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samedi 30 septembre 2017

[urologie passive] De quoi souffre le Professeur Dautzenberg ?

Urines vertes ou jaunes, présence de cotinine et angoisse persistante. Les symptômes affichés par le Pr. Bertrand Dautzenberg sur les plateaux de BFM puis de RMC (vidéos plus bas) ne manquent pas de surprendre. Qu'est-ce qui a pu provoquer de tels troubles chez le médiatique pneumologue français? Est-ce grave? Mais de quoi souffre vraiment le tabacologue officiant à l'hôpital de la Salpêtrière? 

Anamnèse

Lors de son échange avec Jean-Jacques Bourdin, le sympathique professeur raconte recevoir des vapoteurs qui parfois "tirent" quelques lattes sur leur appareil dans son bureau. Peut-être pris de fièvre, le tabacologue précise pourtant que la direction de l'Assistance Publique et Hôpitaux de Paris (AP-HP), où il officie, a interdit depuis le mois de mars le vapotage en son sein. Qui est le fautif dans cette situation? Du patient arrêtant de fumer, du docteur le laissant vapoter dans son cabinet, ou des autorités hospitalières n'ayant pas mis le holà à cette pratique délictueuse, son récit emmêlé ne le désigne pas. "L'AP-HP dans sa sagesse a inscrit dans son règlement intérieur que l'on ne peut pas vapoter dans les espaces collectifs, mais un soignant peut vapoter dans son bureau", tente d'expliquer le docteur sans faire la lumière de ce qu'il en adviendra finalement pour ses patients.

Asparagusite

Ce vapotage dans son cabinet, mais pas aux toilettes, est-il à l'origine du mal qui semble posséder le pneumologue? Très troublant, si ce n'est troublé, il énumère les couleurs de ses urines la veille sur BFM. "Moi, si le vapotage me donne des urines vertes ou jaunes, on peut me dire que ce n'est pas toxique, je ne suis pas content", s'offusque t-il (à 3'45''). Après recherches, si aucun cas de ce type n'est rapporté chez des vapoteurs ni dans leur entourage, des urines vertes ont été fréquemment constatées chez des sujets après ingestion en quantité d'asperges. La source du syndrome dautzenbergien pourrait bien être l'acide asparagusique, qui une fois digéré se dégrade en composés organiques souffrés.

Le Pr Andy Brunning, chimiste de l'Université de Cambridge, explique que le désagrément ne toucherait que 43% des amateurs d'asperge dans son oeuvre "Pourquoi l'asperge donne t-elle une odeur au pipi?". En ce qui concerne l'alternance flavescente du pipi du Pr Dautzenberg, de nombreux témoignages semblent corroborer que c'est là sa couleur normale. Peut-être un léger manque d'hydratation a t-il fait foncer le secrétât de l'urètre professoral? Boire un peu plus d'eau doit suffire à allonger le liquide doré.

Tomatage passif

Reste évidemment cette interrogation inquiète de la présence de cotinine dans la lansquine du docteur. Les doses relevées par plusieurs études sur des personnes en présence de vapoteurs, y compris leur compagnon ou compagne, montrent des taux similaires à ceux de personnes ayant mangé un des nombreux légumes naturellement nicotinés. Avaler quelques centaines de grammes de tomate, aubergine, patate, choux-fleur, carotte, poivron, etc délivre autant de nicotine que de respirer une demie-journée enfermé en compagnie d'un vapoteur. "Les partenaires de vapoteur.es ont en moyenne des concentrations de cotinine [ndr. métabolite de la nicotine] de 0.19ng/ml de salive et 1.75ng/ml dans l'urine, ce qui est environ 1'000 fois moins que les concentrations chez les fumeurs et se situe au niveau du taux de cotinine généré en mangeant une tomate", souligne à ce sujet le rapport du Public Health England en 2015.

Au vu de la brièveté des bouffées de ses patients vapoteurs, il semble plus probable que les métabolites de nicotine dans l'urine du Pr Dautzenberg proviennent de son alimentation. "La nicotine à ces doses là, mesurées chez l'entourage des vapoteurs, ne présente strictement aucun danger", tente de raisonner Claude Bamberger, de l'association Aiduce, sur le plateau de BFM. Le professeur n'a pas paru calmé par cette tentative de le faire revenir à une raison que le Conseil d'Etat français avait reconnu valide en 2013. C'est pourtant aussi la conclusion de trois rapports scientifiques du Public Health England en 2015, du Royal College of Physicians (UK) en 2016 et de l'Université de Victoria (Canada) en 2017. Depuis, deux enquêtes in vivo confirment. L'Université de San Diego dans 242 logements et le NIOSH du CDC américain dans un magasin de vapotage n'ont relevé aucune pollution intérieure inquiétante liée au vapotage.

Peut-être pour calmer le sujet pouvons-nous lui suggérer, sans donner crédit à son délire, d'éviter les plats comme les pizzas, la moussaka, le gratin dauphinois, etc., qui contiennent en masse des solanacées. Cela sera t-il suffisant? Difficile à dire, le propre de l'irrationalité étant de pouvoir se contredire sans sourciller. C'est ainsi que le professeur reconnait à un autre moment que "la nicotine est très très peu toxique". Le "danger est la fumée de cigarette", précise t-il. Le professeur convient d'ailleurs que la cohabitation entre vapoteurs et le reste de la population française "jusqu'ici se passait pas trop mal"

Subnormalisation

Ne dégageant pas de monoxyde de carbone, pas de particules fines solides, sans que l'on puisse distinguer si le compagnon ou la compagne d'un vapoteur a respiré la nicotine dégagée ou échangé ses fluides salivaires chargée de cotinine alimentaire dans des pratiques buccales très françaises, alors que visiblement les colories urinaires découlent plus probablement de l'alimentation, l'inquiétude sanitaire concernant le vapotage pour des tiers se trouve sans fondement. Le professeur a alors un soubresaut convoquant un risque comportemental. 

Trait identifié par de nombreux psychiatres, le délire rejette les faits de raison, notamment ici les comptes-rendus scientifiques, mais recèle souvent sa propre logique. "Le vapotage peut re-normaliser le tabagisme", assène ainsi le Pr Dautzenberg. Voilà Orwell revigoré. Arrêter de fumer, c'est fumer, a t-on envie de scander avec le docteur. En somme, un vapoteur re-normalise le tabagisme, Doit-on comprendre alors qu'un fumeur tend à montrer en acte que le tabagisme est anormal et dégouttant? Arrêter de fumer serait donc pire, aux yeux d'une certaine lutte anti-tabac, que de continuer de fumer, car cela peut re-normaliser ce qui serait (où?) dé-normalisé. On sait que d'aucun suggère de ne pas aider les fumeurs à arrêter pour que seuls les plus méritants se libèrent dans une souffrance rédemptrice et que les autres périssent le plus atrocement possible afin d'édifier les jeunes par leur agonie. Il y a peut-être un quelque chose de Chapman chez le Pr Dautzenberg, en dépit d'un fond humaniste clairement plus prononcé que chez l'ultra puritain.  

Le second assassinat de la loi Evin

Entre soutien à l'arrêt du tabagisme, mais volonté d'exclusion des parias ayant arrêté de fumer sans autre justification que de sombres hypothèses, il est passablement difficile de suivre la cohérence du propos. Comme le saisi spontanément la présentatrice de BFM-TV, le discours d'assimilation du vapotage au tabagisme finit par tuer la distinction fondatrice de la loi Evin qui interdit le tabagisme passif en raison de son impact sanitaire. Tout cela est réduit à un embrouillamini laissant à penser à un "simple problème de vivre ensemble", ou plutôt d'intolérance aux manies du prochain, pour fonder ce régime d'exclusion. Comment l'auditeur pourrait-il y voir autre chose qu'une volonté d'emmerder les fumeurs et désormais aussi les ex-fumeurs?  

