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jeudi 24 octobre 2019

Avertissement aux consommateurs: des liquides américains sans nicotine frelatés à l'huile en vente online vers l'Europe

Des vape-pens pré-remplis avec de l'huile de noix de coco, ainsi que de la vitamine E, se trouvent en vente sur internet à destination d'acheteurs européens. Inhaler des lipides, tels que contenus dans ces produits, sont susceptibles de provoquer des pneumonies lipidiques. Un avertissement de principe a été lancé par l'association Helvetic Vape fin septembre. Puis début octobre, une alerte plus spécifique de l'ETHRA, le regroupement européens des défenseurs des moyens de réduction des risques. "Les liquides contenant des huiles ou de l'acétate de vitamine E sont potentiellement nocifs, même pour une utilisation à court terme", communique l'ETHRA.

Vendredi dernier, le quotidien Suisse le Temps a livré le nom d'une marque américaine opérant depuis la Pologne qui vend certains produits constitués essentiellement d'huile en les destinant à l'inhalation par un système de vapotage. Une absurdité sanitaire.

En parallèle, plusieurs sources nous ont prévenu de la circulation sur le marché noir de liquides aux drogues de synthèse. Notamment des liquides aux pseudo-cannabinoïdes de synthèse, tels que ceux qui ont fait des ravages sous la forme à fumer de Spice ou K2 apparus aux alentours de 2006. Le nom du Buddha Blue revient fréquemment dans les alertes aux liquides de pseudo-cannabinoïdes de synthèse.

Mais il y aurait également des liquides aux "sels de bains", des drogues de synthèse qui imitent les effets d'autres drogues telles que la cocaïne ou la méthamphétamine. Ces drogues de synthèse circulent depuis plus d'une dizaines d'années, consommées en les fumant, sniffant, et à présent dans des liquides de vapotage vendus sur les marchés noirs. L'étendue de leur usage est difficile à évaluer, comme le précisait déjà en 2014 un chercheur de l'OFDT pour la revue Swaps.

Risques de pneumonies lipidiques

Les liquides de vapotage contenant des lipides sont fortement susceptibles de provoquer des pneumonies lipidiques, quelque soit la substance active présente (nicotine, cannabinoïdes ou drogues de synthèse). Les pneumonies lipidiques exogènes résultent de "l’inhalation aiguë ou chronique de graisse animale, végétale ou minérale", rappelle une étude de cas de l'hôpital du Coulommiers en 2014. "La pneumonie lipoïde peut imiter [les symptômes] de nombreuses autres maladies", présente un article de Respiratory Medicine de 2011. "Des cas aigus, parfois mortels, peuvent survenir, mais la maladie est généralement indolente. (...) Aucune étude dans la littérature ne définit actuellement la meilleure option thérapeutique. Cependant, il existe un consensus sur le fait que la mesure clé consiste à identifier et à mettre fin à l'exposition à l'agent fautif", précisent les auteurs.

La présence de lipides et de vitamine E, qui est liposoluble, font partie des substances fortement soupçonnées, sans que ce soit formellement établi, dans la vague d'empoisonnements aux liquides frelatés aux Etats-Unis. Cela a éveillé l'attention d'usagers européens de liquide de vapotage au CBD sur une marque américaine distribuant ses produits depuis la Pologne à destination de différents pays d'Europe. Dans son catalogue un produit de vapotage au CBD constitué essentiellement d'huile de noix de coco a alerté en particulier des consommateurs, qui ont fait remonté l'info aux associations de défense des usagers.

En Europe, le risque peut venir de produits frelatés et/ou hors réglementation

Les cannabinoïdes eux-mêmes, nonobstant les effets psychoactifs connus, ne sont pas en cause. "Les produits de vapotage au CBD sont légaux dans plusieurs pays européens", rappelle l'ETHRA. Les défenseurs des usagers précisent que "les vendeurs responsables présentent des rapports de toxicologie" pour montrer les niveaux d'éventuels résidus de contaminants (pesticides et fongicides, notamment) et l'absence de lipide dans le liquide. Une très faible présence de THC est légale à des taux maximum variant selon les pays européens - < 1% en Suisse) et < 0,2% en France, par exemple [des concentrations qui n'occasionnent pas d'effets psychotropes ("ivresse")-.

Les liquides de vapotage nicotinés sont soumis à la directive sur les produits du tabac (TPD), qui impose aux distributeurs d'annoncer leurs produits aux autorités sanitaires. L'ajout de lipides ou de vitamines est notamment interdit dans ce cadre. Le 23 septembre dernier sur la radio France-Info, Roger Genet, directeur général de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), a précisé très clairement que les produits déclarés ne présentent pas les risques qui sont apparus aux Etats-Unis, avec des produits frelatés. En Suisse, l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a aussi confirmé la sûreté des liquides de vape légalement sur le marché.



Aucune réaction de la marque contactée par des usagers

Cependant, l'obsession en 2014 des législateurs de l'Union Européenne à tenter d'amalgamer les vapoteurs aux fumeurs, au lieu d'une réglementation spécifique au vapotage, amène à un flou, si ce n'est une lacune, de réglementation pour des produits sans nicotine tels que ceux mis en vente par la marque américaine depuis la Pologne. Les liquides de vapotage ne doivent pas contenir de lipide ni de vitamine lorsqu'ils sont soumis à la TPD.

Mais est-ce le cas en l'espèce? Les responsables de l'entreprise repérée par des usagers ont été contactés par plusieurs défenseurs de la réduction des risques. Réponses laconiques sans réelle précision, et surtout pas de retrait du produit signalé comme problématique, ni même d'avertissement sur la page de vente du produit.




Le site Make money online Scams exposed ("les arnaques des ventes en ligne exposées") consacre un article à cette marque américaine, soulignant notamment le modèle peu sérieux de marketing en réseau multi-niveau (MLM). Les réactions de "l'ambassadrice" de la marque sur leur page francophone confirment le manque de compétences nécessaires au conseil pour ce type de produit.

Pas de problème majeur avec les produits réglementés

Pour le moment, ces produits douteux ne semblent pas avoir encore fait de victime en Europe. Le 8 octobre, Santé Publique France a confirmé l'absence de vague de cas répertorié depuis le lancement de l'alerte aux signalements en France, tout comme l'Institut fédéral d'évaluation des risques (BfR) en Allemagne ce 17 octobre. Au Royaume-Uni, il n'y a pas non plus d'inquiétude sur les produits légaux. 

En Suisse, seul un militant anti-réduction des risques affirme que la crise d'asthme d'une malade chronique à Winthertour a été causée en janvier, six mois avant les empoisonnements aux Etats-Unis, par la "même maladie" indéterminée que les cas américains. Il a médiatisé cette "information" douteuse la veille du vote de la taxe anti-vapoteur au Conseil des Etats... Y a t-il besoin de plus de commentaires?

Heureusement pour les personnes qui apprécient de vapoter du CBD, il existe des liquides produits avec des composants adéquats au vapotage. Il y a également d'autres manières de le consommer sans le fumer: avec des vaporisateurs d'herbe sèche, en gouttes sous la langue ou en massage dans l'intérieur du poignet (où la peau est assez fine)...

La démission politique offre son règne au marché noir

Concernant les produits contenant du THC dans des concentrations au dessus des limites légales, l'absence de régulation sur le sujet laisse les consommateurs aux mains des vendeurs du marché noir. Des produits illicites américains se trouvent notamment via le dark net. Des tests y ont mesuré la présence de lipides et de vitamine E, posant les problèmes de pneumonie lipidique susmentionnés, des métaux lourds et des résidus, parfois en quantité importante, de pesticides et de fongicides, notamment du Myclobutanil.

