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dimanche 3 juin 2018

Australie: controverse entre médecins sur l'échec de la politique anti-tabac conservatrice

Islande - Norvège - USA - Angleterre - Canada - Nouvelle-Zélande - Australie
Depuis 2013, le tabagisme en Australie n'évolue plus. "Il n'y a eu presque aucun changement. Certains disent que le nombre de fumeurs pourrait même avoir augmenté très légèrement", déclare le Dr Joe Kosterich, directeur de la nouvelle Australian Tobacco Harm Reduction Association (ATHRA)*, au site news.com.au. L'association pour la réduction des risques liés au tabac a comparé l'évolution du taux de fumeurs adultes dans sept pays depuis 2013. Résultat, selon les données officielles de chaque ministère de la santé, l'Australie est le pays où le tabagisme évolue le moins. Une chute de 0.2% par an, quand l'Islande caracole en tête avec une chute de 12% annuelle. Autre pays du Nord de l'Europe où le snus connait du succès, la Norvège connait une baisse de 7% annuelle, comme les Etats-Unis. Les anglais avec 5% connaissent une baisse de leur tabagisme 25 fois plus rapide que l'Australie.

Sans outil de réduction des risques, le taux de tabagisme stagne

"Si nous examinons d'autres pays, ils ont fait à peu près les même choses que nous: augmenter la fiscalité, interdire de fumer dans les lieux publics, éduquer sur l'impact sanitaire de fumer. Toutes ces choses sont des évolutions vraiment importantes, mais à un moment on atteint un seuil où on stagne", explique le Dr Joe Kosterich. L'Australie, à l'opposé des autres pays mentionnés dans la comparaison, interdit toutes les alternatives nicotinées à risque réduit. Ni le vapotage nicotiné ni le snus n'y sont autorisés de vente. "Ces pays se sont orientés vers ces autres formes d'usages de nicotine qui n'impliquent pas de fumer des cigarettes et leurs taux de tabagisme sont en baisse. La différence entre eux et nous est qu'ils ont adopté ces nouvelles technologies et nous ne l'avons pas fait", insiste le représentant de l'ATHRA.

Fin septembre, l'Australian Institute of Health and Wellfare (AIHW) publiait les dernières statistiques officielles: 15,8% de fumeurs adultes au quotidien en 2016, ils étaient 16,4% en 2013. Pourtant, le paquet neutre depuis 2012 est combiné à des hausses de prix qui font des cigarettes australiennes les plus chères au monde. Compter environ 35$au, soit 22€, le paquet, avec des hausses de 12,5% prévues chaque année jusqu'en 2021. Les statistiques officielles du tabagisme n'intègrent pas les indigènes dont le taux de 44,4% de fumeurs adultes en 2016 illustre le peu de cas des autorités australiennes envers ses minorités ethniques. Pour la communication, le Ministère préfère la statistique intégrant les adolescents dès 14 ans, pratique inhabituelle au niveau international, pour mettre en avant un taux général de 12,2%.

Soutien de la politique en place et opposé à l'approche de réduction des risques, le Dr Tony Bartone, de l'Australian Medical Association (AMA), estime ne pas "savoir si les cigarettes électroniques aident vraiment les gens à cesser de fumer". Une méconnaissance qui tourne rapidement à la superstition dans sa bouche. "Nous ne nions pas que c'est moins dangereux que de fumer les véritables cigarettes, mais il s'agit de normaliser tout le comportement", affirme le Dr Tony Bartone sur les ondes de 3AW cette semaine.  Une affirmation qui a surpris le Dr Joe Kosterich: "Dire que le vapotage normalise le tabagisme équivaut à dire que donner un verre d'eau à un enfant normalise la vodka. Ça ne veut rien dire".

Le Dr Bartone ne sait pas

Mais le représentant de l'AMA n'en démord pas. "Nous ne savons pas quels sont les inconvénients d'inhaler de la vapeur. Nous ne savons pas si cela fonctionne comme aide à la cessation complète. Nous disons, voyons les preuves. Je sais qu'il y a eu des rapports scientifiques écrits pour dire que ça fonctionne. Mais c'est discutable", explique le Dr Tony Bartone au micro de Neil Mitchell. Pourtant, l'impact sanitaire de la fumée de cigarette est bien connu et le tabac se trouve en vente libre en Australie, à un prix très élevé certes. 

A l'opposé de cette frilosité conservatrice, le Dr Joe Kosterich propose d'être pragmatique. "Dans un monde idéal, les gens ne fumeraient pas ni ne vapoteraient. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal. Certains fumeurs iront de fumer à vapoter puis plus rien du tout, et d'autres vont passer de fumer à vapoter sans nicotine parce que certaines personnes aiment ou ont besoin du mouvement main / bouche et c'est OK. Nous n'avons pas à juger négativement ces personnes. Idéalement, personne ne ferait quoi que ce soit, mais nous pouvons faire davantage dans ce pays pour présenter aux fumeurs un moyen moins nocif. Au pire, vous n'arrêtez pas complètement de consommer de la nicotine, mais vous faites déjà quelque chose de moins nocif. Pourquoi nous considérons cela comme une mauvaise chose dans ce pays n'a pas beaucoup de sens"

* La nouvelle association ATHRA, en plus du Dr Joe Kosterich, regroupe des personnalités comme le Pr Colin Mendelsohn, spécialiste de la question tabagique et de santé publique à l'Université de South Wales, le Dr Alex Wodak, de l'association Harm Reduction Australia, et la Dr Catherine Silsbury, tous deux spécialistes des dépendances, et Stephen Elsom, représentant des usagers en son sein. Le site de l'ATHRA était en maintenance au moment de la rédaction de ce billet. 

lundi 18 décembre 2017

La panne du modèle anti-tabac australien fait le bonheur de la mafia (1) [MàJ]

"Il faut avoir la loi la plus dure possible. Il faut faire que les fumeurs se sentent comme des lépreux. Il faut rendre leurs vies horribles". La déclaration du député Craig Kelly à l'hebdomadaire Saturday Paper en septembre ne parait même plus outrancière dans le contexte australien. Le Président de la Commission parlementaire sur le tabac illicite exprime l'idéologie prédominante des autorités aussies sur le tabagisme. Pionnière du paquet neutre depuis 2012, pratiquant les prix de cigarettes les plus élevés au monde en plus d'une propagande agressive contre les fumeurs, l'Australie ne réussit pourtant plus à faire baisser son tabagisme. Depuis 2013, la part de fumeurs est stable selon les statistiques officielles de l'Australian Institute of Health and Wellfare (AIHW)"Pour la première fois, il n'y a pas eu de réduction statistique significative du taux de tabagisme, et même une légère hausse du nombre de fumeurs", déclare le Pr Colin Mendelsohn, expert en santé publique à l'Université de New South Wales, au quotidien the Australian.

