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mardi 5 juin 2018

Revue de pneumologie clinique: la vape expliquée aux professionnels de santé par les usagers

Comment fonctionnent les produits de vapotageL'Association indépendante des utilisateurs de cigarettes électroniques, plus souvent nommée par son acronyme Aiduce, explique en détail et avec pédagogie le vapotage aux professionnels de santé dans la dernière publication en date de la Revue de pneumologie clinique. "Pour maximiser les chances de remplacer le tabagisme par l’usage des produits du vapotage, il convient de connaître les différents types qui existent, leurs caractéristiques et réglages essentiels ainsi que leur influence sur le ressenti", invitent les auteurs Claude Bamberger, Véronique Deiss et Stéphane Gros. Un passage à la vape bénéfique aux fumeurs. "Un éclairage sur la composition des e-liquides et des émissions permet de comprendre la réduction d’au moins 95 % des risques par rapport au tabagisme tout en mesurant l’influence de ces composés sur l’expérience de l’utilisateur", soulignent les trois militants de l'Aiduce.

Processus collectif

Ils retracent rapidement l'évolution depuis la cigalike jusqu'à la troisième génération de matériel de vapotage depuis 2014. Le florilège de termes du monde de la vape tient à son modus vivendi. "Une des explications de ce riche vocabulaire est que la croissance du vapotage et les améliorations techniques ont résulté de la demande et de l’expérience de millions d’utilisateurs. Ceux-ci apprennent collectivement puis améliorent les techniques collaborativement au travers de forums, réseaux sociaux et chaînes vidéo, ce qui conduit à devoir créer et partager des termes pour décrire et désigner les produits et les usages", précisent les auteurs. Mais élément supplémentaire,  l'outil se prête à cette créativité collective par sa plasticité technique. "Le principe relativement simple d’une résistance vaporisant de façon thermiquement stable du liquide permet certaines variations au-delà de la forme".

Variation du volume de vapeur en ajustant la relation entre volume de liquide vaporisé et puissance de dissipation, ajustement par l'inspiration du volume et de densité de la vapeur, jeu entre le diamètre d'entrée d'air, de la position de la résistance par rapport à l'embout de sortie et la taille de celui-ci, font parties des paramètres de la combinaison adaptée à chaque usager. "Un point souvent peu connu est que la température de vaporisation (donc la température de la vapeur de liquide) est essentiellement liée à la composition du liquide, en particulier la proportion du propylène glycol et de la glycérine végétale qui représentent environ 90 à 95 % du volume de celui-ci. La température de la vapeur inhalée est la moyenne pondérée entre celle de la vapeur de liquide, créée dans le dispositif, et celle de l’air inhalé en même temps (celui-ci représentant la majorité du volume inhalé)", soulignent les usagers experts.

Eviter glouglou et dry puff

De manière pratique, à trop faible puissance, le liquide se vaporise mal et se transforme souvent en phénomène dit du "glougloutage". A trop forte puissance, la vaporisation n'absorbe pas l'excès d'énergie et la surchauffe du liquide dégage des substances détestables, dont notamment l'acroléine au goût âcre et insupportable. En terme de vapoteurs: un dry hit. Cela peut arriver en cas de manque de liquide dans le réservoir, de résistance neuve mal amorcée ne laissant pas circuler correctement le liquide ou de résistance usée ou encrassée, mais aussi de puissance inadaptée à la valeur (en ohm Ω) de la résistance. "Habituellement des valeurs de résistances de l’ordre de 1 à 2 Ω sont adaptées à des puissances de 8 à 15 W et donc à un vapotage dit « indirect » (...) Sans que cela soit une règle absolue (parce que les matériaux et donc la résistance par unité de surface peuvent varier), les résistances inférieures à 1 Ω sont plutôt utilisées à des puissances plus élevées avec des liquides moins concentrés en nicotine et des arrivées d’air plus ouvertes, soit plus de liquide vaporisé mais dans beaucoup plus d’air", distillent en points de repère les vapoteurs.

L'élément e-liquide est évidemment central. Composé pour l'essentiel de propylène glycol (PG) et de glycérine végétale (VG), il transporte de 0 à 2% de nicotine au maximum dans l'Union Européenne et environ 5% d'arômes alimentaires. La proportion entre PG et VG est une "information utile pour les consommateurs car le ressenti et l’adaptation à certains dispositifs diffèrent. Certains consommateurs ont par ailleurs des sensibilités différentes à l’un ou l’autre: le PG pouvant être desséchant et pour certains irritant, et la VG donnant pour sa part une sensation parfois trop dense et grasse altérant le goût de certains arômes"

Nicotine vaporisée contre tabac fumé

Substance du diable aux yeux de certains, la nicotine est recherchée par les ex-fumeurs pour tenir éloignée la cigarette. "Le taux de nicotine, couramment en France se situe à 0, 3, 6, 9, 12, 16, 18 ou 20 mg/mL, et dans le monde à 0, 6, 12, 18, 24 et 36 mg/mL. Il est important car il va déterminer, pour un régime de vapotage (durée des aspirations, puissance) donné, la quantité de nicotine absorbée. Dans les premiers mois après l’arrêt du tabac, le mécanisme de substitution est important car le vapotage délivre plus lentement la nicotine que le tabac fumé", expliquent les trois vapoteurs également ex-fumeurs. On pourrait ajouter que les récents liquides aux sels de nicotine permettent même des dosages à 50 mg voire 60 mg/mL très prometteurs pour aider certains fumeurs. Malheureusement, la directive européenne interdit les concentrations au delà de 2% (20mg/mL), sans raison de science.

