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vendredi 11 octobre 2019

Vu à FranceTV: Jérôme Salomon de la DGS sait-il lire une statistique sur les jeunes et la vape?

Hier, dans l'émission Allô Docteur sur France TV, un sujet sur le vapotage où intervient Jérôme Salomon, directeur de la Direction Générale à la Santé (DGS). Passons les multiples imprécisions et flous peu artistiques du traitement du sujet...* Après 1mn 06 sec, Jérôme Salomon sort une énormité en insistant: "On a un lycéen sur deux qui a testé, et on a un lycéen sur six, en France ça explose, qui vapote tous les jours". Sauf, qu'aucune donnée ne permet d'affirmer qu'il y a 15% de lycéens vapoteurs au quotidien en France. 

Les données 2018, publiées en juin dernier, par l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) ont mesuré que 16,6% des lycéens déclarent avoir vapoté une fois ou plus dans le mois précédent l'enquête. Ce n'est pas du tout synonyme d'usage au quotidien. L'enquête Enclass de l'OFDT ne s'est malheureusement pas intéressé à l'usage au quotidien des lycéens. Jérôme Salomon ne peut donc pas sur la base de ces données affirmer que le vapotage au quotidien "explose" chez les lycéens français.

50% > 23% > 3,6%

Contrairement à l'OFDT, l'étude, que nous avions chroniqué en détail, sur 1'435 élèves de seconde à Saint-Etienne, publiée en mars 2019 dans la Revue des maladies respiratoires, montre le décalage entre ces niveaux d'usages différents:
  • 50,3% ont expérimenté le vapotage ; 
  • 23,6% l'ont utilisé dans le mois précédent l'enquête;
  • 3,6% vapotent au quotidien
Les données stéphanoises sur l'expérimentation et l'usage dans le mois précédent sont légèrement supérieures à celles nationales de l'OFDT. De quoi plutôt supposer que si les services du ministère de la santé prenaient la peine de mesurer l'usage au quotidien au niveau national, il pourrait être aussi légèrement inférieur aux 3,6% des lycéens de seconde de Saint-Etienne. Les études dans d'autres pays, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis par exemple, montrent aussi un grand écart entre l'usage déclaré dans le mois précédent et l'usage fréquent de vapotage chez les jeunes.

Où est la nicotine?

Le commentaire de France TV affirme que "beaucoup de lycéens  tombent dans la dépendance à la nicotine" par le vapotage. Or c'est une autre lacune du suivi national. L'usage ou non de nicotine dans les liquides vapotés par les jeunes n'y est pas mesuré. Là aussi, l'enquête stéphanoise est plus sérieuse:  parmi les 6,3% d'adolescents vapoteurs non-fumeurs actuels, 13,4% d'entre eux déclarent utiliser des liquides nicotinés, soit 0,8% de l'ensemble des adolescents de l'étude. Même si ce résultat reste opaque en raison d'une majorité (56,4%) de jeunes déclarant ne pas savoir.

Enfin, pour affirmer la création d'une dépendance à la nicotine par le vapotage, il faut s'assurer que cette dépendance n'est pas installée auparavant par le tabagisme. L'enquête de Saint-Etienne confirme aussi que très peu des ados ne sont devenus fumeurs après avoir d'abord essayé le vapotage. "A l'inverse, les élèves qui avaient une consommation de tabac préexistante à leur initiation au vapotage déclaraient pour les deux-tiers d'entre eux qu'ils avaient réduit, voire arrêté, leur consommation de tabac depuis qu'ils vapotaient", précisent les chercheurs, dont le référent est Jérémie Pourchez, de l'école des Mines de Saint-Etienne.

Il est regrettable que Jérôme Salomon, directeur de la DGS ne prenne pas le temps de s'informer sérieusement sur le sujet, en particulier avant de s'exprimer sur un média national. Il aurait probablement gagné à venir au Sommet de la Vape qui abordera entre autre ces sujets lundi prochain à Paris

* Pas le courage de reprendre toutes les bêtises du  sujet...

lundi 7 octobre 2019

Alerte au nouveau bad buzz sur le risque de cancer chez des souris avec le vapotage

Les mêmes souris, la même équipe de chercheurs, cette fois-ci menée par Moon-shong Tang, et les mêmes résultats peu crédibles sur les risques de cancer avec le vapotage. Une nouvelle étude, intitulée "Electronic-cigarette smoke induces lung adenocarcinoma and bladder urothelial hyperplasia in mice", a été envoyée en primeur à des médias triés sur le volet pour lancer dans les prochaines heures un nouveau bad buzz d'un risque de cancer lié au vapotage. L'embargo était ce soir à 21h. Publiée dans la revue PNAS, l'étude a été menée par la même équipe de l'Université de New-York que celle qui avait terrorisé le monde en janvier 2018, malgré les réactions outrées des experts scientifiques. Les chercheurs ont de nouveau utilisé le même type de souris FVB/N mâles. Or, il a été mis en évidence dans différentes études que ces souris génétiquement modifiées développent spontanément des tumeurs bronchiques, comme l'avait souligné un article du Vaping Post en 2018

450 ans de vapotage en surchauffe

En réaction à la nouvelle publication du PNAS, le Pr Bertrand Dautzenberg note également, sur son compte tweeter, les dosages extravaguant de la nouvelle étude "équivalents à 450 ans de vapotage fonctionnant en surchauffe, donc avec des aldéhydes cancérigènes". Pendant 54 semaines, 40 souris ont été soumises à un aérosol de vapotage, selon le même protocole que dans l'étude précédente de 2018, reproduisant ainsi les mêmes erreurs méthodologiques listées à l'époque, qui méritent relecture pour saisir celles-ci. Ce qui semble être basiquement une confusion entre une étude de toxicologie chronique et un protocole de toxicologie aiguë.

"L'étude n'a pas de pertinence claire pour les vapoteurs humains. Les rongeurs ont été exposés à ce qui est pour eux d'énormes concentrations de produits chimiques qui ne ressemblent en rien à l'exposition humaine du vapotage. Plusieurs animaux sont en effet morts lors de ces expositions. Les auteurs ont attribué les effets qu'ils ont observés au nitrosamine NNK qui est cancérogène - mais le NNK a été mesuré chez des vapoteurs humains, et on sait que l'exposition par le vapotage est négligeable ou nulle", réagit le Pr Peter Hajek, spécialiste sur le tabac de la Queens Mary University of London, sur le site du Science Media Center.

Les souris FVB/N

La nouvelle étude publiée dans PNAS abouti à un taux de 22,5% de cancer adénocarcinomes sur 40 souris FVB/N à l'âge de 14 mois, après 54 semaines à être soumises à un aérosol de vapotage. En comparaison des résultats de cette étude, celle menée par Joel Mahler en 1996 sur les mêmes souris FVB/N sans vapotage, recensait à 14 mois une incidence de tumeurs de 13 % chez les mâles et 26 % chez les femelles.

Ce type de souris génétiquement modifiées pour les recherches sur le cancer est connu, par au moins trois études, d'avoir un sur-risque cancéreux, tout particulièrement de tumeurs pulmonaires: Joel Mahler et al (1996), Wakefield et al (2003) et Véronique Baron et al (2005). "Le choix du modèle animal c’est le B.A.BA d’une étude toxicologique. Les souris [FVB/N] sélectionnées développent spontanément des cancers pulmonaires. C’est malhonnête", réagissait en 2018 le Dr Eric Blouin au Vaping Post à propos de la précédente étude sur le même type de souris par la même équipe d'universitaires.