En 2016, l'Australie est repassée au dessus des 2,4 millions de fumeurs sur une population de 18,7 millions d'adultes. En parallèle, le marché noir de tabac explose et les affaires de corruption des forces de police des frontières se multiplient. Réflexe répressif, le budget dédié contre le trafic de tabac prend l'ascenseur. En dépit des signes de panne de leur modèle, dont nous dressons le constat à grand traits ici, les ultras de la la lutte anti-tabac australiens ne se départissent pas d'une ligne hostile à toute aide aux fumeurs à s'en sortir. Symptôme de ce dogmatisme, leur forcing pour maintenir l'interdiction de vente de liquides de vapotage nicotinés, jusqu'à faire des déclarations trompeuses au parlement. Nous essaierons d'écrire un second volet sur l'impasse dans laquelle se trouvent bloqués les australiens.

Tabagisme en stagnation depuis 2013

Publiées le 28 septembre, les dernières statistiques gouvernementales recensent 15,8% de fumeurs adultes au quotidien en 2016. Ce chiffre exclue les indigènes dont le taux de 44,4% de fumeurs adultes n'est mentionné que dans les données brutes de l'enquête. Laissant de côté les étranges pratiques statistiques australiennes - exclusion des indigènes mais aussi fixation d'un inhabituel âge de 14 ans pour le taux général de 12,2% mis en avant dans les médias -, le débat local se focalise sur la panne de la dynamique de réduction du tabagisme. "L'analyse révèle que le nombre de fumeurs a diminué entre 2010 et 2013 de 317'000 personnes, mais il a ensuite augmenté de 21'000 fumeurs supplémentaires entre 2013 et 2016", explique Adam Creighton, journaliste de l'Australian.


Baisse chez les ados, légère hausse chez les quadras

Bien que la stratégie actuelle combinant paquet neutre et hausses de prix semble avoir un effet positif de réduction du tabagisme chez les jeunes, elle se révèle inopérante pour les fumeurs établis, notamment d'âge moyen. Entre 2013 et 2016, la part de fumeurs non-indigènes des 12 à 17 ans aurait été divisée de moitié, portant l'âge moyen d'initiation tabagique à plus de 16 ans. Ce chiffre est cependant annoncé avec l'avertissement d'une importante marge d'erreur possible par l'AIHW. Tandis que les taux de fumeurs non-indigènes des 30 à 49 ans ont augmenté entre 3% et 4%.

Cette légère hausse du nombre de fumeurs australiens semble se confirmer avec les résultats du monitorage des eaux usées. Initié en 2016, les données n'ont pas assez de profondeur temporelle pour en tirer des conclusions solides. Mais entre août 2016 et février 2017, "dans le territoire de la capitale australienne et la plupart des Etats, les relevés sur les quatre périodes montrent une légère hausse de la consommation de tabac", explique le second rapport national de monitorage des eaux-usées australien publié en juillet dernier. Ce suivi mesure le taux de cotinine, la métabolite de la nicotine, dans les eaux-usés. En février dernier, il évaluait la consommation à environ 1'200 cigarettes quotidiennes pour 1'000 habitants en moyenne.

En plus du paquet neutre, l'Australie utilise lourdement l'arme des taxes contre le tabac. Depuis septembre, un paquet de cigarettes courant coûte 35 $aus (environ 22€ ou 25Fs). Les prix vont continuer de grimper, à raison de 12,5% par an, pour que le paquet le moins cher atteigne plus de 40 $aus (environ 27€ ou 30Fs) d'ici 2021. Les prix des cigarettes en Australie sont les plus élevés au monde, et le tabagisme stagne. Une opportunité saisie par les trafiquants d'offrir du tabac illicite qui, sans taxe, se négocie à environ moitié moins cher sur le marché noir. 

De 8% à 30% du tabac vendu au marché noir

Le trafic atteindrait l'équivalent d'un milliard $aus selon l'Australian Border Forces (ABF), la police des frontières australienne. Un chiffre contesté par Rohan Pike qui évalue la contrebande de tabac à quatre fois plus dans son rapport à la Commission parlementaire sur le tabac illicite, selon le Sydney Morning Herald"Le prix actuel du tabac, conjugué à la perception publique que les seules victimes du trafic illicite de tabac sont les gouvernements inefficaces et corrompus ainsi que les fabricants de cigarettes, a amené les fumeurs vers les produits de contrebande", explique Rohan Pike, fondateur du groupe spécial anti-tabac de l'ABF et désormais consultant sur le commerce illicite de tabac.

[MàJ- 19-12-2017] La nouvelle évaluation de l'ABF, annoncée fin octobre (mais que j'avais raté au moment de la rédaction), évoque une part de 15% de tabac illicite sur le total du tabac consommé sur l'île. Le rapport annuel des douanes fait état que les saisies de tabac ont doublé en 2016-207, par rapport aux années précédentes. Ceci peut être un indice d'une augmentation du volume du trafic.

De son côté, John Silvester, dans le Sydney Morning Herald du 16 décembre, explique que les hausses de prix des cigarettes ont fait exploser le trafic de tabac pour la raison assez simple du niveau de retour sur investissement. "En investissant 200'000 $ dans la cocaïne, on peut espérer un rendement de 1,6 million de dollars. Investir le même montant dans les cigarettes de contrebande en provenance de Chine et le retour serait de 10 millions de dollars", explique le journaliste spécialisé sur la criminalité. Il évoque également l'explosion de braquages visant les cigarettes pour les revendre au marché noir australien. [/]

Entre ces deux évaluations, le cabinet KPMG avance un taux de 14%, équivalent à 1,7 milliards $aus, de tabac illicite consommé sur l'ensemble du marché australien. Mandaté par les trois grands cigarettiers, les enquêteurs de KPMG ont le mérite de livrer leur méthodologie basée notamment sur le ramassage de paquets de cigarettes et de feuilles à rouler usités. Difficile de trancher entre ces évaluation allant de 8% à 30% du marché aux mains de la contrebande, estime le Dr Colin Mendelsohn sur les ondes de Tasmania Talks. Par définition, le marché souterrain échappe aux mesures précises.

