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jeudi 14 mai 2020

Analyse du tabagisme adolescent américain sur 20 ans: la vape détourne des jeunes de la cigarette

Une nouvelle analyse, parue dans la revue Addiction le 25 avril, montre que l’apparition du vapotage aux États-Unis a favorisé la chute du tabagisme adolescent. Entre 1999 et 2018, le taux de tabagisme établi des 12 à 17 ans américains est passé de 12 % à moins de 1 %. L’apparition du vapotage autour de 2009 a accéléré la chute du tabagisme adolescent, un phénomène qui écarte la possibilité d’un effet de passerelle du vapotage vers le tabagisme. Mais la Dre Arielle Selya et Floe Foxon, de l’institut Sandord Research, vont plus loin en ayant calculé la courbe contre-factuelle de l’évolution du tabagisme adolescent si la vape n’était pas apparue. Leur analyse montre que, sans la vape, autour de 2,5 % des adolescents américains de plus seraient fumeurs établis.

L’usage établi comme critère d’inclusion

Les deux chercheurs universitaires se sont appuyées sur les données de 1999 à 2018 de l’enquête annuelle nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), qui ont interrogé de 12 500 à 31 000 jeunes de 12 à 17 ans chaque année. Ils ont pris en compte les jeunes qui avaient fumé au moins 100 cigarettes ou vapoté au moins 100 jours dans leur vie. Ce choix de critère « est motivé par le fait que l’usage établi, plutôt que l’initiation ou expérimentation ponctuelle, est pertinent pour les risques sanitaires au niveau de la population », expliquent les auteurs. 

Ils se démarquent ainsi des études prenant en compte toute utilisation, même d’une seule taffe. Prendre en compte l’exposition cumulative à vie a aussi permis aux chercheuses de contourner une erreur du questionnaire aux adolescents concernant leur expérimentation du vapotage, qui n’a été corrigée qu’en 2014.

L’écroulement du tabagisme adolescent

À partir de ces données, la Dre Arielle Selya et Floe Foxon ont analysé les taux de fumeurs, vapoteurs et double-usagers (à la fois fumeurs et vapoteurs) au fil des années depuis 1999. Traçant ainsi leurs évolutions à travers une courbe tendancielle. Le tabagisme établi a fortement diminué chez les adolescents américains au cours des deux décennies. L’apparition du vapotage autour de 2009 a progressé au fil du temps, ainsi que le double-usage cigarettes et vape.


Le détournement de la cigarette par le vapotage est en soi un bénéfice de santé publique, par la diminution du risque individuel estimée à au moins 95 % par le Royal College of Physicians britannique et le Public Health England. Les auteurs soulignent également qu’en additionnant les différentes consommations établies, le total des consommateurs de nicotine a continué de baisser après l’arrivée du vapotage. « L’introduction du vapotage n’apparaît pas avoir provoqué de changement de tendance de la prévalence totale des consommateurs de nicotine », soulignent la Dre Arielle Selya et Floe Foxon.
« L’examen de la consommation de nicotine des adolescents montre que l’apparition du vapotage ne semble pas avoir augmenté la prévalence totale des adolescents consommateurs de nicotine, ni servi de passerelle vers la consommation de cigarettes. En fait, les résultats sont plus cohérents avec un effet de détournement des adolescents de la consommation de cigarettes par le vapotage », résument les deux chercheuses. 

Que ce serait-il passé sans la vape ?

Leur analyse contre-factuelle montre que, si la vape n’était pas apparue, de 0,5 % à 4,5 % de l’ensemble des 12 à 17 ans américains supplémentaires seraient devenus fumeurs établis par rapport au taux de fumeurs, y compris les doubles-usagers, dans la situation actuelle avec la vape. 


Une initiation au vapotage près de deux ans après celle du tabagisme

Les chercheurs ont également analysé les évolutions de l’âge d’initiation des différents usages. « Des études antérieures ont montré qu’une initiation plus jeune est un facteur de risque de consommation ultérieure de nicotine », précisent-ils. Depuis l’apparition du vapotage, l’âge d’initiation aux cigarettes (fumées) a augmenté, passant d’une première cigarette dans la 11e année à une première expérience dans la 12e. La première initiation au vapotage se situe en moyenne plus tard, au cours de la 13e année. Cet âge moyen ne semble pas avoir évolué. 

Par contre, l’entrée en double-usage s’est abaissée au fil des années. L’interprétation a donner à cette évolution n’est pas discutée par les auteures. On peut imaginer que les jeunes ont intégré de tenter de passer au vapotage pour se défaire du tabagisme plus tôt, ou dans une approche négative, que la consommation des deux produits devient courante plus jeune. Des enquêtes qualitatives pourraient aider à explorer la question.
« Le marketing du vapotage ne semble pas avoir abaissé l’âge de la première exposition à la nicotine des jeunes adolescents. Toutefois, l’âge de l’initiation au double usage tend à un certain déclin, tout en restant à un âge nettement plus élevé que celle aux cigarettes. Ce point demande une étude plus approfondie avec les données à venir », synthétisent la Dre Arielle Selya et Floe Foxon.

Un effet de détournement connu et confirmé, mais tabou

La démonstration du phénomène de la réduction accélérée du tabagisme sous l’impact du vapotage n’est pas à proprement nouvelle. Notamment aux États-Unis, le Pr David Levy, de l’Université de Georgetown (Washington, USA) avait montré une accélération par trois de la chute du tabagisme adolescent dans une étude que nous avions relatée en 2018, et qu’il a présentée au Sommet de la vape 2019 à Paris dont la vidéo (20 min) est en accès libre en anglais et en version doublée en français.

Un point fort de la nouvelle étude de la Dre Arielle Selya et Floe Foxon, en plus du nombre d’années prises en compte dans l’évaluation, est de présenter le calcul de la situation contre-factuelle. Cette projection réduit de facto à néant les études biaisées prétendant illustrer la théorie fumeuse de l’effet passerelle vers le tabagisme du vapotage.

Le point aveugle du poids réglementaire

Un point faible de l’étude est la mise sur le côté de l’influence des réglementations. Sur le vapotage notamment, les États ont suivi des politiques différentes. L’interdiction de vente des produits de vapotage aux mineurs est entrée en vigueur au niveau fédéral en 2016. La réglementation de la publicité varie entre les États et parfois même au sein de ceux-ci. Aussi, le Family smoking prevention and tobacco control act (FSPTC) a donné autorité sur les produits du tabac à la Food and Drug Administration (FDA) en 2010. 
« Étant donné que la mise en œuvre de cette loi par la FDA a fait l’objet de critiques et que peu de recherches ont examiné son efficacité, l’effet réel du FSPTC sur la prévalence de l’usage de nicotine reste ambigu. (...) Ayant trouvé des preuves d’un possible effet de détournement en utilisant la modélisation des tendances contre-factuelles, de futures recherches devraient examiner d’autres facteurs de confusion au niveau de la population, tels que les réglementations », précisent les chercheurs.

vendredi 17 avril 2020

USA, Covid-19 et vapotage: la FDA rétracte la fake news diffusée par Bloomberg

« On ne sait pas si l’exposition au vapotage augmente le risque de Covid-19 », a reconnu hier la Food and Drug Administration (FDA) américaine, par la voix de sa chargée de comm' Alison Hunt. Deux semaines après une sortie vaseuse d’un de ses collègues publiée par Bloomberg, la porte-parole de la FDA rétracte la mal-information alarmiste en demandant à ce média de la corriger. Mais le correctif de Bloomberg, signé Tiffany Kary, passe sous silence la lettre de treize experts anti-tabac envoyée à la FDA le 31 mars. 

Bloomberg ne donne pas la parole aux treize experts anti-tabac

« Sur quelle base la FDA croit-elle pertinent en ce moment de décourager les personnes souffrant de troubles sous-jacents liés au tabagisme de vapoter, alors que l’alternative probable pour beaucoup serait un retour au tabagisme ? », demandaient notamment les signataires, dont le Procureur général de l’Iowa Tom Miller, le Pr David Abrams de l’Université de New York et Clive Bates, expert renommé et ancien directeur de l’organisation anti-tabac Action on Smoking and Health (UK).

Le silence de Bloomberg sur la prise de position des experts anti-tabac n’est pas surprenant. Le site est détenu par Michael Bloomberg, affairiste du top 10 des fortunes mondiales et en guerre contre l’arrêt tabagique avec le vapotage et l’approche de réduction des risques à travers plusieurs de ses entreprises, telles que la Bloomberg Philanthropies Company LLC. 

Les méthodes de caïd de Bloomberg révélées par NPR

Sur un autre domaine, l’affaire révélée par la National Public Radio (NPR) cette semaine illustre les méthodes Bloomberg et le peu de cas qu’il fait de la vérité et de son expression lorsque ses intérêts financiers sont en jeu. Fin 2013, Bloomberg News a étouffé une enquête sur la corruption de dirigeants en Chine, viré le journaliste et harcelé son épouse pour la forcer à signer un accord de non-divulgation (NDA). 