Après cet incompréhensible amalgame, la dernière saillie sur le plateau de RMC du professeur alerte sur les nouvelles cigarettes de tabac chauffé des cigarettiers. "Il faut une ligne rouge entre les deux. Quand il y a du tabac, c'est un produit du tabac, quand il n'y en a pas, cela n'en est pas", conclue le professeur qui a miné auparavant la possibilité de cette distinction en excluant les vapoteurs du registre des non-fumeurs par le mythologique vapotage passif. Bien illuminé celui qui peut suivre ce chemin.

Une prescription compassionnelle

Mieux s'hydrater pour alléger les urines. Si les troubles anxiogènes liés à la couleur et au contenu en cotinine de celles-ci perdurent, bien que cela soit totalement bénin, le Pr Dautzenberg peut éviter les asperges et les plats contenant des solanacées. L'angoisse persistante d'un complot de re-normalisation du tabagisme mené par ceux qui ont arrêté de fumer doit cependant être traitée sérieusement. Même si le docteur semble jovial et empathique, il y a dans cette paranoïa un fond irrationnel et une opposition aux faits assez inquiétants. 

Concernant la loi Evin, déjà passablement éméchée sur son pan de l'alcool, sa spécificité sur le tabagisme vient de se faire étrangler par derrière. On peut douter qu'elle survive à un tel traitement par l'absurde aux yeux du public. Avec 36% de fumeurs, selon le dernier Eurobaromètre, on peut douter que cet amalgame fumeux soit une bonne idée pour la santé publique en France.

Sur le plateau de BFM-TV, le Pr Dautzenberg et Claude Falken de l'association Aiduce

Le Pr Dautzenberg, invité de Jean-Claude Bourdin vendredi matin

La Thaïlande reconnait officiellement des arrestations de vapoteurs étrangers, l'OMS l'encourage

"Il y a eut des incidents récemment avec des voyageurs étrangers qui n'étaient pas au courant de l'interdiction [du vapotage] et qui ont du payer une amende sur place ou ont été arrêtés". L'Autorité du Tourisme en Thaïlande (TAT) ne donne pas plus de précision dans son communiqué, daté du 22 septembre dernier, sur ces "incidents" liés à la prohibition du vapotage mise en place depuis 2014 par la junte militaire. Fin juillet, le milieu des vapoteurs alertait sur l'arrestation le 26 juillet d'un touriste Suisse détenu durant six jours pour avoir vapoté en public. Relâché sous caution, il risque une peine de prison, qui selon les griefs retenus peut aller jusqu'à 10 ans. Information confirmée par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), mais dont la médiatisation a valu quelques enfumages. Malgré notre demande, l'Ambassade thaïlandaise de Berne ne nous a donné aucune précision ni sur l'affaire ni sur les indications à donner aux voyageurs. 

Arrestations et confiscations

Depuis, la presse britannique s'est fait l'écho d'autres cas de touristes pris à partie par les forces de l'ordre en Thaïlande. Certains ont dû donner des sommes de l'ordre de plus de 160 Fs sans savoir s'il s'agissait d'amendes légales ou de racket policier. Une ambiguïté fréquente en Thaïlande comme le confirme un français expatrié dans un interview à Vapoteurs.net. De son côté, le Foreign Office recommande explicitement à ses ressortissants de ne pas prendre de produits de vapotage en Thaïlande, alors que le DFAE reste silencieux sur le sujet. L'interdiction du vapotage ne concerne pas seulement les touristes, de nombreuses arrestations de thaïlandais sont rapportées régulièrement par la presse locale.

C'est dans ce contexte que, bien qu'elle ne donne aucune précision sur les suites judiciaires des différentes affaires, l'Autorité du Tourisme en Thaïlande a décidé d'informer les futurs voyageurs par ce communiqué, repris par de nombreux sites d'information en ligne notamment de langue allemande. "Alors que le vapotage (ou e-cigs) est utilisé un peu partout dans le monde comme aide pour arrêter de fumer, les voyageurs qui viennent en Thaïlande doivent savoir que cela est en fait illégal dans le Royaume", explique la TAT. "Beaucoup pourraient se demander pourquoi un appareil prévu pour aider les gens à arrêter de fumer est interdit. Un porte-parole du Gouvernement a déclaré que l'interdiction a été introduite pour des raisons de santé et qu'elle était suggérée à l'origine parce que le vapotage pourrait amener les jeunes au tabagisme", poursuit le communiqué.

La violation de l'article 1 (d) de la Convention anti-tabac

En parallèle, le bureau anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a franchi un pas supplémentaire dans son soutien à la prohibition thaïlandaise de l'outil de réduction des méfaits. La Dr Jagdish Kaur, cadre du bureau asiatique de la FCTC, appelle à suivre l'exemple de la Thaïlande, de la Corée du Nord et du Timor oriental, contre toute liberté donnée aux usagers de pouvoir utiliser des outils de réduction de risques comme le vapotage. "Les pays de la région du Sud-Est asiatique (SEAR) doivent prendre des mesures réglementaires pour interdire holistiquement la production, l'importation, la distribution, la présentation, la vente et l'usage des appareils électroniques de délivrance de nicotine (ENDS) ou sans nicotine (ENNDS), de manière appropriée à leur droit national. Sans égard à ce que ces produits contiennent ou non de la nicotine, ils imitent la fumée et doivent être considérer comme une promotion (directe ou indirecte) de l'usage de tabac", explique l'article de la cadre de l'OMS publié dans l'Indian Journal of Public Health le 15 septembre

Pourtant la Convention anti-tabac qui donne vie à ce bureau de l'OMS, stipule clairement la réduction des méfaits comme élément intrinsèque à sa démarche. "La "lutte anti-tabac" signifie une gamme de ressources, de demandes et de stratégies de réduction des méfaits visant à améliorer la santé de la population en éliminant ou réduisant la consommation de produits de tabac et l'exposition à la fumée de tabac"(*), précise dans sa version anglaise l'article 1 §d de la Convention cadre anti-tabac de l'OMS. La violation de cet article est activement soutenue par le Secrétariat Général actuel de la FCTC, qui s'est arrogé des pouvoirs de direction au-delà de son rôle de secrétariat au motif de lutter contre l'influence des firmes cigarettières. Bien que cette tactique d'opacité et d'exclusion de la société civile favorise un éco-système propice aux noyautages des grandes firmes tabagiques, notamment de Philip Morris comme l'a révélé une enquête de Reuters à propos du dernier sommet de la FCTC en Inde.

Sourires 1984

Vera da Costa, Secrétaire Générale du bureau anti-tabac de l'OMS, avait déjà adressé officiellement ses "félicitations" et "toute [sa] gratitude" à la junte militaire thaïlandaise pour sa prohibition du vapotage quelques mois après le coup d'état en 2014. Le pays qui compte, selon ses statistiques officielles, 42% de fumeurs est considéré comme "une sucess-story" par la toute-puissante cheffe de la FCTC dans un article du Guardian à l'été 2016. Le marché légal des cigarettes y est tenu pour 80% par le Thaïland Tobacco Monopoly, entreprise d'Etat sous l'autorité du Ministère des finances mais qui ne détient plus le monopole en dépit de son nom. L'entreprise annonce rapporter plus de 7 milliards de baths (env. 200 millions FS, 180 millions €) par an au Royaume. Le Thaïland Tobacco Monopoly finance notamment clubs de football et actions culturelles... Au pays du sourire obligatoire, que les opposants démocrates comparent au roman 1984 de George Orwell, arrêter de fumer à l'aide de la vape, c'est pire que fumer des cigarettes. 

