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vendredi 29 décembre 2017

Bad trip de Pourquoi Docteur: non, les drogues de synthèse ne sont pas "presque légales"

Les médias de santé ne sont visiblement pas épargnés par la surenchère sensationnaliste. Depuis hier, 'Pourquoi Docteur' met à la Une de son site que le Buddha Blues serait "presque légal" en France. Ce produit composé de substances de synthèse est connu depuis plusieurs années pour sa dangerosité. En 2014 déjà, le forum Psychoactif, espace d'entraide et d'information pour la réduction des risques liés à la consommation de substances psychoactives, prévenait des risques et d'effets secondaires de ce produit contenant les molécules 5F-AKB48 et AB-FUB. Ces pseudo-cannabinoïdes de synthèse, avec de nombreuses autres molécules développées initialement par l'industrie pharmaceutique, ont été placées (sous leurs désignations chimiques) par un arrêté du 19 mai 2015 dans la liste des substances classées stupéfiant. Autrement dit, contrairement à ce que prétend Pourquoi Docteur, elles ne sont pas "presque légales", elles sont totalement illicites

Add 20H: Pourquoi Docteur a modifié légèrement son article suite à la parution de celui-ci, en précisant qu'il s'agit d'un produit de synthèse, mais sans enlever les amalgames absurdes et potentiellement dangereux /off

Dans le fait divers brestois qui vaut l'article de Pourquoi Docteur, le Buddha Blues proviendrait d'un achat sur le Darknet, où se trouvent des marché noirs sur internet, selon les déclarations de la police au journal le Télégramme. "S’il n’y a pas eu d’accident grave, à ma connaissance, jusqu’à présent, c’est une conjonction de facteurs chance. Le trafic est généralement organisé en petites quantités par des gens qui informent leurs consommateurs", précise une source policière au Vaping Post qui relate l'affaire. 


Confusion délétère

Outre cet incroyable délire sur le statut du produit, l'article de Pourquoi Docteur sème aussi la confusion entre le cannabis, produit d'une plante, et les nouvelles drogues de synthèse. Pire, la fibre sensationnaliste pousse le média, soi-disant spécialiste des questions de santé, à faire l'amalgame entre le stupéfiant de synthèse et les liquides à vapoter au cannabidiol (CBD). Le CBD est pourtant connu pour son absence d'effet psychotrope (aka provoquant une ivresse), lié dans le cannabis au THC. 

Et, ainsi que l'a confirmé récemment le Ministère de la Santé, la vente du CBD est parfaitement légale en France. Il est par contre interdit de promouvoir de potentiels effets thérapeutiques du CBD. En Suisse, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) précise que des "discussions portent actuellement sur les possibles propriétés thérapeutiques du CBD (antioxydantes, anti-inflammatoires, anticonvulsives, antiémétiques, anxiolytiques ou antipsychotiques)".

Le Dr William Lowenstein sur le CBD à vapoter le 30 novembre dernier sur LCI:



Etat de confusion avancée

Ironie de la logique de bombardement d'informations, le site Pourquoi Docteur publie d'ailleurs une dépêche sur une étude à propos des effets anti-psychotiques du CBD aussi hier. "Des chercheurs viennent de montrer que le cannabidiol a des propriétés anti-psychotiques dans une étude contrôlée. Cette substance est un cannabinoïde présent dans le cannabis. Les scientifiques assurent que c’est un remède efficace et sûr. Leur recherche a été publiée dans le American Journal of Psychiatry", explique cette brève. Quelques minutes après, l'autre article du même site amalgame drogues de synthèse, cannabis avec THC et liquides à vapoter au CBD. La carte de l'angoisse et de la confusion s'abat: "la consommation de cette substance est souvent associée à des troubles psychiques, comme la schizophrénie". Un double discours contradictoire a vous en faire perdre la raison.

Mise en danger par désinformation 


L'orientation politique du procédé manipulatoire de l'article de Pourquoi Docteur est assez transparente. En soi, défendre le maintien de la vente du cannabis dans le réseau illégal est douteux d'un point de vue de santé publique, tout comme de jeter le discrédit par un amalgame fumeux sur un moyen d'éviter les méfaits de fumer que ce soit le tabac ou le cannabis . Aller jusqu'à mettre en danger le public, a fortiori les plus jeunes lecteurs, qui seraient amener à confondre drogues de synthèse et CBD, troubler les connaissances sur les différences de risques entre ces produits et potentiellement banaliser un produit très dangereux, va au-delà de l'acceptable. Espérons que Pourquoi Docteur rétracte sans tarder cet article dont l'auteur, bien qu'arborant le titre de docteur, semble néophyte dans le métier de journaliste. 

Un travail plus rigoureux, précis et éclairant pour informer le public des distinctions entre drogues de synthèse et cannabis, et sur les différents cannabinoïdes ainsi que les modes de consommation à méfaits réduits serait bienvenu de sa part. Et plus utile pour la santé publique que la diffusion de paranoïa infondée. Un travail d'information qu'avait fait, sous forme de dossier consultable, le Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA) en mai dernier face à une autre épidémie de désinformation en Suisse contre le CBD.


mardi 26 décembre 2017

E-rauchen-forum.de (ERF) va fermer

Créé en 2007, e-rauchen-forum.de, le forum de vapoteurs de langue allemande va fermer sous peu. En une décennie, plus de 53'000 membres ont écrit près de 2,7 millions de messages sur le forum aussi appelé de son acronyme ERF. La fin de la plateforme d'entraide, d'information et d'échanges sur le vapotage est provoquée par l'état de santé de Kirsten, son administratrice. De nombreuses figures et groupes de défense de la vape germanique ont exprimé leur tristesse de la disparition de l'ERF et souhaitent le meilleur à sa fondatrice. La création d'un nouveau forum pour prendre la relève est en discussion.


