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lundi 7 octobre 2019

Alerte au nouveau bad buzz sur le risque de cancer chez des souris avec le vapotage

Les mêmes souris, la même équipe de chercheurs, cette fois-ci menée par Moon-shong Tang, et les mêmes résultats peu crédibles sur les risques de cancer avec le vapotage. Une nouvelle étude, intitulée "Electronic-cigarette smoke induces lung adenocarcinoma and bladder urothelial hyperplasia in mice", a été envoyée en primeur à des médias triés sur le volet pour lancer dans les prochaines heures un nouveau bad buzz d'un risque de cancer lié au vapotage. L'embargo était ce soir à 21h. Publiée dans la revue PNAS, l'étude a été menée par la même équipe de l'Université de New-York que celle qui avait terrorisé le monde en janvier 2018, malgré les réactions outrées des experts scientifiques. Les chercheurs ont de nouveau utilisé le même type de souris FVB/N mâles. Or, il a été mis en évidence dans différentes études que ces souris génétiquement modifiées développent spontanément des tumeurs bronchiques, comme l'avait souligné un article du Vaping Post en 2018

450 ans de vapotage en surchauffe

En réaction à la nouvelle publication du PNAS, le Pr Bertrand Dautzenberg note également, sur son compte tweeter, les dosages extravaguant de la nouvelle étude "équivalents à 450 ans de vapotage fonctionnant en surchauffe, donc avec des aldéhydes cancérigènes". Pendant 54 semaines, 40 souris ont été soumises à un aérosol de vapotage, selon le même protocole que dans l'étude précédente de 2018, reproduisant ainsi les mêmes erreurs méthodologiques listées à l'époque, qui méritent relecture pour saisir celles-ci. Ce qui semble être basiquement une confusion entre une étude de toxicologie chronique et un protocole de toxicologie aiguë.

"L'étude n'a pas de pertinence claire pour les vapoteurs humains. Les rongeurs ont été exposés à ce qui est pour eux d'énormes concentrations de produits chimiques qui ne ressemblent en rien à l'exposition humaine du vapotage. Plusieurs animaux sont en effet morts lors de ces expositions. Les auteurs ont attribué les effets qu'ils ont observés au nitrosamine NNK qui est cancérogène - mais le NNK a été mesuré chez des vapoteurs humains, et on sait que l'exposition par le vapotage est négligeable ou nulle", réagit le Pr Peter Hajek, spécialiste sur le tabac de la Queens Mary University of London, sur le site du Science Media Center.

Les souris FVB/N

La nouvelle étude publiée dans PNAS abouti à un taux de 22,5% de cancer adénocarcinomes sur 40 souris FVB/N à l'âge de 14 mois, après 54 semaines à être soumises à un aérosol de vapotage. En comparaison des résultats de cette étude, celle menée par Joel Mahler en 1996 sur les mêmes souris FVB/N sans vapotage, recensait à 14 mois une incidence de tumeurs de 13 % chez les mâles et 26 % chez les femelles.

Ce type de souris génétiquement modifiées pour les recherches sur le cancer est connu, par au moins trois études, d'avoir un sur-risque cancéreux, tout particulièrement de tumeurs pulmonaires: Joel Mahler et al (1996), Wakefield et al (2003) et Véronique Baron et al (2005). "Le choix du modèle animal c’est le B.A.BA d’une étude toxicologique. Les souris [FVB/N] sélectionnées développent spontanément des cancers pulmonaires. C’est malhonnête", réagissait en 2018 le Dr Eric Blouin au Vaping Post à propos de la précédente étude sur le même type de souris par la même équipe d'universitaires.

Choisir sciemment des souris connues pour avoir une prédisposition génétique aux tumeurs parait inacceptable. Je ne prends pas la peine de traiter plus précisément une telle étude. Quel média prendra la peine de demander un avis éclairé avant de répandre le bad buzz, engranger les clics et maintenir des fumeurs dans la cigarette? Pour sa part, le Pr John Britton, directeur du Centre for Tobacco & Alcohol Studies (UK), estime que "ces résultats sont basés sur de très petits nombres et doivent être interprétés avec une extrême prudence. La comparaison entre les souris respirant de la vapeur et de l'air n'est pas statistiquement significative. Il n'y a pas de justification de la taille de l'échantillon ni de calcul de puissance. Il n'y a aucun message d'intérêt publique ici - je soupçonne que ces résultats ne sont que du bruit".



samedi 14 septembre 2019

Spécial JIM - Accidents aux USA avec des produits frelatés: les infos qu'on trouve si on cherche

Ce matin, le Journal International de Médecine (JIM) m'étrille, en la bonne compagnie du Docteur et blogueur Jean-Yves Nau. "Vapolitique (...) n’a pour l’heure pas proposé d’informations complémentaires (voire de rectifications)", pique Aurélie Haroche sur le dossier des décès et malades aux Etats-Unis, liés selon mes informations à des produits frelatés de vapotage. Ce dont semble douter la journaliste spécialisée. Peut-être est-ce une réaction personnelle, mais il me semble étrange de pointer les éventuelles lacunes d'un blog d'un bénévole - en l'accusant à la fois de ne pas avoir publier de nouveau billet sur le sujet et de "matraquer" une information (sic!) -, sans questionner les défaillances d'information des médias professionnels et des autorités sanitaires.

Des faits

Je maintiens que l'AFP a caché au public francophone que dés le 25 juillet, le frère de la première victime décédée avait révélé devant les caméras de Fox6 qu'il utilisait des produits frelatés du marché noir. Cette omission est clairement de la désinformation. Et Aurélie Haroche ne présente aucun élément invalidant cette catastrophe de santé publique que représente la désinformation sensationnaliste des médias mainstreams français sur ce dossier, à l'exception heureuse de Libération.

Mais surtout, depuis mon dernier billet sur le sujet, rien de crédible et pertinent n'a invalidé que la source des accidents est liée à des produits frelatés de vape avec THC provenant du marché noir. Le 9 septembre, la Food and Drug Administration (FDA) a d'ailleurs publié un avertissement aux "consommateurs pour qu'ils prennent soin d'eux-mêmes en évitant les produits de vape au THC" qui au niveau fédéral sont illégaux.

Le Département de Santé de l'Etat de New-York avait précédemment laissé fuiter que les malades avaient pour la quasi-totalité reconnu avoir consommé des produits illicites de vape au THC du marché noir, puis a précisé qu'un additif huileux de vitamine E était probablement en cause, dans la Washington Post. A noter que plusieurs des malades qui n'avaient dans un premier temps pas osé "avouer" avoir consommé ce type de produits illégaux, l'ont ensuite reconnu.

Un peu de logique face à l'idiocracie peut-être ? 

Mais en plus des éléments factuels sur les cas, une réflexion assez simple sur la survenue de problèmes concentrés dans un laps de temps très court par rapport à un produit utilisé depuis 2003 suffit. Le 5 septembre sur son blog, le Dr Konstantinos Farsalinos a présenté l'hypothèse de faire comme si nous ne savions rien de l'usage de liquides frelatés du marché noir par les malades. "Alors, utilisons des principes d'épidémiologie simples pour comprendre l'épidémie récente", précise t-il avant de rappeler que, populaire depuis 2009, le vapotage est utilisé aux Etats-Unis par environ 10 millions de personnes, âgées en moyenne d'environ 40 ans, sans vague de problèmes sanitaires.

"Les autorités [américaines] ont précisé qu'il s'agit de cas aigus. Bien que divers médias aient présenté cette maladie comme une mystérieuse maladie pulmonaire, il s'agit en fait d'un empoisonnement des poumons qui se traduit cliniquement par une insuffisance respiratoire grave", explique t-il. "Ces cas ne sont pas liés à des produits de vapotage disponibles depuis des années aux États-Unis et sur le marché mondial. Cela n'a absolument aucun sens que les mêmes produits qui ont été utilisés pendant des années par des millions de personnes et qui n'ont jamais provoqué d'épidémie soient la cause aujourd'hui d'une maladie aiguë ", ajoute t-il, "ces cas ne sont pas liés à des produits qui sont généralement utilisés par le vapoteur lambda. Aux États-Unis, l'âge moyen des vapoteurs adultes est différent de celui des adultes ayant souffert de cette affection aiguë".