(*) "“tobacco control” means a range of supply, demand and harm reduction strategies that aim to improve the health of a population by eliminating or reducing their consumption of tobacco products and exposure to tobacco smoke", à noter que la traduction française officielle est peu claire sur le point de la réduction des méfaits.

dimanche 24 septembre 2017

Stoptober en Angleterre: [MàJ] Un enfumage du Sun m'a foutu dedans: Pas de censure des pubs pour arrêter de fumer

[Mise à Jour 26.09.2017 à 20h40] Selon le Vaping Postl'affaire rapportée par le Sun n'existerait pas. Le Cancer Research  UK et l'Advertising Standards Authority (ASA) nient qu'il y ait eu quelconque tentative de blocage des annonces de la campagne Stoptober. Sur son blog, Clive Bates a ajouté une mise à jour : " Le Cancer Research UK déclare qu'il n'a pas été "empêché de faire quoi que ce soit par l'ASA, et rien n'explique pourquoi cette histoire est apparue". Les pubs du Public Health England passaient à la télé hier soir encore." Désolé, de nous être fait enfumer par le Sun et d'avoir colporté cette désinformation... :(

"Couldn't vape it up! Les annonces anti-tabagisme du Cancer Research interdites à cause de règles débiles de Bruxelles". Avant-hier, le Sun révèle que l'Agence de contrôle des publicités (ASA) aurait refusé d'autoriser la campagne de l'organisation de charité contre le cancer durant Stoptober. Son thème "Quit or switch" - arrête ou passe au vapotage - fait un pied-de-nez au vieux slogan obsolète et meurtrier du "quit or die" - arrête ou meurt -. Mais la campagne de santé publique serait censurée en raison de l'interdiction des bureaucrates européens"Le comité sur les pratiques publicitaires a implémenté la règle de l'Union Européenne (UE) en février qui rend illégal la promotion "indirecte" de produits nicotinés, ce qui inclut le vapotage", expliquent Harry Cole et Ben Lazarus, les auteurs de l'article. En août, l'ASA avait déjà reçu une dénonciation anonyme contre une annonce pour un produit de vapotage.

Le Cancer Research va t-il défier la censure européenne?

Cependant, l'oeuvre de bienfaisance britannique contre le cancer pourrait passer outre. "Des sources nous ont déclaré que les dirigeants du Cancer Research réfléchissent à ignorer la censure et prendre le risque d'une bataille en lançant la campagne", précisait la première version de l'article du Sun (datée du 22 septembre au soir). "Le Département de la santé a réagit aujourd'hui pour soutenir que les campagnes de santé publique devraient être exemptées des règles de Bruxelles", précise l'article mis à jour hier.

Le spot Stoptober passera t-il comme prévu à la télé anglaise en octobre?


Le règlement en voie de réforme

L'organe de contrôle ASA a finalement aussi commenté la situation. "Nos règles interdisent les pubs pour les produits de vapotage sans licence [pharmaceutique] et contenant de la nicotine dans la ligne des lois Européennes qui ont pris effet en 2016. Les annonces pour des produits et les marques sont interdites et ne sont plus diffusées à la TV ou la radio depuis l'an passé", explique un porte-parole de l'organisme. A l'écoute des plaintes contre l'absurdité de ce règlement, il souligne avoir entendu que le Public Health England estime que la prohibition devrait ne pas couvrir les campagnes de santé publique concernant "la réduction des méfaits du vapotage contre ceux des cigarettes".

L'organe de de contrôle publicitaire est justement en train de proposer une réforme de son règlement sur ce point. Une consultation publique est ouverte jusqu'au 16 octobre. La règle édictée en février avait été vertement critiquée pour ses effets absurdes et néfastes, notamment par l'Association des professionnels de la vape indépendante britannique IBVTA. La perspective du Brexit devrait aider les britanniques à s'affranchir de ces limitations délétères imposées par les bureaucrates bruxellois, malgré la pression intense du lobby pharma pour les maintenir en place.

[Mise à jour 24-09-2017 à minuit] Clive Bates, sur son blog, estime que le problème provient de la réglementation excessive de l'ASA, au-delà de ce qu'impose la Directive européenne TPD et son implémentation britannique dans le Tobacco & Related Products Regulation (TRPR). Celles-ci ne visent que les publicités commerciales ou provenant d'entreprises commerciales. "Il est important que les institutions de santé respectées puissent promouvoir des approches génériques pour arrêter de fumer, y compris l'utilisation du vapotage. Le traitement de ce type de publicité devrait être distingué des publicités "dans le cadre d'une entreprise" ou d'une communication commerciale. La faute ne réside pas dans le droit européen, du moins tel qu'il a été interprété par le Royaume-Uni. Elle incombe à la transposition incompatible de la directive dans le règlement de l'Agence de contrôle publicitaire (BCAP)", explique t-il.

En contraste, des voies de défenseurs du vapotage s'élèvent sur les réseaux sociaux pour rappeler que ce risque de censure de l'information sur la réduction des méfaits sur la base des textes de la directive européenne avaient été soulignées et ignorées en son temps. Les propos très agressifs du Commissaire européen Andriukaitis à l'encontre des vapoteurs semblent bien illustrer cette intention de la bureaucratie bruxelloise contre les personnes arrêtant de fumer.
En France, comme la capote dans les années 1980'

En France, la Loi santé Marisol Touraine a également introduit l'interdiction de publicité et propagande, directe et indirecte, à l'encontre des produits de vapotage sous peine d'une amende jusqu'à 100'000 €. Imitant ainsi la vieille loi de censure contre les préservatifs en vigueur jusqu'à son abrogation en 1986 par la Ministre Michèle Barzach. Depuis l'intronisation de la censure, les chaînes de télévisions publiques semblent évacuer ou traiter de manière négative, jusqu'à l'outrance, le sujet de l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Une consultation par l'association Sovape montre l'étendue du problème de liberté d'expression et du droit à l'information pour préserver sa propre santé que pose cette censure scélérate.

Si vous êtes résidents en France, ne visionnez pas cette vidéo, cela vous est interdit

En Suisse, la CFPT espère bâillonner les médecins

Hors de l'Union Européenne, la Suisse n'a pour le moment aucune règle contre l'information sur le vapotage. Un ensemble de lobbys intéressés à préserver le tabagisme et son cortège de malades friands de médicaments, réclament une censure totale dans la prochaine réglementation. La Commission Fédérale Tabac (CFPT) va jusqu'à exiger l'interdiction aux professionnels de santé d'informer les patients et le public sur le sujet.




vendredi 22 septembre 2017

[Ristrett'] La vape peut-elle aider le nouveau Conseiller fédéral Ignazio Cassis ?

La Ligue pulmonaire Suisse lance ce matin une campagne médiatique contre Ignazio Cassis. L'organisation para-pharmaceutique dénonce le tout nouveau Conseiller fédéral pour son tabagisme dans la presse alémanique. "Si Cassis décide d'arrêter de fumer, cela serait bienvenu. Même pour sa propre santé", précise Claudia Künzli, cheffe de la section politique et prévention de la Ligue pulmonaire Suisse, dans le 20 Minuten. Nommé ce matin même à la tête du Département des affaires étrangères (DFAE), le tessinois avoue "fumer cinq cigarettes par jour"

Moulinets ou tolérance ?

