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mardi 16 octobre 2018

[Bref] Suisse: Les HUG recherchent des fumeurs motivés à arrêter pour l'étude sur le vapotage

"Nous recherchons des personnes âgées de 18 ans ou plus qui fument 5 cigarettes ou plus par jour dans les 12 derniers mois, qui sont motivé(e)s à arrêter de fumer et qui résident en Suisse". Dans le cadre de l'étude clinique ESTxENDS, qui va mesurer l'efficacité, la sécurité et la toxicologie du vapotage pour faciliter l'arrêt du tabac, les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) lance cet appel à participants (voir plus bas). 

L'étude se déroule sur six mois, avec deux visites cliniques d'environ une heure, et des entretiens téléphoniques réguliers pour soutenir et conseiller les participants. Par tirage au sort, la moitié recevra une vaporette avec des liquides nicotinés (choix parmi quelques goût et taux de nicotine proposés), tandis que l'autre moitié ne recevra que les conseils et soutiens à l'aide à l'arrêt. Ce groupe aura une petite compensation financière pour son suivi à la fin des six mois de 30 Fs, à défaut d'avoir eu une vaporette.

L'équipe de l'étude menée sur Genève par le Dr Jean-Paul Humair, du Service de Médecine de Premier Recours des HUG, peut être contactée par mail à  etudetabac@hcuge.ch ou au : +41(0) 79 553 09 44. Si vous connaissez des fumeurs susceptibles d'être intéressés et motivés dans la région, faites leur passer le mot...

lundi 3 septembre 2018

[bref] Arrêter de fumer à l'aide de la vape: la plus grande étude clinique au monde a démarré en Suisse

L'émission d'actualité 10 vor 10 de la télévision suisse-alémanique (SRF) l'a annoncé ce 31 août. La plus vaste étude sur l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage à ce jour est lancée en Suisse. Depuis juillet, les premiers volontaires sont reçus à l'Institut de médecine de premiers recours de Berne. A l'automne, des romands commenceront. En tout, plus de 1'200 fumeurs volontaires tentant d'arrêter de fumer seront suivis durant six mois. L'étude ESTxENDS - pour Efficacy, Safety and Toxicology of Electronic Nicotine Delivery Systems -  va comparer un groupe "témoin", recevant des conseils de professionnels de santé, aux participants munis d'une vapoteuse rechargeable, de liquides nicotinés et également conseillés. Des check-up et des analyses de sang et d'urines traceront l'évolution des niveaux toxicologiques des différents participants sur la durée. "De plus en plus de patients passent de la cigarette au vapotage", déclare le Dr Reto Auer, qui avait présenté le projet d'étude à la dernière VapeCon de Bienne en mai dernier.

Etude indépendante

Le professeur de médecine familiale a lancé l'étude pour lever les doutes sur deux aspects. "Actuellement, comme médecins généralistes, nous pouvons difficilement donner des réponses précises à nos patients sur la dangerosité du vapotage et sa capacité pour aider à arrêter de fumer. Nous voulons examiner cela attentivement", explique le Dr Reto Auer au micro de la SRF. Les résultats de l'étude, financée par le Fonds national Suisse de la recherche scientifique (FNS) en toute indépendance des industries du tabac et de la pharmaceutique, devraient être publiés d'ici deux ans. De son côté, le Dr Karl Klinger semble vouloir nier le principe même de la réduction des risques qui pourrait être mesurée sur les vapoteurs ayant arrêté de fumer dans l'étude.

La fin de la prohibition amène des fumeurs au vapotage

En parallèle à cette recherche scientifique, 10 vor 10 fait état de l'essor rapide du vapotage en Suisse depuis la fin de la prohibition de vente des liquides nicotinés. Au printemps, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a invalidé cette mesure arbitraire et infondée de l'administration. "Comme les liquides contenant de la nicotine sont désormais légaux, de nouveaux clients osent venir. La stigmatisation de la clandestinité s'est envolée", explique Tiziana Puppo, du magasin Vape-Heaven d'Uster dans le canton de Zurich. 