Enfin, la soudaineté de la vague de malades indique que "ces cas sont liés à la sortie récente de nouveaux produits (qui n'étaient pas disponibles sur le marché auparavant), à une modification récente de la composition de produits précédemment disponibles sur le marché, ou à un problème récent de processus de fabrication ou de matériaux de produits qui étaient auparavant disponibles sur le marché". Le Dr Farsalinos déplore que "ces conclusions, dérivées de l'application de principes d'épidémiologie simples, ont été largement ignorées par la plupart des autorités, des régulateurs et des scientifiques. Au lieu de cela, nous assistons à une campagne persistante, frénétique et sans précédent contre la vapotage classique, (...) si intense et si injustifiée du point de vue épidémiologique qu’elle dépasse la définition du biais de confirmation".

Se documenter ou hurler pour vendre de la peur? 

Mais le Dr Konstantinos Farsalinos n'est le seul, d'autres experts médicaux reconnus soulignent la source frelatée des produits en cause. Même des français. Le Dr Bertrand Dautzenberg, pneumologue un peu connu en France, a insisté à plusieurs reprises, notamment sur Europe 1 et lors d'un débat sur France 24 où il confirme l'information de Sébastien Beziau représentant de l'association Sovape. Mes lecteurs en ont déjà probablement pris connaissance, mais insistons pour le JIM au cas où le journal disposerait d'une connexion internet (?) : la Dre Marion Adler a également expliqué très clairement les choses sur France Culture, tout comme Jacques Le Houezec dans Ouest-France, et le Dr Gerard Mathern sur RTL. Ainsi que le Pr Antoine Flahault, de l'Institut de Santé Globale de l'université de Genève, dans les Echos où il rappelle l'histoire du concombre espagnol

Du côté britannique, les autorités de santé, qui cultivent un sens de la responsabilité un peu plus élevé que leurs homologues européennes, ont communiqué officiellement sur le sujet. "Notre conseil sur le vapotage reste inchangé: le vapotage n'est pas totalement sans risque mais il est beaucoup moins nocif que de fumer. Il n'y a aucune situation dans laquelle il serait mieux pour votre santé de continuer de fumer plutôt que de passer complètement au vapotage", précise le Public Health England. Certes, il faut lire l'anglais (peut-être le JIM pourrait-il se doter d'un outil de traduction online ?) :

Sur le site gouvernemental Science Media Centre, la Pr Linda Bauld, de l'Université d'Edimbourgh, et le Dr Lion Shahab, de l'University College London, reviennent sur le sujet. Soulignons l'avertissement de l'expérimentée Linda Bauld sur l'effet pervers que pourrait avoir une prohibition des arômes de vapotage. "Ce qui me préoccupe, c'est que si la plupart des produits de vapotage se retrouvent interdits aux États-Unis, alors les fumeurs retourneront au tabac et, pour ceux qui ne le feront pas, la demande pour des produits au marché noir va augmenter. Un marché illicite florissant est beaucoup plus susceptible de nuire à la santé que de rechercher une réglementation proportionnée du type que nous visons en Europe".

JIM, vous allez me donner combien pour faire votre taf ? 

En bref, à moins d'être dans une tour d'ivoire imperméable, il est difficile aujourd'hui de ne pas savoir que mes indications datant de deux semaines sur l'origine par des produits frelatés du marché noir des problèmes survenus aux Etats-Unis sont confirmées par les experts compétents sur le sujet.

Je me dois de préciser que ma première hypothèse, présentée comme telle, sur le rôle du fongicide Myclobutanil semble s'effacer pour une plus probable source lipidique, liée à un additif de vitamine E ajouté par les dealers pour tromper les clients sur la qualité en concentration de cannabis des produits. Leafly, site spécialisé sur le cannabis, fait un point éclairant et assez complet sur le problème.

Pour information, les forces de police du Wisconsin ont arrêté le 5 septembre deux suspects pour la vente des produits frelatés en cause.

Honnêtement, je devrais facturer ce blog au JIM pour faire le boulot de documentation qu'ils ne font pas eux-mêmes pour leurs lecteurs.

add 17h30 : Ce tweet du Pr Micheal Siegel confirme qu'aux Etats-Unis, les parties concernées du domaine du cannabis agissent plus promptement que les autorités préférant viser une prohibition du vapotage non cannabique
add 18h: j'ai oublié de mettre en lien cet article d'hier de la Royal Society of Chemistry britannique qui fait le point également sur le sujet: Deaths from vaping-linked lung disease in US connected to vitamin E additive

add 22h: puisque j'en suis à faire la documentation... le Gouverneur de l'Etat de New-York a délivré des mandat de comparution pour trois entreprises commercialisant les fameux additifs huileux à la vitamine E, selon le Washington Post du 9 septembre:
https://www.washingtonpost.com/health/2019/09/09/new-york-subpoena-firms-selling-substances-linked-illicit-vaping-products/?arc404=true



dimanche 1 septembre 2019

Décès et hospitalisations aux USA: l'AFP rétracte sa désinformation frelatée sans le dire

Après plus d'un mois à occulter cette information, l'AFP a publié une brève précisant que le décès d'un jeune homme du Wisconsin et les cas d'hospitalisations sont liés à des liquides de vape du marché noir, notamment vendus pour contenir du THC. Cet élément a été passé sous silence dans les médias francophones, à l'exception du Vaping Post, bien qu'il était connu depuis fin juillet. Notamment à travers le témoignage le 25 juillet sur Fox 6 du frère de la personne décédée le 23 août à Milwaukee - voir notre article précédent -. Le nouvel article de l'AFP ne prend pour autant pas la peine d'expliquer qu'il invalide le matraquage de l'agence durant le mois d'août, qui a mis en cause la vape sans distinction en dépit de cette information déjà connue.

[Le tweet de l'AFP donne en lien de sa nouvelle brève l'article publié par le Nouvel Obs]

Le nouvel article échoue aussi à présenter clairement que les quelques 200 cas évoqués par le Center of Disease Control (CDC) n'ont que des symptômes en commun et pourraient pour certains n'avoir rien à voir entre eux. Autrement dit, en l'état on ne peut parler que de syndrome de détresse respiratoire, et non, comme l'ont fait l'AFP et les médias francophones, d'une maladie qui serait clairement établie bien que "mystérieuse" (sic!). Mais user d'un abus de langage est plus inquiétant pour le lecteur évidemment.

Information frelatée et hystérie artificielle

Ces dernières semaines, dans une confusion sensationnaliste, les articles de l'AFP ont déclenché dans les médias français et suisses une vague d'hystérie délirante contre le vapotage sans jamais préciser que le problème concernait des produits frelatés du marché noir hors de tout contrôle de qualité. On peut douter que les médias ayant diffusé peur et doute corrigent à présent leur désinformation précédente.

L'AFP elle-même n'a pas l’honnêteté de le dire clairement dans son nouvel article. Le préjudice pour la réduction des risques, le public, notamment les fumeurs manipulés, et les entreprises de vapotage établies est pourtant indéniable et grave comme l'a souligné Vap'You.

A l'origine du problème: la prohibition qui fait les affaires du marché noir

Le problème sanitaire aux Etats-Unis a été déclenché sur le marché noir de produits de vape prétendument au THC hors de tout contrôle de qualité. Les usagers se retrouvent poussés à recourir au marché noir par les restrictions légales contre le cannabis, ou des taxations rendant hors de prix l'accès aux produits légaux. Depuis près d'un an, les entreprises de cannabis légales alertaient sur la dangerosité de produits frelatés du marché noir, sans que les autorités ne réagissent.