Le reportage non publié concernait les liens entre des dignitaires, dont des membres de la famille du dictateur Xi Jinping, avec le chinois le plus riche du pays Wang Jianlin. Sa publication aurait nui aux intérêts financiers de l’empire Bloomberg en froissant le régime chinois. NPR conclue en se demandant combien d’autres faits sont cachés par Bloomberg à l’ombre du secret des contrats de non-divulgation. 

Que cachent les anti-vape soumis à Bloomberg?

Une question pertinente pour la santé publique au vu de son énorme influence et de ses investissements colossaux dans de multiples organisations, dont certains cadres de l’OMS, mais aussi l’organisation STOP, le Bureau of investigative journalism, le Global center for good governance in tobacco control, en partenariat avec la junte militaire thaïlandaise et l’OMS, et aux Etats-Unis, la Fondation du CDC, Campaign for Free-Tobacco Kids (CTFK) etc. Quelle crédibilité donner à ces médias et organisations sous le contrôle d’un affairiste usant de telles méthodes pour protéger ses intérêts commerciaux?

"Xi Jinping n'est pas un dictateur", Michael Bloomberg interviewé 
sur PBS en septembre 2019 https://youtu.be/TOu-2mulMog 


samedi 4 avril 2020

Malgré ses limites, une étude canadienne confirme que le vapotage augmente les chances d'arrêter de fumer

Un nouvel essai clinique canadien confirme l’efficacité du vapotage pour arrêter de fumer. Même lorsqu'il est restreint à un seul goût et un taux de nicotine unique. Les résultats de l'étude E3 ont été présentés lundi dernier au congrès scientifique, virtuel en raison de l’épidémie de Covid-19, de l’American College of Cardiology 2020. « Nos résultats montrent que le vapotage avec nicotine est efficace pour arrêter de fumer à court terme », déclare le Dr Mark Eisenberg, cardiologue à l’Hôpital général juif de Montreal et professeur de médecine à l’Université McGill. Le suivi des participants se poursuit sur une année. « Les données à plus long terme permettront de déterminer si les avantages persistent dans le temps », explique le Dr Eisenberg, auteur référent de l’essai clinique.

Les 376 participants ont reçu des conseils par téléphone et lors de visites en cliniques. L’essai a scindé les fumeurs en trois groupes randomisés. Dont deux groupes avec des vaporettes de marques Njoy à cartouches pré-remplies. Le premier avec des liquides goût tabac nicotinés à 15 mg/ml et le second avec le même liquide sans nicotine, tandis que le groupe témoin n’a reçu que les conseils. Les deux groupes vapoteurs, avec et sans nicotine, étaient en « double aveugle ». Les participants, pour 53 % des hommes, ont été recrutés sur le critère de vouloir arrêter de fumer. Ils avaient en moyenne 52 ans, dont 35 années de tabagisme, au rythme de 21 cigarettes par jours. 

Plus du double d’arrêts avec le vapotage

Après 12 semaines, le groupe vapotage nicotiné comptait 2,4 fois plus d’abstinents tabagiques depuis au moins une semaine que le groupe témoin. Tandis que ceux vapotant sans nicotine étaient presque le double (1,9 fois) a ne pas avoir fumé par rapport au groupe non-vapoteur. Les taux d’arrêts sont de 22 % parmi les 128 utilisateurs de vapotage nicotiné, 17 % des 127 vapoteurs sans nicotine et 9 % dans les 121 du groupe témoin.

L’abstinence en continu dès l’entame de l’essai a été réussie par six vapoteurs avec nicotine tandis qu’un seul participant sans vapotage a réussi ce challenge. Les vapoteurs sans nicotine se trouvent là aussi entre les deux groupes.

Une baisse de 60 % du nombre de cigarettes fumées

La moyenne de cigarettes fumées quotidiennement a également diminué plus sensiblement dans le groupe des vapoteurs avec nicotine, passant de 21 à 8 cigarettes, contre 10 chez les vapoteurs sans nicotine et 14 cigarettes par jour dans le groupe témoin.

En termes de survenue d’épisodes indésirables, sept participants ont eu des problèmes de santé sérieux durant les 12 semaines, dont un seul vapoteur avec nicotine, quatre vapoteurs sans nicotine et deux fumeurs du groupe témoin. « Aucun de ces événements n’a été considéré comme lié au traitement », précise le Dr Eisenberg. Des effets secondaires bénins connus dans le sevrage tabagique ont touché les trois groupes. Des pharyngites, des maux de tête et de la toux et des irritations de la bouche ont été un peu plus fréquents dans les groupes avec vapotage.

Entretien (7 min) entre le Dr Peter Block et le Dr mark Eisenberg à l’occasion du Congrès de l’American College of Cardiology le 31 mars 2020 https://youtu.be/CPacCpaaHkk 

Des retours lors de la conférence

Présente à la session présentant les résultats, qui devraient être publiés dans la revue JAMA, la Dre Nancy Rigotti, du Massachusetts General Hospital de Boston, a estimé que ce travail nourrit un domaine où il y a encore peu d’étude. Bien qu’une précédente étude plus conséquente, publiée dans le New England Journal of Medicine en janvier 2019, avec 886 Britanniques suivis sur un an a montré la nette supériorité du vapotage nicotiné sur les substituts nicotiniques pour l’arrêt tabagique.

La chercheuse, membre du comité de rédaction du rapport sur le vapotage en 2018 de la National Academies of Science, Engineering, and Medicine (NASEM), s’est demandé si des vaporettes plus récentes n’auraient pas un taux de réussite plus élevé. Elle a évoqué la Juul dont les liquides sont dosés à 59 mg/mL de nicotine aux États-Unis contre 15 mg/ml dans l’étude canadienne (et une limitation à 20 mg/ml au maximum dans l’Union européenne). 

Un essai soviétique à goût et taux de nicotine unique de 15 mg/ml

On peut aussi légitimement se demander si une autodétermination par l’utilisateur du taux de nicotine lui convenant, que ce soit plus ou moins concentré selon ses réactions de gorge et ses sensations de manque, ainsi que la possibilité de choisir un goût plaisant, n’aurait pas boosté les réussites et réduit les effets indésirables, notamment le manque, les maux de tête et la toux. Cela aurait été également plus réaliste par rapport aux conditions existantes dans le monde libre, où les débutants peuvent essayer les combinaisons qui leur conviennent, et les faire évoluer au fil de leur parcours de défume.

De son côté, le modérateur de la conférence, le Dr Eugene Yang, cardiologue à Seattle, a partagé les hésitations et les doutes de ses collègues devant les informations confuses et contradictoires sur le vapotage, notamment dans les médias. Il espère des données solides sur les effets pour les fumeurs à l’issue du suivi de cette étude, qui devrait se clore à la fin de l’année.


mercredi 1 avril 2020

Covid-19 & Fake News: des scientifiques recadrent la FDA après un article vaseux de Bloomberg.com

Treize experts anti-tabac ont répliqué par lettre à une sortie vaseuse sur le vapotage et le Covid-19 d’un chargé de comm' de la Food and Drug Administration (FDA) dans Bloomberg.com. 

À sa lecture attentive, l’accroche tapageuse ne reflète pas vraiment le contenu vaseux de l’article. « Selon la FDA, vapoter pourrait aggraver les risques liés au virus », titre le site Blomberg.com le 27 mars. S’ensuivent des suppositions sur des possibilités alambiquées dont on cherche en vain les fondements. 

Dans un premier temps, les deux auteures avaient laissé dans le flou, avant d’éditer l’article pour préciser que ce sont elles qui ont sollicité la FDA. Puis elles ont encore modifié leur article pour y ajouter une déclaration complémentaire de l’intervenant de l’agence pour évoquer de potentiels risques pour les personnes ayant déjà des problèmes de santé, y incluant de manière énigmatique les vapoteurs visés initialement par la publication. 

Pourrait peut-être potentiellement

Le passage remanié en question de l’article de Bloomberg.com : « “Les personnes ayant des problèmes de santé sous-jacents, tels que des problèmes cardiaques ou pulmonaires, pourraient avoir un risque accru de complications graves de Covid-19”, a déclaré Michael Felberbaum, un porte-parole de la FDA dans un courriel vendredi en réponse aux questions de Bloomberg. “Cela inclut les personnes qui fument et/ou vaporisent du tabac ou des produits contenant de la nicotine” ».

Michael Felberbaum, le chargé de communication de la FDA, se présente lui-même comme « un communicant, ex-journaliste à Associated Press, amateur de bières artisanales et joueur de hockey ». Cela situe son niveau d’expertise sur le Covid-19 et le vapotage, sujet sur lequel il n’y a aucune étude ni d’indice d’un quelconque lien positif ou négatif. L'article de Bloomberg.com évoque aussi un bout de phrase sortie d'un blog très spéculatif de Nora Volkow, directrice du National Institute on Drug Abuse (NIDA), l'institut qui a financé la mise au point des cigarettes OGM à très faible taux de nicotine.

