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jeudi 14 mai 2020

Analyse du tabagisme adolescent américain sur 20 ans: la vape détourne des jeunes de la cigarette

Une nouvelle analyse, parue dans la revue Addiction le 25 avril, montre que l’apparition du vapotage aux États-Unis a favorisé la chute du tabagisme adolescent. Entre 1999 et 2018, le taux de tabagisme établi des 12 à 17 ans américains est passé de 12 % à moins de 1 %. L’apparition du vapotage autour de 2009 a accéléré la chute du tabagisme adolescent, un phénomène qui écarte la possibilité d’un effet de passerelle du vapotage vers le tabagisme. Mais la Dre Arielle Selya et Floe Foxon, de l’institut Sandord Research, vont plus loin en ayant calculé la courbe contre-factuelle de l’évolution du tabagisme adolescent si la vape n’était pas apparue. Leur analyse montre que, sans la vape, autour de 2,5 % des adolescents américains de plus seraient fumeurs établis.

L’usage établi comme critère d’inclusion

Les deux chercheurs universitaires se sont appuyées sur les données de 1999 à 2018 de l’enquête annuelle nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), qui ont interrogé de 12 500 à 31 000 jeunes de 12 à 17 ans chaque année. Ils ont pris en compte les jeunes qui avaient fumé au moins 100 cigarettes ou vapoté au moins 100 jours dans leur vie. Ce choix de critère « est motivé par le fait que l’usage établi, plutôt que l’initiation ou expérimentation ponctuelle, est pertinent pour les risques sanitaires au niveau de la population », expliquent les auteurs. 

Ils se démarquent ainsi des études prenant en compte toute utilisation, même d’une seule taffe. Prendre en compte l’exposition cumulative à vie a aussi permis aux chercheuses de contourner une erreur du questionnaire aux adolescents concernant leur expérimentation du vapotage, qui n’a été corrigée qu’en 2014.

L’écroulement du tabagisme adolescent

À partir de ces données, la Dre Arielle Selya et Floe Foxon ont analysé les taux de fumeurs, vapoteurs et double-usagers (à la fois fumeurs et vapoteurs) au fil des années depuis 1999. Traçant ainsi leurs évolutions à travers une courbe tendancielle. Le tabagisme établi a fortement diminué chez les adolescents américains au cours des deux décennies. L’apparition du vapotage autour de 2009 a progressé au fil du temps, ainsi que le double-usage cigarettes et vape.


Le détournement de la cigarette par le vapotage est en soi un bénéfice de santé publique, par la diminution du risque individuel estimée à au moins 95 % par le Royal College of Physicians britannique et le Public Health England. Les auteurs soulignent également qu’en additionnant les différentes consommations établies, le total des consommateurs de nicotine a continué de baisser après l’arrivée du vapotage. « L’introduction du vapotage n’apparaît pas avoir provoqué de changement de tendance de la prévalence totale des consommateurs de nicotine », soulignent la Dre Arielle Selya et Floe Foxon.
« L’examen de la consommation de nicotine des adolescents montre que l’apparition du vapotage ne semble pas avoir augmenté la prévalence totale des adolescents consommateurs de nicotine, ni servi de passerelle vers la consommation de cigarettes. En fait, les résultats sont plus cohérents avec un effet de détournement des adolescents de la consommation de cigarettes par le vapotage », résument les deux chercheuses. 

Que ce serait-il passé sans la vape ?

Leur analyse contre-factuelle montre que, si la vape n’était pas apparue, de 0,5 % à 4,5 % de l’ensemble des 12 à 17 ans américains supplémentaires seraient devenus fumeurs établis par rapport au taux de fumeurs, y compris les doubles-usagers, dans la situation actuelle avec la vape. 


Une initiation au vapotage près de deux ans après celle du tabagisme

Les chercheurs ont également analysé les évolutions de l’âge d’initiation des différents usages. « Des études antérieures ont montré qu’une initiation plus jeune est un facteur de risque de consommation ultérieure de nicotine », précisent-ils. Depuis l’apparition du vapotage, l’âge d’initiation aux cigarettes (fumées) a augmenté, passant d’une première cigarette dans la 11e année à une première expérience dans la 12e. La première initiation au vapotage se situe en moyenne plus tard, au cours de la 13e année. Cet âge moyen ne semble pas avoir évolué. 

Par contre, l’entrée en double-usage s’est abaissée au fil des années. L’interprétation a donner à cette évolution n’est pas discutée par les auteures. On peut imaginer que les jeunes ont intégré de tenter de passer au vapotage pour se défaire du tabagisme plus tôt, ou dans une approche négative, que la consommation des deux produits devient courante plus jeune. Des enquêtes qualitatives pourraient aider à explorer la question.
« Le marketing du vapotage ne semble pas avoir abaissé l’âge de la première exposition à la nicotine des jeunes adolescents. Toutefois, l’âge de l’initiation au double usage tend à un certain déclin, tout en restant à un âge nettement plus élevé que celle aux cigarettes. Ce point demande une étude plus approfondie avec les données à venir », synthétisent la Dre Arielle Selya et Floe Foxon.

Un effet de détournement connu et confirmé, mais tabou

La démonstration du phénomène de la réduction accélérée du tabagisme sous l’impact du vapotage n’est pas à proprement nouvelle. Notamment aux États-Unis, le Pr David Levy, de l’Université de Georgetown (Washington, USA) avait montré une accélération par trois de la chute du tabagisme adolescent dans une étude que nous avions relatée en 2018, et qu’il a présentée au Sommet de la vape 2019 à Paris dont la vidéo (20 min) est en accès libre en anglais et en version doublée en français.

Un point fort de la nouvelle étude de la Dre Arielle Selya et Floe Foxon, en plus du nombre d’années prises en compte dans l’évaluation, est de présenter le calcul de la situation contre-factuelle. Cette projection réduit de facto à néant les études biaisées prétendant illustrer la théorie fumeuse de l’effet passerelle vers le tabagisme du vapotage.

Le point aveugle du poids réglementaire

Un point faible de l’étude est la mise sur le côté de l’influence des réglementations. Sur le vapotage notamment, les États ont suivi des politiques différentes. L’interdiction de vente des produits de vapotage aux mineurs est entrée en vigueur au niveau fédéral en 2016. La réglementation de la publicité varie entre les États et parfois même au sein de ceux-ci. Aussi, le Family smoking prevention and tobacco control act (FSPTC) a donné autorité sur les produits du tabac à la Food and Drug Administration (FDA) en 2010. 
« Étant donné que la mise en œuvre de cette loi par la FDA a fait l’objet de critiques et que peu de recherches ont examiné son efficacité, l’effet réel du FSPTC sur la prévalence de l’usage de nicotine reste ambigu. (...) Ayant trouvé des preuves d’un possible effet de détournement en utilisant la modélisation des tendances contre-factuelles, de futures recherches devraient examiner d’autres facteurs de confusion au niveau de la population, tels que les réglementations », précisent les chercheurs.

mardi 14 janvier 2020

Les ados français qui vapotent ont près de 40% de risques en moins de devenir fumeurs quotidiens

L'étude est extrait du suivi Escapad réalisé en 2017 par l'Observatoire Français sur les drogues et toxicomanies (OFDT) sur près de 39'000 adolescents de 17 ans. Le suivi recense 34,1% de 17 ans ayant fumé au moins une cigarette le mois précédent et 25,1% à fumer chaque jours. En regard, 16,8% ont vapoté au moins une fois dans le mois, mais seuls 1,9% vapotent quotidiennement. A l'origine de l'étude, l'interrogation inquiète sur le soi-disant "effet passerelle" du vapotage vers le tabagisme chez les jeunes. "À l'aide d'une approche de traitement pondéré de probabilité inverse (IPTW) et de données de cohortes rétrospectives, nous avons analysé si un usage quelconque d'e-cigarette a eu un impact sur la transition vers le tabagisme quotidien chez les Français de 17 ans ayant déjà fumé, en utilisant une grande enquête nationale représentative", explique le papier publié dans la revue Drug and Acohol Dependence

Le vapotage corrélé à un risque fortement réduit de devenir fumeur quotidien

Les résultats montrent que non seulement "aucune preuve d'un risque accru de transition vers le tabagisme quotidien", mais même que ce risque est significativement réduit. Parmi les plus de 23'000 qui ont déjà fumé au moins une cigarette dans leur vie, les adolescents qui ont utilisé le vapotage étaient moins susceptibles de 38% que ceux qui n'ont jamais vapoté de devenir fumeur quotidien à 17 ans (Risk Ratio=0,62 - IC à 95 %). Des résultats similaires concernent les jeunes qui ont essayé le vapotage avant toute cigarette (RR=0,76 IC à 95 %). Les chercheurs se sont concentrés sur la recherche d'un éventuel rôle passerelle du vapotage vers le tabagisme. Pour conclure à son absence en France.

