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vendredi 11 octobre 2019

Vu à FranceTV: Jérôme Salomon de la DGS sait-il lire une statistique sur les jeunes et la vape?

Hier, dans l'émission Allô Docteur sur France TV, un sujet sur le vapotage où intervient Jérôme Salomon, directeur de la Direction Générale à la Santé (DGS). Passons les multiples imprécisions et flous peu artistiques du traitement du sujet...* Après 1mn 06 sec, Jérôme Salomon sort une énormité en insistant: "On a un lycéen sur deux qui a testé, et on a un lycéen sur six, en France ça explose, qui vapote tous les jours". Sauf, qu'aucune donnée ne permet d'affirmer qu'il y a 15% de lycéens vapoteurs au quotidien en France. 

Les données 2018, publiées en juin dernier, par l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) ont mesuré que 16,6% des lycéens déclarent avoir vapoté une fois ou plus dans le mois précédent l'enquête. Ce n'est pas du tout synonyme d'usage au quotidien. L'enquête Enclass de l'OFDT ne s'est malheureusement pas intéressé à l'usage au quotidien des lycéens. Jérôme Salomon ne peut donc pas sur la base de ces données affirmer que le vapotage au quotidien "explose" chez les lycéens français.

50% > 23% > 3,6%

Contrairement à l'OFDT, l'étude, que nous avions chroniqué en détail, sur 1'435 élèves de seconde à Saint-Etienne, publiée en mars 2019 dans la Revue des maladies respiratoires, montre le décalage entre ces niveaux d'usages différents:
  • 50,3% ont expérimenté le vapotage ; 
  • 23,6% l'ont utilisé dans le mois précédent l'enquête;
  • 3,6% vapotent au quotidien
Les données stéphanoises sur l'expérimentation et l'usage dans le mois précédent sont légèrement supérieures à celles nationales de l'OFDT. De quoi plutôt supposer que si les services du ministère de la santé prenaient la peine de mesurer l'usage au quotidien au niveau national, il pourrait être aussi légèrement inférieur aux 3,6% des lycéens de seconde de Saint-Etienne. Les études dans d'autres pays, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis par exemple, montrent aussi un grand écart entre l'usage déclaré dans le mois précédent et l'usage fréquent de vapotage chez les jeunes.

Où est la nicotine?

Le commentaire de France TV affirme que "beaucoup de lycéens  tombent dans la dépendance à la nicotine" par le vapotage. Or c'est une autre lacune du suivi national. L'usage ou non de nicotine dans les liquides vapotés par les jeunes n'y est pas mesuré. Là aussi, l'enquête stéphanoise est plus sérieuse:  parmi les 6,3% d'adolescents vapoteurs non-fumeurs actuels, 13,4% d'entre eux déclarent utiliser des liquides nicotinés, soit 0,8% de l'ensemble des adolescents de l'étude. Même si ce résultat reste opaque en raison d'une majorité (56,4%) de jeunes déclarant ne pas savoir.

Enfin, pour affirmer la création d'une dépendance à la nicotine par le vapotage, il faut s'assurer que cette dépendance n'est pas installée auparavant par le tabagisme. L'enquête de Saint-Etienne confirme aussi que très peu des ados ne sont devenus fumeurs après avoir d'abord essayé le vapotage. "A l'inverse, les élèves qui avaient une consommation de tabac préexistante à leur initiation au vapotage déclaraient pour les deux-tiers d'entre eux qu'ils avaient réduit, voire arrêté, leur consommation de tabac depuis qu'ils vapotaient", précisent les chercheurs, dont le référent est Jérémie Pourchez, de l'école des Mines de Saint-Etienne.

Il est regrettable que Jérôme Salomon, directeur de la DGS ne prenne pas le temps de s'informer sérieusement sur le sujet, en particulier avant de s'exprimer sur un média national. Il aurait probablement gagné à venir au Sommet de la Vape qui abordera entre autre ces sujets lundi prochain à Paris

* Pas le courage de reprendre toutes les bêtises du  sujet...

vendredi 7 décembre 2018

[Media] Quatre ans après, l'arrivée de la Juul ultra-light est-elle un événement ringard?

Depuis plusieurs semaines, les médias mainstreams bombardent la Suisse d'articles sensationnalistes sur l'arrivée de la Juul. Une "tornade" va s'abattre sur le pays selon de la Tribune de Genève, tandis que le gratuit 20 Minuten a publié pas moins de six articles ces 3 dernières semaines sur la vaporette en forme de stick. La RTS, un autre média gratuit mais d'Etat, parle de "fureur" et "des craintes" de l'arrivée de la vaporette californienne.

 3 fois moins dosée qu'aux Etats-Unis

Aucun n'a pris la peine de se renseigner auprès de vapoteurs pour avoir une idée un peu plus éclairée que les fantasmes de politiciens en mal de buzz. Deux articles ont tout de même donné la parole à Jonathan Green, directeur Juul suisse. La NZZ commente tant et si bien que l'on ne sait pas ce qui appartient au représentant de Juul ou à la plume du journaliste.

Le 20 Minuten est plus clair précisant que la version vendue en Suisse est dosée à 17 mg/gr de nicotine*. Très loin donc de la version originale américaine concentrée à 59mg/ml (5% du poids). L'une et l'autre en sels de nicotine, c'est à dire de la nicotine extraite à laquelle est ajoutée un acide organique, comme l'explique le site de Stop-Tabac.ch.

*note : 17 mg/gr de nicotine soit 20mg/ml, édité grâce à Claude ;)

Le light reste dans l'obscurité

Y a t-il un intérêt à un produit ultra light dosé au tiers de sa version US? Celle-ci s'est montrée efficace pour tirer hors du tabagisme des fumeurs parce qu'elle est équilibrée entre un volume faible de vapeur et une concentration suffisante en nicotine. En version édulcorée, les utilisateurs de Juul ne vont-ils pas surconsommer pour compenser cette légèreté en nicotine, comme cela avait été imposé par les cigarettiers et les autorités de santé aux fumeurs avec les cigarettes lights? Sur ce point aussi, beaucoup de bruit et de fureur pour aucune information éclairante dans les médias conventionnels.

Beaucoup de bruit pour peu de vapeur

Mais, surprise positive hier avec un article de Nau, média en ligne suisse-allemand. Alexandra Aregger a fait le boulot basique de journaliste: elle a interviewé quelqu'un qui connait la question. Phil Scheck, vloggueur depuis sept ans et approchant les 100'000 abonnés, est un vapoteur expérimenté. "L'expert en vapotage trouve le battage médiatique autour de Juul injustifié", résume la journaliste.

"Phil Scheck a testé la Juul devant notre caméra: "C'est une vaporette comme il en existe des milliers d'autres." Son enthousiasme est limité. Parce que: "C'est très limité, ce n'est pas puissant, mais c'est beaucoup de marketing exploité", poursuit l'article accompagné d'une vidéo aux intonations "Schwyzerdütsch". "Il existe de bien meilleurs appareils sur le marché en Suisse", précise 'PhilGood'.

Un vieux produit plutôt dépassé

Quatre ans après sa sortie aux Etats-Unis, pays où tout développement technologique du vapotage a été gelé par la Food and Drug Adminsitration (FDA) à la date d'août 2016, la Juul apporte t-elle quelque chose dans cette version ultra-light? En appareil d'appoint discret pour des vapoteurs déjà sevrés? Peut-être... Mais comme le fait remarquer le Vaping Post dans son interview des représentants de Juul, lancée en France avec quelques jours de retard sur la Suisse, l'offre est déjà pléthorique sur ce segment. 

Avec notamment des appareils plus intéressants en étant rechargeables, ce qui laisse plus de maîtrise à l'usager pour choisir ses liquides (en goût et en dosage nicotinique). Reste le design de l'appareil. Ou pas.
Quand la page facebook pour ados du CHUV fait la promo d'un produit, ça sent le hasbeen

L'effet médiatique et de distribution

Le point positif pourrait être le réseau de distribution des kiosques Valora où va se trouver la Juul. De quoi offrir à des fumeurs rétifs ou éloignés de vapeshops l'opportunité à portée de main d'essayer un produit très simple d'usage. Peut-être ce premier test les amènera à chercher un produit plus efficace en magasin spécialisé ensuite? Le fameux effet commercial "du missionnaire" amenant les fumeurs à découvrir le nouveau mode de consommation à risque réduit de la nicotine. 