Le Myclobutanil dégage du cyanure d'hydrogène, sur lequel nous alertions en août et dont la présence a été confirmé dans les produits du marché noir, mais absent des produits légaux, testés par Cannasafe, un laboratoire indépendant. Celui-ci a livré ses résultats en exclusivité à Business Insider"Il y a une division du problème assez nette", explique Aaron Riley, directeur du laboratoire CannaSafe, "cette étude montre à quel point le marché noir [américain] est dangereux et sale".

La diffusion de drogues de synthèse favorisée par le vape bashing

L'apparition des pseudo-cannabinoïdes de synthèse depuis quelques années est également une source d'inquiétude. Avec un potentiel de méfaits sous-estimé par les autorités. Diffusé depuis une dizaine d'années sous forme à fumer sous le nom devenu générique de Spice, les molécules synthétiques généralement avec une liaison atomique différente que la molécule de THC originale produisent des effets instables et peuvent être extrêmement concentrées. Des cas de jeunes partis en vrille dans leur lycée en France montre que ces substances circulent, sans que l'on ait une visibilité nette sur leur diffusion.

Ces derniers jours, de nouvelles alertes sur des cas dans la même région française (Normandie) sont revenus dans la presse. Des liquides avec d'autres drogues de synthèse circulent également, notamment des produits avec des "sels de bains". Les effets de restriction et de prohibition sur les produits de vapotage sans substance, avec nicotine ou avec CBD, poussent certains jeunes, par définition inexpérimentés, dans les bras du marché noir. Là, par effet d'opportunité, ils se retrouvent face à des produits de synthèse illicites, sans réelle compréhension de leur nature et surtout de leurs effets brutaux et souvent inattendus, voire aléatoires.

L'absence d'information claire, et pire la tendance médiatico-politique à égaliser et amalgamer les risques entre produits de vapotage conventionnels, sans distinction avec ceux adultérés par des drogues de synthèse, rend opaque et brouille la compréhension des jeunes face à ces produits. Il y a un effet de banalisation implicite des produits dangereux par l'exagération infondée contre le vapotage classique. Il y a une grande responsabilité politique et médiatique à l'opacité sur ce problème, favorisé par le vape-bashing des défenseurs du tabagisme fumé, y compris de ceux qui se prétendent anti-tabac.

En Suisse, un besoin pressant d'information honnête

Localement, en Suisse, nous savons qu'il n'y a aucune aide ni information pertinente à attendre d'organisation telle qu'Addiction Suisse qui privilégie leurs objectifs politiciens et de carrière à la santé publique. Au mieux, ils attendent un accident pour réclamer de nouvelles mesures de répression des vapoteurs, que la RTS s'empressera de spectaculariser. Du côté des professionnels de vape romands, le réflexe de l'intérêt commercial personnel semble encore prédominer sur une compréhension plus globale du sujet et de l'approche de réduction des risques.

Une voix en prise avec le terrain et libre d'intérêts commerciaux est nécessaire sur ce type de problématique. Mais l'association des vapoteurs Helvetic Vape a été exclue des discussions par les autorités et les groupes de santé publique au profit des lobbys d'intérêts économiques. Cette situation est inquiétante, en la laissant sans prise ni contrôle. Les responsables de santé publique suisses se sont volontairement rendus aveugles par leur profond mépris des usagers.

Le pire est à venir

Les mesures anti-vapoteurs, pour favoriser les cigarettiers et les pharmaceutiques, notamment dans la prochaine loi LPTab en limitant les volumes à 10 ml des fioles et les surtaxant, vont alimenter l'extension d'un marché noir où les produits dangereux vont pouvoir toucher d'autant plus de public par effet d'opportunité. L'interdiction de pouvoir tester les produits en boutiques, par l'amalgame du vapotage au tabagisme et l'interdiction de promotion, va également favoriser la dispersion des clients vers les réseaux de vente sur internet.

Sur celui-ci, l'interdiction Suisse de publicité et promotion du vapotage va favoriser l'opacité entre sites sérieux, vendeurs douteux et marché noir, et entraver l'information de réduction des risques (déjà régulièrement censurée par des réseaux sociaux tels que Facebook). Mais ce pourrissement de la situation n'est-il pas ce que recherchent de longue date les soi-disant gardiens de la pureté morale sur ce sujet..? (oui, c'est une question rhétorique).

Les vaporisateurs d'herbe sèche comme moyen pragmatique pour le cannabis

Pour éviter de fumer et les toxiques liés dans le contexte Suisse - c'était mon conseil pragmatique lors d'un atelier avec des usagers il y a quelques mois -, les vaporisateurs à herbe sèche sont probablement le moyen le plus pratique. Il est plus aisé de trouver des sources de confiance pour les produits tels que l'herbe ou même le shit (la résine), que pour des liquides. Les modèles portatifs, que l'on peut trouver à partir d'environ 120 Fs (100 €), sont devenus pratiques, et la vaporisation permet de réduire d'environ 30% le dosage d'herbe ou de shit pour un effet similaire. 

La vaporisation évite le monoxyde de carbone et les goudrons de la combustion, mais ne protège pas des éventuels contaminants, tels que pesticide, métaux ou saloperies de synthèse, qui seraient contenus dans la matière. Une réglementation permettrait de protéger les consommateurs de tels toxiques. Mais encore faut-il que les autorités trouvent le courage politique de retirer aux dealers leur monopole du marché.




samedi 5 octobre 2019

Idiocracy: la FDA recommande de ne pas consommer de produits du marché noir tout en organisant la prohibition des produits légaux !

Recommander de ne pas acheter de produits au marché noir, tout en organisant la prohibition des liquides aromatisés qui va y pousser près de 10 millions d'utilisateurs. On pourrait croire à une scène du film Idiocracy. Mais ce spectacle d'une bêtise désolante est celle de la bureaucratie de santé publique américaine actuelle. "N'utilisez pas de produits de vapotage - en particulier ceux contenant du THC - obtenus dans la rue ou d'autres sources illicites ou de réseaux sociaux", hurle la Food and Drug Administration (FDA) dans son communiqué publié hier. Dans le même temps, l'agence est le moteur de la multiplication des interdictions de liquides de vapotage aromatisés dans tout le pays, alors que ce type de produit n'est pas à l'origine des empoisonnements pulmonaires. La FDA avait déjà fixé à mai prochain la date butoir d'un cahier d'homologation comme produit du tabac techniquement et financièrement intenable pour les entreprises de vape indépendantes.

Calcul morbide de politiciens

Pourtant l'origine des empoisonnements est claire, bien qu'il reste à déterminer si ceux-ci sont de nature chimique ou lipidique. Les 18 personnes décédées d'empoisonnements pulmonaires avaient consommé des produits du marché noir au THC. Selon les données du Center for Disease Control (CDC), plus de 78% du millier de patients sous observation déclarent avoir consommé des liquides au THC du marché noir. Une large part des 22% restant refusent, comme ils en ont le droit, de déclarer s'ils consomment ou non des liquides au THC, illégaux dans la plupart des Etats du pays. 