Les chercheurs évoquent des pistes de différences entre la France et les Etats-Unis pour expliquer la différence de résultats entre leur étude et celles prises en compte par la méta-analyse de Soneji et coll. Une considération sur les biais méthodologiques des études américaines, qui corrigent leurs données par des facteurs sans prendre en compte le principal, à savoir le tabagisme des proches, aurait probablement permis d'économiser cette partie du texte. 

Concurrence, évitement, substitution

Parmi les plus de 7'000 jeunes fumeurs quotidiens qui ont essayé le vapotage, "40,2 % (n=2'870) l'ont essayé après la transition au tabagisme quotidien", tandis que "27,2 % (n=1'882) avant et 32,7 % (n=2'302) la même année", précisent les chercheurs, dont Stanislas Spilka de l'OFDT qui avait évoqué en primeur, mais sans rentrer dans les détails, cette étude lors de sa présentation au Sommet de la vape le 14 octobre à Paris. Des proportions qui laissent ouverte la possibilité de rôles distincts entre évitement avant ou en même temps que le passage à la cigarette, mais aussi des tentatives de substitution, comme il est connu et fréquent chez les fumeurs adultes.

Même si les chercheurs contournent le sujet, les résultats de cette étude financée par la Ligue contre le cancer française nourrissent l'hypothèse d'un effet de "concurrence", si ce n'est de rempart, du vapotage contre le tabagisme adolescent. L'hypothèse a déjà été évoquée par le Pr Bertrand Dautzenberg sur la base du suivi Paris Sans Tabac. Cet effet pourrait expliquer la chute sans précédent du tabagisme adolescent dans les pays où le vapotage s'est développé. Notamment aux Etats-Unis, comme l'a présenté, aussi au Sommet de la vape, le Pr David Levy de l'Université de Georgetown (Washington, USA). Ces résultats correspondent également aux constats britanniques, notamment ceux issus du suivi le plus important de jeunes au monde, qui montrent une baisse accélérée du tabagisme des jeunes sous l'impact du vapotage.

A Genève, le principe de précaution en faveur du tabagisme

Malgré ma tentative d'explication en Commission (voir p.11 à 20 + annexes 2 et 3 du mémorandum), à la fin de la semaine le Grand Conseil genevois va, selon toute probabilité, promulguer au nom de la protection des jeunes, l'interdiction du vapotage dans tout lieu public, y compris les magasins, et de la vente de tout produit de vapotage, y compris sans nicotine, aux mineurs. De quoi prolonger d'au moins quelques années le tabagisme, actuellement à un niveau similaire à la France avec un quart des adolescents qui fument, dans la population genevoise. Par "principe de précaution" et pour le plaisir des cigarettiers et de l'industrie pharmaceutique. Mais au nom de la protection des jeunes, évidemment...


vendredi 11 octobre 2019

Vu à FranceTV: Jérôme Salomon de la DGS sait-il lire une statistique sur les jeunes et la vape?

Hier, dans l'émission Allô Docteur sur France TV, un sujet sur le vapotage où intervient Jérôme Salomon, directeur de la Direction Générale à la Santé (DGS). Passons les multiples imprécisions et flous peu artistiques du traitement du sujet...* Après 1mn 06 sec, Jérôme Salomon sort une énormité en insistant: "On a un lycéen sur deux qui a testé, et on a un lycéen sur six, en France ça explose, qui vapote tous les jours". Sauf, qu'aucune donnée ne permet d'affirmer qu'il y a 15% de lycéens vapoteurs au quotidien en France. 

Les données 2018, publiées en juin dernier, par l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) ont mesuré que 16,6% des lycéens déclarent avoir vapoté une fois ou plus dans le mois précédent l'enquête. Ce n'est pas du tout synonyme d'usage au quotidien. L'enquête Enclass de l'OFDT ne s'est malheureusement pas intéressé à l'usage au quotidien des lycéens. Jérôme Salomon ne peut donc pas sur la base de ces données affirmer que le vapotage au quotidien "explose" chez les lycéens français.

50% > 23% > 3,6%

Contrairement à l'OFDT, l'étude, que nous avions chroniqué en détail, sur 1'435 élèves de seconde à Saint-Etienne, publiée en mars 2019 dans la Revue des maladies respiratoires, montre le décalage entre ces niveaux d'usages différents:
  • 50,3% ont expérimenté le vapotage ; 
  • 23,6% l'ont utilisé dans le mois précédent l'enquête;
  • 3,6% vapotent au quotidien
Les données stéphanoises sur l'expérimentation et l'usage dans le mois précédent sont légèrement supérieures à celles nationales de l'OFDT. De quoi plutôt supposer que si les services du ministère de la santé prenaient la peine de mesurer l'usage au quotidien au niveau national, il pourrait être aussi légèrement inférieur aux 3,6% des lycéens de seconde de Saint-Etienne. Les études dans d'autres pays, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis par exemple, montrent aussi un grand écart entre l'usage déclaré dans le mois précédent et l'usage fréquent de vapotage chez les jeunes.

Où est la nicotine?

Le commentaire de France TV affirme que "beaucoup de lycéens  tombent dans la dépendance à la nicotine" par le vapotage. Or c'est une autre lacune du suivi national. L'usage ou non de nicotine dans les liquides vapotés par les jeunes n'y est pas mesuré. Là aussi, l'enquête stéphanoise est plus sérieuse:  parmi les 6,3% d'adolescents vapoteurs non-fumeurs actuels, 13,4% d'entre eux déclarent utiliser des liquides nicotinés, soit 0,8% de l'ensemble des adolescents de l'étude. Même si ce résultat reste opaque en raison d'une majorité (56,4%) de jeunes déclarant ne pas savoir.

Enfin, pour affirmer la création d'une dépendance à la nicotine par le vapotage, il faut s'assurer que cette dépendance n'est pas installée auparavant par le tabagisme. L'enquête de Saint-Etienne confirme aussi que très peu des ados ne sont devenus fumeurs après avoir d'abord essayé le vapotage. "A l'inverse, les élèves qui avaient une consommation de tabac préexistante à leur initiation au vapotage déclaraient pour les deux-tiers d'entre eux qu'ils avaient réduit, voire arrêté, leur consommation de tabac depuis qu'ils vapotaient", précisent les chercheurs, dont le référent est Jérémie Pourchez, de l'école des Mines de Saint-Etienne.

Il est regrettable que Jérôme Salomon, directeur de la DGS ne prenne pas le temps de s'informer sérieusement sur le sujet, en particulier avant de s'exprimer sur un média national. Il aurait probablement gagné à venir au Sommet de la Vape qui abordera entre autre ces sujets lundi prochain à Paris

* Pas le courage de reprendre toutes les bêtises du  sujet...

jeudi 3 octobre 2019

Une analyse invalide la thèse d'une épidémie de dépendance à la nicotine chez les lycéens américains

C'est le prétexte aux projets d'interdiction d'arômes, de prohibition totale et aux taxes contre le vapotage. Mais c'est un prétexte sans fondement. La peur entretenue d'une épidémie de dépendance à la nicotine à cause du vapotage chez les lycéens américains se révèle creuse à l'analyse. A partir des données de l'enquête nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), une équipe de chercheurs de renommée mondiale montre que moins de 1% des jeunes non-fumeurs ont utilisé fréquemment des produits de vapotage en 2018. "Les données de l'enquête NYTS ne corroborent pas l'affirmation selon laquelle une nouvelle épidémie de dépendance à la nicotine serait liée à l'utilisation du vapotage, pas plus qu'elles ne soutiennent une inquiétude de voir le recul du tabagisme chez les jeunes se résorber après des années de progrès", concluent les Pr Martin Jarvis, Robert West et Jamie Brown de l'University College of London. 