Commerce ou réelle mission anti-tabac ?

Reste la question qui dérange. Pourquoi Juul a décidé de ne pas commercialiser en Suisse la version américaine dosée correctement de son produit? Rien de formel ne l'empêche. Aucune décision administrative n'a été déposée par les autorités et contrairement à ce que prétend l'administration, le jugement du Tribunal administratif fédéral a abrogé la prohibition pour "faute grave", sans se prononcer sur la question du principe du Cassis de Dijon. Autrement dit, il n'y a aucune raison d'imposer aux Suisses la directive TPD dictée par les lobbys à l'Union Européenne. 

En suivant les préférences europhiles de l'administration, en dépit de l'absence de décision administrative qui serait contestable en justice le cas échéant, la marque américaine a clairement choisi de ne pas entrer en conflit avec celle-ci. Conflit qu'elle a probablement estimé peu profitable pour son image de marque. Mais qui laisse les fumeurs suisses avec un ersatz de Juul. 

Un choix politico-commercial peu raccord avec la mission prétendue et répétée à chaque interview des représentants de Juul d'aider un maximum de fumeurs à sortir du tabagisme. "Pour conduire les fumeurs vers des alternatives, la solution paraît évidente: élaborer une vaporette générant autant de satisfaction qu’une cigarette", expliquait James Monsees, cofondateur de Juul, lors d'une conférence TedX à Bruxelles en 2013. Difficile de croire que cette Juul allégée puisse le faire.

dimanche 25 novembre 2018

[Bref] Une étude confirme que les fumeurs ont moitié moins de risques d'avoir la maladie de Parkinson




Statistiquement, les fumeurs ont jusqu'à moitié moins de risques de contracter la maladie de Parkinson que les non-fumeurs. Une vaste étude, dirigée par une équipe de la Queen Mary University de Londres, le confirme à travers l'analyse des données du suivi NeuroEPIC4PD sur près de 220'000 personnes âgées de 37 à 70 ans dans sept pays européens (Suède, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Espagne, Grèce). Parmi eux, 715 cas de maladies de Parkinson ont été recensés. "Les anciens fumeurs présentaient un risque diminué de 20% et les fumeurs actuels un risque de développement de la maladie de Parkinson réduit de moitié par rapport aux non-fumeurs", explique l'étude parue dans l'International Journal of Epidemiology (IJE).

Y a-t-il plus qu'une corrélation?

L'objectif de la recherche était d'explorer la possibilité d'une causalité dans l'association inverse entre le tabagisme et la maladie de Parkinson. Des analyses épidémiologiques précédentes ont déjà montré le phénomène, connu dés 1966. "Néanmoins, il y a toujours beaucoup de prudence à interpréter cette association comme protectrice", précise l'article signé de trente chercheurs, appartenant aussi à l'Imperial College London et à l'Université Luigi Vanvitelli de Campania, qui n'ont pas bénéficié de financement extérieur. Une des raisons à cette prudence est évidemment le bilan sanitaire désastreux de fumer pour toute une série d'autres maladies.

Une autre étude épidémiologique, parue en 2017 aussi dans l'IJE, a mis en évidence un effet similaire de la consommation de snus suédois, ce tabac à suçoter à faible taux de nitrosamines. "Les hommes non-fumeurs qui utilisent du snus ont un risque considérablement plus faible de contracter la maladie de Parkinson. Les résultats ont également indiqué une relation dose-réponse inverse entre l'utilisation de snus et le risque de maladie de Parkinson. Nos résultats suggèrent que la nicotine ou d'autres composants des feuilles de tabac pourraient influencer le développement de la maladie de Parkinson", résument les chercheurs menés par le Dr Fen Yang, de l'Institut Karolinska de Stockholm.

La nouvelle étude portant sur le tabagisme "classique" confirme non seulement une corrélation mais aussi  "des relations fortes dose-réponse avec l'intensité et la durée du tabagisme", souligne la publication de l'équipe menée par la Dre Valentina Gallo, de la Queen Mary University. Un élément qui incline à un rapport causal. Cette relation dose-dépendante, aussi observée chez des jumeaux monozygotes, "s'oppose à un rôle majeur de la génétique et/ou de la personnalité", pour les chercheurs.

Nicotine ou IMAO ?

"Plusieurs substances présentes dans le tabac ont été proposées comme possibles responsables de l'association inverse entre tabagisme et maladie de Parkinson", rappellent les chercheurs. Ils citent la 2,3,6-triméthyl-l, 4-naphtoquinone (TMN), un inhibiteur de l'activité de la monoamine oxydase (MAO) A et B.


"Un autre candidat est la nicotine elle-même, étant donné la relation anatomique étroite entre les systèmes de neurotransmetteurs nicotiniques cholinergiques et dopaminergiques dans le striatum. La nicotine influe également sur l'activité dopaminergique en agissant au niveau des récepteurs nicotiniques aux extrémités dopaminergiques et en modulant la libération de dopamine", précisent-ils.

Interviewée sur cette étude par le site I, la Dr Beckie Port, conseillère scientifique de l'association Parkinson's UK, note que "nous ne savons toujours pas quelle substance pourrait être responsable, mais il est intéressant de noter que les légumes contenant de la nicotine appartenant à la même famille botanique [les solanacées] que le tabac peuvent également avoir des effets protecteurs".

Abandon en France, recherches aux Etats-Unis

En France, le programme de traitement de malades de Parkinson par nicotinothérapie du Dr Gabriel Villafane à l'hôpital Mondor (AP-HP) a été clos, malgré les protestations des patients. Du côté des Etat-Unis, le Pr Paul Newhouse, de l'Université Vanderbilt, coordonne notamment une série d'études neuroscientifiques sur la nicotine. De son côté, la Dre Valentina Gallo insiste: "Notre découverte est extrêmement importante d’un point de vue scientifique et devrait inciter à une recherche scientifique fondamentale".

samedi 3 novembre 2018

[Bref] Les astuces pratiques pour passer au vapotage et arrêter de fumer des britanniques

"Staying switched". Les 'conseils pour les néo-vapoteurs de la part d'anciens' est le fruit d'une collaboration entre professionnels de santé et vapoteurs anglais. Le tract double-face (voir plus bas), publié par le Centre national de formation à l'abandon du tabagisme (NCSCT), est issu de l'expérience des usagers de la New Nicotine Alliance (NNA) ainsi que des études des chercheurs de l’Université d’East Anglia (IEA) et du Cancer Research UK (CRUK). "Rappelez-vous qu'en arrêtant de fumer, vous faites la meilleure chose possible pour votre santé. Vapoter n'est pas tricher. C'est une alternative beaucoup plus sûre que de fumer".

Nicotine & fun sans fumée

Le flyer couleur, qui sera distribué dans tout le Royaume-Uni, liste les conseils pour bien démarrer avec le vapotage et arrêter "pour de bon" de fumer:
  • Trouver le bon appareil
  • S'amuser à essayer des arômes de vape: "Ils aident à faire perdre le goût des cigarettes moins attrayant"
  • Face au manque, ne pas hésiter à utiliser un liquide plus concentré en nicotine
  • Ne pas s'inquiéter de vapoter fréquemment: "Les recherches montrent que les usagers auto-régulent leur niveau de nicotine sans devenir plus dépendant qu'en fumant"
  • Lors de sorties en soirée ou d'événements excitants, ne pas hésiter à utiliser un liquide plus dosé en nicotine pour éviter une envie de cigarette
  • Avoir un appareil de secours pour éviter de se retrouver en rade en cas de problème technique

Ne vous flagellez pas si vous trébuchez

Manquent peut-être le rappel de boire suffisamment d'eau pour éviter la sécheresse, et parfois un léger mal de tête, liée à la capture de l'humidité par le vapotage, ainsi que les plages de puissances correctes, entre 3,5 et 4,5 volts, pour éviter de surchauffer le liquide. Les conseils techniques sont laissés à l'initiation en magasin spécialisé.

Pour ceux qui trébuchent et fument quelques cigarettes, "ne vous flagellez pas". Les recherches montrent que cela ne se traduit pas systématiquement par une rechute. "Augmentez votre nicotine, essayez une nouvelle saveur ou offrez-vous un nouveau gadget", encouragent les auteurs.