Pas de marché noir ?

Artisan de la politique anti-tabac actuelle, le Pr Simon Chapman se mure dans le déni sur la question. "Il doit y avoir des centaines de milliers de touristes fumeurs qui viennent en Australie chaque année", évacue le titulaire d'un doctorat en communication en réaction au rapport de KPMG fin 2013. Fin 2015, plutôt que d'accuser les fumeurs étrangers, Simon Chapman nie cette fois l'existence d'un marché noir de tabac, du moins d'un volume conséquent. "Comment les fumeurs ordinaires pourraient trouver [du tabac illicite] avec cette soi-disant facilitée consommée, alors qu'avec toutes leurs ressources la police fédérale et les inspecteurs des impôts ne parviennent pas souvent à le faire?", questionne t-il de manière rhétorique dans the Conversation.

Le démantèlement d'un réseau de trafiquants début août parait infirmé les propos du Pr Chapman. Dans le sillage du coup de filet coordonné par Interpol, deux agents de l'ABF sont limogés. La police des frontières se retrouve sur le grill après la publication, par Fairfax Media, de documents confidentiels liés à l'affaire. D'une part, l'existence d'un réseau de plus de 350 points de vente de tabac illicite est mise à jour. Autre révélation, les forces de la police des frontières étaient infiltrées, au moins depuis 2008, par des agents du réseau démantelé. Au travers des affaires révélées, on comprend que le tabac est devenu un business intégré par les trafiquants.

"La réglementation a créé un environnement à faible risque et à grands bénéfices pour le crime organisé", insiste pour sa part Rohan Pike. Cigarettes de marques en contrebande, contrefaçons et marques "blanches" côtoient le tabac en vrac, surnommé chop chop par les Australiens, sous les comptoirs des épiciers ou sur des zones de marché noir.

225 tonnes de tabac illicite saisies en deux ans


Pourtant en juin 2015, la police des frontières se flattait d'une saisie record de 71 tonnes de tabac de contrebande. Mais aucune poursuite n'e s'en est suivie. Selon le Sydney Morning Herald, cette affaire, que le quotidien qualifie de "farce", illustre l'impuissance des forces de police débordées par le trafic malgré son budget augmenté de 7,7$aus millions par le Ministre Peter Dutton. Pour sa défense, l'ABF affirme ne pas chômer. Ces deux dernières années, 225 tonnes de tabac ont été saisies et une centaine de personnes impliquées dans le trafic de tabac poursuivies, selon les déclarations du porte-parole de l'ABF au Financial Review. Une saisie qui reste marginale en regard des estimations oscillant entre 1'300 et 5'000 tonnes de tabac illégal vendues par an en Australie.

Autre source de tabac illicite, des plantations locales ont émergées malgré l'interdiction d'en cultiver depuis 2006. En mars dernier, l'Australian Tax Office (ATO) mettait la main sur deux lieux de production dans les New South Wales et à Victoria. "Le marché noir est assez important. Il y a un véritable engouement dans la communauté avec les prix élevés actuels des cigarettes légales", déclare alors Peter Vujanic, Commissaire de l'ATO au journal ABC.

L'émeute des patchs nicotinés

Autre manière de contourner la prohibition du tabac en vigueur en prison depuis 2015, on y fume des cigarettes roulées de thé aspergé de nicotine dans des feuilles arrachées à la bible. Méthode catastrophique pour les poumons, selon un témoignage publié par Vice. Une émeute se déclenche à la prison de Risdon du 9 août"Le Service pénitentiaire de Tasmanie a décidé de reconsidérer son programme de thérapie de substituts de nicotine après une émeute des prisonniers durant huit heures à Risdon le mois dernier, apparemment en réaction à la fin progressive planifiée de l'accès aux patchs nicotinés", rapporte le Mercury début septembre.
L'alternative du vapotage interdite

L'Australie n'a jamais connu un tabagisme aussi omniprésent qu'en Europe, où les troupes américaines ont largement distribué des Lucky Strike au "goût de liberté" après la 2ème guerre mondiale. Selon les statistiques officielles, le tabagisme australien était de "seulement" 25% en 1990. Depuis, la politique anti-tabac a réussi à réduire de moitié le tabagisme. Une tendance générale aux pays occidentaux sur cette période. Les britanniques ont même réduit plutôt plus fortement leur tabagisme, en suivant certaines mesures communes avec les australiens.

Alors que les britanniques se sont ouverts à l'intégration de l'approche de la réduction des méfaits depuis cinq ans, l'Australie reste sur une ligne puritaine d'harcèlement des fumeurs. Cette approche unilatérale n'est-elle pas en train de devenir contre-productive? L'essor du marché noir semble en train de créer une offre de tabac hors de tout contrôle des autorités. Ouvrant une logique de gonflement à l'infini des budgets policiers que l'on connait déjà pour d'autres substances, telles que le cannabis.

Faire quelque chose pour aider les fumeurs?

Pointée comme une des causes de ce maintien du tabagisme établi, l'absence d'aide aux fumeurs, symbolisée par l'interdiction de vente des liquides de vapotage nicotinés. "Il est temps d'en finir avec cette interdiction ridicule du vapotage et de commencer de faire quelque chose pratique pour aider les fumeurs à sortir des cigarettes", tranche le Senateur David Leyonhjelm, leader du Parti libéral démocrate. L'Australie est le dernier pays occidental, avec la très tabaco-pharmaceutique Suisse, à maintenir la prohibition des liquides de vapotage nicotinés. Pour une dynamique similaire, même si les niveaux y sont sensiblement différents, de maintien du tabagisme. La Nouvelle-Zélande, jusque-là sur un modèle identique à ses voisins australiens, a perçu les limites de l'approche "abstinence only", notamment en matière d'inégalités sociales. Elle a opté pour une politique anti-combustion intégrant la réduction des méfaits avec le vapotage.

"L'Australie fait tout ce qu'elle peut en terme de lutte anti-tabac, mais la différence clef avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis où les taux de fumeurs ont dégringolé ces dernières années, c'est la forte hostilité australienne au vapotage", explique Alex Wodak, Directeur de l'Australian Drug Law Reform Foundation. L'Australie va t-elle savoir réformer son modèle ? 
A suivre...