Malgré le refus des autorités de santé américaines de communiquer l'analyse des produits utilisés par les personnes tombées malades, un faisceau de présomption oriente le problème vers deux hypothèses, soit de pneumopathie chimique, soit de pneumopathie lipidique.

Rester calme et s'informer à des sources dignes de confiance

En l'état, les informations les plus précises sur ce dossier se trouvent sur les sites américains spécialisés sur le cannabis, tels que Leafly, ou sur le vapotage, tels que Vaping 360 avec un article très complet. Les associations de réduction des risques telles que NORML California et Tobacco Harm Reduction for Life, ainsi que des acteurs de santé publique honnêtes, à l'image du Pr Michael Siegel de l'Université de Boston, ont informé sur les problèmes spécifiquement liés aux produits du marché noir.

Du côté des médias maintstream francophones, le sensationnalisme, le calcul d'intérêt politicien* ou commercial, ont été privilégiés à la déontologie en occultant l'information connue depuis plusieurs semaines de l'origine illégale du produit frelaté utilisé par le jeune homme décédé au Wisconsin.

* Au moment où des médias et politiciens suisses, voire vaudois, font campagne pour une loi tabac (LPTab) visant avant tout à empêcher les fumeurs de pouvoir passer au vapotage et arrêter de fumer...

vendredi 30 août 2019

USA: le fongicide Myclobutanil impliqué dans les intoxications des produits de vape au THC du marché noir?

Le 23 août est décédé un jeune homme du Wisconsin (USA) suite à un syndrome de détresse respiratoire l'ayant plongé dans le coma. Bien que les autorités sanitaires américaines font de la rétention d'informations, il est établi qu'il consommait des produits de vapotage prétendument au THC provenant du marché noir. Le 25 juillet, son frère a témoigné devant les caméras de FOX 6 Milwaukee (*) montrant un produit Dank Vape, une marque illégale de produits prétendument au THC comme l'a établi le site Inverse. Une association de drug checking, Doja App, avait déjà alerté fin juin sur le taux élevé du fongicide Myclobutanil dans un des produits de cette marque illégale. Le Myclobutanil en chauffant dégage du cyanure d'hydrogène, un gaz ultra-toxique potentiellement mortel en petite quantité. 

Autorités irresponsables

Le cannabis étant très sensible aux champignons, il est plausible que ce fongicide ait été utilisé par des producteurs indélicats et peu expérimentés. La rétention d'information des responsables du Center Disease Control (CDC) et de la Food and Drug Adminsitration (FDA), qui se sont montrées incapables de répondre à une question (sic!) sur la présence de pesticide ou de fongicide dans le produit incriminé en conférence de presse, laisse cette piste à l'état d'hypothèse. Mais elle est la plus cohérente au vue des différentes informations disponibles sur la vague récente d'intoxications liées aux produits de vapotage au THC du marché noir aux Etats-Unis.

Cependant on ne peut pas écarté que des cas liés à la présence de lipides, si les liquides ont été mal préparés, ou des catastrophiques pseudo-cannabinoïdes de synthèse déjà diffusés sous les noms génériques de Spice et K2 soient en cause dans certains cas. L'appel à témoignage lancé par le CDC sur une description assez floue de symptômes pouvant agréger des cas très différents parmi les près de 200 signalements.

Appels à ne plus consommer de liquides au THC du marché noir

Les associations de réduction des risques, notamment NORML California et Tobacco Harm Redution for Life, appellent les usagers a ne plus consommer de produits de vapotage au THC provenant du marché noir. 

Dans le milieu du cannabis américain, la sonnette d'alarme a déjà été tirée plusieurs fois sur des cartouches contrefaites et potentiellement frelatées de produit de vapotage de cannabis. Rolling Stones en avait fait un article précis en décembre dernier"Les faussaires internationaux semblent être au cœur du problème des produits de vape contrefaits. Nous prenons cette menace spécifique très au sérieux. La protection des consommateurs contre les produits synthétiques et potentiellement mortels est une priorité absolue pour nous", précise Kate Denton, directrice marketing chez Loudpack, un producteur de vape-pen au cannabis californien.

La désinformation augmente les risques

Le traitement médiatique général de cette affaire ces dernières semaines est consternant, notamment en occultant que le produit incriminé est un liquide prétendument au THC du marché noir, ce qui est connu dés le début de l'affaire. Inquiétant par ses conséquences d'augmentation des risques liés à une mauvaise information pour le public concerné, et pour les fumeurs de tabac qui se retrouvent désinformés sur la réduction des risques à passer au vapotage pour consommer de la nicotine. Ce traitement occulte aussi que la racine du problème est lié à la prohibition et l'abandon de souveraineté des autorités au profit du marché noir sur le contrôle des produits de cannabis ou prétendument de cannabis.

Le CDC, déjà auteur d'une gestion catastrophique des opioïdes de synthèse qui a entraîné une vague de décès à hauteur de près de 80'000 morts par an, se montre de nouveau totalement inapte a privilégier sa mission de santé publique plutôt que les agendas politiciens et de carrière de ses responsables. Une attitude gravement "irresponsable", aux yeux du Pr Michael Siegel, de la chaire de santé publique de l'Université de Boston.

(*) La séquence de Fox 6 Milwaukee du journal télévisé du 25 juillet où Patrick DeGrave, frère de la victime montre le produit de vapotage au THC du marché noir utilisé par son frère:



mercredi 26 juin 2019

Pour plus d'un million de fumeurs sauvés par la vape, combien condamnés à mort par les médias?

Plus de 6 millions. Plus de la moitié des fumeurs en France sont persuadés à tort que vapoter est aussi ou plus nocif que de fumer. C'est un des résultats de l'enquête auprès de plus de 25'000 personnes en 2017 publiée ce matin par Santé Publique France (SPF). Encore plus effarant, seuls 29,7% des fumeurs quotidiens, ceux qui auraient le plus besoin d'aide pour se sortir du tabagisme, savent que le vapotage est moins nocif que leurs cigarettes. La désinformation sanitaire frappe particulièrement les défavorisés et les moins diplômés qui sont plus de 70% à ne pas avoir l'information correcte sur les risques relatifs entre fumer et vapoter.

Pourtant, l'enquête de SPF mesure que 2,6% de la population, soit 1,2 millions de personnes ont arrêté de fumer en utilisant la vape, dont 46% ont ensuite arrêté de vapoter (soit 1,2% de la population). Parmi ces ex-fumeurs ayant utilisé le vapotage, 870'000 (±10%) déclarent que la vape les a aidé, dont 700'000 d'ex-fumeurs quotidiens n'ayant plus fumé depuis plus de six mois. Près de 300'000 autres ex-fumeurs ont utilisé le vapotage mais déclarent que leur arrêt tabagique ne lui doit rien. Parmi les 2,3% de la population à utiliser le vapotage et continuer de fumer, 80,3% d'entre eux déclarent avoir réduit leur consommation, en moyenne de 10,4 cigarettes par jour (pour une consommation à l'origine de 19,7 cigarettes quotidiennes). 

Démission des autorités et stratégie du doute 

En somme, le vapotage est un facteur clef de la baisse de tabagisme en France ces dernières années. Mais alors pourquoi de plus en plus de fumeurs croient à tort que vapoter est aussi ou plus nocif que de continuer de fumer ? L'expérience réelle indique le contraire, mais les médias nous bombardent de fakenews sensationnalistes en permanence. Les autorités sanitaires démissionnent et fuient leur responsabilité laissant un boulevard à la dissémination de la confusion. Dans cette stratégie de diffusion du doute et de la peur, l'Agence France Presse joue un rôle central.