Concernant la question d'arrêter le vapotage, "cela doit être votre décision - pas celle de quelqu'un d'autre". La fiche d'information de santé rappelle "qu'inhaler de la nicotine en vaporisant du e-liquide est beaucoup plus sûr que l'inhalation de fumée de tabac".

Qui va piano, va sano

Pour les vapoteurs voulant réduire leur consommation de nicotine, la devise "qui va piano, va sano" s'impose.  "Réduire trop rapidement votre taux de nicotine vous rend plus vulnérable aux envies de fumer". Au cas d'arrêt du vapotage, garder une vaporette de secours: "Il est préférable de recommencer de vapoter que de fumer".

Pour plus d'aide, le flyer invite à aller voir au magasin de vape spécialisé et de contacter le centre stop-tabac local. Enfin, "si vous n'êtes pas en mesure de vapoter, prenez en considération des alternatives nicotinées telles que les patchs, les gommes ou les sprays".


samedi 13 octobre 2018

Helvetic Vape, cinq ans de lutte et des succès (1): la bataille pour la libération des liquides nicotinés

Bien que la nicotine améliore sensiblement la mémoire, au moins à court terme, le monde de la vape subi aussi ses oublis sous la patine du temps. Pour raviver les couleurs des actions de l'association des vapoteurs en Suisse, nous allons retracer en quelques articles les grands traits de ses cinq ans d'histoire. Helvetic Vape est née en novembre 2013, inspirée de l'exemple d'Aiduce créée quelques mois plus tôt de l'autre côté du Jura. Même objectif de défense des intérêts des usagers des produits de vape, mais dans une situation résolument différente. 

Notamment parce qu'en Suisse, l'administration avait décrété dés 2009 la prohibition de vente des liquides nicotinés. Premier objectif désigné d'évidence pour l'association des vapoteurs: faire tomber cette interdiction. Voici comment Helvetic Vape a gagné la bataille des liquides nicotinés après plus de quatre ans de péripéties.

La libération des liquides nicotinés en Suisse en quelques dates-clefs:
  • 2009: l'administration (OFSP) publie une simple lettre (n°146) interdisant la vente de vape nicotinée en Suisse et limite son importation à titre personnel (révisée en 2010)
  • 8 novembre 2013: fondation de l'association Helvetic Vape
  • 2014: la prohibition règne sans discussion possible en Suisse
  • 24 avril 2015: Helvetic Vape publie un avis de droit du cabinet d'avocats BRS
  • 30 mai 2015: Helvetic Vape distribue des liquides nicotinés à Berne lors de la Vape Mob'. Durant l'été, Insmoke suit son exemple et met en vente des liquides nicotinés
  • 12 novembre 2015: l'administration (OSAV) est forcée de publier une décision administrative concernant son interdiction de vente de liquides nicotinés
  • Décembre 2015: trois recours sont déposés devant le Tribunal administratif fédéral. Celui d'Helvetic Vape est rejeté en raison de son statut d'association de consommateurs
  • 24 avril 2018: le Tribunal administratif fédéral abroge la prohibition en révoquant la décision administrative, jugée gravement défectueuse

Boardwalk empire sur Léman

Début 2014, la vape se popularise aussi en Suisse. Mais la presse raconte alors comment les vapoteurs doivent recourir au marché noir et aux astuces pour passer des liquides nicotinés aux douanes. "Certains en vendent sous le manteau, d’autres font des achats groupés. Dans mon cas, j’avais passé une commande qui faisait 180 ml. Je m’étais trompé, c’est vrai, et la douane a détruit mon paquet", explique Alain Vaucher, premier président d'Helvetic Vape, au journal le Matin en février 2014

Le quotidien vaudois promet que la prohibition va durer encore longtemps. "La législation ne va pas changer de sitôt. Le Conseil fédéral a promis une nouvelle loi sur les produits du tabac, qui sera mise en consultation cet été. Mais déjà, la très influente Commission fédérale pour la prévention du tabagisme veut maintenir l’interdiction de la vente de nicotine en Suisse pour les cigarettes électroniques", assure le même article du Matin en 2014. 

Lutter pour une réduction des risques sans entrave

A Helvetic Vape, on ne l'entend pas de cette oreille. "Je veux me battre pour faciliter au maximum l’accès à la vape. Pour que vaper soit plus facile que fumer. Pour que cela soit diffusé au maximum, sans entraves, sans taxes. Pour que la vape soit reconnue comme une chance formidable d’arrêter l’hécatombe", annonce Alain Vaucher en guise de programme pour l'association. Le premier obstacle à l'accès à l'outil de réduction des risques en Suisse est d'évidence la prohibition. 

De premières tentatives conciliantes de l'association tentent de nouer le dialogue avec les autorités et des organisations du domaine. Réponses paternalistes et condescendantes de la part des autorités sanitaires fédérales. Tandis que des organisations "de santé" se montrent à la limite de l'insulte en refusant de s'abaisser à discuter avec des junkies à la nicotine (sic!). 

L'absence de loi, c'est pas la loi

Du côté des professionnels de la vape, on se montre persuadés des affirmations des journalistes: rien ne peut changer, la loi c'est la loi. Mais les militants de Helvetic Vape ont beau tourner et retourner dans tous les sens les textes de loi, ils ne trouvent pas trace d'une base à cette prohibition décrétée depuis 2009 par une simple lettre n°146 sans valeur juridique de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). 

Pour en avoir le cœur net, l'association mandate le cabinet d'avocat genevois BRS pour un avis de droit sur le sujet. Le détail de l'avis juridique de Maître Jacques Roulet est évidemment complexe, mais la conclusion en est assez simple: cette prohibition n'a pas de base légale. Armée de cet avis de droit, qu'elle a financé seule, et de centaines de fioles de liquide nicotiné confectionnées pour l'occasion, Helvetic Vape provoque les autorités en place publique à Berne en distribuant ouvertement ces fioles lors de la Vape Mob' le 30 mai 2015. 

Des liquides nicotinés à la Vape Mob' 2015

"Selon cet avis de droit, les liquides à vaper contenant de la nicotine peuvent donc être librement importés et distribués en Suisse contrairement à ce que prétend l’OFSP depuis des années. C’est pourquoi Helvetic Vape a décidé de mettre ouvertement en vente, le 30 mai 2015, le premier liquide suisse contenant de la nicotine", déclare Olivier Théraulaz, second président d'Helvetic Vape, sur la Kornhausplatz. La presse en parle, mais les autorités font semblant de rien. L'association n'ayant évidemment pas vocation a devenir une entreprise de vente de liquides de vapotage, le coup semble un one-shot sans lendemain. 

C'est là où il faut saluer l'intelligence et le courage de Stefan Meile, président de la Swiss Vape Trade Association (SVTA) et patron d'InSmoke. Il comprend l'argumentation de l'association des usagers et va s'engouffrer dans la brèche. Il met ouvertement en vente sur son site des liquides nicotinés, forçant ainsi les autorités à réagir. Le chimiste cantonal procède à une vérification et demande une décision en bonne et due forme à l'administration.

Quand il y a une décision administrative, on peut faire recours

L'Office de la sécurité alimentaire et vétérinaire (OSAV) est forcé de publier une décision administrative le 12 novembre 2015. Ouvrant ainsi la possibilité de recourir, dans le délai d'un mois après sa publication. Trois recours sont déposés. Deux par des professionnels, Stefan Meile évidemment et aussi Daniel Rico, de l'entreprise Zodiak. Helvetic Vape en dépose un également

Celui-ci est rejeté par le Tribunal administratif fédéral pour absence d'intérêt digne, tout en précisant l'avoir lu avec attention. Autrement dit, les usagers ne subissant pas d'interdiction de consommer, seuls les vendeurs ont un intérêt à défendre. J'avais trouvé cela contestable, mais l'association a préféré ne pas se lancer dans une bataille juridique coûteuse à l'issue incertaine.

