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lundi 2 mars 2020

USA - Scandale des liquides contaminés: le CDC aurait pu prévenir près de 80% des cas

Chronologie d'un désastre sanitaire évitable ponctué de 68 décès et 2807 personnes hospitalisées. Les maladies pulmonaires provoquées par des cartouches contaminées à l’acétate de vitamine E sur le marché noir du THC aux États-Unis au second semestre 2019 ont pris la proportion d’une crise sanitaire. Pourtant, les autorités détenaient très tôt des informations claires sur l'origine réelle des pneumopathies. Une communication loyale des responsables de santé publique aurait pu prévenir plus de huit dixièmes des malades. A l'inverse, le Center for Disease Control (CDC) et la Food and Drug Administration (FDA) ont manipulé l'information au public dans un calcul politicien cynique. Les consommateurs de produits au THC ne se sont évidemment pas sentis concernés par les avertissements contre les « E-cigarettes ». Tandis que, secondes victimes de la campagne de confusion, des millions de fumeurs de cigarettes ont renoncé à passer au vapotage.

Plus de 80% des 2807 cas se sont déclarés après le 19 août

Ce 18 février 2020, le Center for Disease Control (CDC) dénombre 68 décès et 2807 personnes atteintes par les pneumopathies liées aux liquides frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC aux États-Unis. L’agence américaine a affublé cette vague de pneumopathies du nom trompeur de « e-cigarette, or vaping, product use associated lung injury (EVALI) ». En réalité, les biopsies des victimes ont clairement confirmé que la cause des pneumopathies était l’acétate de vitamine E, absente de cette dénomination.

Substance huileuse, l’acétate de vitamine E était ajouté par les dealers du marché noir à des liquides au THC pour tromper leurs clients sur la teneur en substance psychotrope des cartouches frelatées. Aucun élément n’a indiqué que l’e-cigarette au sens courant du terme, la rapportant au vapotage de nicotine, ait été impliquée.

Dés fin juillet, les autorités de santé ont des indices forts sur la réelle origine des problèmes. Le 19 août, un rapport d’analyse, stipulant clairement que le seul suspect identifié à l’origine des pneumopathies est l’acétate de vitamine E, est remis aux autorités du CDC et de la Food and Drug Administration (FDA).

Pourtant, le CDC et la FDA vont organiser une grande campagne de désinformation pour incriminer le vapotage de nicotine. Des milliers de consommateurs de produits au cannabis n’ont ainsi pas été prévenus du danger les concernant. Selon le décompte final du 25 février 2020 du CDC, 81% des 2807 cas se sont déclarés après le 19 août.

Le CDC s’autocongratule de sa gestion sanglante

« En raison de la baisse continue des nouveaux cas d’EVALI depuis septembre 2019 et de l’identification de l’acétate de vitamine E comme cause principale d’EVALI, la publication d’aujourd’hui est la dernière mise à jour hebdomadaire du CDC sur le nombre de cas d’EVALI hospitalisés et de décès à l’échelle nationale », déclare l’agence aux médias ce 25 février pour clore le dossier.

Malgré sa désastreuse communication, l’agence s’autofélicite. La vague de malades aurait diminué en raison de « la sensibilisation accrue du public au risque associé à l’utilisation de produits de cigarette électronique ou de vapotage contenant du THC résultant de la réponse rapide de la santé publique », affirme le CDC fin février.

En réalité, la direction du CDC a diffusé une désinformation tronquée, biaisée et trompeuse durant des mois. Une mise en danger de la population dont le déroulé est affligeant. Et ceci alors que l’agence détenait déjà des éléments probants de la réelle source des pneumopathies: l’acétate de vitamine E.

Avant même la crise, des alertes sonnent. Dès le 6 juillet, Eliana Golberstein, chimiste à Auckland pour Myriad Pharmaceuticals qui commercialise un dispositif de vapotage, pointe la vitamine E comme un potentiel danger à l’inhalation.

Des alertes sur les cartouches du marché noir du THC dès la fin 2018

La mise en garde de la chimiste survient après d’autres alertes. Depuis plusieurs mois, des professionnels de produits de cannabis légaux aux États-Unis tentent alors de faire réagir les autorités sur les risques de produits du marché noir. Le magazine Rolling Stones couvre le sujet en décembre 2018. Officieusement, les « insiders » ont déjà identifié la mise sur le marché d’un nouvel « additif épaississant » depuis la fin 2018, mais craignent de s’exposer au risque d’un procès en diffamation s’ils en parlent publiquement.

Le produit se vend aux dealers pour tromper leurs clients sur la teneur en THC des cartouches de liquide. Les acheteurs des cartouches pré-remplies faisaient le test de la bulle d’air pour évaluer cette teneur: si la bulle remontait lentement, cela indiquait un produit chargé en extrait de THC. L’additif nouvellement utilisé permet de faire croire à un liquide épais, malgré une faible concentration d’extraits de cannabinoïdes. Mais les autorités sanitaires préfèrent ignorer les alertes et optent pour la posture de l’autruche.

Le 25 juillet, alerte et image du principal produit frelaté

Les premiers cas apparaissent au printemps, puis leur nombre augmente en juillet notamment au Wisconsin. Le 25 juillet, le Département de santé local lance l’alerte: huit cas sont identifiés, l’un d’eux a été plongé dans le coma artificiel. Son frère témoigne devant les caméras de Fox6 Milwaukee et montre une cartouche « Dank Vape », une marque illégale de produits au THC. Il affirme avoir déjà donné aux services de santé d’autres échantillons de ce produit acheté dans la rue par son frère.

Aucun autre média ne reprend cette information. Seule la mise en cause du vapotage sans autre précision par les autorités du Wisconsin est diffusée largement.

Le rapport du Wadsworth Center tenu secret

Le 19 août, le département de santé de New York envoie au CDC et à la FDA un rapport d’analyse de 38 échantillons de liquides utilisés par les dix premiers new-yorkais touchés par la pneumopathie. « L’acétate de vitamine E est la principale découverte dans les liquides aux cannabinoïdes. Aucun composé pouvant être lié à EVALI n’a été trouvé dans les deux produits à base de nicotine testés », conclut cette première analyse complète des produits suspects des pneumopathies par le Wadsworth Center. Ces résultats ne seront rendus publics que six mois plus tard, le 20 février 2020 par la revue Toxics.

Aussi le 19 août sur la chaîne locale WLFI, le Dr Marc Estes, responsable du département de santé de l’Indiana, pointe clairement que les onze cas détectés dans son Etat « ne sont probablement pas corrélés au vapotage lui-même, mais à ce que les individus ont vapoté », évoquant les produits de THC.

Le même jour dans l’Utah, la Dre Dixie Harris, pneumologue à Intermountain Healthcare, souligne que « tous les cas sont assurément associés à des concentrés de marijuana », au Salt Lake Tribune (non atteignable depuis l’Europe). Le 22 août, le département de santé de l’Iowa signale que trois patients sur les quatre cas reconnaissent avoir utilisé des produits illicites au THC.

Sur le terrain, tout désigne les produits frelatés du marché noir du THC

« De nombreux États ont signalé que le THC était lié à la plupart des cas, sur la base des déclarations des patients. Par exemple, l’Utah a rapporté que 94% des patients ont admis utiliser des cartouches de THC alors que seulement 6% ont déclaré ne vapoter que de la nicotine. Dans cet État, les tests des produits utilisés par les patients ont révélé qu’aucun dispositif de vape à la nicotine n’était contaminé, mais 89% des cartouches de THC ont été détectées comme frelatées avec des ingrédients pouvant expliquer les maladies », relate le rapport de Michelle Minton et Will Tanner, du Competitive Entreprise Institute (CEI), publié le 21 janvier 2020 malgré les obstructions de la bureaucratie du CDC, comme le montre cette conversation téléphonique.