Le Dr Reto Auer le 19 mai 2018 à Bienne sur l'étude ESTxENDS:


lundi 21 mai 2018

Vapecon 2018: brefs retours sur les débats et des infos suisses sorties à l'occasion

Le Dr Reto Auer et le Pr Riccardo Polosa
Ce week-end s'est tenue la Vapecon au Palais des Congrès de Bienne. Le salon, plus petit que ses grands frères Vapexpo français ou Vapitaly, accueillait des conférenciers scientifiques de premier plan le samedi, tandis que le dimanche était réservé à une discussion sur la nouvelle situation post-prohibition en Suisse. Brefs retours malgré que j'y ai égaré mon bloc notes...

Le Pr Riccardo Polosa, de l'Université de Catania et membre de la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF), a présenté un ensemble de recherches sur les effets du vapotage. Les arrêts de la cigarette suivi d'une amélioration des problèmes respiratoires, y compris pour des personnes souffrant d'asthme, font partie des effets les plus saillants. Le Pr Konstantinos Farsalinos, de l'Université de Patras, a pour sa part décrypté les biais ou erreurs manifestes d'une série d'études alarmistes sur le vapotage. Erreur méthodologiques, dont celle des vaporettes poussées bien au-delà de la puissance d'utilisation prévue et courant pour le modèle de l'étude, ou énigmes sur la manière dont les résultats irréalistes ont été obtenus, étaient au menu d'un échantillon d'études erronées assez inquiétant concernant la qualité des publications scientifiques.

Une étude sur le sevrage à l'aide de la vape en Suisse

Pour sa part, le Pr Reto Auer, de l'Université de Berne, a présenté le projet d'étude clinique ESTxENDS (Efficacy, Safety and Toxicology on Electronic Nicotine Delivery Systems) qui va débuter dans les semaines à venir en Suisse. Plus de 1'200 fumeurs désirant arrêter de fumer vont être suivis, les uns utilisant des vaporettes et des liquides nicotinés en plus de conseils d'arrêt tabagique, les autres avec les seuls conseils, sur six mois. Des mesures toxicologiques évalueront l'évolution des niveaux de toxines présentes chez les participants au long de l'étude. [édité 24.05.2018] En teasing, on peut annoncer que plus de détails seront présentés dans un article pour le très prochain numéro du Bulletin de Sovape, auquel vous pouvez vous abonner gratuitement.

Sur nos monts

Le dimanche était consacré à la situation Suisse avec les représentants romands et suisse-allemands de la SVTA, l'organisation des professionnels de la vape, et de Helvetic Vape, l'association des usagers, modéré par Phil Scheck, le fameux revieweur Youtube. De part et d'autre, on se réjouit de l'abolition de la prohibition illégale de vente des liquides nicotinés après neuf ans de régime sec en Suisse. Pour autant, les contours de cette légalisation forcée par la justice ne sont pas encore clairs, l'administration n'ayant visiblement pas compris, ou n'ayant pas envie de comprendre, les termes même du jugement. 

Jugement avec effet immédiat pas encore appliqué !

Phil Scheck, Marc Szeemann, Olivier Théraulaz, Stefan Meile, Nicolas Michel
Bien que le verdict rendu le 24 avril s'applique avec effet immédiat, aucune directive ne semble encore avoir été donnée aux douanes qui ont bloqué certains colis de liquides nicotinés pour des professionnels, d'après des témoignages recueillis par la SVTA. Olivier Théraulaz, le président d'Helvetic Vape, a annoncé l'envoi imminent d'une lettre à l'administration pour avoir des précisions explicites concernant les dispositions prises pour respecter le rendu de justice. Les galimatias publiés sur le site de l'OSAV étant au mieux n'importe quoi, tant au niveau légal que sur les explications techniques qui frisent le ridicule [message aux débutants: ATTENTION, pour éviter un accident, ne suivez surtout pas les indications techniques des sites de l'OSAV et de l'OFSP !].