Avril 2018: le Tribunal administratif fédéral abroge la prohibition

Deux ans et demi après le dépôt de ces recours, le Tribunal administratif fédéral (TAF) rend son jugement C-76347/2015 le 24 avril 2018. Il abroge la prohibition de vente des liquides nicotinés, jugée être une "erreur grave" de l'administration. Le TAF n'a pas tenu compte de la défense des deux recourants professionnels, qui s'appuyaient sur le principe du Cassis de Dijon pour demander la légalisation des liquides nicotinés. La raison de l'abrogation de la prohibition est un vice de forme dans la définition du terme de "cigarette-électronique" donnée par l'administration. 

C'est exactement l'argument principal que donnait Helvetic Vape lors de sa conférence de presse du 30 mai 2015. "L’OFSP se fourvoie en considérant que les vaporisateurs personnels et les liquides à vaper constituent une « unité fonctionnelle ». Sur la base de cette considération erronée, cette administration outrepasse ses compétences en créant des règles de droit primaires qui, d’une part interdisent l’importation à titre professionnel et la vente des liquides contenant de la nicotine et, d’autre part limitent les droits des consommateurs à importer ces liquides à titre personnel", détaillait alors Olivier Théraulaz. Trois ans plus tard, le verdict du TAF confirme ce que clamait l'association des usagers.

Un succès pour le droit à la réduction des risques contre le système tabagique

Helvetic Vape n'a pas seulement été initiatrice et moteur de la lutte contre la prohibition des liquides nicotinés en Suisse, elle a également porté l'argument décisif pour son abrogation. Il est regrettable que les autorités se soient montrées incapables d'entendre, de tenir compte et d'avoir simplement l'humanité de prendre en considération la demande de l'association des usagers avant d'être poussées à respecter la loi par le Tribunal administratif fédéral. Mais Helvetic Vape a démontré que la résignation n'est pas la seule option possible face au système tabagique, même en Suisse.


vendredi 7 septembre 2018

[bref] La nicotine en patch semble améliorer la dépression des personnes âgées selon une étude pilote

Une étude pilote a suivi 15 personnes, âgées de plus de 60 ans souffrant d'un trouble dépressif majeur, qui ont utilisé des patchs de nicotine dosés jusqu'à 21 mg chaque jour pendant 12 semaines. Publiée dans le Journal of Clinical Psychiatry la semaine dernière, la recherche du Vanderbilt University Medical Center se montre encourageante. 13 des 15 participants ont eu une bonne réponse clinique avec une amélioration de leur état, dont 8 ont complètement guéri de leur dépression. "Dans l’ensemble, presque tout le monde a montré une amélioration de son humeur. Nous avons observé une amélioration, que le patch ait été ajouté à un antidépresseur ou utilisé seul", explique le Pr Warren Taylor, professeur de psychiatrie à l'Université située à Nashville (USA). 

Des amélioration constatées après 3 semaines

Des améliorations ont été constatées dés la troisième semaine, et les épisodes d'apathie et de ruminations se sont réduits chez les patients. "Cependant, les améliorations de la mémoire sont moins claires. Nous avons vu des changements dans les mesures de test isolées, mais pas un changement aussi net que pour l'humeur", poursuit le chercheur. 

La dépression "tardive" chez les personnes âgées se caractérise par une faible réponse aux médicaments antidépresseurs et souvent par des problèmes de mémoire. "Environ la moitié des personnes traitées pour une dépression tardive ne répondent pas aux traitements initiaux", précise l'article de la Vanderbilt University sur l'étude. Jusqu'ici des petits essais ont montré des effets positifs des patchs de nicotine chez des adultes non-fumeurs en dépression, précise le site universitaire. 

Il reste beaucoup d'inconnus sur le sujet

"Dans certains cas de personnes âgées en dépression, même avec un traitement antidépresseur efficace, la mémoire peut continuer à s'aggraver et à évoluer vers la maladie d'Alzheimer ou un autre type de démence. Nous cherchons un traitement qui pourrait aider à la fois la dépression et la mémoire", explique le Pr Warren Taylor. 

Cependant, il avertit que les personnes souffrant de dépression ne devraient pas commencer à s'auto-médicamenter avec des patchs à la nicotine et encore moins des cigarettes. "Les patchs se trouvent dans le commerce, mais il reste beaucoup de questions. Nous devons voir s'ils sont vraiment bons, s'ils aident les gens sur le long terme et quels sont les risques que nous ne connaissons pas. Nous pensons que les patchs peuvent être plus sûrs que les cigarettes, mais nous ne savons pas ce qui se passe lorsque les non-fumeurs les utilisent à long terme. Et ça va prendre du temps".

Le Dr Paul Newhouse, co-auteur de l'étude en question, avait présenté ses recherches cet été au Global Forum on Nicotine de Varsovie:


mardi 19 juin 2018

Repenser la nicotine: plus de 500 experts, usagers et professionnels dialoguent au Global Forum on Nicotine 2018

Après cinq éditions, le Global Forum on Nicotine (GFN) est devenu le rendez-vous incontournable sur la question de la réduction des risques liés au tabagisme. Plus de cinq cents experts scientifiques, professionnels de santé, usagers du vapotage et de snus, ainsi que des représentants de firmes d'une soixantaine de pays ont dialogué du 14 au 16 juin à Varsovie. Fil conducteur des interventions, dont les vidéos seront mises sur Youtube sous peu, de ces trois jours intenses: repenser la nicotine.

Repenser la manière de la consommer en premier lieu évidemment. "De toute évidence, l'usage du tabac est extrêmement dangereux pour la santé, et il devrait y avoir un soutien et une intervention disponibles pour aider les gens à adopter des moyens moins risqués d'utiliser de la nicotine", explique la Dr Caitlin Notley, de l'Université d'East Anglia. Mais aussi repenser la place et la considération sociales à propos de l'usage de nicotine, poursuit la maître de conférence en santé mentale. "Pour le bien de la santé publique, nous devons promouvoir des discours positifs sur l'usage récréatif de la nicotine afin de promouvoir des alternatives moins nocives au tabagisme".

Éliminer la fumée

L'enjeu de santé publique est énorme. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime à près de 7 millions de morts prématurés le bilan annuel des maladies provoquées par les cigarettes. "La réduction des méfaits du tabac est comparable à l'élimination de la variole en termes d'impact sur la santé publique. Tout dépend de savoir si les politiciens saisiront l'occasion", explique le Pr David Sweanor, de l'Université d’Ottawa.

Le Dr Colin Mendelsohn, de l'Université de New South Wales, fait face à l'incompréhension des autorités australiennes devant cette opportunité. "Ce que réalise le vapotage est qu'il supprime les dommages provoqués par le tabagisme. Vous enlevez le mal en enlevant la fumée. Ce qui tue les gens, c'est la fumée. La nicotine est relativement inoffensive. C'est ce à quoi les gens s'adonnent, mais les effets sur la santé sont relativement mineurs", insiste le membre de l'Association pour la réduction des risques tabagiques en Australie (ATHRA).

Repenser le plaisir

Sarah Jakes de la New Nicotine Alliance NNA UK
Mais promouvoir des modes de consommation à dommage minime ne fait-il pas courir le risque d'attirer de nouveaux consommateurs de nicotine ? "Souvent, les gens sont tellement obsédés par le concept que les fumeurs ne sont rien de plus que les pitoyables victimes d'une industrie maléfique [ndr. du tabac], qu'ils ne peuvent pas envisager que des gens peuvent profiter de l'utilisation de la nicotine", pointe Sarah Jakes, porte-parole de la New Nicotine Alliance (NNA UK) et vapoteuse elle-même. Alors que le vapotage et le snus permettent aux usagers de remettre la main sur leur consommation, le plaisir de la nicotine reste tabou pour une large partie du domaine de la santé. 

"Michael Russell pensait que de nouveaux produits à base de nicotine pouvaient se substituer à long terme au tabac fumé. Pour que cela se produise, ils devaient être «aussi savoureux et acceptables que possible». Un autre mot pour cela est "agréable". Mike a dit cela il y a 27 ans et pourtant les vapoteurs se retrouvent encore aujourd'hui face à une opposition moralisatrice à leur utilisation continue d'un produit légèrement addictif, inoffensif et finalement agréable. Un produit qui, pour beaucoup, sinon la plupart, a amélioré leur santé et prolongé leur vie", insiste Sarah Jakes.