Réagissant à cet article « regrettable », par un courrier envoyé hier à la FDA, treize experts chevronnés de la lutte contre le tabagisme déplorent le manque de sérieux de ce coup de comm' et ses conséquences négatives pour les personnes ayant arrêté de fumer avec le vapotage. 

Le public mérite une information honnête, même les vapoteurs

« Il y a environ 12 millions de vapoteurs et 34 millions de fumeurs aux États-Unis. S’ils doivent recevoir des informations sur des questions vitales, surtout en cette période anxiogène, ils méritent mieux qu’un courriel ad hoc d’un porte-parole de la FDA envoyé à un seul service d’information en ligne », pique le courrier signé notamment par le Procureur général de l’Iowa Thomas Miller, le Pr David Abrams de l’Université de New York et Clive Bates, expert renommé et ancien directeur de l’organisation anti-tabac Action on Smoking and Health (UK) (les autres signataires en note de fin d’article *). 

Plus précisément, ils regrettent l’effet de peur contre les vapoteurs recherché par la publication de Bloomberg à laquelle s’est prêté le chargé de comm' de la FDA. « Il est probable que de nombreux vapoteurs présentent des problèmes sous-jacents qui augmentent la vulnérabilité et la susceptibilité de symptômes graves ou mortels du Covid-19. Cela s’explique par le fait que beaucoup d’entre eux sont d’anciens ou encore fumeurs et qu’ils ont accumulé des dommages à leurs systèmes cardiovasculaire et respiratoire à travers de nombreuses années de tabagisme », expliquent les experts.

Propagande nuisible

Avant de poursuivre en pointant le caractère délétère de l’article. « Beaucoup vapotent dans le but de réduire leurs risques liés au tabagisme et, ou de soulager ces symptômes. Il est donc particulièrement important qu’une grande attention soit portée aux conseils donnés à ce groupe. Sur quelle base la FDA croit-elle pertinent en ce moment de décourager les personnes souffrant de troubles sous-jacents liés au tabagisme de vapoter, alors que l’alternative probable pour beaucoup serait un retour au tabagisme ? »

La question est surtout rhétorique, car il n’existe actuellement aucune donnée sur un quelconque risque, ni une diminution de risque, du vapotage en regard du Covid-19. Reste le conseil de santé, valable hors du contexte du Covid-19, d’arrêter de fumer. « Sur ce point, nous pensons donc que les conseils aux fumeurs devraient être conformes à l’impératif de santé publique d’arrêter de fumer par n’importe quelle méthode efficace, et cela inclut de passer au vapotage ou d’autres produits nicotinés non combustibles à faible risque ».

Ce qu’on ne sait pas dire clairement, mieux vaut le taire

« Si la FDA est en mesure de fournir des conseils francs et clairs qui mettent la santé de millions d’Américains au premier plan, et ce sur la base de connaissances comportementales et biomédicales solides, alors elle devrait le faire et nous serions heureux de la contribution de l’agence. Toutefois, si ses communications sont arbitraires et mal conçues, répandent la peur et la confusion avec peu de bases scientifiques et avec des conséquences imprévisibles, alors il serait préférable que la FDA et ses porte-paroles dans les médias s’abstiennent d’autres commentaires pour le moment », concluent les treize experts.

Bloomberg business

La lettre adressée à la FDA se concentre sur les manquements évidents de la communication de l’agence à cette occasion, en laissant de côté le média propagateur. Mais que Bloomberg.com publie un article pour répandre la peur chez les vapoteurs en sollicitant un communicant un peu bêta de la FDA n’est pas tout à fait innocent. Bloomberg.com est un site d’information dédié aux spéculateurs financiers, à l’image de son fondateur Michael Bloomberg. Celui-ci est également engagé en politique où il vient d’échouer aux primaires démocrates

Au début du mois, ces deux camarades de parti au pouvoir à New York avaient aussi joué la carte de la peur du vapotage pour ne pas faire face à l’épidémie de coronavirus. Au 8 mars, lorsque Bill de Blasio accusait le vapotage, il y avait 20 cas de covid-19 à New York. Selon la page du Gisand Data, il y a au moment où j’écris plus de 76 000 cas confirmés et 1714 décès du Covid-19 à New York.

Michael Bloomberg s’est aussi lancé depuis quelques années dans le business de la philanthropie avec plusieurs entreprises, dont la Bloomberg Philanthropies Company (LLC). Il a investi plusieurs centaines de millions dans des campagnes de lutte contre l’approche de réduction des risques face au tabagisme, en particulier contre le vapotage. Parmi ces derniers investissements, 160 millions $ sont attribués à une campagne pour faire interdire le vapotage « aromatisé » aux États-Unis.

Opacité totale sur les intérêts financiers de Bloomberg

Le milliardaire, dans le top 10 des fortunes mondiales, a refusé de présenter sa déclaration d’impôt durant les primaires démocrates. La plupart de ses entreprises « philanthropiques » sont des Limited Liability Company (LLC), qui n’ont pas à répondre des exigences habituelles des fondations philanthropiques. Aucun compte n’est publié, aucune obligation de financer des causes caritatives, aucune restriction sur des délits d’initiés, notamment sur le fait de financer une action qui va profiter à une entreprise du donateur. 

L’opacité totale de cette forme juridique pour des entreprises prétendant être philanthropiques est dénoncée par de nombreux chercheurs, sans avoir d’écho dans les médias. Aucun contrôle du public ne peut s’exercer sur les réelles motivations et les éventuelles tactiques financières de ces soi-disant initiatives philanthropiques. Les liens d’intérêts du milliardaire avec les entreprises pharmaceutiques, mais aussi avec des États tabagiques, notamment l'Inde et la Thaïlande, posent questions

Aucune réponse fiable ne peut être apportée en raison de l’opacité de son empire financier, y compris de la plupart de ses compagnies « philanthropiques ». L'orientation hostile à la réduction des risques et contre les droits des usagers des organismes financés par l'empire Bloomberg ne lève pas les doutes sur une instrumentalisation "troyenne" de la lutte anti-tabac pour les intérêts du milliardaire.

La désinformation contamine les autres continents

Dans son autobiographie et maints discours, où il aime parler de lui-même, Michael Bloomberg insiste sur son exigence d’obéissance et d’allégeance de ses employés. La mention des noms des deux auteures de l’article dans Bloomberg.com, Anna Edney et Angelica LaVito, est pour ainsi dire anecdotique.

La Fake News de Bloomberg.com sur un risque accru de Covid-19 par le vapotage a été diffusée et reprise par des organismes de la sphère d’influence du milliardaire et par des médias. Dans l’aire francophone, c’est le Comité national contre le tabagisme (CNCT) français qui a lancé le 27 mars le mauvais canular. L’association Sovape a répliqué, mais les médias proches des intérêts cigarettiers, comme le 20 Minutes suisse, ont repris l’enfumage du CNCT sans tenir compte de la communication de Sovape, ni de la lettre des treize experts anti-tabac. 

Le doute profitant au maintien dans le tabagisme, l’opération est bonne pour les défenseurs du statu quo tabagique. Par contre, on peut douter que cela n'accroisse la confiance du public envers les instances de santé. Aux Etats-Unis, plus de 40% de la population n'accordait déjà plus sa confiance aux messages des autorités sanitaires, selon une enquête en 2018 du Wellcome Trust.

* Les treize signataires de la lettre à la Food and Drug Administration (FDA):
Thomas J. Miller, Attorney General of Iowa (United States)
David B. Abrams, PhD, Professor, Social and Behavioral Sciences, College of Global Public Health, New York University (NYU) (United States)
Scott D. Ballin, JD, Health Policy Consultant, Former Vice President and Legislative Counsel American Heart Association, Washington DC (United States)
Clive Bates, MA, MSc, Director Counterfactual Consulting, Former Director, Action on Smoking
and Health UK, London (United Kingdom)
K. Michael Cummings, PhD, MPH, Professor, Department of Psychiatry & Behavioral Sciences, Co-leader, Hollings Cancer Center Tobacco Research Program, Medical University of South Carolina, Charleston (United States)
Konstantinos Farsalinos, MD, MPH King Abdulaziz University (Saudi Arabia), University of Patras (Greece) School of Public Health, University of West Attica (Greece)
Thomas J. Glynn, PhD Adjunct Lecturer School of Medicine Stanford University Palo Alto, California (United States) 
Ethan Nadelmann Founder Former Executive Director (2000-2017) Drug Policy Alliance New York (United States) 
Raymond Niaura, PhD Professor, Social and Behavioral Sciences College of Global Public Health New York University (United States) 
Steven A. Schroeder, MD Distinguished Professor of Health and Healthcare Department of Medicine, University of California, San Francisco (United States) 
David Sweanor, JD Chair of Advisory Board of the Center for Health Law, Policy and Ethics University of Ottawa (Canada) 
Kenneth Warner, PhD Avedis Donabedian Distinguished University Professor Emeritus of Public Health and Dean Emeritus, University of Michigan School of Public Health (United States) 
Daniel Wikler, PhD Mary B. Saltonstall Professor of Ethics and Population Health Department of Global Health and Population Harvard T.H. Chan School of Public Health Boston, Massachusetts (United States)

vendredi 27 mars 2020

Comment la désinformation tue: la tragique démonstration de New York avec le Covid-19

La désinformation tue. Encore plus en période de crise. Le 8 mars à son point presse hebdomadaire, Bill de Blasio, le maire de New York optait pour une communication opportuniste sur l’épidémie de Covid-19. « Les personnes qui contractent le covid-19 sont les personnes qui ont des problèmes de santé préexistants », insiste le maire de New York en détachant bien les syllabes de « pré-existants ». Parmi ces caractéristiques, il cible le vapotage, aux côtés du tabagisme, du diabète, des maladies cardio-vasculaires, de déficience immunitaire, du cancer, etc.. 

