80% de ceux qui déclaraient l'utiliser, leur a permis d'expérimenter, de répondre à ce que des sociologues appellent la "pression sociale", tout en évitant le tabagisme. Une part utilise avec nicotine, pour la quasi totalité d'entre eux en étant déjà fumeurs, ce qui malheureusement peut commencer parfois à 12, 13 ou 14 ans. L'accélération de la chute du tabagisme est manifeste. Elle est encore plus rapide dans les Etats américains qui autorisaient la vente de produits de vape aux mineurs, par rapport à ceux la prohibant, comme le montre une étude d'Abigael Friedamnn de Yale.

Il y a évidemment des jeunes qui vont vapoter puis fumer. Ils sont rares, mais si on concentre sa recherche uniquement sur eux comme une loupe, on peut les mettre en relief. Auraient-ils échappé aux cigarettes sans la vape ? Le nombre élevé de fumeurs ado avant le vapotage, où tout simplement en Suisse où le vapotage est peu répandu, suggère fortement que non. Cela suggère aussi que l'explication mécanique causale simplette échoue à saisir les facteurs rendant certaines personnes susceptibles de devenir consommateurs de nicotine. Mais en fait, la question n'intéresse pas les auteurs de l'article d'InfoSperber. 

Leur interprétation complètement fantaisiste de l'étude menée par Gerhardt Gmel et al. à propos des jeunes recrues suisses est très révélatrice de leur fantasme. Cette étude montre que des jeunes recrues, d'une vingtaine d'années, déjà fumeurs étaient très peu nombreux à arrêter en utilisant le vapotage en Suisse en 2013. Dans un pays où la vente de liquides nicotinés est interdite. A une époque où la pratique des dons de nicotine n'existait pas encore. Dans un climat de peur et de doute contre le vapotage cultivé par les lobbys. 

La protection du tabagisme

Le maintien du tabagisme de ces jeunes hommes se passe dans le contexte suisse extrêmement hostile à l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Outre la prohibition des liquides nicotinés, l'information sur la réduction des méfaits y est largement absente tout comme le soutien à une telle démarche. Ce que montre ces résultats, c'est que la politique menée selon l'idéologie des Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben profite au maintien du tabagisme, y compris chez les jeunes suisses. Alors qu'un environnement bienveillant à l'égard des vapoteurs double les chances des fumeurs de réussir leur sevrage tabagique à l'aide du vapotage par rapport à ceux des pays liberticides. 73,2% de sevrages pour les britanniques et américains contre 31,5% pour les australiens et canadiens, selon l'étude de l'International Tobacco four countries.

La proposition générale de l'article d'InfoSperber est de perpétuer cette hostilité à l'égard des fumeurs tentant de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage. Dans leur article, leur seule proposition articulée est d'interdire l'information sur la réduction des méfaits. Ceci alors qu'en Suisse la publicité commerciale pour le tabac est autorisée. Dans son rapport pour la CFPT, Macé Schuurmans et Lucrecia Meier-Schatz précisaient vouloir interdire aux professionnels de santé d'en parler positivement. Le fil conducteur de tout l'article d'InfoSperber est un rejet des études de science. Implicitement, il est aussi un rejet de l'expérience de millions d'usagers. 

Burp

Cette publication est choquante pour la violence des calomnies qu'elle porte. Mais peut-être pire que cette attaque personnelle sans élément de preuve contre le Pr Jean-François Etter, l'éloge d'un obscurantisme intellectuellement malsain et le mépris humain qui se dégagent de ce papier sont profondément ignobles. Ce matin, j'apportais mon soutien sur un réseau social d'entraide à l'arrêt des cigarettes avec le vapotage. J'ai lu de nombreux billets témoignant du plaisir de retrouver son souffle, son odorat, de voir son rythme cardiaque se normaliser au fil des semaines après l'arrêt. Des souffrances aussi de personnes ayant de grandes difficultés à "lâcher" les cigarettes. Des témoignages de malades, pour certains très graves, de proches aussi. 

Puis j'ai lu cet article d'InfoSperber et j'ai eu la nausée.