Publiée sur la plateforme d'open-science Qeios, l'analyse a repris les données brutes de l'enquête NYTS de 2018 rendues accessibles seulement en mars 2019, en les recoupant avec les données des années précédentes (de 2014 à 2017) pour vérifier les antécédents d'usages des différents produits nicotinés. L'expérimentation a augmenté en 2018 et 20,8% des lycéens ont déclaré avoir vapoté le mois précédent l'enquête mais seulement un quart de ces utilisateurs ont vapoté de manière fréquente. Tandis que 61,8% d'entre eux n'ont fait qu'essayer moins de 10 fois dans leur vie de tirer sur une vaporette.

Utilisation fréquente essentiellement chez des jeunes déjà fumeurs

"Notre analyse des données de NYTS de 2018 et des années précédentes montre une forte association entre la consommation de produits du tabac et le vapotage au cours de la vie: en 2018, les lycéens qui avaient fumé plus de 100 cigarettes au cours de leur vie étaient environ 27 fois plus susceptibles d'avoir vapoté au cours des 30 derniers jours par rapport aux étudiants qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac. L'utilisation de cigarettes électroniques au moins 20 jours au cours du dernier mois n'a été observée que chez 1,0% de ceux qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac en 2018", énumère l'équipe d'épidémiologues.

"Parmi les lycéens, nous avons constaté que, pour la grande majorité de ceux qui avaient déjà fumé, les cigarettes ont été le premier produit de tabac essayé, avant toute utilisation de vapotage. Il est clair que pour ces étudiants, leur consommation de cigarettes et le développement d’une dépendance caractéristique à la nicotine doivent être attribués à la consommation de cigarettes, plutôt qu’au vapotage", précisent les chercheurs. En version courte, le vapotage n'a pas inventé le tabagisme adolescent. Au contraire, la chute du tabagisme des lycéens américains se poursuit, étant passé de 28,5% en 1999 à 8,1% en 2018. "Le déclin rapide observé des essais de produits combustibles et de la prévalence de l'usage de la cigarette depuis 1999 n'a donné aucun signe de renversement depuis l'essor de l'utilisation de la vape en 2011".

Signes de dépendance rares chez les vapoteurs

"Les symptômes de dépendance étaient rares chez les étudiants qui utilisaient le vapotage sans avoir utilisé d'autres produits du tabac", synthétise l'étude. 3,8% des vapoteurs exclusifs ont déclaré sentir du manque, contre 74,5% des fumeurs. Par ailleurs, la catégorisation controversée du vapotage comme produit de tabac par les autorités américaines ne remporte pas l'adhésion de tous les lycéens. La moitié des vapoteurs exclusifs nient avoir consommé un produit de tabac. "À tout le moins, cela suggère que leur image de soi n'est pas celle d'un consommateur de produits de tabac. Cette perception du vapotage comme quelque chose de différent et distinct du tabac pourrait servir à réduire leurs chances de devenir consommateurs de produits de tabac conventionnels", souligne l'équipe menée par le Pr Jarvis.

Un gouffre béant entre les données et la communication

L'étude se conclut avec une touche de diplomatie très britannique. "Le présent document n’est pas destiné à remettre en cause l’orientation actuelle de la politique de la FDA en matière de réglementation du vapotage. Ce serait présomptueux de notre part. Nous avons plutôt cherché à examiner les preuves présentées pour appuyer les nouvelles initiatives réglementaires. Nous trouvons un gouffre béant entre la vision d’une épidémie d’usages de vapotage menaçant d’engouffrer une nouvelle génération dans la dépendance à la nicotine et la réalité des preuves contenues dans l'enquête NYTS". 

Les médias donneront-ils autant de couverture à cette analyse qu'aux déclarations de Scott Gottlieb sur cette enquête en décembre? L'ex-Commissaire de la FDA, depuis passé au Conseil d'administration du géant pharmaceutique Pfizer, avait alors parlé d'une inquiétante épidémie de vapotage chez les jeunes qui risquait d'entraîner une génération dans la dépendance à la nicotine. L'onde de choc de l'annonce a permis des mesures réglementaires contre le vapotage. Cette nouvelle analyse, qui confirme les chiffres et les tendances analysés d'autres études notamment celle sur les données de 2015, devrait remettre en cause ces décisions. Mais on peut en douter...



jeudi 20 juin 2019

Etude: 65,3% des fumeurs de 15-16 ans passés à la vape ont réduit ou stoppé les cigarettes

La vape "chez les adolescents non-fumeurs ne semble pas constituer un mode d'entrée majeur dans le tabagisme à l'âge spécifique de 15-16 ans", souligne une étude publiée cette semaine dans la Revue des Maladies Respiratoires*. La moitié des 1435 élèves de seconde stéphanois interrogés ont essayé le vapotage, mais seuls 3,6% vapotent au quotidien. Concernant le tabagisme, également la moitié de ces jeunes de 15-16 ans ont essayé une cigarette, mais 9,4% fument chaque jour. L'enquête d'une équipe de chercheurs pluridisciplinaires de Saint-Etienne confirme aussi que très peu des ados ne sont devenus fumeurs après avoir d'abord essayé le vapotage. "A l'inverse, les élèves qui avaient une consommation de tabac préexistante à leur initiation au vapotage déclaraient pour les deux-tiers d'entre eux qu'ils avaient réduit, voire arrêté, leur consommation de tabac depuis qu'ils vapotaient", précisent les chercheurs, dont le référent est Jérémie Pourchez, de l'école des Mines de Saint-Etienne.

Initiation au tabagisme au collège, essai du vapotage au lycée

"Concernant le cas particulier des élèves qui sont à la fois vapoteurs et fumeurs, les résultats de l'enquête en matière de prévalence temporelle entre tabagisme et vapotage indiquent que les adolescents ont plutôt tendance à débuter par un usage du tabac, qui s'est ensuite transformé en un usage dual des produits de tabac fumé et du vapotage", soulignent les chercheurs. Ce constat est cohérent avec d'autres enquêtes françaises montrant que l'initiation aux cigarettes se situe au collège, tandis que l'expérimentation du vapotage se passe plus tard au lycée.

Objet parmi d'autres objectifs de la recherche, la fameuse 'théorie de la passerelle' ne se voit donc de nouveau pas confirmée. "Parmi les 229 élèves qui n'avaient jamais fumé avant de vapoter, uniquement 15,7% (soit 36 élèves [ndr. 2,5% du panel total des élèves]) déclarent au jour de l'enquête consommer [ndr. au moins occasionnellement] du tabac fumé", relève l'enquête. Tandis que le taux de conversion de l'expérimentation du tabac (avant, après ou sans avoir essayé le vapotage) atteint 56%, soit plus de 3,5 fois plus. De quoi inviter les chercheurs à évaluer à l'avenir l'hypothèse inverse, à savoir un possible effet préventif du vapotage contre le tabagisme chez les jeunes.

Les ratios de risques corrigés par d'autres facteurs prévalant au tabagisme ne sont pas présentés dans l'étude. Celle-ci précise d'ailleurs qu'étant transversale, elle ne peut définitivement "réfuter l'existence potentielle de l'effet passerelle" dans la suite du parcours de vie des élèves. Evidemment, tout peut toujours arriver, surtout à 16 ans. Cependant, les chercheurs insistent sur la mise en lumière d'un facteur confondant de première importance étrangement ignoré par les études américaines militant pour la théorie de 'l'effet passerelle'.

Les usages des proches: le facteur confondant ignoré des études américaines


L'analyse des questionnaires des élèves stéphanois met en relief un élément majeur: les usages des proches. "Nous constatons que leurs usages sont très fortement influencés par l'entourage des adolescents (amis, famille) avec un risque multiplié par huit quand plusieurs personnes de l'entourage fument par rapport à un jeune dont aucun des membres de l'entourage ne fume. Étonnamment, à notre connaissance aucune étude dans la littérature n'avait recherché spécifiquement ce facteur de risque", note l'étude. En clair, les chercheurs pointent ici une énorme lacune des études américaines prétendant documenter l'effet passerelle. 

