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vendredi 27 octobre 2017

[zgrub] Robert Mugabe, l'ex-futur Ambassadeur de l'OMS, défend la production de tabac du Zimbabwe

"Le Président Robert Mugabe ne croit pas que le Zimbabwe, dont le tabac est la principale exportation rapportant des devises, doit arrêter d'en cultiver tant qu'en premier lieu, il y a des gens qui fument et en demandent, et d'autre part, tant que des boissons pécheresses sont produites et vendues ailleurs dans le monde, des boissons telles que le whisky, des tas de différentes bières qui comptent bien plus de morts que de juste fumer". George Charamba, porte-parole du Président Mugabe, s'est livré à un numéro d'équilibriste assez surréaliste devant les médias du Zimbabwe. Après la nomination avortée de Mugabe comme Ambassadeur de bonne volonté de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Secrétaire à l'information du Gouvernement du Zimbabwe a expliqué que celui-ci n'était pas au courant et n'aurait de toute façon pas accepté cette nomination. 

La semaine dernière au Sommet sur les maladies non-transmissibles à Montevideo (Uruguay), le Dr Tedros, directeur général de l'OMS, annonçait cette nomination dans son discours d'ouverture. Depuis, le verbatim a été expurgé par les services de l'OMS et le Dr Tedros a annulé cette nomination suite au tollé des organisations de défense des droits humains et la réaction de plusieurs pays occidentaux, tels que le Royaume-Uni, le Canada et les Etats-Unis. Pour sauver la face, comme le souligne malicieusement le magazine Science, le dictateur de 93 ans a donc fait communiquer qu'il n'aurait pas accepté ce poste. "De peur que l'on oublie que le Zimbabwe est un producteur mondialement connu de tabac, et que son chef d'Etat soit considéré comme un Ambassadeur de bonne volonté d'une agence qui a une position bien définie sur la culture du tabac et la vente du tabac", déclare M. Charamba, le porte-parole du Président Mugabe.

George Charamba pense que cela aurait été "une contradiction" et "porté atteinte à l'intérêt national du Zimbabwe". Derrière la réaction vexée du dictateur, il semble pourtant que le Zimbabwe a raté là une opportunité de défendre ses intérêts commerciaux. Le pays au sud de l'Afrique est la seconde puissance mondiale exportatrice de tabac brut derrière le Brésil, qui a placé Vera daCosta au poste de Secrétaire générale du bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS. Autre grande nation de tabac très influente à l'OMS, l'Inde se place troisième en terme de gain de balance commerciale par la vente de tabac non manufacturé. 

Yagdish Kaur, sa représentante à l'antenne de l'OMS pour l'Asie du Sud-Est a appelé, dans la revue Indian Journal of Public Health le 15 septembre, à la persécution des personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage en suivant le modèle de répression en vigueur "en Corée du Nord et en Thaïlande". Arrestation et emprisonnement de vapoteurs y sont courants. Les pratiques de mises à l'isolement, violences, tortures, viols, travaux forcés en détention de ces deux dictatures sont dénoncées par les organisations de défense des droits humains. Suite à l'appel de Yagdish Kaur, des parlementaires de Singapour ont déposé un projet de loi visant aussi à criminaliser les vapoteurs.


mercredi 25 octobre 2017

Thaïlande: le vapoteur suisse condamné mais de retour chez lui


Il avait été arrêté le 26 juillet dernier en Thaïlande pour avoir vapoté. Après avoir été détenu à l'isolement durant six jours dans des "conditions humiliantes et inhumaines", le touriste suisse avait été libéré sous caution et attendait depuis son procès, assigné à rester dans le pays. Il a été condamné à une amende d'un montant inconnu, en plus des frais de justice et d'avocat, mais autorisé a reprendre l'avion pour l'Europe, selon les informations du site suisse Watson. Il échappe ainsi à une peine de prison qui pouvait aller jusqu'à dix ans de réclusion dans les geôles thaïlandaises. "La justice thaïlandaise a été clémente avec le suisse", estime le site suisse-allemand.

L'OMS appelle à la répression

Les vapoteurs locaux ne profitent pas tous de la même indulgence. La junte militaire en Thaïlande interdit le vapotage depuis décembre 2014, alors que le tabagisme est de l'ordre de 42% dans sa population. Le marché des cigarettes y est tenu à 80% par la Thaïland Tobacco Monopoly, entreprise d'Etat. Séduite de cette situation, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) appelle a suivre le modèle de répression thaïlandais et nord-coréen contre les vapoteurs. A travers un article de sa cadre pour l'Asie du Sud-Est, Jagdish Kaur, l'OMS ordonne d'interdire et poursuivre le vapotage à l'exemple des deux dictatures militaires connues pour leur violations des droits humains.

Aucune info pour les touristes suisses

Le site du Département Fédéral des affaires étrangères (DFAE) ne prévient pas explicitement sur sa page les touristes suisses sur la question du vapotage en Thaïlande. De son coté, l'Ambassade thaïlandaise de Berne n'a jamais daigné nous répondre à ce sujet. Au Royaume-Uni par contre, le Foreign Office informe clairement ses ressortissants des dangers actuels de la Thaïlande.


mardi 24 octobre 2017

[Bref] Le tabagisme officiellement stagnant en Suisse

"Le tabagisme stagne donc en Suisse". C'est la conclusion condensée du monitorage Suisse 2016 des addictions (alcool, tabac et drogues illégales) que vient de publier l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP). Selon l'enquête menée, 25,3% des résidents en Suisse de plus de 15 ans fument (contre 25% l'année précédente). "Cette proportion n'a variée que marginalement depuis près d'une dizaine d'années", précisent les auteurs Gerhard Gmel, Hervé Kuendig, Luca Notari et Christiane Gmel de la fondation Addiction Suisse. Le tableau de la situation tabagique en Suisse dessinée par ce monitorage annuel avait été mis en doute suite à sa comparaison avec les données objectives du volume de vente de cigarettes, par des chercheurs de l'Université de Neuchâtel. 

Entre 25% et 40% de fumeurs en Suisse

Sur la base des données de ventes et d'importations de 2014, la consommation réelle de cigarettes était près du double que celle évaluée à partir des déclarations faites lors du monitorage. "Une consommation de 10,8 milliards de pièces correspond à une prévalence de l’usage de la cigarette de 40,2 % (contre 22,9 % selon le Monitorage) ou à une consommation quotidienne moyenne de 18,1 cigarettes (contre 10,4 selon le Monitorage)", concluaient les chercheurs Claude Jeanrenaud, Alain Schoenenberger et Lasha Labaze dans leur publication de décembre 2016

De leur côté, Pascal Diethelm, Jacques Cornuz et Julian Jakob estiment, à vue de nez, que "bien que les résultats de l'enquête suggère une prévalence tabagique en Suisse autour de 25% et plutôt stable sur la période de 2012 à 2015, la réelle prévalence devrait dépasser 31%", dans la revue Swiss Medical Weekly.

Porte-parole de l'OFSP, Roy Salveter accuse alors les fumeurs de sous-déclarer leur consommation lors du monitorage. "Mais pour nous, ce qui compte est la tendance", explique t-il au micro de la radio SRF en mai dernier. De son coté, le Pr Jean-François Etter, de l'Institut de Santé Globale (ISG) de l'Université de Genève, souligne la part importante de refus de réponse. "Le problème du monitorage des addictions et de l’Enquête Suisse de Santé de l’OFS, c’est le taux de réponse relativement bas avec environ un tiers de non-répondants. Or c’est justement dans ce tiers de la population que les comportements défavorables à la santé se concentrent", explique t-il au Vaping Post.