Voici quelques unes des plus grosses fakenews diffusées à grande échelle par l'AFP - liste tristement non-exhaustive:

  • 2015: Reprise mondiale des propos d'une simple lettre sans révision scientifique de chercheurs de Portland qui annoncent de manière insensée que le vapotage est de 5 à 15 fois plus cancérigène que la fumée de cigarette. La lecture critique de leur expérience montre rapidement - mais sa publication prendra trois ans (!) - qu'ils ont simplement fait brûler les vaporettes dont ils ont mesuré les émissions en les poussant à plus de 150% de la limite maximale de puissance.
  • 2015: un correspondant de l'AFP au Japon prétend qu'un scientifique local a mesuré des taux extravaguant de toxique dans l'aérosol de vapotage. En réalité, ce scientifique a cosigné une étude publiée à la même période qui indique l'inverse. La brève de l'AFP fait le tour du monde, tandis que l'étude est restée totalement confidentielle.
  • 2015: le délire du "poumon pop-corn", qui continue de circuler, est répandu en dépit de l'absence de quelconque malade et de toutes prise en compte des doses du diacéthyl qui ont généré des bronchiolites oblitérantes chez des travailleurs de l'industrie agro-alimentaire.
  • 2016: durant les fêtes, l'AFP lance un article ridicule sur une étude de toxicologie sur des cellules épithéliales (de la surface des poumons) prétendant l'extrême toxicité du vapotage. En réalité, les résultats montrent qu'un plus grand nombre de cellules ont survécu à 56 jours du traitement au vapotage que celles soumises à 24 heures de fumée de cigarettes.
  • 2018: un chercheur new-yorkais gazent des souris avec un aérosol surdosé en nicotine, équivalent à des années de consommation concentré en quelques heures, avec une vaporette marchant à sec sans contrôle et donc en situation de brûler. Les souris étaient génétiquement sélectionnées pour leur forte tendance à développer des cellules cancéreuses. Cette expérience digne de Mengele fait de nouveau le tour du monde sans que les réactions unanimes des scientifiques pour dénoncer sa vacuité ne soient mentionnées par l'AFP.
  • 2018: des crises cardiaques attribuées au vapotage même si elles ont eu lieu avant que les fumeurs ne passent à la vape. Cette crétinerie produite par le pervers raciste et gâteux Stanton Glantz a été divulguées à plusieurs reprises durant l'année.
  • 2019: une étude stupide sur des cellules des vaisseaux sanguins soumis à du liquide pur de vapotage est reprise sans la plus élémentaire distance critique.
Dans toutes ces cas, l'AFP a fait preuve de négligence, d'absence de professionnalisme et n'a pas respecter les devoirs de la charte de Munich des journalistes, ni sa prétention à vérifier et donner une information fiable et honnête au public. Les conséquences en sont sanguinaires.


lundi 17 juin 2019

Les éditocrates romands jouent la carte de l'obscurantisme anti-science pour faire douter du vapotage



Étranges redondances. A quelques jours d'intervalle, deux éditorialistes romands ont utilisé quasiment le même élément de langage. "Le problème, c’est que personne n’est aujour­d’hui capable de le confirmer avec certitude", assénait Patrick Monay, chef de rubrique, dans 24 Heures le 3 juin. Ce samedi, c'est Stéphane Benoit-Godet, le rédac-chef du Temps qui fait écho: "Problème, cette affirmation n’est pas prouvée". Tous deux écartent ainsi le fait que vapoter réduit les risques par rapport à fumer. La répétition de cet énorme mensonge, de manière aussi similaire, est troublante. 

Un mensonge certain

Troublant parce qu'en premier lieu, la réduction des risques grâce au vapotage par rapport aux cigarettes est un fait de science. La nier est au mieux de l'obscurantisme. La marge d'incertitude actuelle est l'ordre de magnitude de cette réduction des risques. De manière précautionneuse, le Public Health England et le Royal College of Physicians (UK) ont donné une fourchette de réduction des risques d'au moins 95%. Pour rappel, le Royal College of Physicians (UK) est historiquement le premier organisme de santé au monde a avoir eu le courage et la rigueur de dénoncer l'impact sanitaire catastrophique du tabagisme en 1962. 

Mais même au pays de Trump et du cowboy Marlboro, l'Académie Nationale des Sciences et de Médecine (NASEM), qui s'est concentrée sur l'angle du risque du vapotage en écartant son potentiel bénéfice pour réduire le tabagisme, a reconnu la réduction manifeste des risques pour l'usager, dans un rapport l'an passé. Rapport cependant de médiocre qualité ressemblant plus à un brouillon mal dégrossi qu'à un rapport scientifique abouti.

Les éditocrates romands nient la science

Mieux maîtrisées, les évaluations britanniques d'une réduction d'au moins 95% du risque intègrent la part d'incertitude au niveau collectif de la diffusion du vapotage. Au niveau individuel, le fumeur qui lâche ses cigarettes pour le vapotage réduit de manière encore plus drastique les méfaits pour sa santé. L'absence dans le vapotage de monoxyde de carbone (CO) et de goudrons (TAR), deux serial-killers de la cigarette, et de milliers de toxiques produits par la fumée ne laisse aucun doute. Les toxiques restant dans le vapotage le sont à des doses beaucoup plus faibles que dans les cigarettes. (voir appendice en fin d'article)

Les fabricants de doute et de peur 

Bref, croire à l'absence de connaissance sur la réduction des risques du vapotage par rapport au tabagisme est aujourd'hui de l'ordre de la superstition. Produire du doute contre les études scientifiques pour maintenir les fumeurs dans le tabagisme est une vieille stratégie. On le sait, les 61% de fumeurs en Suisse qui déclarent vouloir arrêter de fumer sont pris d'ambivalence entre ce désir et leur dépendance. Instiller le doute est extrêmement efficace pour les repousser dans le tabagisme. 

Les mêmes campagnes de dénigrement et de peur avaient parcouru la presse à l'époque contre les gommes nicotinées: hoax sur des crises cardiaques provoquées par les Nicorettes, fantasmes d'épidémies de nicotimanie chez les enfants à cause de ces chewing-gums nicotinés, accusations contre son inventeur d'être corrompu par Big Tobacco, etc. Après une décennie de guerre des Big Pharma pour empêcher les Nicorettes d'être mises sur le marché comme produits de consommation courante, GSK (distribution aux Etats-Unis) et Pfizer ont pu mettre la main à bon prix sur l'entreprise suédoise et cantonner le produit aux pharmacies (en 2006, Johnson & Johnson a racheté les parts de Pfizer).

Un des enjeux: livrer les vapoteurs à l'oligopole et aux taxes

On a jamais vraiment su qui de Big Tobacco, Big Pharma ou des anti-tabac puritains lançaient ces fausses rumeurs sur les Nicorettes. On ne peut évidemment pas écarter que les trois groupes d'intérêts ont participé à l'enfumage du public, sans avoir besoin de se concerter pour nourrir la machine à peur. Les similitudes avec le scénario actuel dans lequel prennent place les apologies obscurantistes des journaux lausannois sont frappantes. Notamment, l'enjeu de la réglementation du produit. Actuellement, la Commission santé du Conseil des Etats (CSSS-E) table sur la prochaine loi sur les produits du tabac, du cannabis et du vapotage (LPTab). L'essentiel de ses discussions, qui se poursuivront en août, concernent le vapotage.

Comme pour les Nicorettes, le dossier du vapotage a un énorme enjeu financier. Alors que les multinationales pharmaceutiques ont réussi à étrangler Leo, la firme qui a créée Nicorette, au point de récupérer l'entreprise et d'assigner le produit au statut pharmaceutique, l'enjeu des restrictions contre les vapoteurs visent avant tout à les livrer à l'oligopole cigarettier en éliminant la diversité et la pluralité actuelles des produits par des restrictions sur les produits, sur les usages et des taxes. 

