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lundi 13 juillet 2020

Malgré les réseaux malveillants, le Royaume-Uni poursuit sa sortie de la cigarette

Il y a désormais moins de 6,9 millions de fumeurs britanniques adultes, alors qu’ils étaient 9,9 millions en 2011. Les derniers chiffres de l’Office national des statistiques (ONS) recensent 14,1 % de fumeurs britanniques en 2019, contre 20,2 % en 2011. La baisse du tabagisme se poursuit, même si le rythme ralentit avec une baisse de 0,6 % entre 2018 et 2019. L’infléchissement est corrélé à un moindre engouement pour le vapotage.

Les Britanniques étaient 6,3 % à vapoter en 2018, ils sont désormais 5,7 %, soit près de 3 millions à utiliser la vaporette. Signe probable que le nombre de personnes arrêtant de vapoter après avoir arrêté de fumer n’est pas totalement substitué par de nouvelles conversions de fumeurs au vapotage. Les campagnes de désinformations contre le vapotage sont une cause probable à ce tassement des fumeurs se convertissant à l'outil de réduction des risques, selon une étude récente détaillée ci-dessous.

Un des rares pays à respecter pleinement la Convention anti-tabac de l’OMS

Malgré le sabotage venimeux, le Royaume-Uni reste un modèle de politique sur le tabagisme de premier plan. Étant parmi les rares, avec les Néo-Zélandais, à respecter pleinement le principe de réduction des risques de la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT) de l’OMS, les Britanniques font la démonstration de l’efficacité d’une politique cohérente et complète sur le sujet. Les autorités ont eu l’intelligence d’associer aux mesures pour décourager de fumer, un accès facilité aux voies de sortie telles que le vapotage. 

La plupart des services de santé du pays sont formés à accompagner l’arrêt tabagique avec le vapotage, la publicité et l’information sur la réduction des risques est libre, tandis que des opérations comme Stoptober, l’équivalent du Mois sans tabac, mettent en avant le vapotage comme moyen de quitter la cigarette. 

Sabotage de la politique anti-tabac par des réseaux d’influence

Cependant, les principaux défenseurs de la santé publique s’inquiètent du bombardement incessant de propagande contre le vapotage, notamment les allégations sans fondement depuis des réseaux d’influence américains. « Il faut redoubler d’efforts pour informer le public des avantages du vapotage et de la manière dont il a déjà aidé des milliers de personnes à réduire leur consommation de tabac », a notamment réagi Steve Brine, ex-Secrétaire d’État à la santé publique de 2017 à 2019, dans une tribune
De son côté, l’association New Nicotine Alliance (NNA UK) appuie dans un communiqué : « Il est à noter que la baisse du tabagisme [britannique] fait face à des couvertures médiatiques atroces et à un financement important de fausses informations provenant de sources en conflit d’intérêts. On peut seulement conclure que si les marchands de peur cessaient de propager des mythes et de demi-vérités au public britannique, les baisses pourraient être encore plus impressionnantes qu’elles ne le sont déjà ».

Les fumeurs les plus âgés victimes des campagnes de désinformation

L’agacement face aux stratégies de sabotage de la politique de lutte contre le tabagisme britannique est fondé. Une étude de l’University College de Londres, portant sur plus de 16 000 Britanniques entre 2014 et 2019, montre que la méfiance envers le vapotage est corrélée à un moindre emploi de celui-ci par les fumeurs. Les fumeurs les plus âgés en particulier sont les plus touchés par les campagnes de peurs paniques, tandis que les plus jeunes y semblent peu sensibles. 

« Nos résultats mettent en évidence la nécessité de meilleures représentations médiatiques et des campagnes de santé publique axées sur la réduction des méfaits pour la santé en passant du tabac fumé au vapotage et d’une réduction du sensationnalisme trompeur des médias lors d’événements tels qu’EVALI [la vague de pneumopathies liées aux produits frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC américain] », concluent les chercheuses Olgas Perski, Emma Beard et Jamie Brown, dans la revue BMC de mai.


Un avenir peut-être libéré des absurdités de l’Union européenne

À l’avenir, la sortie de l’Union européenne pourrait offrir aux Britanniques des opportunités de réviser les législations sur les produits nicotinés à risque réduit. Le sujet de la légalisation du Snus, le tabac oral pasteurisé suédois à risque réduit, a été évoqué début juin par Jo Churchill, sous-secrétaire d’État du ministère de la Santé. Sur le sujet du vapotage, une révision des limites imposées par la directive européenne (TPD), notamment sur les contenances des fioles de liquide à 10 mL et des atomiseurs à 2 mL, ainsi que du taux de nicotine à 20 mg/mL est envisageable.

Photo de tête par Echo Grid on Unsplash

vendredi 10 juillet 2020

L'interdiction de vape aromatisée fait exploser le tabagisme des jeunes à San Francisco et le marché noir sur la côte Est

Instaurées prétendument pour protéger les jeunes, les prohibitions de vente de liquides de vapotage aromatisés, sauf arôme tabac, semblent produire l’effet inverse aux États-Unis. À San Francisco, selon une première étude, la part de fumeurs de 18 à 24 ans aurait bondi de plus d’un tiers après la prohibition. Sur la côte Est, les témoignages se multiplient sur l’émergence d’un marché noir ou, lorsque cela est encore possible, d’astuces de contournement pour éviter aux vapoteurs de rechuter dans la cigarette. Esquisse d’une Amérique poussée à refumer après une décennie de vapotage.

Les effets de la première année de prohibition à San Francisco

Le 1er janvier 2019, la ville de San Francisco a interdit la vente de liquides de vape nicotinés aromatisés, sauf goût tabac, ainsi que les cigarettes menthol et tout autre produit de tabac aromatisé. Les liquides de vape aux cannabinoïdes, légaux en Californie, ne sont pas concernés. Soumise à référendum, l’interdiction avait été acceptée par 80 % des votants (taux de participation de 41 %). Une première enquête sur ses effets montre une explosion du tabagisme des jeunes de 18 à 24 ans, et une baisse proportionnelle du vapotage après les dix premiers mois des mesures. L’effet de vase communicant touche un jeune sur dix de San Francisco. 

« Les interdictions locales peuvent réduire considérablement l’utilisation globale de vapotage et de cigares, mais elles peuvent accroître le tabagisme de cigarettes », conclut l’étude dirigée par le Pr Yong Yang, de la faculté de santé publique de l’Université de Memphis (USA), et publiée en juin dans Addictive Behavior Reports. Lenquête s’est appuyée sur un panel de 254 personnes de 18 à 35 ans interrogés en décembre 2018, juste avant la prohibition, puis en novembre 2019, recrutées à travers le MTurk. « Malgré la petite taille de l’échantillon et l’échantillonnage de commodité, les résultats peuvent fournir des informations sur les réglementations liées aux arômes », estiment les chercheurs.

Les jeunes de 18 à 24 ans passent de 27 % à 37 % à fumer

Les jeunes de 18 à 24 ans interrogés étaient 27,4 % à déclarer fumer en décembre 2018, ils étaient 37,1 % en novembre 2019. Soit une hausse relative de 35 % du nombre de fumeurs dans cette tranche d’âge. Ou de manière globale, près d’un fumeur supplémentaire pour dix jeunes. Chez les 25 à 34 ans, l’autre groupe d’âge visé par l’enquête, il n’y a pas eu de changement significatif concernant le tabagisme. 

« Notre étude montre que le groupe d’âge plus jeune des 18 à 24 ans est plus sensible aux interdictions que le groupe plus âgé des 25 à 34 ans. L’observation révèle qu’il s’est produit à la fois une amélioration (réductions du vapotage et des cigares) et des méfaits (notamment, l’augmentation du tabagisme) », commentent les chercheurs.

Baisse d’un cinquième des vapoteurs, tous types confondus

Si les adultes les plus jeunes sont plus nombreux à fumer, ils sont en revanche moins à vapoter qu’avant les mesures de prohibition. Leur nombre a décru dans les deux groupes de l’ordre de 20 %. 

Cependant, l’enquête n’a pas distingué le type de consommation entre vapotage nicotiné, sans nicotine ou avec cannabinoïdes. Dans une ville où le cannabis est légal et l’usage de moyens à risques réduits de le consommer largement répandu, l’absence de cette distinction peut peser lourd dans les réponses [voir par exemple cette récente étude publiée dans Addiction qui dénombre 70 % de vapoteurs de cannabinoïdes parmi les adolescents américains qui déclaraient vapoter fréquemment en 2017 et 2018]. 