Choisir sciemment des souris connues pour avoir une prédisposition génétique aux tumeurs parait inacceptable. Je ne prends pas la peine de traiter plus précisément une telle étude. Quel média prendra la peine de demander un avis éclairé avant de répandre le bad buzz, engranger les clics et maintenir des fumeurs dans la cigarette? Pour sa part, le Pr John Britton, directeur du Centre for Tobacco & Alcohol Studies (UK), estime que "ces résultats sont basés sur de très petits nombres et doivent être interprétés avec une extrême prudence. La comparaison entre les souris respirant de la vapeur et de l'air n'est pas statistiquement significative. Il n'y a pas de justification de la taille de l'échantillon ni de calcul de puissance. Il n'y a aucun message d'intérêt publique ici - je soupçonne que ces résultats ne sont que du bruit".



samedi 5 octobre 2019

Idiocracy: la FDA recommande de ne pas consommer de produits du marché noir tout en organisant la prohibition des produits légaux !

Recommander de ne pas acheter de produits au marché noir, tout en organisant la prohibition des liquides aromatisés qui va y pousser près de 10 millions d'utilisateurs. On pourrait croire à une scène du film Idiocracy. Mais ce spectacle d'une bêtise désolante est celle de la bureaucratie de santé publique américaine actuelle. "N'utilisez pas de produits de vapotage - en particulier ceux contenant du THC - obtenus dans la rue ou d'autres sources illicites ou de réseaux sociaux", hurle la Food and Drug Administration (FDA) dans son communiqué publié hier. Dans le même temps, l'agence est le moteur de la multiplication des interdictions de liquides de vapotage aromatisés dans tout le pays, alors que ce type de produit n'est pas à l'origine des empoisonnements pulmonaires. La FDA avait déjà fixé à mai prochain la date butoir d'un cahier d'homologation comme produit du tabac techniquement et financièrement intenable pour les entreprises de vape indépendantes.

Calcul morbide de politiciens

Pourtant l'origine des empoisonnements est claire, bien qu'il reste à déterminer si ceux-ci sont de nature chimique ou lipidique. Les 18 personnes décédées d'empoisonnements pulmonaires avaient consommé des produits du marché noir au THC. Selon les données du Center for Disease Control (CDC), plus de 78% du millier de patients sous observation déclarent avoir consommé des liquides au THC du marché noir. Une large part des 22% restant refusent, comme ils en ont le droit, de déclarer s'ils consomment ou non des liquides au THC, illégaux dans la plupart des Etats du pays. 

Les autorités américaines semblent incapables de faire une simple soustraction pour retirer les personnes refusant de répondre et calculer le taux de personnes "avouant" avoir consommer des produits illicites sur le total des déclarations. L'enjeu de cette incapacité de calcul élémentaire est que si ce taux est suffisamment important, alors les autorités sanitaires ne pourraient plus incriminer officiellement sans raison le vapotage légal. Cette politique du doute a un but: nourrir la peur par l'incertitude.
Le traitement médiatique de cette vague d'empoisonnements pulmonaires restera "dans les livres d’histoire de santé publique comme l’une des plus grandes campagnes de désinformation et de tromperie publique jamais menées. Une campagne immorale de «panique morale» basée sur la fiction, l'intimidation, la terreur, la confusion et la désinformation", argumente le Pr Konstantinos Farsalinos, du Centre de cardiologie d'Athènes, dans un long billet sur son blog. [résumé en français par le Vaping Post] Il prend en exemple un article d'un des journaux du multi-milliardaire Michael Bloomberg, pour lister les contre-vérités assénées depuis deux mois sans interruption sur cette affaire. En Suisse, nous avions relevé la falsification d'un témoignage par la RTS, mais la liste des mensonges et tromperies sur cette affaire est impossible à dresser tant elle est massive.

Épidémie de prohibitions

Or, les empoisonnements aux liquides frelatés illicites ont servi à déclencher une vague de prohibition des produits de vapotage, légaux jusque-là, aux Etats-Unis. L'Etat du Massachusetts en a interdit toute vente pour au moins quatre mois, tandis que le Michigan, l'Etat de Washington et New York ont ​​interdit les liquides aromatisées. Un appel, avec effet suspensif, est en cours devant la Cour Suprême de New-York. Le million d'habitants du comté de Los Angeles (Californie) seront privés d'accès légal à des produits de vape aromatisés à la fin du mois, imitant la décision de la ville de San Francisco. L'Ohio s'apprête aussi à le faire. Le président Trump a même évoqué un projet de prohibition au niveau national. Les annonces se succèdent à un tel rythme, qu'il est possible que cette liste ne soit pas complète.
"Je trouve cynique que la FDA recommande de ne pas utiliser de produit de vape acheté au marché noir. Pendant que notre gouvernement s'affaire à créer un environnement qui oblige les vapoteurs de nicotine à acheter des liquides aromatisés au marché noir", Phil Busardo, figure du mouvement des vapoteurs, sur son compte facebook.

Des voix résistent au maccarthysme anti-vape

Malgré la chasse aux sorcières hystérique contre le vapotage, certaines voix de santé publique s’opposent à la frénésie anti-réduction des risques. "Par un effet pervers, on va pousser les gens vers le même type de produits que ceux qui causent l'épidémie", déclare le Pr Leo Beletsky, de la NorthEast University, dans le Los Angeles Times

"Les interdictions semblent vraiment mal configurées pour résoudre le problème en question", précise l'universitaire qui craint le développement d'un marché souterrain non réglementé pour les produits de vapotage nicotinés. De son côté, Helen Redmond, addictologue new-yorkaise, redoute surtout "un retour au tabagisme pour les vapoteurs" , dans la revue de réduction des risques Filter.

Les opportunistes sont chauds

L'hystérie anti-vape profite évidemment aux cigarettiers. Non seulement, elle relance les ventes de cigarettes, dont la chute a mis en difficulté les budgets des Etats ayant contracté des emprunts toxiques adossés à ces ventes, mais elle offre aussi aux Big Tobacco l'opportunité de démarquer leurs nouveaux produits de tabac chauffé. A titre d'exemple, CNN présente la cigarette trop chauffée Iqos de Philip Morris comme "une nouvelle manière de consommer de la nicotine ni vapotage, ni cigarette". C'est de bonne guerre a t-on envie de dire et la stratégie commerciale est rodée. Le cigarettier vaudois s'est entraîné à profiter des campagnes anti-vapotage d'Addiction Suisse pour pousser son produit à domicile.

Mass murder

Au lieu de résoudre l'origine des produits frelatés au THC en réglementant ceux-ci, les autorités américaines s'apprêtent donc à y ajouter un nouveau désastre de santé publique similaire à la prohibition de l'alcool dans les années 1920'. Ou plus récemment celui de la crise des opioïdes de synthèse où 3 millions de consommateurs de produits pharmaceutiques légaux rendus accros, dont les prescriptions ont été limitées du jour au lendemain sans mesure de réduction progressive, ont été jetés sur le marché noir des dealers de fentanyl, d'oxycontine et d'héroïne. Plus de 250'000 en sont morts depuis trois ans.
"L’approche que nous avons adoptée à ce jour en ce qui concerne la nicotine pourrait constituer une bonne production théâtrale kafkaïenne, mais c’est une politique de santé publique tragique", Pr David Sweanor, de l'Université d'Ottawa, dans la revue Hospital News.
Les responsables de santé publique américains prennent donc l'habitude de programmer des massacres de masse, alors que près de 480'000 de leurs concitoyens meurent prématurément chaque année de maladie provoquées par le tabagisme sans que les médias n'en fassent plus que quelques entre-filets convenus. 