Il justifie le dénigrement ciblé sur le vapotage parce qu’il y a à ce moment-là un vapoteur malade à New York. Sur les 110 000 personnes détectées avec le virus dans le monde à ce moment-là. Les médias se ruent sur l’accroche : le vapotage rend les gens plus vulnérables au COVID-19. Message reçu par la population : le virus menace des personnes à risques uniquement, et en particulier les vapoteurs. « Oh, mais alors il suffit de ne pas vapoter pour éviter d’attraper le coronavirus ? ». 

Un message qui n’a pas prévenu le désastre

Le 8 mars, New York comptait 20 cas de personnes infectées par le coronavirus. Ce 27 mars, selon les données du New York Times : New York compte 39 000 personnes infectées, 432 décès. Les 54 000 lits des hôpitaux new-yorkais vont être à saturation d’ici le début de la semaine prochaine, les 1800 lits de réanimation sont probablement déjà tous occupés depuis ce vendredi. 

L’annonce de Bill de Blasio le 8 mars a réussi à faire arrêter le vapotage à quelques New-Yorkais. Dont certains ont recommencé de fumer illico, si l’on croit leur message sur les réseaux sociaux. Mais il a surtout trompé sa population en floutant l’information sur la propagation du virus. Le coronavirus peut toucher tout le monde, et il se diffuse ainsi. Il a trompé ses concitoyens sur la nature des risques et des précautions qu’ils devaient réellement prendre. 

La priorité des politiciens : faire passer la loi S7507-A pour interdire le vapotage

Cette stratégie de communication du maire de New York a reçu le soutien du Gouverneur Andrew Cuomo. Ce dénigrement opportuniste du vapotage répondait pour les deux hommes du souci de faire passer la loi interdisant les liquides de vapotage aromatisés à New York. Au lieu de préparer la ville à l’épidémie, les deux dirigeants ont mis leur énergie à imposer une prohibition de tout produit de vapotage aromatisé, sous le nom de loi S. 7507-A. Le gouverneur a finalement réussi a l’inclure dans le projet de budget de l’État de New York, qui devrait être voté d’ici le 1er avril. L’association des vapoteurs CASAA tente de s’y opposer.

Dénigrer le vapotage semble aussi avoir été une opportunité politicienne dans le rôle classique de bouc-émissaire facile. Évacuer le poids de ses propres responsabilités dans la catastrophe de santé publique en en rendant coupables les vapoteurs. Mais, de toute évidence, il y a aussi une grande incompétence et une forme de déni de la catastrophe des deux responsables. 

Deux responsables totalement à côté de la plaque

Cinq jours après avoir chargé le vapotage, le 13 mars, Bill de Blasio annonce enfin une recommandation de distance sociale aux habitants de New York. Deux semaines après, il y en a déjà 40 fois plus et le pic est loin d’être atteint. Le maire s’est montré totalement à côté de la plaque. 

Le Gouverneur Andrew Cuomo ne semble pas plus lucide. À l’annonce du confinement, décrété seulement le 17 mars, il s’engueule en direct sur CNN avec son frère pour savoir qui d’eux deux est le préféré de leur mère dans une séquence surréaliste. Le 24 mars, le Gouverneur ne semble toujours pas avoir récupéré ses esprits et invoque en conférence de presse les forces de l’amour pour sauver New York. 

Covidiot : le Surgeon General n’a « même pas peur »

À la décharge des deux responsables new-yorkais, Jérôme Adams, le Surgeon General qui est une figure sanitaire censée jouer un rôle de référence aux États-Unis, se montre totalement incapable de comprendre ce qu’il se passe. Le 6 mars, il poste sur les réseaux sociaux un selfie de lui en avion accompagné d’un commentaire sur le fait qu’« il ne craint pas le Covid-19 ». 

Depuis, il se montre toujours aussi incapable de saisir la situation et d’offrir une réflexion de stratégie de santé publique. Il a donc suivi l’exemple des deux dirigeants new-yorkais et opté pour le dénigrement du vapotage en guise de dérivatif et distraire le public de son incompétence. Ce 23 mars au show Today de CNN, il présente ainsi une théorie tombée de nulle part pour accuser le vapotage des Italiens et des Américains d’être une possible cause du Covid-19 chez les personnes de 18 à 49 ans. 

Comment peut-on croire que le vapotage est responsable du coronavirus ?

En l’état des connaissances sur l’épidémie du Covid-19, forcément non consolidées, rien n’indique une particularité d’âge des personnes contaminées en Italie et aux États-Unis par rapport aux autres pays. Et absolument rien n’indique un quelconque rôle, positif ou négatif, du vapotage dans les infections. Comme le montre l’analyse des chercheurs Konstantinos Farsalinos, Anastasia Barbouni et Raymond Niaura des données disponibles publiées sur Qeios. Seules des fakenews inspirées de théories du complot absurdes ont répandu ce message avant que des responsables américains ne le reprennent.

Pourtant, les médias américains ont martelé ces deux dernières semaines ce message de peur du vapotage en priorité. « D’après mon comptage, il y a eu plus de 30 articles dans les journaux et d’innombrables commentaires sur les émissions et journaux télévisés essayant de plaider d’un certain effet sur les infections à coronavirus ou COVID-19 de la part du vapotage », rapporte Jim McDonald, sur le site spécialisé Vaping360. L’alarme des médias évoque deux cas de vapoteurs infectés au total au début de cette semaine, alors que le nombre total de cas était estimé alors à 350 000 dans le monde. Depuis, on a dépassé les 500 000 dans le monde, dont plus de 80 000 aux États-Unis.

Bloody Bullshit

Les deux semaines qui auraient dû être consacrées à prévenir la propagation du virus ont été utilisées par les deux principaux dirigeants new-yorkais, et dans leur sillage les médias américains, à un pur bullshitage politicien pour détourner l’attention du public. Cette désinformation va participer à tuer énormément d’Américains, et en particulier de New-Yorkais, en les ayant distraits des précautions à prendre alors que le virus se répandait. Les options stratégiques prises depuis par le président Trump et son administration ne semblent pas en mesure d’inverser cette tragédie déclenchée à New York. 

C’est aussi ainsi que les autorités sanitaires perdent la confiance du public. Les États-Unis comptaient, avant cette crise, un des taux les plus faibles de confiance du public envers leurs autorités de santé. The Economist du 5 mars relate un sondage du Wellcome Trust, un organisme de bienfaisance : 59 % des américains font confiance aux messages des autorités de santé de leur pays, contre notamment 80 % au Royaume-Uni et en Allemagne, 86 % en Corée du Sud. Les Européens devraient vraiment arrêter de s’inspirer des États-Unis dans ce domaine.

mardi 17 mars 2020

Bloomberg enrôle des trolls à 250$ pour une campagne de parents anti-vape

En pleine crise du coronavirus, le philanthro-bizness suit son agenda politique. Une campagne en trois volets sera lancée ce mercredi 18 mars pour se poursuivre jusqu’au 30 avril sur les réseaux sociaux. En apparence, des parents américains inquiets alerteront des dangers du vapotage pour les adolescents et la nécessité d’interdire toute vape aromatisée et sa vente sur internet. En réalité, ces influenceurs ont été recrutés 250 $ pour poster trois messages sur les réseaux sociaux par l’entreprise de marketing WomenOnline. L’opération fait partie d’une campagne disposant d’un budget de 160 millions $ pour viser l’interdiction totale des liquides aromatisés de vapotage aux États-Unis.

Des parents trolls

» Nous créons des programmes marketing percutants (...). Nous aidons les clients à se connecter avec les influenceurs qui propulseront véritablement la marque ou le message du client », explique le site WomenOnline. Malgré des campagnes médiatiques intenses depuis trois ans, manipulant les chiffres entre expérimentations et usages fréquents du vapotage chez les adolescents, les parents sont rares à s’engager dans les campagnes anti-vape. La firme de marketing est donc partie à la chasse aux participants avec 250 $ de prime pour chacun. Parmi les conditions d’éligibilité : avoir au moins 4 000 abonnés sur un réseau social et n’avoir « jamais recommandé d’arrêter de fumer à l’aide du vapotage » (sic!).