Les autorités américaines semblent incapables de faire une simple soustraction pour retirer les personnes refusant de répondre et calculer le taux de personnes "avouant" avoir consommer des produits illicites sur le total des déclarations. L'enjeu de cette incapacité de calcul élémentaire est que si ce taux est suffisamment important, alors les autorités sanitaires ne pourraient plus incriminer officiellement sans raison le vapotage légal. Cette politique du doute a un but: nourrir la peur par l'incertitude.
Le traitement médiatique de cette vague d'empoisonnements pulmonaires restera "dans les livres d’histoire de santé publique comme l’une des plus grandes campagnes de désinformation et de tromperie publique jamais menées. Une campagne immorale de «panique morale» basée sur la fiction, l'intimidation, la terreur, la confusion et la désinformation", argumente le Pr Konstantinos Farsalinos, du Centre de cardiologie d'Athènes, dans un long billet sur son blog. [résumé en français par le Vaping Post] Il prend en exemple un article d'un des journaux du multi-milliardaire Michael Bloomberg, pour lister les contre-vérités assénées depuis deux mois sans interruption sur cette affaire. En Suisse, nous avions relevé la falsification d'un témoignage par la RTS, mais la liste des mensonges et tromperies sur cette affaire est impossible à dresser tant elle est massive.

Épidémie de prohibitions

Or, les empoisonnements aux liquides frelatés illicites ont servi à déclencher une vague de prohibition des produits de vapotage, légaux jusque-là, aux Etats-Unis. L'Etat du Massachusetts en a interdit toute vente pour au moins quatre mois, tandis que le Michigan, l'Etat de Washington et New York ont ​​interdit les liquides aromatisées. Un appel, avec effet suspensif, est en cours devant la Cour Suprême de New-York. Le million d'habitants du comté de Los Angeles (Californie) seront privés d'accès légal à des produits de vape aromatisés à la fin du mois, imitant la décision de la ville de San Francisco. L'Ohio s'apprête aussi à le faire. Le président Trump a même évoqué un projet de prohibition au niveau national. Les annonces se succèdent à un tel rythme, qu'il est possible que cette liste ne soit pas complète.
"Je trouve cynique que la FDA recommande de ne pas utiliser de produit de vape acheté au marché noir. Pendant que notre gouvernement s'affaire à créer un environnement qui oblige les vapoteurs de nicotine à acheter des liquides aromatisés au marché noir", Phil Busardo, figure du mouvement des vapoteurs, sur son compte facebook.

Des voix résistent au maccarthysme anti-vape

Malgré la chasse aux sorcières hystérique contre le vapotage, certaines voix de santé publique s’opposent à la frénésie anti-réduction des risques. "Par un effet pervers, on va pousser les gens vers le même type de produits que ceux qui causent l'épidémie", déclare le Pr Leo Beletsky, de la NorthEast University, dans le Los Angeles Times

"Les interdictions semblent vraiment mal configurées pour résoudre le problème en question", précise l'universitaire qui craint le développement d'un marché souterrain non réglementé pour les produits de vapotage nicotinés. De son côté, Helen Redmond, addictologue new-yorkaise, redoute surtout "un retour au tabagisme pour les vapoteurs" , dans la revue de réduction des risques Filter.

Les opportunistes sont chauds

L'hystérie anti-vape profite évidemment aux cigarettiers. Non seulement, elle relance les ventes de cigarettes, dont la chute a mis en difficulté les budgets des Etats ayant contracté des emprunts toxiques adossés à ces ventes, mais elle offre aussi aux Big Tobacco l'opportunité de démarquer leurs nouveaux produits de tabac chauffé. A titre d'exemple, CNN présente la cigarette trop chauffée Iqos de Philip Morris comme "une nouvelle manière de consommer de la nicotine ni vapotage, ni cigarette". C'est de bonne guerre a t-on envie de dire et la stratégie commerciale est rodée. Le cigarettier vaudois s'est entraîné à profiter des campagnes anti-vapotage d'Addiction Suisse pour pousser son produit à domicile.

Mass murder

Au lieu de résoudre l'origine des produits frelatés au THC en réglementant ceux-ci, les autorités américaines s'apprêtent donc à y ajouter un nouveau désastre de santé publique similaire à la prohibition de l'alcool dans les années 1920'. Ou plus récemment celui de la crise des opioïdes de synthèse où 3 millions de consommateurs de produits pharmaceutiques légaux rendus accros, dont les prescriptions ont été limitées du jour au lendemain sans mesure de réduction progressive, ont été jetés sur le marché noir des dealers de fentanyl, d'oxycontine et d'héroïne. Plus de 250'000 en sont morts depuis trois ans.
"L’approche que nous avons adoptée à ce jour en ce qui concerne la nicotine pourrait constituer une bonne production théâtrale kafkaïenne, mais c’est une politique de santé publique tragique", Pr David Sweanor, de l'Université d'Ottawa, dans la revue Hospital News.
Les responsables de santé publique américains prennent donc l'habitude de programmer des massacres de masse, alors que près de 480'000 de leurs concitoyens meurent prématurément chaque année de maladie provoquées par le tabagisme sans que les médias n'en fassent plus que quelques entre-filets convenus. 

La fabrique du consentement par la peur

Bien que près de 3,5 millions avaient réussi à se libérer de la cigarette grâce au vapotage, environ 35 millions d'américains fument encore. Pour une très grande part membres des classes populaires, avec des revenus et des niveaux éducatifs les plus bas. Délaissés de l'intelligentsia démocrate aussi bien que des affairistes trumpiens, leur droit à accéder à un moyen de réduction des risques, leur droit à l'information et à la liberté d'expression sur ce sujet sont totalement niés par les élites américaines. 

A la place, un club de richissimes desperate housewives des Hampton kidnappe le débat autour de peur névrotique sur le risque pour les "enfants". Or, cette peur n'a pas de fondement réel comme le démontre l'analyse statistique des Pr Martin Jarvis, Robert West et Jamie Brown publiée cette semaine. Il n'y a pas d'épidémie d'addiction à la nicotine à cause du vapotage chez les adolescents américains. Mais ce fait étant black-outé par les médias, il n'a pour ainsi dire pas d'existence. Il restera inconnu de l'opinion publique. Tout comme les études qui montrent que les restrictions, et a fortiori une prohibition, du vapotage favorisent le tabagisme adolescent.


jeudi 3 octobre 2019

USA: commentaires scientifiques sur les biopsies de 17 empoisonnements pulmonaires

Hier, une communication de médecins des cliniques Mayo (USA), publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM), indique que les lésions pulmonaires de 17 patients étudiées sont très probablement liées à une toxicité directe ou à des lésions tissulaires dues à des émanations chimiques nocives. Des scientifiques britanniques ont commenté cette communication médicale pour la contextualiser, tandis que les médias francophones ont joué la carte du sensationnalisme sans retenue*. Les médecins américains ont affublé la question du sobriquet ridicule, si ce n'est inconvenant dans les circonstances, de VAPI pour Vaping-Associated Lung Injury.  Parmi les 17 patients sur lesquels des biopsies ont été procédées, 11 répondaient aux critères d'un diagnostic «confirmé» de lésion pulmonaire, tandis que les 6 autres répondaient aux critères d'une désignation «probable». 

Tous les patients ont des antécédents de vapotage, dont certains uniquement de produits de THC et d'autres sans précision dans la communication, qui n'a pas non plus détaillé les antécédents tabagiques de certains patients. Les médecins n'ont pas vérifié la présence de pseudo-cannabinoïdes de synthèse. Pour 12 des patients, la consommation de produits au THC a été établie, généralement rapportée par des proches car la plupart des patients ont été rétifs à reconnaître utiliser une substance illégale soulignent les chercheurs. La communication ne précise pas si ceux-ci sont dans les cas confirmés ou probables, ni si la provenance des produits était tous du marché noir. 11 patients sont de l'Arizona, 5 du Minnesota et un de Floride, trois états où l'usage de cannabis récréatif est illégal. "Dans tous les cas, les résultats histopathologiques ont révélé des types de lésions pulmonaires aiguës, notamment une pneumopathie fibrineuse aiguë, des lésions alvéolaires diffuses ou une pneumonie organisée, généralement bronchiolocentrique et accompagnée de bronchiolite", précise la communication des médecins.