Une majorité de boycott de l'enquête


Le taux de refus de répondre pour le monitorage 2016 dépasse même largement le tiers. Sur les 22'214 personnes contactées, 12'211 ont refusé de répondre au questionnaire. "Motifs: "pas intéressé par l'enquête" (32%), "je suis par principe contre les enquêtes" (15%), "le thème ne m'intéresse pas" (12%) et "autres raisons" (41%)" ", précise le rapport du monitorage des addictions. Avec seulement 45% de répondants sur les sondés, il est difficile de faire "comme si" cette part minoritaire serait représentative de la population. C'est une véritable défiance exprimée silencieusement par le boycott de ce recensement.

A partir des données récoltées malgré tout, le monitorage souligne que neuf consommateurs au quotidien de tabac sur dix fument des cigarettes. La consommation de tabac à priser et de Snus, le tabac oral suédois à faible taux de nitrosamines interdit de vente en Suisse, restent de consommation assez marginale. Par ailleurs, 31% des fumeurs interrogés expriment l'intention d'essayer d'arrêter dans les six mois suivant. La part d'intention d'arrêt aurait tendance à baisser. Ce qui ne semble pas très étonnant dans le contexte de la politique menée par les services d'Alain Berset. 

Ce boycott exprime t-il un rejet de la politique tabagique actuelle ?

Entraves du vapotage - moyen d'arrêt le plus populaire en Suisse malgré la prohibition fédérale de vente de liquides nicotinés -, absence de remboursement des substituts nicotiniques (gommes, patchs) vendus à un prix scandaleux uniquement en pharmacie, propagande basée essentiellement sur la stigmatisation en bouc-émissaire des fumeurs avec les effets contre-productifs bien connus à une telle approche, etc... On se croirait presque en France [que l'influente émission 36°9 de la RTS propose de suivre comme exemple... Sic!] pour la capacité à additionner les mauvais choix en la matière.

Une politique inefficiente dont profitent cigarettiers, vendeurs de médicaments et organisations vivant de la situation. Sans grande surprise, ce refus d'aide et le mépris affiché engendrent une forme de retrait social des fumeurs et l'absence de participation aux enquêtes comme celle-ci. C'est en creux la principale information de cette nouvelle statistique: le public concerné ne répond plus aux organismes qu'il estime hostiles et non-aidants. Une rupture de dialogue qui devrait inquiéter les personnes soucieuses de santé publique. Mais y a en t-il à l'OFSP? Au sortir de l'échec total du Plan national sur le tabagisme de 2008 à 2016, l'absence de remise en question des élites bureaucratiques laisse planer un grand doute...


lundi 23 octobre 2017

Tabac & dictature: Nouveau dérapage totalitaire de l'OMS


"Aujourd'hui, je suis honoré d'annoncer que le Président Mugabe, du Zimbabwe, a accepté de servir d'ambassadeur de bonne volonté sur les maladies non transmissibles". L'annonce du Dr Tedros, directeur général de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), était ahurissante. Jeudi à sa Conférence mondiale sur les maladies non transmissibles (NCD) de Montevideo (Uruguay), l'OMS a franchi un nouveau pallier dans le cynisme en promouvant le sanguinaire dictateur Robert Mugabe "ambassadeur de bonne volonté". Face au tollé, le Dr Tedros a officiellement annulé cette nomination ce dimanche. Dans la foulée, le verbatim du discours à Montevideo du Dr Tedros a été expurgé du passage compromettant (cité avant). Cette nomination avortée est le dernier épisode d'une suite de soutien, prise de position et appel à la répression de la population allant crescendo de la part de l'OMS. Jusque-là, dans un silence complice des organisations non gouvernementales et des dirigeants des pays démocratiques.

Précédemment...

Il y a un an, Vera daCosta, secrétaire générale du bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS, adresse ses "félicitations" au Président Rodrigo Duterte en plein massacre de sa population aux Philippines. A l'époque, la presse évalue à près de 4'000 exécutions sommaires la grande chasse aux drogués lancée par Rodrigo Duterte, lui-même accro à divers stupéfiants. Depuis les tueries par les milices et la police n'ont pas faibli, et le bilan dépasse les dizaines de milliers de meurtres. Sous la pression de l'OMS, la Ministre de la santé philippine tente d'assimiler le vapotage au tabagisme à l'aide d'une nouvelle technologie de senseurs de nicotine.

En janvier 2015, la même Vera daCosta avait déjà félicité et exprimé "toute sa gratitude" à la nouvelle junte militaire en Thaïlande. Profitant de la loi martiale depuis leur coup d'état au mois de mai précédent, les militaires viennent alors de décréter l'interdiction d'utiliser le vapotage, au prétexte de fraude d'importation pouvant valoir des peines jusqu'à dix ans de prison. Les arrestations sont relatées régulièrement dans les médias locaux, y compris de touristes vapoteurs depuis quelques mois. Dans un pays où le tabagisme touche officiellement 42% de la population, la priorité est étrange.

L'OMS appelle à la criminalisation des vapoteurs

C'est pourtant l'un des modèles donnés en exemple à suivre, avec le régime totalitaire de la Corée du Nord, par les cadres asiatiques de l'OMS dans une revue scientifique indienne le mois passé. "Les pays de la région du Sud-Est asiatique doivent prendre des mesures réglementaires pour interdire totalement la production, l'importation, la distribution, la présentation, la vente et l'usage des appareils électroniques de délivrance de nicotine (ENDS) ou sans nicotine (ENNDS) de manière approprié à leur droit national", ordonne la Dr Jagdish Kaur, cadre de l'OMS FCTC Asie, dans l'Indian Journal of Public Health. L'OMS a sans sourciller franchi le rubicon passant de recommandations de santé à celles de réprimer les populations qui optent pour un outil de réduction des méfaits au tabagisme. Des parlementaires de Singapour ont entendu l'appel à la guerre au vapotage de l'OMS et ont déposé un projet de loi pour criminaliser les usagers. 

L'organisation en avril 2016 d'un Sommet de l'OMS au Turkménistan, à l'ombre de la statue équestre en or du dictateur "stalinien" local Gurbanguly Berdymukhamedov en serait presque anecdotique. Depuis, celui qui se fait nommé "le protecteur" utilise les lois anti-tabac pour censurer la presse selon l'ONG Open Democracy. La presse, l'OMS préfère aussi ne pas la voir. A la grande conférence anti-tabac à New Delhi en novembre 2016 (CoP7 FCTC), journalistes et public ont été évacués et les ONG non affiliées à des intérêts industriels, notamment pharmaceutiques, se sont vu refuser toute accréditation. Un climat d'opacité entretenu par le secrétariat du bureau anti-tabac de l'OMS qui a profité aux intrigues de palais et aux noyautages par les lobbyistes, notamment de Philip Morris, comme le relate une enquête de Reuters.

La dictature durable préserve t-elle la santé?