La fabrique du consentement par la peur

Bien que près de 3,5 millions avaient réussi à se libérer de la cigarette grâce au vapotage, environ 35 millions d'américains fument encore. Pour une très grande part membres des classes populaires, avec des revenus et des niveaux éducatifs les plus bas. Délaissés de l'intelligentsia démocrate aussi bien que des affairistes trumpiens, leur droit à accéder à un moyen de réduction des risques, leur droit à l'information et à la liberté d'expression sur ce sujet sont totalement niés par les élites américaines. 

A la place, un club de richissimes desperate housewives des Hampton kidnappe le débat autour de peur névrotique sur le risque pour les "enfants". Or, cette peur n'a pas de fondement réel comme le démontre l'analyse statistique des Pr Martin Jarvis, Robert West et Jamie Brown publiée cette semaine. Il n'y a pas d'épidémie d'addiction à la nicotine à cause du vapotage chez les adolescents américains. Mais ce fait étant black-outé par les médias, il n'a pour ainsi dire pas d'existence. Il restera inconnu de l'opinion publique. Tout comme les études qui montrent que les restrictions, et a fortiori une prohibition, du vapotage favorisent le tabagisme adolescent.


jeudi 3 octobre 2019

USA: commentaires scientifiques sur les biopsies de 17 empoisonnements pulmonaires

Hier, une communication de médecins des cliniques Mayo (USA), publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM), indique que les lésions pulmonaires de 17 patients étudiées sont très probablement liées à une toxicité directe ou à des lésions tissulaires dues à des émanations chimiques nocives. Des scientifiques britanniques ont commenté cette communication médicale pour la contextualiser, tandis que les médias francophones ont joué la carte du sensationnalisme sans retenue*. Les médecins américains ont affublé la question du sobriquet ridicule, si ce n'est inconvenant dans les circonstances, de VAPI pour Vaping-Associated Lung Injury.  Parmi les 17 patients sur lesquels des biopsies ont été procédées, 11 répondaient aux critères d'un diagnostic «confirmé» de lésion pulmonaire, tandis que les 6 autres répondaient aux critères d'une désignation «probable». 

Tous les patients ont des antécédents de vapotage, dont certains uniquement de produits de THC et d'autres sans précision dans la communication, qui n'a pas non plus détaillé les antécédents tabagiques de certains patients. Les médecins n'ont pas vérifié la présence de pseudo-cannabinoïdes de synthèse. Pour 12 des patients, la consommation de produits au THC a été établie, généralement rapportée par des proches car la plupart des patients ont été rétifs à reconnaître utiliser une substance illégale soulignent les chercheurs. La communication ne précise pas si ceux-ci sont dans les cas confirmés ou probables, ni si la provenance des produits était tous du marché noir. 11 patients sont de l'Arizona, 5 du Minnesota et un de Floride, trois états où l'usage de cannabis récréatif est illégal. "Dans tous les cas, les résultats histopathologiques ont révélé des types de lésions pulmonaires aiguës, notamment une pneumopathie fibrineuse aiguë, des lésions alvéolaires diffuses ou une pneumonie organisée, généralement bronchiolocentrique et accompagnée de bronchiolite", précise la communication des médecins.

"Une attention récente a été accordée à la possibilité qu'une lésion pulmonaire associée à la vaporisation puisse constituer une pneumonie lipoïde exogène. Cependant, aucun de nos cas n'a montré de preuve histologique de pneumonie lipoïde exogène et aucune preuve radiologique de celle-ci n'a été trouvée", poursuivent les cliniciens, avant de nuancer leur remise en cause de l'hypothèse de pneumonie lipidique liées à l'inhalation de liquide de vapotage de THC frelatés à l'huile. Nous avions déjà évoqué dés le mois d'août la possibilité de pneumopathies chimiques, notamment en lien avec la détection de taux élevés de Myclobutanil, un fongicide extrêmement toxique lorsqu'il est chauffé.

Les deux hypothèses: empoisonnements chimiques ou lipidiques

Cependant les médecins des Cliniques Mayo précisent que ces "observations suggèrent que cette constatation doit être interprétée avec prudence, dans la mesure où il peut simplement s'agir d'un marqueur d'exposition et pas nécessairement d'un marqueur de toxicité. Bien qu'il soit difficile d'écarter le rôle potentiel des lipides, nous pensons que les modifications histologiques suggèrent plutôt que les lésions pulmonaires associées au vapotage représentent une forme de pneumonite chimique centrée sur les voies respiratoires à partir d'une ou plusieurs substances toxiques inhalées plutôt que d'une pneumonie lipoïde exogène en tant que telle, mais les agents responsables restent inconnus".

Commentaires de la Pr Linda Bauld et du Pr John Britton

Le Science Media Centre, le site scientifique promu par le Comité des sciences de la Chambre des Lords britannique, a publié des éclairages sur les résultats de cette communication. "L’étude confirme que des lésions pulmonaires aiguës se sont produites. Les chercheurs ont découvert qu'il ne s'agissait pas d'effets indésirables chroniques - c'est-à-dire ceux qui se sont accumulés sur une longue période et qui causent une maladie - mais plutôt la preuve d'une éclosion similaire à un empoisonnement", souligne en premier lieu la Pr Linda Bauld, de l'Université d'Edimbourg. 

"Ceci fournit une preuve supplémentaire qu'il est extrêmement improbable, voire impossible, que des e-liquides aromatisés à la nicotine du type de ceux utilisés par des millions de personnes dans le monde depuis une décennie (y compris au Royaume-Uni) soient à l'origine de ces blessures. Au lieu de cela, les contaminants semblent être à blâmer. La plupart des preuves suggèrent des adultérants dans le vapotage de cannabis, mais d'autres produits peuvent être impliqués", précise la chercheuse.

La prohibition aggrave les risques

Avant d'insister sur l'augmentation des risques que provoquent les prohibitions: "Aux États-Unis, l'interdiction récente de tous les produits de vapotage aromatisés ne va pas empêcher d'autres cas comme ceux-ci si le coupable est un produit contaminé acheté au marché noir. En effet, les interdictions peuvent aggraver le problème en limitant l'accès et en poussant les gens vers des sources illicites".

Un problème américain

De son côté, le Pr John Britton, directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool et consultant en médecine respiratoire à l'Université de Nottingham, note que "ces échantillons ne montrent pas d'accumulation de lipides, ce qui indique que la cause n'est pas lipidique en soi, mais quelque chose d'autre dans la vapeur. Comme il s’agit d’un petit nombre de cas, nous ne savons pas à quel point il est représentatif, mais ces indications sont utiles"

Avant de souligner le caractère localisé de la vague de cas. "C’est donc quelque chose qui se trouve dans les fluides de vape américains, ou quelque chose au sujet des cigarettes électroniques particulières utilisées par les personnes touchées, mais cela reste quelque chose de distinct du vapotage en général et en particulier du vapotage de nicotine".