En occultant le facteur, que cette recherche montre extrêmement influent, du tabagisme des parents et amis, les études américaines sur les ratio de risques du tabagisme des jeunes lié au vapotage ont manifestement biaisé leurs calculs. Faut-il rappeler que le vapotage n'a pas inventé le tabagisme adolescent? Tenir compte des facteurs psycho-sociaux prévalant au tabagisme, parait incontournable pour les études qui cherchent à déterminer l'impact du vapotage sur le tabagisme des ados.

Le bien-fondé de "l'effet passerelle" s'écroule aussi vite que le taux de tabagisme des ados

Pour préciser la problématique par une analogie, on pourrait montrer une corrélation entre avoir fait du vélo à l'adolescence et devenir automobiliste. Mais avant de conclure à la nécessité d'interdire le vélo aux ados pour réduire la pollution de l'air ou les embouteillages, vérifier des caractéristiques des automobilistes telles que par exemple la distance entre leur habitat et leur lieux de travail, éventuellement corrélée à la qualité du réseau de transport public, pourrait montrer que le cyclisme adolescent n'est pas un facteur de risque pertinent sur le sujet. Bien que le vélo soit un moyen de consommer du déplacement tout comme les voitures.

En somme, les résultats de l'enquête stéphanoise non seulement ne valide pas d'effet passerelle, au moins sur les élèves jusqu'à 16 ans, mais montre clairement un biais majeur des études adhérant à cette théorie. Le bien-fondé de l'effet passerelle semble s'écrouler aussi vite que les taux de tabagisme dans les pays concernés par le vapotage. En outre, la mise en lumière du phénomène peut donner à penser qu'une des manières les plus efficaces de protéger les jeunes pourrait être d'aider les parents à sortir du tabagisme, en place d'entraver cette sortie au prétexte de protection des jeunes.

Existe t-il un problème d'information des jeunes ?

Parmi les 6,3% d'adolescents vapoteurs non-fumeurs actuels, 13,4% d'entre eux déclarent utiliser des liquides nicotinés, soit 0,8% de l'ensemble des adolescents de l'étude. Les auteurs soulignent qu'une majorité (56,4%) déclare ne pas savoir. On peut supposer l'absence de nicotine pour la plupart de ceux-ci étant donné ses effets gustatif et psychoactif remarquables. 

Mais ce défaut de connaissance des jeunes interroge. On peut se demander si les avertissements anti-nicotine abusivement imposés sur des produits de vapotage qui n'en contiennent pas, n'ont pas brouillé la compréhension de ceux qui devraient être la cible principale de l'information. A voir ces avertissements exagérément alarmistes partout, ils semblent ne plus rien signifier.

L'interdiction de vapotage aux jeunes semble surtout leur interdire l'accès à l'information

Une autre raison à cette méconnaissance pourrait le faible niveau d'encadrement du vapotage des mineurs. Selon les réponses à l'enquête, 59,2% se sont procurés leur produits de vapotage par des amis et 5% chez un buraliste, et seulement 9,2% par la famille et 12,2% par un magasin spécialisé. Les auteurs regrettent que "la loi n'est pas toujours respectée concernant l'interdiction de vente aux mineurs des produits du tabac et du vapotage"

Il nous semble que les données de leur enquête auraient plutôt du amener les chercheurs à soulever la question d'un possible effet de mésinformation des jeunes par cette interdiction sur le produit de réduction des risques. L'enquête n'a pas sonder ceux-ci sur leur perception et leur information sur la réduction des risques. Alors que les chercheurs soulignent que "seul l'usage exclusif du vapotage est recommandé pour permettre une réduction significative des risques pour la santé [ndr. par rapport à fumer]", le niveau d'information des élèves mériterait attention.

Curiosité, sociabilité et dépression

Par contre, l'enquête a questionné les adolescents sur leurs motifs de consommer des produits de tabac ou de vapotage. Au niveau subjectif, la curiosité est la principale raison invoquée par les adolescents pour essayer les produits, à la fois de tabac et de vapotage, avant des motifs de sociabilité. "Une autre raison souvent invoquée par les adolescents interrogés est la lutte contre différentes émotions négatives, avec des réponses parfois extrêmement violentes: "ça ne me fait pas péter un câble quand ma vie est pourrie", "dépression", "pour trouver une autre solution que de se tailler les veines" ", rapportent les chercheurs. 

Concernant spécifiquement le vapotage, les jeunes se rapportent plus souvent à l'aspect ludique, notamment des 'tricks' - dans ce que la chercheuse Fiona Measham a nommé la vortex subculture -,"mais également le besoin de diminuer la consommation de tabac"

Cependant, les auteurs signalent la tendance des jeunes aux Etats-Unis de passer des 'box', plutôt orientées pour faire des nuages et des figures souvent sans nicotine, aux 'pods', petits dispositifs plus orientés vers la prise de nicotine souvent sous forme de sels. Cette évolution a démarré en 2016 au moment de l'interdiction nationale de vente des produits de vape aux mineurs, les envoyant vers des sources moins regardantes, moins informantes et avec un choix restreint aux pods nicotinés.

L'étude 2019 est lancée chez les élèves de toute la Loire

La question des différents types de vape utilisés, ainsi que de mesurer une éventuelle apparition des cigarettes chauffées, va être dans la mire de la suite des travaux stéphanois. "Il sera d'une grande importance de poursuivre ce type d'étude dans les prochaines années afin de décrire l'évolution de l'usage du vapotage par les jeunes français", estiment les chercheurs. Jérémie Pourchez nous a confirmé que l'enquête 2019 est lancée en étant élargie à l'ensemble du département de la Loire recueillant les questionnaires de près de 6'000 élèves de seconde ligériens. 

En 2020, le chercheur compte étendre l'enquête à tout le rectorat de Lyon, "tout en y incorporant un travail qualitatif d'entretiens sur les trajectoires d'usage". Osons suggérer qu'au moment où l'organisation anti-tabac anglaise Action on Smoking and Health (ASH) s'alarme de la dégradation de l'information des jeunes sur les risques relatifs entre cigarettes et vapotage, un module sur cette perception par les élèves de seconde pourrait enrichir ce travail intéressant.

Quelques chiffres issus de l'étude

  • 50,3% ont essayé de vapoter et 50,4% ont fumé au moins une fois
  • L'usage occasionnel concerne un quart des 15-16 ans: 23,6% de vapoteurs occasionnels et 28,2% de fumeurs occasionnels 
  • Mais l'utilisation au quotidien diffèrent significativement entre les deux produits: 3,6% des élèves vapotent au quotidien contre 9,4% qui fument chaque jour 
  • Globalement, 56% des 15-16 ans stéphanois qui ont essayé une cigarette sont devenus fumeurs occasionnels ou quotidien, contre 15,7% de ceux qui ont essayé le vapotage en premier 
  • Une majorité des usagers occasionnels ou quotidien sont à la fois fumeurs et vapoteurs, double-usage qui concerne 17,6% de l'ensemble des jeunes enquêtés 
  • 0,8% des 15-16 ans vapotent avec nicotine sans être actuellement fumeur (13,4% vapotent avec nicotine parmi les 6,3% vapoteurs non-fumeurs) 
* Relations entre vapotage et tabagisme chez les adolescents en classe de seconde. Résultats d’une étude observationnelle descriptive transversale et monocentrique menée dans l’agglomération stéphanoise ; C. Denis-Vatant (CHU Saint-Étienne), C. Merieux (CHU Saint-Étienne), L. Leclerc (Mines Saint-Étienne), H. Duc (Mines Saint-Étienne), C. Berton (Mines Saint-Étienne), R. Jarrige (Mines Saint-Étienne), M. Nekaa (Direction des services départementaux de l’Éducation nationale Loire)d, e, J.-M. Vergnon (CHU Saint-Étienne), J. Pourchez (Mines Saint-Étienne) ; Revue des Maladies Respiratoires juin 2019 ; Doi : 10.1016/j.rmr.2019.04.002


lundi 17 juin 2019

Les éditocrates romands jouent la carte de l'obscurantisme anti-science pour faire douter du vapotage



Étranges redondances. A quelques jours d'intervalle, deux éditorialistes romands ont utilisé quasiment le même élément de langage. "Le problème, c’est que personne n’est aujour­d’hui capable de le confirmer avec certitude", assénait Patrick Monay, chef de rubrique, dans 24 Heures le 3 juin. Ce samedi, c'est Stéphane Benoit-Godet, le rédac-chef du Temps qui fait écho: "Problème, cette affirmation n’est pas prouvée". Tous deux écartent ainsi le fait que vapoter réduit les risques par rapport à fumer. La répétition de cet énorme mensonge, de manière aussi similaire, est troublante. 