Cette dérive totalitaire n'avait provoqué jusque-là aucune protestation de VIP. Quelques défenseurs des droits humains, dont ceux pour le droit à la réduction des méfaits, ont crié dans le vide. C'est dans ce contexte de silence complice qu'intervient le dernier épisode de la fin de la semaine dernière. Le Dr Tedros a cru de bon ton de nommer le dictateur Robert Mugabe au titre d'ambassadeur de l'OMS pour les maladies non transmissibles, dont le tabagisme est une des principales causes. Régnant sur le Zimbabwe dont son régime a dévasté le système de santé, le dictateur incontinent est contraint d'aller à Singapour pour être soigné.

Au pouvoir depuis 1980 au Zimbabwe, Robert Mugabe use de tous les moyens pour s'y maintenir. Fraudes électorales, tortures d'opposants, contrôle serré des organisations non gouvernementales (ONG) et répression de la presse, famines organisées et déportations forcées des populations contestatrices, le régime sanguinaire du dictateur de 93 ans tient sous son joug la population de ce pays au sud de l'Afrique. Depuis 37 ans, cette "dictature durable" a mis un point une structure pour perdurer. "Le Zimbabwe actuel représente l'archétype de la dictature durable: réélu par une combinaison de violence et de fraude en 2008, un autocrate vieillissant maintient un régime oppressif, antidémocratique et kleptocratique aux dépens d'une population à bout de souffle", analysent Marc-André Lagrange, spécialiste de l'urgence humanitaire, et Thierry Vircoulon, expert en gouvernance, dans un article (dont je recommande fortement la lecture) pour la revue Politique étrangère en 2008. 

Torture et tabac garants de bonne volonté pour l'OMS

"Trois dirigeants africains, à la tête de leurs Etats depuis plus de trente ans, ont amendé la constitution nationale pour rester au pouvoir: Teodoro Obiang Ngema Mbasogo en Guinée équatoriale, Yoweri Museveni en Ouganda et Robert Mugabe au Zimbabwe", précise le rapport Mondial 2017 de Human Rights Watch. L'organisation tire la sonnette d'alarme de longue date concernant les violations incessantes des droits humains au Zimbabwe. En 2008, son rapport attirait l'attention sur l'explosion de "violences parrainées par l'Etat" au Zimbabwe. En 2009, Human Rights Watch braquait son projecteur sur la situation des centaines de milliers de réfugiés fuyant le Zimbabwe dans un rapport intitulé Neighbors in need - Voisins dans le besoin. 


La situation politique et sociale ne s'est pas amélioré ces dix dernières années. Au contraire, la situation économique désastreuse ravage le pays avec neuf personnes sur dix au chômage. Une hyperinflation galopante au début des années 2000' a laissé l'économie du pays en état de coma. Pour survivre, plus de 80'000 familles paysannes se tournent vers la culture du tabac. Le Zimbabwe est ainsi devenu une des grandes nations exportatrices de tabac brut, derrière le Brésil et devant l'Inde en terme de bénéfice dans la balance commerciale. Plus de 150'000 tonnes de tabac exportées lui ont rapporté, selon l'International Trade Center, plus de 870 millions de $ en 2016.



L'OMS et la haine de la protection de la santé du public

Difficile de croire que le Dr Tedros n'était pas au courant du profil de celui qui a été ambassadeur de "bonne volonté" de l'OMS quelques jours. En plus de l'autoritarisme violent, être lié d'intérêt avec la production de tabac brut semble presque devenu un critère pour influer sur les recommandations de l'OMS. Vera daCosta, brésilienne à la tête du bureau anti-tabac, l'influence de l'Inde lors de la dernière convention sur son territoire, la Thaïlande prise en exemple à suivre... L'arrivée du Zimbabwe dans le domaine lié des maladies non-transmissibles pourrait presque passer pour logique dans ce monde orwellien qu'est devenu l'OMS. Les violations brutales des droits humains écrasés au nom d'un culte d'une bonne santé réduite à l'abstinence et l'obéissance à l'ordre paraissent acquises dans la matrice de l'organisme onusien.

Harry Shapiro rappelle cette semaine que, dans les années 1990', l'OMS interdisait déjà à ces collaborateurs de participer à un sommet sur la réduction des méfaits face à l'épidémie de Sida. L'International Harm Reduction Association proposait alors l'accès facilité aux seringues propres et aux préservatifs pour endiguer la diffusion du virus. Une position alors inacceptable pour l'OMS dans le culte d'un "monde sans drogue". Un quart de siècle plus tard, le slogan d'un "monde sans tabac" est repris par l'OMS avec la même stupidité aveugle et abjecte que les grenouilleries puritaines d'il y a trente ans. 

Les réactions à la nomination sans nom de Mugabe laissent-elles l'espoir d'une remise en question plus profonde de la tentation totalitaire et des dérives sanglantes de l'Organisation Mondiale de la Santé ? L'OMS est-elle capable d'accepter de collaborer avec les principaux concernés de ces actions, à savoir le public dont les usagers de moyens de réduction des méfaits, plutôt que de chercher à leur nuire? A un an de la Conférence COP8 à Genève, la demande devient incontournable.


vendredi 20 octobre 2017

[ristrett'] En 2014, il y avait déjà 5,5 millions de vapoteurs réguliers aux Etats-Unis

"Nous estimons qu'il y avait 5,5 millions d'utilisateurs courants de vapotage (soit 2,4% de la population américaine), dont 2,3 millions d'usagers au quotidien et 3,2 millions réguliers mais pas chaque jours". L'évaluation, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine and Tobacco Research, des Prs Brad Rodu, spécialiste de santé publique, et Nantaporn Plurphanswat, économiste, s'appuie sur les données du Population Assessment of Tobacco and Health (PATH) de 2013-2014. Les chercheurs de l'Université de Louisville ont analysé les chiffres de l'enquête menée auprès de 32'320 personnes par la Food and Drug Administtion (FDA). Il en ressort qu'en plus des 5,5 millions d'usagers réguliers, 7.4 millions autres américains auraient vapoté de manière erratique. Ces "expérimentateurs" n'ont pour "95% de ceux-ci vapoté que quelques jours". Usagers courants et expérimentateurs étaient au total 12,9 millions (environ 5,6% de la pop.), explique Brad Rodu sur son blog

L'étude de Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat met en lumière que les vapoteurs réguliers de cette enquête sont pour 47% des fumeurs et pour 46% d'ex-fumeurs. Du coté de la cigarette combustible, 41,5 millions d'américains (18% de la population) étaient des fumeurs réguliers. Les chercheurs montrent qu'il y a aussi 7,1 millions (3,1%) de fumeurs 'expérimentateurs'. Ceux-ci fument à l'occasion sans pour autant entrer dans la définition officielle de fumeurs "ayant consommé au moins 100 cigarettes dans leur vie". "C'est un indice qu'un nombre substantiel de fumeurs américains ont pu être classés à tort comme jamais-fumeurs dans des enquêtes américaines précédentes", soulignent les chercheurs dans Nicotine and Tobacco Research. 