* Add: sur le sensationnalisme des médias francophones sur cette étude, on peut lire cet article de Vap'You https://www.vapyou.com/propagande-anti-vape-afp-morts/


[Article censuré] La fraude de Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée

Nous avons publié le 19 juillet 2019 un article relatant des lettres de deux chercheurs universitaires américains dont l'analyse des données montre que l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta parue dans le journal de l'American Heart Association (AHA) affirmant un risque accru du double de crise cardiaque lié au vapotage est frauduleuse. Ces chercheurs avaient écrit au journal pour demandé la rétraction de cette publication frauduleuse. Le Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) a estimé que ces lettres des chercheurs contenaient des données de l'enquête de population sur le tabac et la santé (PATH) qui doivent être restreintes. L'ICPSR exige des auteurs qu'ils "détruisent de manière sécuritaire" tous les documents concernés qu'ils soient sur format papier ou électronique.

Nous avons le plus grand respect pour la vérité et l'information du public, et rien n'indique que la destruction des informations requise n'est justifiée par des erreurs. L'ICPSR utilise une clause de protection des données des personnes enquêtées pour faire censurer cette analyse de la fraude de Stanton Glantz, bien qu'aucun nom ni indice sur l'identité des personnes de l'enquête de population ne soient apparent dans les documents voués à destruction. 

Cependant, nous avons également le respect des personnes et ne désirons pas attirer des ennuis à des chercheurs dont le seul "crime" est d'avoir révélé une fraude. Nous dépublions l'article du 19 juillet 2019 intitulé "La fraude Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée". Nous publions en revanche ce nouvel article titré "[Article censuré] La fraude Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée", qui remplacera également dans l'archive du blog l'article dépublié, bien qu'il ne nous soit plus permis de sourcer les éléments de manière aussi précise et souhaitable qu'auparavant. En complément de cet article, nous conseillons de consulter le blog (en anglais) de Clive Bates, notamment la partie 6, sur les allégations infondées de Stanton Glantz.

[Add à 12h: Par ailleurs, une étude publiée dans Therapeuthic Advances in Chronic Disease le 27 septembre, conclue à l'absence de risque cardiaque accru chez les vapoteurs sur la base de l'analyse des données de la National Health Interview Surveys (NHIS) des années 2016 et 2017 sur près de 60'000 personnes. "Aucune association statistiquement significative n’apparaît entre l'utilisation de cigarettes électroniques et les infarctus du myocarde ou les maladies coronariennes. Les associations entre les facteurs de risque établis, y compris le tabagisme, et les deux types de problèmes étaient remarquablement cohérentes", précisent le Dr Konstantinos Farsalinos, Pr Riccardo Polosa, Fabio Cibella et le Pr Raymond Niaura, auteurs de l'étude. ]

Add à 19h : Le Pr Brad Rodu publie un billet qui revient sur le sujet sur son blog personnel https://rodutobaccotruth.blogspot.com/2019/10/a-false-connection-between-e-cigarettes.html

La révélation de la fraude interdite de communication

On attendra encore longtemps un correctif de l'AFP... Le hoax sur l’accroissement des risques de crise cardiaque à cause du vapotage est démasqué. Mais sa révélation est interdite de communication. Largement relayé par la presse, l'ingénieur Stanton Glantz, de l'Université de San Francisco, a affirmé que la vape double le risque de crise cardiaque. Mais comme cela était soupçonné par de nombreux scientifiques, son étude co-signée avec Dharma Bhatta dans la revue de l'American Heart Association (AHA) est frauduleuse.

Deux chercheurs, à qui il a été interdit le 30 septembre 2019 de communiquer sur le sujet, ont épluché les données brutes de l'enquête Population Assessment of Tobacco and Health (PATH) sur laquelle Stanton Glantz s'est appuyé. Le résultat dont Vapolitique a eu connaissance est que sur les 38 cas de vapoteurs ayant eu des crises cardiaques recensés, 28 d'entre eux les ont eu avant de vapoter, en moyenne plus de dix ans avant. Restent 10 vapoteurs ayant eu des crises cardiaques sur les 25'0000 personnes que comporte l'enquête PATH. Rapporté à l'ensemble des vapoteurs de l'enquête, cette dizaine de cas donne un risque environ trois fois moindre que celui annoncé par l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta. Un risque proche des données concernant les ex-fumeurs sur le sujet en général.

Le 11 juillet 2019, une demande officielle de rétraction de l'article frauduleux a été adressée à l'AHA. Les auteurs de cette demande ont désormais l'interdiction par le Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) de rendre publique son contenu, au prétexte de la protection de données personnelles de l'enquête de population PATH. Cette lettre, portée à la connaissance du public par le journal USA Today dans son édition du 19 juillet, a été consultée par Vapolitique. Nous pouvons affirmé que Stanton Glantz et Dharma Bhatta n'ont pas pris en compte dans leur étude l'information détaillée de l'enquête PATH à la fois le moment où les participants ont été informés pour la première fois qu'ils ont eu une crise cardiaque, ainsi que le moment où ces participants ont commencé à utiliser le vapotage.
En résumé, les vapoteurs sont beaucoup moins enclins à avoir une crise cardiaque, et n'ont surement pas le double de risque
En tenant compte de cette chronologie des événements des personnes enquêtées, le calcul des risques de crise cardiaque chez les vapoteurs par rapport au reste de la population donne des chiffres tout à fait différents que ceux avancés par Stanton Glantz. Au lieu d'un risque doublé, on trouve une risque sensiblement réduit de crise cardiaque chez les vapoteurs par rapport à la population en général. Ce qui est concordant avec les données relevées chez les autres ex-fumeurs en général. Les chiffres du calcul ré-effectué par les chercheurs nous sont désormais interdits d'être publiés, bien qu'ils ne présentent aucun violation de données personnelles.

En juillet en réponse, Stanton Glantz a invoqué une analyse secondaire dans l'étude publiée par l'AMA. A la page 9 (tableau S6) de cette analyse secondaire, Stanton Glantz et Dharma Bhatta ont estimé que tout vapoteur ayant eu un infarctus du myocarde depuis 2007 était victime du vapotage. Sur les 16 personnes concernées dans l'enquête, 6 ont eu cette crise depuis 2007 mais plusieurs années avant de se mettre à vapoter. Cette analyse secondaire ne réduit pas les lacunes générales de l'étude, puisqu'elle comporte elle-même de graves erreurs de chronologie entre les événements corrélés.

Ce n'est pas une erreur, c'est un mensonge

Cette analyse secondaire montre que Bhatta et Glantz savaient que de nombreux vapoteurs actuels ont eu une crise cardiaque avant de commencer de vapoter. Leur affirmation publiée dans le journal de l'AHA et très médiatisée que la vape est un facteur de risque accru de crise cardiaque ne tient pas. La demande de rétraction de l'étude au journal de l'AHA avait donc été maintenue, mais cette demande est désormais interdite d'être communiquée au public par le Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) au prétexte de la protection de données personnelles de l'enquête PATH.

Dans un article le 19 juillet du journal USA Today (*) à propos de cette plainte, le Pr Raymond Niaura, de l'Université de New-York, confirme l'absence de rigueur et de preuve des affirmations de Stanton Glantz. Ayant également réanalysé pour vérification des études sur les liens entre vapotage et crise cardiaque, le chercheur conclue: "nous n'avons trouvé aucune relation entre vapotage et crise cardiaque. Nous ne sommes tout simplement pas en mesure de répondre à la question fondamentale de ce qui est survenu en premier".

