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mercredi 11 novembre 2015

E-cigarette et OFSP : Pascal Strupler préfère ne pas risquer de réduire par vingt la mortalité tabagique !

Un banal buraliste
Scandaleux. Pascal Strupler préfère 9'500 morts par an en Suisse grâce au tabac que risquer de diviser par vingt ce chiffre avec la vape ! Le directeur de l'Office fédéral de santé publique (OFSP) a tenu des propos ahurissants de cynisme dans une correspondance avec l'association d'usagers Helvetic Vape fin septembre. Il se base sur une interprétation très personnelle du rapport du PublicHealth England sur la e-cig d'août dernier. Notamment de l'évaluation selon laquelle la vape est au moins à 95% moins nocive que la cigarette fumée. Selon le haut fonctionnaire de Berne, si tous les fumeurs en Suisse se convertissaient au vapotage, on pourrait passer de plus de 9'000 morts prématurés liés au tabagisme à environ 450 décès. 

En conséquence, Pascal Strupler déclare « problématique » ce moyen de réduction des risques qui pourrait diviser par vingt le nombre de morts liés au tabac selon son propre calcul. Justifiant ainsi les mesures répressives à l'encontre de la vapote promulguées par ses services, et notamment l'interdiction de vente des liquides nicotinés. Une interdiction que ses propres services ont proposé, dans le projet de loi sur les produits du tabac (LPTab), de lever lors de son entrée en vigueur, soit dans 3 à 5 ans... Comprenne la cohérence de M. Strupler qui pourra.

Une déclaration qui pose plusieurs problèmes. Évidemment en premier lieu, le banal cynisme du directeur de la santé publique refusant la possibilité à au moins 8'500 personnes par an, selon son calcul, de se sauver à terme des maladies mortelles liées au tabagisme. Quel commentaire faire sans atteindre le point Godwin face à tels propos ?

En second lieu, il y a une question inquiétante de compétence basique pour le chef de la santé publique. Son calcul est grossièrement erroné puisque la courbe de risques n'est pas en l'espèce une fonction linéaire. Traiter une question sanitaire aussi importante par un calcul à l'emporte pièce aussi clairement stupide confine au mépris des personnes concernées.

En troisième lieu, le fonctionnement de la bureaucratie de l'OFSP pose un sérieux problème démocratique. Depuis des mois, Pascal Strupler refuse toute sollicitation des médias pour s'expliquer sur sa gestion délirante de ce dossier. Pourtant, la question de ce moyen de sortir du tabagisme touche un quart de la population en Suisse, un taux qui n'évolue quasiment pas depuis huit ans.

Cette attitude de l'OFSP est-elle complicité aux intérêts des cigarettiers et de la pharmaceutique au dépend de la population ? Il est de notoriété publique que les cigarettiers tentent de remettre la main sur un marché de la vape qu'ils avaient snobé. Pour cela, ils ont besoin de temps et, ensuite, d'une législation restreignant le marché à leurs seuls produits. Cela semble tout le jeu de l'OFSP en combinant l'interdiction actuelle des liquides nicotinés, entravant le développement de la vape indépendante, et les futures restrictions via les ordonnances de la LPTab qui donneront à Philip Morris, British American Tobacco et Japan Tobacco International les clefs d'un marché transformé en vente de cigalikes inutiles à tout sevrage tabagique.

Un bon business plan aussi pour la pharmaceutique dont 10% du chiffre d'affaire découle directement des médicaments pour les maladies mortelles du tabagisme. Notamment, leur secteur star des anti-cancéreux. A cela s'ajoute évidemment l'impact du tabagisme dans l'ensemble des autres maladies auxquelles il concourt de manière ''secondaire''. Ainsi que tous les petits produits surconsommés par les fumeurs comme les sirops contre la toux, les anti-migraineux, les vitamines, ou les peu efficaces produits d'aide au sevrage tabagique, etc... Des retombées économiques faramineuses au profit de Big Pharma jamais évaluées dans les rapports sur les coûts sociaux du tabagisme. 


Tout ceci, Pascal Strupler ne l'évoque pas dans son affolant calcul qui l'amène à rejeter un moyen de réduire drastiquement les risques de la consommation de nicotine. C'est pourtant probablement plus ces éléments d'intérêts, qu'un goût morbide pour la planification du décès de centaines de milliers de ses concitoyens dans la décennie à venir, qui l'amène à orchestrer la répression de la vape en Suisse. En est-ce moins abjecte ?

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