"Une attention récente a été accordée à la possibilité qu'une lésion pulmonaire associée à la vaporisation puisse constituer une pneumonie lipoïde exogène. Cependant, aucun de nos cas n'a montré de preuve histologique de pneumonie lipoïde exogène et aucune preuve radiologique de celle-ci n'a été trouvée", poursuivent les cliniciens, avant de nuancer leur remise en cause de l'hypothèse de pneumonie lipidique liées à l'inhalation de liquide de vapotage de THC frelatés à l'huile. Nous avions déjà évoqué dés le mois d'août la possibilité de pneumopathies chimiques, notamment en lien avec la détection de taux élevés de Myclobutanil, un fongicide extrêmement toxique lorsqu'il est chauffé.

Les deux hypothèses: empoisonnements chimiques ou lipidiques

Cependant les médecins des Cliniques Mayo précisent que ces "observations suggèrent que cette constatation doit être interprétée avec prudence, dans la mesure où il peut simplement s'agir d'un marqueur d'exposition et pas nécessairement d'un marqueur de toxicité. Bien qu'il soit difficile d'écarter le rôle potentiel des lipides, nous pensons que les modifications histologiques suggèrent plutôt que les lésions pulmonaires associées au vapotage représentent une forme de pneumonite chimique centrée sur les voies respiratoires à partir d'une ou plusieurs substances toxiques inhalées plutôt que d'une pneumonie lipoïde exogène en tant que telle, mais les agents responsables restent inconnus".

Commentaires de la Pr Linda Bauld et du Pr John Britton

Le Science Media Centre, le site scientifique promu par le Comité des sciences de la Chambre des Lords britannique, a publié des éclairages sur les résultats de cette communication. "L’étude confirme que des lésions pulmonaires aiguës se sont produites. Les chercheurs ont découvert qu'il ne s'agissait pas d'effets indésirables chroniques - c'est-à-dire ceux qui se sont accumulés sur une longue période et qui causent une maladie - mais plutôt la preuve d'une éclosion similaire à un empoisonnement", souligne en premier lieu la Pr Linda Bauld, de l'Université d'Edimbourg. 

"Ceci fournit une preuve supplémentaire qu'il est extrêmement improbable, voire impossible, que des e-liquides aromatisés à la nicotine du type de ceux utilisés par des millions de personnes dans le monde depuis une décennie (y compris au Royaume-Uni) soient à l'origine de ces blessures. Au lieu de cela, les contaminants semblent être à blâmer. La plupart des preuves suggèrent des adultérants dans le vapotage de cannabis, mais d'autres produits peuvent être impliqués", précise la chercheuse.

La prohibition aggrave les risques

Avant d'insister sur l'augmentation des risques que provoquent les prohibitions: "Aux États-Unis, l'interdiction récente de tous les produits de vapotage aromatisés ne va pas empêcher d'autres cas comme ceux-ci si le coupable est un produit contaminé acheté au marché noir. En effet, les interdictions peuvent aggraver le problème en limitant l'accès et en poussant les gens vers des sources illicites".

Un problème américain

De son côté, le Pr John Britton, directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool et consultant en médecine respiratoire à l'Université de Nottingham, note que "ces échantillons ne montrent pas d'accumulation de lipides, ce qui indique que la cause n'est pas lipidique en soi, mais quelque chose d'autre dans la vapeur. Comme il s’agit d’un petit nombre de cas, nous ne savons pas à quel point il est représentatif, mais ces indications sont utiles"

Avant de souligner le caractère localisé de la vague de cas. "C’est donc quelque chose qui se trouve dans les fluides de vape américains, ou quelque chose au sujet des cigarettes électroniques particulières utilisées par les personnes touchées, mais cela reste quelque chose de distinct du vapotage en général et en particulier du vapotage de nicotine".

* Add: sur le sensationnalisme des médias francophones sur cette étude, on peut lire cet article de Vap'You https://www.vapyou.com/propagande-anti-vape-afp-morts/


Une analyse invalide la thèse d'une épidémie de dépendance à la nicotine chez les lycéens américains

C'est le prétexte aux projets d'interdiction d'arômes, de prohibition totale et aux taxes contre le vapotage. Mais c'est un prétexte sans fondement. La peur entretenue d'une épidémie de dépendance à la nicotine à cause du vapotage chez les lycéens américains se révèle creuse à l'analyse. A partir des données de l'enquête nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), une équipe de chercheurs de renommée mondiale montre que moins de 1% des jeunes non-fumeurs ont utilisé fréquemment des produits de vapotage en 2018. "Les données de l'enquête NYTS ne corroborent pas l'affirmation selon laquelle une nouvelle épidémie de dépendance à la nicotine serait liée à l'utilisation du vapotage, pas plus qu'elles ne soutiennent une inquiétude de voir le recul du tabagisme chez les jeunes se résorber après des années de progrès", concluent les Pr Martin Jarvis, Robert West et Jamie Brown de l'University College of London. 

Publiée sur la plateforme d'open-science Qeios, l'analyse a repris les données brutes de l'enquête NYTS de 2018 rendues accessibles seulement en mars 2019, en les recoupant avec les données des années précédentes (de 2014 à 2017) pour vérifier les antécédents d'usages des différents produits nicotinés. L'expérimentation a augmenté en 2018 et 20,8% des lycéens ont déclaré avoir vapoté le mois précédent l'enquête mais seulement un quart de ces utilisateurs ont vapoté de manière fréquente. Tandis que 61,8% d'entre eux n'ont fait qu'essayer moins de 10 fois dans leur vie de tirer sur une vaporette.

Utilisation fréquente essentiellement chez des jeunes déjà fumeurs

"Notre analyse des données de NYTS de 2018 et des années précédentes montre une forte association entre la consommation de produits du tabac et le vapotage au cours de la vie: en 2018, les lycéens qui avaient fumé plus de 100 cigarettes au cours de leur vie étaient environ 27 fois plus susceptibles d'avoir vapoté au cours des 30 derniers jours par rapport aux étudiants qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac. L'utilisation de cigarettes électroniques au moins 20 jours au cours du dernier mois n'a été observée que chez 1,0% de ceux qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac en 2018", énumère l'équipe d'épidémiologues.

"Parmi les lycéens, nous avons constaté que, pour la grande majorité de ceux qui avaient déjà fumé, les cigarettes ont été le premier produit de tabac essayé, avant toute utilisation de vapotage. Il est clair que pour ces étudiants, leur consommation de cigarettes et le développement d’une dépendance caractéristique à la nicotine doivent être attribués à la consommation de cigarettes, plutôt qu’au vapotage", précisent les chercheurs. En version courte, le vapotage n'a pas inventé le tabagisme adolescent. Au contraire, la chute du tabagisme des lycéens américains se poursuit, étant passé de 28,5% en 1999 à 8,1% en 2018. "Le déclin rapide observé des essais de produits combustibles et de la prévalence de l'usage de la cigarette depuis 1999 n'a donné aucun signe de renversement depuis l'essor de l'utilisation de la vape en 2011".