Une opportunité et un défi

Même si les détails adminsitratifs ne sont pas éclaircis, Nicolas Michel de la SVTA voit dans la légalité de vente des liquides nicotinés une opportunité de développement pour la vape mais aussi un défi pour les boutiques spécialisées dans le nouvel environnement qui va se mettre en place. Pour le vendeur lausannois, se reposer sur la niche commerciale des vapoteurs déjà convertis ne sera pas pérenne et impose aux boutiques d’affûter leurs conseils aux fumeurs pour sortir du tabagisme à l'aide du vapotage afin d'attirer et étendre la clientèle. Développer une culture de réduction des risques pour les boutiques en première ligne de l'aide à l'arrêt du tabagisme avec le vapotage, d'ors et déjà moyen le plus populaire utilisé pour cela par les fumeurs suisses, est la clef de développement de la branche.

Les risques du vapotage

Articuler des formations spécifiques, peut-être même avec les milieux de la santé, pourrait être un apport de premier choix dans cette perspective. Mais l'ombre d'une assimilation du vapotage au tabagisme dans la future Loi Tabac (LPTab), sur laquelle Helvetic Vape a fait une prise de position argumentée lors de la consultation publique, pourrait évidemment freiner un tel développement en restreignant massivement les possibilités de communiquer pour les professionnels de santé, de vape évidemment, mais aussi les usagers, notamment sur les réseaux sociaux. Cette assimilation interdirait aussi de fait de pouvoir tester, goûter et recevoir des instructions pratiques en boutiques par l'interdiction de vapoter dans les lieux publics, au même titre que le tabagisme. 

Une assimilation d'un produit sans combustion ni tabac au tabagisme dont la seule logique semble la défense du tabagisme, ou de ceux qui en vivent indirectement. Les opposants aux vapotage pourraient d'ailleurs prendre des initiatives au niveau des cantons pour restreindre le droit d'arrêter de fumer à son aide. Une première motion inquiétante en ce sens a été déposée au Grand Conseil vaudois en mars, sans avoir consulté les usagers ni les professionnels.

La salle a eu l'occasion de poser des questions aux intervenants dans des échanges stimulants. Il serait long de tout détailler ici. Surveillez la chaîne de Phil Scheck, si la prise de son le permet, il mettra des vidéos des conférences et débats. L'ambiance générale du salon était très sympa avec un bon panel de stands, de matériel et de liquides, notamment des découvertes locales. Mais des commentateurs plus calés que moi feront probablement des retours plus précis sur ce volet... 

Bonus track [Parental advisory explicit lyrics]

Un sujet du journal de la Télé locale Bielingue avec une brève apparition de votre dévoué ...


mardi 8 mai 2018

Conférences de K. Farsalinos, R. Polosa et R. Auer le 19 mai à la VapeCon de Bienne

Les professeurs Konstantinos Farsalinos et Riccardo Polosa, deux des scientifiques spécialistes du vapotage les plus renommés mondialement seront à Bienne le samedi 19 mai après-midi à la VapeCon. Dans la salle de conférence du Palais des congrès de Bienne, le Dr Reto Auer, chercheur à l'Université de Lausanne et de Berne, les accompagnera pour présenter sa prochaine étude de cohorte qui doit se dérouler en Suisse à partir de juin. Agendée à 13 h, les conférences seront en anglais avec une traduction simultanée en français et allemand, suivi d'un débat entre les trois scientifiques animé par Olivier Théraulaz, président de l'association Helvetic Vape.

Le Pr Konstantinos Farsalinos est chercheur au Centre de chirurgie cardiaque Onassis à Athènes et au département de pharmacologie de l'Université de Patras, en Grèce. Il a mené des dizaines d'études au sujet du vapotage, notamment sur sa cytotoxicité, les protocoles corrects d'évaluation des émanations de vapotage et des enquêtes sur les usages des vapoteurs. Il poste régulièrement des synthèses de ses recherches ou des réactions à des études sur son blog E-cigarette Research

Le Pr Riccardo Polosa dirige l'Institut de médecine interne et d'urgence et le Centre de recherche sur le tabac (CPCT) de l'Université de Catane en Italie. Auteur de plus de 250 articles et livres scientifiques sur la médecine respiratoire, l'immunologie clinique et la dépendance au tabac, le Pr Polosa et son équipe de recherche ont mené plusieurs essais cliniques sur le vapotage. Il est également du comité scientifique de la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF).