Pourtant, en dépit des communications des départements de santé des États, de l’analyse des liquides des patients par le Wadsworth Center du département de santé de New York, des témoignages et des cartouches de produits frelatés de marques illégales en leur possession, les autorités du CDC et de la FDA vont choisir de sciemment désinformer le public.

Le briefing du mensonge du 23 août

Le 23 août, l’émotion du public est à son comble avec la survenue du premier décès.« Cette mort tragique dans l’Illinois renforce les risques graves associés aux produits de cigarette électronique », déclare Robert Redfield, directeur par intérim du CDC, dans un communiqué officiel. À partir de là, les grands médias mettent en boucle la sentence: « L’e-cigarette tue ». En complément du communiqué, les autorités de santé tiennent un briefing par visio avec la presse.

Ileana Arias, directrice adjointe du CDC, annonce « 193 cas potentiels non confirmés de maladie pulmonaire grave associée à l’utilisation de produits de cigarette électronique ». Aux questions insistantes des journalistes sur les possibles substances en cause, les responsables affirment à plusieurs reprises ne pas avoir de données.

« Nous n’avons spécifiquement lié aucun de ces ingrédients spécifiques aux cas actuels, mais nous savons que l’aérosol de cigarette électronique n’est pas inoffensif », enfume le Dr Brian King, de la section tabac du CDC, à une question d'un journaliste de NPR.

Mich Zeller, directeur de la section tabac de la FDA, renchérit dans le mensonge par omission. « Nous avons reçu des échantillons de produits et nous les analysons pour voir s’ils contiennent de la nicotine, des substances telles que le THC, ou d’autres produits chimiques ou ingrédients. Les résultats de ces analyses seront communiqués aux États afin de les aider dans leur enquête en cours », déclare-t-il sans évoquer les résultats du Wadsworth Center qu’il détient.

Quatre jours après avoir reçu le rapport, les responsables du CDC et de la FDA ont donc sciemment décidé de cacher au public les informations du département de santé de New York sur la mise en cause de l’acétate de vitamine E dans les cartouches au THC du marché noir. Les médias reprennent la communication des autorités sanitaires et incriminent « la cigarette-électronique », ce qui dans le langage populaire signifie le vapotage de nicotine.

Leafly mène l’enquête

« C’est l’un des plus grands manquements au devoir de la part des dirigeants américains de la santé publique que j’ai vue de mon vivant », dénoncera Bruce Barcott, rédacteur-en-chef adjoint du site spécialisé sur le cannabis Leafly, dans sa chronique de fin d’année. « Pendant des mois, les responsables du CDC ont déclaré au public qu’il était impossible de savoir quel type de vape tuait des gens. En fait, les dirigeants de la santé publique ont désespérément tenté de rejeter la faute sur les appareils de vapotage de nicotine. Pourtant les faits racontent une autre histoire », poursuit-il.

Le responsable de Leafly est bien placé pour le savoir. C’est David Downs, son journaliste en Californie, qui révèle le 30 août le lien entre les pneumopathies et un additif à l’acétate de vitamine E lancé sur le marché pour tromper les acheteurs de cartouches au THC. Les gens vapotent, des extraits de cannabis, de la nicotine ou simplement des arômes, depuis des années sans problème. Et soudain cette vague de pneumopathies. « Qu’est-ce qui a changé? », se demande David Downs dans l’article. 

Honey Cut

« Les initiés de l’industrie [du cannabis légal] qui suivent de près les marchés légaux et illégaux des cartouches de vape au THC disent à Leafly qu’un nouveau type d’additif a commencé à apparaître à la fin de 2018. Il est depuis devenu largement utilisé sur les marchés parallèles. Il s’agit d’une nouvelle classe d’agents épaississants inodores et insipides », explique le journaliste de Leafly, dont les éclaircissements n’ont pas l’audience des médias mainstreams. 

La suite de son enquête confirmera ces informations, pointant spécifiquement un additif épaississant vendu sous le nom de « Honey Cut » et constitué à près de 95% d’acétate de vitamine E. Mais pour éviter le risque de poursuites judiciaires, il ne publiera l’information que le 8 novembre, immédiatement après que le CDC ait enfin reconnu officiellement que l’acétate de vitamine E est « fortement suspecté » d’être impliqué dans les pneumopathies.

Le 5 septembre, le département de santé de New York brise l’omerta

Entre-temps, le département de santé de New York a eu le courage de braver les consignes de désinformation du CDC et de la FDA. Le 5 septembre, un communiqué de presse brise l’omerta: « Les résultats des tests de laboratoire ont montré des niveaux très élevés d’acétate de vitamine E dans presque tous les échantillons contenant du cannabis analysés par le Wadsworth Center dans le cadre de cette enquête. Au moins un produit de vape contenant de l’acétate de vitamine E a été associé à chaque patient qui a soumis un produit pour un test », explique le communiqué associé à des photos de produits du marché noir en cause.

La presse reprend l’information de manière plus ou moins confuse. Mais la hiérarchie du CDC tente de brouiller le message avec une conférence de presse dès le lendemain. Et cela marche, comme on peut le constater dans cet article confus du Washington Post du 7 septembre.

Malgré cela, le message sur les liquides frelatés commence à percer dans le public concerné. Le pic de nouveaux cas va être atteint la semaine suivante, puis décroître progressivement au fur et à mesure que l’information se répand auprès des consommateurs de produits au THC.

Le crash du 11 septembre

Cependant, les responsables du CDC et de la FDA se rapprochent de l’objectif politique de leur campagne de désinformation. Alors que le pays compte six décès liés à ces pneumopathies, le président Donald Trump annonce le 11 septembre vouloir interdire le vapotage aromatisé devant les caméras.

Le 15 septembre, Andrew Cuomo, le maire de New York, profite de l’épidémie de peur pour annoncer l’interdiction des liquides de vape aromatisés. Cette annonce suit celle du Michigan et précède celle du Massachusetts, où le gouverneur Charlie Baker a interdit les produits de vape. L’épidémie de prohibition se répand, selon le suivi du Vaping Post, à l’État de Washington, le Rhode Island, l’Oregon, le Montana...

Malgré les pressions du lobby Parents against vaping (PAVe) sur la première dame, Donald Trump renifle la supercherie du CDC concernant les pneumopathies. Il convoque à la Maison Blanche une table-ronde réunissant les lobbyistes anti-vape, cigarettiers, mais aussi Gregory Conley, infatigable défenseur de la vape indépendante avec l’American Vaping Association (AVA).

Trump décide au dernier moment de diffuser en streaming la réunion du 23 novembre. Il en ressort la vision prohibitionniste des anti-vape et le jeu de dupes des cigarettiers, espérant éliminer la concurrence de la vape indépendante avec des restrictions. Mais de manière inattendue, l’intervention de Gregory Conley attire l’attention du président.

Le Far West sauvage commence maintenant

Au final, Trump décide en janvier d’interdire la vente des cartouches de pods préremplis aromatisées, sauf les goûts tabac et menthol, et de porter à 21 ans l’âge légal pour acheter des produits de tabac et de vapotage. Les liquides de vape indépendants échappent à l’interdiction des arômes.

Cependant, la campagne médiatique nourrie par le CDC a massacré le secteur. Des centaines, si ce n’est des milliers, de boutiques spécialisées ont définitivement fermé. Enfin, la perspective des très onéreuses procédures d’homologation dites PMTA laisse peu de chance de survie aux produits indépendants aux États-Unis.