Effet de vases communicants ?

Avec le flou lié à cet amalgame, l’enquête a recensé 56,5 % des 18 à 24 ans à déclarer avoir vapoté au moins une fois dans leur vie en décembre 2018. Ce taux a baissé à 46,8 %, fin 2019. Même phénomène chez les 25 à 34 ans passés de 60 % à 50,8 % à déclarer avoir vapoté une fois ou plus dans leur vie. En taux global, on retrouve en miroir le même chiffre d’un jeune sur dix, en moins pour le vapotage et en plus pour la cigarette.
  • Entre décembre 2018, juste avant les mesures de prohibition, et fin 2019, un jeune sur dix de plus fume, et un jeune sur dix de moins vapote. 
  • Un cinquième de ceux qui étaient vapoteurs exclusifs déclarent être passés à un produit de tabac.
Parmi les vapoteurs exclusifs de l’enquête, 60,3 % ont continué comme auparavant. 20,7 % ont arrêté durant l’année de vapoter sans report vers un autre produit nicotiné, mais 19 % déclarent être passés à un produit de tabac. Du côté des doubles-usagers initiaux, 65,4 % ont continué, tandis que 30,9 % sont passés à un autre produit de tabac et seuls 3,7 % ont arrêté toute consommation de vapotage et de tabac. 

Report d’achats des magasins locaux vers internet

Parmi ceux qui ont continué de vapoter, la part d’acheteurs dans des magasins de vape de San Francisco a évidemment fondu, à 19,5 % contre de 27,4 % avant l’interdiction. Ajoutée à la baisse globale du nombre de vapoteurs, la fréquentation des magasins spécialisés a pu baisser de près de 43 %. Les achats se sont reportés vers internet, passant de 16 % à 27 % des consommateurs, et les achats en magasins, spécialisés ou non, hors de la ville.

L’absence de distinction des types de vapotage dans l’enquête ne permet pas de savoir les différences d’impact entre pods et systèmes ouverts rechargeables. Ni de savoir quelle part de vapoteurs a contourné l’interdiction en achetant des liquides aromatisés sans nicotine à San Francisco, pour les nicotiner avec des liquides sans arôme très concentrés en nicotine achetés par ailleurs. Ou d’éventuelles autres astuces. 

Sur la côte Est, le marché noir explose

Les tactiques de contournement semblent pourtant d’actualité à l’autre bout du pays, sur la côte Est. Au prétexte de la vague de pneumopathies de l'été 2019 liées aux liquides du marché noir du THC frelatés à l’acétate de vitamine E, plusieurs États ont décidé de pousser les utilisateurs de liquides nicotinés vers... le marché noir. Dans la nuit du 3 avril, alors que des bulldozers creusaient des fosses communes pour les morts de Covid-19, le Gouverneur Andrew Cuomo fait passer son budget comprenant la prohibition de vente des liquides aromatisés à New York. Depuis, des tactiques se développent pour permettre aux vapoteurs d’éviter le retour à la cigarette.

« “Je vends un kit à saveur de tabac à faire soi-même”, explique le propriétaire d’une boutique de vape à New York, lorsqu’on lui a demandé comment il aide sa clientèle. “Tout est entouré de directives. C’est un e-liquide sans saveur et sans nicotine, un concentré aromatisé au tabac et des paquets de nicotine. Et il y a un avertissement, disant qu’il ne devrait pas être utilisé avec d’autres produits. Mais ce qu'une personne fait de la nicotine une fois à la maison, ce avec quoi elle la mélange, c'est de son ressort, vous savez? », relate un reportage éloquent du site Filter.

Une explosion du marché noir prévisible et prévue

D’autres témoignages provenant du Massachusetts et du New Jersey évoquent l’émergence de marchés noirs plus clandestins. Même le groupe de travail du Département des taxes du Massachusetts se montre inquiet des effets de l’interdiction prononcée par le Gouverneur Charlie Baker. « Avec l’interdiction de vente du vapotage aromatisé dans le Massachusetts à partir du 1er juin 2020, le groupe de travail s’attend à une augmentation de l’activité de contrebande et des ventes sur le marché noir », explique son rapport fin février.

« Mais ne vous attendez pas à ce que les bureaucrates officiels du Bay State jettent l’éponge. Au contraire, ils veulent plus de moyens pour appliquer l’interdiction », pique J.D. Tuccille dans Reason. De son côté, ex-cadre pendant 27 ans du bureau de l’alcool, tabac et armes à feu du Massachusetts, Rich Marianos explique au Metro West Daily News que « la filière du tabac illégal le long de l’Interstate 95 sur la côte Est est une industrie de 10 milliards $. Elle travaille déjà pour combler le vide créé par l’interdiction au Massachusetts »

Effet négatif pour la santé publique

Les effets des interdictions des différents Etats n’ont pas encore été évalués, sauf avec cette première étude limitée concernant les jeunes de San Francisco. Ses résultats rejoignent les témoignages sur l’effet clairement négatif des interdictions poussant les plus jeunes vers le tabagisme, tandis que les vapoteurs plus expérimentés semblent plus enclins à se tourner vers le marché noir. Avant que les réseaux de trafiquants organisés ne s'en mêlent. Ces effets n’ont rien de surprenant, mais ils sont à l’inverse des promesses des promoteurs des mesures d’interdiction des liquides aromatisés.

Par contre, le bilan financier est probablement positif à court terme pour les acteurs institutionnels. A San Francisco, un rapport préalable rédigé par Ted Egan, économiste en chef pour la ville, avait anticipé que la diminution de la consommation de vapotage se reporterait sur l’achat de cigarettes. En plus des rentrées fiscales grâce à la hausse des ventes de tabac, l’impact sur les taux des emprunts pourris indexés aux ventes de tabac, les Tobacco Bonds, doit soulager les villes et Etat en ayant contractés. 

On retrouve sans surprise parmi eux les plus agressifs contre le vapotage : la Californie, l’État de New York, le Massachusetts, le New Jersey et le Michigan, dont la prohibition est contestée devant les tribunaux. Du côté des traders, on conseille d'investir de nouveau dans les actions des cigarettiers qui devraient repartir à la hausse, à l'inverse de ce que laissait augurer leur effondrement en 2018 et début 2019


vendredi 3 juillet 2020

Confinement en Belgique : près de 55 000 vapoteurs auraient été repoussés dans le tabagisme

Près de 14 % des vapoteurs exclusifs belges interrogés déclarent être retombés dans le tabagisme durant le confinement lié à la Covid-19. C’est l’un des résultats de l’enquête dirigée par la Pr Karolien Adriaens, de l’Université de Louvain. Le preprint de l’étude intitulée Vaping during the Covid-19 lockdown period in Belgium vient d’être publié sur le réseau Qeios. Bien que l’enquête est d’ampleur restreinte, une extrapolation donne une idée du désastre. Selon les données d’Ipsos pour la Fondation contre le cancer, il y avait près de 389 500 vapoteurs exclusifs en 2019. En s'appuyant sur ces données et leur enquête, les chercheurs esquissent que près de 55 000 vapoteurs exclusifs avant confinement pourraient avoir rechuté dans la cigarette au terme de celui-ci. Ce qui fait écho à l'explosion de tabagisme en Belgique mesurée par l'institut Sciensano en mai.

Les mesures de confinement en Belgique se sont étendues du 18 mars au 10 mai, période durant laquelle les magasins de vape avaient l’interdiction d’ouvrir tandis que l'interdiction de vente à distance a été maintenue. En revanche, les cigarettes se trouvaient facilement dans les magasins d'alimentation et les kiosques à journaux. Parmi le panel de plus de 200 personnes interrogées, les « principales raisons de changement de comportement lié au vapotage ou au tabagisme ont été l’indisponibilité d’e-liquide avec nicotine, l’indisponibilité de matériel et le stress et les inquiétudes concernant l’épisode de COVID-19 », soulignent les chercheurs Karolien Adriaens, Dinska Van Gucht, Sven Van Lommel et Frank Baeyens. 

Une augmentation de 19,8 % à 21,9 % de fumeurs en Belgique

« Un septième des vapoteurs exclusifs ont recommencé de fumer à côté du vapotage (dont 60 % étaient en manque d’e-liquide, mais avec une vaporette en état de marche) ou sont repassés exclusivement à la cigarette (parmi eux, tous étaient à court d’e-liquide et 90 % manquaient d’une e-cigarette fonctionnant correctement) », détaille l’étude. Un seul vapoteur de l’enquête a arrêté la vape sans rechuter dans le tabagisme.