La spécialiste de la Ligue pulmonaire lui conseille exercices de relaxation et mouvements en extérieur pour quitter ses cigarettes. De son côté, Gregor Rutz, Conseiller national UDC, "préfère un Conseiller fédéral qui aime une cigarette ou un brandy qu'un professionnel de santé dysfonctionnel". Au mot d'ordre de devoir suivre l'exemple de l'ex-fumeur Barack Obama, Seibel Arslan, Conseillère national verte, trouve qu'il n'y a pas besoin "d'imiter tout ce que font les présidents américains"

Une aide concrète

Mais y a t-il quelqu'un pour suggérer à Ignazio Cassis d'essayer le vapotage? Un moyen pour bénéficier de l'effet de régulation de l'humeur, notamment contre le stress, de la nicotine, tout en éliminant les méfaits liés aux substances produites par la combustion. Il peut trouver un guide pour s'orienter bien conçu par l'association des usagers Helvetic Vape, y compris en italien. Le problème évidemment est que son collègue de l'intérieur, Alain Berset, maintient toujours l'interdiction de la vente de liquides nicotinés afin de protéger les ventes de cigarettes. Dilemne. Le nouveau Conseiller fédéral va t-il continuer de fumer ou passera t-il par le marché noir pour préserver sa santé ?


jeudi 21 septembre 2017

Le CDC a contrôlé l'air d'un magasin de Vape. Ce qu'ils ont trouvé est inimaginable...

"Diacetyl, 2,3 pentanedione, 2,3 hexanedione et acétoïne n'ont pas été détectés dans la partie salon du magasin. Dans les échantillons d'air de la zone principale prise derrière le bar à jus à l'aide de tubes de gel silica, nous avons constaté des concentrations détectables mais non quantifiables de 2,3 pentanedione seulement le premier jour. Nous n'avons trouvé aucune concentration détectable d'aucune des substances aromatiques dans les autres échantillons". Difficile à imaginer dans le climat de peur actuel, mais rien. Le Center of Disease control (CDC), l'organisme américain de surveillance de santé, n'a rien trouvé de préoccupant dans l'air du magasin de vapotage que sa section dédiée du NIOSH a contrôlé en janvier 2016. "Les concentrations de formaldéhyde dans l'air au bar à jus et au salon étaient très basses et similaires à celles trouvées sur les échantillons d'air du personnel", indique le rapport, récemment publié en catimini, avant de préciser "de faibles concentrations de formaldéhyde existent dans la plupart des intérieurs en raison d'émanations de l'ameublement, des habits et d'autres matériaux".



[les tableaux sont à cliquer pour les agrandir ;) ]







A la recherche du vapotage passif perdu

Outre la présence de chimiques aromatisants associés à des problèmes respiratoires, à savoir le diacétyl, l'acétyl propionyl (2,3 pentadione), l'acétyl butyryle (2,3 hexadione), ainsi que les concentrations d'acétaldéhyde, de formaldéhyde et d'acétoïne, les inspecteurs ont également mesuré les taux de nicotine, de propylène glycol et d'autres composés organiques volatils (COV). Ils ont également ramassé les poussières de surfaces pour vérifier leurs concentrations de métaux et de nicotine. Enfin, ils ont observé les usages de travail de la dizaine d'employés du magasin d'un peu moins de 100m² (1000 feet²).

Concernant la nicotine, les concentrations se trouvent sous le seuil minimum quantifiable. Autrement dit, la quantité est si faible que le NIOSH n'est pas capable d'en fournir une mesure mais seulement une estimation. Sur le propylène glycol, un des principaux ingrédients des liquides de vapotage, le rapport estime que "les taux sont faibles". Pour les composés organiques volatils (COV) "les expositions des employés à tous les COV quantifiés étaient bien inférieures aux limites d'expositions professionnelles (OEL)", explique le rapport.








Les vapoteurs suent-ils? 

Les échantillons de poussières ont montré des niveaux quantifiables de calcium (de 15 à 94 μg/100 cm²), de cuivre (de Non détecté (ND) à 0,49 μg/100 cm²), de fer (de ND à 1,8 μg/100 cm²) et potassium (de ND à 17 μg/100 cm²). Ainsi que des taux non quantifiables de chrome, plomb, magnésium, nickel, phosphore, strontium et tellure. Le calcium, potassium, phosphore et magnésium sont exécrés naturellement par la sueur humaine. "On ne sait pas si leur présence sur les surfaces provient des produits de vapotage, des personnes ayant touché les surfaces ou des deux", précisent les inspecteurs.

C'est mal

Principal forfait des employés, le rangement de liquide nicotiné à 10% (100 mg/ml) dans le bac à légume du frigo, où se trouvaient aussi leurs en-cas. Les inspecteurs recommandent un frigo réservé aux produits nicotinés et un autre pour les aliments, afin d'éviter l'ingestion malencontreuse de nicotine. Autre négligence des employés, l'oubli fréquent de porter des gants en nitrile lors de manipulation de liquides nicotinés. Le rapport du NIOSH conseille en cas de contact de liquide nicotiné sur la peau de la laver avec de l'eau et du savon dans les cinq minutes. Enfin, les inspecteurs ont aussi noté que les employés vapotent durant leur travail. 

Jim McDonald, du site Vaping 360, remarque que le CDC n'a fait aucune communication, ni tenu compte de ces résultats confirmant de multiples études antérieures sur l'absence de risque à respirer l'air en compagnie de vapoteurs. "Mais il est agréable de voir une confirmation signée du CDC, un organisme réputé pour sa grande hostilité à la vape", pique le chroniqueur. En mai dernier, une étude de l'Université de San Diego montrait déjà l'absence de pollution intérieure décelable spécifique au vapotage dans des logements.

Royaume-Uni: La vape nouvel élément clef de la campagne Stoptober pour arrêter de fumer

La vape à l'honneur au Royaume-Uni. En Angleterre, la campagne Stoptober va s'appuyer sur le vapotage qui devient ainsi "un élément clef pour aider les fumeurs à arrêter la cigarette", selon la BBC. Le spot télé de la campagne met en avant divers moyens d'aide à l'arrêt dont le vapotage. Désormais, la vape est un outil pleinement considéré et intégré aux conseils délivrés par les tabacologues. "Le vapotage est particulièrement efficace lorsqu'il est combiné au soutien d'un centre stop-tabac local. Les gens qui choisissent ce moyen ont un des taux de réussite à l'arrêt les plus élevés", précise le site de la campagne du National Health Service (NHS).  Les Centres stop-tabac anglais suivent ainsi l'exemple précurseur du Stop-Smoking Service de Leicester.


Plus de succès d'arrêt depuis l'essor de la vape

En dehors des centres d'aide spécialisés aussi, le vapotage a boosté les succès à se libérer des cigarettes. Une étude de l'University College de Londres (UCL) montre que le taux de réussite a bondi depuis l'essor du vapotage. "Début 2017, plus de 20% des tentatives ont réussi à arrêter de fumer [pendant au moins un an], indique un rapport de l'UCL. Tandis qu'au cours de la décennie précédente, la moyenne de succès était de 15,7%", explique le Guardian du jour. Ce nouvel outil pour se libérer du tabac fumé semble bénéficier particulièrement aux bas revenus, habituellement défavorisés par les campagnes anti-tabac. "Le taux de réussite chez les personnes les plus pauvres était historiquement faible. Mais pour la première fois, les fumeurs ayant un emploi manuel ont presque autant de chance de succès que les cols blancs", souligne le Guardian.