Des produits illégaux de vape nicotinée, bâtis en projet économique éphémère, en profitent pour se répandre avant de disparaître après quelques mois et millions encaissés. À l’image des Puff Bars de conception archaïque et de qualité très médiocre, pour le dire avec euphémisme, ces produits jetables sont vendus à bas prix (~ 10 $). Les adversaires de la réduction des risques, qui ont abusivement utilisé l’image du Far West sauvage pour demander des interdictions, sont en train de réellement créer une situation propice aux produits hors de tout contrôle. 

Pandémie de désinformation

Au-delà des États-Unis, l’onde de choc de l’épidémie de désinformation a frappé tous les pays. Par exemple en France, la Fivape, fédération des entreprises de vape indépendantes, estimait à près de 30% de chute de chiffre d’affaires en août et septembre. Les ventes légales de cigarettes, en baisse sur l’année, sont restées à un niveau relativement stable sur le dernier trimestre 2019 selon les données de l’OFDT. L’opération du Mois Sans Tabac en novembre a connu une chute de 20% de participation par rapport à la précédente édition, alors qu’elle progressait d’année en année.

Sans être définitifs, ces indicateurs laissent penser que la campagne de dénigrement mensongère contre le vapotage, particulièrement soutenue de la part de l’AFP, a profité à un relatif maintien du tabagisme aussi en France. Le sondage BVA/Sovape publié en octobre 2019, en pleine tempête médiatique anti-vapotage, renforce cette impression: 59% des Français croient que vapoter est aussi ou plus nocif que fumer. Des tendances similaires sont rapportées dans d’autres pays.

Les victimes

Les premières victimes de l’opération de désinformation sont les milliers d’usagers de produits au THC qui n’ont pas été prévenus du danger. Des centaines garderont des séquelles respiratoires, une large partie des décès aurait pu être évitée.

Les centaines de millions de fumeurs dans le monde abusés par cette propagande contre le vapotage sont les autres victimes. Près de la moitié mourront d’une maladie liée au tabagisme, tous auront leur santé amoindrie de ne pas avoir arrêté de fumer.

Une des premières victimes de toute guerre est aussi la vérité. La manière dont les autorités de santé et les médias ont massacré les faits, défiguré la réalité, instrumentalisé des victimes dans la détresse et trompé la population dépasse la simple violation déontologique. La falsification du 19:30 de la télévision romande RTS en est un exemple pitoyable.

Victoire à la Pyrrhus

De manière peut-être paradoxale, une victime qui se révélera à plus long terme est l’autorité de la santé publique. Les mensonges caractérisés du CDC, et d’autres organisations sous influence privée dans son sillage, sur cette affaire marquent une rupture de confiance pour des dizaines de millions d’usagers du vapotage, ainsi que de cannabis, même si ceux-ci subissent déjà une longue histoire de tromperie. Il y a aussi, pour un nombre que je ne sais pas estimer, des professionnels de santé. 

Assurément, le CDC a abusé une grande partie de la population. « Près de 3 Américains sur 5 pensent que les décès récents dus à une maladie pulmonaire sont liés à l’utilisation de cigarettes électroniques », relate un sondage du cabinet Morning Consult de septembre 2019. Tandis que seulement 34% pensaient que les cas concernaient « de la marijuana ou des e-cig au THC ». Le sondage ne posait pas la question du rôle de la vitamine E aux sondés. Probablement que le taux de personnes informées correctement aurait été catastrophique. Le sondage a également montré que moins de 22% des Américains savent que vapoter est moins nocif que fumer. 

Cependant, une minorité importante de la population américaine semble avoir saisi la mécanique de manipulation autour de cette vague de pneumopathies. À plus long terme, la question reste ouverte de la crédibilité de ceux qui ont porté le mensonge. La tromperie fonctionne tant que les victimes ne s’aperçoivent pas de la supercherie. Avec une technologie aussi simple et résiliente que le vapotage, qui ne disparaîtra pas en tant que tel, il n'est pas impossible qu’une large partie du public comprenne avec le temps l’énormité de l’enfumage dont elle a été victime durant ce tragique second semestre 2019.

En complément - La conférence d’Ethan Nadelmann, fondateur de la Drug Policy Alliance, à l’Ecig Summit de Londres le 14 novembre 2019 sur la diabolisation du vapotage aux États-Unis : https://vimeo.com/374470255

mercredi 12 février 2020

Fraude sur la vape et les crises cardiaques: la revue JAHA fait la sourde oreille à une nouvelle plainte de 16 experts anti-tabac

Dans deux lettres fin janvier, seize nouveaux experts anti-tabac* s'inquiètent de la fraude sur le vapotage et les crises cardiaques publiée en juin dans le Journal of the American Heart Association (JAHA). L'étude signée Stanton Glantz et Dharma Bhatta, de l'Université de San Francisco (UCSF), a fait grand bruit dans les médias à l'époque. Le vapotage serait cause de crises cardiaques. Pourtant rapidement, des chercheurs nourrissent des doutes sur les conclusions de l'analyse statistique. 

Le Pr Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l'Université de Louisville, obtiennent les données brutes fédérales ayant servi à l'étude et s'aperçoivent, selon USA Today du 19 juillet, qu'une "large part des 38 patients de l'étude ayant subi une crise cardiaque l'ont eu avant de commencer de vapoter". Les deux chercheurs écrivent à la revue, le 11 juillet puis le 18 juillet, pour demander la rétraction de l'article aux conclusions infondées. En réaction, JAHA joue l'obstruction.

Pression pour étouffer l'affaire

Le 3 octobre,  le Consortium interuniversitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) fait pression au prétexte de la protection des données personnelles sur le Dr Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat pour qu'ils ne divulguent pas publiquement leur contre-analyse. Plus de trois mois après les deux lettres de Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, la revue JAHA leur répond enfin le 30 octobre d'une formule ampoulée selon laquelle elle va enquêter. "La réponse du Journal de l'American Heart Association n'offre rien de plus qu'une obfuscation bureaucratique", réagit Clive Bates, spécialiste du domaine de la réduction des risques, dans le fil de commentaires PubPeer à l'article de Glantz et Bhatta.

Le Pr Andrew Gelman confirme l'erreur fondamentale de l'étude

En novembre, le Pr Andrew Gelman, spécialiste de statistique renommé et directeur de l'Applied Statistics Center de l'Université Columbia, effectue sa propre analyse des données. "Bhatta et Glantz font des allégations causales basées sur la corrélation entre les problèmes cardiaques et l'utilisation de vapotage, il semble donc approprié d'exclure de leur analyse les personnes qui n'ont commencé à vapoter qu'après leurs attaques cardiaques", explique le spécialiste dans un billet sur son blog.

"Même s'ils l'avaient fait", poursuit-il, "je peux anticiper des problèmes sur les résultats - la confusion avec le tabagisme est le gorille de 800 livres dans la pièce, et toute tentative d'ajustement sur ce facteur de confusion dépendra nécessairement fortement du modèle utilisé pour cet ajustement... mais retirer ces 11 personnes [qui ont eu l'attaque cardiaque avant de vapoter] de l'analyse, cela semble être un minimum", souligne le Pr Andrew Gelman. Cependant, la revue JAHA ne donne toujours pas signe de vie.