La coalition des dealers et des puritains

La bienveillance, si ce n'est plus, de longue date des deux journaux lausannois envers Philip Morris, et notamment de ses cigarettes chauffées Iqos, ne fait rien pour démentir l'interprétation instrumentale de leurs récents éditos. Les publications, notamment du lobbyiste Rainer Kaelin - qui a fait censurer sur le site Infosperber les demandes sur ses liens d'intérêt financiers - , et des campagnes anti-réduction des risques provenant d'organismes liés à la pharmaceutique ou d'obédience puritaine semblent illustrer le vieux mécanisme, concerté ou non, de coalition des "baptists and bootleggers", des évangélistes et des dealers.  

A ce titre, on peut remarquer l'ironie cynique et habile du Temps d'utiliser les fantasmes de l'administration Trump sur une pseudo-épidémie de Juul chez les jeunes américains pour créer un climat favorable à des restrictions contre les vapoteurs en Suisse. Mesures qui risquent de limiter l'offre à des produits, dont la Juul a toute les chances de faire partie. 

En réalité, le vapotage a accéléré par trois l'effondrement du tabagisme des adolescents américains, passé de 20% en 2011 à 7% en 2018. Tandis que 3,6% vapotent de manière fréquente (au moins 20 jours par mois) en 2018, dont une partie sont en fait des utilisateurs de vaporisateurs pour cannabis amalgamés dans la statistique. 

En Suisse, l'effondrement du tabagisme adolescent et la part de vapoteurs fréquents occultées!

En Suisse, nombreux sont les adolescents, près de 40%, à avoir testé le vapotage, selon Addiction Suisse. Mais ont-ils pris une taffe dans leur vie ou s'agit-il d'un usage plus sérieux? Ni le nombre d'utilisateurs fréquents, ni la part d'utilisateurs avec ou sans nicotine, ne sont communiqués par Addiction Suisse. Absence de données ou volonté de ne pas les rendre publiques? Seule la fondation privée le sait. Ce qu'on peut aussi noter est qu'Addiction Suisse a passé sous silence dans sa communication la chute de 15% du nombre de fumeurs adolescents relevée par son enquête. Un chiffre gênant pour son plan de comm'?

Plus rigoureuses, les statistiques du Département de santé du canton de Bâle-ville montrent un effondrement du tabagisme régulier des adolescents, passé de 11,5% à 3% entre 2010 et 2017. Tandis qu'est apparue une large expérimentation du vapotage par 31% des jeunes, mais accompagnée d'un usage fréquent tout à fait minime avec 0,1% des lycéens interrogés. En somme, ces indicateurs invitent à considérer sérieusement l'hypothèse qu'en essayant le vapotage, un bon nombre d'adolescents évitent les cigarettes

La vague de la sortie du tabagisme en Suisse sera t-elle endiguée?

Pour trouver inquiétant ce phénomène, il faut être du camp des bénéficiaires directs ou indirects des ventes de cigarettes. Et vouloir créer un climat anxiogène propice à une réglementation autoritaire et disproportionnée. Une lame de fond de sortie massive du tabagisme parcourt la Suisse depuis l'abrogation de la prohibition abusive des liquides nicotinés par le Tribunal administratif fédéral l'an passé. Cette levée de la prohibition était l'aboutissement d'une lutte de cinq ans initiée par l'association des vapoteurs Helvetic Vape

A présent, les lobbys s'agitent et font sonner la charge par leurs médias. Face à eux, le camp de la réduction des risques n'a ni les moyens financiers ni les accès pour faire entendre sa voix. De longue date, aucune aide sérieuse n'est proposée aux fumeurs pour arrêter en Suisse. Les substituts nicotiniques sont vendus à prix d'or sans être remboursés, les organisations para-pharmaceutiques n'hésitent pas à facturer leur aide aux fumeurs.

Dans ce contexte, le vapotage chamboule toute cette économie du tabagisme en offrant un moyen efficace de s'en sortir à bon marché. Mais il y a de bonnes raisons d'être inquiet que ce mouvement de libération soit entravé, au moment où la Commission santé du Conseil des Etats (CSS-E) a demandé un rapport à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ajoutant à son agenda l'examen d'"une éventuelle imposition des cigarettes électroniques et des liquides de recharge".

Appendice: Vape et cancer

L'absence de monoxyde de carbone à elle-seule réduit drastiquement les risques cardio-vasculaires. Concernant le risque cancérigène, la méta-analyse de l'ensemble des études sur le sujet du Pr Ed Stephens conclut à un évaluation du risque cancérigène du vapotage de 0,4% par rapport aux cigarettes en l'état des connaissances en 2017. Plus récente, l'analyse du contenu résiduel de l'aérosol de vapotage après évaporation par l'équipe du Dr Scungio évalue à au moins 50'000 fois moindre le risque cancérigène du vapotage par rapport à la fumée de cigarette.

L'équipe du Dr Lion Shahab, de l'University College of London, a suivi six mois des fumeurs, des consommateurs de substituts nicotiniques et des vapoteurs: les examens sanguins et urinaires des vapoteurs présentent les plus bas taux de toxiques. Non seulement drastiquement plus faibles que ceux des fumeurs, mais même un peu moins que ceux qui utilisent des patchs ou des gommes nicotinés pharmaceutiques, pour lesquelles nous avons 40 ans de recul. Bref, les preuves scientifiques que vapoter réduit les risques par rapport à fumer sont indéniables.

lundi 17 décembre 2018

[Décrypt express] Aucune étude ne montre que la vapoteuse est plus dangereuse que le joint

Petit décryptage express après qu'un ami m'a demandé * mon avis sur un article de Destination Santé. Une étude publiée le mois dernier dans Jama Network Open a mesuré l'effet du Δ9-tetrahydrocannabinol (THC) sur 17 adultes consommateurs très occasionnels sous forme vaporisée ou fumée. Contrairement au compte-rendu du site Destination Santé, repris par le Midi Libre, il ne s'agit ni de vapotage ni de joint. Les participants ont inhalé soit l'aérosol produit par un vaporisateur d'herbe sèche, en l’occurrence le bien connu Volcano (de Storz & Bickel), soit la fumée d'une petite pipe à herbe. L'étude ne montre pas non plus une augmentation de danger puisqu'elle s'est concentrée sur le rendement mesuré dans le taux sanguin et les effets subjectifs ressentis, éventuellement adverses, par les participants. Le résultat est intéressant: la vaporisation est de 40% à 50% plus efficace que par combustion. 

La vaporisation plus efficace que de fumer

"Par conséquent, en maintenant la dose de THC constante, les vaporisateurs semblent être une méthode de libération du cannabis et du THC plus efficace, probablement parce qu'avec les préparations fumées traditionnelles, davantage de THC est perdu à cause de la pyrolyse (combustion) et /ou du sidestream", expliquent les chercheurs de la Johns Hopkins University School of Medicine de Baltimore. Le sidestream est la fumée qui se dégage dans l'environnement entre deux bouffées. Une perte de matière pour le consommateur qui ne se produit pas, ou de manière insignifiante, avec la vaporisation. D'autre part, la pyrolyse est fortement soupçonnée de détériorer les cannabinoïdes par température excessive.

Cannabis déséquilibré

Point important dans le protocole de l'étude, le cannabis utilisé pour les tests avec THC était titré à 13.4% de Δ9-THC, mais seulement 0.03% de cannabidiol (CBD) et 0.8% cannabinol. L'effet d'entourage étudié par le Dr Raphaël Mechoulam, a  montré que le CBD contrecarre certains effets du THC. Avec un ratio entre les cannabinoïdes aussi déséquilibré, l'impact du THC est excessivement fort, comme le montrent les réactions de plusieurs participants que ce soit sous forme vaporisée ou fumée.

Réduire d'un tiers la dose avec la vaporisation

Les mesures sanguines de l'étude montrent des dosages plus élevés de près de 50% avec la vaporisation qu'avec la fumée. Autrement dit, un consommateur peut réduire d'un tiers la dose d'herbe lorsqu'il la vaporise au lieu de la fumer. "Conformément aux résultats pharmacodynamiques, les concentrations quantitatives de THC dans le sang totales étaient plus élevées après l'administration de cannabis vaporisé que fumé et ont montré des différences d'ordre posologique", précise l'étude.