Le dimanche sur la Suisse

Comme précédemment annoncé, la conférence du dimanche après-midi de la VapeCon sera consacrée à exposer la situation pour le vapotage en Suisse avec Olivier Théraulaz, Marc Szeemann, respectivement président et secrétaire général de l'association Helvetic Vape, accompagnés de 'PhilGood' Scheck, célèbre reviewer en terre helvète.

VapeCon - samedi 19 et dimanche 20 mai 2018
au Palais des congrès CTS Biel, Rue centrale 60, 2501 Biel / Bienne

CONFÉRENCES:

Samedi: de 13h00 à 14h00 - Présentations des Prs K. Farsalinos, R. Polosa et R. Auer
En anglais avec interprétation simultanée français/allemand
de 15h30 à 16h30 - Débat entre les Prs K. Farsalinos, R. Polosa et R. Auer, animé par Olivier Théraulaz, président d'Helvetic Vape, avec questions du public.
En anglais avec interprétation simultanée français/allemand

Dimanche: de 14h00 à 15h00 Débat avec Philgood Scheck, Marc Szeemann et Olivier Théraulaz avec le public, en allemand et français sans interprétation.


mercredi 17 janvier 2018

Les lausannois n'auront pas de bar Philip Morris

Depuis septembre 2016, Philip Morris essayait d'ouvrir un troquet dédié à l'Iqos dans le quartier du Flon à Lausanne. Le cigarettier annonce l'abandon du projet, "afin de répondre au succès que ce produit connaît auprès des fumeurs adultes depuis plusieurs mois dans la capitale vaudoise et son agglomération", explique un porte-parole de la firme lausannoise à la Tribune de Genève. Le Conseil d'Etat vaudois avait refusé, en février 2017, d'autoriser l'usage de la cigarette Iqos au sein du bistrot. Malgré un recours déposé dans la foulée et encore pendant au Tribunal cantonal, ainsi qu'une autorisation de la commune de Lausanne d'ouvrir le "Flagship store", le cigarettier change ses plans. Pourtant, le chef du Département de la santé du canton proposait la semaine dernière encore un compromis vaudois. "Il serait raisonnable de simplement intégrer un fumoir au projet", expliquait Pierre-Yves Maillard au quotidien lausannois le Temps.

Depuis sa sortie en août 2015, les lausannois semblent les seuls suisses à apprécier la cigarette Iqos. Sa part de marché dans la capitale vaudoise est "déjà plus de quatre fois supérieure à la moyenne nationale", selon Philip Morris. Se consumant en 12 bouffées, la cigarette vaudoise ne délivre que 70% de la dose de nicotine que celle moyenne d'une cigarette conventionnelle, selon une étude indépendante. Le consommateur d'Iqos n'a aucune maîtrise du processus et doit se contenter de cette dose réduite, ou fumer une autre cigarette. Contrairement à ce que prétend une démarcheuse de Philip Morris interrogée par le Temps, la fumée de l'Iqos dégage du monoxyde carbone et l'ensemble des toxiques d'une cigarette conventionnelle mais en nettement moindre quantité, selon les mesures d'une équipe de l'Université de Lausanne.


dimanche 11 juin 2017

Philip Morris avoue la pyrolyse de l'Iqos mais tente de faire retirer l'étude lausannoise

"Nous n'avons jamais affirmé que l'Iqos est dépourvu de processus pyrolytiques, bien connus pour augmenter avec l'augmentation de la température, et qui sont responsables de la plupart des composés nocifs ou potentiellement nocifs (HPHC) restant trouvés dans l'aérosol de l'Iqos. Cependant, aucune combustion ne se produit dans l'Iqos." Signée de Serge Maeder et Manuel Peitsch, la réponse publiée le 30 mai sur le site de Philip Morris reconnait la pyrolyse mise en évidence par une équipe de recherche lausannoise publiée dans JAMA Internal Medicine le 22 mai dernier. "La fumée dégagée par l'Iqos contient des éléments provenant de pyrolyse et de dégradation thermochimique qui sont les mêmes composés nocifs que dans la fumée de cigarette de tabac conventionnelle", souligne l'étude menée par le Pr Reto Auer, de l'Université de Berne, que nous avions relatée brièvement

La chique coupée

Contacté jeudi, le Dr Reto Auer nous dit attendre que les éditeurs de la revue JAMA Internal Medicine lui demandent de répondre au contre-argumentaire des cigarettiers. "Nous respectons les processus normaux de révision et validation des publications scientifiques, avec le temps nécessaire à ce qu'ils se déroulent", s'est limité à nous déclarer le chercheur référent de l'étude.