Ce résultat résonne avec l’enquête de santé (HIS) de l'institut Sciensano qui montre une forte augmentation du tabagisme. De 19,8 % en 2018, la part de fumeurs est passée à 21,9 % à la fin avril en Belgique. « Parmi ceux-ci 37 % disent avoir augmenté leur consommation de tabac alors que 16 % seulement l’ont diminuée », précise le rapport publié en mai. L’institut n’apporte cependant aucune donnée sur les vapoteurs ni d’éclairage précis aux raisons de ce bond de plus de 10 % du nombre de fumeurs. Cette hausse rompt une tendance à la baisse lente, mais régulière depuis 1997.

Près de 20 % des doubles utilisateurs sont devenus vapoteurs exclusifs

Dans l’enquête sur les vapoteurs, une majorité des doubles-utilisateurs, cigarettes et vape avant le confinement, a continué d’utiliser les deux produits « mais en fumant plus que d’habitude ». Cependant, près d’un cinquième de ces doubles usagers s’est converti au vapotage exclusif durant cette période. 

Certaines opinions en lien avec l'épidémie ont pu jouer un rôle. Ainsi 14 % des répondants indiquent penser que la nicotine offre une protection face à la Covid-19, en particulier le vapotage pour 10 %, tandis que 8 % pensent que le tabagisme aggrave l’infection par le virus.

L’autorisation temporaire de vente à distance annulée

L’enquête s’est penchée sur le sujet alors qu’en Belgique, les boutiques de vape ont eu l’interdiction d’ouvrir à partir du 18 mars. Tandis que depuis 2016, les ventes à distance sont interdites par un arrêté royal. Le Service public Santé avait pourtant prévu d’autoriser temporairement les ventes de vape par internet pendant le confinement. Le 24 mars, le site RTL Info l’a même annoncé avant qu’un contre-ordre n’annule l’autorisation dans la foulée. 

Des myriades de témoignages sur les réseaux sociaux ont fait état de la situation dramatique vécue par des vapoteurs belges. Mais RTL Info semble avoir été le seul média à en rendre compte en Belgique. 
 « Mon magasin habituel de vape est fermé. Je travaille à l’hôpital et quand je rentre chez moi, je ne peux plus acheter de liquide. Je ne veux pas refumer. Laissez, s’il vous plait, les magasins de vape vendre en ligne ou avec un client à la fois dans le magasin », implore Sylvie au Service public fédéral Santé le 24 mars, en pleine tempête de Covid-19. Demande restée sans réponse.

Plus d'un vapoteur sur cinq a connu la pénurie

Malgré les protestations, tous les magasins de vape sont restés fermés et les ventes à distance interdites. « Cependant, certains marchands de journaux et certains magasins d’alimentation ont offert une gamme limitée d’e-liquides et de vaporettes, ou ont temporairement élargi leur gamme, parfois en coopération avec des magasins de vape fermés », rapporte l’étude menée par la Dre Adriaens. 

Près de la moitié (45 %) des personnes interrogées avait anticipé avec un stock suffisant de liquide pour passer le confinement. Une part non négligeable d’entre eux déclarent qu’ils n’auraient pas pu s’en procurer si nécessaire. Parmi les 55 % de vapoteurs qui n’avaient pas un stock suffisant, 39 % d’entre eux ont fait face à une pénurie de liquide. 

Près de 22 % des vapoteurs ont été en rade. La plupart a du suppléer la situation avec des cigarettes beaucoup plus faciles à se procurer en Belgique. Près de 14% des vapoteurs exclusifs, qui avaient arrêté de fumer avant le confinement, ont été repoussés dans le tabagisme par les mesures d'interdictions de vente à distance et d'ouverture des magasins de vape. Sans effort ni ressource particulière, ce désastre était évitable avec un brin d'humanité et de bon sens. Le bilan est honteux pour les autorités belges.

Sauvés du tabagisme par des hors-la-loi

Ceux qui ont trouvé le moyen de se ravitailler en liquide ont dû passer par des achats en ligne hors Belgique (52 %), dans une boutique de vape locale sur rendez-vous (24 %) ou sur commande (15 %), ou par des amis (7 %). Moins d’un cinquième en ont trouvé par des voies légales, chez les marchands de journaux (14 %) ou les stations-service (5 %). Le panorama sur le matériel est approximativement similaire (voir graphique).

« La majorité des vapoteurs ont réussi à maintenir leur comportement de vapotage comme d’habitude, très probablement en raison de l’achat illégal de consommables en ligne », notent les chercheurs. « Des boutiques en ligne étrangères ont vendu illégalement à des vapoteurs belges tout en prenant le risque d’être punies pour cela ». Les services douaniers semblent avoir eu « une application minimale » de l’interdiction.

En Italie avec la vape accessible, le tabagisme a légèrement baissé 

« La possibilité d’acheter des consommables en ligne a, pour de nombreux vapoteurs, servi de facteur de protection pour rester abstinents, et donc ne pas recommencer de fumer. Néanmoins, pour les vapoteurs qui ne sont pas familiers avec l’achat en ligne ou ne prennent pas de tels risques d’achat à distance, la fermeture des boutiques de vape pendant le confinement a entraîné une diminution de la disponibilité de produits »
, constate l’équipe de recherche.

En comparaison des pays qui ont autorisé les commerces de vape a ouvrir et/ou vendre en ligne, les Belges paient cher la politique de leur ministre de la santé. Par exemple, une enquête en Italie, citée par les chercheurs, montre que le tabagisme y a légèrement baissé durant le confinement. « De manière significative, les fumeurs exclusifs étaient plus enclins à vouloir arrêter de fumer, alors que les vapoteurs exclusifs n’ont pas exprimé d’intérêt à arrêter », souligne l’étude italienne menée par Pasquale Caponetto, de l’Université de Catania.  

Intégrer la réduction des risques est un bien essentiel

L’étude dirigée par la Dre Adriaens conclut sur un appel à la raison. « Il est essentiel de repenser les effets secondaires potentiels de la fermeture des boutiques de vapotage alors qu’il existe également une interdiction de la vente en ligne. Les fumeurs et les vapoteurs devraient avoir la possibilité d’acheter des alternatives à risque réduit, même pendant un confinement. Bloquer cette opportunité peut entraîner une augmentation de la prévalence du tabagisme ».

Co-auteur de la recherche, le Pr Frank Baeyens avait d’ailleurs lancé un pavé dans la mare en Belgique sous la forme d’une tribune, à lire en français dans la DH, lors de la journée mondiale sans tabac. 
« Le gouvernement doit oser promouvoir activement des alternatives attrayantes, moins nocives pour la santé, voire même promouvoir la cigarette électronique. Maintenir un cordon sanitaire autour de la consommation de nicotine, quelle qu’en soit la forme, ne fera pas progresser la santé publique. En cette journée anti-tabac, concentrons-nous sur l’objectif principal de la mission, à savoir aider les gens à arrêter de fumer », Pr Frank Baeyens, 31 mai 2020 dans la DH.
Vidéo bonus: la Pr Karolien Adriaens explique en flamand les données sur les réussites pour l'arrêt tabagique avec le vapotage https://www.facebook.com/wu.sfo/videos/2309373492692044/ 

 

samedi 20 juin 2020

Le point de vue des vapoteurs sur la TPD en pratique analysé par des chercheurs anglais

C’est la première étude universitaire sur le point de vue et l’expérience de vapoteurs concernant la réglementation issue de l'article 20 de la directive européenne (TPD), appliquée depuis 2016 ou 2017 selon les pays. Sans surprise, cette attention au public concerné vient d’Angleterre. « Nous voulions savoir comment les consommateurs percevaient et vivaient la réglementation », précise la Dre Caitlin Notley, de l’Université d’East Anglia. Une curiosité que l’on aurait aimé percevoir de chercheurs issus de l’Union européenne (UE) alors que celle-ci va réviser cette directive d’ici mai prochain. Mais le souci de démocratie sanitaire semble ne pas savoir traverser la Manche.
« Les implications de notre analyse suggèrent que, du point de vue des consommateurs, la future réglementation sur le vapotage ne devrait pas plus restreindre les volumes des fioles de liquides et des réservoirs, et la concentration de nicotine des liquides, mais elle devrait se concentrer sur la garantie de la sécurité des produits, notamment sur les ingrédients utilisés dans les e-liquides. Les organismes de santé publique, les centres d’aide à l’arrêt du tabagisme et les professionnels soignants devraient envisager de sensibiliser les fumeurs aux réglementations afin de les rassurer sur les produits de vapotage et les ingrédients des e-liquides, par exemple en indiquant des supports matériels pédagogiques. Les détaillants de vapotage ont également une responsabilité de communiquer à leurs clients comment certains aspects de la réglementation sont conçus pour protéger les consommateurs », conclut l’étude publiée ce 19 juin dans la revue Tobacco Use Insights.