Ce point éclaire un aspect crucial sur l'interprétation du statut réel des vapoteurs considérés comme 'jamais fumeurs' dans les statistiques américaines.  Selon Brad Rodu, seulement un dixième d'entre eux environ n'ont réellement jamais essayé de fumer. "Par exemple, comme le montre cette figure, la vaste majorité des vapoteurs qui "n'ont jamais fumé" selon la définition du NHIS sont en fait des expérimentateurs actuels ou anciens de cigarettes. Seule une petite fraction (entre 7% et 11%) d'entre eux n'a réellement jamais fumé. Ce résultat réfute l'affirmation fréquente que le vapotage attire des personnes n'ayant jamais fumer". Le chercheurs de Louisiane promet sous peu d'autres éclairages sur cette recherche...





mercredi 18 octobre 2017

Meurtre de Daphné Caruana Galizia: le silence avant l'explosion

Lundi soir, quelques centaines de mètres après être sortie de sa maison du nord de l'île de Malte, sa voiture a explosé. Une double détonation d'après un témoin. Daphné Caruana Galizia, blogueuse infatigable se revendiquant journaliste indépendante, est décédée sur le coup. Son corps dispersé en morceaux aux alentours de la carcasse calcinée de son véhicule. Les médias européens, les autorités maltaises et même la Commission Européenne déplorent son assassinat et se répandent en éloges posthumes. Pourtant, de son vivant le traitement était sensiblement différent. Parmi toutes les affaires de petits et plus gros arrangements que la journaliste a révélé, l'une d'elle avait attiré mon attention à l'été 2016. Je m'attendais à ce que les grands médias européens mobilisent leurs moyens d'investigation sur l'affaire. Rien, jamais rien. Aucune suite.

Philip Morris, Malte et la TPD

"Alfred Mifsud, le vice-gouverneur de la Banque centrale [de Malte] dont il est prévu qu'il soit nommé Gouverneur ce 1er juillet, a été salarié de Philip Morris en 2011 et 2012, chargé de "négociations en coulisses" avec John Dalli, alors responsable de l'élaboration de la directive européenne sur le tabac (TPD), et qui a été un proche d'Alfred Mifsud". Le 11 juin 2016, Daphné Caruana Galizia publie sur son blog Running Commentary ces révélations sur un salaire mensuel de 2'750€ (et non 3'000€ comme publié dans un premier temps) reçu par l'influent Alfred Mifsud, agrémenté de voyages, invitations en loge VIP à des matchs de Ligue des champions, et autres cadeaux en nature. 

En réaction, le vice-gouverneur ne conteste pas cette rémunération et précise même que le contrat n'a jamais été rompu avec la firme cigarettière. Mais qu'il n'aurait pas été reconduit après 18 mois. Il affirme avoir été embauché au titre de "consultant" par Philip Morris. Alfred Mifsud nie par contre avoir influencé John Dalli, alors Commissaire européen à la santé, forcé à la démission en octobre 2012 par José-Manuel Barroso, le président de la Commission Européenne (EC). La presse locale réceptionne l'affaire en ironisant un peu sur le caractère de la blogueuse et l'absence de source vérifiable à ses affirmations. John Dalli de son côté réagit plutôt violemment en accusant Daphné Caruana Galizia d'être une "terroriste".

Sa source, Daphné Caruana Galizia l'avait protégé. Devant le déni médiatique, elle va d'elle-même sortir de l'ombre. Il s'agit d'Anna Zelbst, compagne durant 24 ans d'Alfred Mifsud avec qui elle a eu deux enfants. Le couple non marié s'est séparé quelques mois auparavant. Anna Zelbst dit être prise de remords d'avoir épaulé cet homme qu'elle accuse aussi d'avoir reçu des commissions occultes lorsqu'il était à la tête de la Mid Med Bank en 1998. De son côté, Alfred Mifsud accuse son ex- de le salir par vengeance et de broder sur des faits sans importance

Silences

En juin 2016, seul Euractiv rapporte l'affaire au niveau européen. Le Monde, qui aujourd'hui capitalise sur le cadavre encore chaud de Daphné Caruana Galizia en précisant en Une que son fils travaille indirectement pour le journal, ne dit alors pas un mot de l'affaire. Comme le reste de la presse mainstream d'ailleurs. Naïvement j'en avais été surpris, espérant que peut-être des investigations plus profondes sur le rôle de Malte et d'autres protagonistes dans l'élaboration de la directive sur les produits du tabac (TPD) sortiraient. Mais rien. Le story telling des médias officiels sur cette directive a été scellé. Une belle victoire de la lutte anti-tabac nous a t-on assuré de toutes parts. 

En décembre 2013, plusieurs médias français répétaient même, comme une évidence, que le forcing pour signer la directive sous la présidence de la Lituanie visait à sauvegarder les intérêts de la lutte anti-tabac. Sic! La Lituanie est l'exemple consacré par les économistes néo-libéraux de la "renaissance" d'une nation sous l'égide des investissements de Philip Morris dés 1993. Investissements qui se sont poursuivis jusqu'à présent. La dernière pluie de dollars sur Klaipeda a d'ailleurs suivi de peu la signature de la TPD et la nomination de Vytenis Andriukaitis pour succéder au maltais Tonio Borg au poste de Commissaire européen à la santé.

Abstinence et dealers

Tonio Borg, un autre personnage clef de l'élaboration de la TPD, a aussi été largement laissé dans l'ombre par la presse européenne. Il a succédé à John Dalli en novembre 2012 au poste de Commissaire européen à la santé. Le militant d'ultra-droite est un opposant acharné à toute forme de réduction des méfaits. Seule l'abstinence est vertu à ses yeux. "Nous ne protégeons que ceux qui méritent protection", martèle Tonio Borg. Militant anti-avortement, toujours illégal à Malte, opposé au divorce, finalement légalisé en 2011, et ayant fait couper des aides aux organismes distribuant des préservatifs, il est devenu l'ami de l'eurodéputé socialiste Gilles Pargneaux. Les deux hommes sont venus à Berne en mai 2016, à l'invitation de l'Alliance anti-tabac, expliquer les mérites de la TPD européenne et inviter la Suisse à reproduire cette législation.

Point commun à tous ces hommes: leur farouche opposition au vapotage, ce moyen de réduction des méfaits impulsé par les usagers eux-mêmes. Y compris John Dalli, dont l'a priori sur le vapotage révélé au détour d'une séquence d'un récent reportage danois diffusé sur la BBC est ahurissant de méconnaissance. Une chape de plomb a recouvert dans les médias l'enjeu majeur de l'assimilation du vapotage dans la directive. [ajout, d'un élément oublié au fil de l'écriture ;)] Même le reportage de Cash Investigation d'Elise Lucet en novembre 2015, nous a vendu le sourire béat de José Bové comme garant de ce joli combat contre le tabac, lavant John Dalli de tout soupçon sans aucun fait probant. [/ajout off]

Pourtant du coté des élus européens qui avaient discuté avec des associations d'usagers, le sentiment était très différent. "Le parlement a voté pour que le vapotage soit peu réglementé en attendant de connaitre la forme de réglementation la plus appropriée. Mais des eurodéputés et les fonctionnaires de la Commission ont fait passer en douce toute une série de mesures administratives alambiquées dans les coulisses des négociations. Sans même avoir abordé la question avec les usagers ou d'autres élus", réagissait alors à chaud Martin Callanan, eurodéputé britannique Conservateur, à Euractiv.