Le réel danger cardio-vasculaire est le monoxyde de carbone

Une fois dévoilée la fraude de Stanton Glantz et Bathra Bhatta pour gonfler le nombre de vapoteurs, il resterait une dizaine de cas de crises cardiaques de vapoteurs dans le suivi PATH (qui comprend plus de 25'000 américains). D'autres facteurs tout autre que leur vapotage peuvent être impliqués dans ces crises: à commencer évidemment par leur tabagisme passé, comme le soulignait le Pr Carl Philipps sur les recherches à ce propos. En l'état des connaissances, non seulement rien ne prouve un risque accru de crise cardiaque lié au vapotage, mais rien n'indique même qu'il y a une inquiétude à avoir sur cette question. 

Le monoxyde de carbone dégagé en masse par la fumée de cigarette reste le principal facteur de détérioration cardio-vasculaire lié au tabagisme. Il est totalement absent du vapotage. Le message salutaire essentiel à donner aux fumeurs cardiaques reste d'arrêter de fumer. Le vapotage peut aider certains d'entre eux pour quitter la cigarette. Affirmer le contraire est irresponsable et criminel. Les médias qui ont colporté les propos frauduleux de Stanton Glantz se doivent de corriger cette désinformation.

(*) Conflits d'intérêt croisés

USA Today a choisi de dramatiser la nouvelle sous forme d'opposition de personnes entre Stanton Glantz et Brad Rodu. Une large part de l'article concerne les potentiels conflits d'intérêt des deux protagonistes.

D'un côté Brad Rodu, à qui il a été refusé des crédits pour des recherches sur le snus qu'il voulait mener dans les années 1990', a accepté des aides financières de firmes cigarettières. Depuis, les données épidémiologiques en Suède ont confirmé le bien-fondé de ses travaux sur la forte réduction des risques du snus.

Happening contre l'impunité de Stanton Glantz
De l'autre, Stanton Glantz, ingénieur aéronautique, s'est reconverti dans la lutte anti-tabac durant les années 1990' à l'aide de financement des firmes pharmaceutiques telles que Johnson & Johnson. Actuellement, il bénéficie de deux crédits fédéraux de 20 millions $ chacun, l'un du NIH, l'autre pour des recherches anti-tabac et anti-vape de la FDA. Accusé d'harcèlement sexuel et de discrimination raciste par plusieurs de ses étudiantes, il a négocié un arrangement financier pour stopper les poursuites en justice de ses victimes.

Une analyse invalide la thèse d'une épidémie de dépendance à la nicotine chez les lycéens américains

C'est le prétexte aux projets d'interdiction d'arômes, de prohibition totale et aux taxes contre le vapotage. Mais c'est un prétexte sans fondement. La peur entretenue d'une épidémie de dépendance à la nicotine à cause du vapotage chez les lycéens américains se révèle creuse à l'analyse. A partir des données de l'enquête nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), une équipe de chercheurs de renommée mondiale montre que moins de 1% des jeunes non-fumeurs ont utilisé fréquemment des produits de vapotage en 2018. "Les données de l'enquête NYTS ne corroborent pas l'affirmation selon laquelle une nouvelle épidémie de dépendance à la nicotine serait liée à l'utilisation du vapotage, pas plus qu'elles ne soutiennent une inquiétude de voir le recul du tabagisme chez les jeunes se résorber après des années de progrès", concluent les Pr Martin Jarvis, Robert West et Jamie Brown de l'University College of London. 

Publiée sur la plateforme d'open-science Qeios, l'analyse a repris les données brutes de l'enquête NYTS de 2018 rendues accessibles seulement en mars 2019, en les recoupant avec les données des années précédentes (de 2014 à 2017) pour vérifier les antécédents d'usages des différents produits nicotinés. L'expérimentation a augmenté en 2018 et 20,8% des lycéens ont déclaré avoir vapoté le mois précédent l'enquête mais seulement un quart de ces utilisateurs ont vapoté de manière fréquente. Tandis que 61,8% d'entre eux n'ont fait qu'essayer moins de 10 fois dans leur vie de tirer sur une vaporette.

Utilisation fréquente essentiellement chez des jeunes déjà fumeurs

"Notre analyse des données de NYTS de 2018 et des années précédentes montre une forte association entre la consommation de produits du tabac et le vapotage au cours de la vie: en 2018, les lycéens qui avaient fumé plus de 100 cigarettes au cours de leur vie étaient environ 27 fois plus susceptibles d'avoir vapoté au cours des 30 derniers jours par rapport aux étudiants qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac. L'utilisation de cigarettes électroniques au moins 20 jours au cours du dernier mois n'a été observée que chez 1,0% de ceux qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac en 2018", énumère l'équipe d'épidémiologues.

"Parmi les lycéens, nous avons constaté que, pour la grande majorité de ceux qui avaient déjà fumé, les cigarettes ont été le premier produit de tabac essayé, avant toute utilisation de vapotage. Il est clair que pour ces étudiants, leur consommation de cigarettes et le développement d’une dépendance caractéristique à la nicotine doivent être attribués à la consommation de cigarettes, plutôt qu’au vapotage", précisent les chercheurs. En version courte, le vapotage n'a pas inventé le tabagisme adolescent. Au contraire, la chute du tabagisme des lycéens américains se poursuit, étant passé de 28,5% en 1999 à 8,1% en 2018. "Le déclin rapide observé des essais de produits combustibles et de la prévalence de l'usage de la cigarette depuis 1999 n'a donné aucun signe de renversement depuis l'essor de l'utilisation de la vape en 2011".

Signes de dépendance rares chez les vapoteurs

"Les symptômes de dépendance étaient rares chez les étudiants qui utilisaient le vapotage sans avoir utilisé d'autres produits du tabac", synthétise l'étude. 3,8% des vapoteurs exclusifs ont déclaré sentir du manque, contre 74,5% des fumeurs. Par ailleurs, la catégorisation controversée du vapotage comme produit de tabac par les autorités américaines ne remporte pas l'adhésion de tous les lycéens. La moitié des vapoteurs exclusifs nient avoir consommé un produit de tabac. "À tout le moins, cela suggère que leur image de soi n'est pas celle d'un consommateur de produits de tabac. Cette perception du vapotage comme quelque chose de différent et distinct du tabac pourrait servir à réduire leurs chances de devenir consommateurs de produits de tabac conventionnels", souligne l'équipe menée par le Pr Jarvis.

Un gouffre béant entre les données et la communication

L'étude se conclut avec une touche de diplomatie très britannique. "Le présent document n’est pas destiné à remettre en cause l’orientation actuelle de la politique de la FDA en matière de réglementation du vapotage. Ce serait présomptueux de notre part. Nous avons plutôt cherché à examiner les preuves présentées pour appuyer les nouvelles initiatives réglementaires. Nous trouvons un gouffre béant entre la vision d’une épidémie d’usages de vapotage menaçant d’engouffrer une nouvelle génération dans la dépendance à la nicotine et la réalité des preuves contenues dans l'enquête NYTS". 