Mise à jour 12 mars 2018 : les ventes légales de tabac ont augmenté durant les quatre trimestres de 2017, pour la première fois depuis 2004. Elles atteignent près de 16 milliards de dollars australiens (plus de 10 milliards €) sur l'année. "Une inversion de tendance de fond inquiétante", selon le Pr Mendelsohn. Voir notre brève plus détaillée.

lundi 12 mars 2018

[Bref] Australie : hausse des ventes légales de tabac en 2017

Hausse de 2,6% des ventes de tabac en 2017 selon les données corrigées
Les ventes légales de cigarettes et de tabac n'ont cessé d'augmenter au cours des quatre trimestres de l'année 2017. De décembre 2016 à décembre 2017, la hausse est de 2,6% selon les données corrigées pour tenir compte des hausses de prix (voir explication) du Bureau Australien de Statistiques (ABS) [tableau 8]. "C'est un renversement inquiétant d'une tendance à long terme", commente le Pr Colin Mendelsohn, spécialiste en santé publique de l'Université de New South Wales, au quotidien the Australian (reproduit sur le blog du Pr Mendelsohn). Près de 16 milliards de dollars australiens (plus de 10 milliards €) de cigarettes et tabac ont été vendus légalement au cours de l'année écoulée en Australie. Le dernier trimestre frôle les 4 milliards de dollars. "Le mois de décembre a connu la plus forte hausse annuelle de ventes de cigarettes et de tabac des variations saisonnières depuis 2004", souligne Adam Creighton de l'Australian. 

Ces données ne concernent que les ventes légales, alors que la police des douanes australienne (ABF) estime à 15% la part de tabac illicite vendu sur l'île. Devant la Commission parlementaire sur le sujet, Rohan Pike, fondateur et ex-membre de la brigade spéciale tabac des douanes, évalue la part du marché noir à 30% du tabac consommé en Australie. La hausse des ventes légales en 2017 pourraient être liée à l'intensification de la lutte contre le trafic de tabac, en partie aux mains des réseaux mafieux. Mais les statistiques 2016 sur la part de fumeurs, ainsi que des relevés des métabolites de nicotine (cotinine) des eaux usées, laissaient déjà présager d'une reprise du tabagisme australien. 

Legalize nicotine for vaping"Nous devons accepter que nos méthodes punitives, taxes et contraintes contre les fumeurs, ne marchent plus. Nous avons besoin d'autres stratégies", estime le Pr Colin Mendelsohn. Alors que l'Australie détient le record mondial du prix du paquet de cigarettes le plus élevé et a imposé le paquet neutre en 2012, son tabagisme stagne depuis 2013. Malgré la panne de leur modèle 'pro-abstinence only', les autorités persistent dans le refus de toute politique de réduction des risques. "Le vapotage à la nicotine est interdit en Australie malgré les preuves accablantes de son succès à l'étranger. Les gens peuvent acheter des cigarettes mortelles à chaque coin de rue, mais ils sont interdits d'acheter légalement une alternative beaucoup plus sûre pour les aider à cesser de fumer", déplore le professeur Mendelsohn.


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Ce billet est un suivi du dossier sur la panne du modèle anti-tabac australien
et d'autres articles sur l'Australie


mercredi 28 février 2018

Australie: une leçon de journalisme lors de l'interview du Ministre de la santé sur la radio 2GB

Une leçon de ténacité journalistique. La manière dont Ben Fordham a mené l'entretien ce 23 février de Brad Hazzard, Ministre de la santé de la province de New South Wales, à propos de la prohibition du vapotage nicotiné en Australie est un modèle de courage opiniâtre. L'animateur de Sydney Live sur 2GB, la radio n°1 de la plus grande ville australienne, insiste près de dix minutes pour que le Ministre explique les raisons de la politique répressive contre les vapoteurs. "Il y a une demande du public envers les législateurs pour qu'ils cessent d'ignorer les preuves scientifiques sur le vapotage", souligne Ben Fordham s'appuyant sur la récente mise à jour du rapport scientifique du Public Health England, tandis que le bus "Vape Force One" a sillonné le sud de l'Australie pour informer et mobiliser sur la question ces dernières semaines

Bafouillage et langue de bois, le Ministre Brad Hazzard fuit la question. Le journaliste ne lâche pas l'affaire. Il insiste et diffuse les témoignages de vapoteurs ayant ainsi arrêté de fumer. Le Ministre répète qu'il n'empêche pas le vapotage, qu'il ne peut pas le faire d'ailleurs. Mais qu'il interdit "seulement" de vapoter en public. Esquivant lâchement le fond du rejet de l'approche de réduction des risques, et dans le détail, la question cruciale de l'interdiction de vente de liquide nicotiné. 
Le roi est nu


Une interdiction des liquides nicotinés qui revient de fait à la prohibition de l'outil de réduction des méfaits alors que les cigarettes sont en vente libre, certes au prix le plus élevé au monde. Ce refus de l'approche de réduction des méfaits est "à l'envers. Nos ministres ont la tête dans le sable", persifle Ben Fordham. Le Ministre s'en tire sans répondre. Mais le roi est apparu singulièrement nu, semblant ne rien connaitre du dossier d'autre que ce dont l'ont "informé les avis de toute une gamme de spécialistes ici en Australie", selon ses propres termes

En Australie, l'idéologie puritaine "pro-abstinence only" règne sur le domaine. Au moins, les australiens ont des journalistes. En Suisse, la même prohibition du vapotage nicotiné au bénéfice du tabagisme n'a pas soulevé de telle velléité chez les animateurs médiatiques romands.

A écouter en anglais, l'interview du Ministre Brad Hazzard par Ben Fordham :



Add 28-02-2018 à 11h30: Ben Fordham poursuit le thème du vapotage cette semaine avec l'interview ce matin du Dr Colin Mendelsohn, favorable à une approche de réduction des méfaits contre le tabagisme:

vendredi 24 novembre 2017

[Expresso] Australie: Simon Chapman accusé d'avoir travesti des faits à la Commission parlementaire sur le vapotage

Health Public England, l'organisme de santé britannique, s'est officiellement plaint au Sénat australien pour des faits travestis et des propos déformés dans un rapport livré à la Commission parlementaire sur le vapotage. L'Australian, quotidien national, révèle aujourd'hui que ce rapport a été rédigé par un trio bien connu dans le monde anti-tabac: Simon Chapman, Becky Freeman et Maurice Swanson. La Commission parlementaire étudie la question d'une éventuelle légalisation en Australie des liquides nicotinés, qu'utilisent les personnes ayant ou tentant d'arrêter de fumer à l'aide du vapotage. Opposé à toute aide aux fumeurs, Simon Chapman est un des leaders de la ligne ultra contre la réduction des risques. Son rapport défend la guerre au vapotage et la répression contre les vapoteurs. 