Plaisir et vertu

Frances Thirlway - Claude Bamberger (Aiduce) et moiRepenser la nicotine semble donc impliquer aussi de repenser les rapports de pouvoir et de domination de certaines autorités à vouloir imposer et régir des habitudes de vies par rejet du plaisir. Un plaisir ressenti par les usagers dont on peut se demander s'il n'aurait pas pour origine des vertus de la nicotine. Le Pr Paul Newhouse a présenté une série de recherches extrêmement intéressantes sur les effets psychiques bénéfiques de la nicotine pour la mémoire, la concentration... Potentiellement, la molécule pourrait avoir un rôle thérapeutique pour certaines affections comme la dépression, les maladies d'Alzheimer et de Parkinson...

En éliminant l'essentiel des toxiques liés à la combustion des cigarettes, le vapotage offre un moyen non seulement de sortir du tabagisme, mais donc aussi de continuer de bénéficier de la consommation de nicotine. Un autre mode avait déjà émergé au début des années 1970', et mis sur le marché après une décennie de lutte contre ceux-ci par les tenants de l'abstinence totale: les gommes nicotinées. Mais cette opposition a inhibé le développement de l'efficacité par le plaisir du produit. "Les substituts nicotiniques pharmaceutiques ont, par exemple, environ 5% de taux de réussite, c'est-à-dire 95% d'échecs", déplore Gerry Stimson, Professeur honoraire à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, spécialiste des sciences sociales en santé publique et organisateur du GFN. 

Cigarettiers prêts à devenir non-fumeurs ?

Plus efficace et entraînant, le vapotage rogne des parts de marchés aux cigarettiers depuis 2010. Après l'avoir méprisé, ils s’intéressent désormais au secteur. En marge du GFN, quelques stands présentaient leurs produits à risque réduit. Présents également dans l'auditoire à l'écoute des recherches et des quelques interventions d'usagers. Sur scène aussi avec des présentations plus ou moins convaincantes sur leur démarche. Le dialogue est ouvert. Reste à voir si les cigarettiers ont la capacité de se tenir à leur déclaration de bonne intention et de se transformer en non-fumeurs. ...

Agir avant des millions de morts supplémentaires

Du coté du monde de la santé aussi, le vapotage bouscule le vieux modèle confortable pro-abstinence, qui avait l'habitude de reporter ses échecs de santé publique sur le dos des fumeurs et des cigarettiers. Dans son allocution d'ouverture, le Dr Joe Kosterich sonne le réveil. Les preuves de l'impact terrible du tabagisme sont là et les connaissances sur l'ampleur de la réduction des dommages par le vapotage sont suffisantes pour aller de l'avant. "Si nous attendons 20 ans pour découvrir et faire les études épidémiologiques, beaucoup de personnes seront mortes inutilement. Avons-nous besoin d'une preuve absolue pour quelque chose de vraiment évident maintenant ... Les gens vont perdre des années de leur vie, et les gens vont mourir pendant que nous attendons", presse le médecin généraliste australien.

"Il est contraire à l'éthique de priver les fumeurs d'une option supplémentaire pour arrêter leur habitude de fumer", renchérit le Dr Konstantinos Farsalinos, fameux cardiologue grec. Au travers des débats, un écart béant apparait entre les évidences de terrain et les connaissances d'une part, et de l'autre l'avis des autorités sanitaires déconnectées, dont notamment le bureau dirigeant anti-tabac de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Tandis que les quelques représentants de cigarettiers semblent tenter avec hésitations de rattraper une machine à vapeur déjà bien lancée. 

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Hit-parade des politiques de réduction des risques avec le vapotage:

L'OMS et la junte militaire thaïlandaise, détentrice du Monopole du tabac, ont un partenariat
Un petit sondage parmi les participants a listé les pays les plus hostiles à une politique offrant la possibilité au public de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage et, en contraste, ceux les plus amicaux à la réduction des risques pour la consommation de nicotine.

Junte militaire, monopole d'Etat de vente de tabac et partenaire privilégié du bureau anti-tabac de l'OMS : la Thaïlande a "gagné" le titre de pire pays du domaine, devant l'Australie et l'Inde.

Plus positivement, le Royaume-Uni a été salué du titre de pays le plus bienveillant pour les vapoteurs, devant l'Allemagne et la France. "Le gouvernement du Royaume-Uni a connu le changement de cœur le plus remarquable en matière de vapotage. Il y a quatre ans, il envisageait d'interdire le vapotage. Aujourd'hui, le Royaume-Uni compte trois millions de vapoteurs, ce qui accélère le déclin du tabagisme chez les Britanniques", commente Gerry Stimson.

Il est probable que le peu de relief médiatique de certaines situations a laissé de coté des pays. Du côté négatif, on peut penser à la situation en Tunisie, où le monopole du tabac sur la distribution du vapotage laisse les usagers démunit. A l'opposé, la fantastique chute en trois ans de près de 40% du tabagisme en Islande avec l'engouement pour le vapotage mérite les honneurs.

La vidéo en anglais d'un débat 'Repenser la nicotine':




mardi 5 juin 2018

Revue de pneumologie clinique: la vape expliquée aux professionnels de santé par les usagers

Comment fonctionnent les produits de vapotageL'Association indépendante des utilisateurs de cigarettes électroniques, plus souvent nommée par son acronyme Aiduce, explique en détail et avec pédagogie le vapotage aux professionnels de santé dans la dernière publication en date de la Revue de pneumologie clinique. "Pour maximiser les chances de remplacer le tabagisme par l’usage des produits du vapotage, il convient de connaître les différents types qui existent, leurs caractéristiques et réglages essentiels ainsi que leur influence sur le ressenti", invitent les auteurs Claude Bamberger, Véronique Deiss et Stéphane Gros. Un passage à la vape bénéfique aux fumeurs. "Un éclairage sur la composition des e-liquides et des émissions permet de comprendre la réduction d’au moins 95 % des risques par rapport au tabagisme tout en mesurant l’influence de ces composés sur l’expérience de l’utilisateur", soulignent les trois militants de l'Aiduce.

Processus collectif

Ils retracent rapidement l'évolution depuis la cigalike jusqu'à la troisième génération de matériel de vapotage depuis 2014. Le florilège de termes du monde de la vape tient à son modus vivendi. "Une des explications de ce riche vocabulaire est que la croissance du vapotage et les améliorations techniques ont résulté de la demande et de l’expérience de millions d’utilisateurs. Ceux-ci apprennent collectivement puis améliorent les techniques collaborativement au travers de forums, réseaux sociaux et chaînes vidéo, ce qui conduit à devoir créer et partager des termes pour décrire et désigner les produits et les usages", précisent les auteurs. Mais élément supplémentaire,  l'outil se prête à cette créativité collective par sa plasticité technique. "Le principe relativement simple d’une résistance vaporisant de façon thermiquement stable du liquide permet certaines variations au-delà de la forme".

Variation du volume de vapeur en ajustant la relation entre volume de liquide vaporisé et puissance de dissipation, ajustement par l'inspiration du volume et de densité de la vapeur, jeu entre le diamètre d'entrée d'air, de la position de la résistance par rapport à l'embout de sortie et la taille de celui-ci, font parties des paramètres de la combinaison adaptée à chaque usager. "Un point souvent peu connu est que la température de vaporisation (donc la température de la vapeur de liquide) est essentiellement liée à la composition du liquide, en particulier la proportion du propylène glycol et de la glycérine végétale qui représentent environ 90 à 95 % du volume de celui-ci. La température de la vapeur inhalée est la moyenne pondérée entre celle de la vapeur de liquide, créée dans le dispositif, et celle de l’air inhalé en même temps (celui-ci représentant la majorité du volume inhalé)", soulignent les usagers experts.

Eviter glouglou et dry puff

De manière pratique, à trop faible puissance, le liquide se vaporise mal et se transforme souvent en phénomène dit du "glougloutage". A trop forte puissance, la vaporisation n'absorbe pas l'excès d'énergie et la surchauffe du liquide dégage des substances détestables, dont notamment l'acroléine au goût âcre et insupportable. En terme de vapoteurs: un dry hit. Cela peut arriver en cas de manque de liquide dans le réservoir, de résistance neuve mal amorcée ne laissant pas circuler correctement le liquide ou de résistance usée ou encrassée, mais aussi de puissance inadaptée à la valeur (en ohm Ω) de la résistance. "Habituellement des valeurs de résistances de l’ordre de 1 à 2 Ω sont adaptées à des puissances de 8 à 15 W et donc à un vapotage dit « indirect » (...) Sans que cela soit une règle absolue (parce que les matériaux et donc la résistance par unité de surface peuvent varier), les résistances inférieures à 1 Ω sont plutôt utilisées à des puissances plus élevées avec des liquides moins concentrés en nicotine et des arrivées d’air plus ouvertes, soit plus de liquide vaporisé mais dans beaucoup plus d’air", distillent en points de repère les vapoteurs.