Depuis, les événement s'emballent. Ce même jeudi 8 juin, Jean-Daniel Tissot, Doyen de la faculté de biologie et médecine de l'Université de Lausanne, reçoit un courrier de Philip Morris exigeant le retrait de l'étude. L'information, qui me rappelle quelque souvenir ressemblant avec le même cigarettier en 2015, est diffusée dans un communiqué des Jeunes Verts durant le week-end. Désormais, toute communication sur le sujet doit forcément passer le filtre de la hiérarchie de l'Université. Philip Morris semble avoir déjà réussi, au moins partiellement, à bâillonner les chercheurs.

Charbonnage de gueule ?

Pourtant ni ce que révèle l'étude lausannoise, ni la répartie du cigarettier ne sont excessivement surprenantes. A condition de ne pas se laisser abuser par des raccourcis du langage courant. L'Iqos ne produit pas de combustion prétendent les ingénieurs du cigarettier. Oui, mais... Toute cigarette est objet de pyrolyse et, au sens strict, n'est pas en état de combustion complète. "Quand le tabac pyrolyse, cela produit une myriade de composés semi-volatiles, volatiles et non-volatils, tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)" et une longue liste de composés volatiles organiques (COV), explique Jeffrey Wigand, ex-Vice Président du département de recherche durant 15 ans à Brown & Williamson Tobacco Corp, dans un rapport en 2006.

En contraste, une combustion complète se produit à très haute température. Aux environs de 1500°C pour du tabac, alors que les cigarettes atteignent en leur point le plus chaud environ 900°C. Une combustion complète s'accompagne aussi de flamme et a pour particularité d'être auto-générée. "La preuve claire d'un processus exothermique" est un des deux paramètres nécessaires pour déterminer la combustion relevés par le mémoire de Philip Morris lui-même sur l'Iqos (p.27). Or, le papier des cigarettes dites industrielles contiennent des additifs entraîneurs de combustion pour éviter qu'elles ne s'éteignent (ce que font souvent les cigarettes roulées "soi-même"). 

Des sels de nitrate ou citrate de sodium et/ou de potassium semblent utilisés pour ce rôle depuis la seconde guerre mondiale selon un document interne révélé il y a une vingtaine d'années du cigarettier Brown & Williamson. Le secret de la composition précise des cigarettes restant toujours couvert par les autorités, on ne peut pas être certain que d'autres additifs ne soient pas aussi employés à cette fin.

Smoking and charing versus vaping

En d'autres termes, réduire les cigarettes classiques allumées à un processus de combustion complète serait abusif. Or ce sont les résidus de combustion incomplète et pyrolyse qui forment les composés les plus nocifs du tabagisme, point bien connu des spécialistes sérieux sur la question. Outre les COV et HAP, la génération de monoxyde de carbone (CO) en est un élément clef. Sa présence atteste de combustion incomplète ou de pyrolyse. Le processus de dégradation des composés en absence d'oxygène produit du CO en place du CO2 dégagé en combustion complète. L'étude lausannoise confirme la présence de CO dans la fumée produite par l'Iqos. De son côté, les cadres scientifiques de Philip Morris en contestent le taux mesuré mais pas sa présence. Difficile dans ces conditions d'accorder crédit aux médias présentant l'Iqos comme produit "smokeless" sans fumée.

Le cigarettier met également en doute certaines mesures des taux relatifs de toxiques dégagés par l'Iqos comparés à ceux d'une cigarette Lucky Strike Blue Light relevées par les chercheurs universitaires. Sur les antennes de la radio RTS la 1ère le 31 mai, Aurélie Berthet, co-auteure de la recherche, reconnait que le protocole est propre à cette étude pilote. "On a utilisé une machine faite en laboratoire", explique la toxicologue de l'Institut romand de santé au travail (IST).