Pour cela, il a cependant dû passablement tordre les faits. Le Public Health England relève notamment que sa présentation de la situation légale en Europe et au Royaume-Uni est totalement fantaisiste et fausse. Mais surtout, Simon Chapman et ses collègues mentent sur la validité de l'évaluation scientifique de la réduction des risques du vapotage par rapport aux cigarettes. Le Public Health England, sur la base de 185 études analysées en 2015, puis le Royal College of Physicians, dans un rapport de 2016, ont conclut à une réduction des méfaits "au moins de 95%" du vapotage. Simon Chapman a répondu au quotidien Australian que la lettre du Public Health England est "pathétique". Chacun appréciera la valeur de son argument. 

Le mois passé, l'administration de Twitter a suspendu momentanément le compte de Simon Chapman après qu'il ait proféré des menaces de représailles à l'encontre d'un militant de l'association locale d'usagers la New Nicotine Alliance. Le personnage est un habitué de ce type de méthodes usant de fausses allégations, attaques ad hominem et menaces aussi dans son autre emploi de lobbyiste au service de l'industrie des grandes turbines.

La politique australienne en panne

Dans son rapport pour le parlement australien, l'ultra puritain a aussi dépeint la politique anglaise comme "en retard" sur le sujet de la lutte contre le tabagisme. Le point est particulièrement ridicule puisque le Royaume-Uni a réduit largement plus son tabagisme, endémique il y a 50 ans, que l'Australie, qui n'a jamais eu un taux de tabagisme aussi élevé, sur la même période. Surtout, la politique suivie en Australie semble à bout de souffle. Depuis 2013, le tabagisme australien stagne, maintenu à 15,8% des adultes en 2016 [j'essaierais d'y revenir...]. Tandis que l'intégration du vapotage comme outil de réduction des méfaits a précipité une accélération de la baisse du tabagisme britannique. L'éventualité d'offrir un moyen de sortie du tabagisme avec le vapotage nicotiné est donc logiquement étudié par les parlementaires aussis.

Politique anti-sociale

Autre méfait de cette politique "pro-abstinence only", le tabagisme des populations aborigènes culmine avec plus de 44% de fumeurs, non comptabilisés dans les chiffres statistiques officiels. Cette explosion des inégalités sociales de santé, lié au tabagisme à deux vitesse, a amené le voisin Néo-Zélandais a révisé sa politique en la matière et abandonner le ligne puritaine pour une approche pragmatique. Le vapotage va y être légalisé avec le statut de produit de consommation courante pour en offrir un accès facile aux populations défavorisées.

Mais avant même les conclusions des parlementaires australiens, le Ministre de la santé Greg Hunt a exclut toute possibilité de légalisation du vapotage nicotiné sous son mandat. En Australie, "la possession de nicotine, substance interdite sauf le tabac, peut entraîner des peines jusqu'à deux ans de prison et des amendes jusqu'à 45 000 $ [env. 30'000€], bien plus que pour conduite en état d'ébriété", rappelle le quotidien Australian.

lundi 18 juin 2018

[Bref] Sondage: 68% des australiens pour la légalisation du vapotage nicotiné

Depuis 2013, la part de fumeurs stagne à plus de 15% des adultes en Australie. Malgré la mise en oeuvre de hausses de prix impressionnantes, du paquet neutre et d'une politique de stigmatisation violente contre les fumeurs. C'est dans ce contexte que l'organisation des vendeurs au détail, l'Australian Retailers Association (ARA), a commandé un sondage au cabinet Crosby Textor (CT group) pour évaluer l'intérêt des aussies pour le vapotage, dont ils sont privés par une mesure de prohibition jusqu'ici. 68% se prononcent pour la légalisation du vapotage nicotiné. Une majorité (53%) apprennent avec surprise cette interdiction dont ils n'avaient pas conscience. 

"Près des deux tiers des citoyens sont d'avis que le gouvernement australien devrait réglementer et rendre disponibles des alternatives moins nocives aux cigarettes 'de manière à complètement éliminer la cigarette fumée dans ce pays' ", explique le communiqué de presse présentant les résultats de ce sondage sur un échantillon représentatif de 1'200 australiens adultes. Sur fond de panne de la politique sur le tabagisme en Australie, 93% des sondés expriment l'importance de la question de l'état du système de santé publique et 61% leur inquiétude du poids que le tabagisme fait porter sur celui-ci. 

En Australie : vapotage prohibé, cigarettes légales

Dans les faits, la prohibition du vapotage nicotiné n'offre pas un accès simple à l'échappatoire le plus évident aux fumeurs australiens. Une partie de ceux-ci contourne la prohibition pour passer au vapotage malgré la répression contre le mode de consommation à risques minimes. "De plus en plus d'australiens achètent des vaporettes avec de la nicotine en ligne à l'étranger, simplement parce qu'ils ne peuvent pas les acheter localement", explique Russell Zimmerman, directeur de l'ARA, avant de regretter que "l'absence de régulation ne fait qu'accroître les risques pour les consommateurs".

Pour aller plus loin sur la situation australienne : 


mercredi 28 mars 2018

[Bref] En Australie, fronde d'un Sénateur contre la prohibition du vapotage nicotiné du Gouvernement

La politique anti-vape australienne bénéficie au tabagisme
"Aucun projet de loi provenant du Ministre de la santé Greg Hunt ne doit passer au Sénat tant qu'il n'aura pas levé la prohibition du vapotage nicotiné". L'appel à la résistance du Sénateur David Leyonhjelm marque l'exaspération des partisans de l'approche de réduction des risques contre le tabagisme en Australie. Cet appel réagit au rapport de la Commission parlementaire sur le vapotage dont la majorité travailliste a suivi la prescription du Ministre pour refuser la légalisation du vapotage nicotiné. "Jusqu'à ce que les experts scientifiques disent qu'il n'y a aucun impact sur la santé, nous devons suivre le principe de précaution dans ce domaine", justifie Steve Georganas, rapporteur pour la majorité de la Commission, au journal the AustralianGreg Hunt, le Ministre de la santé, avait indiqué clairement les conclusions qu'il attendait de la Commission en déclarant en octobre que "jamais le vapotage nicotiné ne serait légalisé sous mon règne"

En plus de cette pression, le travail de la Commission a été entaché de déclarations erronées de Simon Chapman, Becky Freeman et Maurice Swanson, dénoncées par le Public Health England. En dissidence, trois députés sur les neuf de la Commission ont produit un rapport en faveur d'une légalisation de la vente de liquide nicotiné pour l'outil de minimisation des dommages. "Il y a des indications claires que vapoter est significativement moins nocif que de fumer. Si les fumeurs à long terme incapables d'arrêter de fumer des cigarettes de tabac passent au vapotage, des milliers de vies pourraient être sauvées", explique Trent Zimmerman, porte-parole de la Commission mais parmi la minorité favorable à la réduction des méfaits. 