Seize experts rentrent dans la bataille

Le 20 janvier, 16 experts* de renommée mondiale de la lutte anti-tabac se décident à demander des clarifications à la revue JAHA, exprimant leur "inquiétude concernant les défauts fondamentaux" du papier signé par Stanton Glantz et Bhatta. Notamment deux lacunes majeures mettent à mal le prétendu lien de causalité entre vapotage et risque de crises cardiaques. En premier lieu, les experts relèvent que "bon nombre des crises cardiaques comptabilisées dans l'analyse se sont produites avant l'adoption du vapotage [par les personnes victimes de crises] et leur exclusion de l'analyse annule la conclusion et la prémisse globale de la publication"

Par ailleurs, les experts académiques soulignent que "les auteurs étaient au courant des données de l'enquête utilisée qui auraient pu corriger cette erreur", à savoir les dates des crises cardiaques et de l'entrée en consommation de vapotage. Les 16 experts soulignent que "la revue n'a jusqu'à présent pas fourni de réponse substantielle à ces préoccupations", déjà mises en lumière par l'analyse de Brad Rodu. Mais, une fois de plus, la revue JAHA envoie une réponse creuse le 23 janvier. 

Seconde charge contre le JAHA

Le 29 janvier, les 16 pointures reviennent à la charge précisant trois problèmes majeurs. "(1) Des défaillances critiques dans le document publié lui-même ; (2) le comportement des auteurs qui n'ont pas ajusté leur analyse en fonction des données qu'ils savaient exister et qui aurait résolu les problèmes liés à leur analyse, mais ce faisant, auraient remis en cause leur conclusion initiale ; (3) la procédure suivie par le journal à la lumière de la plainte du donneur d'alerte déposée par le Dr Brad Rodu en juillet 2019 et à présent suivie par nous".

Les chercheurs vont plus loin en demandant à la revue ce qu'elle compte faire sur deux points précis. "Question 1. Il est clair que les résultats ne sont pas fiables. La revue accepte-t-elle que les résultats ne sont pas fiables et que propose la revue à propos de l'article publié? Question 2 . Pouvez-vous confirmer s'il y a ou a eu une enquête sur cette plainte, décrire son état actuel et indiquer le résultat de l'enquête, le cas échéant?"

Une rétraction seulement après avoir obtenu des mesures anti-vape?

À cette heure, le JAHA n'a pas répondu à la dernière demande des chercheurs. La controverse est accessible au public dans les commentaires de la publication du résumé de l'étude sur PubPeer, le réseau regroupant les publications scientifiques. Cette semaine dans la revue Reason, Jacom Sullum se demande "à la lumière de ce "problème de données", où est "l'évaluation objective et approfondie"  promise par la revue JAHA ?" 

Huit mois après le début de la controverse, tout laisse à penser que l'Association of Heart American joue la montre. Alors que, par exemple, Ranti Fayokun a encore présenté les résultats de Glantz et Bhatta sur les risques de crises cardiaques et d'AVC liés au vapotage comme des vérités établies devant les délégués du Conseil exécutif de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à sa 146e session la semaine dernière à Genève.

[add 18-02-2020] La revue JAHA vient de rétracter la publication. Explications dans ce nouveau billet [/add]

* Les 16 signataires sont:
Pr David B. Abrams, New York University
Pr Kenneth Michael Cummings, Medical University of South Carolina
Pr George Davey Smith, University of Bristol
Dr Konstantinos Farsalinos, Onassis Cardiac Surgery Centre
Pr Jonathan Foulds, Penn State University
Pr Abigail Friedman, Yale School of Public Health
Pr Thomas Glynn, Stanford University
Pr Peter Hajek, Queen Mary University of London
Pr Martin Jarvis, professeur émérite de l'University College of London
Pr Robert Kaestner, Université de Chicago
Pr Ann McNeill, King's College of London
Pr Marcus Munafò, University of Bristol
Pr Raymond Niaura, New York University
David Sweanor, University of Ottawa
Pr David Timberlake, University of California, Irvine
Pr Kenneth Warner, University of Michigan

vendredi 22 novembre 2019

Une hypothèse fumeuse sur l'origine d'une pneumopathie au Canada devient une certitude à buzz anti-vape pour l'AFP

C'est répétitif et du coup, un peu lassant à débunker. Un travail d'un niveau scientifique proche de la cave devient un buzz affolant dans la presse grand public, via l'emballage trompeur de l'AFP. En l’occurrence, une suite d'hypothèses douteuses présentées par des médecins canadiens dans la revue du Canadian Medical Association Journal (CMAJ) devient un diagnostic établi sous la plume de l'AFP. Dépêche reprise sans vérification ni distance critique par divers médias francophones. Le papier des médecins canadiens, publié avant-hier avant révision par des pairs, présente le cas d'une pneumopathie d'un adolescent de 17 ans, pris en charge en hôpital durant 47 jours, avec une assistance respiratoire et un traitement aux corticoïdes, avant de rentrer chez lui. La phrase la plus importante du texte médical est "le mécanisme exact de l'atteinte et l'agent causal sont inconnus"

Tout le reste du texte doit se lire à partir de cette ignorance et être interprété pour une hypothèse. A l'opposé de toute loyauté pour le lecteur et d’honnêteté intellectuelle, l'AFP transforme l'hypothèse, mal fondée comme nous allons le voir, en buzz. Rappeler aux journalistes de l'AFP les devoirs des journalistes de la charte de Munich est inutile, ils ne savent pas qu'elle existe.

Inférence inversée sur un postulat branlant

L'hypothèse de Simon T. Landman et de ces confrères est que le jeune homme a subi une bronchiolite oblitérante à cause de son vapotage, qu'il utilisait depuis 5 mois, parce que des liquides contiendraient du diacétyle. N'étant pas en mesure de faire une biopsie chirurgicale des bronchioles, "ceci nous a amenés à considérer la possibilité d'une exposition toxique par inhalation de vapotage comme la cause de la bronchiolite aiguë et, étant donné l'exposition aux composés aromatisants des e-liquides, nous avons fait le postulat que la bronchiolite oblitérante pourrait s'être développé chez ce patient", précisent les médecins. Oui,  c'est ça: une hypothèse puis un postulat sur la maladie même, avec une inférence inversée entre deux. Bingo au concours de paralogisme.

Or plusieurs éléments font énormément douter de cette construction hypothétique. Dans l'ordre logique, leur première hypothèse est que le malade est atteint d'une bronchiolite oblitérante. Les médecins canadiens appuient ce postulat sur l'analyse des images des poumons du malade, qui montrent une inflammation sévère. On ne sait pas pourquoi, les médecins canadiens ont décidé que ces images écartent le diagnostic de pneumopathies similaires à celles des jeunes américains avec les liquides frelatés à la vitamine E du marché noir de produits au THC. Pourtant, dans plusieurs cas des malades américains, les images des poumons présentent des signes similaires à celui du jeune canadien.

Pour assurer un diagnostic de bronchiolite oblitérante, les médecins auraient du faire une biopsie chirurgicale des bronchioles. C'est délicat et dangereux pour le patient, et on peut comprendre qu'ils aient abandonner ce test. Mais sur la base de ce qu'ils ont à disposition, leur hypothèse n'est qu'une hypothèse et le point le plus important est que "le mécanisme exact de l'atteinte" reste "inconnu".

Cachez ce liquide frelaté que je ne saurais voir

Or, un élément essentiel plaide pour prendre en considération l'autre hypothèse d'un possible rôle d'un liquide frelaté. Cet élément est tout simplement que le patient a expliqué vapoter des liquides traficoté avec du THC. Pourquoi les médecins écartent cette piste et n'ont pas analysé le liquide supposément au THC ajouté par le jeune? Comment être sûr qu'il n'a pas inhalé des adultérants tels que la vitamine E ou des lipides ou des pesticides, comme aux Etats-Unis, à travers ça? Le postulat des médecins canadiens les a condamné à ne pas considérer cette possibilité.