On peut comprendre des différences de mesures en absolu, le volume des bouffées variant probablement entre cette machine à fumer et celles utilisées par Philip Morris. Mais les taux relatifs comparés des fumées de l'Iqos et de la Lucky Strike mesurées avec une même machine ne devraient pas être faussés. Sur ce point, les raisons des divergences entre les deux parties restent obscures. Elles pourraient provenir des cigarettes utilisées, Lucky Strike Blue Light du côté des chercheurs lausannois contre la cigarette standardisée 3R4F par les tests des cigarettiers. Les suites, si elles peuvent emprunter un cours scientifique, apporteront peut-être des éclaircissements. 



Ce que l'on sait


Ce qui est clair, c'est qu'avec la même machine de test, la toxicologue n'avait pas détecté de HAP et seulement des taux non significatifs de COV, à part de propylène glycol, dans le vapotage - avec et sans nicotine ainsi qu'avec un concentré de cannabis - lors d'une précédente étude sur le "cannavaping" publiée dans Nature en mai 2016. "C'est très simple un e-liquide. Il y a de la glycérine végétale, du propylène glycol, éventuellement de la nicotine et quelques arômes. Aussi la température de chauffe de la résistance est beaucoup plus basse [que la température de l'Iqos]", précise la scientifique lors de son récent interview radio. Et le vapotage ne génère évidemment pas de pyrolyse de composés solides, sauf cas de mésusage, puisqu'on est dans un processus de vaporisation d'un liquide.


Qui a intérêt à entretenir la confusion entre vapotage et cigarette ?

L'industrie de la confusion

Une autre certitude est apparue au cours de cette petite histoire de tabagisme helvétique. Celle-ci est d'ordre plus politique que physique. C'est l'absence totale de soutien financier à l'étude des chercheurs universitaires lausannois qui ont du travailler bénévolement sur leur temps libre pour la mener. Vérifié auprès de plusieurs sources, nous pouvons certifier le refus catégorique d'accorder quelconque aide de la part du Fond de prévention du tabagisme (FPT), pourtant mandaté à promouvoir la recherche sur les deniers récoltés (de l'ordre de 14 millions Fs par an) grâce aux ventes de tabac.

En septembre dernier, la prise de position de la Commission fédérale de prévention du tabagisme (CFPT) ahurissante d'incompétence et de feignantise à l'encontre du vapotage avait déjà fait siennes les revendications du cigarettier lausannois pour une taxe anti-vapoteurs et pour imposer une censure totale au monde médical sur le sujet de la réduction des méfaits par la vape comparée au tabagisme. Philip Morris a fait de la Suisse un de ses vaisseaux amiraux, avec le Japon où la vape nicotinée est également interdite de vente par les autorités, dans sa stratégie de contre-vapotage. Flagship (vaisseau amiral), c'est d'ailleurs le nom que souhaite donné la multinationale à son futur Iqos center au Flon à Lausanne.

Cette reconquista est nécessaire à Philip Morris face à la chute de ses ventes, notamment au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, depuis 2011 sous l'impact du vapotage. Alors que le cauchemar de l'instant Kodak hante Philip Morris, le label marketing smokeless (sans fumée) de l'Iqos est une arme commerciale et un moyen d'être adoubé par la Food and Drug Administration (FDA) américaine. Tandis que sa réglementation va exclure la quasi totalité des produits de vape indépendants aux Etats-Unis (si la réglementation reste en l'état). L'enjeu dépasse donc le seul tabagisme suisse.