Les influenceurs devront poster trois messages. Le premier s’attaquera à Big Tobacco, avant d’y amalgamer la vape aux deuxièmes et troisièmes vagues, au nom de la protection des adolescents avec le hashtag #ProtectKids. Aux États-Unis, la vente de produits de vapotage est interdite aux moins de 21 ans depuis février. Les pods ne sont plus disponibles que dans les goûts tabac et menthol. Seules les fioles de liquide aromatisé restent disponibles légalement.

Le tabagisme des lycéens américains divisé par trois depuis 2011

Cette campagne prend place alors que le tabagisme des lycéens américains s'est écroulé de 15,8 % en 2011 à 5,7 % en 2019. Une analyse en détail sur le vapotage, à partir des données 2018 de l’enquête NYTS, montre que 20,8 % des lycéens disent avoir vapoté au moins une fois au cours du dernier mois, mais près des trois quarts d’entre eux de manière occasionnelle. Parmi les 5,8 % de lycéens vapoteurs fréquents (usage au moins 20 jours dans le mois), l’extrême majorité avait précédemment déjà fumé. Reste que la part de vapoteurs chez les lycéens américains augmente sensiblement depuis 2017 selon ce suivi.

Campagnes perverses

Plusieurs études pointent des effets contre-productifs des campagnes anti-vape ciblant les ados depuis 2016. Des clips, dont celui de Darren Aronofsky en 2018, ont suscité des jeux d’attraction-répulsion, tandis que les mots d’ordre d’abstinence provoquent l'attendue réactance. Une analyse de leur impact sur les jeunes à travers Instagram, publiée dans Frontiers in communication en janvier, montre l’échec de ces campagnes.
« Je ne pense pas que ce message soit efficace. C’est une façon super sophistiquée de nous rappeler que la nicotine crée une dépendance. Je m’imagine en train de scroller sur mon téléphone cherchant à m’amuser, et là, le clip anti-vape de la FDA veut me dire ce que je dois faire », un adolescent américain à propos du clip d’Aronofsky dans l’étude de Frontiers in communication
De même, le matraquage médiatique du terme « épidémie » a généralisé l’idée d’une mode. « Si l’objectif est de décourager un comportement, le pire message qu’une annonce de service public puisse envoyer est que “tout le monde le fait” », souligne l’analyse de Michelle Minton, du Competitive Enterprise Institute.

Philanthro-bizness

Pour beaucoup, cet effet contre-productif chez les jeunes était prévisible. Mais la cible réelle des campagnes n’est-elle pas plutôt l’adhésion inquiète des parents? Le recrutement des parents trolls par WomenOnline semble donner corps à cette lecture. L'opération sur les réseaux sociaux est commanditée par l’organisation Campaign for tobacco-free kids (CTFK), qui dispose de 160 millions $ spécialement dédiés à l’interdiction des liquides aromatisés de vape. En cherchant le bailleur de fonds initial dans l’enchevêtrement de poupées russes financières, on aboutit à l’entreprise Bloomberg Philanthropies LLC, propriété du multimilliardaire Michael Bloomberg.


Bloomberg Philanthropies LLC a le statut de Limited Liability Company (LLC), société à responsabilité limitée américaine. La compagnie de « philanthropie » a bien un but lucratif. L’entreprise peut s’adonner au lobbying et à des actions politiques. Elle n’est pas soumise aux restrictions concernant les délits d’initiés ni à l’obligation d’un quota d’aide à des causes caritatives, contrairement aux fondations.

Opacité financière

« Une LLC ne nécessite pas non plus les mêmes types de divulgation de documents fiscaux publics, et le couple [Zuckerberg-Chan] peut choisir de débourser tout profit de la LLC comme bon lui semble. À tous ces égards, la LLC agit davantage comme un véhicule d’investissement privé », expliquait le New York Times à propos de la création de la Chan Zuckerberg Initiative LLC au Delaware en décembre 2015.

Sarah Reckhow, de l’Université du Michigan, estime dans son livre Follow the money que les LLC en « philanthropie » constituent une évolution antidémocratique rendant toute recherche indépendante impossible à leur propos. Par ailleurs, lors de sa très brève campagne aux primaires démocrates, Michael Bloomberg a refusé de présenter sa déclaration de revenus. Ne levant aucun des doutes que l’on peut légitimement nourrir  sur ses activités.

En lien avec les rumeurs conspis ?

On peut se demander les éventuels liens entre cette campagne, les rumeurs conspirationnistes liant coronavirus et vapotage, nées sur les sites chinois puis répandues aux Etats-Unis, et enfin l'intensification ces dernières heures de la diffusion de fausses informations sur le vapotage et les risques de contamination. Les diffuseurs semblent liés au cercle d'influence de Michael Bloomberg. Mais cela pourrait n'être qu'un effet de halo... (?)

Philanthropie Potemkine

Pour résumer, la campagne sur les réseaux sociaux à l’apparence de parents inquiets sera en réalité une opération de trolls recrutés par un cabinet de marketing. Le prétexte d’une épidémie de vapotage chez les ados ressemble plus à mouvement d’évitement du tabagisme qu’à un coronavirus. Des activités autoproclamées de philanthropies sont le fait d’entreprises à but lucratif aux finances opaques. Tout cela prenant pied dans un contexte d’élection, de jeux d’écritures comptables et d’effets contre-productifs établis chez les jeunes des campagnes menées par ces lobbys.

[Mise à Jour 18-03-2020 à 14h30] WomenOnline a annulé l'opération rémunérée en dernière minute, officiellement en raison de l'épidémie de Covid-19. "Comme nous l'avons mentionné dans nos e-mails de notification concernant la campagne suspendue, nous ne faisons rien officiellement en tant qu'agence aujourd'hui", explique un mail de l'agence de marketing. [/]

D’autres éléments de la nébuleuse toile d’entreprises « philanthropiques » de Michael Bloomberg sur le terrain du tabac me semblent étranges. Mais ce sera pour de prochains billets...

L’émission Spreaker du 10 février dernier sur Bloomberg :


mercredi 11 mars 2020

COVID-19: de la Chine jusqu'aux USA en passant par l'OMS, les mutations d'une fakenews complotiste anti-vape

Classique machiavélique : détourner l’attention de sa mauvaise gestion en trouvant un bouc émissaire. L’instrumentalisation des vapoteurs dans la communication de crise sur le coronavirus joue le même rôle des deux côtés du Pacifique dans leurs décors respectifs. Le dernier épisode américain, ce week-end a pris la voix du maire de New York Bill de Blasio accusant le vapotage de « rendre les gens plus vulnérables » au COVID-19. Il n’y a aucune donnée, aucune étude, absolument rien pour soutenir cela. Mais la théorie du complot incohérente qui lui a donné naissance trouve sa source sur les réseaux sociaux chinois avant d’avoir été répandue par des canaux de propagande du régime autoritaire de Pékin. 

Un vapoteur serait atteint du coronavirus

Dimanche dernier, l’agence Reuters lance le teaser : « De Blasio a déclaré lors d’une conférence de presse que les personnes qui fument ou vapotent sont plus à risque ». Le lendemain devant la presse, le maire revient avec une « preuve ». Un vapoteur new-yorkais de 22 ans serait atteint du coronavirus et hospitalisé. À ce moment-là, il y avait 113 582 cas de coronavirus détectés dans le monde, selon le suivi en temps réel de l’Université John Hopkins. Et donc un vapoteur parmi eux, selon le maire de New York. 

Soyons honnêtes, il est très probable qu’il ne soit pas le premier vapoteur atteint. Mais la caractéristique du vapotage n’apparaît pas dans les recueils statistiques du Covid-19. Une absence signifiant peut-être que les professionnels de santé ne l’ont pas identifié comme un aspect significatif et prépondérant dans l’épidémie. Quoi qu’il en soit, il n’y a aucune donnée pour soutenir qu’il y a une relation particulière, qu’elle soit protectrice ou aggravante, entre vapotage et coronavirus. En bon politicien, Bill de Blasio s’est simplement payé de mot pour distraire l’attention du public américain.

Rechute de l’OMS

Vecteur de diffusion à vocation pandémique, le Dr Alexey Kulikov, responsable des relations extérieures à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a répandu dans la foulée sur les réseaux sociaux, et semble-t-il, par messageries privées la déclaration du maire new-yorkais. On l’espérait guérie, après le scandale en janvier de sa page de fakenews sur le vapotage publiée avant d’être en partie corrigée. L’OMS avait même promis de veiller sur la communication à propos de la nouvelle épidémie de coronavirus. Mais, incorrigible, il n’aura fallu qu’une déclaration opportuniste de Bill de Blasio pour que son chargé de comm' russe rechute dans la fakenews trompeuse et manipulatoire.