Sur la base de leur postulat douteux, mais pas impossible, d'une bronchite oblitérante, ils ont décidé de traquer la présence de diacétyle dans les liquides vapotés par le jeune homme. Dans leur papier, ils disent en avoir trouvé. Mais ils ne donnent aucune précision ni sur les liquides, ni sur les doses. Une source dont je dois conserver l'anonymat pour préserver sa sécurité - les représailles contre les scientifiques osant ne pas se conformer aux mots d'ordre anti-vape devenant fréquentes et violentes* - confirme que des analyses montrent que deux des onze concentrés utilisés par le jeune homme pour confectionner ces liquides de vape contiennent des doses minimes de diacéthyl. 

Les vapoteurs sont-ils humains ? La science s'interroge

Il est extrêmement improbable que les doses relevées dans deux des concentrés, qu'il est nécessaire de diluer pour les vapoter, puissent générer des taux de diacétyle inhalé au dessus des normes de sécurité avec un usage réaliste. Sur ce point, l'article de Joseph Allen, cité en référence par les médecins canadiens,  publié en 2015 dans Environnemental Health Perspectives avait postulé un vapotage en continu similaire au volume respiré. Or, faisons-en la révélation, mais les vapoteurs respirent entre deux bouffées. Ils restent des humains, même si les anti-vape en doutent fortement de toute évidence. 

Les taux mesurés de diacétyle (2,3 butanedione) dans 38 liquides sur 51 - et non dans tous contrairement à ce que prétend l'AFP - de cette étude de 2015 montraient en moyenne, 9 parts par milliard dans les aérosols dégagés par les vapoteuses. Soit avec une consommation réaliste, environ 750 fois moins que dans la fumée de cigarette, qui n'a jamais été liée de manière causale à une bronchiolite oblitérante. Et 8700 fois moins que les taux relevés dans l'usine de pop-corn où des ouvriers ont été touchés par une bronchiolite oblitérante en 2000 (780 parts par million dans la salle de mélange).

A l'époque, les vapoteurs avaient fait pression avec succès pour limiter au minimum le diacétyle dans les liquides. La plupart des producteurs ont changé leur composition ou disparus. En Europe, la norme AFNOR le limite drastiquement d'ailleurs. Cependant, à l'exception d'un liquide américain à la pêche plus dosé, les liquides testés par Harvard en 2015 dégageaient des aérosols contenant moins de diacétyle (pour ceux qui en avaient) que le fumet d'une tasse de café. Ce qui nous amène à revenir sur un dernier point troublant du papier des médecins canadiens.

Fast-food, fake-science et bullshit-media?

A travers leur construction hypothétique, ils en arrivent à accuser le vapotage conventionnel, en dépit de l'usage de produits du marché noir douteux par le jeune homme. Et cette accusation pointe la présence de diacétyle dans des liquides, sans donner les mesures qu'ils ont fait. Mais les médecins canadiens ne se sont pas intéressés aux conditions de travail du jeune homme. Or, celui-ci bosse dans un fast-food. Les frites surgelées, les pains et les gâteaux des fast-foods notamment sont connus pour contenir des doses importantes de diacétyle.

Et pourtant, ils n'ont pas essayé de mesurer le taux de diacétyle dans l'air ambiant du lieu de travail auquel est exposé le jeune homme. Hum... Croient-ils vraiment à leur hypothèse ? En tout état de cause, une hypothèse peut être soumise à discussion dans le cadre scientifique. Mais qu'elle devienne une vérité diffusée sans précaution ni distance critique minimale médiatiquement est déontologiquement honteux pour les journalistes et pour les médecins à l'origine de cette mésinformation.

*A propos des représailles contre des scientifiques et chercheurs sur le sujet, l'exemple du harcèlement de Marewa Glover en Nouvelle-Zélande est évoqué par le Pr Jean-François Etter dans son analyse sur la Fondation Smoke-Free World à la Royal Society dont la vidéo est en ligne.

lundi 7 octobre 2019

Alerte au nouveau bad buzz sur le risque de cancer chez des souris avec le vapotage

Les mêmes souris, la même équipe de chercheurs, cette fois-ci menée par Moon-shong Tang, et les mêmes résultats peu crédibles sur les risques de cancer avec le vapotage. Une nouvelle étude, intitulée "Electronic-cigarette smoke induces lung adenocarcinoma and bladder urothelial hyperplasia in mice", a été envoyée en primeur à des médias triés sur le volet pour lancer dans les prochaines heures un nouveau bad buzz d'un risque de cancer lié au vapotage. L'embargo était ce soir à 21h. Publiée dans la revue PNAS, l'étude a été menée par la même équipe de l'Université de New-York que celle qui avait terrorisé le monde en janvier 2018, malgré les réactions outrées des experts scientifiques. Les chercheurs ont de nouveau utilisé le même type de souris FVB/N mâles. Or, il a été mis en évidence dans différentes études que ces souris génétiquement modifiées développent spontanément des tumeurs bronchiques, comme l'avait souligné un article du Vaping Post en 2018

450 ans de vapotage en surchauffe

En réaction à la nouvelle publication du PNAS, le Pr Bertrand Dautzenberg note également, sur son compte tweeter, les dosages extravaguant de la nouvelle étude "équivalents à 450 ans de vapotage fonctionnant en surchauffe, donc avec des aldéhydes cancérigènes". Pendant 54 semaines, 40 souris ont été soumises à un aérosol de vapotage, selon le même protocole que dans l'étude précédente de 2018, reproduisant ainsi les mêmes erreurs méthodologiques listées à l'époque, qui méritent relecture pour saisir celles-ci. Ce qui semble être basiquement une confusion entre une étude de toxicologie chronique et un protocole de toxicologie aiguë.

"L'étude n'a pas de pertinence claire pour les vapoteurs humains. Les rongeurs ont été exposés à ce qui est pour eux d'énormes concentrations de produits chimiques qui ne ressemblent en rien à l'exposition humaine du vapotage. Plusieurs animaux sont en effet morts lors de ces expositions. Les auteurs ont attribué les effets qu'ils ont observés au nitrosamine NNK qui est cancérogène - mais le NNK a été mesuré chez des vapoteurs humains, et on sait que l'exposition par le vapotage est négligeable ou nulle", réagit le Pr Peter Hajek, spécialiste sur le tabac de la Queens Mary University of London, sur le site du Science Media Center.

Les souris FVB/N

La nouvelle étude publiée dans PNAS abouti à un taux de 22,5% de cancer adénocarcinomes sur 40 souris FVB/N à l'âge de 14 mois, après 54 semaines à être soumises à un aérosol de vapotage. En comparaison des résultats de cette étude, celle menée par Joel Mahler en 1996 sur les mêmes souris FVB/N sans vapotage, recensait à 14 mois une incidence de tumeurs de 13 % chez les mâles et 26 % chez les femelles.

Ce type de souris génétiquement modifiées pour les recherches sur le cancer est connu, par au moins trois études, d'avoir un sur-risque cancéreux, tout particulièrement de tumeurs pulmonaires: Joel Mahler et al (1996), Wakefield et al (2003) et Véronique Baron et al (2005). "Le choix du modèle animal c’est le B.A.BA d’une étude toxicologique. Les souris [FVB/N] sélectionnées développent spontanément des cancers pulmonaires. C’est malhonnête", réagissait en 2018 le Dr Eric Blouin au Vaping Post à propos de la précédente étude sur le même type de souris par la même équipe d'universitaires.