L'Association australienne en faveur de la réduction de méfaits du tabac (ATHRA) déplore aussi ce rapport obéissant au Ministre. "Le vapotage a aidé des millions de fumeurs dans le monde à cesser de fumer alors qu'ils ne réussissaient pas à le faire avec les traitements conventionnels. Le rapport majoritaire a fondé sa décision sur le principe de précaution, c'est-à-dire en évitant de prendre une décision jusqu'à ce que nous ayons des preuves définitives. Cependant, cette approche ignore les risques très réels et substantiels de continuer de fumer", déclare le Dr Colin Mendelsohn dans le communiqué de l'ATHRA

Egalement membre de l'ATHRA, le Dr Alex Wodak souligne que le tabagisme ne recule plus en Australie avec la stratégie uniquement pro-abstinence actuelle. "Une évaluation modélisée suggère que la mort d'un demi-million de fumeurs australiens pourrait être évitée si la plupart des fumeurs passent au vapotage au cours des dix prochaines années", rappelle le spécialiste en addictions de l'Hôpital St Vincent de Sydney. 

De son côté, le Sénateur David Leyonhjelm a donc lancé son appel à la révolte des élus. "Continuer de refuser aux fumeurs un autre outil contre le tabagisme est immoral et hypocrite. Comment les produits à base de nicotine moins nocifs restent interdits alors que les cigarettes sont légalement disponibles en AustralieConnaissant les conséquences de la poursuite du tabagisme, il appartient au Ministre de la Santé d'examiner sa conscience et de justifier comment il peut continuer à interdire un produit potentiellement salvateur", déclare le sénateur démocrate libéral, avant de conclure frondeur: "Sinon, il doit s'attendre à ne faire aucun progrès au Sénat à l'avenir".

Add. : Du côté des usagers de vapotage, Mme Angela Gordon estime être «forcée de choisir entre le respect de la loi et notre propre vie...», citée dans un article plus détaillé sur News.com

Vidéo de 4 mn sur la prohibition du vapotage nicotiné de Legalize Vaping in Australia




vendredi 30 septembre 2016

[Expresso] Enquête judiciaire sur le Champix de Pfizer suite à un suicide en Australie

La mère de Timothy est effondrée. (Photo: Jerad Williams)
Timothy John avait 22 ans, il voulait arrêter de fumer. En 2013, après huit jours sous traitement au Champix, il s'est pendu. C'est sur ce drame que John Hutton, officier judiciaire (Coroner) de Brisbane, a ouvert officiellement une instruction hier suite à la plainte de la mère du défunt. La première en Australie sur d'éventuels liens entre la drogue de sevrage tabagique des laboratoires Pfizer et un suicide. Pourtant, selon Sarah Elks de The Australian, la pré-enquête a montré qu'au moins 58 australiens se sont suicidés sous Champix, dont le principe actif est la varénicline, entre 2008 et 2014. "Leur nombre pourrait être beaucoup plus élevé", souligne la journaliste. Le Coroner J. Hutton voudrait enquêter sur l'ensemble des suicides au Queensland pour évaluer l'étendue du problème.

Alors que le produit est labellisé dangereux aux Etats-Unis avec un avertissement sur fond noir, en Australie il est distribué sans notice. "Les patients doivent la demander aux pharmaciens", précise The Australian. "Je ne pense pas que Pfizer approuverait, mais c'est inhabituel de ne pas donner de notice pour les médicaments. Alors pourquoi n'est-elle pas fournie dans ce cas?", s'étonne Peter De Waard, l'assistant du Coroner. La question sera au cœur de l'enquête prévue en novembre. 

Pour y répondre, les officiers judiciaires ont fait appel au Pr Colin Mendelsohn, par ailleurs connu pour son soutien à la légalisation des produits de vapotage nicotinés en Australie. Les enquêteurs déclarent que le spécialiste tabacologue est le plus indépendant qu'ils ont pu trouver. "Dans ce champ, c'est difficile. La plupart des experts crédibles ont, d'une manière ou l'autre, des liens d'intérêts avec Pfizer. Soit ils sont payés pour des conférences, soit pour mener des recherches", explique P. De Waard.

vendredi 15 septembre 2017

[Ristret'] Le Champix officiellement incriminé dans le décès de Timothy en Australie [MàJ]

Le Champix a contribué au décès de Thimothy. Ouverte il y a une année, l'enquête judiciaire a officiellement lié la mort du jeune homme, alors âgé de 22 ans, à sa consommation de la drogue pharmaceutique de Pfizer. John Hutton, Officier judiciaire (coroner) de Brisbane, s'est emparé de l'enquête suite à la plainte de la mère du défunt, comme nous l'avions relaté à l'époque. En 2013, Thimoty s'est pendu après 8 jours de traitement au Champix, dont la molécule active est dénommée varénicline. Selon l'Australian, au moins 58 personnes se sont suicidées sous traitement au Champix entre 2008 et 2014 en Australie. Le Coroner John Hutton avait annoncé songer à enquêter sur l'étendue des problèmes liés au Champix. Les détails de l'enquête n'ont pas encore été révélés.

[Mise à jour 15/09/2017 à 19h15] Pfizer a fait circulé un contre-rapport de 24 pages à celui du Coroner, avant même la diffusion de celui-ci. "Il existe un solide corps de données scientifiques qui démontre que le risque d'événements neuropsychiatriques indésirables avec la varénicline ne diffère pas significativement de placebo", affirme le rapport de Pfizer relaté par le Guardian Australia.