L'élément e-liquide est évidemment central. Composé pour l'essentiel de propylène glycol (PG) et de glycérine végétale (VG), il transporte de 0 à 2% de nicotine au maximum dans l'Union Européenne et environ 5% d'arômes alimentaires. La proportion entre PG et VG est une "information utile pour les consommateurs car le ressenti et l’adaptation à certains dispositifs diffèrent. Certains consommateurs ont par ailleurs des sensibilités différentes à l’un ou l’autre: le PG pouvant être desséchant et pour certains irritant, et la VG donnant pour sa part une sensation parfois trop dense et grasse altérant le goût de certains arômes"

Nicotine vaporisée contre tabac fumé

Substance du diable aux yeux de certains, la nicotine est recherchée par les ex-fumeurs pour tenir éloignée la cigarette. "Le taux de nicotine, couramment en France se situe à 0, 3, 6, 9, 12, 16, 18 ou 20 mg/mL, et dans le monde à 0, 6, 12, 18, 24 et 36 mg/mL. Il est important car il va déterminer, pour un régime de vapotage (durée des aspirations, puissance) donné, la quantité de nicotine absorbée. Dans les premiers mois après l’arrêt du tabac, le mécanisme de substitution est important car le vapotage délivre plus lentement la nicotine que le tabac fumé", expliquent les trois vapoteurs également ex-fumeurs. On pourrait ajouter que les récents liquides aux sels de nicotine permettent même des dosages à 50 mg voire 60 mg/mL très prometteurs pour aider certains fumeurs. Malheureusement, la directive européenne interdit les concentrations au delà de 2% (20mg/mL), sans raison de science.

"Par rapport au tabac fumé, il est important d’avoir en tête quelques équivalences: la consommation courante en volume se situait il y a quelques années vers 1 à 3 mL/jour de liquide dosé de 12 à 18 mg/mL de nicotine, puis on évoluait vers 4-6 mL à 6-12 mg/mL pour les vapoteurs plus expérimentés, mais aussi avec du matériel plus puissant. Cela représente 1 à 3 mg de nicotine vapotée par cigarette fumée sur une base moyenne d’un paquet par jour" expliquent-ils, avant de préciser, "la quantité de nicotine contenue dans la vapeur est linéairement proportionnelle à la puissance de vaporisation et à la durée tant que la vaporisation reste stable. Les dispositifs plus puissants sont difficiles à utiliser pour les débutants dans la mesure où ils ne reproduisent pas du tout le mode de consommation auquel ils étaient habitués avec la cigarette de tabac (et consomment aussi plus de liquide). Après quelques mois on constate empiriquement une baisse de la consommation et une stabilisation qui peuvent être expliquées par une meilleure maîtrise du vapotage et par le lien rétabli entre nicotine consommée et geste, mais aussi par une moindre dépendance".

Fais gaffe à ton accu

Dernier conseil, mais important, les précautions à prendre avec les batteries. "Comme pour tout appareil électronique, le risque d’utilisation n’est pas nul, mais est largement dépendant de l’utilisateur : les accus ne doivent jamais être déplacés sans protection de leurs bornes (des boîtes ou des tubes silicone sont généralement vendus en accessoires ou fournis avec) et ne doivent pas entrer en contact avec du métal sous peine de risquer un court-circuit pouvant entraîner un emballement thermique", insistent les représentants de l'Aiduce. Ils préviennent également de vérifier que les accus tiennent des capacités de décharge adéquate à l'usage prévu, notamment avec des résistance basses qui vont demander une forte puissance.

Les vertus sanitaires de la liberté d'expression

"Pour un nouvel utilisateur, les produits du vapotage peuvent nécessiter un temps d’adaptation et surtout des explications. D’où l’utilité, voire la nécessité, des boutiques spécialisées et des forums ou groupes soutien entre vapoteurs, deux sources d’accompagnement concernant les bonnes résistances/puissances pour éviter la surchauffe, les bonnes habitudes pour utiliser, transporter et recharger ses batteries, et les accus pour les modèles plus avancés. Evidemment une communication plus ouverte sera(it) utile pour un produit qui vise à faire disparaître une mauvaise habitude pour près de 20 millions de Français", expliquent les usagers actifs de l'Aiduce. L'interdiction de "publicité et de propagande" pour les produits de vapotage en France d'une part, et la frilosité des autorités de l'autre, rendent évidemment cette communication honnête rare et difficile à entendre pour le public. 

En ce sens, l'article des trois usagers tente d'apporter un éclairage dans une revue de professionnels de santé sur le vapotage comme aide à l'arrêt des cigarettes dans ce contexte difficile. Jetant un coup d’œil sur les dix années d'évolution des produits de vape, les membres de l'Aiduce concluent: "On peut aussi lire dans la montée de la puissance une solution à la limitation des dosages en nicotine par la directive européenne et à l’impression, renforcée par les avertissements sanitaires rendus obligatoires, que le dosage doit être réduit. Des débuts pleins de paradoxes pour qui essaie d’arrêter complètement de fumer, assez de nicotine pour «évacuer» l’envie de fumer mais en même temps la pression inutile pour en réduire le dosage".

Référence de l'article: Bamberger C, et al. Comment fonctionnent les produits du vapotage. Rev Pneumol Clin (2018), https://doi.org/10.1016/j.pneumo.2018.03.005

vendredi 1 juin 2018

Défense du tabagisme: le gouvernement Grec interdit les liquides SANS nicotine ! [MàJ]

La Grèce a décidé d'interdire la vente de liquide de vapotage sans nicotine. Oui, sans nicotine. Cela ressemble à un canular douteux, dont je pourrais être l'auteur, mais non. Le gouvernement grec estime que la directive européenne (TPD) ne concerne que les liquides contenant de la nicotine, et que donc il peut interdire ceux n'en contenant pas. "L'interdiction de la cigarette électronique a été levée, avec la décision n° 4419/2016, uniquement à l'égard des produits de remplissage ou de tout autre article
contenant de la nicotine, selon les concepts que la loi elle-même décrit. Par conséquent, il n'est pas permis d'offrir des cigarettes électroniques autres que celles avec nicotine, car elles ne répondent pas aux exigences spécificiées de l'article 2 § 2 de la loi 3730/2008", explique le Ministère de la santé grec dans sa décision du 22 mai (en page 4 - notre traduction sous réserve). 

Les liquide de vapotage, en dehors de la nicotine, sont constitués de produits utilisés massivement dans l'alimentaire et la pharmaceutique: le propylène glycol, la glycérine végétale et les arômes. Cependant tous les arômes alimentaires ne sont pas viables à la vaporisation. Paradoxalement, le gouvernement prend prétexte d'une soi-disant nécessité de "s'opposer à la diffusion du "mix and vape" et du "do it yourself" " - c'est-à-dire les liquides concentrés à diluer soi-même -, pour cette prohibition anti-vape non-nicotinée. Sic! Add 22h: La circulaire stipule également que les fabricants et importateurs grecs de produits de vapotage ont jusqu'au 15 juin pour envoyer les données des volumes annuel de ventes par marque et produit notifié au portail de l'UE. / Rappelons que la Grèce détient le record d'Europe de tabagisme avec plus de 33% de fumeurs quotidiens dans sa population adulte, selon les chiffres de l'Eurobaromètre 456 en 2017. Une consommation lucrative pour les caisses d'un Etat passablement endetté.