Choisir sciemment des souris connues pour avoir une prédisposition génétique aux tumeurs parait inacceptable. Je ne prends pas la peine de traiter plus précisément une telle étude. Quel média prendra la peine de demander un avis éclairé avant de répandre le bad buzz, engranger les clics et maintenir des fumeurs dans la cigarette? Pour sa part, le Pr John Britton, directeur du Centre for Tobacco & Alcohol Studies (UK), estime que "ces résultats sont basés sur de très petits nombres et doivent être interprétés avec une extrême prudence. La comparaison entre les souris respirant de la vapeur et de l'air n'est pas statistiquement significative. Il n'y a pas de justification de la taille de l'échantillon ni de calcul de puissance. Il n'y a aucun message d'intérêt publique ici - je soupçonne que ces résultats ne sont que du bruit".



samedi 14 septembre 2019

Spécial JIM - Accidents aux USA avec des produits frelatés: les infos qu'on trouve si on cherche

Ce matin, le Journal International de Médecine (JIM) m'étrille, en la bonne compagnie du Docteur et blogueur Jean-Yves Nau. "Vapolitique (...) n’a pour l’heure pas proposé d’informations complémentaires (voire de rectifications)", pique Aurélie Haroche sur le dossier des décès et malades aux Etats-Unis, liés selon mes informations à des produits frelatés de vapotage. Ce dont semble douter la journaliste spécialisée. Peut-être est-ce une réaction personnelle, mais il me semble étrange de pointer les éventuelles lacunes d'un blog d'un bénévole - en l'accusant à la fois de ne pas avoir publier de nouveau billet sur le sujet et de "matraquer" une information (sic!) -, sans questionner les défaillances d'information des médias professionnels et des autorités sanitaires.

Des faits

Je maintiens que l'AFP a caché au public francophone que dés le 25 juillet, le frère de la première victime décédée avait révélé devant les caméras de Fox6 qu'il utilisait des produits frelatés du marché noir. Cette omission est clairement de la désinformation. Et Aurélie Haroche ne présente aucun élément invalidant cette catastrophe de santé publique que représente la désinformation sensationnaliste des médias mainstreams français sur ce dossier, à l'exception heureuse de Libération.

Mais surtout, depuis mon dernier billet sur le sujet, rien de crédible et pertinent n'a invalidé que la source des accidents est liée à des produits frelatés de vape avec THC provenant du marché noir. Le 9 septembre, la Food and Drug Administration (FDA) a d'ailleurs publié un avertissement aux "consommateurs pour qu'ils prennent soin d'eux-mêmes en évitant les produits de vape au THC" qui au niveau fédéral sont illégaux.

Le Département de Santé de l'Etat de New-York avait précédemment laissé fuiter que les malades avaient pour la quasi-totalité reconnu avoir consommé des produits illicites de vape au THC du marché noir, puis a précisé qu'un additif huileux de vitamine E était probablement en cause, dans la Washington Post. A noter que plusieurs des malades qui n'avaient dans un premier temps pas osé "avouer" avoir consommé ce type de produits illégaux, l'ont ensuite reconnu.

Un peu de logique face à l'idiocracie peut-être ? 

Mais en plus des éléments factuels sur les cas, une réflexion assez simple sur la survenue de problèmes concentrés dans un laps de temps très court par rapport à un produit utilisé depuis 2003 suffit. Le 5 septembre sur son blog, le Dr Konstantinos Farsalinos a présenté l'hypothèse de faire comme si nous ne savions rien de l'usage de liquides frelatés du marché noir par les malades. "Alors, utilisons des principes d'épidémiologie simples pour comprendre l'épidémie récente", précise t-il avant de rappeler que, populaire depuis 2009, le vapotage est utilisé aux Etats-Unis par environ 10 millions de personnes, âgées en moyenne d'environ 40 ans, sans vague de problèmes sanitaires.

"Les autorités [américaines] ont précisé qu'il s'agit de cas aigus. Bien que divers médias aient présenté cette maladie comme une mystérieuse maladie pulmonaire, il s'agit en fait d'un empoisonnement des poumons qui se traduit cliniquement par une insuffisance respiratoire grave", explique t-il. "Ces cas ne sont pas liés à des produits de vapotage disponibles depuis des années aux États-Unis et sur le marché mondial. Cela n'a absolument aucun sens que les mêmes produits qui ont été utilisés pendant des années par des millions de personnes et qui n'ont jamais provoqué d'épidémie soient la cause aujourd'hui d'une maladie aiguë ", ajoute t-il, "ces cas ne sont pas liés à des produits qui sont généralement utilisés par le vapoteur lambda. Aux États-Unis, l'âge moyen des vapoteurs adultes est différent de celui des adultes ayant souffert de cette affection aiguë".

Enfin, la soudaineté de la vague de malades indique que "ces cas sont liés à la sortie récente de nouveaux produits (qui n'étaient pas disponibles sur le marché auparavant), à une modification récente de la composition de produits précédemment disponibles sur le marché, ou à un problème récent de processus de fabrication ou de matériaux de produits qui étaient auparavant disponibles sur le marché". Le Dr Farsalinos déplore que "ces conclusions, dérivées de l'application de principes d'épidémiologie simples, ont été largement ignorées par la plupart des autorités, des régulateurs et des scientifiques. Au lieu de cela, nous assistons à une campagne persistante, frénétique et sans précédent contre la vapotage classique, (...) si intense et si injustifiée du point de vue épidémiologique qu’elle dépasse la définition du biais de confirmation".

Se documenter ou hurler pour vendre de la peur? 

Mais le Dr Konstantinos Farsalinos n'est le seul, d'autres experts médicaux reconnus soulignent la source frelatée des produits en cause. Même des français. Le Dr Bertrand Dautzenberg, pneumologue un peu connu en France, a insisté à plusieurs reprises, notamment sur Europe 1 et lors d'un débat sur France 24 où il confirme l'information de Sébastien Beziau représentant de l'association Sovape. Mes lecteurs en ont déjà probablement pris connaissance, mais insistons pour le JIM au cas où le journal disposerait d'une connexion internet (?) : la Dre Marion Adler a également expliqué très clairement les choses sur France Culture, tout comme Jacques Le Houezec dans Ouest-France, et le Dr Gerard Mathern sur RTL. Ainsi que le Pr Antoine Flahault, de l'Institut de Santé Globale de l'université de Genève, dans les Echos où il rappelle l'histoire du concombre espagnol

Du côté britannique, les autorités de santé, qui cultivent un sens de la responsabilité un peu plus élevé que leurs homologues européennes, ont communiqué officiellement sur le sujet. "Notre conseil sur le vapotage reste inchangé: le vapotage n'est pas totalement sans risque mais il est beaucoup moins nocif que de fumer. Il n'y a aucune situation dans laquelle il serait mieux pour votre santé de continuer de fumer plutôt que de passer complètement au vapotage", précise le Public Health England. Certes, il faut lire l'anglais (peut-être le JIM pourrait-il se doter d'un outil de traduction online ?) :

Sur le site gouvernemental Science Media Centre, la Pr Linda Bauld, de l'Université d'Edimbourgh, et le Dr Lion Shahab, de l'University College London, reviennent sur le sujet. Soulignons l'avertissement de l'expérimentée Linda Bauld sur l'effet pervers que pourrait avoir une prohibition des arômes de vapotage. "Ce qui me préoccupe, c'est que si la plupart des produits de vapotage se retrouvent interdits aux États-Unis, alors les fumeurs retourneront au tabac et, pour ceux qui ne le feront pas, la demande pour des produits au marché noir va augmenter. Un marché illicite florissant est beaucoup plus susceptible de nuire à la santé que de rechercher une réglementation proportionnée du type que nous visons en Europe".