vendredi 22 décembre 2017

Italie: le Monopole interdit les premiers sites de vente de vape

L'Agence des douanes et du Monopole italienne vient de publier sa première liste noire de sites de vape. Dix-sept sites internet "interdits en vertu de l'article 1, § 50 bis, 50 ter et 50 quater de la loi n. 296 du 27.12.2006  et du décret exécutif du 15.11.2017", précise le document de l'AAMS. Annoncées hier en raison de violations des nouvelles interdictions de vente à distance de liquide à vapoter introduites par le décret du 15 novembre, les interdictions de ces sites seront effectives au 31 janvier prochain, précise le Monopole. Le récent décret prohibe la vente à distance de liquide à vapoter. Pour les liquides avec nicotine, son entrée en vigueur était immédiate, pour ceux sans nicotine l'interdiction sera en début d'année 2018 suite à un nouvel amendement sur la réforme du secteur du vapotage. "Dès les premiers jours de janvier, lorsque la Loi sur la stabilité sera publiée au Journal officiel, les liquides sans nicotine deviendront également illégaux [sur les sites en ligne]", précise SigMagazine, le site italien d'information sur le vapotage. L'AAMS annonce que sa liste de sites déclarés illégaux sera mise à jour régulièrement.

[MàJ à 17h30 reformulation pour éclairer le propos]

jeudi 21 décembre 2017

Une initiative populaire pour interdire la publicité des produits du tabac sera lancée en février en Suisse

Tout le monde s'en doutait mais la télévision nationale, à la fois sur son canal romand et suisse-allemand, l'a annoncé en exclusivité hier soir. Un comité d'initiative visant l'interdiction de la publicité des produits du tabac en Suisse devrait lancer dés février la récolte des 100'000 signatures nécessaires pour être présentée au vote. Intitulée "enfants et jeunes sans publicité pour le tabac", l'initiative propose d'interdire au niveau national la publicité des produits du tabac par affichage, dans les publications, au cinéma, aux concerts et sur internet. Le doute plane sur les conséquences qu'elle pourrait avoir pour le vapotage.

Réplique à la LPTab

"Cette initiative est aussi une réponse politique au projet de loi tabac (LPTab)", commente Loïs Siggen Lopez de la RTS. Suite aux demandes du parlement d'exclure plusieurs restrictions, le nouveau texte interdit les publicités dans les journaux gratuits mais pas l'affichage ni les spots au cinéma. Trop laxiste pour les organisations politiques et de santé qui lancent l'initiative. "Il faut éviter que les jeunes tombent dans ce piège [du tabagisme]. Et c'est la publicité qui les met dans le piège et donc il faut l'interdire", explique Hans Stöckli, Conseiller aux Etats socialiste et membre du comité d'initiative. 

Egalement président de l'Alliance pour la santé en Suisse, Hans Stöckli insiste sur l'importance d'interdire la pub sur les réseaux sociaux et sur les lieux de vente. D'autre part, avec le texte de l'avant-projet de loi tabac (LPTab), la Suisse ne satisferait pas aux standard de la Convention cadre anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et ne serait pas en mesure de la ratifier. Pour le monde de la vape Suisse, l'assimilation aux produits du tabac prévue par l'avant-projet LPTab conjuguée à cette initiative, dont le texte précis n'a pas encore été dévoilé, laisse planer le doute sur de possibles conséquences

La promotion de la réduction des méfaits interdite ?

En l'état du texte d'avant-projet de loi, tout porte à croire que le vapotage subirait les mêmes interdictions que le tabac sur le sujet. Cela pourrait condamner toute promotion de la réduction des méfaits à l'aide du vapotage, tel qu'exigé par Macé Schuurmans. La question est d'autant plus sensible en regard de l'importance des réseaux sociaux pour les groupes d'entraide à l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage, la diffusion d'information sur la réduction des méfaits, les vidéos tutorielles sur les produits de vapotage, voire les sites de vente en ligne et d'éventuelles campagnes de promotion de réduction des méfaits... 

Tout ceci pourrait se retrouver assimilé à des promotions de produits du tabac. Pour le moment ces questions restent floues. Une distinction nette entre vapotage et tabagisme telle que réclamée par les professionnels des addictions, les défenseurs de la réduction des méfaits et l'association des usagers Helvetic Vape lèverait toute ambiguïté et éviterait évidemment ce problème. 


Actuellement en Suisse, la publicité pour le tabac est interdite sur la télé et la radio, ainsi que par voie d'affichage dans une large majorité des cantons, sans beaucoup d'effets sur le niveau de tabagisme

lundi 18 décembre 2017

Le Gouvernement italien confirme son massacre de la vape indépendante

"Malgré les tentatives de négociation, le gouvernement n'a pas cédé. Il voulait dévaster le secteur de la vape indépendante". Le dépit pointe dans le compte-rendu de Stefano Caliciuri de SigMagazine. Aujourd'hui par 21 voix contre 12, une majorité de la Cinquième Commission des députés a validé l'amendement de réforme du secteur du vapotage en Italie. Le texte, proposé initialement pour sauver la vape du massacre de l'amendement Vicari, assouplit seulement les conditions d'exercer des magasins physiques existants. Ils n'auront besoin que d'une simple autorisation de l'Administration des douanes (AAMS), au lieu de l'obtention d'une licence que prévoyait la version précédente, pour continuer leur activité. Cependant la viabilité de leur commerce semble bien compromise par les autres règles qui seront en vigueur au 31 mars prochain. 