Signes de dépendance rares chez les vapoteurs

"Les symptômes de dépendance étaient rares chez les étudiants qui utilisaient le vapotage sans avoir utilisé d'autres produits du tabac", synthétise l'étude. 3,8% des vapoteurs exclusifs ont déclaré sentir du manque, contre 74,5% des fumeurs. Par ailleurs, la catégorisation controversée du vapotage comme produit de tabac par les autorités américaines ne remporte pas l'adhésion de tous les lycéens. La moitié des vapoteurs exclusifs nient avoir consommé un produit de tabac. "À tout le moins, cela suggère que leur image de soi n'est pas celle d'un consommateur de produits de tabac. Cette perception du vapotage comme quelque chose de différent et distinct du tabac pourrait servir à réduire leurs chances de devenir consommateurs de produits de tabac conventionnels", souligne l'équipe menée par le Pr Jarvis.

Un gouffre béant entre les données et la communication

L'étude se conclut avec une touche de diplomatie très britannique. "Le présent document n’est pas destiné à remettre en cause l’orientation actuelle de la politique de la FDA en matière de réglementation du vapotage. Ce serait présomptueux de notre part. Nous avons plutôt cherché à examiner les preuves présentées pour appuyer les nouvelles initiatives réglementaires. Nous trouvons un gouffre béant entre la vision d’une épidémie d’usages de vapotage menaçant d’engouffrer une nouvelle génération dans la dépendance à la nicotine et la réalité des preuves contenues dans l'enquête NYTS". 

Les médias donneront-ils autant de couverture à cette analyse qu'aux déclarations de Scott Gottlieb sur cette enquête en décembre? L'ex-Commissaire de la FDA, depuis passé au Conseil d'administration du géant pharmaceutique Pfizer, avait alors parlé d'une inquiétante épidémie de vapotage chez les jeunes qui risquait d'entraîner une génération dans la dépendance à la nicotine. L'onde de choc de l'annonce a permis des mesures réglementaires contre le vapotage. Cette nouvelle analyse, qui confirme les chiffres et les tendances analysés d'autres études notamment celle sur les données de 2015, devrait remettre en cause ces décisions. Mais on peut en douter...



samedi 14 septembre 2019

Spécial JIM - Accidents aux USA avec des produits frelatés: les infos qu'on trouve si on cherche

Ce matin, le Journal International de Médecine (JIM) m'étrille, en la bonne compagnie du Docteur et blogueur Jean-Yves Nau. "Vapolitique (...) n’a pour l’heure pas proposé d’informations complémentaires (voire de rectifications)", pique Aurélie Haroche sur le dossier des décès et malades aux Etats-Unis, liés selon mes informations à des produits frelatés de vapotage. Ce dont semble douter la journaliste spécialisée. Peut-être est-ce une réaction personnelle, mais il me semble étrange de pointer les éventuelles lacunes d'un blog d'un bénévole - en l'accusant à la fois de ne pas avoir publier de nouveau billet sur le sujet et de "matraquer" une information (sic!) -, sans questionner les défaillances d'information des médias professionnels et des autorités sanitaires.

Des faits

Je maintiens que l'AFP a caché au public francophone que dés le 25 juillet, le frère de la première victime décédée avait révélé devant les caméras de Fox6 qu'il utilisait des produits frelatés du marché noir. Cette omission est clairement de la désinformation. Et Aurélie Haroche ne présente aucun élément invalidant cette catastrophe de santé publique que représente la désinformation sensationnaliste des médias mainstreams français sur ce dossier, à l'exception heureuse de Libération.

Mais surtout, depuis mon dernier billet sur le sujet, rien de crédible et pertinent n'a invalidé que la source des accidents est liée à des produits frelatés de vape avec THC provenant du marché noir. Le 9 septembre, la Food and Drug Administration (FDA) a d'ailleurs publié un avertissement aux "consommateurs pour qu'ils prennent soin d'eux-mêmes en évitant les produits de vape au THC" qui au niveau fédéral sont illégaux.

Le Département de Santé de l'Etat de New-York avait précédemment laissé fuiter que les malades avaient pour la quasi-totalité reconnu avoir consommé des produits illicites de vape au THC du marché noir, puis a précisé qu'un additif huileux de vitamine E était probablement en cause, dans la Washington Post. A noter que plusieurs des malades qui n'avaient dans un premier temps pas osé "avouer" avoir consommé ce type de produits illégaux, l'ont ensuite reconnu.

Un peu de logique face à l'idiocracie peut-être ? 

Mais en plus des éléments factuels sur les cas, une réflexion assez simple sur la survenue de problèmes concentrés dans un laps de temps très court par rapport à un produit utilisé depuis 2003 suffit. Le 5 septembre sur son blog, le Dr Konstantinos Farsalinos a présenté l'hypothèse de faire comme si nous ne savions rien de l'usage de liquides frelatés du marché noir par les malades. "Alors, utilisons des principes d'épidémiologie simples pour comprendre l'épidémie récente", précise t-il avant de rappeler que, populaire depuis 2009, le vapotage est utilisé aux Etats-Unis par environ 10 millions de personnes, âgées en moyenne d'environ 40 ans, sans vague de problèmes sanitaires.

"Les autorités [américaines] ont précisé qu'il s'agit de cas aigus. Bien que divers médias aient présenté cette maladie comme une mystérieuse maladie pulmonaire, il s'agit en fait d'un empoisonnement des poumons qui se traduit cliniquement par une insuffisance respiratoire grave", explique t-il. "Ces cas ne sont pas liés à des produits de vapotage disponibles depuis des années aux États-Unis et sur le marché mondial. Cela n'a absolument aucun sens que les mêmes produits qui ont été utilisés pendant des années par des millions de personnes et qui n'ont jamais provoqué d'épidémie soient la cause aujourd'hui d'une maladie aiguë ", ajoute t-il, "ces cas ne sont pas liés à des produits qui sont généralement utilisés par le vapoteur lambda. Aux États-Unis, l'âge moyen des vapoteurs adultes est différent de celui des adultes ayant souffert de cette affection aiguë".

Enfin, la soudaineté de la vague de malades indique que "ces cas sont liés à la sortie récente de nouveaux produits (qui n'étaient pas disponibles sur le marché auparavant), à une modification récente de la composition de produits précédemment disponibles sur le marché, ou à un problème récent de processus de fabrication ou de matériaux de produits qui étaient auparavant disponibles sur le marché". Le Dr Farsalinos déplore que "ces conclusions, dérivées de l'application de principes d'épidémiologie simples, ont été largement ignorées par la plupart des autorités, des régulateurs et des scientifiques. Au lieu de cela, nous assistons à une campagne persistante, frénétique et sans précédent contre la vapotage classique, (...) si intense et si injustifiée du point de vue épidémiologique qu’elle dépasse la définition du biais de confirmation".

Se documenter ou hurler pour vendre de la peur? 