Pharma et tabac

Rebecca Taylor, aussi eurodéputé britannique à cette époque mais d'un autre bord politique, souligne, dans le documentaire Beyond the cloud, que les lobbyistes du tabac se réjouissaient de la version finale de la TPD. Dans la même veine, l'eurodéputé belge Frédérique Ries ajoute que le puissant lobby pharmaceutique aussi a pesé de tout son lourd poids sur la directive. "J'ai eu des preuves d'échanges de mails entre la Commission et GSK, gros fabriquant de produits de sevrage, qui lui soumettait des propositions de texte. Il est certain que la Commission a sans été en contact avec les lobbys pharmaceutiques dans la rédaction de cette partie de la directive sur le vapotage", explique t-elle en septembre dernier dans un interview à Ciné Télé Revue à l'occasion d'un documentaire sur le vapotage de la RTBF. 

Il y avait donc de quoi pour les journalistes de se poser des questions et essayer de voir un peu plus loin que le bout de sa cigarette sur l'enjeu du vapotage et de son avenir. Mais cela ne collait pas au story telling d'une bonne directive européenne obtenue en dépit des méchants cigarettiers. Seule Vox Pop, l'émission d'Arte tournée vers les citoyens, osera thématiser le sujet en mars 2016. Tout comme les sombres affaires de la SICPA, la firme vaudoise à qui la Commission Européenne veut à présent livrer le marché du tracking des produits du tabac, ne colle pas avec le manichéisme des méchants cigarettiers contre les gentils anti-tabac. Les Malta Files de Mediapart en ont fait les frais en restant ignorés du reste de la presse.

Nombril et cadavre

Quelques jours avant le meurtre de Daphné Caruana Galizia, et sans aucun lien avec l'affaire, j'ai vu passé un tweet d'une journaliste d'information de la Radio Télévision Suisse (RTS) se gaussant de "ces blogs que personne ne lit". La remarque est assez symptomatique du nombrilisme auto-satisfait régnant sur la chaîne lausannoise et dans le journalisme embedded de manière générale. Il aura donc fallu la mort de Daphné Caruana Galizia à 53 ans pour auréoler la journaliste blogueuse d'un intérêt que les publications mainstreams ne lui reconnaissaient pas de son vivant. Sa mort brutale n'est probablement pas liée aux révélations sur le lobbying de Philip Morris et à la directive européenne TPD. Par contre, le sujet des milliards de cigarettes et de médicaments vendus en écrasant un moyen de réduire les méfaits pour des millions d'usagers en Europe reste lui toujours dans le tombeau des médias...

"Looks like we can't have freedom of speech but we want Justice", "Il semble que nous ne puissions pas avoir la liberté d'expression mais nous voulons la justice". Lors d'une protestation hier à Malte.


lundi 16 octobre 2017

Singapour: Devant son succès, les autorités veulent criminaliser l'usage de la vape

Les fumeurs singapouriens sont de plus en plus nombreux à arrêter de fumer avec le vapotage. Et ceci malgré que son importation, sa vente et sa distribution sont interdits dans le pays. Le Health Science Authority a recensé 15'000 infractions depuis 2014, contre 9'000 les trois ans précédents. Une augmentation de 70% soulignent les autorités rappelant aussi que ces délits peuvent entraîner une amende de 10'000$ (7'200 FS/6250€) et une peine jusqu'à six mois de prison. "Bien que la loi de Singapore interdit strictement la vente et le trafic de produits de vapotage, leur popularité grandit de jour en jour, et c'est la principale raison derrière l'augmentation du nombre de cas de trafic", explique le quotidien International Business Times (IBT). 

"Beaucoup de gens à Singapour pense que le vapotage est moins nocif que les cigarettes et ils considèrent ces vaporisateurs électroniques comme le meilleur moyen d'arrêter de fumer", poursuit l'International Business Times. En réponse à cette sortie croissante du tabagisme à l'aide du vapotage, un projet de loi visant à criminaliser directement les vapoteurs a été présenté au début du mois au parlement de Singapour. Elle prévoit de rendre illégal l'usage, l'achat et la possession des produits de vapotage, qui seraient punissables d'une amende de 2'000$ (1'440 FS /1'250€). "Cette loi protégerait les singapouriens des risques d'utiliser ces produits et va empêcher leur usage", explique un porte-parole de la Health Science Authority au journal local Straits Times

A l'appel de l'OMS

Ce projet de loi pour réprimer les fumeurs sortant du tabagisme à l'aide du vapotage semble directement s'inspirer de l'appel de la Dr Jagdish Kaur le mois dernier. La cadre du bureau anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a exhorté les pays du sud-est asiatique à suivre l'exemple de la Corée du Nord et de la Thaïlande dans un article publié dans l'Indian Journal of Public Health: "Les pays de la région du Sud-Est asiatique doivent prendre des mesures réglementaires pour interdire totalement la production, l'importation, la distribution, la présentation, la vente et l'usage des appareils électroniques de délivrance de nicotine (ENDS) ou sans nicotine (ENNDS) de manière approprié à leur droit national".


dimanche 15 octobre 2017

Le vapotage est un "outil phénoménal" pour les médecins généralistes britanniques

Harceler un fumeur pour le faire arrêter est contre-productif. "C'est négatif, peu importe comment vous le maquillez. C'est irritant et n'apporte aucune nouvelle info. Cela encourage le conflit et le déni", explique le Dr Alex Bobak. "Vous avez affaire à quelqu'un très probablement accro à ses cigarettes. Si vous imposez un point de vue adverse à un accro, le déni se déclenche et vous l'avez perdu", poursuit le médecin au Congrès annuel du Royal College of General Praticioners (RCGP) à Liverpool cette semaine. Le généraliste, basé dans la banlieue sud de Londres, est accompagné, dans cette session dédiée à la prévention du cancer, des Prs Richard Roope et Linda Bauld, tous deux du Cancer Research UK (CRUK). L'arrêt du tabagisme est une des approches les plus efficaces pour réduire le fardeau du cancer, selon les participants. 

Pour Richard Roope, les praticiens vont affronter une "tempête de cancers" avec le vieillissement de la population associé à la malbouffe et le tabagisme. Il y a désormais chaque jour, 1'000 cancers diagnostiqués au Royaume-Uni. D'où l'importance de se doter d'une approche efficace pour aider les fumeurs à quitter les cigarettes au lieu de les braquer. Le vapotage ouvre un "territoire passionnant" et "va jouer un énorme rôle pour l'arrêt tabagique à l'avenir", estime le Dr Roope. Avis partagé par la Pr Linda Bauld. "Le message crucial est que le vapotage est extrêmement plus sûr que le tabac. Mais les patients ne réalisent pleinement des bénéfices de santé que s'ils se convertissent au vapotage et arrêtent totalement de fumer", souligne la chercheuse de l'Université de Stirling.