Les médias donneront-ils autant de couverture à cette analyse qu'aux déclarations de Scott Gottlieb sur cette enquête en décembre? L'ex-Commissaire de la FDA, depuis passé au Conseil d'administration du géant pharmaceutique Pfizer, avait alors parlé d'une inquiétante épidémie de vapotage chez les jeunes qui risquait d'entraîner une génération dans la dépendance à la nicotine. L'onde de choc de l'annonce a permis des mesures réglementaires contre le vapotage. Cette nouvelle analyse, qui confirme les chiffres et les tendances analysés d'autres études notamment celle sur les données de 2015, devrait remettre en cause ces décisions. Mais on peut en douter...



dimanche 15 septembre 2019

Simple erreur ou mensonge délibéré: la RTS corrigera t-elle son sujet sur le vapotage du 5 septembre? (MàJ)

Le reportage a le ton de l'angoisse. Et pour cause, il s'agit d'empoisonnements pulmonaires et de décès. Le 5 septembre, le journal télévisé de la RTS traite le sujet des "malades liés au vapotage" aux Etats-Unis. A aucun moment, le fait que les victimes ont consommé des liquides frelatés et illicites au THC provenant du marché noir n'est évoqué. Au contraire, le sujet rend sensible le problème en présentant Adam Hergenreder comme rendu malade à cause de son vapotage de Juul depuis un an. Sauf que la version de la RTS diffère sensiblement de l'interview original par CBS.

Les mêmes images mais deux histoires contradictoires sur CBS et la RTS

Le jeune homme de 18 ans de l'Illinois a été hospitalisé et placé temporairement sous respiration artificielle. Le commentateur de la RTS affirme que la maladie pulmonaire du jeune homme fait suite à sa consommation de vapotage de la marque Juul depuis un an. En fait, Adam Hergenreder vapote depuis deux ans, sans problème précédemment. Mais il surtout reconnait à CBS News avoir aussi consommé des produits illégaux de vape au THC les mois précédents sa crise de détresse respiratoire. "Je les ai eu auprès d'une sorte de dealer de drogues", explique t-il à CBS.

Le sujet de la chaîne américaine montre clairement que le problème est très probablement lié à un additif huileux à la vitamine E des liquides illégaux, utilisé par les dealers pour tromper leurs clients sur la qualité de leur marchandise. De son côté, la RTS a utilisé les mêmes images et éléments de l'interview, mais en coupant tous les passages concernant les produits illégaux impliqués dans l'empoisonnement du jeune homme. Celui ressemble fort à une 'Patrick Poivre d'Arvor': le traficotage d'un interview pour induire en erreur l'auditeur. Mais peut-être n'est-ce qu'une erreur que la RTS va corriger? [MàJ: Voir réponse du 19H30 ajoutée en fin d'article...]


Le reportage de CBS News du 5 septembre se trouve en ligne:
Celui de la RTS de la même date:

La politique du pire

Est-il besoin de préciser que l'interdiction de vente de liquides aromatisés que promeut le reportage de la RTS n'aura aucun effet sur les produits frelatés du marché noir, tels que celui consommé par Adam Hergenreder? Probablement, puisque la chaîne de télévision d'Etat n'a pas jugé opportun de le signaler au public romand.

Pire, si on prend quelques secondes de réflexion, on peut craindre qu'une prohibition empire la crise. "Si la plupart des produits de vapotage se retrouvent interdits aux États-Unis, alors les fumeurs retourneront au tabac et, pour ceux qui ne le feront pas, la demande pour des produits au marché noir va augmenter. Un marché illicite florissant est beaucoup plus susceptible de nuire à la santé", estime la Pr Linda Bauld, spécialiste de renommée mondiale sur le tabac de l'Université d'Edimbourgh, sur le site gouvernemental Science Media Centre.

Et le pire de la politicaillerie

Ce lundi, le Conseil des Etats va se prononcer sur le projet de loi tabac (LPTab), dont l'objet principal est d'entraver le vapotage par diverses restrictions. Avec un milliards de Fs par an de vente de tabac pour les cigarettiers, autant pour les vendeurs (kiosques et chaînes grande distribution), trois milliards de médicaments vendus aux fumeurs tombés malades, 2,5 milliards de taxes récoltées et 7 milliards de rentes AVS économisés sur les fumeurs morts prématurément, le dossier pèse lourd. Trop peut-être pour que la RTS offre une information honnête au public sur le sujet de la réduction des risques et du vapotage. Déontologie, honnêteté, tout ça...

16-09-19 à 11h : Le compte tweeter du journal télé 19h30 de la RTS a répondu :




samedi 14 septembre 2019

Spécial JIM - Accidents aux USA avec des produits frelatés: les infos qu'on trouve si on cherche

Ce matin, le Journal International de Médecine (JIM) m'étrille, en la bonne compagnie du Docteur et blogueur Jean-Yves Nau. "Vapolitique (...) n’a pour l’heure pas proposé d’informations complémentaires (voire de rectifications)", pique Aurélie Haroche sur le dossier des décès et malades aux Etats-Unis, liés selon mes informations à des produits frelatés de vapotage. Ce dont semble douter la journaliste spécialisée. Peut-être est-ce une réaction personnelle, mais il me semble étrange de pointer les éventuelles lacunes d'un blog d'un bénévole - en l'accusant à la fois de ne pas avoir publier de nouveau billet sur le sujet et de "matraquer" une information (sic!) -, sans questionner les défaillances d'information des médias professionnels et des autorités sanitaires.

Des faits

Je maintiens que l'AFP a caché au public francophone que dés le 25 juillet, le frère de la première victime décédée avait révélé devant les caméras de Fox6 qu'il utilisait des produits frelatés du marché noir. Cette omission est clairement de la désinformation. Et Aurélie Haroche ne présente aucun élément invalidant cette catastrophe de santé publique que représente la désinformation sensationnaliste des médias mainstreams français sur ce dossier, à l'exception heureuse de Libération.

Mais surtout, depuis mon dernier billet sur le sujet, rien de crédible et pertinent n'a invalidé que la source des accidents est liée à des produits frelatés de vape avec THC provenant du marché noir. Le 9 septembre, la Food and Drug Administration (FDA) a d'ailleurs publié un avertissement aux "consommateurs pour qu'ils prennent soin d'eux-mêmes en évitant les produits de vape au THC" qui au niveau fédéral sont illégaux.

Le Département de Santé de l'Etat de New-York avait précédemment laissé fuiter que les malades avaient pour la quasi-totalité reconnu avoir consommé des produits illicites de vape au THC du marché noir, puis a précisé qu'un additif huileux de vitamine E était probablement en cause, dans la Washington Post. A noter que plusieurs des malades qui n'avaient dans un premier temps pas osé "avouer" avoir consommé ce type de produits illégaux, l'ont ensuite reconnu.

Un peu de logique face à l'idiocracie peut-être ? 

Mais en plus des éléments factuels sur les cas, une réflexion assez simple sur la survenue de problèmes concentrés dans un laps de temps très court par rapport à un produit utilisé depuis 2003 suffit. Le 5 septembre sur son blog, le Dr Konstantinos Farsalinos a présenté l'hypothèse de faire comme si nous ne savions rien de l'usage de liquides frelatés du marché noir par les malades. "Alors, utilisons des principes d'épidémiologie simples pour comprendre l'épidémie récente", précise t-il avant de rappeler que, populaire depuis 2009, le vapotage est utilisé aux Etats-Unis par environ 10 millions de personnes, âgées en moyenne d'environ 40 ans, sans vague de problèmes sanitaires.

"Les autorités [américaines] ont précisé qu'il s'agit de cas aigus. Bien que divers médias aient présenté cette maladie comme une mystérieuse maladie pulmonaire, il s'agit en fait d'un empoisonnement des poumons qui se traduit cliniquement par une insuffisance respiratoire grave", explique t-il. "Ces cas ne sont pas liés à des produits de vapotage disponibles depuis des années aux États-Unis et sur le marché mondial. Cela n'a absolument aucun sens que les mêmes produits qui ont été utilisés pendant des années par des millions de personnes et qui n'ont jamais provoqué d'épidémie soient la cause aujourd'hui d'une maladie aiguë ", ajoute t-il, "ces cas ne sont pas liés à des produits qui sont généralement utilisés par le vapoteur lambda. Aux États-Unis, l'âge moyen des vapoteurs adultes est différent de celui des adultes ayant souffert de cette affection aiguë".