Mais le Dr Konstantinos Farsalinos n'est le seul, d'autres experts médicaux reconnus soulignent la source frelatée des produits en cause. Même des français. Le Dr Bertrand Dautzenberg, pneumologue un peu connu en France, a insisté à plusieurs reprises, notamment sur Europe 1 et lors d'un débat sur France 24 où il confirme l'information de Sébastien Beziau représentant de l'association Sovape. Mes lecteurs en ont déjà probablement pris connaissance, mais insistons pour le JIM au cas où le journal disposerait d'une connexion internet (?) : la Dre Marion Adler a également expliqué très clairement les choses sur France Culture, tout comme Jacques Le Houezec dans Ouest-France, et le Dr Gerard Mathern sur RTL. Ainsi que le Pr Antoine Flahault, de l'Institut de Santé Globale de l'université de Genève, dans les Echos où il rappelle l'histoire du concombre espagnol

Du côté britannique, les autorités de santé, qui cultivent un sens de la responsabilité un peu plus élevé que leurs homologues européennes, ont communiqué officiellement sur le sujet. "Notre conseil sur le vapotage reste inchangé: le vapotage n'est pas totalement sans risque mais il est beaucoup moins nocif que de fumer. Il n'y a aucune situation dans laquelle il serait mieux pour votre santé de continuer de fumer plutôt que de passer complètement au vapotage", précise le Public Health England. Certes, il faut lire l'anglais (peut-être le JIM pourrait-il se doter d'un outil de traduction online ?) :

Sur le site gouvernemental Science Media Centre, la Pr Linda Bauld, de l'Université d'Edimbourgh, et le Dr Lion Shahab, de l'University College London, reviennent sur le sujet. Soulignons l'avertissement de l'expérimentée Linda Bauld sur l'effet pervers que pourrait avoir une prohibition des arômes de vapotage. "Ce qui me préoccupe, c'est que si la plupart des produits de vapotage se retrouvent interdits aux États-Unis, alors les fumeurs retourneront au tabac et, pour ceux qui ne le feront pas, la demande pour des produits au marché noir va augmenter. Un marché illicite florissant est beaucoup plus susceptible de nuire à la santé que de rechercher une réglementation proportionnée du type que nous visons en Europe".

JIM, vous allez me donner combien pour faire votre taf ? 

En bref, à moins d'être dans une tour d'ivoire imperméable, il est difficile aujourd'hui de ne pas savoir que mes indications datant de deux semaines sur l'origine par des produits frelatés du marché noir des problèmes survenus aux Etats-Unis sont confirmées par les experts compétents sur le sujet.

Je me dois de préciser que ma première hypothèse, présentée comme telle, sur le rôle du fongicide Myclobutanil semble s'effacer pour une plus probable source lipidique, liée à un additif de vitamine E ajouté par les dealers pour tromper les clients sur la qualité en concentration de cannabis des produits. Leafly, site spécialisé sur le cannabis, fait un point éclairant et assez complet sur le problème.

Pour information, les forces de police du Wisconsin ont arrêté le 5 septembre deux suspects pour la vente des produits frelatés en cause.

Honnêtement, je devrais facturer ce blog au JIM pour faire le boulot de documentation qu'ils ne font pas eux-mêmes pour leurs lecteurs.

add 17h30 : Ce tweet du Pr Micheal Siegel confirme qu'aux Etats-Unis, les parties concernées du domaine du cannabis agissent plus promptement que les autorités préférant viser une prohibition du vapotage non cannabique
add 18h: j'ai oublié de mettre en lien cet article d'hier de la Royal Society of Chemistry britannique qui fait le point également sur le sujet: Deaths from vaping-linked lung disease in US connected to vitamin E additive

add 22h: puisque j'en suis à faire la documentation... le Gouverneur de l'Etat de New-York a délivré des mandat de comparution pour trois entreprises commercialisant les fameux additifs huileux à la vitamine E, selon le Washington Post du 9 septembre:
https://www.washingtonpost.com/health/2019/09/09/new-york-subpoena-firms-selling-substances-linked-illicit-vaping-products/?arc404=true



vendredi 30 août 2019

USA: le fongicide Myclobutanil impliqué dans les intoxications des produits de vape au THC du marché noir?

Le 23 août est décédé un jeune homme du Wisconsin (USA) suite à un syndrome de détresse respiratoire l'ayant plongé dans le coma. Bien que les autorités sanitaires américaines font de la rétention d'informations, il est établi qu'il consommait des produits de vapotage prétendument au THC provenant du marché noir. Le 25 juillet, son frère a témoigné devant les caméras de FOX 6 Milwaukee (*) montrant un produit Dank Vape, une marque illégale de produits prétendument au THC comme l'a établi le site Inverse. Une association de drug checking, Doja App, avait déjà alerté fin juin sur le taux élevé du fongicide Myclobutanil dans un des produits de cette marque illégale. Le Myclobutanil en chauffant dégage du cyanure d'hydrogène, un gaz ultra-toxique potentiellement mortel en petite quantité. 

Autorités irresponsables

Le cannabis étant très sensible aux champignons, il est plausible que ce fongicide ait été utilisé par des producteurs indélicats et peu expérimentés. La rétention d'information des responsables du Center Disease Control (CDC) et de la Food and Drug Adminsitration (FDA), qui se sont montrées incapables de répondre à une question (sic!) sur la présence de pesticide ou de fongicide dans le produit incriminé en conférence de presse, laisse cette piste à l'état d'hypothèse. Mais elle est la plus cohérente au vue des différentes informations disponibles sur la vague récente d'intoxications liées aux produits de vapotage au THC du marché noir aux Etats-Unis.

Cependant on ne peut pas écarté que des cas liés à la présence de lipides, si les liquides ont été mal préparés, ou des catastrophiques pseudo-cannabinoïdes de synthèse déjà diffusés sous les noms génériques de Spice et K2 soient en cause dans certains cas. L'appel à témoignage lancé par le CDC sur une description assez floue de symptômes pouvant agréger des cas très différents parmi les près de 200 signalements.

Appels à ne plus consommer de liquides au THC du marché noir

Les associations de réduction des risques, notamment NORML California et Tobacco Harm Redution for Life, appellent les usagers a ne plus consommer de produits de vapotage au THC provenant du marché noir. 

Dans le milieu du cannabis américain, la sonnette d'alarme a déjà été tirée plusieurs fois sur des cartouches contrefaites et potentiellement frelatées de produit de vapotage de cannabis. Rolling Stones en avait fait un article précis en décembre dernier"Les faussaires internationaux semblent être au cœur du problème des produits de vape contrefaits. Nous prenons cette menace spécifique très au sérieux. La protection des consommateurs contre les produits synthétiques et potentiellement mortels est une priorité absolue pour nous", précise Kate Denton, directrice marketing chez Loudpack, un producteur de vape-pen au cannabis californien.

La désinformation augmente les risques

Le traitement médiatique général de cette affaire ces dernières semaines est consternant, notamment en occultant que le produit incriminé est un liquide prétendument au THC du marché noir, ce qui est connu dés le début de l'affaire. Inquiétant par ses conséquences d'augmentation des risques liés à une mauvaise information pour le public concerné, et pour les fumeurs de tabac qui se retrouvent désinformés sur la réduction des risques à passer au vapotage pour consommer de la nicotine. Ce traitement occulte aussi que la racine du problème est lié à la prohibition et l'abandon de souveraineté des autorités au profit du marché noir sur le contrôle des produits de cannabis ou prétendument de cannabis.

Le CDC, déjà auteur d'une gestion catastrophique des opioïdes de synthèse qui a entraîné une vague de décès à hauteur de près de 80'000 morts par an, se montre de nouveau totalement inapte a privilégier sa mission de santé publique plutôt que les agendas politiciens et de carrière de ses responsables. Une attitude gravement "irresponsable", aux yeux du Pr Michael Siegel, de la chaire de santé publique de l'Université de Boston.

(*) La séquence de Fox 6 Milwaukee du journal télévisé du 25 juillet où Patrick DeGrave, frère de la victime montre le produit de vapotage au THC du marché noir utilisé par son frère:



dimanche 2 juin 2019

USA: L’effondrement des Big Tobacco semble s'accélérer

Toutes les marques de cigarettes, y compris les plus populaires, sont touchées: les ventes dégringolent aux Etats-Unis. De mi-avril à mi-mai, l'Institut Nielsen a mesuré une réduction de 11,2% du volume des ventes. Les cigarettiers, en évoquant une baisse de l'ordre de 5% à 7%, contestent l'ampleur mais pas la chute elle-même. Depuis 18 mois la baisse s’accélère, deux à trois fois plus vite que le déclin moyen de 3% enregistré depuis le début du millénaire. 