L'interdiction totale d'achat à distance de liquides de vapotage, y compris aux sites basés en Italie, va pousser des millions d'utilisateurs italiens dans la zone grise. D'autant plus que les achats par voie légale subiront une taxe anti-vape de 0,37344€ par ml de liquide, qu'il soit avec ou sans nicotine. Avec la TVA, une fiole de 10 ml rapportera près de 5€ de taxes à l'Etat italien. Le Gouvernement a aussi fait rejeter la proposition de report d'impôt et de dette qui aurait permis aux entreprises du vapotage d'adoucir le coup porté par cette taxation. "Ceci concerne des centaines de millions d'euros. Un coup dur qui va toucher toute la chaîne d'approvisionnement à partir de sa base", déplore à chaud Stefano Caliciuri. Ce nouvel amendement doit être approuvé et officialisé par le Sénat ce jeudi. 

Ces derniers jours, une négociation se déroulait entre le Gouvernement, des parlementaires et l'Administration des douanes (AAMS) pour arranger des conditions moins néfastes au secteur du vapotage. Une taxe moins lourde (à hauteur de 1,90€ par fiole) et l'autorisation de vente sur internet étaient notamment envisagées. Avant le week-end, les négociations semblaient bien parties et la députée Alessia Rotta se montrait plutôt optimiste. En dépit des concessions lourdes faites par le monde de la vape italienne, le Gouvernement a préféré l'écraser. De son côté, bien que toujours prise dans une affaire de corruption par ailleurs, la Sénatrice Simona Vicari a nié, dans le journal L'eco del Sud, que son amendement à l'origine de cette mise à mort de la vape indépendante soit "un "grand cadeau" fait au lobby du tabac qui va favoriser la mort de milliers de personnes"


Plus de 17'000 signatures pour la légalisation du vapotage en Thailande

De nouvelles d'arrestations de vapoteurs ce mois en Thaïlande ont propulsé le débat sur le vapotage au premier plan. Parmi les multiples arrestations, dont au moins un touriste, les médias ont notamment relayé les images de la détention violente dManussaya Yaowarat, plus connue sous le pseudo de Flukesri Maneedeng sur le web thaïlandais. La jeune femme de 29 ans a été incarcérée, et sa voiture saisie, pour possession d'une vapoteuse et d'une fiole de liquide qu'elle a reconnue utiliser pour ne plus fumer. "Quel crime ais-je commis?", hurle t-elle aux policiers la violentant sur une vidéo qui a fait le tour du web puis des chaînes TV. Cette affaire a mis en relief les revendications de l'association des usagers du vapotage en Thaïlande (ECST). L'association, vient de soumettre à l'Assemblée législative nationale une pétition munie de plus de 17'000 signatures pour demander la légalisation du vapotage.

"Jusqu'à présent, personne dans le secteur de la santé publique n'a été disposé à débattre avec moi à la télévision publique", remarque Maris Karanyawat, représentant de l'ECST. "Pourtant, tout ce que nous voulons, c'est le droit de pouvoir choisir une alternative plus saine que le tabac traditionnel", précise t-il au Bangkok Post du jour. Du coté des autorités sanitaires, le déni de la réduction des méfaits est totale. "Le Département de Lutte contre les Maladies (DDC) et les réseaux anti-tabac insistent sur le fait que le vapotage est beaucoup plus dangereux pour la santé que les cigarettes de tabac", rapporte le Bangkok Post. A l'opposé des conclusions des rapports scientifiques britanniques de Public Health England et du Royal College of Physicians s'étonne le journal.

Siripol Yodmuangcharoen, responsable de l'Assemblée législative, confirme avoir reçu la pétition de l'ECST. Il note que 160 pays dans le monde autorisent la vente de vapotage, contre 15 prohibitionnistes, selon le Bangkok Post. En attendant une éventuelle avancée au pays du Thaïland Tobacco MonopolyPol Col Krissana Pattanacharoen, porte-parole adjoint de la police, rappelle que l'importation de produits de vapotage peut être sanctionné jusqu'à 10 ans de prison et une lourde amende, tandis que la simple possession est passible de cinq ans d'emprisonnement. Une politique de répression des personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage soutenue par l'Organisation Mondiale de la Santé, qui la cite en modèle à suivre avec la Corée du Nord.


La panne du modèle anti-tabac australien fait le bonheur de la mafia (1) [MàJ]

"Il faut avoir la loi la plus dure possible. Il faut faire que les fumeurs se sentent comme des lépreux. Il faut rendre leurs vies horribles". La déclaration du député Craig Kelly à l'hebdomadaire Saturday Paper en septembre ne parait même plus outrancière dans le contexte australien. Le Président de la Commission parlementaire sur le tabac illicite exprime l'idéologie prédominante des autorités aussies sur le tabagisme. Pionnière du paquet neutre depuis 2012, pratiquant les prix de cigarettes les plus élevés au monde en plus d'une propagande agressive contre les fumeurs, l'Australie ne réussit pourtant plus à faire baisser son tabagisme. Depuis 2013, la part de fumeurs est stable selon les statistiques officielles de l'Australian Institute of Health and Wellfare (AIHW)"Pour la première fois, il n'y a pas eu de réduction statistique significative du taux de tabagisme, et même une légère hausse du nombre de fumeurs", déclare le Pr Colin Mendelsohn, expert en santé publique à l'Université de New South Wales, au quotidien the Australian.