Evidemment, les effets ressentis ont aussi été plus forts. Le mauvais équilibre en cannabinoïdes de l'herbe choisie pour l'étude a provoqué quelques réactions adverses chez les sujets peu coutumiers de consommation forte. L'effet psychotrope du cannabis avec THC se déploie en une dizaine de minutes. En contraste de l'autotitration rapide des usagers de nicotine, les consommateurs de cannabis peuvent se retrouver à avoir pris une dose trop forte, que ce soit en fumant ou en vaporisant. L'expérience et la connaissance des ses réactions préviennent ce genre de problèmes généralement, d'autant plus lorsqu'on n'est pas astreint à consommer une dose prédéterminée pour une étude. 

Attention aux effets plus prononcés de la presse de caniveau

"Les vendeurs et les consommateurs des produits à base de cannabis doivent être conscients que l'inhalation de cannabis avec un vaporisateur pourrait produire des effets de la drogue et une altération des capacités plus prononcés que la méthode traditionnelle de le fumer", concluent les chercheurs. La recherche n'a pas mesuré les toxiques produits par les deux modes de consommation qui constituent dans le cas de la fumée le principal danger. Les risques de perte de capacité inhérente à l'état d'ivresse cannabique sont à apprécier en contexte.

Généralement, ils sont recherchés par les consommateurs mais il devrait être clair qu'ils sont à éviter dans des situations inappropriées. Pour les situations thérapeutiques, l’efficacité est aussi généralement souhaitée. L’équilibre entre les cannabinoïdes est un point clef sur ces questions d’effets.

Nous ajouterons que la lecture de la mauvaise presse, ne prenant pas la peine de lire et de comprendre une étude dont elle rend compte, peut avoir des effets débilitant très prononcés et indésirables dans quelque contexte que ce soit. Et on ne va même pas parler des charognards bénéficiant de subventions par millions € (ce n'est pas une faute de frappe) sautant sur l'article racoleur et stupide pour encourager les fumeurs à le rester.
"Comme pour le tabac, les goudrons issus de la combustion du chanvre sont riches en composés cancérogènes (...). Cependant, les cannabinoïdes eux-mêmes ne sont pas cancérogènes. Une manière évidente de protéger la santé des fumeurs est donc de réduire au minimum la teneur en substances toxiques relatives à la fumée, sans diminuer la teneur en cannabinoïdes", Dale Gieringer, coordinateur de l'association NORML California en 1996.
 *edit: correction de français, pris de doute j'ai lu : http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/2017/04/22/37003-20170422ARTFIG00003-apres-que-ne-faites-plus-la-faute.php 

vendredi 7 décembre 2018

[Media] Quatre ans après, l'arrivée de la Juul ultra-light est-elle un événement ringard?

Depuis plusieurs semaines, les médias mainstreams bombardent la Suisse d'articles sensationnalistes sur l'arrivée de la Juul. Une "tornade" va s'abattre sur le pays selon de la Tribune de Genève, tandis que le gratuit 20 Minuten a publié pas moins de six articles ces 3 dernières semaines sur la vaporette en forme de stick. La RTS, un autre média gratuit mais d'Etat, parle de "fureur" et "des craintes" de l'arrivée de la vaporette californienne.

 3 fois moins dosée qu'aux Etats-Unis

Aucun n'a pris la peine de se renseigner auprès de vapoteurs pour avoir une idée un peu plus éclairée que les fantasmes de politiciens en mal de buzz. Deux articles ont tout de même donné la parole à Jonathan Green, directeur Juul suisse. La NZZ commente tant et si bien que l'on ne sait pas ce qui appartient au représentant de Juul ou à la plume du journaliste.

Le 20 Minuten est plus clair précisant que la version vendue en Suisse est dosée à 17 mg/gr de nicotine*. Très loin donc de la version originale américaine concentrée à 59mg/ml (5% du poids). L'une et l'autre en sels de nicotine, c'est à dire de la nicotine extraite à laquelle est ajoutée un acide organique, comme l'explique le site de Stop-Tabac.ch.

*note : 17 mg/gr de nicotine soit 20mg/ml, édité grâce à Claude ;)

Le light reste dans l'obscurité

Y a t-il un intérêt à un produit ultra light dosé au tiers de sa version US? Celle-ci s'est montrée efficace pour tirer hors du tabagisme des fumeurs parce qu'elle est équilibrée entre un volume faible de vapeur et une concentration suffisante en nicotine. En version édulcorée, les utilisateurs de Juul ne vont-ils pas surconsommer pour compenser cette légèreté en nicotine, comme cela avait été imposé par les cigarettiers et les autorités de santé aux fumeurs avec les cigarettes lights? Sur ce point aussi, beaucoup de bruit et de fureur pour aucune information éclairante dans les médias conventionnels.

Beaucoup de bruit pour peu de vapeur

Mais, surprise positive hier avec un article de Nau, média en ligne suisse-allemand. Alexandra Aregger a fait le boulot basique de journaliste: elle a interviewé quelqu'un qui connait la question. Phil Scheck, vloggueur depuis sept ans et approchant les 100'000 abonnés, est un vapoteur expérimenté. "L'expert en vapotage trouve le battage médiatique autour de Juul injustifié", résume la journaliste.

"Phil Scheck a testé la Juul devant notre caméra: "C'est une vaporette comme il en existe des milliers d'autres." Son enthousiasme est limité. Parce que: "C'est très limité, ce n'est pas puissant, mais c'est beaucoup de marketing exploité", poursuit l'article accompagné d'une vidéo aux intonations "Schwyzerdütsch". "Il existe de bien meilleurs appareils sur le marché en Suisse", précise 'PhilGood'.

Un vieux produit plutôt dépassé

Quatre ans après sa sortie aux Etats-Unis, pays où tout développement technologique du vapotage a été gelé par la Food and Drug Adminsitration (FDA) à la date d'août 2016, la Juul apporte t-elle quelque chose dans cette version ultra-light? En appareil d'appoint discret pour des vapoteurs déjà sevrés? Peut-être... Mais comme le fait remarquer le Vaping Post dans son interview des représentants de Juul, lancée en France avec quelques jours de retard sur la Suisse, l'offre est déjà pléthorique sur ce segment. 

Avec notamment des appareils plus intéressants en étant rechargeables, ce qui laisse plus de maîtrise à l'usager pour choisir ses liquides (en goût et en dosage nicotinique). Reste le design de l'appareil. Ou pas.
Quand la page facebook pour ados du CHUV fait la promo d'un produit, ça sent le hasbeen

L'effet médiatique et de distribution

Le point positif pourrait être le réseau de distribution des kiosques Valora où va se trouver la Juul. De quoi offrir à des fumeurs rétifs ou éloignés de vapeshops l'opportunité à portée de main d'essayer un produit très simple d'usage. Peut-être ce premier test les amènera à chercher un produit plus efficace en magasin spécialisé ensuite? Le fameux effet commercial "du missionnaire" amenant les fumeurs à découvrir le nouveau mode de consommation à risque réduit de la nicotine. 

Commerce ou réelle mission anti-tabac ?

Reste la question qui dérange. Pourquoi Juul a décidé de ne pas commercialiser en Suisse la version américaine dosée correctement de son produit? Rien de formel ne l'empêche. Aucune décision administrative n'a été déposée par les autorités et contrairement à ce que prétend l'administration, le jugement du Tribunal administratif fédéral a abrogé la prohibition pour "faute grave", sans se prononcer sur la question du principe du Cassis de Dijon. Autrement dit, il n'y a aucune raison d'imposer aux Suisses la directive TPD dictée par les lobbys à l'Union Européenne. 