Un mensonge certain

Troublant parce qu'en premier lieu, la réduction des risques grâce au vapotage par rapport aux cigarettes est un fait de science. La nier est au mieux de l'obscurantisme. La marge d'incertitude actuelle est l'ordre de magnitude de cette réduction des risques. De manière précautionneuse, le Public Health England et le Royal College of Physicians (UK) ont donné une fourchette de réduction des risques d'au moins 95%. Pour rappel, le Royal College of Physicians (UK) est historiquement le premier organisme de santé au monde a avoir eu le courage et la rigueur de dénoncer l'impact sanitaire catastrophique du tabagisme en 1962. 

Mais même au pays de Trump et du cowboy Marlboro, l'Académie Nationale des Sciences et de Médecine (NASEM), qui s'est concentrée sur l'angle du risque du vapotage en écartant son potentiel bénéfice pour réduire le tabagisme, a reconnu la réduction manifeste des risques pour l'usager, dans un rapport l'an passé. Rapport cependant de médiocre qualité ressemblant plus à un brouillon mal dégrossi qu'à un rapport scientifique abouti.

Les éditocrates romands nient la science

Mieux maîtrisées, les évaluations britanniques d'une réduction d'au moins 95% du risque intègrent la part d'incertitude au niveau collectif de la diffusion du vapotage. Au niveau individuel, le fumeur qui lâche ses cigarettes pour le vapotage réduit de manière encore plus drastique les méfaits pour sa santé. L'absence dans le vapotage de monoxyde de carbone (CO) et de goudrons (TAR), deux serial-killers de la cigarette, et de milliers de toxiques produits par la fumée ne laisse aucun doute. Les toxiques restant dans le vapotage le sont à des doses beaucoup plus faibles que dans les cigarettes. (voir appendice en fin d'article)

Les fabricants de doute et de peur 

Bref, croire à l'absence de connaissance sur la réduction des risques du vapotage par rapport au tabagisme est aujourd'hui de l'ordre de la superstition. Produire du doute contre les études scientifiques pour maintenir les fumeurs dans le tabagisme est une vieille stratégie. On le sait, les 61% de fumeurs en Suisse qui déclarent vouloir arrêter de fumer sont pris d'ambivalence entre ce désir et leur dépendance. Instiller le doute est extrêmement efficace pour les repousser dans le tabagisme. 

Les mêmes campagnes de dénigrement et de peur avaient parcouru la presse à l'époque contre les gommes nicotinées: hoax sur des crises cardiaques provoquées par les Nicorettes, fantasmes d'épidémies de nicotimanie chez les enfants à cause de ces chewing-gums nicotinés, accusations contre son inventeur d'être corrompu par Big Tobacco, etc. Après une décennie de guerre des Big Pharma pour empêcher les Nicorettes d'être mises sur le marché comme produits de consommation courante, GSK (distribution aux Etats-Unis) et Pfizer ont pu mettre la main à bon prix sur l'entreprise suédoise et cantonner le produit aux pharmacies (en 2006, Johnson & Johnson a racheté les parts de Pfizer).

Un des enjeux: livrer les vapoteurs à l'oligopole et aux taxes

On a jamais vraiment su qui de Big Tobacco, Big Pharma ou des anti-tabac puritains lançaient ces fausses rumeurs sur les Nicorettes. On ne peut évidemment pas écarter que les trois groupes d'intérêts ont participé à l'enfumage du public, sans avoir besoin de se concerter pour nourrir la machine à peur. Les similitudes avec le scénario actuel dans lequel prennent place les apologies obscurantistes des journaux lausannois sont frappantes. Notamment, l'enjeu de la réglementation du produit. Actuellement, la Commission santé du Conseil des Etats (CSSS-E) table sur la prochaine loi sur les produits du tabac, du cannabis et du vapotage (LPTab). L'essentiel de ses discussions, qui se poursuivront en août, concernent le vapotage.

Comme pour les Nicorettes, le dossier du vapotage a un énorme enjeu financier. Alors que les multinationales pharmaceutiques ont réussi à étrangler Leo, la firme qui a créée Nicorette, au point de récupérer l'entreprise et d'assigner le produit au statut pharmaceutique, l'enjeu des restrictions contre les vapoteurs visent avant tout à les livrer à l'oligopole cigarettier en éliminant la diversité et la pluralité actuelles des produits par des restrictions sur les produits, sur les usages et des taxes. 

La coalition des dealers et des puritains

La bienveillance, si ce n'est plus, de longue date des deux journaux lausannois envers Philip Morris, et notamment de ses cigarettes chauffées Iqos, ne fait rien pour démentir l'interprétation instrumentale de leurs récents éditos. Les publications, notamment du lobbyiste Rainer Kaelin - qui a fait censurer sur le site Infosperber les demandes sur ses liens d'intérêt financiers - , et des campagnes anti-réduction des risques provenant d'organismes liés à la pharmaceutique ou d'obédience puritaine semblent illustrer le vieux mécanisme, concerté ou non, de coalition des "baptists and bootleggers", des évangélistes et des dealers.  

A ce titre, on peut remarquer l'ironie cynique et habile du Temps d'utiliser les fantasmes de l'administration Trump sur une pseudo-épidémie de Juul chez les jeunes américains pour créer un climat favorable à des restrictions contre les vapoteurs en Suisse. Mesures qui risquent de limiter l'offre à des produits, dont la Juul a toute les chances de faire partie. 

En réalité, le vapotage a accéléré par trois l'effondrement du tabagisme des adolescents américains, passé de 20% en 2011 à 7% en 2018. Tandis que 3,6% vapotent de manière fréquente (au moins 20 jours par mois) en 2018, dont une partie sont en fait des utilisateurs de vaporisateurs pour cannabis amalgamés dans la statistique. 

En Suisse, l'effondrement du tabagisme adolescent et la part de vapoteurs fréquents occultées!

En Suisse, nombreux sont les adolescents, près de 40%, à avoir testé le vapotage, selon Addiction Suisse. Mais ont-ils pris une taffe dans leur vie ou s'agit-il d'un usage plus sérieux? Ni le nombre d'utilisateurs fréquents, ni la part d'utilisateurs avec ou sans nicotine, ne sont communiqués par Addiction Suisse. Absence de données ou volonté de ne pas les rendre publiques? Seule la fondation privée le sait. Ce qu'on peut aussi noter est qu'Addiction Suisse a passé sous silence dans sa communication la chute de 15% du nombre de fumeurs adolescents relevée par son enquête. Un chiffre gênant pour son plan de comm'?

Plus rigoureuses, les statistiques du Département de santé du canton de Bâle-ville montrent un effondrement du tabagisme régulier des adolescents, passé de 11,5% à 3% entre 2010 et 2017. Tandis qu'est apparue une large expérimentation du vapotage par 31% des jeunes, mais accompagnée d'un usage fréquent tout à fait minime avec 0,1% des lycéens interrogés. En somme, ces indicateurs invitent à considérer sérieusement l'hypothèse qu'en essayant le vapotage, un bon nombre d'adolescents évitent les cigarettes

La vague de la sortie du tabagisme en Suisse sera t-elle endiguée?