En 2016, l'Australie est repassée au dessus des 2,4 millions de fumeurs sur une population de 18,7 millions d'adultes. En parallèle, le marché noir de tabac explose et les affaires de corruption des forces de police des frontières se multiplient. Réflexe répressif, le budget dédié contre le trafic de tabac prend l'ascenseur. En dépit des signes de panne de leur modèle, dont nous dressons le constat à grand traits ici, les ultras de la la lutte anti-tabac australiens ne se départissent pas d'une ligne hostile à toute aide aux fumeurs à s'en sortir. Symptôme de ce dogmatisme, leur forcing pour maintenir l'interdiction de vente de liquides de vapotage nicotinés, jusqu'à faire des déclarations trompeuses au parlement. Nous essaierons d'écrire un second volet sur l'impasse dans laquelle se trouvent bloqués les australiens.

Tabagisme en stagnation depuis 2013

Publiées le 28 septembre, les dernières statistiques gouvernementales recensent 15,8% de fumeurs adultes au quotidien en 2016. Ce chiffre exclue les indigènes dont le taux de 44,4% de fumeurs adultes n'est mentionné que dans les données brutes de l'enquête. Laissant de côté les étranges pratiques statistiques australiennes - exclusion des indigènes mais aussi fixation d'un inhabituel âge de 14 ans pour le taux général de 12,2% mis en avant dans les médias -, le débat local se focalise sur la panne de la dynamique de réduction du tabagisme. "L'analyse révèle que le nombre de fumeurs a diminué entre 2010 et 2013 de 317'000 personnes, mais il a ensuite augmenté de 21'000 fumeurs supplémentaires entre 2013 et 2016", explique Adam Creighton, journaliste de l'Australian.


Baisse chez les ados, légère hausse chez les quadras

Bien que la stratégie actuelle combinant paquet neutre et hausses de prix semble avoir un effet positif de réduction du tabagisme chez les jeunes, elle se révèle inopérante pour les fumeurs établis, notamment d'âge moyen. Entre 2013 et 2016, la part de fumeurs non-indigènes des 12 à 17 ans aurait été divisée de moitié, portant l'âge moyen d'initiation tabagique à plus de 16 ans. Ce chiffre est cependant annoncé avec l'avertissement d'une importante marge d'erreur possible par l'AIHW. Tandis que les taux de fumeurs non-indigènes des 30 à 49 ans ont augmenté entre 3% et 4%.

Cette légère hausse du nombre de fumeurs australiens semble se confirmer avec les résultats du monitorage des eaux usées. Initié en 2016, les données n'ont pas assez de profondeur temporelle pour en tirer des conclusions solides. Mais entre août 2016 et février 2017, "dans le territoire de la capitale australienne et la plupart des Etats, les relevés sur les quatre périodes montrent une légère hausse de la consommation de tabac", explique le second rapport national de monitorage des eaux-usées australien publié en juillet dernier. Ce suivi mesure le taux de cotinine, la métabolite de la nicotine, dans les eaux-usés. En février dernier, il évaluait la consommation à environ 1'200 cigarettes quotidiennes pour 1'000 habitants en moyenne.

En plus du paquet neutre, l'Australie utilise lourdement l'arme des taxes contre le tabac. Depuis septembre, un paquet de cigarettes courant coûte 35 $aus (environ 22€ ou 25Fs). Les prix vont continuer de grimper, à raison de 12,5% par an, pour que le paquet le moins cher atteigne plus de 40 $aus (environ 27€ ou 30Fs) d'ici 2021. Les prix des cigarettes en Australie sont les plus élevés au monde, et le tabagisme stagne. Une opportunité saisie par les trafiquants d'offrir du tabac illicite qui, sans taxe, se négocie à environ moitié moins cher sur le marché noir. 

De 8% à 30% du tabac vendu au marché noir

Le trafic atteindrait l'équivalent d'un milliard $aus selon l'Australian Border Forces (ABF), la police des frontières australienne. Un chiffre contesté par Rohan Pike qui évalue la contrebande de tabac à quatre fois plus dans son rapport à la Commission parlementaire sur le tabac illicite, selon le Sydney Morning Herald"Le prix actuel du tabac, conjugué à la perception publique que les seules victimes du trafic illicite de tabac sont les gouvernements inefficaces et corrompus ainsi que les fabricants de cigarettes, a amené les fumeurs vers les produits de contrebande", explique Rohan Pike, fondateur du groupe spécial anti-tabac de l'ABF et désormais consultant sur le commerce illicite de tabac.

[MàJ- 19-12-2017] La nouvelle évaluation de l'ABF, annoncée fin octobre (mais que j'avais raté au moment de la rédaction), évoque une part de 15% de tabac illicite sur le total du tabac consommé sur l'île. Le rapport annuel des douanes fait état que les saisies de tabac ont doublé en 2016-207, par rapport aux années précédentes. Ceci peut être un indice d'une augmentation du volume du trafic.

De son côté, John Silvester, dans le Sydney Morning Herald du 16 décembre, explique que les hausses de prix des cigarettes ont fait exploser le trafic de tabac pour la raison assez simple du niveau de retour sur investissement. "En investissant 200'000 $ dans la cocaïne, on peut espérer un rendement de 1,6 million de dollars. Investir le même montant dans les cigarettes de contrebande en provenance de Chine et le retour serait de 10 millions de dollars", explique le journaliste spécialisé sur la criminalité. Il évoque également l'explosion de braquages visant les cigarettes pour les revendre au marché noir australien. [/]

Entre ces deux évaluations, le cabinet KPMG avance un taux de 14%, équivalent à 1,7 milliards $aus, de tabac illicite consommé sur l'ensemble du marché australien. Mandaté par les trois grands cigarettiers, les enquêteurs de KPMG ont le mérite de livrer leur méthodologie basée notamment sur le ramassage de paquets de cigarettes et de feuilles à rouler usités. Difficile de trancher entre ces évaluation allant de 8% à 30% du marché aux mains de la contrebande, estime le Dr Colin Mendelsohn sur les ondes de Tasmania Talks. Par définition, le marché souterrain échappe aux mesures précises.