Doute fédéral

Ce refus de la part de la CFPT de délivrer les moyens financiers à une étude indépendante sur l'Iqos est un nouvel épisode de l'attitude pour le moins étrange des autorités sanitaires helvétiques. Elle jette une fois encore le trouble sur les véritables motivations des organismes fédéraux. Des agissements sur lesquels les Jeunes Verts, vue leur proximité avec certains personnages clefs, auraient peut-être pu nous éclairer dans leur communiqué? Doit-on encore s'étonner de la duplicité d'autorités ayant interdit la vente des liquides de vapotage nicotinés tout en laissant en vente libre, même aux gosses dans certains cantons, des cigarettes de toutes sortes? De quoi semer le doute et entretenir la confusion dans le public au lieu de l'informer clairement sur le moyen au risque drastiquement réduit du vapotage pour sortir et éviter le tabagisme.


mardi 23 mai 2017

[2 ans après] La fumée de l'Iqos plus toxique qu'annoncée selon des chercheurs lausannois


[edité détails & coquilles]
Une "research-letter" de chercheurs lausannois publiée hier dans le JAMA- Internal Medecine apparenté au Journal of American Medical Association relève des taux de toxiques dans la fumée de l'Iqos nettement plus élevés que ceux annoncés par Philip Morris. La cigarette de tabac prétendument chauffée dégage, selon les mesures faites à l'Institut de santé au travail (IST), l'équivalent de 82% de l'acroléine d'une Lucky Strike Blue Light prise en comparaison. D'autres aldéhydes étaient fortement présents dans les fumées capturées puis analysées. L'Iqos dégagerait l'équivalent de 74% du formaldéhyde et 50% du benzaldéhyde de ce qui se trouve dans la fumée de la Lucky. Et même près de trois fois plus d'acenaphtlène, un goudron. "La fumée émise par l'Iqos contient des éléments de pyrolyse et de dégradation thermogénique qui sont les mêmes constituants nocifs que la fumée de cigarette conventionnelle", explique l'article signé d'une équipe menée par le Pr Reto Auer, de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne (PMU).

L'article suggère que ces dégagements pourraient s'expliquer par une combustion incomplète, autrement dit une pyrolyse, du tabac des cigarettes. "Des composés organiques volatiles (COV), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et du monoxyde de carbone (CO) étaient présents dans la fumée de l'Iqos. La température de l'Iqos est plus basse (330°C) que celle de la cigarette conventionnelle (684°C). La fumée de l'Iqos avait 84% de la teneur en nicotine de la fumée de la cigarette conventionnelle", précise le papier dans Jama. En réaction, le cigarettier Philip Morris s'est montré "très surpris" de ces résultats dans les colonnes du journal lausannois 24 Heures. "PMI se propose de discuter l'étude en question - ses résultats et sa méthodologie - avec les auteurs", conclue le quotidien vaudois.

Une question vieille de deux ans 

A la sortie de l'Iqos en septembre 2015, j'avais été le seul à mettre en doute le message marketing de la firme vaudoise, repris dans tous les médias suisses, affirmant une réduction de 90% des risques avec l'Iqos par rapport à une cigarette type. Cela avait valu au quotidien le Courrier, qui m'avait publié, un appel plutôt menaçant du service juridique de la multinationale. L'affaire s'était soldée par la publication d'une réponse de Moira Gilchrist, scientifique de Philip Morris, que j'avais trouvé peu convaincante. Les autorités sanitaires n'avaient pas jugé bon de s'y intéresser. La cigarette Iqos est l'arme dégainée depuis deux ans par Philip Morris pour contrer le vapotage à la technologie radicalement différente sans tabac ni combustion. 

Autorisant sans soucis l'Iqos, les services du Conseiller fédéral Alain Berset interdisent par contre la vente en Suisse de vapotage nicotiné malgré les rapports scientifiques internationaux assurant sa forte réduction des méfaits sur la base de centaines d'études. A l'inverse de la politique du Conseiller fédéral socialiste, le Ministère néo-zélandais de la santé résiste actuellement aux tentatives de Philip Morris de profiter de l'interdiction des liquides nicotinés à vapoter alors que les kiwis préparent une nouvelle politique intégrant la réduction des méfaits en concertation avec les parties prenantes, dont les usagers du vapotage.


23-05-2017 à 10 h : correction d'une erreur de typo , merci à Fabien pour le signalement ;)
24-05-2017 à 11h30 : correction d'une erreur sur le statut de la publication et le nom précis du journal, suite à une remarque du Pr Reto Auer ;)