Pour trouver inquiétant ce phénomène, il faut être du camp des bénéficiaires directs ou indirects des ventes de cigarettes. Et vouloir créer un climat anxiogène propice à une réglementation autoritaire et disproportionnée. Une lame de fond de sortie massive du tabagisme parcourt la Suisse depuis l'abrogation de la prohibition abusive des liquides nicotinés par le Tribunal administratif fédéral l'an passé. Cette levée de la prohibition était l'aboutissement d'une lutte de cinq ans initiée par l'association des vapoteurs Helvetic Vape

A présent, les lobbys s'agitent et font sonner la charge par leurs médias. Face à eux, le camp de la réduction des risques n'a ni les moyens financiers ni les accès pour faire entendre sa voix. De longue date, aucune aide sérieuse n'est proposée aux fumeurs pour arrêter en Suisse. Les substituts nicotiniques sont vendus à prix d'or sans être remboursés, les organisations para-pharmaceutiques n'hésitent pas à facturer leur aide aux fumeurs.

Dans ce contexte, le vapotage chamboule toute cette économie du tabagisme en offrant un moyen efficace de s'en sortir à bon marché. Mais il y a de bonnes raisons d'être inquiet que ce mouvement de libération soit entravé, au moment où la Commission santé du Conseil des Etats (CSS-E) a demandé un rapport à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ajoutant à son agenda l'examen d'"une éventuelle imposition des cigarettes électroniques et des liquides de recharge".

Appendice: Vape et cancer

L'absence de monoxyde de carbone à elle-seule réduit drastiquement les risques cardio-vasculaires. Concernant le risque cancérigène, la méta-analyse de l'ensemble des études sur le sujet du Pr Ed Stephens conclut à un évaluation du risque cancérigène du vapotage de 0,4% par rapport aux cigarettes en l'état des connaissances en 2017. Plus récente, l'analyse du contenu résiduel de l'aérosol de vapotage après évaporation par l'équipe du Dr Scungio évalue à au moins 50'000 fois moindre le risque cancérigène du vapotage par rapport à la fumée de cigarette.

L'équipe du Dr Lion Shahab, de l'University College of London, a suivi six mois des fumeurs, des consommateurs de substituts nicotiniques et des vapoteurs: les examens sanguins et urinaires des vapoteurs présentent les plus bas taux de toxiques. Non seulement drastiquement plus faibles que ceux des fumeurs, mais même un peu moins que ceux qui utilisent des patchs ou des gommes nicotinés pharmaceutiques, pour lesquelles nous avons 40 ans de recul. Bref, les preuves scientifiques que vapoter réduit les risques par rapport à fumer sont indéniables.

lundi 29 avril 2019

Analyse: 7% des jeunes fumeurs américains auraient échappé à la cigarette sans l'interdiction de vente des produits de vape aux mineurs



Son impact est de 7% du nombre de jeunes fumeurs, soit 1,1% de l'ensemble des adolescents de 15 à 18 ans. L'interdiction fédérale de vente de vape aux mineurs entrée en vigueur en 2016 aux Etats-Unis a empêché des milliers de jeunes d'éviter d'entrer en tabagisme., selon l'analyse des statistiques publiée en janvier dernier dans la revue Health Economics. A partir des données récoltées par le Youth Risk Behavior Surveillance System (YRBS), l'analyse des chercheurs universitaires menée par le Pr Dhaval Dave, de l'Université du Massachusset, montre que "lorsqu'ils sont face aux interdiction de vente aux mineurs (MLSA) des produits de vapotage, les jeunes mineurs sont plus susceptibles de se tourner vers la cigarette (fumée), du moins jusqu'à leur majorité. Les résultats (tableau 2) suggèrent un effet d'augmentation d'environ 1,3 pp de tabagisme depuis l'adoption de l'interdiction"

"En particulier, les jeunes qui n'avaient encore jamais fumé, mais qui ont fumé leurs premières cigarettes en raison des restrictions de la MLSA sur les produits de vapotage pourraient avoir contribué à un peu plus de la moitié du surplus de tabagisme", poursuivent les auteurs Pr Dhaval Dave, Pr Bo Feng et Pr Michael Pesko. De fait, le phénomène d'un ralentissement de la chute du tabagisme adolescent en conséquence de l'interdiction d'accès aux produits de vapotage était prévisible et avait été annoncé par une étude de la Pr Abigail Friedmann, de Yale en 2015 que nous avions traité. Mais il est encore plus marqué que ce que la chercheuse en économie de la santé avait anticipé.

L'éléphant dans la chambres des régulateurs

Il est assez révélateur que l'effet concret de cette réglementation mise en oeuvre aux Etats-Unis en 2016 est l'éléphant dans la chambre des régulateurs. Le sujet est pourtant actuellement traité dans le cadre de la future loi Tabac en Suisse par les chambres parlementaires. Dans ses rapports en complément livrés à la Commission Santé du Conseils des Etats (CSSS-S) la semaine dernière, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) n'évoque à aucun moment d'évaluation de l'impact réel de cette interdiction, alors qu'il traite du vapotage des adolescents aux Etats.Unis et propose cette même mesure en Suisse. 

La ligne argumentative semble se résumer à alerter sur le soi-disant "fléau" du vapotage des jeunes aux Etats-Unis pour exiger de... faire comme les américains. Il y a là une absurdité d'argumentation tout à fait confondante. "C'est une catastrophe, ne réfléchissons pas, faisons donc pareil". Probablement sera t-il encore temps par la suite d'ajouter une erreur supplémentaire en la justifiant de l'échec des premières mesures. L'histoire des guerres aux drogues du 20ème siècle ont été une longue suite de "Big Plan" s'auto-justifiant de leur inefficacité sanguinaire pour se poursuivre... La matrice idéologique contre le vapotage se répète. A l'image de la pseudo-théorie de la passerelle, inventée par Denise Kandel en 1971 contre les consommateurs de cannabis et réinventée par la même Denise Kandel en 2014 contre les vapoteurs.

vendredi 29 mars 2019

Grégoire Vittoz d'Addiction Suisse est un menteur

Les crapules s'inquiètent et s'agitent. La chute des ventes de cigarettes en Suisse n'a pas encore été annoncée officiellement. Mais depuis la décision du Tribunal administratif Fédéral (TAF) de lever la prohibition des liquides nicotinés, la baisse des rentrées fiscales du tabac se fait sentir. Le Fonds de prévention tabac (FPT), financé à hauteur de 0,3% du prix de vente du tabac, a annoncé discrètement devoir couper dans les activités qu'il finance suite à la chute des ventes de cigarettes. Sans surprise, les bénéficiaires de ces rentrées d'argent s'agitent. Ainsi Addiction Suisse a orchestré hier une campagne de propagande pour vilipender les vapoteurs. Prétexte à l'opération à l'échelle nationale, l'organisme a présenté une enquête sur le vapotage chez les ados de 15 ans en Suisse.

Alors que cette enquête ne s'est pas intéressée à savoir si les jeunes qui vapotent le font avec ou sans nicotine, Grégoire Vittoz, directeur d'Addiction Suisse, affirme qu'ils consomment de la nicotine (un peu partout mais par exemple dans le clip de RTS Info). C'est tout simplement mensonger: son étude ne permet pas de savoir quoi que ce soit sur ce point. Et ceci est une lacune de recherche qui ridiculise et fait perdre toute crédibilité scientifique à cet institut.

Vape Tricks - Shark BendsDans le monde réel, les adolescents en Suisse qui vapotent le font pour l'extrême majorité de manière occasionnelle et sans nicotine. La raison en est simple, pour une bonne part ils s'amusent à faire des nuages et des figures, que l'usage de nicotine empêche en contractant le larynx. Soit Grégoire Vittoz ne le sait pas, et c'est un signe d'incompétence sur le sujet qui devrait l'amener à se taire, ou il le sait et il a volontairement désinformé le public.

Une chute de 15% des ados fumeurs passée sous silence

L'évidence de l'exploitation politicienne des enfants par Addiction Suisse est renforcée par le fait que l'organisme prétend dans son communiqué officiel que le tabagisme des jeunes de 15 ans n'a pas baissé. Alors que son enquête enregistre une chute de 15% des fumeurs de 15 ans (en passant de 12% à 10%). C'est de la manipulation crasse. *

Addiction Suisse s'est déjà fait retirer ces derniers temps plusieurs mandat de recherche à cause de la mauvaise qualité de son travail. J'espère que le mandat de recherche sur les jeunes sera rapidement confié à des personnes compétentes et honnêtes. Il n'est pas acceptable que la Suisse soit privée de données fiables au profit d'opération de propagande.