Un profil de vapoteur de longue date

La recherche, intitulée E-Cigarette User's experiences of the Tobacco Products Directive, s’appuie sur 160 entretiens oraux ou par écrit en anglais menés entre mars 2018 et mars 2019. Bien qu’ouverte à tous les Européens, près de 90 % des répondants de l’enquête sont britanniques. Leur âge s’étale de 22 à 79 ans, avec une moyenne de 49 ans. Les hommes sont fortement surreprésentés avec plus de 70 % des participants. Près de 87 % des participants ont arrêté de fumer et vapotent exclusivement, 7 % ont arrêté de fumer et de vapoter, 2 % sont double-usagers et moins de 4 % ont rechuté dans le tabagisme en abandonnant le vapotage. En moyenne, ils utilisaient le vapotage depuis 4 ans au moment de l’enquête. Aucun participant n’a rapporté utiliser de produit de tabac chauffé.

Une large part ne connait pas la TPD

Premier constat, plus du quart des vapoteurs interrogés n’ont pas connaissance de la législation implémentée en 2017 au Royaume-Uni pour se conformer à la directive européenne sur les produits du tabac (TPD). Cette part importante du public concerné ne sait généralement pas que les ingrédients sont réglementés et les produits notifiés. « Une précédente enquête britannique sur des fumeurs, ex-fumeurs et vapoteurs a montré que moins de 10 % d’entre eux ont connaissance des règles de la TPD », note l’étude, se référant à une récente publication dans Nicotine & Tobacco Research.

Un second constat est un aspect positif de la réglementation. « Dans l’ensemble, les vapoteurs ont été rassurés par les réglementations de fabrication et les exigences relatives aux étiquettes des ingrédients », souligne la Dre Emma Ward dans le communiqué de presse sur la publication. 

Bien qu'à la lecture de l’étude, on voit aussi des participants très ironiques sur les avertissements exagérés contre la nicotine, « même sur les appareils vides ». Pro-actifs, « certains proposent que les avertissements soient plus axés sur la réduction des risques pour les fumeurs sur les paquets de cigarettes afin de les inciter à passer au vapotage moins nocif », rapportent les chercheurs.

Des critiques sur les limitations des fioles et des réservoirs

Mais d’autres points montrent des réactions plus négatives. La limitation à 10 mL des fioles de liquide nicotiné est critiquée pour son effet direct de pollution et de gâchis de plastique, ainsi que la hausse de prix que cette limite a indirectement généré. « Je suis inquiet de l’impact environnemental de la production de beaucoup plus nombreuses petites fioles en plastique. C’est un pas en arrière pour l’environnement », regrette un participant. La restriction absurde à 2 mL des réservoirs, qui n’est pas implémentée en France, est aussi reprochée.

Les astuces pour contourner la limite des 20 mg/mL

Un second grand changement introduit par la directive européenne a été la limitation à une concentration maximale de 20 mg/mL de nicotine (en France, cette limite était en vigueur avant la TPD). Des usagers rapportent avoir anticipé cette restriction en faisant des stocks de liquides nicotinés plus concentrés. Que ce soit pour faire ensuite leur propre liquide plus dosé en nicotine et/ou maintenir un prix du liquide plus bas qu’avec l’achat de mini-fioles de 10 mL. « J’ai fait des réserves de solution de nicotine à haute concentration (72 mg/mL) avant l’entrée en vigueur de la TPD. Il me reste des réserves pour environ 4 ans », témoigne un vapoteur.


« De nombreux participants ont acheté des produits non conformes sur le marché noir via des pays où la réglementation [européenne] ne s’applique pas, comme la Chine, les États-Unis ou l’île de Man », rapportent les chercheurs. Un témoin explique avoir commandé des pyrex de rechange à l’étranger pour son appareil « pré-TPD » contenant plus de 2 mL. Tandis qu’un autre avoue que « comme je continue de vapoter du 24 mg/mL, interdit par la TPD, je n’ai pas d’autre alternative que de me tourner vers des sources au marché noir ». Mais d’autres répondants s’inquiètent de la qualité des liquides nicotinés du marché noir ou regrettent de devoir acheter ailleurs qu’à leur vapeshop local.

Les usagers expérimentés se sont démerdés, mais les autres ?


« Il est rassurant de constater qu’aucun participant n’a indiqué avoir rechuté à la suite directe des restrictions, car la plupart d’entre eux se sont adaptés aux changements ou utilisaient déjà des produits conformes aux nouvelles normes. Mais certains participants ont acheté des produits illégaux, comme des liquides nicotinés à plus de 20 mg/mL », commentent les chercheurs. Globalement, les vapoteurs connaissant la situation avant la TPD disent constater une augmentation des prix, la disparition de certains produits et liquides et des désagréments liés aux limitations de volume des fioles et des atomiseurs.


« Les facteurs de succès du vapotage pour arrêter de fumer ne se limitent pas à la teneur en nicotine du liquide, mais comprennent aussi le fait de disposer d’un appareil fonctionnel et satisfaisant à prix abordable et facile à utiliser. Par conséquent, bien que cela ne soit pas démontré dans cette étude portant sur des vapoteurs pour la plupart expérimentés et exclusifs, il est possible que la réglementation TPD ait eu pour effet secondaire de rendre plus difficile pour certains fumeurs d’arrêter avec l’aide du vapotage. Ce point demande d’autres études », laissent en suspens les chercheurs.
 

vendredi 19 juin 2020

L'Estonie suspend sa taxe anti-vape

Lundi, le parlement estonien a adopté l’amendement pour suspendre la surtaxe anti-vape pour au moins deux ans à partir du 1er décembre prochain. Au printemps 2018, l’Estonie avait introduit une surtaxe de 2 € par fiole de 10 mL, couplée à une interdiction des arômes autres que tabac. Le 4 mai dernier, le parlement a réautorisé les seuls liquides mentholés. Interdiction d’arômes et surtaxe ont créé une situation propice aux marchés parallèles hors contrôle depuis deux ans. « La suspension de la perception des droits d’accise sur les liquides de vapotage va permettre aux commerçants de réduire le prix des produits et ainsi d’endiguer les achats transfrontaliers et le marché de contrebande », explique Tarmo Kruusimäe, président du groupe vapotage du parlement estonien, au journal local Postimees

Une situation préoccupante

En effet, près de 85 % des e-liquides consommés proviennent de sources parallèles tandis qu’un dixième des vapoteurs est retourné aux cigarettes, selon l’évaluation de l’association New Nicotine Alliance Estonia (NNA-EE). Dans un pays, où selon les données de l'OCDE, le revenu moyen d'un foyer est aux alentours de 1400 € mensuel, la surtaxe de 2 € par fiole a motivé les consommateurs à trouver des voies parallèles d'approvisionnement. 

À peine deux ans après son introduction, l’Estonie fait donc machine arrière sur la surtaxe devant le marasme engendré. « L’évolution du marché noir est particulièrement préoccupante, car tant les acheteurs que les vendeurs sont souvent des mineurs qui ne devraient pas avoir accès à ces produits. En outre, il n’est pas possible d’être certain de l’origine des e-liquides vendus sur le marché noir et s’ils sont réellement adaptés au vapotage », déplore le député estonien.

... fruit d’une réglementation excessive

« Avant que l’Estonie n’ait une réglementation anti-réduction des risques aussi sévère, les magasins de vape, vendant des e-liquides de qualité testés en laboratoire, détenaient une grande partie du marché. Je pense que tous les pays doivent savoir à quelle vitesse et à quel point les choses peuvent mal tourner en cas de réglementation excessive », expliquait début mai Ingmar Kurg, de la NNA-Estonie, sur le site de l’ETHRA.