"Nous devrions voir des résultats très encourageants pour arrêter de fumer. Lorsqu'ils sont utilisés au quotidien et avec de fortes concentrations de nicotine, ces produits peuvent aider les gens à sortir du tabagisme", indique Linda Bauld. Le Dr Alex Bobak ajoute que le vapotage est "une aide à l'arrêt phénoménale", tout simplement parce que les patients "l'aiment vraiment". Avant de conclure la session devant l'assistance de médecins: "Nous ne connaissons pas exactement les risques à long terme, bien qu'il est clair qu'ils seront probablement minimes. Mais nous connaissons les risques à court terme: ils sont similaires aux substituts nicotiniques et c'est très faible. Les fumeurs veulent pouvoir choisir et bon nombre veulent les utiliser. Laissons-les le faire"


Le Ministère de la santé de Nouvelle-Zélande prend une position forte en faveur du vapotage

"Les centres stop-tabac locaux doivent aider les fumeurs qui veulent arrêter de fumer à l'aide du vapotage". La prise de position sur le vapotage du Ministère de la Santé néo-zélandais est claire et forte. Elle concrétise un peu plus l'annonce faite en mars dernier par Nicky Wagner, la Ministre-adjointe, d'une réorientation de la stratégie pour viser une Nouvelle-Zélande sans fumée en 2015. "Le Ministère de la Santé croit que le vapotage a le potentiel de contribuer à l'objectif 'Smokefree 2025' et pourrait briser les inéquités de santé actuelles", explique le communiqué. Le Gouvernement s'est décidé à utiliser l'outil de la réduction des méfaits face à l'inefficacité de la stratégie purement coercitive anti-fumeurs pour les groupes sociaux défavorisés et qui a élargit le gouffre des inégalités sociales de santé.

Les autorités espèrent que le vapotage offre une aide bienvenue à ceux qui voudraient sortir du tabagisme parmi les 550'000 fumeurs kiwis, représentant 15% de la population. "Les fumeurs qui passent au vapotage sont fortement susceptibles de réduire leur risques de santé, ainsi que ceux qui les entourent", résume le Ministère sur la base des rapports scientifiques, avant de préciser que "le vapotage relâche dans l'air ambiant des taux négligeables de nicotine et de toxiques avec aucun risque de santé identifié pour l'entourage". Les autorités insistent néanmoins que le vapotage est destiné aux fumeurs uniquement. "Il n'y a aucune preuve au niveau international que le vapotage mine le déclin à long terme du tabagisme chez les adultes et les jeunes, et pourrait en fait plutôt contribuer à cette réduction", souligne le communiqué dans ses "messages clés".

De manière pratique, le Ministère insiste sur l'importance des bouchons de sécurité pour éviter l'ingestion de liquide par les enfants. "Lorsqu'il est utilisé comme prévu, le vapotage ne pose pas de risque d’empoisonnement par la nicotine aux usagers, mais les liquides doivent être dans des emballages résistants aux enfants. Le Ministère de la Santé est en train d'identifier les standards de sécurité pour les produits de vapotage en Nouvelle-Zélande. Dans l'attente, les vapoteurs doivent acheter leurs produits à des sources réputées telles que les vendeurs spécialisés"

Un groupe de travail d'experts sur les aspects techniques de la future réglementation des produits de vapotage a été constitué en juin par le Ministère de la Santé. Le Gouvernement néo-zélandais a annoncé en mars dernier la future légalisation du vapotage sous le statut de produits de consommation courante. Une catégorie résolument distincte des produits du tabac, ce qui ne fait pas les affaires de Philip Morris qui tente d'y introduire sa cigarette chauffée Iqos.


samedi 14 octobre 2017

Au Royaume-Uni, banaliser le tabagisme en y assimilant le vapotage ne passe pas

Au Royaume-Uni, on ne plaisante pas avec les messages de santé publique. Aldi, la chaîne allemande de supermarchés discount, vient de le vérifier. Ses magasins arboraient des panneaux erronés interdisant tabagisme et vapotage dans le même message. "Nous pouvons confirmer que toute la signalétique est en train d'être retirée et corrigée", informe Abigail Stefenson du Service consommateur d'Aldi, dans un mail ce vendredi. Cette décision vient en réponse à la protestation de citoyens contre cette signalétique trompeuse et légalement fausse. Les panneaux britanniques d'interdiction de fumer se doivent de comporter une référence à la loi, qui ne mentionne évidemment aucune interdiction de vapoter. Bien au contraire puisque la santé publique britannique invite la population à aider les fumeurs à arrêter de fumer, notamment à l'aide du vapotage.

L'assimilation des messages d'Aldi banalisait les cigarettes en les rapprochant d'un produit, sans tabac ni combustion, reconnu inoffensif envers autrui. Tromper le public en mêlant le tabagisme à son alternative de sortie n'est pas passé. L'initiative de contester ce panneautage erroné est venue de Brian Coe, avec un premier message sur twitter le 4 octobre, suivi d'échanges de mails entre divers personnes et la direction d'Aldi UK. Un dialogue fructueux puisque la chaîne a décidé de retirer et changer ses panneaux pour être en conformité avec les prescriptions britanniques. Qu'il n'y ait pas incompréhension sur le sujet: Aldi ne va pas autoriser de vapoter dans ses rayons et ce n'était pas la demande des citoyens. 

Nudging

Le mitage du message de prévention et la banalisation du tabagisme par l'effet d'assimilation du vapotage se voit heureusement éliminer par ce changement de signalétique. Comme le rappelle un article éclairant de Nathalie Dunant au Vaping Post, le Gouvernement britannique insiste sur la nécessité de "faire une distinction très claire entre fumer et vapoter". Avec moins de 16% de fumeurs suite à sa dégringolade suscitée par le vapotage depuis 2011, le Royaume-Uni fait figure de modèle sur cette question. Notamment grâce à une approche faisant place à l'incitation positive, inspirée de la théorie des Nudges de Richard Tahler,  et non uniquement répressive et haineuse.

Quelques-uns des tweets de cette petite histoire de santé publique citoyenne:

vendredi 13 octobre 2017

La Commission Européenne programme de soumettre les produits de vape au tracking le 20 mai 2024

La Commission Européenne (EC) veut tracer et traquer les produits du tabac. L'affaire est connue. Elle se négocie actuellement avant une adoption par l'Union Européenne (UE) que la Commission veut en décembre. L'avis de notification déposé par celle-ci, au nom de l'UE, à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) détaille l'agenda. "Les dispositions devraient s'appliquer à partir du 20 mai 2019 pour les cigarettes et produits du tabac à rouler et à partir du 20 mai 2024 pour tous les autres produits du tabac", précise le document au point 9. Or, même si objectivement le vapotage n'est pas un produit du tabac, l'UE l'a soumis à sa directive les concernant (TPD) en 2014. Si les choses restent en l'état, les produits de vapotage devraient souscrire au système imposé de suivi et traçage. Le projet à peine voilé de l'EC est de livrer ce marché faramineux à la Sicpa, une entreprise lausannoise.

Conséquences de l'assimilation au tabac

La catégorisation abusive d'un produit sans tabac ni fumée dans les produits du tabac est évidement objet de controverse. Aux demandes répétées de parlementaires européens d'une ré-évaluation de la vape sur une base scientifique, le Commissaire Vytenis Andriukaitis a opposé un refus catégorique. Pour le lituanien, qui dans une interview à Euractiv disait se réjouir de mener la vie dure au vapotage, il est hors de question d'en discuter avant 2021. Cette assimilation du produit, désormais le plus utilisé pour arrêter de fumer dans la plupart des pays européens, au tabagisme permet à la bureaucratie européenne d'interdire la divulgation d'information sur la réduction des méfaits. Mais pas seulement. 