JIM, vous allez me donner combien pour faire votre taf ? 

En bref, à moins d'être dans une tour d'ivoire imperméable, il est difficile aujourd'hui de ne pas savoir que mes indications datant de deux semaines sur l'origine par des produits frelatés du marché noir des problèmes survenus aux Etats-Unis sont confirmées par les experts compétents sur le sujet.

Je me dois de préciser que ma première hypothèse, présentée comme telle, sur le rôle du fongicide Myclobutanil semble s'effacer pour une plus probable source lipidique, liée à un additif de vitamine E ajouté par les dealers pour tromper les clients sur la qualité en concentration de cannabis des produits. Leafly, site spécialisé sur le cannabis, fait un point éclairant et assez complet sur le problème.

Pour information, les forces de police du Wisconsin ont arrêté le 5 septembre deux suspects pour la vente des produits frelatés en cause.

Honnêtement, je devrais facturer ce blog au JIM pour faire le boulot de documentation qu'ils ne font pas eux-mêmes pour leurs lecteurs.

add 17h30 : Ce tweet du Pr Micheal Siegel confirme qu'aux Etats-Unis, les parties concernées du domaine du cannabis agissent plus promptement que les autorités préférant viser une prohibition du vapotage non cannabique
add 18h: j'ai oublié de mettre en lien cet article d'hier de la Royal Society of Chemistry britannique qui fait le point également sur le sujet: Deaths from vaping-linked lung disease in US connected to vitamin E additive

add 22h: puisque j'en suis à faire la documentation... le Gouverneur de l'Etat de New-York a délivré des mandat de comparution pour trois entreprises commercialisant les fameux additifs huileux à la vitamine E, selon le Washington Post du 9 septembre:
https://www.washingtonpost.com/health/2019/09/09/new-york-subpoena-firms-selling-substances-linked-illicit-vaping-products/?arc404=true



dimanche 1 septembre 2019

Décès et hospitalisations aux USA: l'AFP rétracte sa désinformation frelatée sans le dire

Après plus d'un mois à occulter cette information, l'AFP a publié une brève précisant que le décès d'un jeune homme du Wisconsin et les cas d'hospitalisations sont liés à des liquides de vape du marché noir, notamment vendus pour contenir du THC. Cet élément a été passé sous silence dans les médias francophones, à l'exception du Vaping Post, bien qu'il était connu depuis fin juillet. Notamment à travers le témoignage le 25 juillet sur Fox 6 du frère de la personne décédée le 23 août à Milwaukee - voir notre article précédent -. Le nouvel article de l'AFP ne prend pour autant pas la peine d'expliquer qu'il invalide le matraquage de l'agence durant le mois d'août, qui a mis en cause la vape sans distinction en dépit de cette information déjà connue.

[Le tweet de l'AFP donne en lien de sa nouvelle brève l'article publié par le Nouvel Obs]

Le nouvel article échoue aussi à présenter clairement que les quelques 200 cas évoqués par le Center of Disease Control (CDC) n'ont que des symptômes en commun et pourraient pour certains n'avoir rien à voir entre eux. Autrement dit, en l'état on ne peut parler que de syndrome de détresse respiratoire, et non, comme l'ont fait l'AFP et les médias francophones, d'une maladie qui serait clairement établie bien que "mystérieuse" (sic!). Mais user d'un abus de langage est plus inquiétant pour le lecteur évidemment.

Information frelatée et hystérie artificielle

Ces dernières semaines, dans une confusion sensationnaliste, les articles de l'AFP ont déclenché dans les médias français et suisses une vague d'hystérie délirante contre le vapotage sans jamais préciser que le problème concernait des produits frelatés du marché noir hors de tout contrôle de qualité. On peut douter que les médias ayant diffusé peur et doute corrigent à présent leur désinformation précédente.

L'AFP elle-même n'a pas l’honnêteté de le dire clairement dans son nouvel article. Le préjudice pour la réduction des risques, le public, notamment les fumeurs manipulés, et les entreprises de vapotage établies est pourtant indéniable et grave comme l'a souligné Vap'You.

A l'origine du problème: la prohibition qui fait les affaires du marché noir

Le problème sanitaire aux Etats-Unis a été déclenché sur le marché noir de produits de vape prétendument au THC hors de tout contrôle de qualité. Les usagers se retrouvent poussés à recourir au marché noir par les restrictions légales contre le cannabis, ou des taxations rendant hors de prix l'accès aux produits légaux. Depuis près d'un an, les entreprises de cannabis légales alertaient sur la dangerosité de produits frelatés du marché noir, sans que les autorités ne réagissent.

Malgré le refus des autorités de santé américaines de communiquer l'analyse des produits utilisés par les personnes tombées malades, un faisceau de présomption oriente le problème vers deux hypothèses, soit de pneumopathie chimique, soit de pneumopathie lipidique.

Rester calme et s'informer à des sources dignes de confiance

En l'état, les informations les plus précises sur ce dossier se trouvent sur les sites américains spécialisés sur le cannabis, tels que Leafly, ou sur le vapotage, tels que Vaping 360 avec un article très complet. Les associations de réduction des risques telles que NORML California et Tobacco Harm Reduction for Life, ainsi que des acteurs de santé publique honnêtes, à l'image du Pr Michael Siegel de l'Université de Boston, ont informé sur les problèmes spécifiquement liés aux produits du marché noir.

Du côté des médias maintstream francophones, le sensationnalisme, le calcul d'intérêt politicien* ou commercial, ont été privilégiés à la déontologie en occultant l'information connue depuis plusieurs semaines de l'origine illégale du produit frelaté utilisé par le jeune homme décédé au Wisconsin.

* Au moment où des médias et politiciens suisses, voire vaudois, font campagne pour une loi tabac (LPTab) visant avant tout à empêcher les fumeurs de pouvoir passer au vapotage et arrêter de fumer...

vendredi 30 août 2019

USA: le fongicide Myclobutanil impliqué dans les intoxications des produits de vape au THC du marché noir?

Le 23 août est décédé un jeune homme du Wisconsin (USA) suite à un syndrome de détresse respiratoire l'ayant plongé dans le coma. Bien que les autorités sanitaires américaines font de la rétention d'informations, il est établi qu'il consommait des produits de vapotage prétendument au THC provenant du marché noir. Le 25 juillet, son frère a témoigné devant les caméras de FOX 6 Milwaukee (*) montrant un produit Dank Vape, une marque illégale de produits prétendument au THC comme l'a établi le site Inverse. Une association de drug checking, Doja App, avait déjà alerté fin juin sur le taux élevé du fongicide Myclobutanil dans un des produits de cette marque illégale. Le Myclobutanil en chauffant dégage du cyanure d'hydrogène, un gaz ultra-toxique potentiellement mortel en petite quantité. 

Autorités irresponsables

Le cannabis étant très sensible aux champignons, il est plausible que ce fongicide ait été utilisé par des producteurs indélicats et peu expérimentés. La rétention d'information des responsables du Center Disease Control (CDC) et de la Food and Drug Adminsitration (FDA), qui se sont montrées incapables de répondre à une question (sic!) sur la présence de pesticide ou de fongicide dans le produit incriminé en conférence de presse, laisse cette piste à l'état d'hypothèse. Mais elle est la plus cohérente au vue des différentes informations disponibles sur la vague récente d'intoxications liées aux produits de vapotage au THC du marché noir aux Etats-Unis.