Première mondiale

Cette première mondiale d'une interdiction du vapotage sans nicotine a fait réagir Konstantinos Farsalinos, du Centre Onassis de cardiologie d'Athènes. "Même dans les pays qui interdisent le vapotage, cela ne s'applique qu'aux produits nicotinés, alors que les sans nicotine circulent normalement, comme en Australie, à Singapour et à Hong Kong. Cela signifie que quelqu'un qui n'a plus besoin de nicotine et qui utilise des liquides à zéro devra recommencer à utiliser de la nicotine. Honnêtement, je ne sais pas si ceux qui ont pris la décision ont compris ce qu'ils ont décidé», déplore le spécialiste grec de renommée mondiale sur la question.



lundi 14 mai 2018

Le vapotage nicotiné est officiellement légalisé en Nouvelle-Zélande

Après la Suisse, c'est au tour de la Nouvelle-Zélande d'être libérée de la prohibition. Un communiqué officiel ce 9 mai du gouvernement néo-zélandais annonce la légalisation de la vente des produits de vapotage avec nicotine, ainsi que du snus (sachet de tabac à nitrosamines réduites) et des produits de tabac chauffé. Le traitement de ce dernier produit était en litige devant la Cour qui a rendu un verdict en faveur du cigarettier Philip Morris. C'était le dernier détail à régler pour que le Ministère prépare la modification du texte de loi concerné (SFEA). En pratique, la vente de liquides nicotinés était déjà tolérée depuis l'annonce de leur légalisation imminente par la Ministre déléguée Nicky Wagner l'an passé. 

Le ministère de la Santé explique à présent étudier la meilleure façon d'appliquer une réglementation proportionnée selon le niveau de risque pour tous les produits nicotinés, comprenant le tabac fumé, le tabac sans fumée et les produits de vapotage. "L'interdiction de fumer dans les lieux de travail intérieurs, les centres de la petite enfance et les écoles s'applique uniquement au tabagisme. Elle ne s'applique pas au vapotage ou aux produits qui ne sont pas fumés", précise le communiqué du site gouvernemental. 

La légalisation du vapotage était attendue de longue date par les défenseurs de la réduction des risques. Un demi-million de néo-zélandais fument et 5'000 en meurent chaque année, selon les estimations officielles. L'objectif annoncé de "SmokeFree 2025" est de ramener le taux de tabagisme de 15% actuellement à moins de 5% d'ici 2025. Le tabagisme frappe particulièrement les groupes sociaux défavorisés, notamment les femmes maoris fumeuses pour 42% d'entre elles. 

Sur la chaîne TVNZ, Andrew Slater, dirigeant de Quitline, explique que le vapotage aide à arrêter de fumer:


Suisse & LOL: Après neuf ans de prohibition illégale à mépriser les usagers, les élites de santé se disent "prises de court par la situation"!

Article tissé de fil blanc dans le Matin de ce matin. Après neuf ans à maintenir illégalement la prohibition contre le vapotage nicotiné et à mépriser les propositions des usagers pour réguler la question, des responsables de santé et des politiciens jouent la carte de l'affolement dans les médias. Selon eux, il faut de toute urgence assimiler le vapotage, produit sans combustion et sans tabac, au tabagisme. Tant qu'il s'agissait de laisser crever sans accès au moyen de sortir du tabagisme les plus de deux millions de fumeurs en Suisse payant pour 2,2 milliards de taxes annuelles, dont 14 millions pour les organisations anti-tabac, et quelques autres milliards en médicaments aux entreprises de la pharmaceutique, rien ne pressait. A présent il s'agit de faire bon usage de la peur et de la panique pour imposer leur loi anti-vape. La doctrine du choc est une vieille recette autoritaire éprouvée.

Il faut évidemment mettre une bonne dose de peur irrationnelle. Selon ces voix autorisées, les enfants seraient en danger. "L’usage de cigarettes électroniques augmente le risque de devenir fumeur de cigarettes traditionnelles", invente, contre les preuves des études sérieuses sur le sujet, Graziella Schaller, députée Vert'libérale vaudoise dans le journal lausannois. Par contre, j'ai pu le constater,  le buzz monté de toute pièces par le journal la Liberté et la RTS en janvier dernier a ramené sur le moment quelques adolescents dans des magasins de vape. Avertis par le reportage bidon de la TV qu'ils avaient légalement le droit d'acheter des produits de vapotage, les jeunes sont venus essayé. Dans le cas dont j'ai été témoin, bien que l'ado a précisé vouloir du vapotage sans nicotine, le vendeur a refusé, indiquant au mineur de revenir avec un de ses parents. 

Reste qu'en sortant, cet ado genevois a pu sans difficulté s'acheter un paquet de cigarettes au premier automate venu. Et inhaler monoxyde de carbone, goudrons et les plus de 5'000 toxiques dégagées par la fumée. Mais il a ainsi payé des taxes. C'est ce qui parait compter avant tout pour les responsables moins prompts à agir pour les 38% de jeunes romands fumeurs que contre leur peur que certains d'entre eux puissent y échapper à l'aide du vapotage.


lundi 7 mai 2018

Récidive: l'administration Berset se moque ouvertement de la justice, de la santé publique et de la population Suisse

Permettre l'arrêt du tabac au mieux
Après sa défaite au Tribunal Administratif Fédéral (TAF), l'administration tente d'imposer des restrictions aux vapoteurs suisses à travers une interprétation absurde du jugement rendu. Ces restrictions, à la "bruxelloise", réduiraient la liberté de choix dans les produits de vapotage, outil de réduction des dommages, et favoriseraient le maintien du tabagisme, principale cause évitable de maladies en Suisse. Les intérêts des lobbys et des rentrées fiscales pour le Département de l'intérieur semblent prévaloir sur le respect de la justice et de la santé publique. Helvetic Vape, l'association Suisse des vapoteurs, s'inquiète de l'obstination de l'administration Berset.

Le verdict du TAF ne repose pas sur le principe de cassis de Dijon

Le verdict du Tribunal Administratif Fédéral (TAF) est des plus clairs: "Une décision de justice n'entraînera la nullité que dans des cas exceptionnels et s'ils sont graves[*]. En raison de sa défectuosité, la décision générale doit être révoquée". La décision administrative de la prohibition de vente en Suisse des liquides de vapotage nicotinés a donc été abrogée par le jugement C-76347/2015 du TAF ce 24 avril 2018. "Étant donné que la décision administrative de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) du 12 novembre 2015 doit être abrogée, il n'est pas nécessaire de poursuivre l'examen des objections du plaignant et de répondre à sa demande de jugement déclaratoire", précisent les juges de la cour de St.-Gall. 

Le TAF casse la prohibition du vapotage nicotiné en SuisseAutrement dit, l'argumentation autour du principe du cassis de Dijon invoquée par la défense des deux recourants - Stefan Meile d'Insmoke et Rico Daniel d'E-Smoking - n'a pas eut à être prise en compte pour rendre ce jugement. Le point est important puisque l'OSAV invente sa propre interprétation du jugement pour justifier de nouvelles restrictions à l'accès local aux produits de réduction des méfaits pour la population Suisse. "Avec la décision du Tribunal administratif fédéral du 24 avril 2018, les cigarettes électroniques contenant de la nicotine en provenance de l’UE, en se fondant sur le principe du Cassis de Dijon, peuvent désormais être commercialisées en Suisse", délire Judith Deflorin, responsable de la division ­Accès au marché à l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) dans un interview ce 4 mai au magazine de la Migros. A aucun moment, la cour du TAF ne se fonde sur le principe de Cassis de Dijon pour rendre son verdict et rien ne semble justifier d'imposer à la population Suisse les restrictions réglementaires dictées par les lobbys de Bruxelles. 

L'administration n'a pas compétence d'imposer n'importe quoi

Avec ces déclarations, l'administration se moque ouvertement de la justice en récidivant. Le TAF a abrogé la décision abusive de l'OSAV de prohiber la vente des liquides nicotinés de vape parce que, dans un régime démocratique tel que la Suisse, l'administration n'a pas compétence pour imposer n'importe quoi à la population au gré de ses lubies. Par une pirouette de langage, l'administration tente depuis 2009 de faire croire à une fantasmatique "unité fonctionnelle" pour amalgamer des produits aussi différents que les atomiseurs, les box, les batteries et les liquides de vapotage. "Le terme "e-cigarette" (cigarette électrique, cigarette électronique) n'est pas un groupe fonctionnel, puisqu'il ne s'agit pas d'un groupe d'articles formant une unité individuelle, mais un terme collectif couvrant tous les modèles d'e-cigarettes (cigarette électrique, cigarette électronique), y compris leurs cartouches et recharges (liquides) commercialisées séparément", relève le jugement du TAF. 