Enfin, la soudaineté de la vague de malades indique que "ces cas sont liés à la sortie récente de nouveaux produits (qui n'étaient pas disponibles sur le marché auparavant), à une modification récente de la composition de produits précédemment disponibles sur le marché, ou à un problème récent de processus de fabrication ou de matériaux de produits qui étaient auparavant disponibles sur le marché". Le Dr Farsalinos déplore que "ces conclusions, dérivées de l'application de principes d'épidémiologie simples, ont été largement ignorées par la plupart des autorités, des régulateurs et des scientifiques. Au lieu de cela, nous assistons à une campagne persistante, frénétique et sans précédent contre la vapotage classique, (...) si intense et si injustifiée du point de vue épidémiologique qu’elle dépasse la définition du biais de confirmation".

Se documenter ou hurler pour vendre de la peur? 

Mais le Dr Konstantinos Farsalinos n'est le seul, d'autres experts médicaux reconnus soulignent la source frelatée des produits en cause. Même des français. Le Dr Bertrand Dautzenberg, pneumologue un peu connu en France, a insisté à plusieurs reprises, notamment sur Europe 1 et lors d'un débat sur France 24 où il confirme l'information de Sébastien Beziau représentant de l'association Sovape. Mes lecteurs en ont déjà probablement pris connaissance, mais insistons pour le JIM au cas où le journal disposerait d'une connexion internet (?) : la Dre Marion Adler a également expliqué très clairement les choses sur France Culture, tout comme Jacques Le Houezec dans Ouest-France, et le Dr Gerard Mathern sur RTL. Ainsi que le Pr Antoine Flahault, de l'Institut de Santé Globale de l'université de Genève, dans les Echos où il rappelle l'histoire du concombre espagnol

Du côté britannique, les autorités de santé, qui cultivent un sens de la responsabilité un peu plus élevé que leurs homologues européennes, ont communiqué officiellement sur le sujet. "Notre conseil sur le vapotage reste inchangé: le vapotage n'est pas totalement sans risque mais il est beaucoup moins nocif que de fumer. Il n'y a aucune situation dans laquelle il serait mieux pour votre santé de continuer de fumer plutôt que de passer complètement au vapotage", précise le Public Health England. Certes, il faut lire l'anglais (peut-être le JIM pourrait-il se doter d'un outil de traduction online ?) :

Sur le site gouvernemental Science Media Centre, la Pr Linda Bauld, de l'Université d'Edimbourgh, et le Dr Lion Shahab, de l'University College London, reviennent sur le sujet. Soulignons l'avertissement de l'expérimentée Linda Bauld sur l'effet pervers que pourrait avoir une prohibition des arômes de vapotage. "Ce qui me préoccupe, c'est que si la plupart des produits de vapotage se retrouvent interdits aux États-Unis, alors les fumeurs retourneront au tabac et, pour ceux qui ne le feront pas, la demande pour des produits au marché noir va augmenter. Un marché illicite florissant est beaucoup plus susceptible de nuire à la santé que de rechercher une réglementation proportionnée du type que nous visons en Europe".

JIM, vous allez me donner combien pour faire votre taf ? 

En bref, à moins d'être dans une tour d'ivoire imperméable, il est difficile aujourd'hui de ne pas savoir que mes indications datant de deux semaines sur l'origine par des produits frelatés du marché noir des problèmes survenus aux Etats-Unis sont confirmées par les experts compétents sur le sujet.

Je me dois de préciser que ma première hypothèse, présentée comme telle, sur le rôle du fongicide Myclobutanil semble s'effacer pour une plus probable source lipidique, liée à un additif de vitamine E ajouté par les dealers pour tromper les clients sur la qualité en concentration de cannabis des produits. Leafly, site spécialisé sur le cannabis, fait un point éclairant et assez complet sur le problème.

Pour information, les forces de police du Wisconsin ont arrêté le 5 septembre deux suspects pour la vente des produits frelatés en cause.

Honnêtement, je devrais facturer ce blog au JIM pour faire le boulot de documentation qu'ils ne font pas eux-mêmes pour leurs lecteurs.

add 17h30 : Ce tweet du Pr Micheal Siegel confirme qu'aux Etats-Unis, les parties concernées du domaine du cannabis agissent plus promptement que les autorités préférant viser une prohibition du vapotage non cannabique
add 18h: j'ai oublié de mettre en lien cet article d'hier de la Royal Society of Chemistry britannique qui fait le point également sur le sujet: Deaths from vaping-linked lung disease in US connected to vitamin E additive

add 22h: puisque j'en suis à faire la documentation... le Gouverneur de l'Etat de New-York a délivré des mandat de comparution pour trois entreprises commercialisant les fameux additifs huileux à la vitamine E, selon le Washington Post du 9 septembre:
https://www.washingtonpost.com/health/2019/09/09/new-york-subpoena-firms-selling-substances-linked-illicit-vaping-products/?arc404=true



mercredi 11 septembre 2019

Le Lancet publie une réfutation de la position anti-vape de l'OMS

"La nicotine sans la fumée: combattre l'épidémie tabagique avec la réduction des risques". C'est l'intitulé d'un article de quatre spécialistes de la lutte anti-tabac publié en open-access le 31 août dans le Lancet, revue scientifique pourtant connue pour ses positions conservatrices sur le sujet. Ils contestent avec force argumentation la ligne anti-réduction des risques pour laquelle l'Organisation Mondiale de la santé a opté dans son dernier rapport sponsorisé par le milliardaire Michael Bloomberg. "Le potentiel du vapotage est qu’il combine une efficacité élevée avec une large adoption par le public. Le dernier rapport de l'OMS est une occasion manquée d'adopter l'innovation et d'exploiter le potentiel des solutions de remplacement du tabac à faible risque", déplorent les auteurs.

Chut!

Les médias maintreams, qui avaient pourtant largement diffusé cet été la position anti-vape du rapport Bloomberg de l'OMS, ont black-outé l'argumentaire signé de Robert Beaglehole, professeur émérite de l'Université d'Auckland spécialiste des maladies non-transmissibles, Ben Youdan, de l'organisation anti-tabac Action on Smoking and Health New Zealand (ASH-NZ), Ruth Bonita, professeure d'épidémiologie à l'Université d'Auckland et Clive Bates, ex-directeur de l'Action on Smoking and Heath britannique (ASH-UK).

L'approche Bloomberg de l'OMS est un échec annoncé

"Le dernier rapport de l’OMS sur l’épidémie mondiale de tabagisme souligne l’importance des meilleures aides de sevrage tabagique fondées sur un modèle de traitement médical. Malheureusement, cette approche a eu un impact limité au niveau de la population en raison de sa faible adoption, et contraste avec l'approche beaucoup plus prometteuse du sevrage tabagique dirigée par le consommateur et basée sur des alternatives plus sûres au tabac fumé", soulignent les spécialistes, notant qu'à peine 4 à 5% des tentatives de sevrage brut à la nicotine réussissent. Le produits pharmaceutiques ne font guère mieux et se sont révélées sans impact significatif après plusieurs décennies sur le marché.