La chute de la cigarette

Méthode désormais la plus populaire au Royaume-Uni pour arrêter de fumer, le vapotage avait déjà été utilisé par 53% des participants à Stoptober l'an passé. Depuis son essor en 2011, plus d'un cinquième des fumeurs anglais sont devenus ex-fumeurs, le taux de tabagisme chutant à 15,5% des adultes en 2016. Un résultat enthousiasmant qui contraste avec le pitoyable maintien du tabagisme dans les pays répressifs comme la Suisse (25% officiellement, mais plus de 30% réellement) ou la junte militaire de Thaïlande (42%). A raison, l'exemple du voisin anglais inspire les écossais. 

Les écossais inspirés

Ce matin, le National Health Service (NHS) d'Ecosse, regroupant plus de vingt organismes de santé, a officiellement déclaré le vapotage un outil de réduction des méfaits "définitivement beaucoup plus sûr" que les cigarettes, rapporte un autre article de la BBC. "Si nous essayons d'aider les gens à se décisder à arrêter de fumer alors le vapotage est une bonne option à prendre en considération", explique le Dr Andrew Fraser, directeur scientifique du NHS Ecosse. Sheila Duffy, directrice de l'Action on Smoking and Health (ASH) locale, abonde: "Le tabac est mortel et j'encourage toute personne qui fume à trouver un moyen d'arrêter qui marche pour elle. Cela peut inclure l'utilisation du vapotage et le recours au soutien gratuit à l'arrêt du NHS".


mardi 19 septembre 2017

France: Un scandale passé sous silence à l'Hôpital Mondor? Des malades de Parkinson abandonnés à eux-mêmes depuis juin 2016


Des centaines de malades de Parkinson traités avec des patchs de nicotine à l'hôpital Mondor de Créteil sont dans l'incertitude sur l'avenir de leurs soins. La direction a décidé de limoger fin septembre le Dr Villafane, dernier expert de ce traitement en France, après avoir réduit ses consultations depuis juin 2016. L'AP-HP semble décidée à tuer cette thérapie.

Martin Hirsch n'a pas daigné nous répondre. Pourtant, l'état d'abandon dans lequel se retrouvent depuis 14 mois les centaines de malades de Parkinson de l'Hôpital Mondor de Créteil pose question. Le Directeur de l'Assistance Publique et Hôpitaux de Paris (AP-HP) et son service de presse préfèrent garder le silence. En matière d'information, les malades de Parkinson eux-mêmes ne sont guère mieux lotis. Jérôme Antonini, directeur de cabinet de Martin Hirsch, a tout de même communiqué en juin dernier à un patient que le «docteur Villafane n'exercera plus à l'hôpital Henri Mondor à compter du mois de septembre 2017». Le couperet tombe ainsi sur vingt années de travaux sur la thérapie à la nicotine du Dr Gabriel Villafane, en compagnie du Pr Pierre Cesaro jusqu'à son décès en décembre 2013, pour ses patients atteints de Parkinson. Des patients au nombre de 600 selon le Ministère de la santé, tandis que le soignant les estime à «plus d'un millier» dans un interview à Sud-Ouest en 2013.

Plus d'enfumage que de thérapie à la nicotine à Mondor

Avant la rupture du contrat du Dr Villafane, l'AP-HP avait dés juin 2016 limité son travail en réduisant de trois à une seule demi-journée par semaine son temps de consultation, selon un document interne que nous avons pu consulter. S'ensuivent annulations au prétexte de "contretemps", reports de rendez-vous, dans des délais dépassant une année, pour des patients déjà suivis et refus en réponse à de nouvelles demandes. Symptôme du malaise, l'hôpital Mondor mène en bateau l'Association Neurothérapie et Nicotine (A2N), qui milite pour la reconnaissance de cette thérapie. La direction du service de Neurologie lui assure que rien n'a changé, six mois après la réduction d'horaire. «Le rythme des consultations du Dr Villafane dans notre service n'a pas été modifié», affirme un courrier de janvier 2017 du Pr Anne Catherine Bachoud-Levi, cheffe de service de Neurologie de Mondor.

En réalité, la plupart des malades se retrouvent livrés à eux-mêmes. Corinne, que nous avions interviewé en juillet, tente depuis juin 2016 d'être reçue pour l'ajustement de son traitement. «Sur une quarantaine de patients avec qui j'ai contact, seuls trois ont reçu début septembre [2017] une date de rendez-vous avec le Pr Philippe Rémy. Sans aucun conseil médical sur la conduite à tenir alors que nous nous retrouvons de fait en auto-médication», nous explique t-elle. Or, le Dr Philippe Rémy, chargé de reprendre les patients sous nicotine, stipule clairement dans un courrier à une patiente en octobre 2016 "que les neurologues du Centre Expert Parkinson ne pourront pas vous prescrire de la nicotine". De plus, après le départ du Dr Villafane, aucun expert ne dispose des compétences en matière de soin de la maladie de Parkinson avec la nicotine. Comment dés lors les patients pourront-ils poursuivre ce traitement dans des conditions satisfaisantes? Cela faisait partie de nos questions auxquelles Martin Hirsch n'a pas répondu.

Les patients voient les améliorations, pas le Ministère

Pourtant, le traitement à la nicotine connaît du succès. Non invasive et permettant de réduire les doses de L-dopa et ses pénibles effets secondaires, un certain engouement s'est créé autour de l'approche. Publiés en 2009 dans Nuclear Medicine Communications, les résultats de l'étude NicoPark 1 se montrent très encourageants. Après Sud-Ouest en novembre 2013, le journal Libération relaie en 2014 le témoignage d'une autre patiente enthousiaste, puis Ouest-France celui d'un breton, tandis que le Point dressait l'état des avancées de la science américaine sur le sujet. «Quelques associations, comme le Groupe Parkinson Ile-de-France (GPIDF), demandent une reconnaissance de la nicotinothérapie pour traiter la maladie», ajoutait alors l'hebdo. Trois ans plus tard, les témoignages persistent à relater l'aide que leur procure la nicotine, à l'image de celui de Corinne. Ou celui de Philippe dans le Télégramme qui, après de premiers examens avec le Dr Villafane, doit expérimenter seul la nicotine à défaut que l'hôpital Mondor lui ait accordé un second rendez-vous. Constante de l'historique, les patients ne sont toujours pas pris en considération par les bonzes des institutions.

Du côté de l'étude Nicopark, la phase 2 s'est effectuée mais les résultats ne sont pas encore publiés. Cela n'a pas empêché les autorités françaises de décider de l'inefficacité présumée de la nicotine. Interpellé à plusieurs reprises sur le sujet par des députés, le Ministère de la santé affirme à chaque fois que les résultats de Nicopark-2 «n'ont pas montré de bénéfice de la nicotine en patch sur les symptômes de la maladie». Pourtant, au Congrès de neurologie de San Diego en juillet 2015, une synthèse du Dr Villafane présente des éléments plus circonstanciés sur l'étude Nicopark-2. "Sur la base de ces données encourageantes, une étude randomisée en double-aveugle contre placebo dans une cohorte plus importante de patients pourrait être considérée", conclut la présentation.