Pas de marché noir ?

Artisan de la politique anti-tabac actuelle, le Pr Simon Chapman se mure dans le déni sur la question. "Il doit y avoir des centaines de milliers de touristes fumeurs qui viennent en Australie chaque année", évacue le titulaire d'un doctorat en communication en réaction au rapport de KPMG fin 2013. Fin 2015, plutôt que d'accuser les fumeurs étrangers, Simon Chapman nie cette fois l'existence d'un marché noir de tabac, du moins d'un volume conséquent. "Comment les fumeurs ordinaires pourraient trouver [du tabac illicite] avec cette soi-disant facilitée consommée, alors qu'avec toutes leurs ressources la police fédérale et les inspecteurs des impôts ne parviennent pas souvent à le faire?", questionne t-il de manière rhétorique dans the Conversation.

Le démantèlement d'un réseau de trafiquants début août parait infirmé les propos du Pr Chapman. Dans le sillage du coup de filet coordonné par Interpol, deux agents de l'ABF sont limogés. La police des frontières se retrouve sur le grill après la publication, par Fairfax Media, de documents confidentiels liés à l'affaire. D'une part, l'existence d'un réseau de plus de 350 points de vente de tabac illicite est mise à jour. Autre révélation, les forces de la police des frontières étaient infiltrées, au moins depuis 2008, par des agents du réseau démantelé. Au travers des affaires révélées, on comprend que le tabac est devenu un business intégré par les trafiquants.

"La réglementation a créé un environnement à faible risque et à grands bénéfices pour le crime organisé", insiste pour sa part Rohan Pike. Cigarettes de marques en contrebande, contrefaçons et marques "blanches" côtoient le tabac en vrac, surnommé chop chop par les Australiens, sous les comptoirs des épiciers ou sur des zones de marché noir.

225 tonnes de tabac illicite saisies en deux ans


Pourtant en juin 2015, la police des frontières se flattait d'une saisie record de 71 tonnes de tabac de contrebande. Mais aucune poursuite n'e s'en est suivie. Selon le Sydney Morning Herald, cette affaire, que le quotidien qualifie de "farce", illustre l'impuissance des forces de police débordées par le trafic malgré son budget augmenté de 7,7$aus millions par le Ministre Peter Dutton. Pour sa défense, l'ABF affirme ne pas chômer. Ces deux dernières années, 225 tonnes de tabac ont été saisies et une centaine de personnes impliquées dans le trafic de tabac poursuivies, selon les déclarations du porte-parole de l'ABF au Financial Review. Une saisie qui reste marginale en regard des estimations oscillant entre 1'300 et 5'000 tonnes de tabac illégal vendues par an en Australie.

Autre source de tabac illicite, des plantations locales ont émergées malgré l'interdiction d'en cultiver depuis 2006. En mars dernier, l'Australian Tax Office (ATO) mettait la main sur deux lieux de production dans les New South Wales et à Victoria. "Le marché noir est assez important. Il y a un véritable engouement dans la communauté avec les prix élevés actuels des cigarettes légales", déclare alors Peter Vujanic, Commissaire de l'ATO au journal ABC.

L'émeute des patchs nicotinés

Autre manière de contourner la prohibition du tabac en vigueur en prison depuis 2015, on y fume des cigarettes roulées de thé aspergé de nicotine dans des feuilles arrachées à la bible. Méthode catastrophique pour les poumons, selon un témoignage publié par Vice. Une émeute se déclenche à la prison de Risdon du 9 août"Le Service pénitentiaire de Tasmanie a décidé de reconsidérer son programme de thérapie de substituts de nicotine après une émeute des prisonniers durant huit heures à Risdon le mois dernier, apparemment en réaction à la fin progressive planifiée de l'accès aux patchs nicotinés", rapporte le Mercury début septembre.
L'alternative du vapotage interdite

L'Australie n'a jamais connu un tabagisme aussi omniprésent qu'en Europe, où les troupes américaines ont largement distribué des Lucky Strike au "goût de liberté" après la 2ème guerre mondiale. Selon les statistiques officielles, le tabagisme australien était de "seulement" 25% en 1990. Depuis, la politique anti-tabac a réussi à réduire de moitié le tabagisme. Une tendance générale aux pays occidentaux sur cette période. Les britanniques ont même réduit plutôt plus fortement leur tabagisme, en suivant certaines mesures communes avec les australiens.

Alors que les britanniques se sont ouverts à l'intégration de l'approche de la réduction des méfaits depuis cinq ans, l'Australie reste sur une ligne puritaine d'harcèlement des fumeurs. Cette approche unilatérale n'est-elle pas en train de devenir contre-productive? L'essor du marché noir semble en train de créer une offre de tabac hors de tout contrôle des autorités. Ouvrant une logique de gonflement à l'infini des budgets policiers que l'on connait déjà pour d'autres substances, telles que le cannabis.

Faire quelque chose pour aider les fumeurs?