L'EC envisage une taxation contre les vapoteurs, dans la ligne de celle des cigarettes. La consultation à ce propos, malgré les freins à la participation mis en place par l'EC, a montré que 89,88% des participants étaient totalement opposés à une telle mesure punitive. Cependant, l'adoption d'un système de surveillance électronique des produits a entre autres objectifs de réprimer les infractions aux taxes du commerce illicite...

La traque

La proposition de la Commission, présentée le 15 mai dernier, sur le tracking indépendant des produits soumis à la TPD prévoit l'apposition d'un marquage fiscal inamovible comportant des éléments de sécurité visibles et invisibles. La firme vaudoise Sicpa maîtrise une solution offrant une combinaison matérielle et numérique délivrant un code d'identification unique. "Ce code est apposé, collecté et enregistré dans une base de données centrale et mis à disposition des autorités publiques, le tout sous contrôle de l'Etat et non des producteurs, incluant les informations de production", explique Christine Macqueen, directrice des affaires publiques du groupe Sicpa au journal l'Agefi en mai 2016.

"Selon la proposition [de l'EC], chaque opérateur de la chaîne d'approvisionnement doit obtenir des pré-autorisations pour chaque étape de la production et de la distribution."Une architecture aussi complexe n'a jamais été testée dans le monde réel", commentent les distributeurs, tout en ajoutant que les petits acteurs du secteur seront durement touchés", rapporte le site Euractiv dans un article du 20 juin. Pour un porte-parole de l'EC, les coûts de mise en place du système seront "largement compensés par les bénéfices en termes de réduction du commerce illicite".  

On a du mal à voir en quoi l'argument concerne les produits de vapotage s'ils venaient à être maintenus dans les produits du tabac à l'horizon 2024. Pourtant, "l'objectif de la directive [est] de créer un système indépendant de suivi pour tous les produits du tabac en tenant compte des obligations internationales, notamment de l'article 8 du protocole FCTC [acronyme de la Convention anti-tabac de l'OMS] sur le commerce illicite", poursuit le même responsable européen anonyme au site Euractiv. 

Efficace contre le marché noir de cigarettes ?

Actuellement, les négociations se déroulent à la fois en coulisses et de manière plus ouverte lors de la consultation close le 2 octobre. Outre l'accusation des acteurs de la distribution de générer une immense usine à gaz disproportionnée, son efficacité à enrayer le commerce illicite est mise en doute. Le système fermé d'identification des produits fermerait la porte à une interopérabilité avec les pays hors de l'UE. "C'est pourtant important puisque 86% des cigarettes illégales proviennent de pays tiers, comme la Biélorussie, l'Ukraine et la Turquie. Ces produits continueront d'entrer sur le marché européen malgré le radar du système de suivi", estime un représentant de l'industrie cigarettière à Euractiv.

Du coté des partisans du système Sicpa, on accuse les cigarettiers d'organiser le trafic actuel. "D'après l'OMS et les associations anti-tabac, les cigarettes qui alimentent ce commerce parallèle sont de vraies cigarettes [sic!], fabriquées et commercialisées par les cigarettiers eux-mêmes", insiste C. Macqueen de l'entreprise vaudoise. Françoise Grossetête, députée européenne de droite, pense qu'il faut se méfier des critiques. "Des preuves existent selon lesquelles des tierces parties, qui paraissaient à première vue 'indépendantes', étaient liées ou influencées à un certain niveau par l'industrie du tabac", déclare t-elle dans un autre article d'Euractiv sur le sujet. Sans préciser si cela inclue l'influence sur des Etats, comme la Lituanie, des investissements de cigarettiers dans leur économie, ou encore d'organisations dirigées par des ressortissants de nation productrice de tabac brut.

Lobbytomie générale

Le débat se trouve donc présenté comme emprisonné entre les intérêts des cigarettiers, dont la probité est passablement fumeuse, et ceux de la firme Sicpa. Une entreprise aux mœurs assez étranges, tant au niveau privé de ses propriétaires milliardaires comme le conte le Temps en février dernier, que sur le plan des affaires, tel que le rapporte Mediapart dans le cadre des Malta Files. Le dossier du tracking des produits soumis à la TPD pèse lourd pour la Sicpa, à la fois par le marché européen lui-même mais aussi par l'effet d'entrainement qu'il pourrait imposer aux autres pays. L'entreprise spécialiste des encres pour billets de banques a mis les moyens. 

Engagement de lobbyistes pointus en provenance des firmes cigarettières, comme Yves Trevilly ancien de BAT, approches de personnes influentes, comme Dominique Strauss-Kahn, mise en place d'association faux-nez par Pauline Delpech... Sicpa sort le grand jeu. Avant même les grandes manœuvres actuelles, 80 de ceux qui étaient alors députés français ont mené une guérilla pendant 4 ans pour la firme Suisse, selon Mathieu Pechberty sur BFM

Que fout la vape là-dedans?

Entre les deux armadas de lobbyistes, les intérêts et les spécificités du vapotage ont-ils été pris en compte, alors que la Commission Européenne a déjà programmé son assimilation au système de surveillance ? Comment ce marquage physique et numérique se concrétiserait-il de la box à la résistance, en passant par la fiole de liquide, la fibre ou le fil des coils reconstructibles, le drip-tip ou les accus, etc. ? Quelle justification aux surcoûts financiers et de temps pour les petites entreprises et artisans de la vape d'un système calibré pour le mode de production de Big Tabacco ? Des questions sans réponse pour le moment... à suivre.


jeudi 12 octobre 2017

[Pouët] Au #ForumSanté Libération, Agnès Buzyn bloque les questions qui dérangent

Ce qui est bien dans l'entre-soi, c'est qu'on n'est jamais dérangé. Invitée hier soir au Forum Santé organisé par le quotidien Libération, Agnès Buzyn ne goûte pas les questions dérangeantes. Depuis sa prise de fonction, la Ministre de la santé négocie avec les buralistes et le Ministère du budget un agenda de hausses des cigarettes suffisamment progressif pour ne pas ébranler ce marché. Dans le même temps, elle snobe les associations sur le terrain de la réduction des méfaits à l'aide du vapotage. La Ministre a simplement méprisée une demande d'entrevue envoyée conjointement en juillet par l'Aiduce, association des usagers du vapotage, et Sovape, association favorisant le dialogue entre les différents acteurs sur cette question aux multiples aspects. 

Alors lorsque sur le fil de son compte twitter apparaît hier des questions sur le sujet, la Ministre, ou plus probablement son spin doctor, a simplement actionné la fonction blocage des importuns. Ainsi les tweets gênants ont disparu de son fil. Pourtant quelques minutes auparavant, la Ministre insiste sur l'importance d'être à l'écoute des usagers du système de santé.
Mais le ressenti d'usagers sur son étrange démarche de politique de santé concernant le tabagisme ne semble pas devoir être mieux intégré. Au moins lorsque celui-ci surgit à la manière d'un troll, cette attitude un peu désespérée face au mépris des tenants d'un débat pour tenter de faire valoir une thématique passée sous silence par l'élite communicante. Les penseurs de l'entre-soi détestent.
Les choses se précipitent et s'aggravent. Le premier troll hirsute (moi-même, si vous n'avez pas saisi ;) ) se voit relancé par une vapoteuse soulignant que la question concerne aussi des femmes.

Aux deux effrontés osant faire surgir une question concernant potentiellement 16 millions de français, dont la majorité de couches populaires, dans une discussion bornée aux mœurs de la caste mandarinale, la réponse est: rien. Le blocage. Pour l'une et l'autre (je ne sais pas dans quel ordre, mais à peu de temps près).