Les américains et les allemands poursuivent les recherches

De leur côté, scientifiques américains et allemands poursuivent leur recherche. La Nicotine Parkinson Disease study (Nic-Pd) a suivi 162 malades pour évaluer «le potentiel d'effet de la nicotine sur les symptômes et la progression de la maladie de Parkinson». Les résultats de l'étude devraient être publiés sous peu. Le 30 octobre prochain, des présentations des premiers résultats auront lieu au Congrès sur les thérapies de la maladie de Parkinson à New-York organisé par la Fondation Michael J. Fox. «Aux Etats-Unis, en Allemagne, les publications sur les vertus de la nicotine dans le traitement de Parkinson affluent. Ils vont nous doubler et déposer des brevets de patchs nicotiniques pour Parkinson avant nous», prédisait le Dr Villafane fin 2013.

Côté français, avant même que le débat scientifique n'ait lieu, le Ministère de la santé semble avoir donc décidé unilatéralement d'enterrer cette approche en fermant la porte à la phase 3 de l'étude Nicopark. Effet de bord, les soins compassionnels à la nicotine sont volontairement précarisés par l'AP-HP. En dépit du soutien au droit des patients d'accéder à ce type de traitement de la part du Pr Benoît Vallet, directeur de la Direction Générale de la Santé (DGS), qu'il avait annoncé en juin dernier.

Enterrement silencieux

Dans l'hexagone, la nicotinothérapie pâtit d'une opposition croissante ces dernières années. L'intérêt des labos à préserver leurs ventes de L-dopa, un produit de meilleur rendement financier que la nicotine, ainsi que de laisser le champ libre au développement de nouvelles thérapies sur un marché en pleine croissance, est probablement un facteur déterminant dans ce sabotage. Étroitement associés aux recherches, des scientifiques parient leur carrière et leur réputation sur le développement des thérapies à électro-chocs («stimulation cérébrale profonde») et l'avenir des «biothérapies», à savoir des greffes de neurones ou l'implantation de gènes stimulant la production de dopamine chez les parkinsoniens, comme l'exprimait en avril 2013 le Dr Philippe Rémy dans le HunffingtonPost.


Mais le blocage le plus prégnant semble la confusion entretenue entre nicotine et tabac et son lot de croyances obscurantistes sur sa nocivité et son potentiel dépendogène. «Il semble de plus en plus évident qu’il existe un freinage organisé», déplore Raymond Lescouarnec dans le Parkinsonien Indépendant de mars 2015. Depuis, les freins organisés semblent avoir mués en enterrement de la thérapie à la nicotine des malades de Parkinson. Des centaines de patients se retrouvent victimes collatérales dans un silence gênant. Corinne, aussi animatrice d'un groupe Facebook pour tenter de réunir les patients éparpillés, est dépitée. Elle ne comprend pas: «C'est dingue que tout le monde se foute du sort de ces patients».

vendredi 15 septembre 2017

[Ristret'] Le Champix officiellement incriminé dans le décès de Timothy en Australie [MàJ]

Le Champix a contribué au décès de Thimothy. Ouverte il y a une année, l'enquête judiciaire a officiellement lié la mort du jeune homme, alors âgé de 22 ans, à sa consommation de la drogue pharmaceutique de Pfizer. John Hutton, Officier judiciaire (coroner) de Brisbane, s'est emparé de l'enquête suite à la plainte de la mère du défunt, comme nous l'avions relaté à l'époque. En 2013, Thimoty s'est pendu après 8 jours de traitement au Champix, dont la molécule active est dénommée varénicline. Selon l'Australian, au moins 58 personnes se sont suicidées sous traitement au Champix entre 2008 et 2014 en Australie. Le Coroner John Hutton avait annoncé songer à enquêter sur l'étendue des problèmes liés au Champix. Les détails de l'enquête n'ont pas encore été révélés.

[Mise à jour 15/09/2017 à 19h15] Pfizer a fait circulé un contre-rapport de 24 pages à celui du Coroner, avant même la diffusion de celui-ci. "Il existe un solide corps de données scientifiques qui démontre que le risque d'événements neuropsychiatriques indésirables avec la varénicline ne diffère pas significativement de placebo", affirme le rapport de Pfizer relaté par le Guardian Australia.

L'article détaillé du quotidien rappelle que la région de Victoria est la seule à pratiquer le dépistage du Champix en cas de suicide. Ce test toxicologique est imposé depuis décembre 2015 sur recommandation du Coroner Jacqui Hawkins qui avait conclu à un effet indésirable du Champix le suicide d'un homme de 36 ans en février de cette année-là. Entre sa mise sur le marché en février 2007 et mai 2010, l'Administration des produits thérapeutique (TGA) a recensé 206 événements suicidaires liés au Champix en Australie. Depuis, l'organisme ne semble plus faire de suivi. 

jeudi 14 septembre 2017

[Ristret'] La chasse aux sorcières pousse les vapoteurs à fuir les études

"J'ai eu le cœur brisé d'entendre cela de certains vapoteurs. La désinformation et la diffusion de la peur contre le vapotage ont atteint une telle intensité qu'ils fuient la recherche. Après leur avoir parlé, il est difficile de critiquer leur raisonnement". Suzi Gage, de l'Université de Liverpool, est dépitée et inquiète dans sa dernière chronique au Guardian. A la recherche de vapoteurs pour une étude sur la méthylation de l'ADN - un biomarqueur connu pour changer l'expression des gènes avec le tabagisme et qui peut être signe précoce de risques, notamment de cancer -, son équipe fait face à deux difficultés. Trouver des vapoteurs n'ayant jamais fumé pour analyser la méthylation de leur ADN hors d'une influence liée au tabagisme, et, d'autre part, la désaffection de la communauté envers les études scientifiques.

"Les vapoteurs réguliers sans passé tabagique sont extrêmement rares (...). En plus de cela, un problème inattendu est la réticence des membres actifs de la communauté du vapotage pour aider à recruter. Ils déclinent leur aide en raison de la peur que les résultats de l'étude servent de nouveau à répandre une image négative du vapotage et des vapoteurs par les tenants d'un agenda politique", explique Suzi Gage. Il y a pourtant un besoin de recherches sérieuses sur le vapotage, notamment sur la question d'éventuels risques à long terme de son usage. Mais la guerre anti-vapoteurs d'une partie des leaders d'opinion de la santé publique a brisé leur confiance. 

"Ce désaccord [entre anti-vapes et défenseurs d'une approche de réduction des méfaits] s'étale dans les médias, générant une image floue des connaissances (et des lacunes) sur le vapotage. Les vapoteurs se sentent persécutés et les fumeurs croient à tort qu'il est inutile d'essayer de passer au vapotage que les médias prétendent aussi dangereux que de fumer", constate la chercheuse en psychologie et épidémiologie. Illustration de ce retrait social des vapoteurs, cet été le site américain Vaping 360 n'hésitait plus à appeler au boycott de certaines recherches malintentionnées. 