Le vapotage est-il un complot américain contre la Chine?

Cependant, la déclaration du maire de New Yok n’est pas l’origine première de la rumeur. En réalité, la légende urbaine prend sa source dans une théorie du complot incohérente née sur les réseaux sociaux chinois puis propagée par le régime pour se disculper de sa gestion de l’épidémie. En Chine, explique dès le 2 mars le site américain Foreign Policy, « il y a eu un désir net de détourner la colère contre la bureaucratie pour la diriger vers un ennemi extérieur. L’étape suivante de la campagne de propagande a consisté à nier que le virus ait commencé en Chine ».

« L’idée que le virus est en réalité originaire des États-Unis » a été diffusée ces dernières semaines pour sauver la thèse que le régime autoritaire chinois est le meilleur protecteur de la population, y compris face au coronavirus. Des théories du complot ont ainsi prospéré sur les réseaux sociaux, avant d’être reprises par des médias chinois y compris en anglais, tels que le College Daily.

Les Américains ont-ils caché être atteints du Covid-19 depuis l’été passé ? 

Le Global Times, quotidien chinois en langue anglaise, donne le 2 mars une nouvelle dimension internationale à la campagne de propagande. Dans ses colonnes, le Dr Xiuyi Zhi, directeur du Centre du cancer du poumon de l’Hôpital de Pékin (BJU), explique soupçonner que la vague de pneumopathies du second semestre 2019 aux États-Unis, liées à des produits frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC, serait peut-être des cas de coronavirus.

« Xiuyi Zhi, également vice-président de l’Association chinoise de lutte contre le tabagisme, a remis en question les cas de mort subite de vapotage, laissant entendre qu’il pourrait y avoir d’autres causes. Il a dit qu’il est possible que ceux qui sont morts du vapotage puissent également être affectés par la grippe ou le coronavirus et il a appelé à des études », relate le Global Times. L’imagination a ses secrets que la rationalité a parfois des difficultés à percer. Mais ce ne sont pas les incohérences de la théorie qui peuvent effrayer les propagandistes anti-réduction des risques aux États-Unis. Ils en ont fait d’autres.

La fakenews traverse le pacifique

Hôte prédestiné à l’infection de fakenews, le fraudeur Stanton Glantz. Le Californien estimait par exemple, dans un article rétracté par le Journal of American Heart Association (JAHA), que les crises cardiaques qui se sont produites chez des personnes avant qu’elles ne vapotent sont tout de même causées par le vapotage. Une théorie où l’effet précède la cause imaginaire. 

Sans surprise, Stanton Glantz a donc repris la fakenews à sa sauce avec pour soutien des études douteuses sur des souris. Puis celle-ci a atteint le maire de New York Bill de Blasio. Déclaration dont le responsable des relations externes de l’OMS Alexey Kulikov s’est emparé pour tenter de lui donner l’allure de pandémie à travers les réseaux sociaux et les messageries privées.

En réalité, rien

« À propos du vapotage et du coronavirus, c’est tout ce que je peux dire, c’est-à-dire rien. Nous n’avons aucune preuve sur la façon dont l’utilisation du vapotage affecte l’infectiosité des coronavirus et la progression de la maladie », réagit lundi le Dr Konstantinos Farsalinos, cardiologue au Centre Onassis d’Athènes. 

Sur son blog, l’expert renommé du sujet du vapotage rappelle que le propylène glycol, un des principaux composants des liquides de vapotage, est bien connu pour ses vertus bactéricides et antivirales. « Il faut préciser que les études ne suggèrent aucun effet du propylène glycol sur la souche particulière de coronavirus (COVID-19) qui est liée à l’épidémie mondiale »

Viralité infauxdémique

Nul besoin d’être politologue chevronné pour voir l’usage éminemment politicien et opportuniste du bidonnage par les différents protagonistes. Régime chinois cherchant un bouc émissaire externe, fraudeur anti-réduction des risques répandant son habituel rideau de fumée, figure démocrate accentuant la pression sur la présidence Trump à quelques mois des élections et un ex-attaché du Consulat de Russie profitant de son poste à l’OMS pour souffler sur les braises. 

Le vapotage, la santé publique et même le coronavirus n’ont pas grand-chose à voir avec la trajectoire de cette infodémie. Cependant, à l’heure où les services hospitaliers sont débordés et que des professionnels de santé, comme en Italie, encouragent l’abandon de soin pour certains types de patients, prenons garde que cette farce ridicule ne soit pas un prélude à l’exclusion du droit aux soins des vapoteurs.

*Annexe : Et concernant le tabagisme ?

Bill de Blasio et Fraudster Glantz amalgament tous deux vapotage et tabagisme comme facteurs de risques aggravants les infections du coronavirus. Auparavant la rumeur inverse, attribuant un effet protecteur au tabagisme avait circulé de la même manière sur internet. En réalité, même si sur le tabagisme il existe des données, elles sont totalement insuffisantes à l’heure actuelle pour dire quelque chose de sérieux et en tirer une analyse robuste. 

Par exemple, l’étude publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM) sur 1099 malades chinois montre un taux de fumeurs infectés de 12,6 %. Bien moins que les 29 % attendus selon les taux de tabagisme de la population en général. Ceci n’a pas empêché, en passant sous silence cet élément fondamental, l’Alliance contre le tabac en France de communiquer sur le fait que parmi les infectés, les fumeurs sont plus susceptibles de présenter des formes plus sévères d’atteintes. 14 % des non-fumeurs ont une atteinte sévère contre 21 % parmi les fumeurs, tandis que les formes très sévères touchent 5 % des non-fumeurs infectés contre 12 % des fumeurs détectés. 

Mais il me semble assez évident qu’une confusion a pu se glisser. On peut par exemple supposer un biais d’autosélection où les fumeurs atteints de formes légères ne distinguant pas le symptôme de la toux du coronavirus de leur habituelle toux du fumeur ne sont pas allés se faire ausculter passant sous le radar de la détection. Ceci pourrait expliquer à la fois le faible ratio de fumeurs détectés avec le coronavirus et la part plus importante de forme sévère chez ceux-ci. Ce n’est qu’une hypothèse. Tirer des conclusions hâtives sur ces chiffres est du vent sans la moindre rigueur.

Propagande contre-productive

Puisqu’en définitive il ne s’agit que de propagande, je doute de cet usage opportuniste pour inciter les fumeurs à quitter la cigarette. Les antitabac vivent dans un monde en noir et blanc où ils s’opposent au Démon, dont les fumeurs sont possédés. Les aspects des dynamiques de changement, des risques d’apprentissage de l’impuissance par la répétition d’échecs, etc. sont des domaines humains qui ne les intéressent pas. Dans la vision du monde antitabac, le fumeur tient le rôle d’un aliéné vidé de sa consistance humaine.

Pourtant du côté de l’addictologie où les approches sont plus sensibles, subtiles et holistiques, le rôle des angoisses et peurs comme environnements psychologiques propices aux addictions ou usages problématiques est connu. Terroriser les fumeurs avec le coronavirus a peu de chance d’avoir d’effet positif massif sur les arrêts tabagiques consolidés à long terme. Et cette approche manipulatrice, et plutôt perverse en angoissant artificiellement le public ciblé, illustre un faible niveau de respect des personnes.


lundi 2 mars 2020

USA - Scandale des liquides contaminés: le CDC aurait pu prévenir près de 80% des cas

Chronologie d'un désastre sanitaire évitable ponctué de 68 décès et 2807 personnes hospitalisées. Les maladies pulmonaires provoquées par des cartouches contaminées à l’acétate de vitamine E sur le marché noir du THC aux États-Unis au second semestre 2019 ont pris la proportion d’une crise sanitaire. Pourtant, les autorités détenaient très tôt des informations claires sur l'origine réelle des pneumopathies. Une communication loyale des responsables de santé publique aurait pu prévenir plus de huit dixièmes des malades. A l'inverse, le Center for Disease Control (CDC) et la Food and Drug Administration (FDA) ont manipulé l'information au public dans un calcul politicien cynique. Les consommateurs de produits au THC ne se sont évidemment pas sentis concernés par les avertissements contre les « E-cigarettes ». Tandis que, secondes victimes de la campagne de confusion, des millions de fumeurs de cigarettes ont renoncé à passer au vapotage.

Plus de 80% des 2807 cas se sont déclarés après le 19 août

Ce 18 février 2020, le Center for Disease Control (CDC) dénombre 68 décès et 2807 personnes atteintes par les pneumopathies liées aux liquides frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC aux États-Unis. L’agence américaine a affublé cette vague de pneumopathies du nom trompeur de « e-cigarette, or vaping, product use associated lung injury (EVALI) ». En réalité, les biopsies des victimes ont clairement confirmé que la cause des pneumopathies était l’acétate de vitamine E, absente de cette dénomination.