Un sabotage du lien de confiance

Ceci est d'autant plus désolant que les principaux concernés, les adolescents vont voir d'évidence à quel point cette opération médiatique est grossièrement mensongère. Des manipulations dont on sait qu'elles sabotent pour de nombreuses années la confiance des jeunes pour l'ensemble de la santé publique, comme le regrette Jean-Félix Savary, du GREA au journal le Temps.

Y compris des acteurs bien intentionnés qui pâtissent ainsi de ces exploitations politicardes irresponsables. A ce titre, le monde médical devrait se mobiliser pour rétablir de l’honnêteté et de la déontologie sur ces questions. La confiance est déjà largement entamée et mettra longtemps avant de pouvoir être rétablie.

* édité le 21.05.2019 sur la chute du tabagisme adolescent: elle était déjà perceptible dans les enquêtes précédentes, contrairement à ce que j'affirmais.

jeudi 15 novembre 2018

USA: Malgré l'hystérie anti-Juul, des experts de santé publique appellent la FDA a revenir à la raison [MàJ]

"Nous espérons que la FDA réfléchira avant de prendre d'autres mesures sur le marché du vapotage". La lettre ouverte de sept experts de santé publique, reconnus pour leur engagement dans la lutte anti-tabac, calmera t-elle Scott Gottlieb, le Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA)? On peut craindre que l'appel (voir en fin d'article) publié ce matin de Tom Miller, procureur général de l'Iowa, des Prs David Abrams et Raymond Niaura, de l'Université de New-York, Lynn Koslowski, de l'Université de Buffalo, David Sweanor, de l'Université d'Ottawa,  Thomas Glynn, de l'Université de Stanford et Clive Bates, ancien dirigeant de l'Action on Smoking and Health (UK) arrive trop tardivement.

[Mise à Jour 19h: Effectivement, Scott Gottlieb vient d'annoncer sur le site de la FDA l'élaboration de mesures restrictives. Extrait: "Aujourd'hui, je demande au Center for Tobacco Products (CTP) de la FDA de revoir la politique de conformité telle qu'elle s'applique aux produits aromatisés de vapotage, y compris tous les arômes autres que le tabac, la menthe et le menthol. Les modifications que je cherche à initier protégeraient les enfants en limitant la vente de tous les produits aromatisés de vapotage (sauf les arômes de tabac, de menthe et de menthol et les produits non aromatisés) dans des emplacements restreints pour l’âge, et, s’ils sont vendus en ligne, selon des pratiques rigoureuses de vérification de l’âge". A suivre...]

Moins de 3% des 15-18 ans vapotent 10 jours par mois

Ces dernières semaines, Scott Gottlieb a multiplié les interventions dans les médias pour dénoncer l'utilisation de vapotage par les jeunes et annoncer l'arrivée imminente de mesures de rétorsions. Son crescendo narratif est monté en sensationnalisme passant de "l'épidémie" à la "tragédie", sans pour autant présenter quelconque donnée vérifiable sur le sujet. De leur côté, les sept spécialistes remarquent que les "dernières données publiées datant de 2018 indiquent que moins de 3% des jeunes âgés de 15 à 17 ans utilisent des cigarettes électroniques 10 jours ou plus par mois", regrettant que "cette étude ne présente pas de ventilation indiquant l'utilisation quotidienne".

"Il est essentiel de distinguer utilisation expérimentale ou régulière chez les jeunes", insistent-ils. Une utilisation quotidienne par "1% à 2% des jeunes", une estimation réaliste en regard des données citées, ne devrait pas créer la panique actuelle. "S'ils sont également fumeurs actuels, anciens ou susceptibles d'utiliser des produits du tabac combustibles, l'utilisation de vape peut leur être bénéfique en réduisant le fardeau sur la santé", poursuivent-ils. A partir de ce constat, les experts menés par le procureur Tom Miller, qui s'était illustré lors du grand procès aux cigarettiers en 1998, exhortent la FDA à se "concentrer sur les comportements qui causent le plus de torts, en priorité le tabagisme"

Le droit à la réduction des risques pour les jeunes

Face aux préjudices du tabagisme, s'attaquer violemment au vapotage semble "contraire à l'éthique en ignorant ou refusant des opportunités de réduction des risques pour les jeunes". Des mesures disproportionnées porteraient atteintes directement aux adolescents en les privant de moyens de sortir ou d'éviter d'entrer dans le tabagisme. Alors que les suivis statistiques ont montré jusque-là qu'un nombre minuscule, en dessous de 0,1%, de jeunes américains "jamais-fumeurs" vapotent de manière régulière au moins 10 jours par mois.

Un plan anti-vape porterait atteinte aux jeunes aussi en favorisant le tabagisme adulte. "Le tabagisme parental et les modèles de rôles d'adultes sont des facteurs de risque et des prédicteurs importants pour l'initiation au tabagisme chez les jeunes", rappellent les spécialistes. Aussi, "les adolescents deviennent des adultes et les jeunes d'aujourd'hui ont un intérêt, pas nécessairement reconnu, à avoir de meilleures options pour leur avenir", soulignent les auteurs, insistant sur l'importance des "possibilités d'arrêter de fumer au cours des deux premières décennies de la vie adulte".

Goût amer

Or, une interdiction des arômes. telle que l'annonce en filigrane Scott Gottlieb, serait un frein considérable pour le développement du vapotage. "La FDA ne devrait pas interdire largement les arômes ni des catégories d'arômes d'e-liquide, car ceux-ci font partie intégrante de l'expérience du vapotage et son attractivité est à la base du potentiel de réduction des risques des produits de vapotage", précisent les auteurs. Alors que la FDA n'a pas de base factuelle lui permettant d'anticiper les conséquences d'une interdiction, les auteurs ne comprennent pas la logique qu'il y aurait à restreindre le vapotage aux seuls goûts "tabac et menthol".

"Pour résumer, la FDA devrait garder son sang-froid et réagir de manière proportionnée et impartiale aux nouvelles données sur le vapotage chez les adolescents. Une réaction réglementaire hâtive à un comportement à risque relativement faible pourrait compromettre une possibilité importante de santé publique de réduire les dommages liés au tabac en rendant les produits de vapotage peu attrayants, inefficaces et / ou inaccessibles", concluent les sept spécialistes.

Juulery report

Mais leur cause parait mal en point. Par anticipation des restrictions de la FDA, le cigarettier Altria (Philip Morris USA) a retiré de la vente ses arômes de vapotage autres que tabac et menthol le mois dernier. Hier, Juul a suivi le mouvement en retirant aussi les arômes autres que tabac et menthe des magasins physique et, de plus, interdit aux moins de 21 ans d'acheter ses produits. Aujourd'hui, un jeune américain de 18 ans peut s'acheter des armes à feu et un paquet de Marlboro, mais pas un pod à la mangue pour sa Juul. Tout un dispositif de contrôle d'identité et du volume de consommation personnelle est désormais en place sur le site de la start-up californienne pour surveiller ses consommateurs, en attendant un système de tracking physique par blue-tooth.

mardi 6 novembre 2018

[Bref] La RTS effrayée à l'idée que la Juul puisse faire baisser le tabagisme en Suisse

Avant même qu'elle ne soit en vente en Suisse, la Juul est l'objet de l'attention de la radio nationale RTS. Un sujet sur la matinale d'hier la présente comme l'objet qui "fait fureur chez les jeunes américains". Rien de moins. C'est faux, mais c'est une super accroche marketing pour le lancement d'une mode chez les jeunes suisses. Pour donner l'impression de s'appuyer sur des faits, la RTS référence une tribune de Scott Gottlieb, le Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA), dans le Washington Post. 

Trumpetterie

Dans le style trumpien, il avance des chiffres non-publiés, invérifiables où le propos gonfle une grenouille à coup de pourcentages à défaut de faits tangibles. A une époque où les records de trumperies quotidiennes explosent, on aurait pu s'attendre à un peu plus de sérieux et de professionnalisme des journalistes de la RTS avant de reprendre pour argent comptant cette esbroufe. Mais sur le sujet, on a déjà pu le voir à plusieurs reprises, notamment lors de la publication du rapport scientifique du Royal College of Physicians, la RTS préfère les mensonges et la calomnie que d'informer.