"Le vapotage a besoin de science honnête. Mais nous n'en avons plus aux Etats-Unis", regrette Jim McDonald. Echo italophone, dans un article hier dans SigMagazine, Barbara Menitti souligne: "une chose doit être claire pour tout le monde, médias et communauté scientifiques en premier lieu: le climat de chasse aux sorcières ne fait de bien à personne".


mercredi 13 septembre 2017

[Expresso] Adam Padilla, le faussaire de la vape pour bébé, choqué par ce qu'il a déclenché

Lancée le 26 août, l'image a fait le tour du monde virtuel. Un article de promotion de "My first vape", le faux produit de vapotage pour bébé, a même été repris un moment sur les agrégateurs d'information. Derrière l'image parodique, comme nous l'avions expliqué, se trouve Adam Padilla, un stratège en marketing et directeur de la boite de pub new-yorkaise Brand Fire. Le faux produit a abusé une partie de la population, tandis que d'autres en riaient. "La fausse image est devenue virale alors que des parents en colère ont réagi avec fureur", rapporte le Coventry Telegraph le 31 août, "naturellement des mamans et des papas sont en rage contre cette publicité, qu'ils ont pris pour argent comptant et croient être vraie"


L'indignation et les insultes contre les vapoteurs n'ont évidemment pas tardé sur les réseaux sociaux, et on peut l'imaginer dans la vie réelle. "C'est insensé qu'ils osent donner des vapoteuses à des bébés maintenant!", réagit une maman sur twitter selon le journal de Coventry. Plus violent, un autre anglophone écrit sur twitter: "A tous ces enculés de vapoteurs, donnez ça aux enfants pour qu'ils finissent comme des crêpes eux aussi #vape #vapers". Pour finir, Snopes, le site spécialisé anti-hoax, a publié un article pour désamorcer la rumeur: "Rien de tout ceci n'est vrai".


Dans un premier temps, Adam Padilla n'avait pas caché espérer ce type de réactions en lançant ce meme. Les informations de mon article, repris sans être cité par des sites américains [ouais, le respect du travail des autres tout ça, bref...], a changé son discours. Le publicitaire semble agacé que ses liens avec Pfizer ait été révélés. "Certaines personnes ont été jusqu'à vérifier le site web de ma société et ont vu Pfizer parmi ma liste de clients (...)Le logo de Pfizer dans notre liste de clients ne signifie pas qu'ils nous ont engagé actuellement pour quoi que ce soit. Cela signifie seulement que nous avons travaillé sur quelque chose à un certain niveau à un moment... et la plupart des adultes rationnels du monde des affaires comprennent cela", explique Adam Padilla dans un interview à Ecigclick.co.uk


"Les gens doivent se demander si une image virale d'un jouet pour bébé absurde inspiré d'une vapoteuse pourrait être déclenchée par une multinationale de la pharma? Croyez-moi, Big Pharma n'est pas aussi nerveux! Taco Bell ou Wendy peut-être... mais Pfizer?? Allons", plaide le publicitaire dans le même interview. "Je ne suis pas un activiste et je n'ai pas d'agenda anti-vapotage", assure t-il, "la pensée derrière tout mon travail est de chercher une prise humoristique sur un phénomène social ou une expérience représentée qui fasse rire et soit partagée par ses adeptes. J'ai deux enfants et cela m'amuse toujours de penser à des bébés qui feraient des choses d'adultes"


Adam Padilla se dit choqué des critiques, insultes et menaces qu'il a reçu suite à la diffusion de cette image. "Il est effrayant de voir à quel point les gens deviennent violents et font des menaces sur facebook. "Meurs petite merde!", "Tu es un idiot d'avoir fait cela, crétin" etc. Vraiment? Nous sommes des adultes en 2017?", s'offusque le publicitaire, sans évoquer ni se soucier du climat haineux qu'il a déclenché à l'encontre des vapoteurs. 


A titre personnel, j'ai pu constater que les fans d'Adam Padilla ne sont pas beaucoup plus marrants. Du "ferme ta gueule" à l'accusation de vouloir perpétrer un massacre à la Charlie Hebdo, j'ai aussi reçu mon lot de propos bas de plafond pour avoir informé (et rien d'autre) sur la nature et la provenance de cette image. Etant moins tendance à Manhattan qu'Adam Padilla, personne ne s'en est offusqué. Contrairement à la cause du publicitaire défendue par plusieurs sites de vape. Bref.

Adam Padilla invite les défenseurs du vapotage à évoluer dans leur communication. "Aucun militant n'a pensé à cloner mon image avec une autre d'un vapoteur adulte en légendant "ce que le gouvernement pense de la vape et ce que nous sommes réellement" ", propose le new-yorkais. "A présent, nous sommes dans la meme culture, en prenant une menace perçue pour utiliser sa popularité et exprimer son point de vue de façon créative", estime t-il de manière un peu paradoxale. Après avoir plaider l'humour sans arrière-pensée, il explique ici viser un message par sa création, qu'il estime même possible d'attribuer au gouvernement (sic!). D'autre part, son accueil à mon image n'avait pas l'air aussi enthousiaste pour l'usage de retournement qu'il ne le semble en interview. Du post-situationnisme à dimension variable...

On retiendra certaines de ses remarques sur les améliorations possibles de la communication des vapoteurs, mais le reste du discours égocentré d'Adam Padilla n'est pas très cohérent ni consistant. Dans une certaine mesure ce nombrilisme crédibilise son lancement de ce meme sans aucune réflexion préalable. Idiocracy n'est peut-être pas un film d'anticipation... Accordons-lui aussi qu'il est probablement sympa avec ses amis vapoteurs. "Et pour que ce soit dit. Je vape à l'occasion et j'espère que le vapotage se développe contre ceux qui veulent le tuer. Cela permet de sauver des vies et c'est une meilleure alternative aux cigarettes et autres produits de tabac. Je pense que les mods et les coils customisés sont joliment cools... La moitié de mes potes sont des clouds-chasers. Ils le font dans mon bureau en permanence, assis sur ma table. Avec des jus réguliers, ou avec d'autres choses encore... [Rire]"


mardi 12 septembre 2017

Les fumeuses vérités alternatives de la NZZ pour inventer le 'vapotage passif'

Le quotidien zurichois n'en est pas à son coup d'essai. En matière d'articles pour répandre la peur du vapotage, la Neue Zurcher Zeitung (NZZ) a une longue collection. Cette fois-ci, la NZZ exhume le spectre fantasmatique du 'vapotage passif' affirmant en titre qu'il est "nocif". L'objectif de l'article publié ce week-end s'éclaire dans ses conclusions: justifier de réprimer les vapoteurs. Avec la conséquence de pousser les fumeurs suisses à rester aux cigarettes. La NZZ, qui fût jadis un quotidien de référence, sombre avec cet article de Frederik Jötten dans une affligeante suite d'enfumage de ses lecteurs. Confus et manipulateur, il se base sur une unique étude vieille de cinq ans, dont la critique à l'époque pour sa mal conception et ses résultats incohérents est ici passée sous silence. Pour masquer son enfumage, le journaliste allemand omet les dizaines d'études existantes et les rapports scientifiques pertinents sur le sujet. Non content de cet indigeste hirsebrei, Frederik Jötten le parsème d'erreurs factuelles grossières sur la situation légale en Suisse pour conclure dans un rapprochement incongru avec les cigarettes chauffées, finalisant son fantasme de repousser les vapoteurs au tabagisme. 

Passif NZZ sur le vapotage

La NZZ assume avec ce nouveau torchon sa vieille ligne contre l'outil de sortie du tabagisme. Ses colonnes ont ainsi accumulé accusation "d'effet passerelle" en 2015, où la vape ferait exploser le nombre de jeunes fumeurs ce qui ne s'est vérifié ni en Suisse ni ailleurs, puis diffusion en avril 2016 d'un hoax particulièrement grossier sur la présence de drogue dans les liquides de vapotage, avant un appel à "durcir" la répression contre les vapoteurs récemment. En contraste de ces diatribes anti-vapoteurs, le traitement par le journal proche des milieux financiers zurichois des nouveaux produits des cigarettiers est beaucoup plus pondéré et sérieux. NewsBuzzters s'étonnait en juin 2016 de cet écart produisant pour ainsi dire un effet de publicité comparative. Ce nouvel épisode de la campagne de la NZZ contre la menace du vapotage, qui a fait dégringoler les ventes de tabac où il s'est développé, reprend la vieille méthode du cherry-picking pour inventer un "vapotage passif" nocif selon le journal.