En suivant les préférences europhiles de l'administration, en dépit de l'absence de décision administrative qui serait contestable en justice le cas échéant, la marque américaine a clairement choisi de ne pas entrer en conflit avec celle-ci. Conflit qu'elle a probablement estimé peu profitable pour son image de marque. Mais qui laisse les fumeurs suisses avec un ersatz de Juul. 

Un choix politico-commercial peu raccord avec la mission prétendue et répétée à chaque interview des représentants de Juul d'aider un maximum de fumeurs à sortir du tabagisme. "Pour conduire les fumeurs vers des alternatives, la solution paraît évidente: élaborer une vaporette générant autant de satisfaction qu’une cigarette", expliquait James Monsees, cofondateur de Juul, lors d'une conférence TedX à Bruxelles en 2013. Difficile de croire que cette Juul allégée puisse le faire.

vendredi 9 novembre 2018

Un scanning de la couverture de presse mondiale sur le vapotage montre le grand décalage entre les journalistes et le public

Ils ont déniché 86'872 articles d'information traitant du vapotage depuis 2013. Une équipe de chercheurs américains du domaine de la santé publique a scanné plus de 100'000 sources en 23 langues provenant de 148 pays dans les archives de Google News, Bing News et des partages sur Twitter à partir de mots-clefs dans le registre du vapotage. De 8 articles publiés par jour en 2013, la moyenne de publications quotidiennes a bondi à 75 au premier semestre 2018. "Les informations données sont à la fois un marqueur de l'essor des ENDS [systèmes électroniques de délivrance de nicotine, acronyme utilisé par les auteurs pour parler de vapotage] et un vecteur de la manière dont les informations (et la désinformation) sont diffusées à propos des ENDS", estiment les auteurs de l'étude dirigée par John Ayers, de l'Université de San Diego, et publiée dans la revue Plos One

Une étude financée par le milliardaire anti-vape Michael Bloomberg

"Où les ENDS bénéficient-ils d'une couverture? Quelles problématiques émergent? Quelles stratégies réglementaires sont privilégiées? Le monitorage des médias d'information peuvent répondre à ces questions, et à bien d'autres encore", argumentent les auteurs. Financés par l'organisation de l'affairiste anti-vape Michael Bloomberg, ils ont analysé la provenance géographique, le sujet des reportages, la popularité des sujets dans le public, et le sentiment à propos du vapotage véhiculé par les articles.

La plupart des articles concernent les Etats-Unis avec 34% du total des publications, devant le Royaume-Uni (7%). Les articles de France sont très loin derrière symbolisant le peu de traitement du sujet au niveau francophone. La menace que fait peser la loi française contre l'information positive sur le vapotage jouant probablement un rôle dans ce mutisme.

Alarmisme contre arrêter de fumer

Le grand écart entre l'intérêt et l'orientation des journalistes et le public commence à se dévoiler avec les catégories des articles sur le vapotage. Les médias anglophones et francophones privilégient les informations d'avertissements contre le vapotage, devant les questions d'interdictions. Les sujets sur les prix viennent en troisième place dans ces régions, tandis qu'ils sont le centre d'intérêt premier dans les pays de l'est (Russie, Ukraine), en Inde et en Egypte.

Mais ces intérêts éditoriaux ne sont pas forcément ceux du public. Le principal sujet propulsant la popularité d'articles sur la vape est l'arrêt tabagique. "Il y a peu d'articles sur les ENDS centrés sur l'arrêt du tabac, mais ces articles ont le plus de chances d'être populaires, avec une probabilité de 13% de finir dans les 3 premiers déciles du classement de popularité", souligne la recherche. Dans la sphère francophone, les journalistes privilégient dans 30% des cas l'alarmisme, contre seulement 8% d'articles traitant de l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage. 

Le double d'articles négatifs que positifs

Une accentuation de la faible popularité des sujets de prédilection des journalistes est peut-être à chercher dans l'orientation qu'ils impriment à leurs articles. En analysant des marqueurs de sentiment exprimés par les registres sémantiques, les chercheurs notent que "très peu d'articles (17%) expriment des sentiments positifs, et seuls environ 1% sont fortement positifs". Selon l'analyse des chercheurs, le double d'articles expriment une orientation négative (39%), voire très négative (2%). Parmi les 44% d'articles classés comme neutres, on peut noter que ceux utilisant un registre très légèrement négatif sont plus de quatre fois plus nombreux que ceux très légèrement positifs.
La provenance géographique ne semble pas jouer de rôle sur l'orientation positive ou négative des articles. "Cependant, les articles sur l'abandon du tabac et les prix étaient généralement plus positifs que les articles ayant d’autres sujets", remarque l'étude publiée dans Plos One.

La césure avec le public 

"Nos résultats mettent en évidence plusieurs déconnexions entre les priorités de la communauté scientifique et les domaines de préoccupation potentiels du public", concluent les auteurs. Ils déplorent que les journalistes ne traitent pas suffisamment à leur goût du projet d'interdiction des arômes de vapotage. "De plus, les articles les plus populaires concernent comment arrêter de fumer, alors que ces articles contiennent plus de représentations positives que d’autres articles sur les ENDS", regrettent les auteurs, avant d'insister: "Bien que les études sur les ENDS comme aide à l'arrêt tabagique restent limitées et controversées dans le monde universitaire, le public semble désirer en apprendre davantage et les rédacteurs discutent souvent de manière positive de l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage".

dimanche 29 juillet 2018

Un communiqué de presse de l'IADR désinforme sur les résultats d'une étude sur la réduction des risques cancérigènes du vapotage

"Les vapoteurs exclusifs sont exposés à des niveaux de nitrosamines nettement plus bas que les utilisateurs des produits de tabac, en dépit d'exposition à la nicotine similaire". Les données sont claires dans le résumé de l'exposé de Benjamin Chaffee, de l'Université de San Francisco Californie, à la 96ème session de l'International Association for Dental Research (IADR) hier à Londres. Les taux de nitrosamines spécifiques au tabac (TSNA), connus pour être cancérigènes, sont très nettement plus bas chez les vapoteurs que chez les fumeurs et les autres utilisateurs de produits de tabac. Entre autres, le taux de NNAL (4-(methynitrosamino)-1-(3)-pyridyle-1-butanol) mesuré dans les urines des vapoteurs exclusifs était en moyenne de 4-pg/mg [variant de 2 à 9], contre 286-pg/mg chez les fumeurs exclusifs, et atteignant 869-pg/mg [variant de 411 à 1632] chez les usagers de produits de tabac oraux américains.

Le communiqué de presse contredit les résultats de l'étude

Pourtant, Elise Bender, chargée de comm' de l'Association international de recherche dentaire, a divulgué un communiqué de presse dont le titre affirme l'exact inverse: "L'usage d'e-cigarette et de produits du tabac lié à une augmentation du risque de cancer oral". En évitant soigneusement de citer les données de l'étude sur 6'241 participants qui montrent que les vapoteurs ont des niveaux urinaires de TSNA jusqu'à plusieurs centaines de fois moindres que les consommateurs de tabac. "Le titre de ce communiqué de presse contredit directement les résultats de cette étude. L'étude n'a pas trouvé chez les vapoteurs de niveaux de cancérigènes indiquant un risque de cancer", réagit le Pr Peter Hajek, de l'Université Queens Mary de Londres. "Le titre aurait du être "les produits du tabac mais pas les e-cigarettes sont liés à des risques de cancer" "

Taux de nitrosamines des vapoteurs similaires à des non-fumeurs

Sur la page du Science Media Centre, le Pr Peter Hajek précise que les taux mesurés chez les vapoteurs sont approximativement ceux détectés habituellement chez des non-fumeurs. Même si le résumé de l'étude, qui n'a pas encore été publiée, ne livre pas les niveaux mesurés chez les non-fumeurs. "Sans accès à l'étude évaluée par les pairs, il est difficile de mettre ces résultats en contexte", explique le Pr Paul Aveyard, de l'Université d'Oxford. L'étude semble avoir classé comme vapoteur toute personne déclarant avoir utilisé une vaporette au cours des 30 derniers jours, quelque soit la fréquence d'usage. "Le niveau de vapotage qui consiste simplement à essayer ne devrait pas réduire l'exposition aux substances cancérigènes du tabac", souligne le professeur de médecine comportementale. Selon le résumé de l'exposé de Benjamin Chaffee, 72% des usagers de vapotage du panel étaient aussi consommateurs de tabac, contre 28% de vapoteurs exclusifs. 