L'article détaillé du quotidien rappelle que la région de Victoria est la seule à pratiquer le dépistage du Champix en cas de suicide. Ce test toxicologique est imposé depuis décembre 2015 sur recommandation du Coroner Jacqui Hawkins qui avait conclu à un effet indésirable du Champix le suicide d'un homme de 36 ans en février de cette année-là. Entre sa mise sur le marché en février 2007 et mai 2010, l'Administration des produits thérapeutique (TGA) a recensé 206 événements suicidaires liés au Champix en Australie. Depuis, l'organisme ne semble plus faire de suivi. 

jeudi 2 février 2017

L'Australie maintient la prohibition de la vape nicotinée: "Arrêter de fumer a fait de moi un criminel"

"Salut Joe, vous êtes toujours un criminel". Le Pr Colin Mendelsohn envoie ce message dépité à sa sortie de l'audition avec la Therapeutic goods administration (TGA) australienne hier après-midi. C'est ainsi que Joe Hildebrand, journaliste provocant, apprend le rejet de la demande de révision du règlement pour autoriser la vente de liquides de vapotage aux concentrations de nicotine en dessous de 3,6%. 

La démarche de la New Nicotine alliance (NNA), association d'usagers de produits nicotinés à risques réduits, était soutenue par une quarantaine de chercheurs et universitaires, dont le cancérologue de renommée mondiale Ron Borland. "Cela aurait pu éviter des décès et des maladies évitables", souligne le Dr Alex Wodak, président de l'Australian Drug Law Reform Foundation, au News Daily. Il estime aussi que la TGA ne devrait pas être en charge du produit sans tabac ni combustion.

Pour justifier le maintien de la prohibition du vapotage nicotiné, la TGA estime que le vapotage pourrait "renormaliser le tabagisme". Le Dr Attila Danko, président de la NNA s'agace: "En substance, la TGA dit aux centaines de milliers d'australiens qui ont déjà cessé de fumer à l'aide du vapotage : "Vous avez arrêté de fumer de la mauvaise manière. Nous allons vous en empêcher. Mais par contre, pas de problème à ce que vous achetiez un paquet de cigarette"." De son côté, Joe Hildbrand témoigne ce matin sur News.com. Les ressemblances avec la Suisse frapperont probablement les lecteurs helvètes. Son texte pourrait lui valoir des poursuites en vertu des lois de censure contre la promotion du vapotage, cet objet qui lui a permis d'arrêter de fumer. En voici la traduction par nos soins (non révisée par l'auteur).

Cesser de fumer a fait de moi un criminel

par Joe Hildebrand, 2 février 2017, original à News.com.au

Quand j'ai arrêté de fumer l'an dernier, j'ai reçu un message de Colin Mendelsohn, Professeur agrégé à l'École de santé publique de l'Université de New South Wales.
"Félicitations", a t-il déclaré, "Vous venez d'ajouter près de 10 ans à votre vie." Avant d'ajouter: "Désormais, vous êtes un criminel."
Aujourd'hui, le gouvernement australien décide si je vais le rester. Et si 2,6 millions d'autres Australiens auront la chance de potentiellement sauver leur vie.
Mon crime est d'avoir arrêter de la seule façon que je savais être possible pour moi: En remplaçant la vraie cigarette avec une e-cig me procurant la nicotine potentiellement sans tous les trucs qui vous tue réellement.
Cette pratique est actuellement illégale. La Therapeutic Goods Administration (TGA) doit annoncer aujourd'hui si cela va changer ou non.
J'ai été fumeur pendant 25 ans. J'ai commencé à mes 15 ans parce que je voulais être cool. Le tabagisme faisait tellement partie de mon identité que mon surnom était "Smokin' Joe". Je ne pouvais pas penser sans ça, je ne pouvais pas boire sans ça, je ne pouvais même pas marcher ou parler sans ça.
Je viens d'une famille d'alcooliques, de bouffeurs frénétiques et de lunatiques. J'ai toujours eu une personnalité à tendance fortement dépendante et je suis profondément obsessionnel et compulsif. Si je ne pulvérise pas mes aisselles au déo un certain nombre de fois exactement divisible par quatre, je ne peux pas sortir de la maison.
Dans le passé, j'ai pris à peu près toutes les drogues que l'on trouve sous le soleil. Puis au cours des années, j'ai réussi à réduire ma consommation à celles licites - l'alcool et le tabac. En d'autres termes, je suis mauvais, mais je ne suis pas aussi mauvais que j'avais l'habitude d'être.
Je suis à présent aussi mari et père et je ne veux plus vivre vite et mourir jeune. Je veux vivre lentement et mourir vieux.
Statistiquement parlant, si vous arrêtez de fumer à 35 ans votre corps peut récupérer la pleine santé. Après cet âge, pour chaque année où vous fumez, vous perdez trois mois de vie. Et donc en ayant passé les 40 ans, je suis déjà en train de taper dans mon temps de parole sur terre.
Mais en dépit de l'arrêt de presque tous les autres vices dans ma vie, je n'avais jamais tenté d'abandonner le tabac. La vie sans cigarettes était tout simplement inimaginable. C'était comme me proposer de quitter mes mains.
"Bordel", murmurai-je une nuit à travers un nuage de fumée. «Ils arrivent à envoyer un homme sur la lune, mais ils ne peuvent pas inventer une cigarette qui ne vous tue pas."
Puis j'ai réalisé: Ils l'ont fait.
A ce moment-là, pour la première fois en 25 ans, je décide d'arrêter de fumer. Je suis allé sur internet et j'ai cherché un dispositif de délivrance de nicotine qui ressemblait beaucoup à une cigarette et je l'ai acheté. A cet instant, je suis devenu un criminel.

Parce qu'ici est le point qui fera bouillir votre sang et éclater vos poumons: En Australie, il vous suffit d'aller au magasin du coin ou en supermarché et vous pouvez acheter un produit qui, selon toute probabilité, va vous tuer.
Et pourtant, il est illégal d'acheter un produit spécialement conçu pour vous sauver de cette mort.