"Il est difficile de défendre que le modèle pharmaceutique est la meilleure pratique alors qu'il y a de plus en plus de preuves que les personnes qui utilisent le vapotage pour cesser de fumer ont de meilleurs taux d'arrêt qu'avec les phamacothérapies", arguent les militants anti-tabac, avant de souligner la clef d'une nouvelle approche contre le tabagisme. "L’impact du vapotage sur la santé publique dépendra principalement de la volonté de plus en plus de fumeurs de changer de mode de consommation de nicotine plutôt que d’arrêter complètement de fumer. Le vapotage répond aux besoins de certains anciens fumeurs en substituant des aspects physiques, psychologiques, sociaux, culturels et à l'identité liés à la dépendance au tabac"

Opter pour une politique intelligente avec la réduction des risques

Outil efficace de substitution à la cigarette, l'adoption du vapotage par les fumeurs va dépendre de son accès et de l'information sur la réduction des risques. Les produits de vape réglementés de manière intelligente réduisent d'au moins 95% les risques par rapport à fumer. Des réglementations excessivement strictes, et a fortiori des prohibitions, telles que le recommande le rapport Bloomberg de l'OMS, poussent les usagers vers les cigarettes ou un marché noir de produits de vape hors contrôle. D'où des accidents liés à des produits de vapotage de THC du marché noir survenus aux Etats-Unis après la rédaction de l'article publié dans le Lancet.

"Invoquer le principe de précaution pour empêcher l'utilisation de produits sans fumée est injustifié face au fardeau énorme des produits du tabac fumé, qui sont disponibles de manière omniprésente", préviennent les auteurs, "la réponse politique aux produits sans fumée doit être différente des stratégies de lutte antitabac existantes, qui incluent des augmentations de taxes, des interdictions de la publicité pour les cigarettes et des restrictions en amont de l'offre"

Assimiler la vape au tabac, c'est protéger le bizness des cigarettes

"Au contraire, les priorités politiques pour les produits sans fumée devraient les exempter des taxes d'accise afin de maintenir une incitation fiscale à la permutation; les réguler plutôt que d'en interdire la commercialisation afin de permettre aux produits sans fumée de contester la domination de la cigarette; organiser des campagnes d'éducation du public sur la minimisation des méfaits; ne pas forcer les vapoteurs à partager des zones fumeurs; et encourager l'utilisation de produits sans fumée comme aide à la cessation tabagique", proposent les auteurs en opposition complète avec la ligne pharmaceutique du rapport Bloomberg de l'OMS.

Avant de déplorer en conclusion: "Il est décevant que dans son dernier rapport sur le tabac, l'OMS s'en tient à une orthodoxie dépassée lorsqu'elle pourrait adopter l'innovation. En assimilant les produits sans fumée à la cigarette, elle ne fait que protéger la mainmise du commerce de la cigarette sur les consommateurs mondiaux de nicotine et va annuler le potentiel de stratégies modernes de réduction des méfaits du tabac"

Depuis, le milliardaire Michael Bloomberg vient d'annoncer investir de nouveau 160 millions de dollars pour viser à faire interdire le vapotage, tandis que les cigarettes continueront de répandre goudrons, monoxyde de carbone et les maladies liées dans la population. Et des documents internes du Secrétariat anti-tabac de l'OMS révèlent la préparation d'une grande offensive anti-réduction des risques au niveau mondial à l'occasion de son prochain Sommet anti-tabac en Hollande en 2020.


dimanche 1 septembre 2019

Décès et hospitalisations aux USA: l'AFP rétracte sa désinformation frelatée sans le dire

Après plus d'un mois à occulter cette information, l'AFP a publié une brève précisant que le décès d'un jeune homme du Wisconsin et les cas d'hospitalisations sont liés à des liquides de vape du marché noir, notamment vendus pour contenir du THC. Cet élément a été passé sous silence dans les médias francophones, à l'exception du Vaping Post, bien qu'il était connu depuis fin juillet. Notamment à travers le témoignage le 25 juillet sur Fox 6 du frère de la personne décédée le 23 août à Milwaukee - voir notre article précédent -. Le nouvel article de l'AFP ne prend pour autant pas la peine d'expliquer qu'il invalide le matraquage de l'agence durant le mois d'août, qui a mis en cause la vape sans distinction en dépit de cette information déjà connue.

[Le tweet de l'AFP donne en lien de sa nouvelle brève l'article publié par le Nouvel Obs]

Le nouvel article échoue aussi à présenter clairement que les quelques 200 cas évoqués par le Center of Disease Control (CDC) n'ont que des symptômes en commun et pourraient pour certains n'avoir rien à voir entre eux. Autrement dit, en l'état on ne peut parler que de syndrome de détresse respiratoire, et non, comme l'ont fait l'AFP et les médias francophones, d'une maladie qui serait clairement établie bien que "mystérieuse" (sic!). Mais user d'un abus de langage est plus inquiétant pour le lecteur évidemment.

Information frelatée et hystérie artificielle

Ces dernières semaines, dans une confusion sensationnaliste, les articles de l'AFP ont déclenché dans les médias français et suisses une vague d'hystérie délirante contre le vapotage sans jamais préciser que le problème concernait des produits frelatés du marché noir hors de tout contrôle de qualité. On peut douter que les médias ayant diffusé peur et doute corrigent à présent leur désinformation précédente.

L'AFP elle-même n'a pas l’honnêteté de le dire clairement dans son nouvel article. Le préjudice pour la réduction des risques, le public, notamment les fumeurs manipulés, et les entreprises de vapotage établies est pourtant indéniable et grave comme l'a souligné Vap'You.

A l'origine du problème: la prohibition qui fait les affaires du marché noir

Le problème sanitaire aux Etats-Unis a été déclenché sur le marché noir de produits de vape prétendument au THC hors de tout contrôle de qualité. Les usagers se retrouvent poussés à recourir au marché noir par les restrictions légales contre le cannabis, ou des taxations rendant hors de prix l'accès aux produits légaux. Depuis près d'un an, les entreprises de cannabis légales alertaient sur la dangerosité de produits frelatés du marché noir, sans que les autorités ne réagissent.

Malgré le refus des autorités de santé américaines de communiquer l'analyse des produits utilisés par les personnes tombées malades, un faisceau de présomption oriente le problème vers deux hypothèses, soit de pneumopathie chimique, soit de pneumopathie lipidique.

Rester calme et s'informer à des sources dignes de confiance

En l'état, les informations les plus précises sur ce dossier se trouvent sur les sites américains spécialisés sur le cannabis, tels que Leafly, ou sur le vapotage, tels que Vaping 360 avec un article très complet. Les associations de réduction des risques telles que NORML California et Tobacco Harm Reduction for Life, ainsi que des acteurs de santé publique honnêtes, à l'image du Pr Michael Siegel de l'Université de Boston, ont informé sur les problèmes spécifiquement liés aux produits du marché noir.

Du côté des médias maintstream francophones, le sensationnalisme, le calcul d'intérêt politicien* ou commercial, ont été privilégiés à la déontologie en occultant l'information connue depuis plusieurs semaines de l'origine illégale du produit frelaté utilisé par le jeune homme décédé au Wisconsin.

* Au moment où des médias et politiciens suisses, voire vaudois, font campagne pour une loi tabac (LPTab) visant avant tout à empêcher les fumeurs de pouvoir passer au vapotage et arrêter de fumer...

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