En réalité, 1,6% des jeunes entre 15 et 34 ans déclarent utiliser une Juul au moins 10 fois dans le mois, selon les données de la dernière recherche de Truth Initiative, une organisation hostile au vapotage. Parler d'épidémie est risible avec un tel taux à une fréquence d'usage plus basse que celle prise en considération habituellement (20 fois par mois) pour le tabagisme. Selon cette recherche publiée dans la revue Tobacco Control, en tout 6% de cette classe d'âge dit avoir utiliser la Juul, mais dont près des trois quart ne l'utilisent pas fréquemment.

De manière plus globale, le vapotage a décimé le tabagisme des jeunes américains depuis son essor en 2011. Moins de 2% de lycéens vapotent régulièrement, pour les 9/10ème avec un passé tabagique. Environ 10% d'autres lycéens vapotent occasionnellement sans nicotine. Ce sont ceux qui en expérimentant le vapotage évitent d'expérimenter la cigarette. Les conséquences sont manifestes: le tabagisme des jeunes américains dégringole comme jamais auparavant. 

Chez les 18-24 ans, qui étaient adolescents durant l'essor du vapotage, ils ne sont plus que 10,4% à fumer. 5% sont ex-fumeur, pour une bonne partie en s'aidant du vapotage, et 13% ont vapoté momentanément dans leur vie et éviter de devenir fumeur. Si cette part d'adolescents avait essayé la cigarette à la place, ce qui 7 fois sur 10 fini par du tabagisme régulier à long terme, le taux de tabagisme serait à peu près similaire à ce qu'il était avant 2011 et la popularisation du vapotage.

En promotion cette semaine, la peur

Mais tout ceci n'intéresse pas la RTS. La peur est un meilleur produit médiatique. Et ce n'est pas totalement gratuit. L'élue 'verte libérale' Graziella Schaller en profite pour placer son slogan de marketing politique: "j'espère vraiment que ce [la vape] sera assimilé à des produits du tabac pour protéger les jeunes, qui actuellement peuvent avoir un accès extrêmement facile à ces produits". C'était également la demande des cigarettiers cet été lors de la table-ronde avec l'administration fédérale. Ce dernier épisode de la RTS a le mérite de lever l'ambiguïté sur les motivations de Graziella Schaller et dans quel camp elle se trouve. Livrer les vapoteurs et la vape aux cigarettiers pour programme.

Actuellement, 38% des jeunes romands de 18 à 24 ans fument, plus du quart des 15 à 18 ans suisses aussi. Mais selon la responsable politique, le problème est donc le vapotage, pas la situation tabagique que la politique actuelle a engendré. Du Orwell version 2018: "Fumer est nocif, donc empêchons les gens d'éviter de fumer avec le vapotage". 

La Juul en Suisse bientôt, mais laquelle ?

Concernant le monstre fantasmé que serait la Juul, un petit pod avec des recharges scellées, son arrivée sur le marché Suisse se précise depuis que la firme a déposé son nom au registre du commerce de Zoug cet été. Mais rien n'indique quelle version du produit sera commercialisée le cas échéant. Deux versions de la Juul existent en dosage de nicotine très différents, une américaine et une autre européenne. 

La Juul aux Etats-Unis contient 0,7 ml de liquide concentré à 50 mg/ml de sels de nicotine. Un bon équilibre entre tirage serré et dosage de nicotine en sels, qui a attiré une part conséquente de fumeurs américains. Le cabinet financier Citi estimait en avril que la Juul est la raison la plus probable à l'effondrement des ventes de cigarettes au 1er trimestre de cette année. D'où la réaction très agressive des défenseurs des cigarettiers contre la start-up qui menace leur profit.

Mais la Juul existe aussi désormais dans une version européenne de 1,2 ml à 17 mg/ml de sels de nicotine, commercialisée depuis peu dans certaines villes anglaises. Le produit dans cette version n'apporte rien de particulier qui ne soit déjà offert sur le marché. Laquelle des deux sera en Suisse, la chose n'est pas claire à ma connaissance... 


mercredi 19 septembre 2018

Soutenu par l'administration et les anti-tabac, Big Tobacco s'engage officiellement à vendre des cigarettes mais pas de vape aux mineurs en Suisse

Les cigarettiers ne se sont jamais engagés à ne pas vendre de cigarettes aux mineurs et les autorités fédérales n'ont jamais fixé d'âge limite aux vente de tabac en Suisse. Par contre, les trois principaux cigarettiers et quatre chaînes de distribution (kiosques et supermarchés) viennent de signer, sous le patronage de l'administration fédérale, un code de conduite où ils assurent qu'ils ne vendront aucun produit de vapotage à des mineurs, ni ne leur en feront la promotion, dés ce 1er octobre.  On peut les croire. En cumulés, les Big Tobacco culminent à moins de 5% du marché de la vape dans les pays occidentaux. Alors que près de 18% des jeunes américains entre 18 et 24 ans ont évité le tabagisme en utilisant temporairement le vapotage, le tabagisme a chuté à 10% chez ces jeunes Une sacré perte pour le tabac. En Suisse, ils sont 37% à fumer au même âge. 

Des cigarettes, mais pas de vape

A 16 ans, ils sont déjà plus de 14% à être fumeurs. Une majorité des cantons suisses n'interdisent pas la vente aux mineurs. Douze en limitent l'accès légal à 16 ans, tandis que trois suivent la loi fédérale, c'est-à-dire aucune limite d'âge. Jusque-là, un enfant peut acheter des cigarettes à Genève tandis qu'un zurichois doit avoir au moins 16 ans. Dans les supermarchés et chaînes de kiosques distribuant les produits des grands cigarettiers, les jeunes fumeurs de quinze cantons auront donc accès aux cigarettes mais à aucun produit de vapotage y compris sans nicotine à partir du 1er octobre. Les cigarettiers s'engagent aussi s’abstenir "de faire de la publicité pour les appareils de vapotage et les liquides aux mineurs", selon leur codex
liste officielle des limites d'âge pour la vente de tabac selon les cantons

Une mince voie de réduction des risques

Une politique de protection du tabagisme adolescent dont s'est distanciée la filière indépendante de la vape Suisse. L'association professionnelle de la vape (SVTA) a réuni 38 entreprises de vape sur son propre code de conduite en faveur de la réduction des risques. Après que le bloc pro-tabagisme ait refusé de s'engager à ne plus vendre de cigarettes aux mineurs, la SVTA a signifié qu'elle viendrait en aide aux jeunes fumeurs dés 16 ans en s'autorisant à leur vendre des vaporettes sans nicotine dans une logique de réduction des risques. Les ados, livrés de facto aux cigarettiers par les autorités, auront ce mince recours pour essayer de s'en sortir.

Les anti-tabac soutiennent Big Tobacco

L'administration fédérale s'est félicité de cet accord tabac anti-vape, en attendant la loi LPTab où elle espère assimiler le vapotage au domaine des cigarettiers. De son côté, le milieu anti-tabac soutient ouvertement l'initiative des Big Tobacco. Le Conseiller aux Etats Joachim Eder a qualifié "d'attitude responsable" la volonté des cigarettiers de continuer de vendre des cigarettes et d'interdire le vapotage aux mineurs, dans le 20 Minuten du 7 juin dernier. L'ex-Ministre de la santé du gouvernement cantonal de Zoug confirme ses propos cette semaine dans les colonnes de la NZZ. Joachim Eder y accuse l'industrie indépendante du vapotage d'être "inconsciente". Le journal zurichois n'a pas donné la parole à quiconque de la filière pour répondre à cette accusation. 

Les banques aussi

Par contre le surnommé "journal des banques"  s'inquiète fortement de la menace du vapotage, et en particulier de la possible arrivée en Suisse de la Juul, dans sa version européenne ultra-light. Ceci alors que l'action de Philip Morris a dégringolé de plus de 30% en un an. Une valeur boursière sur laquelle le Crédit Suisse conseillait à ses clients de prendre position il y encore quelques mois.

Les cours boursiers depuis un an des trois Big Tobacco

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