Pointée comme une des causes de ce maintien du tabagisme établi, l'absence d'aide aux fumeurs, symbolisée par l'interdiction de vente des liquides de vapotage nicotinés. "Il est temps d'en finir avec cette interdiction ridicule du vapotage et de commencer de faire quelque chose pratique pour aider les fumeurs à sortir des cigarettes", tranche le Senateur David Leyonhjelm, leader du Parti libéral démocrate. L'Australie est le dernier pays occidental, avec la très tabaco-pharmaceutique Suisse, à maintenir la prohibition des liquides de vapotage nicotinés. Pour une dynamique similaire, même si les niveaux y sont sensiblement différents, de maintien du tabagisme. La Nouvelle-Zélande, jusque-là sur un modèle identique à ses voisins australiens, a perçu les limites de l'approche "abstinence only", notamment en matière d'inégalités sociales. Elle a opté pour une politique anti-combustion intégrant la réduction des méfaits avec le vapotage.

"L'Australie fait tout ce qu'elle peut en terme de lutte anti-tabac, mais la différence clef avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis où les taux de fumeurs ont dégringolé ces dernières années, c'est la forte hostilité australienne au vapotage", explique Alex Wodak, Directeur de l'Australian Drug Law Reform Foundation. L'Australie va t-elle savoir réformer son modèle ? 
A suivre...

Mise à jour 12 mars 2018 : les ventes légales de tabac ont augmenté durant les quatre trimestres de 2017, pour la première fois depuis 2004. Elles atteignent près de 16 milliards de dollars australiens (plus de 10 milliards €) sur l'année. "Une inversion de tendance de fond inquiétante", selon le Pr Mendelsohn. Voir notre brève plus détaillée.

mercredi 13 décembre 2017

En Ontario, une étude va tenter de mesurer si le vapotage et l'auto-support aident les sans-abris à sortir du tabagisme

Paradoxe du calendrier canadien. D'un côté, les députés de l'Ontario ont adopté hier la loi 174 signifiant la mise à mort locale du vapotage. Cette loi, qui regroupe vapotage, tabac et cannabis, interdit tout arôme dans les liquides à vapoter et prohibe aussi toute démonstration, explication, conseil, essai et quelconque information à propos des produits de vapotage en magasin. En somme, une prohibition qui ne dit pas son nom dans la province canadienne. De l'autre côté, la Dr Smitha Pakhalé, directrice du centre de santé communautaire de l'hôpital d'Ottawa, lance une étude clinique pour évaluer l'aide au sevrage tabagique avec le vapotage pour les sans-abris. La nouvelle donne législative locale risque de bien compliquer la réussite des 200 SDF qui seront enrôlés dans l'essai clinique.

Comprendre si le vapotage peut être utile

"Nous essayons de comprendre si le vapotage peut être dans notre boîte à outils, car il a certaines caractéristiques qui pourraient être intéressantes: il peut délivrer des doses précises de nicotine inhalées et, d'autre part, il permet aux fumeurs d'avoir la gestuelle de la main à la bouche qui leur manque", explique la Dr Smitha Pakhalé au journal Ottawa Citizen. Sur les ondes de la radio nationale CBC, elle éclaire la démarche. "D'un côté, des participants recevront des substituts nicotiniques existant tels que patchs, gommes, lozange. De l'autre, dans les mêmes conditions de santé participative avec les gens [people], par les gens et pour les gens, les participants recevront des produits de vapotage à la place des substituts nicotiniques conventionnels", précise la docteure également pneumologue. 

L'aide par les pairs intégrée à la démarche

Le support par les pairs intégré à cette recherche est un point particulièrement original et intéressant. La tradition 'pro-abstinence only' de la prévention du tabagisme évacue l'aide par les pairs, prenant pour postulat que tout fumeur est fondamentalement perverti. L'approche menée par la Dr Smitha Pakhalé rompt avec cette exclusion et s'inspire des autres domaines des addictions où l'aide autogérée a montré ses qualités. Une précédente recherche, publiée en 2016 dans la revue médicale Research and involvement, a défriché le terrain. La 'Participatory Research in Ottawa Management and Point-of-care of Tobacco' (PROMPT) a formé quatre pairs aidant à l'arrêt tabagique pour développer une stratégie participative. "Nous avons conçu le modèle d'engagement et d'action des citoyens d'Ottawa en dix étapes (OCEAM)", explique l'article de l'équipe de la Dr Pakhalé.

Une inégalité sociale pour la santé

L'intérêt de l'approche se justifie notamment par l'inégalité du tabagisme entre groupes sociaux. Alors qu'environ 12% de la population adulte d''Ottawa consomment des cigarettes, une enquête de 2013 (PROUD) montre que 96% des utilisateurs de drogues du centre-ville sont fumeurs de tabac. "Les personnes qui fument aujourd'hui sont pour la plupart à faible revenu, indigènes, sans abri, peu éduquées et marginalisées", déclare la docteure à l'Ottawa Citizen. "Cette inégalité distincte de l'usage du tabac se traduit par une distribution inéquitable des conséquences pour la santé, telles que la morbidité et la mortalité dans la population", pointe encore l'article de Research and involvement. 