"Par rapport au tabac fumé, il est important d’avoir en tête quelques équivalences: la consommation courante en volume se situait il y a quelques années vers 1 à 3 mL/jour de liquide dosé de 12 à 18 mg/mL de nicotine, puis on évoluait vers 4-6 mL à 6-12 mg/mL pour les vapoteurs plus expérimentés, mais aussi avec du matériel plus puissant. Cela représente 1 à 3 mg de nicotine vapotée par cigarette fumée sur une base moyenne d’un paquet par jour" expliquent-ils, avant de préciser, "la quantité de nicotine contenue dans la vapeur est linéairement proportionnelle à la puissance de vaporisation et à la durée tant que la vaporisation reste stable. Les dispositifs plus puissants sont difficiles à utiliser pour les débutants dans la mesure où ils ne reproduisent pas du tout le mode de consommation auquel ils étaient habitués avec la cigarette de tabac (et consomment aussi plus de liquide). Après quelques mois on constate empiriquement une baisse de la consommation et une stabilisation qui peuvent être expliquées par une meilleure maîtrise du vapotage et par le lien rétabli entre nicotine consommée et geste, mais aussi par une moindre dépendance".

Fais gaffe à ton accu

Dernier conseil, mais important, les précautions à prendre avec les batteries. "Comme pour tout appareil électronique, le risque d’utilisation n’est pas nul, mais est largement dépendant de l’utilisateur : les accus ne doivent jamais être déplacés sans protection de leurs bornes (des boîtes ou des tubes silicone sont généralement vendus en accessoires ou fournis avec) et ne doivent pas entrer en contact avec du métal sous peine de risquer un court-circuit pouvant entraîner un emballement thermique", insistent les représentants de l'Aiduce. Ils préviennent également de vérifier que les accus tiennent des capacités de décharge adéquate à l'usage prévu, notamment avec des résistance basses qui vont demander une forte puissance.

Les vertus sanitaires de la liberté d'expression

"Pour un nouvel utilisateur, les produits du vapotage peuvent nécessiter un temps d’adaptation et surtout des explications. D’où l’utilité, voire la nécessité, des boutiques spécialisées et des forums ou groupes soutien entre vapoteurs, deux sources d’accompagnement concernant les bonnes résistances/puissances pour éviter la surchauffe, les bonnes habitudes pour utiliser, transporter et recharger ses batteries, et les accus pour les modèles plus avancés. Evidemment une communication plus ouverte sera(it) utile pour un produit qui vise à faire disparaître une mauvaise habitude pour près de 20 millions de Français", expliquent les usagers actifs de l'Aiduce. L'interdiction de "publicité et de propagande" pour les produits de vapotage en France d'une part, et la frilosité des autorités de l'autre, rendent évidemment cette communication honnête rare et difficile à entendre pour le public. 

En ce sens, l'article des trois usagers tente d'apporter un éclairage dans une revue de professionnels de santé sur le vapotage comme aide à l'arrêt des cigarettes dans ce contexte difficile. Jetant un coup d’œil sur les dix années d'évolution des produits de vape, les membres de l'Aiduce concluent: "On peut aussi lire dans la montée de la puissance une solution à la limitation des dosages en nicotine par la directive européenne et à l’impression, renforcée par les avertissements sanitaires rendus obligatoires, que le dosage doit être réduit. Des débuts pleins de paradoxes pour qui essaie d’arrêter complètement de fumer, assez de nicotine pour «évacuer» l’envie de fumer mais en même temps la pression inutile pour en réduire le dosage".