"Cesser totalement de fumer aussi vite que possible"

Le Pr Paul Aveyard rejoint le Pr Peter Hajek sur le caractère très rassurant des résultats pour les vapoteurs exclusifs. "L'étude montre que les personnes qui utilisent du tabac, qu'il soit oral ou fumé, présentent des niveaux élevés de cancérogènes, alors que les personnes qui utilisent des vaporettes, qui sont sans tabac, ont des niveaux très bas. Ce qui est très rassurant pour les gens qui vapotent", souligne t-il. Cependant, le cas des double-usagers, qui vapotent et fument encore, est sensiblement moins rassurant. "Les personnes qui vapotent et fument ont des niveaux de cancérogènes similaires aux fumeurs", précise le Pr Paul Aveyard.

Le Dr Ed Stephens, auteur d'une méta-analyse sur les risques cancérigènes comparés entre fumer et vapoter, insiste sur l'effet de tromperie du communiqué de presse et l'importance d'informer sur les risques de conserver une consommation de tabac. "En résumé, le fait de ne pas clarifier dans le communiqué de presse la catégorie des double usagers vapotage et tabac désinforme sur les résultats en laissant entendre que le vapotage seul comporte un risque de cancer de la bouche comparable au tabagisme. Les données ne corroborent pas cette conclusion, au contraire elles montrent clairement que les vapoteurs qui ne fument plus ont un risque beaucoup plus faible de cancer buccal lié aux TSNA que ceux qui combinent le vapotage avec le tabagisme. Le message pour les fumeurs qui prennent le vapotage pour des raisons de santé est très clair - cesser de fumer tout à fait aussi vite que possible".



mardi 17 juillet 2018

Le Juul effect: les investisseurs ont perdu la foi en Big Tobacco

"Il est surprenant de voir une industrie aussi solide et rentable être liquidée comme cela en seulement six mois, mais la réaction des investisseurs montre clairement que les actions des cigarettiers ne sont plus la valeur sûre qu'elles étaient depuis des générations". L'analyste Jeremy Bowman ne mâche pas ses mots sur Motley Fool, le site d'information financière. Son article fait écho à l'alerte du cabinet S&P Global la semaine dernière sur les actions des trois principaux cigarettiers.  Les cours de Philip Morris, Altria et British American Tobacco ont chacun perdu près de 20% de leur valeur sur les six premiers mois de l'année et  n'ont pas récupéré de leur crash du printemps.

Bloomberg black-out

Ce crash le 19 avril dernier a été provoqué par la publication d'une des analyses financières les plus importantes de l'année, bien que toute la presse liée à l'oligarque Michael Bloomberg a choisi de la passer sous silence. Pourtant, celui dont Forbes estime la fortune à 50 milliards $ en 2018, a bâti sa richesse sur l'information financière. Mais Michael Bloomberg est également parti en guerre contre la réduction des risques, et en particulier contre le vapotage. Il a annoncé en mars, dans un article qu'il a commandé au Guardian, avoir investi un milliard dans sa croisade. 

Aux Etats-Unis, seul John Cramer du show Mad Money sur CNBC a parlé sur un média grand public de l'analyse de Citi Group qui a mis le feu aux poudres de Wall Street. "La vaporette JUUL a commencé d'écrouler l'industrie cigarettière américaine", titre le rapport dirigé par Adam Spielman, qui ne se trouve pas en accès public mais dont nous en avions relaté les principaux points. La chute de 6% des ventes de cigarettes sur le premier trimestre de l'année s'est accompagnée de la poursuite de l'assaut de la Juul du marché des détaillants des produits de vapotage. Le pod rectangulaire aux sels de nicotine a pris plus de la moitié de ce canal, qui représente un cinquième des ventes globales de produits de vape aux Etats-Unis. Ce réseau de distribution était jusque-là la chasse gardée des produits des cigarettiers. 

Les actions de Big Tobacco soldées

Les investisseurs ne s'y sont pas trompés, les cours des Big Tobacco se sont effondrés dés la publication du rapport de Citi Group. Trois mois après, en dépit du black-out des médias liés à Bloomberg, les réseaux d'information financière indépendants discutent encore de cette nouvelle donne. "Les actions des cigarettiers ont été liquidées cette année en grande partie parce que les fabricants de cigarettes auraient du mal à faire la transition vers les nouvelles technologies", analyse Jeremy Bowman sur Mottley Fool. En particulier, la cigarette chauffée Iqos de Philip Morris ne convint pas beaucoup de consommateurs de 36 des 38 pays où elle se trouve, à part au Japon et en Corée du Sud.

La baisse générale des ventes de cigarettes force une transition des cigarettiers vers le vapotage ou de produits directement concurrents. C'est un fait mis à jour par le mouvement de la vape: une large partie des fumeurs aspire à des produits à risques réduits, comme le souligne Oliver Kershaw, fondateur de l'ECig Forum, dans une série de tweets. Du côté des financiers, "l'inquiétude suscitée par la transition vers le vapotage est qu'un petit concurrent pourrait battre les géants du tabac. Cela semble déjà se produire avec Juul, le fabricant de vape à la croissance la plus rapide aux Etats-Unis", résume l'analyste Jeremy Bowman.

Campaign for Tobacco-Free Kids à la rescousse des cigarettiers

Outre qu'il met en grande difficulté les cigarettiers, l'essor de la Juul a déclenché une campagne hystérique à son encontre. Au moins en apparence, ce ne sont pas les cigarettiers qui la mènent mais des organisations soi-disant anti-tabac dont la puissante Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK). Notoirement lié à Michael Bloomberg et ayant décroché le gros lot en négociant en secret avec Philip Morris un règlement à l'amiable du procès de 1998, Matt Myers, leader de CTFK, a désormais fait de la Juul sa cible principale. 

Alors que le taux de tabagisme adolescent s'est effondré de moitié depuis 2011, la part des ados a avoir expérimenté le vapotage s'est réduit depuis 2015, date de l'apparition de la Juul. Pourtant, celle-ci est accusée de propager une "épidémie de juuling chez les lycéens". En boucle, les médias, y compris français, répètent ce mantra, l'illustrant régulièrement d'images de spots TV anti-vape mettant en scène des jeunes recrutés spécialement pour l'occasion par un cabinet de marketing. Un classique de discours auto-référentiel narcissique où les médias montrent leur propres reflets en guise de preuves. 

La coalition des conservateurs du tabagisme

Le lynchage médiatique de la Juul pourrait prolonger les bonnes affaires des cigarettiers et des autres lobbys vivant sur le dos des fumeurs en ralentissant l'essor du pod. Comme le croquait, lors du dernier Global Forum on Nicotine, David Sweanor, professeur de droit à l'Université d'Ottawa: "Nous avons de nouveau là un exemple de la vieille alliance entre puritains et trafiquants [baptists and bootleggers coalition]".

Du point de vue de la réduction des risques, la Juul constitue un produit très intéressant comme en témoigne sa saignée du tabagisme américain. Cependant, la prise d'une grande part du marché par un seul produit, même indépendant des Big Tobacco, fait courir le risque d'une concentration réduisant la diversité et le pouvoir de choix des consommateurs. Le gel des innovations sur le marché américain provoqué par la réglementation de la FDA favorise malheureusement une telle évolution.



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