Un changement de paradigme nécessaire

Les résultats du suivi avec l'aide par les pairs PROMPT seront publiés sous peu. Une majorité des 80 personnes soutenues par les quatre pairs aidants, des substituts nicotiniques et des conseils infirmiers ont réussi à arrêter de fumer sur six mois, précise en primeur le journal Ottawa Citizen. D'un point de vue d'un vapoteur impliqué dans des groupes d'entraide à l'arrêt du tabagisme à son aide, étendre la démarche à la vape parait couler de source. Mais la Dr Pakhalé s'était déclarée plutôt méfiante à l'égard du vapotage dans le passé. Ce nouveau développement en est d'autant plus remarquable. Même si sa confusion entre addiction au tabac et nicotine choque quelque peu mes oreilles

Reste à savoir comment les participants à l'étude pourront réussir à arrêter de fumer à l'aide du vapotage dans un environnement aussi hostile que celui que vient d'imposer la majorité du Parti Libéral de l'Ontario à leurs concitoyens...
Son interview en anglais sur la radio CBC:


mardi 12 décembre 2017

Ni légalisation rapide ni recherche: le Conseil National décide de ne rien faire pour le vapotage en Suisse


Hier, le Conseil National a rejeté un postulat demandant une étude sur les conséquences du vapotage. A l'origine de l'initiative, une majorité (12 sur 22) des membres de la Commission Santé et Sécurité Sociale des députés suisses (CSSS-N). Les intervenants au parlement ont raconté la genèse de cette proposition. "Lors de la réunion de la CSSS-N du 1er septembre 2017, le Conseiller national Clottu a demandé de présenter une motion de la Commission dans le but d'adapter l'Ordonnance sur les denrées alimentaires et les objets usuels (ODAIOU's) afin de permettre la commercialisation des cigarettes électroniques avec nicotine. Aujourd'hui, la vente de liquides contenant de la nicotine pour les cigarettes électroniques est interdite par la loi en Suisse", explique la Conseillère national Verena Herzog. En réalité, cette interdiction ne repose que sur une décision administrative (de l'OSAV) contestée depuis décembre 2015 devant le Tribunal Administratif fédéral. Mais passons sur la méconnaissance des détails de la situation de la Conseillère national.

Contre la réduction des méfaits

Bien connue pour sa haine des approches de réduction des risques, l'élue thurgovienne ne cache pas son opposition à la proposition de Raymond Clottu. "La demande d'abrogation de l'interdiction a été justifiée par le Conseiller national Clottu en raison des faibles conséquences néfastes des cigarettes électroniques par rapport aux cigarettes conventionnelles. Les cigarettes électroniques seraient également conçues pour réduire les dommages. Une fois de plus, l'industrie du tabac essaie habilement de transformer les préoccupations de santé en arguments de vente", juge Verena Herzog avant tout rapport sur la question. La "pasionaria anti-drogués", telle que la surnomment les médias suisses, a donc répliqué en proposant un postulat pour une étude sur le vapotage contre cette tentative de légaliser les liquides nicotinés, abandonnée en Commission par Raymond Clottu.

Plus mesurée

La socialiste Yvonne Ferri, également membre de la CSSS-N et favorable au postulat de recherche, liste les objectifs d'un rapport sur la question. "Il devra étudier les aspects suivants à la lumière des connaissances actuelles: conséquences de la consommation de cigarettes électroniques avec ou sans nicotine sur la santé; conséquences de la consommation de cigarettes électroniques en matière d'addiction; conséquences de la consommation de cigarettes électroniques sur la consommation de produits du tabac; conséquences de la consommation de cigarettes électroniques sur le marché des produits du tabac en Suisse", explique en français l'élue argovienne

Plus mesurée que son alliée de circonstance, elle précise qu'il "ne s'agit pas d'une stratégie pour récolter des arguments contre la réglementation des cigarettes électroniques, au contraire". Un point pas tout à fait évident en entendant Verena Herzog se référer aux articles de propagande anti-vape de la NZZ. "Ils soulignent que les liquides contenant de la nicotine facilement accessibles chez les adolescents pourraient avoir des conséquences dévastatrices", tonne la Conseillère national UDC. 

Pour la réduction des méfaits

Pour sa part, son camarade de parti, mais opposant sur cette question, Raymond Clottu s'agace du retard de la Suisse concernant la réduction des méfaits dans le domaine. "Alors que des restrictions entravant la liberté économique subsistent, l'approche obsolète en matière de produits sans combustion - donc cigarettes électroniques, tabac chauffé et snus - néglige le désir croissant des fumeurs adultes de se tourner vers des alternatives à la cigarette qui ont le potentiel de réduire les risques pour leur santé", constate l'élu neuchatelois. Il juge le refus de sa proposition de légaliser rapidement les liquides nicotinés, alors que "des milliers de consommateurs doivent se tourner vers l'achat à l'étranger ou sur internet", et le postulat en retour comme une diversion des opposants à l'approche de réduction des méfaits. 


"En ce qui concerne les études liées à la réduction de nocivité des nouveaux produits, il en existe déjà de très nombreuses concernant la cigarette électronique. A ce propos, le département de la santé britannique a déclaré que les cigarettes électroniques sont massivement moins nocives que les cigarettes conventionnelles, une déclaration largement soutenue par la communauté médicale", souligne Raymond Clottu. "Il est prouvé scientifiquement que de nouveaux produits sont moins nocifs que la cigarette conventionnelle. Ces faits doivent pouvoir être largement communiqués aux fumeurs adultes, et ces options ne devraient donc pas être soumises aux mêmes restrictions que la cigarette conventionnelle", insiste le Conseiller national UDC romand. 

Ni pour ni contre, bien au contraire

Alain Berset, Conseiller Fédéral en charge de la santé, confirme prudemment. "Les avis des experts sont partagés au sujet de la cigarette électronique, mais ils s'accordent sur un point: les cigarettes électroniques avec nicotine sont dans tous les cas beaucoup moins nocives que les cigarettes traditionnelles. Et ils s'accordent aussi pour estimer que le marché de la cigarette électronique avec nicotine doit être libéralisé en Suisse", explique le tout nouveau Président de la Confédération.