Grâce à l’amendement, la taxe est suspendue pour une durée de deux ans à partir de décembre. Mais cela sera-t-il suffisant ? « Nous ne voulons pas revenir à une situation où le marché noir et le commerce transfrontalier se remettent à prospérer dans deux ans », précise le député Tarmo Kruusimäe, « le traitement du projet se poursuivra à l’automne, il sera possible de faire des analyses supplémentaires afin de trouver une solution à long terme ».

Un signe pour l’Union Européenne ?

Après l’Italie, l’Estonie est donc le second pays de l’Union européenne (UE) a revenir en arrière après avoir introduit une surtaxe prohibitive contre le vapotage. Comme le rappelait il y a une dizaine de jours le site italien SigMagazine, qui avait la primeur de l’information. « Un événement similaire s’est également produit en Italie il y a un an et demi lorsque le premier gouvernement Conte a abaissé en moyenne la taxe à la consommation sur les liquides de vapotage de 80 %, la faisant passer de 3 €90 par 10 mL à 0 €40 sans nicotine et 0 €80 avec nicotine. Cependant, l’étape estonienne est encore plus importante, car elle annule toute imposition », souligne Stefano Caliciuri.

Le sujet est d’actualité alors que la Commission Européenne des taxes est chargée par le Conseil européen de préparer des propositions de révision du système d’accises du tabac en y intégrant le vapotage. Le camp hostile au vapotage s’active déjà, à l’image de Daniela Ludwig la commissaire fédérale allemande aux drogues, pour que l’UE impose une taxation du vapotage la plus élevée possible à ses États membres.

Photo by Viktor Jakovlev on Unsplash

mercredi 17 juin 2020

Taxe et interdiction d’arômes : l’Allemagne va-t-elle lancer une blitzkrieg contre les vapoteurs européens ?

L’Allemagne pourrait lancer une guerre éclair contre les vapoteurs à la faveur de sa présidence de l’Union Européenne (UE) ces prochains mois. Daniela Ludwig, commissaire fédérale aux drogues du gouvernement allemand, l’annonce dans une interview donnée cette semaine à Die Welt. Même si la politicienne de l’Union chrétienne sociale (CSU) entretient le flou sur les détails, son programme vise des taxes anti-vapoteurs et des restrictions d’arômes.

Résumé :

  • Daniela Ludwig, commissaire fédérale aux drogues du gouvernement allemand, annonce dans Die Welt vouloir taxer et interdire des arômes de vapotage, en profitant de la présidence allemande de l’Union Européenne ce prochain semestre. 
  • Le Conseil européen vient de donner le feu vert à la Commission européenne des taxes (Taxud) pour préparer une révision de la directive sur les taxes tabac intégrant le vapotage. Plusieurs options sont possibles.
  • La Commission européenne Santé prépare pour mai 2021 un rapport d’évaluation et de possibles révisions de la directive sur les produits du tabac (TPD), dont l’article 20 traite de manière connexe la vape. Des rumeurs de menaces d’interdiction ou de restriction contre les arômes circulent à Bruxelles.
  • L’ETHRA, qui regroupe les associations de défense des produits à risque réduits, s’inquiète et préconise aux citoyens de prendre contact et sensibiliser les députés européens afin d'éviter des mesures néfastes telles qu’une taxation du vapotage ou des interdictions d’arômes au niveau européen.
  • Un symposium scientifique à l'Université de Francfort vient de critiquer durement le manque de prise en considération du vapotage pour aider à sortir du tabagisme dans la politique de santé publique allemande.

Taxes et interdiction d’arômes

« À partir de cet été, l’Allemagne assumera la présidence pour six mois du Conseil de l’Union Européenne. “Nous aurons l’occasion de parler aux pays membres. J’aurais déjà préparé un catalogue de mesures sur l’e-cigarette”, précise Daniela Ludwig. Par exemple, les règles de taxation ou d’ingrédients devraient être harmonisées », lit-on dans le magazine allemand Die Welt de cette semaine.

Le premier objectif annoncé par la Commissaire fédérale allemande est de taxer le vapotage. Au même taux que les cigarettes, espère Daniela Ludwig. La menace a de la consistance. En effet, le 2 juin le Conseil européen, les représentants des gouvernements, a donné son feu vert pour que la Commission des taxes (Taxud) prépare une révision de la directive fiscale sur les produits du tabac en y intégrant le vapotage.

« Les conclusions soulignent en particulier que les règles applicables sont devenues moins efficaces, car elles ne sont plus suffisantes ou trop étroites pour relever les défis actuels et futurs liés à certains produits, tels que les liquides pour les cigarettes électroniques, les produits du tabac chauffés et d’autres types de produits de nouvelle génération qui arrivent sur le marché », précise le communiqué du Conseil européen le 2 juin 2020.

Le feu vert du Conseil européen pour intégrer le vapotage aux taxes tabac

Les propositions sur les taxes de la Commission seront ensuite soumises au Conseil européen. Sur ce type de sujet l’adoption des mesures doit se faire à l’unanimité des gouvernements. Autrement dit, chaque État membre a l’équivalent d’un droit de veto. Le Parlement européen pour sa part aura un vague droit de regard. 

Plusieurs propositions sont possibles. Une option pourrait être une taxe sur le vapotage similaire pour tous les pays. Une autre, à l'instar du tabac, donnerait une fourchette de taux minimum et maximum dans laquelle chaque pays pourrait fixer son propre taux d’imposition. Cette fourchette pourrait démarrer à taux 0 % pour préserver les politiques s’appuyant sur le vapotage pour abaisser le tabagisme, comme en France.

Éviter des recours en justice contre les taxes abusives ?

Une telle option permettrait aux pays ayant déjà instauré une taxe anti-vapoteur de ne plus être en porte-à-faux avec le droit européen. Actuellement, la base légale de ces taxes semble mince au niveau du droit européen, en plus de la réalité physique, qui distingue le vapotage des produits du tabac. Une taxe "pigouvienne" est censée se justifier en regard d'une externalisation de coûts, dont on cherchera en vain une trace actuelle dans le cas du vapotage.

Ou viser à endiguer la sortie du tabagisme à l’aide de la vape ?

Les plus pessimistes, qui se souviennent de la déloyauté de la Commission envers les vapoteurs, redoutent une taxation au profit du système tabagique. Les exemples montrent qu'une taxation freine globalement l'engouement des fumeurs vers le vapotage.  

Mais aussi plus spécifiquement, par différents mécanisme économiques, la taxation se révèle particulièrement défavorable aux petites et moyennes entreprises d'un secteur donné. « Des sources m’ont dit que les compagnies de tabac elles-mêmes font pression pour une taxe sur les produits de vape », susurre James Dunworth dans un billet sur le sujet sur Ashtray Blog

Le cas échéant, la manière de taxer les produits peut avoir des conséquences très différentes entre les différents types de produits. Par exemple, une taxe au volume défavorise les systèmes ouverts rechargeables, et avantage comparativement les produits de type Pod, préférés par les cigarettiers aussi pour leur capacité à rendre captifs les consommateurs.

Près de 90 % des Européens consultés sont opposés à la taxe anti-vapoteurs

Une option en faveur de la santé publique viserait à réduire le tabagisme, principal facteur de maladies évitables, en détaxant les produits à risques réduits de substitution tels que le vapotage et le Snus. Au moins jusqu’à la réduction du tabagisme à un niveau résiduel, généralement estimé à 5 % de la population. Mais il semble qu'aucun décideur n’envisage cette approche stratégique.

Pourtant, par deux fois les consultations publiques organisées par la Commission des taxes ont indiqué leur rejet clair d’une taxation du vapotage. En 2016, près de 90 % des répondants à une consultation de la Commission s'opposaient à ce que « le vapotage soit taxé comme produit de tabac ». Rebelote à la consultation de 2018, où plus de 89 % des répondants ont estimé que « le vapotage n’est pas un produit du tabac et ne devrait pas être sujet à une taxe tabac »

La Commission des taxes avait d’ailleurs décidé de ne pas soumettre de proposition pour intégrer le vapotage aux accises du tabac à la suite de celle-ci. Depuis elle a changé d'avis, sans faire de nouvelle consultation publique. C'est ce que le Conseil européen vient de valider.

Le gouvernement allemand contre les vapoteurs ?

Sans évoquer les différentes options ni les enjeux dans son interview pour Die Welt, Daniela Ludwig s’engage à faire pression pour que l’Allemagne force l’Europe à une taxe anti-vapoteurs élevée. Le magazine précise que les assises perçues par l’État allemand sur la vente de tabac dépassent les 14 milliards € par an, et devraient battre un record cette année. 