Substance huileuse, l’acétate de vitamine E était ajouté par les dealers du marché noir à des liquides au THC pour tromper leurs clients sur la teneur en substance psychotrope des cartouches frelatées. Aucun élément n’a indiqué que l’e-cigarette au sens courant du terme, la rapportant au vapotage de nicotine, ait été impliquée.

Dés fin juillet, les autorités de santé ont des indices forts sur la réelle origine des problèmes. Le 19 août, un rapport d’analyse, stipulant clairement que le seul suspect identifié à l’origine des pneumopathies est l’acétate de vitamine E, est remis aux autorités du CDC et de la Food and Drug Administration (FDA).

Pourtant, le CDC et la FDA vont organiser une grande campagne de désinformation pour incriminer le vapotage de nicotine. Des milliers de consommateurs de produits au cannabis n’ont ainsi pas été prévenus du danger les concernant. Selon le décompte final du 25 février 2020 du CDC, 81% des 2807 cas se sont déclarés après le 19 août.

Le CDC s’autocongratule de sa gestion sanglante

« En raison de la baisse continue des nouveaux cas d’EVALI depuis septembre 2019 et de l’identification de l’acétate de vitamine E comme cause principale d’EVALI, la publication d’aujourd’hui est la dernière mise à jour hebdomadaire du CDC sur le nombre de cas d’EVALI hospitalisés et de décès à l’échelle nationale », déclare l’agence aux médias ce 25 février pour clore le dossier.

Malgré sa désastreuse communication, l’agence s’autofélicite. La vague de malades aurait diminué en raison de « la sensibilisation accrue du public au risque associé à l’utilisation de produits de cigarette électronique ou de vapotage contenant du THC résultant de la réponse rapide de la santé publique », affirme le CDC fin février.

En réalité, la direction du CDC a diffusé une désinformation tronquée, biaisée et trompeuse durant des mois. Une mise en danger de la population dont le déroulé est affligeant. Et ceci alors que l’agence détenait déjà des éléments probants de la réelle source des pneumopathies: l’acétate de vitamine E.

Avant même la crise, des alertes sonnent. Dès le 6 juillet, Eliana Golberstein, chimiste à Auckland pour Myriad Pharmaceuticals qui commercialise un dispositif de vapotage, pointe la vitamine E comme un potentiel danger à l’inhalation.

Des alertes sur les cartouches du marché noir du THC dès la fin 2018

La mise en garde de la chimiste survient après d’autres alertes. Depuis plusieurs mois, des professionnels de produits de cannabis légaux aux États-Unis tentent alors de faire réagir les autorités sur les risques de produits du marché noir. Le magazine Rolling Stones couvre le sujet en décembre 2018. Officieusement, les « insiders » ont déjà identifié la mise sur le marché d’un nouvel « additif épaississant » depuis la fin 2018, mais craignent de s’exposer au risque d’un procès en diffamation s’ils en parlent publiquement.

Le produit se vend aux dealers pour tromper leurs clients sur la teneur en THC des cartouches de liquide. Les acheteurs des cartouches pré-remplies faisaient le test de la bulle d’air pour évaluer cette teneur: si la bulle remontait lentement, cela indiquait un produit chargé en extrait de THC. L’additif nouvellement utilisé permet de faire croire à un liquide épais, malgré une faible concentration d’extraits de cannabinoïdes. Mais les autorités sanitaires préfèrent ignorer les alertes et optent pour la posture de l’autruche.

Le 25 juillet, alerte et image du principal produit frelaté

Les premiers cas apparaissent au printemps, puis leur nombre augmente en juillet notamment au Wisconsin. Le 25 juillet, le Département de santé local lance l’alerte: huit cas sont identifiés, l’un d’eux a été plongé dans le coma artificiel. Son frère témoigne devant les caméras de Fox6 Milwaukee et montre une cartouche « Dank Vape », une marque illégale de produits au THC. Il affirme avoir déjà donné aux services de santé d’autres échantillons de ce produit acheté dans la rue par son frère.

Aucun autre média ne reprend cette information. Seule la mise en cause du vapotage sans autre précision par les autorités du Wisconsin est diffusée largement.

Le rapport du Wadsworth Center tenu secret

Le 19 août, le département de santé de New York envoie au CDC et à la FDA un rapport d’analyse de 38 échantillons de liquides utilisés par les dix premiers new-yorkais touchés par la pneumopathie. « L’acétate de vitamine E est la principale découverte dans les liquides aux cannabinoïdes. Aucun composé pouvant être lié à EVALI n’a été trouvé dans les deux produits à base de nicotine testés », conclut cette première analyse complète des produits suspects des pneumopathies par le Wadsworth Center. Ces résultats ne seront rendus publics que six mois plus tard, le 20 février 2020 par la revue Toxics.

Aussi le 19 août sur la chaîne locale WLFI, le Dr Marc Estes, responsable du département de santé de l’Indiana, pointe clairement que les onze cas détectés dans son Etat « ne sont probablement pas corrélés au vapotage lui-même, mais à ce que les individus ont vapoté », évoquant les produits de THC.

Le même jour dans l’Utah, la Dre Dixie Harris, pneumologue à Intermountain Healthcare, souligne que « tous les cas sont assurément associés à des concentrés de marijuana », au Salt Lake Tribune (non atteignable depuis l’Europe). Le 22 août, le département de santé de l’Iowa signale que trois patients sur les quatre cas reconnaissent avoir utilisé des produits illicites au THC.

Sur le terrain, tout désigne les produits frelatés du marché noir du THC

« De nombreux États ont signalé que le THC était lié à la plupart des cas, sur la base des déclarations des patients. Par exemple, l’Utah a rapporté que 94% des patients ont admis utiliser des cartouches de THC alors que seulement 6% ont déclaré ne vapoter que de la nicotine. Dans cet État, les tests des produits utilisés par les patients ont révélé qu’aucun dispositif de vape à la nicotine n’était contaminé, mais 89% des cartouches de THC ont été détectées comme frelatées avec des ingrédients pouvant expliquer les maladies », relate le rapport de Michelle Minton et Will Tanner, du Competitive Entreprise Institute (CEI), publié le 21 janvier 2020 malgré les obstructions de la bureaucratie du CDC, comme le montre cette conversation téléphonique.

Pourtant, en dépit des communications des départements de santé des États, de l’analyse des liquides des patients par le Wadsworth Center du département de santé de New York, des témoignages et des cartouches de produits frelatés de marques illégales en leur possession, les autorités du CDC et de la FDA vont choisir de sciemment désinformer le public.

Le briefing du mensonge du 23 août

Le 23 août, l’émotion du public est à son comble avec la survenue du premier décès.« Cette mort tragique dans l’Illinois renforce les risques graves associés aux produits de cigarette électronique », déclare Robert Redfield, directeur par intérim du CDC, dans un communiqué officiel. À partir de là, les grands médias mettent en boucle la sentence: « L’e-cigarette tue ». En complément du communiqué, les autorités de santé tiennent un briefing par visio avec la presse.

Ileana Arias, directrice adjointe du CDC, annonce « 193 cas potentiels non confirmés de maladie pulmonaire grave associée à l’utilisation de produits de cigarette électronique ». Aux questions insistantes des journalistes sur les possibles substances en cause, les responsables affirment à plusieurs reprises ne pas avoir de données.

« Nous n’avons spécifiquement lié aucun de ces ingrédients spécifiques aux cas actuels, mais nous savons que l’aérosol de cigarette électronique n’est pas inoffensif », enfume le Dr Brian King, de la section tabac du CDC, à une question d'un journaliste de NPR.

Mich Zeller, directeur de la section tabac de la FDA, renchérit dans le mensonge par omission. « Nous avons reçu des échantillons de produits et nous les analysons pour voir s’ils contiennent de la nicotine, des substances telles que le THC, ou d’autres produits chimiques ou ingrédients. Les résultats de ces analyses seront communiqués aux États afin de les aider dans leur enquête en cours », déclare-t-il sans évoquer les résultats du Wadsworth Center qu’il détient.

Quatre jours après avoir reçu le rapport, les responsables du CDC et de la FDA ont donc sciemment décidé de cacher au public les informations du département de santé de New York sur la mise en cause de l’acétate de vitamine E dans les cartouches au THC du marché noir. Les médias reprennent la communication des autorités sanitaires et incriminent « la cigarette-électronique », ce qui dans le langage populaire signifie le vapotage de nicotine.

Leafly mène l’enquête

« C’est l’un des plus grands manquements au devoir de la part des dirigeants américains de la santé publique que j’ai vue de mon vivant », dénoncera Bruce Barcott, rédacteur-en-chef adjoint du site spécialisé sur le cannabis Leafly, dans sa chronique de fin d’année. « Pendant des mois, les responsables du CDC ont déclaré au public qu’il était impossible de savoir quel type de vape tuait des gens. En fait, les dirigeants de la santé publique ont désespérément tenté de rejeter la faute sur les appareils de vapotage de nicotine. Pourtant les faits racontent une autre histoire », poursuit-il.