Levons le suspens éventé du "débat". La Ministre trouve évidemment qu'il faut faire des efforts mais que tout ne va pas si mal sur la question de la place des femmes dans les élites médicales.

Pour ce qui est du débat interdit concernant la place de la population dans la santé publique, son message implicite est plus claire. Les lobbys passent avant. Au moins en ce qui concerne le tabagisme et la pléthore de maladies engendrées pour le bonheur des vendeurs de médicaments.

A six mois de l'annonce d'un nouveau Plan national de réduction du tabagisme (PNRT), pour remplacer la fumisterie précédente de Marisol Touraine, on peut honnêtement douter que quoi que ce soit ne change au royaume de France. Les bleus n'ont pas décroché le titre de vice-champions d'Europe du tabagisme par hasard. C'est là, un art consommé et parfaitement maîtrisé de la caste dirigeante sur le sujet. Evidemment, il ne faudrait pas mettre "tout le monde dans le même sac". Mais Agnès Buzyn prend visiblement ses dispositions pour surtout ne pas en sortir de ce sac de l'entre-soi des mêmes.


samedi 7 octobre 2017

Étrange communiqué de l'AP-HP sur son abandon de soins aux malades de Parkinson

L'Assistance Publique et Hôpitaux de Paris (AP-HP) se murait dans le silence sur ce dossier. Alors que nous les avions sollicité pour un article sur la rupture de soin des centaines de patients atteints de Parkinson traités jusque-là aux patchs de nicotine, nous n'avions reçu aucune réponse. Des articles de la presse hexagonale, notamment dans le Parisien et Paris-Match, semblent avoir eu plus d'effets. Hier, le service de presse de l'AP-HP a brisé le silence en faisant le "point sur l'arrêt de la consultation du Dr Gabriel Villafane au sein du service de neurologie de l'hôpital Henri Mondor AP-HP".

Continuité des soins sans le soignant !

Ce communiqué de presse prétend qu'il "a été proposé à chacun des patients un rendez-vous (...) afin d'assurer la continuité des soins". Une affirmation de l'AP-HP douteuse au vu des multiples témoignages de malades laissés sans nouvelle depuis des mois. Outre un témoignage d'un breton paru dans le Télégramme début septembre, plus d'un millier de personnes ont signé en deux semaines une pétition pour soutenir le droit à ces soins aux patchs de nicotine pour les malades de Parkinson, lancée par l'association A2N. Les doutes se voient exacerbés par le fait qu'en virant le Dr Gabriel Villafane, l'hôpital Mondor se prive du seul spécialiste de cette approche. Comment la continuité de ces soins pourraient être assurée dans ces conditions?

Mon mail, resté sans réponse, à Martin Hirsch, directeur de l'AP-HP, et à son Service presse. Avec des fautes :shamed:
L'AP-HP justifie son choix de mettre un terme à la consultation du Dr Villafane "en raison de pratiques professionnelles non conformes aux bonnes pratiques médicales et particulièrement contestables". Les accusations ont le fumet d'un dossier prud'homal en préparation. Le Parisien donnait une version sensiblement différente que le communiqué du service de presse de l'AP-HP: "Le 26 juin, une lettre de licenciement est adressée au docteur Villafane pour "positionnement professionnel inadapté au sein du service", avec comme mention "prescription de nicotine non réglementaire notamment" "

Une mention étrange alors que le Dr Benoît Vallet, directeur de la Direction Générale de la Santé (DGS), a lui-même autorisé le Dr Villafane à prescrire des patchs à la nicotine. De manière aussi étrange, le communiqué de l''AP-HP reproche au Dr Villafane des problèmes dans "la conformité de la conduite de l'essai clinique NICOPARK-2", dont les résultats viennent pourtant d'être acceptés pour publication dans l'European Journal Of Neurology. Étonnante réaction pour des essais que les autorités sanitaires françaises ont laissé se dérouler pendant des années. Le point reste pour le moins trouble dans la communication de l'AP-HP.

Au royaume des aveugles

Selon nos informations, des problèmes de conformité du compte-rendu de la recherche proviendraient d'autre part. L'élément essentiel présenté pour "conclure à l'inefficacité de l'administration transdermique de nicotine sur les symptômes moteurs de patients atteints de maladie de Parkinson", tel que le résume l'AP-HP, est une évaluation par cinq experts qui auraient dû être indépendants. "En aveugle" pour le dire autrement. Sauf que trois d'entre eux n'étaient pas du tout indépendants ni "en aveugle", dont le Dr Philippe Rémy, directeur du Centre Parkinson de l'hôpital Mondor. Ce qui pose question sur l'objectivité de la principale conclusion.


L'amélioration de la qualité de vie des patients compte t-elle?

Un autre point est passé sous silence par l'AP-HP à propos de cette recherche. "L'amélioration des résultats secondaires 'non aveuglés' (UPDRS-II, UPDRS-IV, doses d'équivalent L-dopa) suggère un avantage potentiel pour les patients traités par la nicotine", résume de manière sibylline le papier pour l'European Journal of Neurology. En clair, l'étude sur une quarantaine de malades de Parkinson montre une amélioration de la qualité de vie et une diminution des doses prises de L-Dopamine, aux effets secondaires pénibles, pour ceux traités à la nicotine. "L'amélioration de la qualité de vie est une des priorités du Plan des maladies neurodégénératives. Les parkinsonniens sous nicotine ont besoin de moins de médicaments, c'est un fait. Est-ce que cela dérange les labos?", s'interroge Corinne, une patiente, dans Paris-Match.

Incapacité de l'AP-HP à régler ses problèmes internes

L'ombre portée par les soins avec des patchs de nicotine aux ventes de L-dopa ou aux autres recherches de traitements par électro-chocs ou thérapies géniques est-elle en cause? Selon le communiqué de l'AP-HP, c'est l'échec du dialogue avec le thérapeute qui précipiterait la fin des soins compassionnels. "Après plusieurs mois de discussions avec le Dr Gabriel Villafane qui n'ont pas abouti, il a été décidé de mettre fin à sa vacation au sein du service de neurologie de l'hôpital Henri-Mondor AP-HP". Une vacation qui avait déjà été réduite de trois demi-journées à une seule en juin 2016, comme nous le révélions le mois dernier

Les patients doivent-ils pâtir des problèmes internes que la direction de l'AP-HP se montre incapable de résoudre? Pourtant, "la nicotine me permet d'oublier que je suis malade de Parkinson", nous expliquait cet été Corinne, patiente du Dr Villafane. De manière assourdissante, pour le moment aucune organisation faîtière de défense des patients n'a réagi à cette situation scandaleuse. Un reflet de l'état de la "démocratie sanitaire" française que Thomas Dietrich résumait, dans un interview pour l'Humanité après sa démission du poste de Secrétaire général de la Conférence nationale de santé (CNS) début 2016: "De manière générale, j'ai vu qu'il n'y a aucune volonté de prendre en compte la parole des usagers".

De leur coté, des usagers de nicotine pour soigner leur parkinson viennent de mettre en ligne un petit film, au ton décalé, pour faire connaitre leur situation absurde et dramatique. Leur parole sera t-elle entendue ?