Ces taxes représentent environ les 2/3 du prix des cigarettes. Appliquer une taxation similaire au vapotage, tel que l'aimerait Daniela Ludwig, pourrait multiplier par trois les prix de vente des produits concernés en Allemagne. Alors que l’Allemagne détient le bonnet d’âne européen en matière de politique sur le tabagisme, mais se trouve aussi être le principal pays manufacturier de cigarettes du continent.

La chasse aux fraises

Info-Vape
Le second objectif de Daniela Ludwig est l’interdiction d’arômes et d’ingrédients, citant précisément les goûts fruités. « Les saveurs de fruits dans les liquides plaisent aux jeunes, elles ne sont pas du tout faites pour les fumeurs », assène la Commissaire fédérale. Au niveau européen, ce sujet serait du domaine de la directive sur les produits du tabac (TPD), dont l’article 20 traite de manière connexe du vapotage nicotiné. Un rapport d’évaluation, probablement accompagné de propositions de révision, doit être présenté par la Commission européenne Santé d’ici le 20 mai 2021. Le processus est déjà entamé.

Le prétexte de Daniela Ludwig pour vouloir interdire des arômes est la protection des jeunes. Bien que, « par rapport au vapotage des arômes au tabac, le vapotage des autres arômes n’est pas associé à une augmentation de l’initiation au tabagisme chez les jeunes, mais ce vapotage [d’arômes autres que tabac] est associé à une augmentation des chances de cesser de fumer chez les adultes », confirme de nouveau une récente étude sur un panel de près de 18 000 personnes par des chercheurs de Yale publiée en accès libre par JAMA.

Faut-il un âge minimum pour avoir le droit d’éviter de fumer ?

Les études sérieuses sur l’évolution du tabagisme adolescent et des jeunes adultes montrent qu’ils n’ont jamais été aussi peu à fumer dans les pays où le vapotage s’est diffusé. Aux États-Unis, une analyse sur les vingt dernières années révèle que sans le vapotage, 2,5 % des adolescents supplémentaires seraient devenus fumeurs réguliers. 

En conférence à Paris pour le Sommet de la vape en octobre dernier, le Pr David Levy déclare sur l’évolution du tabagisme des jeunes Américains depuis l’apparition du vapotage : « J’ai fait des analyses sur près d’une quarantaine de pays. Et je n’ai jamais vu une chute si rapide du tabagisme dans ce groupe clef  [des 18-24 ans]». (Vidéo de la conférence sur YouTube)

Le même phénomène est constaté au Royaume-Uni et en France. L’analyse de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) souligne même que les jeunes qui ont utilisé le vapotage ont près de 40 % de risques en moins de devenir fumeurs au quotidien d’ici leurs 17 ans. Une information cruciale alors que près de neuf fumeurs sur dix ont commencé de fumer avant leurs 18 ans.

Appel à alerter les députés européens

A la lecture de l’intervention de la Commissaire fédérale dans Die Welt, l’European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA) s’inquiète. Les mesures soutenues par Daniela Ludwig vont en sens opposé au manifeste pour la réduction des risques face au tabagisme récemment publié par l'ETHRA. « Il est décevant que Mme Ludwig souhaite que l’échec de la politique allemande soit généralisé à toute l’Union européenne », réagit Hendrik Broxtermann de l’association ExRaucher (IG), sur le site du rassemblement des défenseurs de la réduction des risques. 

« Nous devrions chercher à améliorer la réglementation que nous avons en l’assouplissant sur certains points, sans imposer davantage de restrictions qui ne peuvent que protéger le commerce des cigarettes », ajoute-t-il. L’ETHRA invite les citoyens à contacter les élus au Parlement européen pour les sensibiliser à la situation réelle des vapoteurs, de son potentiel pour arrêter de fumer, des entraves à celui-ci que représenteraient des mesures telles que les interdictions d’arômes et des taxes. Les coordonnées des élus européens, notamment des députés français, sont disponibles sur le site du parlement européen.

« La taxation des produits de vapotage dissuaderait des millions de fumeurs d’essayer des produits à risques réduits ; l’interdiction ou la restriction des saveurs enlèverait un facteur majeur dans l’attrait du vapotage comme substitut au tabagisme ; et l’interdiction de la publicité rendrait les produits beaucoup plus sûrs invisibles aux personnes mêmes qui ont besoin de les voir afin de faciliter leur adoption pour le bien de la santé en Europe », estime Hendrik Brotxermann de l’association ExRaucher (Ex-fumeur).

Les scientifiques critiquent la politique allemande

Outre les données internationales et les droits des utilisateurs, Daniela Ludwig semble ne pas tenir compte non plus des travaux des scientifiques allemands. Les objectifs annoncés par la Commissaire allemande sont d’autant plus surprenants que le rapport sur les drogues et toxicomanies 2019, qu’elle a elle-même présenté en novembre, souligne que le vapotage réduit les risques pour les fumeurs qui y passent et constitue déjà « en pratique la méthode la plus couramment utilisée pour soutenir le sevrage tabagique » en Allemagne.

Plus récemment encore, les scientifiques réunis en symposium sur le sujet par l’Université de Francfort fin mai ont déploré le manque de considération de l’opportunité de santé publique du vapotage face au tabagisme [vidéos du Symposium disponibles sur YouTube (en allemand)]. 

« La politique en Allemagne doit franchir une nouvelle étape et tenir compte du potentiel du vapotage pour l’arrêt du tabac », synthétise le Pr Heino Stöver, de l’Université de Francfort et président du Symposium, à la presse le 28 mai. Dans le même sens, la Dre Ute Mons, du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ), regrette notamment que les fumeurs en Allemagne ne reçoivent pas de communication équilibrée sur la différence de risques entre vapoter et fumer, relate la revue médicale AerzteBlatt dans son compte-rendu de la journée.

Ce ne sont donc pas seulement les succès du vapotage face au tabagisme au Royaume-Uni et en France que la Commissaire fédérale aux drogues ignore. Daniela Ludwig fait fi également des scientifiques de son propre pays. À défaut d’être pris en compte par la Commissaire fédérale allemande, reste aux parties concernées, vapoteurs et défenseurs de la réduction des risques, de tenter de sensibiliser et se faire entendre des députés européens. 

Prendre contact avec les élus était un des principaux conseils de Clive Bates durant le webinaire sur la révision de la TPD organisé par la New Nicotine Alliance britannique (NNA-UK) : https://youtu.be/HON8zoEwW7w 

lundi 8 juin 2020

Succès de l'expérience d'arrêt tabagique avec le vapotage au Centre d'aide d'Olten

Lancé fin décembre 2018, le programme d’arrêt tabagique à l’aide du vapotage à Olten, dans le canton de Soleure, est une réussite. Malgré les attaques de la Ligue pulmonaire locale, les pressions en coulisses et les multiples campagnes de peur contre le vapotage dans les médias, le Centre d’aide pour les addictions a pu aider une centaine de participants de cette ville de 18 000 habitants. Ces personnes ont reçu des conseils avec des rendez-vous réguliers pour suivre l’évolution, ainsi que du matériel et des liquides de vapotage gratuitement. « Parmi ceux qui avaient l’objectif clair d’arrêter de fumer, 17,5 % ont réussi », relate Reno Sami, du SuchtHilfe Ost (SHO)
Résultats 2020 du programme d'aide à l'arrêt tabagique avec le vapotage du SuchtHilfe Ost : 17,5% de réussites
Même quelques-unes des personnes qui n’avaient pour objectif initial que de réduire le nombre de cigarettes fumées quotidiennement ont finalement arrêté totalement. Au total, 14,1 % des personnes engagées dans le programme d’aide ont cessé de fumer, et les deux tiers d’entre elles ont ensuite également arrêté le vapotage. « Le projet pilote montre donc un taux global de cessation du tabagisme de 14,1 %. Du point de vue du SuchtHilfe Ost, ce taux est un succès respectable. D’autant plus que des personnes qui essayaient simplement de réduire leur consommation de cigarettes ont également cessé de fumer », précise le communiqué du SHO.