Le responsable de Leafly est bien placé pour le savoir. C’est David Downs, son journaliste en Californie, qui révèle le 30 août le lien entre les pneumopathies et un additif à l’acétate de vitamine E lancé sur le marché pour tromper les acheteurs de cartouches au THC. Les gens vapotent, des extraits de cannabis, de la nicotine ou simplement des arômes, depuis des années sans problème. Et soudain cette vague de pneumopathies. « Qu’est-ce qui a changé? », se demande David Downs dans l’article. 

Honey Cut

« Les initiés de l’industrie [du cannabis légal] qui suivent de près les marchés légaux et illégaux des cartouches de vape au THC disent à Leafly qu’un nouveau type d’additif a commencé à apparaître à la fin de 2018. Il est depuis devenu largement utilisé sur les marchés parallèles. Il s’agit d’une nouvelle classe d’agents épaississants inodores et insipides », explique le journaliste de Leafly, dont les éclaircissements n’ont pas l’audience des médias mainstreams. 

La suite de son enquête confirmera ces informations, pointant spécifiquement un additif épaississant vendu sous le nom de « Honey Cut » et constitué à près de 95% d’acétate de vitamine E. Mais pour éviter le risque de poursuites judiciaires, il ne publiera l’information que le 8 novembre, immédiatement après que le CDC ait enfin reconnu officiellement que l’acétate de vitamine E est « fortement suspecté » d’être impliqué dans les pneumopathies.

Le 5 septembre, le département de santé de New York brise l’omerta

Entre-temps, le département de santé de New York a eu le courage de braver les consignes de désinformation du CDC et de la FDA. Le 5 septembre, un communiqué de presse brise l’omerta: « Les résultats des tests de laboratoire ont montré des niveaux très élevés d’acétate de vitamine E dans presque tous les échantillons contenant du cannabis analysés par le Wadsworth Center dans le cadre de cette enquête. Au moins un produit de vape contenant de l’acétate de vitamine E a été associé à chaque patient qui a soumis un produit pour un test », explique le communiqué associé à des photos de produits du marché noir en cause.

La presse reprend l’information de manière plus ou moins confuse. Mais la hiérarchie du CDC tente de brouiller le message avec une conférence de presse dès le lendemain. Et cela marche, comme on peut le constater dans cet article confus du Washington Post du 7 septembre.

Malgré cela, le message sur les liquides frelatés commence à percer dans le public concerné. Le pic de nouveaux cas va être atteint la semaine suivante, puis décroître progressivement au fur et à mesure que l’information se répand auprès des consommateurs de produits au THC.

Le crash du 11 septembre

Cependant, les responsables du CDC et de la FDA se rapprochent de l’objectif politique de leur campagne de désinformation. Alors que le pays compte six décès liés à ces pneumopathies, le président Donald Trump annonce le 11 septembre vouloir interdire le vapotage aromatisé devant les caméras.

Le 15 septembre, Andrew Cuomo, le maire de New York, profite de l’épidémie de peur pour annoncer l’interdiction des liquides de vape aromatisés. Cette annonce suit celle du Michigan et précède celle du Massachusetts, où le gouverneur Charlie Baker a interdit les produits de vape. L’épidémie de prohibition se répand, selon le suivi du Vaping Post, à l’État de Washington, le Rhode Island, l’Oregon, le Montana...

Malgré les pressions du lobby Parents against vaping (PAVe) sur la première dame, Donald Trump renifle la supercherie du CDC concernant les pneumopathies. Il convoque à la Maison Blanche une table-ronde réunissant les lobbyistes anti-vape, cigarettiers, mais aussi Gregory Conley, infatigable défenseur de la vape indépendante avec l’American Vaping Association (AVA).

Trump décide au dernier moment de diffuser en streaming la réunion du 23 novembre. Il en ressort la vision prohibitionniste des anti-vape et le jeu de dupes des cigarettiers, espérant éliminer la concurrence de la vape indépendante avec des restrictions. Mais de manière inattendue, l’intervention de Gregory Conley attire l’attention du président.

Le Far West sauvage commence maintenant

Au final, Trump décide en janvier d’interdire la vente des cartouches de pods préremplis aromatisées, sauf les goûts tabac et menthol, et de porter à 21 ans l’âge légal pour acheter des produits de tabac et de vapotage. Les liquides de vape indépendants échappent à l’interdiction des arômes.

Cependant, la campagne médiatique nourrie par le CDC a massacré le secteur. Des centaines, si ce n’est des milliers, de boutiques spécialisées ont définitivement fermé. Enfin, la perspective des très onéreuses procédures d’homologation dites PMTA laisse peu de chance de survie aux produits indépendants aux États-Unis.

Des produits illégaux de vape nicotinée, bâtis en projet économique éphémère, en profitent pour se répandre avant de disparaître après quelques mois et millions encaissés. À l’image des Puff Bars de conception archaïque et de qualité très médiocre, pour le dire avec euphémisme, ces produits jetables sont vendus à bas prix (~ 10 $). Les adversaires de la réduction des risques, qui ont abusivement utilisé l’image du Far West sauvage pour demander des interdictions, sont en train de réellement créer une situation propice aux produits hors de tout contrôle. 

Pandémie de désinformation

Au-delà des États-Unis, l’onde de choc de l’épidémie de désinformation a frappé tous les pays. Par exemple en France, la Fivape, fédération des entreprises de vape indépendantes, estimait à près de 30% de chute de chiffre d’affaires en août et septembre. Les ventes légales de cigarettes, en baisse sur l’année, sont restées à un niveau relativement stable sur le dernier trimestre 2019 selon les données de l’OFDT. L’opération du Mois Sans Tabac en novembre a connu une chute de 20% de participation par rapport à la précédente édition, alors qu’elle progressait d’année en année.

Sans être définitifs, ces indicateurs laissent penser que la campagne de dénigrement mensongère contre le vapotage, particulièrement soutenue de la part de l’AFP, a profité à un relatif maintien du tabagisme aussi en France. Le sondage BVA/Sovape publié en octobre 2019, en pleine tempête médiatique anti-vapotage, renforce cette impression: 59% des Français croient que vapoter est aussi ou plus nocif que fumer. Des tendances similaires sont rapportées dans d’autres pays.

Les victimes

Les premières victimes de l’opération de désinformation sont les milliers d’usagers de produits au THC qui n’ont pas été prévenus du danger. Des centaines garderont des séquelles respiratoires, une large partie des décès aurait pu être évitée.

Les centaines de millions de fumeurs dans le monde abusés par cette propagande contre le vapotage sont les autres victimes. Près de la moitié mourront d’une maladie liée au tabagisme, tous auront leur santé amoindrie de ne pas avoir arrêté de fumer.

Une des premières victimes de toute guerre est aussi la vérité. La manière dont les autorités de santé et les médias ont massacré les faits, défiguré la réalité, instrumentalisé des victimes dans la détresse et trompé la population dépasse la simple violation déontologique. La falsification du 19:30 de la télévision romande RTS en est un exemple pitoyable.

Victoire à la Pyrrhus

De manière peut-être paradoxale, une victime qui se révélera à plus long terme est l’autorité de la santé publique. Les mensonges caractérisés du CDC, et d’autres organisations sous influence privée dans son sillage, sur cette affaire marquent une rupture de confiance pour des dizaines de millions d’usagers du vapotage, ainsi que de cannabis, même si ceux-ci subissent déjà une longue histoire de tromperie. Il y a aussi, pour un nombre que je ne sais pas estimer, des professionnels de santé. 

Assurément, le CDC a abusé une grande partie de la population. « Près de 3 Américains sur 5 pensent que les décès récents dus à une maladie pulmonaire sont liés à l’utilisation de cigarettes électroniques », relate un sondage du cabinet Morning Consult de septembre 2019. Tandis que seulement 34% pensaient que les cas concernaient « de la marijuana ou des e-cig au THC ». Le sondage ne posait pas la question du rôle de la vitamine E aux sondés. Probablement que le taux de personnes informées correctement aurait été catastrophique. Le sondage a également montré que moins de 22% des Américains savent que vapoter est moins nocif que fumer. 

Cependant, une minorité importante de la population américaine semble avoir saisi la mécanique de manipulation autour de cette vague de pneumopathies. À plus long terme, la question reste ouverte de la crédibilité de ceux qui ont porté le mensonge. La tromperie fonctionne tant que les victimes ne s’aperçoivent pas de la supercherie. Avec une technologie aussi simple et résiliente que le vapotage, qui ne disparaîtra pas en tant que tel, il n'est pas impossible qu’une large partie du public comprenne avec le temps l’énormité de l’enfumage dont elle a été victime durant ce tragique second semestre 2019.

En complément - La conférence d’Ethan Nadelmann, fondateur de la Drug Policy Alliance, à l’Ecig Summit de Londres le 14 novembre 2019 sur la diabolisation du vapotage aux États-Unis : https://vimeo.com/374470255

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