Avant de pointer l'abus de l'administration: "L'OSAV s'est abstrait de la catégorie de produit original "Liquides à 9 mg de nicotine" ou "Liquides pour e-cigarettes" et a choisi une formulation ouverte, élargissant ainsi de manière significative l'objet de la décision. L'objet de la décision "e-cigarette" (cigarette électrique, cigarette électronique) n'est pas déterminé individuellement et il n'est donc pas concret, mais abstrait". "Il résulte de ce qui précède", poursuit le verdict du TAF à son point 3.6, "que la décision de l'OSAV a un cercle de destinataires et un objet de décision abstrait, la décision est devenu générale-abstraite au lieu d'être générale-concrète, de sorte que son contenu est devenu un décret au lieu d'une décision de portée générale. Pour cette raison, la décision générale contestée s'avère être une décision erronée", explique la Cour aux bureaucrates visiblement peu soucieux des problèmes de vices de forme dans leurs appétit d'imposer leurs intérêts à la population.

Des vapoteurs romands sauvés du tabagisme grâce à le nicotine

Quels enjeux?

L'OSAV tente de profiter de ce jugement, qui désavoue sa politique d'obstruction anti-vapotage, pour imposer de facto la réglementation européenne (TPD), dictée à l'UE en 2014 par Vilnius et la Valette. Que ce soit la Lituanie ou Malte, les deux pays sont passablement aux ordres de lobbys intéressés à maintenir le tabagisme en place. Ces restrictions auraient notamment pour conséquence de limiter la vente de liquides de vape nicotinés en fioles de 10 ml au maximum avec une concentration maximale de nicotine à 20 mg/ml. 

Le Conseil fédéral lui-même a souligné l'absurdité de la limitation européenne de contenance des fioles dans le rapport explicatif à son avant-projet de loi sur les produits du tabac et des cigarettes-électroniques (LPTab), publié le 8 décembre dernier pour consultation publique (voir les 1287 avis publiés hier sur le page de l'OFSP). Rendant les fioles plus facilement préhensiles pour les petits enfants, cette taille réduite augmente les risques d'accidents, cependant très rares, par ingestion accidentelle. Elle pousse surtout à une surconsommation inutile et polluante de contenants et augmente mécaniquement les coûts. Bref, une décision ridicule de bureaucrates européens sous l'influence de lobbys intéressés à entraver l'essor du vapotage.

Une interdiction d'arrêter de fumer pour 30% des fumeurs

De même et de manière plus critique pour la santé publique, la limitation à 20 mg/ml de nicotine est absurde et délétère. Pour le lecteur peu au fait, le contenu réel en nicotine d'une cigarette selon les normes en vigueur en Suisse (et dans l'UE) est compris entre 10 et 20 mg de nicotine - à ne pas confondre avec la mesure de la fumée dégagée par un certain nombre de bouffées lors des tests avec des machines à fumer, mesure encore indiquée sur les paquets en Suisse -. Pour environ un tiers des fumeurs, cette limite est trop basse pour réussir à arrêter de fumer à l'aide du vapotage. 

Avant l'entrée en vigueur de la transposition de la directive européenne TPD, près des deux-tiers des gammes de liquides en boutiques britanniques offraient des concentrations supérieures à 20 mg/ml. Depuis l'entrée en vigueur de la transposition de la TPD, la chute du tabagisme grâce au vapotage subit un fléchissement en Angleterre. A présent, une commission parlementaire étudie les modifications à apporter à la réglementation à l'occasion du Brexit. La révision de cette limite contre-productive est une demande des milieux de santé et des usagers britanniques. Cette limite en vigueur en France depuis 2011, avant même l'instauration de la TPD, est probablement une des clefs d'explication de la plus faible efficacité du vapotage contre le tabagisme que de l'autre côté de la manche.

Incitation à surconsommer

Outre que cette limite interdit en acte aux fumeurs les plus nécessiteux une aide pour sortir du tabagisme, elle favorise une surconsommation de liquide chez les vapoteurs. Comme déjà évoqué sur ce blog, les travaux de la Dr Lynne Dawkins montrent que les utilisateurs sous-dosés en nicotine compensent en consommant plus de liquide et ont tendance à augmenter la puissance de leur appareil. Le développement des liquides aux sels de nicotine permet à des fumeurs dont l'appareil respiratoire est inflammé par le tabagisme, d'inhaler des liquides dosés à 40, 50 voire 70 mg/ml de nicotine. Ce nouvel outil constitue une avancée de premier choix pour aider certains types de fumeurs à sortir du tabagisme. En interdire la vente, c'est condamner ces personnes à ne pas avoir le droit de sortir du tabagisme et des maladies qui lui sont liées. Il n'y a aucune justification éthique, sanitaire ni sociale à une telle mesure contre le droit à la santé.

La politique d'obstruction fédérale

La cigarette à Berset
Alors quelle peut être la véritable raison des services du Conseiller fédéral Alain Berset pour imposer ces restrictions stupides et morbides? Selon toute vraisemblance, la même qui les a conduit à prohiber en toute illégalité le vapotage nicotiné durant neuf ans. Judith Deflorin l'avoue à demi-mot dans son interview au magazine de la Migros. "Ce recours accepté par le Tribunal administratif fédéral constitue-t-il une surprise?", lui demande le journaliste, "Non, pas vraiment. L’ensemble du processus a pris deux ans et nous attendions la réponse du tribunal", reconnait la porte-parole de l'OSAV, qui savait donc que sa décision administrative n'était pas valable et allait être annulée par le TAF. Autrement dit, l'administration joue la montre depuis toutes ces années: gagner du temps pour permettre aux cigarettiers d'imposer leurs nouveaux produits marquetés "à risques modifiés" comme les référents sur le marché et imposer les normes européennes en Suisse.

Plus de 2,2 milliards FS. de rentrées annuelles grâce aux ventes de tabac dans les comptes du Département de l'intérieur d'Alain Berset, l'importance des cigarettiers aux sièges lausannois ou genevois, dont les produits ont été homologués sans études indépendantes préalables, ajoutés aux intérêts des monstres bâlois de l'industrie du cancer, dont 40% est assuré par le tabagisme... L'OSAV ne se moque pas seulement de la justice et de la population en lui racontant des sornettes. L'administration d'Alain Berset se moque de la santé publique au profit de petits arrangements entre lobbys.

Que faire ?

Les indications du billet sur le site de l'OSAV ne sont que des indications sans statut juridique. Puisque ces indications n'ont pas de légalité, ne pas les respecter n'est pas un acte illégal en l'état. Le problème est évidemment que l'administration va tenter de "faire sa loi" pour créer une situation de fait avant même son projet d'assimilation du vapotage au tabagisme dans la loi Tabac (LPTab) - qui n'entrera pas en vigueur avant 2022 (voire plus tard...) -. Il semble impératif que les citoyens refusent une nouvelle période d'abus d'autorité illégal de l'administration après neuf ans d'obstruction contre le droit à la réduction des risques. Selon les données du monitorage officiel, plus d'un million de fumeurs suisses ont essayé le vapotage, mais sans pouvoir arrêter de fumer avec son aide faute de nicotine. 

Le bilan humain de l'administration est lourd, très lourd. La politique tabagique irresponsable et conservatrice du Conseiller fédéral Alain Berset en charge de ce département est inacceptable. Enfin, il serait bienvenu que le Tribunal Administratif Fédéral précise à l'administration la portée de son jugement pour couper court aux non-sens répandus par la porte-parole de l'OSAV à son propos. La bataille pour le droit à la réduction des risques avec le vapotage en Suisse n'est pas terminée...

[*] La décision du TAF mentionne la jurisprudence : cf. BGE 138 II 501 E. 3.1 ; BGE 137 I 273 E. 3.1 ; BGE 137 III 217 E. 2.4.3 ; BGE 136 II 489 E. 3.3 ; arrêts du BGer 9C_320/2014 du 29 janvier 2015 E. 4.1, 2C_596/2012 du 19 mars 2013 E. 2.1 et 2C_657/2014 du 12 novembre 2014 E. 2.2


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