Au point que les hausses de prix des paquets ne permettent plus de maintenir le chiffre d'affaire des cigarettiers, dont la chute affole les investisseurs. Les valeurs boursières des cigarettiers ont d'ailleurs de nouveau dévissé mardi de 4 à 5 % dans la foulée de la publication des dernières données de Nielsen. En 2018, la chute des actions boursières des Big Tobacco avaient déjà vaporisé plus de 100 milliards £ de leurs valeurs, selon le Daily Mail du 31 décembre

Les hausses de prix des paquets ne suffisent plus

Pour ralentir l'effondrement continu depuis fin 2017 de leur chiffre d'affaires, les cigarettiers procèdent à des hausses de prix. Altria (Philip Morris USA) a, par exemple, de nouveau augmenté de 0,11 $ le paquet de Marlboro fin février, poussant son prix moyen à 7$ alors qu'il n'était encore que de 6,31$ en 2015. Ces hausses de prix ont permis que la contraction de 11,2% du volume des ventes du mois dernier ne provoque "qu'une" baisse de 6,9% du chiffre d'affaire global des ventes de cigarettes, estimé tout de même à 59,27 milliards $. Mais ces hausses de prix, qui ont longtemps plus que compensé le déclin des ventes de cigarettes comme l'expliquait un article éclairant du Wall Street Journal en avril 2017, ne suffisent plus.

Depuis 18 mois, les montants encaissés par les Big Tobacco se réduisent. Et de plus en plus vite. Ce qui semble accréditer l'interprétation d'un effondrement en cours de cette industrie, annoncé par un rapport de Citi Group il y a un an. Les hausses de prix attisent désormais l'exode des fumeurs vers les produits à risque réduit, le vapotage avant tout. 2018 marque clairement un point de bascule dans ce processus, avec l'essor fulgurant de la Juul sur le marché des buralistes (retail channel - ceci comprend les kiosques, les stations-services ect. mais pas les ventes des magasins spécialisés de vape).

Juul représenterait 40% du marché global de la vape selon Altria

Altria annonce que Juul représenterait 40% de l'ensemble du marché des produits de vapotage, tandis que Nielsen relève près des 3/4 des ventes de pods par Juul sur le secteur des buralistes. L'évaluation du marché global de la vape est difficile à chiffrer, les magasins spécialisés indépendants ne communiquant pas de données précises. Les observateurs articulent des estimations de 9 à 13 milliards $ pour l'ensemble du marché américain de la vape d'ici fin 2019, dont une part de 3 à 6 milliards $ pour le secteur des magasins spécialisés.

En décembre, pour tenter de compenser la chute accélérée des ventes de cigarettes, Altria a acquis 35% du capital de Juul pour 12,8 milliards $, ainsi que 45% de Cronos, une entreprise de cannabis canadienne. Si certains analystes se félicitent de la diversification des activités d'Altria, d'autres observateurs financiers estiment que sa direction a cédé à la panique en surpayant cette part minoritaire de Juul, au chiffre d'affaire d'environ un milliard $ en 2018 avec un seul produit vieux de 4 ans et faisant l'objet d'attaques administratives.

Les dernières données de Nielsen pourraient nourrir ces craintes d'actionnaires d'Altria. La croissance, fulgurante en 2017 et 2018, de Juul s'est sensiblement ralentie, tout en restant positive, sur le début de l'année. Difficile de juger si ce ralentissement est temporaire ou signe de l'atteinte d'un pallier de saturation de leur produit. La ré-émergence de certains produits concurrents, notamment de la firme indépendante Njoy, pourrait être un signe avant-coureur d'une ré-orientation du marché vers d'autres produits de vapotage: pods propriétaires concurrents ou de type ouverts offrant plus de choix et de liberté à l'usage.

Les "idiots utiles"

Paradoxalement, Juul peut espérer un effet de protection face aux nouveaux produits concurrents et du secteur indépendant de la vape par les actions des ennemis du vapotage. A titre d'exemple, la lettre du Sénateur Dick Turbin au Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA) enjoint l'administration à bannir les produits concurrents de Juul.

Réputés bons stratèges, Altria, et à présent sa partenaire Juul, ont d'ailleurs opté pour impulser des demandes de restrictions, notamment à travers des limites d'âge de vente, assimilant de facto le vapotage aux cigarettes. Juul a ainsi payé des pleines pages de publicité, notamment dans le Wall Street Journal, pour répandre ce message dans le sillage de l'initiative 'Tobacco 21'

Utiliser les changements de réglementation à son profit et contre ses concurrents est un principe central du guide interne des lobbyistes de Philip Morris. Mission plutôt réussie semble t-il dans l'Etat de Washington. Le Gouverneur a signé une nouvelle taxe anti-vapotage, qui frappe en proportion trois plus les fioles de liquide pour produits ouverts que les pods de type Juul.

La guerre de la réduction des risques est loin d'être terminée aux Etats-Unis...
La signature en public de la taxe anti-vape par Jay Inslee, Gouverneur de l'Etat de Washington, la semaine dernière.



mercredi 29 mai 2019

The Big Buzz: une étude américaine prouve que des transfusions de liquide de vape seraient risquées

Comme un air de déjà-vu. Une étude américaine a tenté de noyer sous un flot de liquide de vapotage des cellules endothéliales. Ce sont celles des vaisseaux sanguins en contact avec le sang. Résultat: remplacer son sang par du liquide de vapotage serait risqué au niveau cardio-vasculaire. Se rappeler donc de ne pas s'injecter en intra-veineuse des litres de liquide de vape. A fortiori, selon leurs résultats, si c'est du liquide à la cannelle. Celle-ci est bien connue, entre autres caractéristiques, pour être cytoxique à forte dose. C'est-à-dire qu'en très forte concentration le cinnamaldéhyde peut détruire des cellules. Donc se rappeler de ne pas s'injecter des litres de liquide de vape surtout à la cannelle.

Vers encore plus de réalisme, l'étude publiée dans le Journal of the American College of Cardiology a pris des mesures physiologiques sur des usagers. D'un côté, un groupe de 5 fumeurs et de l'autre, un groupe avec... et bien deux fumeurs aussi, mais qui vapotent également, et deux vapoteurs. Les résultats des deux groupes sont proches. Quel scoop. La science aurait vraiment manqué une grande découverte sans cette publication ultra-médiatisée sur CNN, LCI... etc. 