Cependant on ne peut pas écarté que des cas liés à la présence de lipides, si les liquides ont été mal préparés, ou des catastrophiques pseudo-cannabinoïdes de synthèse déjà diffusés sous les noms génériques de Spice et K2 soient en cause dans certains cas. L'appel à témoignage lancé par le CDC sur une description assez floue de symptômes pouvant agréger des cas très différents parmi les près de 200 signalements.

Appels à ne plus consommer de liquides au THC du marché noir

Les associations de réduction des risques, notamment NORML California et Tobacco Harm Redution for Life, appellent les usagers a ne plus consommer de produits de vapotage au THC provenant du marché noir. 

Dans le milieu du cannabis américain, la sonnette d'alarme a déjà été tirée plusieurs fois sur des cartouches contrefaites et potentiellement frelatées de produit de vapotage de cannabis. Rolling Stones en avait fait un article précis en décembre dernier"Les faussaires internationaux semblent être au cœur du problème des produits de vape contrefaits. Nous prenons cette menace spécifique très au sérieux. La protection des consommateurs contre les produits synthétiques et potentiellement mortels est une priorité absolue pour nous", précise Kate Denton, directrice marketing chez Loudpack, un producteur de vape-pen au cannabis californien.

La désinformation augmente les risques

Le traitement médiatique général de cette affaire ces dernières semaines est consternant, notamment en occultant que le produit incriminé est un liquide prétendument au THC du marché noir, ce qui est connu dés le début de l'affaire. Inquiétant par ses conséquences d'augmentation des risques liés à une mauvaise information pour le public concerné, et pour les fumeurs de tabac qui se retrouvent désinformés sur la réduction des risques à passer au vapotage pour consommer de la nicotine. Ce traitement occulte aussi que la racine du problème est lié à la prohibition et l'abandon de souveraineté des autorités au profit du marché noir sur le contrôle des produits de cannabis ou prétendument de cannabis.

Le CDC, déjà auteur d'une gestion catastrophique des opioïdes de synthèse qui a entraîné une vague de décès à hauteur de près de 80'000 morts par an, se montre de nouveau totalement inapte a privilégier sa mission de santé publique plutôt que les agendas politiciens et de carrière de ses responsables. Une attitude gravement "irresponsable", aux yeux du Pr Michael Siegel, de la chaire de santé publique de l'Université de Boston.

(*) La séquence de Fox 6 Milwaukee du journal télévisé du 25 juillet où Patrick DeGrave, frère de la victime montre le produit de vapotage au THC du marché noir utilisé par son frère:



mercredi 26 juin 2019

Pour plus d'un million de fumeurs sauvés par la vape, combien condamnés à mort par les médias?

Plus de 6 millions. Plus de la moitié des fumeurs en France sont persuadés à tort que vapoter est aussi ou plus nocif que de fumer. C'est un des résultats de l'enquête auprès de plus de 25'000 personnes en 2017 publiée ce matin par Santé Publique France (SPF). Encore plus effarant, seuls 29,7% des fumeurs quotidiens, ceux qui auraient le plus besoin d'aide pour se sortir du tabagisme, savent que le vapotage est moins nocif que leurs cigarettes. La désinformation sanitaire frappe particulièrement les défavorisés et les moins diplômés qui sont plus de 70% à ne pas avoir l'information correcte sur les risques relatifs entre fumer et vapoter.

Pourtant, l'enquête de SPF mesure que 2,6% de la population, soit 1,2 millions de personnes ont arrêté de fumer en utilisant la vape, dont 46% ont ensuite arrêté de vapoter (soit 1,2% de la population). Parmi ces ex-fumeurs ayant utilisé le vapotage, 870'000 (±10%) déclarent que la vape les a aidé, dont 700'000 d'ex-fumeurs quotidiens n'ayant plus fumé depuis plus de six mois. Près de 300'000 autres ex-fumeurs ont utilisé le vapotage mais déclarent que leur arrêt tabagique ne lui doit rien. Parmi les 2,3% de la population à utiliser le vapotage et continuer de fumer, 80,3% d'entre eux déclarent avoir réduit leur consommation, en moyenne de 10,4 cigarettes par jour (pour une consommation à l'origine de 19,7 cigarettes quotidiennes). 

Démission des autorités et stratégie du doute 

En somme, le vapotage est un facteur clef de la baisse de tabagisme en France ces dernières années. Mais alors pourquoi de plus en plus de fumeurs croient à tort que vapoter est aussi ou plus nocif que de continuer de fumer ? L'expérience réelle indique le contraire, mais les médias nous bombardent de fakenews sensationnalistes en permanence. Les autorités sanitaires démissionnent et fuient leur responsabilité laissant un boulevard à la dissémination de la confusion. Dans cette stratégie de diffusion du doute et de la peur, l'Agence France Presse joue un rôle central.

Voici quelques unes des plus grosses fakenews diffusées à grande échelle par l'AFP - liste tristement non-exhaustive:

  • 2015: Reprise mondiale des propos d'une simple lettre sans révision scientifique de chercheurs de Portland qui annoncent de manière insensée que le vapotage est de 5 à 15 fois plus cancérigène que la fumée de cigarette. La lecture critique de leur expérience montre rapidement - mais sa publication prendra trois ans (!) - qu'ils ont simplement fait brûler les vaporettes dont ils ont mesuré les émissions en les poussant à plus de 150% de la limite maximale de puissance.
  • 2015: un correspondant de l'AFP au Japon prétend qu'un scientifique local a mesuré des taux extravaguant de toxique dans l'aérosol de vapotage. En réalité, ce scientifique a cosigné une étude publiée à la même période qui indique l'inverse. La brève de l'AFP fait le tour du monde, tandis que l'étude est restée totalement confidentielle.
  • 2015: le délire du "poumon pop-corn", qui continue de circuler, est répandu en dépit de l'absence de quelconque malade et de toutes prise en compte des doses du diacéthyl qui ont généré des bronchiolites oblitérantes chez des travailleurs de l'industrie agro-alimentaire.
  • 2016: durant les fêtes, l'AFP lance un article ridicule sur une étude de toxicologie sur des cellules épithéliales (de la surface des poumons) prétendant l'extrême toxicité du vapotage. En réalité, les résultats montrent qu'un plus grand nombre de cellules ont survécu à 56 jours du traitement au vapotage que celles soumises à 24 heures de fumée de cigarettes.
  • 2018: un chercheur new-yorkais gazent des souris avec un aérosol surdosé en nicotine, équivalent à des années de consommation concentré en quelques heures, avec une vaporette marchant à sec sans contrôle et donc en situation de brûler. Les souris étaient génétiquement sélectionnées pour leur forte tendance à développer des cellules cancéreuses. Cette expérience digne de Mengele fait de nouveau le tour du monde sans que les réactions unanimes des scientifiques pour dénoncer sa vacuité ne soient mentionnées par l'AFP.
  • 2018: des crises cardiaques attribuées au vapotage même si elles ont eu lieu avant que les fumeurs ne passent à la vape. Cette crétinerie produite par le pervers raciste et gâteux Stanton Glantz a été divulguées à plusieurs reprises durant l'année.
  • 2019: une étude stupide sur des cellules des vaisseaux sanguins soumis à du liquide pur de vapotage est reprise sans la plus élémentaire distance critique.
Dans toutes ces cas, l'AFP a fait preuve de négligence, d'absence de professionnalisme et n'a pas respecter les devoirs de la charte de Munich des journalistes, ni sa prétention à vérifier et donner une information fiable et honnête au public. Les conséquences en sont sanguinaires.


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