Un budget loin des dizaines de millions des organisations traditionalistes

Environ la moitié des participants s’est inscrite spécialement à l’occasion de ce programme d’aide à l’accès facilité, tandis que les autres étaient déjà suivis par le Centre pour d’autres addictions. L'aide à ces personnes au profil plutôt difficile, qui se sont sauvées du tabagisme et de ses méfaits de santé, un succès valeureux et synonyme de renforcement de ces personnes, a coûté quelques milliers de francs. « Si nous ignorons les coûts de personnel, les coûts matériels purs (équipement et distribution de liquide) de l’essai pilote a coûté 4 600 fs », précise Reno Sami, « à mon avis, le rapport coûts/bénéfices est clairement positif »

Le tabagisme est estimé être la principale cause évitable de maladies et de mortalité prématurée en Suisse. L’évaluation officielle des coûts de santé en découlant sont de l’ordre de cinq milliards fs annuels, sous-estimant probablement les coûts médicamenteux. Le taux de tabagisme en Suisse n’a pas évolué depuis 2007, dépassant les 27 % de la population des plus de 15 ans. Signe de l’inefficiente politique poursuivie.

Une réussite malgré des attaques mesquines dans les médias

« Pour le SHO, ces résultats du projet et les preuves d’études scientifiques incitent et légitiment la poursuite du projet », conclut le communiqué du SuchtHilfe Ost. Pourtant, le projet pilote s’est déroulé dans un climat d’hostilité des organismes traditionalistes soi-disant « anti-tabac ». La Ligue pulmonaire, subventionnée par le Fonds fédéral de prévention tabac doté de 12 millions de Fs par an et sponsorisée par les laboratoires pharmaceutiques, s’est montrée particulièrement agressive dans les médias locaux. 

Entre autres attaques, la Ligue pulmonaire déplorait la gratuité du programme d’aide, alors qu’elle facture des cours pour l’arrêt tabagique à hauteur de 190 fs dans le canton de Soleure. « Ce qui me dérange le plus, c’est que l’aide et les appareils sont offerts gratuitement. Nous n’offrons pas de conseils gratuits pour arrêter de fumer », explique Christopher Gut, responsable de la Ligue pulmonaire de Soleure, dans le Solothurn Zeitung en juillet dernier.

Une aide à contre-courant de l’abandon des plus pauvres au tabagisme

En Suisse, les patchs nicotiniques coûtent environ 100 fs la boîte de 14, sachant que 2 ou 3 par jour sont nécessaires pour les grands fumeurs, sans être remboursés par l’assurance-maladie de base. Les personnes les moins dotées financièrement sont donc les moins aidées en Suisse pour l’arrêt tabagique. C’est pourtant le groupe social le plus touché par la cigarette. 

Le suivi Salpadia a mesuré l’évolution des inégalités de chances à l’arrêt tabagique selon le niveau d’études entre 1991 et 2011. Les plus démunis ont trois fois (OR 2,94) moins de chances de réussir leur arrêt tabagique que la classe favorisée, alors que cet écart n’était que de 1,3 vingt ans auparavant.

La compétence, clef de la réussite?

« Les personnes que nous aidons sont reconnaissantes. Parce qu’il est clair pour elles que nous n’avons aucun intérêt financier et parce que nous leur donnons des conseils sur la base de connaissances spécialisées », expliquait Reno Sami, en juillet dernier au Solothurn Zeitung. En effet, le Centre d’aide a notamment fait appel à l’association Helvetic Vape pour avoir une formation spécifique sur le vapotage. Phil Scheck, vapoteur et reviewer bien connu de la scène suisse alémanique, avait délivré une série de cours au personnel de soin du Centre pour préparer le programme.

Les résultats du projet pilote d’Olten confirment l’efficacité du vapotage pour l’arrêt tabagique lorsqu'il est accompagné de conseils éclairés, compétents et bienveillants. Approche particulièrement importante pour les groupes sociaux défavorisés, à l'opposé des dogmes particulièrement hostiles de la part des différentes parties liées au tabagisme en Suisse. Les résultats de l'expérience pilote contredisent par exemple les conclusions médiatisées de chercheurs d’Addiction Suisse que j’avais challengé à l’époque.

samedi 30 mai 2020

L'OMS Europe reconnait que passer au vapotage réduit les risques pour un fumeur

Publié avant-hier, le brief du bureau Europe de l’OMS sur le vapotage se distancie de la position fondamentaliste anti-vapoteurs du siège genevois de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). « Les fumeurs adultes, qui ne sont pas enceintes, qui passent complètement et rapidement des cigarettes de tabac combustibles à l’utilisation seule d’Electronique Nicotine & Non Nicotine Delivery System [le vapotage en langage courant] non altérée et correctement réglementée peuvent réduire leurs risques pour la santé », affirme le rapport de l’OMS Europe rédigé par Armando Peruga. Même si on ne comprend pas pourquoi déconseiller aux femmes enceintes d'arrêter de fumer avec un moyen efficace, ceci tranche avec l’affirmation « qu’aucun produit ne réduit les risques », encore répétée ce 29 mai par Krech Ruediger en conférence de presse pour l’OMS à Genève.

En résumé :
  • Le rapport de l'OMS Europe a été financé par le Gouvernement allemand, et non pas par des intérêts privés opaques et douteux comme de précédents documents de l'OMS sur le sujet.
  • Le rapport de l’OMS Europe rompt avec la ligne anti-réduction des risques de la direction de l’OMS et reconnait qu’un fumeur qui passe au vapotage réduit les méfaits pour sa santé.
  • Le rapport de l’OMS Europe reconnait qu’il n’y a aucun élément montrant un effet pour l’entourage d’un vapoteur. Avec un sophisme grossier, il recommande d’interdire le vapotage dans les lieux publics dans l’attente d’une preuve de cette absence.
  • Le rapport se distancie de la théorie de la passerelle en soulignant le niveau modéré de preuve et leur caractère de corrélation et non de lien causal entre vapotage et tabagisme des jeunes. Cependant, il passe sous silence de nombreuses études qui montrent la chute du tabagisme adolescent concomitante à l’essor du vapotage. Il ne traite pas non plus du facteur prépondérant du risque de tabagisme adolescent du tabagisme des proches, notamment des parents.
  • Sur le thème des arômes, le rapport ne semble pas avoir vraiment maîtrisé son sujet. Notamment que tous les liquides de vapotage sont de fait aromatisés. En conséquence, il fait une affirmation étrange sur l’attrait des arômes pour les jeunes contrairement aux « plus » vieux. Il mentionne cependant le rôle des arômes pour aider à l’arrêt tabagique avec le vapotage.
  • Le rapport de l’OMS Europe recommande des restrictions dures contre le vapotage, mais pas la prohibition chérie par la direction de l’OMS pour laisser le monopole aux cigarettes. Il alerte sur de possibles effets pervers des réglementations.
  • Comme la plupart des productions de l’OMS, ce rapport est plus un document politique utilisant la science qu’un document scientifique, même s’il est indéniablement de meilleure qualité à cet égard que les autres documents de l’OMS sur le sujet. Avec cette grille de lecture en tête, on peut noter la distanciation que l’OMS Europe prend vis-à-vis de la ligne fondamentaliste anti-vape soutenue par la direction genevoise de l’OMS.

Financement public contre financement privé occulte

Le rapport de l’OMS Europe a été financé par le Gouvernement allemand. C’est une première différence notable avec plusieurs productions de l’OMS sur le sujet, dont le rapport Mpower publié l’été passé où il était affirmé que la vape « est indubitablement nocive ». Préfacé par l’affairiste Michael Bloomberg, ce rapport avait été payé par Bloomberg Philanthropies Company (LLC), dont aucun compte n’est public. 

Contrairement aux fondations, les finances de Bloomberg Philanthropies Company (LLC) sont totalement opaques. Ce qui rend, entre autres, impossible d’affirmer que les organismes financés par cette entreprise sont libres de liens financiers avec l’industrie du tabac et respectent l’article 5.3 de la Convention anti-tabac contre l’ingérence de l’industrie du tabac. Par ailleurs, il est de notoriété publique que Michael Bloomberg est en affaires avec plusieurs grandes nations tabagiques, telles que l’Inde, la Thaïlande et la Chine.