Pour autant, le Conseiller fédéral ne semble pas vouloir saisir l'opportunité d'une véritable politique de réduction des méfaits puisqu'il insiste pour n'autoriser le vapotage nicotiné que via son assimilation à la future Loi sur les produits du tabac (LPTab), dont l'avant-projet vient d'être mis en consultation publique jusqu'au 23 mars prochain. Le Conseiller Fédéral conclue en soutenant le postulat de recherche, mais à condition qu'il s'inscrive dans le cadre de la communication à propos du projet de LPTab. Autrement dit, un rapport mais sans espace pour réfléchir à une autre approche que celle qu'il a décidé.

Postulat rejeté par 106 voix

Par 106 voix contre 69, et 8 abstentions, le Conseil National a voté le rejet du postulat de recherche. Il n'y aura pas de recherche complémentaire à celles des services de l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), peu éclairées en la matière, et les contributions de la consultation publique. Au vu de l'orientation que voulait lui donner Verena Herzog, on n'est pas forcément chagriné par la chose. En regard de la possibilité de réfléchir à une véritable politique de santé publique intégrant le vapotage, on ne peut que regretter l'absence d'une réflexion de fond sur la réduction des méfaits dans le domaine. 

Une question que les services de Santé publique auraient dû ouvrir au plus tard en 2009 lorsque l'OFSP, dans le flou, a décidé d'interdire la vente des liquides nicotinés. Depuis, ils en ont eu l'occasion à maintes reprises. Cependant, depuis dix ans, rien de sérieux n'a été fait par les autorités compétentes sur le sujet en Suisse. En l'état, les usagers sont les plus aptes à délivrer des éléments éclairés sur la problématique. Mais les autorités sanitaires préfèrent toujours les snober.




lundi 11 décembre 2017

Thaïlande: arrestations de touriste et brutalités policières contre une vapoteuse

Arrestations de touristes mais aussi de vapoteurs locaux, la police ne faiblit pas dans sa soif de répression en Thaïlande. Le nouveau témoignage d'un touriste arrêté, détenu et à présent assigné à rester au pays dans l'attente de son jugement est parvenu au milieu de la vape Suisse. Tandis que ce week-end, une autre arrestation fait beaucoup de bruit en Thaïlande. Manussaya Yaowarat, jeune femme sexy de 29 ans, a été arrêtée samedi soir à Pattaya et sa voiture saisie suite à un contrôle de police. Justification de l'arrestation? La police a découvert une vapoteuse et des liquides à vapoter sur le tableau de bord. La starlette de l'internet Thaï, sous le pseudo de Flukesri Maneedeng, prétend avoir été violentée par les agents. "La police nie les allégations selon lesquelles ses agents auraient agressé physiquement l'idole du Net Flukesri Maneedeng après l'avoir arrêté pour possession d'une cigarette électronique et d'un liquide de vapotage", explique le Bangkok Post

Mais une vidéo de son interrogatoire a déjà été visionnée par plus de 3,7 millions de personnes sur les réseaux sociaux depuis hier. 


"Ils ont trouvé une vapoteuse. Et ils doivent saisir sa voiture !?!?!". Hier, le commentaire de มึงรู้ยัง - พัทยา, le site d'actu de Pattaya, exprime l'incrédulité face à la scène filmée de l'arrestation, de l'interrogatoire et de l'enfermement de force de Flukesri Maneedeng

Libérée sous caution, la jeune femme a décidé de ne pas passer l'éponge. Depuis hier, elle multiplie les interviews télévisées. Elle conte sa mésaventure, précisant qu'elle était parfaitement sobre, ce qu'aurait confirmé les tests sanguins. Après un entretien de Flukesri Maneedeng sur Thaï TV 3 hier, Channel 32 a ouvert à son tour le débat. Après cette arrestation, "la plupart de gens se demande pourquoi détenir une "vapoteuse" serait si grave et illégal", s'interroge le teaser de la chaîne thaïlandaise. Dans la foulée, l'association des usagers du vapotage thaïlandaise (ECST) s'est entretenue avec la jeune femme. Mise en ligne sur la page Facebook de l'association depuis à peine une heure, la vidéo atteint plus de 50'000 vues au moment d'écrire ces lignes. 

Encore un touriste arrêté

En quoi vapoter est si grave ? La question a dû aussi traverser l'esprit du touriste qui a envoyé un message à Chris Lusser, le moddeur suisse bien connu de la communauté. Son histoire confirme une fois encore les arrestations de touristes pour vapotage en Thaïlande. "J'ai été arrêté le 3 décembre  parce que j'ai vapoté dans la rue. J'ai été détenu en cellule près de 16 heures et le lendemain j'ai été présenté à la justice". Le touriste arrivé en Thaïlande la veille de son arrestation a ensuite été libéré. "Mon père a payé 100'000 Baths [plus de 3'000 FS] de caution", précise t-il dans son message. 

Assigné à rester dans le pays jusqu'à la prochaine audience le 22 janvier, alors que son billet de retour est fixé au 22 décembre, il a pris contact sur internet après avoir trouvé les informations concernant  l'arrestation d'un touriste Suisse cet été. "J'ai trouvé cette communauté et peut-être pouvez-vous me donner des conseils ou de l'aide", explique le vapoteur que l'on devine désemparé. 


Un modèle à suivre selon l'OMS

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) promeut la Thaïlande comme modèle à suivre pour sa politique de répression des personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage. Elle a d'ailleurs installé un centre opérationnel au pays détenteur de la Thaïland Tobacco Monopoly, ce qui parait entrer en violation de sa propre clause interdisant les financements par l'industrie du tabac (CCLAT art. 5.3). Au-delà de la question du financement cigarettier d'Etat thaïlandais, les incitations à la répression de l'OMS méprise cyniquement les droits humains