Ceci est l'Etat-nounou devenu fou. Et d'autres pays le savent. Au Royaume-Uni, où le vapotage est parfaitement légal et même encouragé, l'organe de pointe de la santé publique en Angleterre (Public Health England) a récemment conclu que "l'usage de la CE (cigarettes électroniques) est d'environ 95 pour cent plus sûr que fumer" et que "les fumeurs qui ont essayé d'autres méthodes d'arrêt du tabagisme sans succès pourraient être encouragés à essayer les e-cigarettes".
En effet, une étude de l'Union européenne a estimé qu'environ 6,1 millions d'européens ont arrêté de fumer en utilisant la vape, tandis que le nombre de non-fumeurs qui les ont essayé était seulement de 1,3% et le nombre de ceux-ci les utilisant quotidiennement était inférieur à 0,1%.
Le Collège royal des médecins du Royaume-Uni a recommandé que «dans l'intérêt de la santé publique, il est important de promouvoir l'utilisation des e-cigarettes ... aussi largement que possible comme substitut au tabagisme».
Même aux États-Unis, le pays de la Prohibition, le vapotage est légal. Alors que l'US Surgeon général a soulevé des préoccupations au sujet des jeunes l'utilisant, l'agence Reuters rapporte en même temps: «Les statistiques des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) montrent que l'utilisation du vapotage a augmenté chez les jeunes, mais leur taux de tabagisme a chuté."
Pendant ce temps, le Canada et la Nouvelle-Zélande débattent sur la réglementation. «Nous savons qu'il existe des preuves pour suggérer que l'utilisation de produits de vapotage peut être utilisé comme un outil de réduction des méfaits pour les personnes qui sont des fumeurs actuels», a déclaré la ministre canadienne de la santé Jane Philpott l'année dernière.
Pourtant, en Australie, il est un crime d'acheter ou d'utiliser un dispositif de vapotage avec de la nicotine - la nature du crime est en fonction de l'Etat.
Et si vous pensez que la politique de la Maison Blanche en ce moment est déroutante, essayez de vérifier les lois australiennes sur le vapotage. Ils jugent cela comme pire que fumer du tabac.


Par exemple, dans les New South Wales il est légal d'acheter des appareil de vapotage mais illégal d'acheter la nicotine. Toutefois, il est légal d'utiliser la nicotine dans votre e-cig. Dans le Western Australia, il est illégal d'acheter du matériel de vapotage, mais il est légal de les utiliser. Toutefois, il est aussi illégal d'acheter de la nicotine - bien que légal de l'importer.
Le fait même que je sois en train d'écrire cet article est techniquement illégal. La Loi de santé publique sur le tabac dans les New South Wales de 2008 - Section 15a - interdit tout «écrit, ou toute image, signe, symbole ou autre image visuelle ou message ou message sonore, ou combinaison de deux ou plusieurs d'entre eux, qui fait la publicité, ou promeut autrement ou vise à promouvoir l'achat ou l'utilisation d'une e-cigarette".
Je ne suis pas seulement un criminel, je suis un baron du crime.
Le problème est que la bureaucratie Australienne de santé publique - Dieu bénisse ses chaussettes en coton - est paralysé par la prudence. Les organes à sa tête sont inquiets de l'insuffisance de preuves sur le risque potentiel de la vape. Ils attendent plus de recherche. Et attendre. Et attendre. Et attendre.
Ils sont également en attente de la décision de la TGA aujourd'hui si la nicotine devrait être autorisée pour le vapotage en Australie.
Ce sont des gens très intelligents et bien sûr, ils ont de bonnes intentions. Mais parfois, vous pouvez être trop intelligent de moitié et nous savons tous de quoi est pavé le chemin vers l'enfer.
Le gigantesque gouffre béant de logique au cœur de ces arguments est que l'impact de la nicotine dans le vapotage est constamment mesuré par rapport à des non-fumeurs au lieu de l'être pour ceux occupés à se tuer avec la vraie cigarette - à savoir les personnes à qui est destiné le vapotage.
Parce que même si le pire était vrai au sujet de la vape, elle ne causerait qu'un vingtième du préjudice des cigarettes réelles - QUI SONT DISPONIBLES DANS TOUS LES MAGASINS DE CONVENANCE DU PAYS.

Vous pouvez être aussi crétin qu'une boîte de marteaux et tout de même comprendre que cela ne tient pas debout.
Alors peut-être serait-il mieux que tout le monde quitte la nicotine totalement. Mais nous savons aussi que 2,6 millions d'adultes australiens sont fumeurs. Et nous savons que les deux tiers d'entre eux seront tués par cette habitude.
Cela représente plus de 1,7 millions de personnes qui se dirigent vers une mort précoce alors que les autorités font "hum" et "ah".
Et oui, peut-être est-ce leur choix de fumer. Tout comme il était mon choix de commencer quand j'étais un minot de 15 ans à la Dandenong High School. Il n'y avait qu'à regarder ma coupe de cheveux pour savoir que je ne prenais pas de particulièrement bonnes décisions en 1991.
Nous savons aussi que l'on est beaucoup plus susceptible de fumer si l'on est pauvre, avec des problèmes de santé mentale, ou des problèmes de toxicomanie et si l'on est indigène. Et j'ai eu au moins trois de ces choses au fil des ans.
Bien sûr, maintenant que je suis un criminel riche, je ne dois pas m'inquiéter. Mais est-ce vraiment ces personnes là à qui nous voulons faire la morale, sur lesquels jeter la honte et laisser mourir pendant que nous discutons de savoir si quelque chose qui pourrait leur sauver la vie est assez immaculée et vierge?
Ceci est le danger de politiques visant un idéal parfait au lieu d'être basées sur le monde imparfait. Le problème avec l'utopie est que vous n'y arrivez jamais.
Les éminents experts partisans de l'interdiction du vapotage ont-ils consulté l'expert le plus qualifié de tous: un fumeur réel ?
Avec certitude, chaque fumeur que j'ai rencontré depuis l'essor du vapotage a désespéré de savoir comment en obtenir afin aussi d'arrêter de fumer. Chaque vapoteur que j'ai rencontré est un ancien fumeur. Je vous l'accorde, ce n'est pas une étude scientifique. C'est juste la vraie vie.
Le Dr Mendelsohn est l'un des 40 experts australiens et internationaux qui ont appelé la TGA à se concentrer sur la vie réelle et légaliser une aide pour arrêter de fumer qui pourrait bien rendre obsolètes les vraies cigarettes.

"Nous avons des centaines de milliers de personnes juste ici", m'a t-il dit hier. "Ils sont des pères et des mères, des frères et des sœurs, des fils et des filles, et nous savons que deux sur trois d'entre eux vont mourir prématurément du tabagisme.
Ce n'est pas seulement une question de politique - la vie des gens est en jeu."
Nous allons voir aujourd'hui si le gouvernement met ces vies avant l'idéologie ou s'ils ont abandonné de protéger des personnes de la mort.
Quant à moi, je n'ai plus fumer une seule cigarette en six mois. Et si cela est un crime, alors il vaut la peine de vivre.
MISE À JOUR: Peu après midi, le TGA a rendu sa décision et le Dr Mendelsohn m'a envoyé un autre message. "Salut Joe," dit-il. "Vous êtes toujours un criminel."