Abandonner la cigarette grâce à la vape réduit les risques et les méfaits

Dégagée de l’influence de ce genre d’intérêts privés occultes, l’OMS Europe a-t-elle eu plus de latitude pour mener son analyse ? Plusieurs éléments du rapport vont partiellement dans ce sens. En premier lieu, le rapport rompt avec le principe anti-réduction des risques fondamentaliste. Il souligne que des « preuves scientifiques concluantes » établissent que « complètement substituer les EN&NNDS [le vapotage] à la place de cigarettes de tabac fumées réduit l’exposition de l’usager à de nombreux toxiques et carcinogènes présents dans la fumée des cigarettes de tabac »

L’auteur averti qu’il y a aussi des preuves concluantes que les vaporettes peuvent parfois exploser, « lorsque les batteries sont de mauvaise qualité, mal stockées ou modifiées par les usagers », et provoquer des blessures. Enfin, il existe des cas d’ingestion de liquides, volontaire ou accidentelle, qui peuvent avoir des conséquences néfastes, voire fatales.

Indices d’une moindre puissance dépendogène de la vape nicotinée par rapport aux cigarettes

D’autres éléments, soutenus par des preuves de niveau modéré, sont évoqués. Du côté des risques mal établis liés à l’usage de vape, le rapport mentionne notamment celui d’une dépendance à la nicotine, « mais le risque et la sévérité de la dépendance semblent plus faibles avec les ENDS [vapotage nicotiné] qu’avec les cigarettes de tabac fumées ». Il souligne aussi que les conséquences sanitaires d’un usage à long terme ne sont pas claires. Du côté des bénéfices mal établis, le rapport note une réduction à court terme des problèmes de santé des fumeurs étant passés au vapotage, 

Les différents cas de double-utilisateurs

Le brief souligne que les double-utilisateurs, qui vapotent et fument, semblent ne pas réduire leurs risques par rapport au tabagisme seul. « Une explication possible est que les doubles utilisateurs comprennent une grande variété de comportements de consommation de tabac et d’EN&NNDS, chacun avec des motivations différentes », avance le rapport. 

Les doubles-utilisateurs peuvent être des fumeurs dans « une phase transitoire pour réduire ou arrêter le tabagisme », mais dont certains « dépendent encore du tabagisme pour gérer leurs insatisfactions par rapport à l’expérience de l’EN&NNDS ». Le rapport ne pose cependant pas ouvertement la question du poids des restrictions contre le vapotage au détriment de cette catégorie de personnes, notamment les interdictions d’arômes autres que le goût tabac de plusieurs pays, et la limite trop basse du taux de nicotine imposée dans l’Union européenne. 

D’autre part, le rapport mentionne aussi que certains doubles utilisateurs peuvent chercher à « contourner les politiques antitabac ou simplement pour se conformer aux normes des groupes sociaux et de gérer la stigmatisation associée au tabagisme ». Ces points ne sont pas non plus développés.

Rien ne montre d’effet sanitaire pour l’entourage des vapoteurs

« Aucune étude disponible n’a montré d’effets sanitaires de l’exposition passive aux EN&NNDS [vapotage], donc les risques de santé d’être exposé à l’aérosol exhalé restent inconnus ». Le brief insiste que des études ont mesuré des émanations de particules, mais sans préciser que celles-ci sont essentiellement liquides et non solides. En général, les journalistes, au moins ceux de l’AFP, ne semblent pas connaitre la différence (ce qui est une étrange lacune d’éducation primaire). 

« L’exposition secondaire à la nicotine et aux particules de l’aérosol des EN&NNDS [vapotage] est inférieure à celle des cigarettes de tabac fumées
 », affirme le rapport, mais sans donner d’ordre de grandeur de cette différence (plusieurs milliers de fois). Pour résumer ce passage, l’OMS Europe n’a rien trouvé de consistant contre un pseudo « vapotage passif », mais elle tient à soutenir par principe l’interdiction de vapoter dans les lieux publics fermés.

Dans les conclusions, inversant la charge de la preuve pour limiter les libertés individuelles, l’auteur recommande d’interdire le vapotage dans les lieux publics fermés jusqu’à la preuve de son innocuité pour l’entourage. Prouver définitivement une absence d’effet étant impossible par définition, l’argument est un sophisme plutôt grossier.

Faux suspense sur l’arrêt tabagique à l’aide du vapotage

Armando Peruga note que le rapport de la National Academy of Science Engeneering and Medicine (NASEM) américaine avait conclue en 2018 à une insuffisance d’essai clinique pour soutenir l’efficacité du vapotage pour l’arrêt tabagique. Cependant, il souligne que depuis, l’importante étude clinique menée par Peter Hajek a montré une efficacité du vapotage pour l’arrêt tabagique. 

On peut ajouter que d’autres études en cours vont dans le même sens, comme celle menée par le Dr Mark Eisenberg au Canada. En réalité, il n’y a plus de suspense sur le fait que le vapotage augmente très nettement l’arrêt tabagique par rapport aux tentatives sans aide et même par rapport aux produits pharmaceutiques. Actuellement, le doute que les études cliniques vont confirmer ce qui est constaté depuis une décennie par les acteurs de terrain est seulement entretenu par des lobbyistes de la pharmaceutique.

Légère distanciation sociale avec la « théorie » de la passerelle

Tandis que les bureaucrates du siège central de l’OMS à Genève affirment pour principale raison de leur appel à la prohibition, que le vapotage provoque le tabagisme chez les jeunes, ce rapport de l’OMS Europe se montre plus raisonnable sur la qualité médiocre et de l’ordre de corrélations des éléments utilisés en ce sens. 
« Il existe des preuves modérées que les jeunes non-fumeurs qui expérimentent les EN&NNDS ont au moins deux fois plus de chances d’expérimenter le tabagisme plus tard. Les données disponibles jusqu’à présent ne prouvent toutefois pas que cette association est causale. Alors que certains auteurs pensent que l’utilisation des ENDS et le tabagisme sont initiés indépendamment les uns des autres, en raison de propension commune aux comportements à risque, d’autres pensent que la similitude entre les ENDS et le fait de fumer facilite la trajectoire d’un produit à l’autre au sein d’un cadre d’apprentissage social », résume l’OMS Europe (notre emphase).
Cependant, ce rapport ne va pas jusqu’à rendre compte que l’essor du vapotage aux États-Unis, en France et en Angleterre s’est accompagné de chutes sans précédent du tabagisme adolescent. Il ne mentionne pas non plus les études montrant au contraire que le vapotage des adolescents réduit leur entrée en tabagisme, notamment l’analyse de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies (OFDT), ou en aide à réduire ou sortir du tabagisme

Les arômes, outil pour favoriser les effets de report de consommation?

Cible des prohibitionnistes, le thème des arômes est traité avec moins de qualité que d’autres sujets du rapport. Il affirme de manière plutôt absurde que « l’usage des liquides aromatisés est généralement plus élevé chez les jeunes et les jeunes adultes que parmi les adultes plus vieux ». Tous les liquides étant aromatisés, cette phrase n’a aucun sens. 

L’auteur note tout de même que les arômes jouent un rôle dans la transition des cigarettes vers le vapotage, effet qui peut s’inverser en cas de prohibition. « Lorsque le goût souhaité n’est pas disponible dans le produit nicotinique souhaité, une partie des utilisateurs peut le rechercher dans un autre produit de nicotine de second choix ».

Attention aux effets pervers des réglementations

Le rapport d’Armando Peruga conclue avec des recommandations dont : prévenir l’initiation des non-fumeurs et des jeunes aux EN&NNDS, réduire les risques de l’usage des produits, interdire les affirmations de santé, protéger les anti-tabac des intérêts liés au vapotage, y compris de l’industrie du tabac. Mais il ajoute que les autorités régulatrices devraient prendre garde à « avoir à l’esprit les conséquences inattendues de toute mesure régulatrice ». Il semble assez évident que plusieurs de ses recommandations de restriction contre le vapotage auraient de telles conséquences perverses, en faveur du maintien du tabagisme.

Ce rapport marque un écart significatif sur plusieurs points et interprétations par rapport à la ligne fondamentaliste anti-vape prédominant à la direction de l’OMS. Il reste cependant très loin de saisir de manière cohérente l’approche de réduction des risques. Dans le contexte actuel, il me semble tenter de concilier des points de l’approche britannique à des éléments de la ligne officielle fondamentaliste. Le déni de l’efficacité de la politique anti-tabac britannique par les tenants anti-vape de l’OMS tel que Vinayak Prasad étant ridiculement intenable devant toute personne qui connait le sujet.

A noter : l'OMS Europe a aussi publié le même jour deux autres briefs. Une description comparant les réglementations sur le vapotage entre quatre pays: le Royaume-Uni, le Canada, le Brésil et la Corée du Sud. Ainsi qu'un brief sur les cigarettes de tabac chauffées.

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