Pour aller plus loin:
- Article du Dr K. Farsalinos, du Centre de cardiologie Onassis d'Athènes: Do the properties of cinnamon change when it is present in e-cigarette liquids? The pro-inflammatory/oxidative and anti-inflammatory/anti-oxidant properties of cinnamaldehyde
- Interview du Pr Massimo Caruso, du Département de médecine de l'Université de Catania 
https://www.sigmagazine.it/2019/05/aromi-caruso/
- Article du Dr Colin Mendelsohn, Pr de santé publique à l'University de New South Wales, Sydney
https://athra.org.au/blog/2019/05/29/misleading-claims-that-vaping-causes-heart-disease-again/


lundi 29 avril 2019

Analyse: 7% des jeunes fumeurs américains auraient échappé à la cigarette sans l'interdiction de vente des produits de vape aux mineurs



Son impact est de 7% du nombre de jeunes fumeurs, soit 1,1% de l'ensemble des adolescents de 15 à 18 ans. L'interdiction fédérale de vente de vape aux mineurs entrée en vigueur en 2016 aux Etats-Unis a empêché des milliers de jeunes d'éviter d'entrer en tabagisme., selon l'analyse des statistiques publiée en janvier dernier dans la revue Health Economics. A partir des données récoltées par le Youth Risk Behavior Surveillance System (YRBS), l'analyse des chercheurs universitaires menée par le Pr Dhaval Dave, de l'Université du Massachusset, montre que "lorsqu'ils sont face aux interdiction de vente aux mineurs (MLSA) des produits de vapotage, les jeunes mineurs sont plus susceptibles de se tourner vers la cigarette (fumée), du moins jusqu'à leur majorité. Les résultats (tableau 2) suggèrent un effet d'augmentation d'environ 1,3 pp de tabagisme depuis l'adoption de l'interdiction"

"En particulier, les jeunes qui n'avaient encore jamais fumé, mais qui ont fumé leurs premières cigarettes en raison des restrictions de la MLSA sur les produits de vapotage pourraient avoir contribué à un peu plus de la moitié du surplus de tabagisme", poursuivent les auteurs Pr Dhaval Dave, Pr Bo Feng et Pr Michael Pesko. De fait, le phénomène d'un ralentissement de la chute du tabagisme adolescent en conséquence de l'interdiction d'accès aux produits de vapotage était prévisible et avait été annoncé par une étude de la Pr Abigail Friedmann, de Yale en 2015 que nous avions traité. Mais il est encore plus marqué que ce que la chercheuse en économie de la santé avait anticipé.

L'éléphant dans la chambres des régulateurs

Il est assez révélateur que l'effet concret de cette réglementation mise en oeuvre aux Etats-Unis en 2016 est l'éléphant dans la chambre des régulateurs. Le sujet est pourtant actuellement traité dans le cadre de la future loi Tabac en Suisse par les chambres parlementaires. Dans ses rapports en complément livrés à la Commission Santé du Conseils des Etats (CSSS-S) la semaine dernière, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) n'évoque à aucun moment d'évaluation de l'impact réel de cette interdiction, alors qu'il traite du vapotage des adolescents aux Etats.Unis et propose cette même mesure en Suisse. 

La ligne argumentative semble se résumer à alerter sur le soi-disant "fléau" du vapotage des jeunes aux Etats-Unis pour exiger de... faire comme les américains. Il y a là une absurdité d'argumentation tout à fait confondante. "C'est une catastrophe, ne réfléchissons pas, faisons donc pareil". Probablement sera t-il encore temps par la suite d'ajouter une erreur supplémentaire en la justifiant de l'échec des premières mesures. L'histoire des guerres aux drogues du 20ème siècle ont été une longue suite de "Big Plan" s'auto-justifiant de leur inefficacité sanguinaire pour se poursuivre... La matrice idéologique contre le vapotage se répète. A l'image de la pseudo-théorie de la passerelle, inventée par Denise Kandel en 1971 contre les consommateurs de cannabis et réinventée par la même Denise Kandel en 2014 contre les vapoteurs.

mercredi 21 novembre 2018

Etude USA: la chute du tabagisme des jeunes s'est accélérée par trois avec l'arrivée du vapotage

Ce n'est pas seulement une réfutation implacable par la réalité du terrain de la fumeuse théorie de la passerelle. L'étude épidémiologique de huit chercheurs de premier plan parue hier dans la revue Tobacco Control démontre que le vapotage n'a non seulement pas fait augmenter le tabagisme des jeunes américains, mais que son apparition coïncide avec une forte accélération de sa chute. Par près de trois fois pour le tabagisme quotidien chez les moins de 21 ans, et par deux chez les 22 à 25 ans. "La relation d'inversion entre vapotage et tabagisme est robuste dans les différents ensembles de données concernant les jeunes et les jeunes adultes, ainsi que pour le tabagisme actuel et établi", explique l'équipe menée par le Pr David Levy, de l'Université de Georgetown de Washington.

2014: année charnière

Les chercheurs s'appuient sur l'analyse des données de 2004 à 2017 concernant les jeunes de 15 à 25 ans de pas moins de cinq enquêtes nationales américaines - Monitoring the future (MTF), National Youth Tobacco Survey (NYTS), Youth Risk Behavior Survey (YRBS), National Survey of Drug Use and Health (NSDUH), National Health Interview Survey (NHIS) -. "Nous avons identifié 2014 comme l'année charnière où le vapotage est devenu populaire chez les jeunes et les jeunes adultes. Cependant, nous avons considéré les années précédentes comme le point de basculement dans nos analyses des tendances en matière d'usage de cigarettes", précisent-ils.

Accélération fulgurante de la chute du tabagisme des jeunes

L'analyse des tendances moyennes montre une accélération par au moins trois fois de la chute du tabagisme quotidien chez les jeunes de moins de 21 ans à partir de l'essor du vapotage. Pour les 22 à 25 ans, la réduction du tabagisme quotidien a doublé de vitesse. "La baisse à long terme de la prévalence du tabagisme chez les jeunes américains s'est accéléré à partir de 2013 lorsque le vapotage s'est généralisé. Ces résultats sont aussi observés chez les jeunes adultes américains, notamment les 18 à 21 ans. Nous avons également constaté que le tabagisme établi - tel que mesuré dans les enquêtes par le tabagisme quotidien, fumer un demi-paquet par jour ou avoir fumé au moins 100 cigarettes et fumer actuellement certains jours ou tous les jours - s'est nettement accéléré lorsque le vapotage a augmenté", résument les huit spécialistes.

Le rôle clef du vapotage

Durant la période de 2012 à 2017, les Etats-Unis ont connu peu de changement du prix des cigarettes et des réglementations contre le tabagisme dans les lieux publics. Tandis que les campagnes de prévention, qui existaient avant l'apparition du vapotage, ont pu avoir un effet, mais relativement restreint selon diverses études. "Ces analyses suggèrent que les mesures de lutte antitabac sont au plus responsables d'une petite part de l'accélération de la chute du tabagisme des jeunes et des adultes", soulignent l'article dans Tobacco Control. En somme, il est plus que difficile d'écarter le rôle du vapotage pour expliquer l'effondrement du tabagisme des jeunes sur cette période. 

La manière par laquelle le vapotage tient ce rôle contre le tabagisme chez les jeunes reste à définir. Il paraît très probable que l'expérimentation du vapotage détourne de nombreux jeunes d'essayer de fumer. Une meta-analyse, publiée la semaine dernière dans Nicotine & Tobacco Research, montre qu'essayer une cigarette amène dans 69% des cas à devenir fumeur régulier. En contraste, le vapotage permet d'expérimenter l'inhalation sans fumer, et en laissant ouverte l'option de le faire sans substance active, notamment la nicotine. Certains jeunes qui fument déjà utilisent également le vapotage pour arrêter la cigarette. 

Se calmer et réfléchir

A contrario de la vague de buzz alarmistes, les auteurs proposent de tenir compte des évolutions réelles pour décider de mesures politiques. "Travailler sur la contribution que peut jouer, le cas échéant, l'effet de diversion [du vapotage] et réfléchir au rôle des campagnes d'éducation publique et peut-être d’autres actions, sont essentiels pour prendre des décisions politiques appropriés afin de favoriser la récente tendance très encourageante en matière de consommation de cigarettes par les jeunes et les jeunes adultes", proposent les chercheurs. Avant d'insister: "si la principale préoccupation concerne les tendances du tabagisme chez les jeunes et les jeunes adultes, ce qui nous semble approprié, alors le vapotage ne montre pas devoir être un sujet d'inquiétude importante".

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