Référence de l'article: Bamberger C, et al. Comment fonctionnent les produits du vapotage. Rev Pneumol Clin (2018), https://doi.org/10.1016/j.pneumo.2018.03.005

mercredi 19 juillet 2017

Etude en Allemagne: 98% des vapoteurs ex-fumeurs constatent une amélioration de santé

"Dans notre étude, les améliorations de santé rapportées sont considérables, spécialement pour ceux qui ont complètement remplacé leur tabagisme par le vapotage". Des chercheurs de l'Université d'Hambourg se sont penchés sur les "motifs d'usage et les améliorations de santé perçues" chez les vapoteurs allemands. Leur étude, publiée dans European Addiction Research mi juin, recense 98% de vapoteurs exclusifs à déclarer un meilleur état de santé que lorsqu'ils fumaient. Amélioration de santé de manière générale, meilleure endurance et baisse de la toux pour plus de 80% des plus de 3'000 participants vapoteurs ex-fumeurs. Tandis qu'environ la moitié évoque moins de décolorations dentaires, un aspect de la peau amélioré et une attention à l'hygiène de vie plus prononcée. L'enquête menée via internet entre août et octobre 2015 comprenait pas moins de 133 questions préparées par Kirsten Lehmann, Silke Kuhn et Jens Reimer du Centre interdisciplinaire de recherche sur les addictions de l'Université d'Hambourg. 

Plus de 91% de vapoteurs ex-fumeurs

Visant initialement un échantillon d'un millier de répondants, les chercheurs ont été submergés par la mobilisation de la communauté "dampfer". Sur plus de 3'300 réponses valides retenues, 91,5% de vapoteurs exclusifs sont ex-fumeurs, 7,5% de double-usagers (vape et cigarette) et moins de 1% de vapoteurs jamais fumeurs. Parmi les 33 vapoteurs n'ayant pas fumé auparavant, plus de la moitié n'utilise pas de nicotine, les autres le font à un taux significativement plus bas que les autres usagers. Plus des 9/10ème de ces vapoteurs atypiques jugent impossible qu'ils se mettent à fumer. Vapotant nettement moins et moins souvent que les deux autres catégories, "aucune dépendance physique n'a pu être mesurée au test de Fagerström", leur score se situant en dessous du minimum d'un point. Une exception est à noter d'une personne ayant commencé de vapoter pour évoluer vers le tabagisme.

A côté de cet épiphénomène de vapoteurs sans passé tabagique, la moitié, des 99% de vapoteurs ayant fumé ou encore fumeurs, a essayé auparavant sans succès au moins deux produits d'arrêt tabagique. En moyenne, les répondants ont fumé durant 22 ans à raison de 26 cigarettes par jour. Ce profil moyen de hard-core smoker tout juste quadra s'est mis à la vape deux ans avant l'enquête. Qu'il soit devenu vapoteur exclusif ou non, ces éléments changent peu.

Le jeu des différences

Les différences entre les vapoteurs ayant lâché les cigarettes et ceux combinant les deux produits apparaissent sur les usages. Les vapoteurs ex-fumeurs sont plus enclins à vaper quotidiennement et quittent la cigarette pour la plupart dans les cinq semaines après leur initiation au vapotage. "L'usage régulier du vapotage est important pour aider les utilisateurs à quitter le tabagisme", soulignent les chercheurs. Autre différence, 70% des ex-fumeurs vapotent des liquides à moins de 6mg/ml de nicotine mais en plus grande quantité. Les vapoteurs ne réussissant pas à stopper la cigarette sont 64% à utiliser des liquides entre 6 et 25 mg/ml de nicotine. "Il est possible que les ex-fumeurs compensent la réduction du taux de nicotine en augmentant leur vapotage", note l'article.

Si 93% des plus de 3'000 vapoteurs exclusifs jugent inconcevable qu'ils rechutent dans le tabagisme, 69% des double-usagers aimeraient arrêter de fumer et se convertir totalement au vapotage. Le test de dépendance pour l'ensemble des usagers de liquides nicotinés montre un niveau modéré, significativement moins élevé qu'avec les produits de tabac. 

"Les arômes fruités, menthol et gourmands sont les plus populaires des liquides de vapotage, alors que les arômes simili-tabac se classent quatrième. Il se peut que le passage des arômes tabac aux autres types de goûts ait un impact positif pour rester non-fumeur", remarque l'étude. Un point qui a son importance dans le contexte politique allemand, où des propositions pour interdire les arômes autres que tabac sont évoquées.

Le facteur communautaire

Une limite de l'étude se trouve dans la sur-représentation des vapoteurs provenant des forums d'usagers. Vapoteurs enthousiastes et passionnés, ils sont nettement plus d'hommes que de femmes. "Pour les hommes, le vapotage semble lié au plaisir tandis que les femmes semblent plus tournées vers un usage pour réduire le stress et moduler l'humeur", relèvent les universitaires allemands. Mais l'engouement de la communauté et le taux de 91% de vapoteurs ex-fumeurs semblent avoir impressionné les chercheurs. "Plus de recherche est nécessaire pour examiner si les usagers des forums sont non seulement plus enthousiastes mais aussi s'ils connaissent plus de réussite pour arrêter totalement de fumer. Considérant que la plupart des ex-fumeurs de notre étude sont passés du tabagisme au vapotage quelques jours après avoir commencé de vapoter, les motivations et les déclarations sur le vapotage ainsi que peut-être le soutien des autres usagers semblent des facteurs importants", concluent-ils.