Une seule étude citée de 2013

Comme le premier site conspi' venu, la NZZ va chercher une étude et occulte l'existence de dizaines d'autres. "L'une des rares études dans lesquelles les effets du tabagisme électronique passif ont été examinés vient des autorités de santé publique de Bavière", nous révèle d'emblée Frederik Jötten (mon emphase). Mazette! Les scientifiques du Public Health England (2015), du Royal College des médecins britanniques (2016), de Truth Initiative (2016) et de l'Université de Victoria (Canada, 2017) auraient donc halluciné en analysant des centaines d'études dans leurs rapports respectifs. "Le vapotage relâche des niveaux négligeable de nicotine dans l'air ambiant et ne présente aucun risque sanitaire identifié pour l'entourage", conclut pour sa part le rapport du Public Health England.

Mais la NZZ détient visiblement la "rare" vérité alternative. Le journal ne se donne même pas la peine de livrer sa référence précisément. En fait, il s'agit d'une vieille étude publiée en 2013 dans l'International Journal of Hygiene and Environmental Health. Les faiblesses méthodologiques avaient été critiquées dans une réponse publiée dans la même revue. La NZZ n'en souffle pas un mot à ses lecteurs. Le travail signé du Pr Wolfgang Schober est résumé par la NZZ: "après deux heures à fumer des e-cigarettes, du formaldéhyde cancérigène, de l'alcool benzylique allergène et de la nicotine ont été détectés dans l'air". A quel taux et selon quelle méthodologie, les lecteurs de la NZZ n'ont pas le droit de l'apprendre.

Des mesures effectuées différents jours

A l'époque, la critique des Dr Farsalinos et Voudris remarque que les mesures comparatives de l'étude n'ont pas été effectuées le même jour ni dans les mêmes conditions. "Ce sont des limites importantes [à la valeur de l'étude]. Des études ont montré qu'il y a des variation significative d'un jour à l'autre des niveaux environnementaux des hydrocarbones aromatiques polycycliques (PAH)", expliquent les chercheurs du Centre de cardiologie Onassis d'Athènes. S'ensuit la liste d'une série d'incohérences dans les données rapportées par l'étude allemande. Autrement dit, on peut douter que l'étude allemande ait maîtrisé un sujet nouveau à l'époque et ce soit donné des conditions suffisantes pour être fiable. 

Dans une réponse à la réponse, les chercheurs allemands reconnaissent avoir fait des mesures comparatives différents jours, mais estiment la pollution munichoise trop faible (sic!) pour expliquer les différences. Ils concèdent que 
"les particules liées au vapotage ne sont pas générées par un processus de combustion, mais par évaporation directe. En raison de cette différence de principe opératoire, les particules de vapotage diffèrent bien sûr dans leur composition chimique et dans la distribution de taille de celles des cigarettes de tabac", sans que cela ne lève leurs doutes.

De son côté, le Royal College des médecins britanniques note en 2016 que l'étude bavaroise, présentée comme unique pièce scientifique par la NZZ, est la seule à avoir alerté sur des émissions néfastes d'hydrocarbones aromatiques polycycliques (HAP), des substances produites en pyrolyse, par le vapotage. "Il n'y a, jusque-là, aucune preuve scientifique que l'exposition passive au vapotage ne puisse causer des dommages sanitaires significatifs. Seule une étude [l'étude munichoise de Schober et al.] a rapporté des niveaux d'hydrocarbones aromatiques polycycliques qui seraient au-dessus des limites d'exposition de sécurité", précise le rapport (p. 84) de l'institution britannique de premier plan dans l'histoire de la santé publique.

26 études analysées par l'Université de Victoria

Depuis cette étude munichoise, les recherches se sont multipliées. Le rapport scientifique de l'Université de Victoria (Canada), publié en janvier 2017, a trouvé et analysé 26 travaux sérieux concernant spécifiquement le vapotage secondaire. Il conclut qu' "aucune exposition significative à des cancérogènes tels que ceux trouvés dans la fumée du tabac" n'est relevée pour l'entourage des vapoteurs. Concernant la nicotine, le rapport canadien stipule "une exposition mesurable mais faible" sans que l'on sache si "l'exposition à un si faible niveau pose un risque pour la santé"

Plus tranchant, le rapport du Public Health England précise que "les partenaires de vapoteur.es ont en moyenne des concentrations de cotinine [ndr. métabolite de la nicotine] de 0.19ng/ml de salive et 1.75ng/ml dans l'urine, ce qui est environ 1'000 fois moins que les concentrations chez les fumeurs et se situe au niveau du taux de cotinine généré en mangeant une tomate". Profitons-en pour rappeler que tomates, aubergines, carottes, patates, choux-fleurs, poivrons, etc. contiennent de la nicotine. En manger semble donc sous cet aspect (étroit) aussi dangereux, ou bénéfique, que côtoyer un vapoteur.

Post-vérité versus réalité

Mais les rapports scientifiques ne pèsent pas lourds pour le quotidien zurichois face à une autre mystérieuse mesure que le journal brandit sans donner quelconque référence. Là, je suppose, sans certitude, que Frederik Jötten se réfère à la ridicule mesure prise dans le hall d'un restaurant à l'insu des participants à un congrès sur le vapotage à l'été 2015. En plus de la perversité du procédé, le fait de mesurer la pollution particulaire dans un restaurant préparant le repas de centaines de convives avec les dégagements que l'on connait à cette activité est simplement honteusement malhonnête intellectuellement. Mais peut-être que la NZZ, tournée résolument vers l'ère de la post-vérité, parle d'autre chose, son absence de source à ses affirmations les rend difficiles à retracer.

Plus solide et dans le monde réel, une étude de l'Université d'Etat de San Diego - dont nous avions parlé - a mesuré durant une semaine la pollution intérieure de 256 logements. Chez les fumeurs de cigarettes et de joints, la pollution intérieure explose lorsqu'ils fument. Les niveaux de pollution particulaires chez les vapoteurs ne sont pas discernables de ceux des logements de non-fumeurs. "Nous n'avons observé aucune différence apparente dans la moyenne hebdomadaire de la distribution de particules entre les 43 logements reportant un usage [en intérieur] de vapotage et ceux ne déclarant aucun usage", soulignent les auteurs de l'étude publiée en mai dernier dans PlosOne. Par contre, cuisiner, surtout la friture, faire le ménage, ce qui soulève de la poussière, allumer une bougie ou faire brûler un encens produisent une pollution mesurée au contraire de vapoter selon ces résultats.

Où sont les atteintes sanitaires?

Après avoir enfumé ses lecteurs, le journaliste de la NZZ se croit autoriser à assimiler le vapotage au tabagisme, et de là à exiger des interdictions similaires dans la prochaine loi sur les produits du tabac LPTab. Sauf que même avec ces références occultes ou périmées, Frederik Jötten ne montre a aucun moment que des atteintes à la santé justifient son désir répressif des vapoteurs. Passé son titre et son jeu d'impressions effrayantes, son papier est passablement vide pour soutenir quoi que ce soit.

Or non seulement le vapotage réduit massivement les toxiques pour l'usager par rapport au fait de fumer. Mais la réduction des dégagements secondaires est encore bien plus importante par la forme d'usage: une cigarette se consume entre deux bouffées, pas le vapotage. Or, autour de 85% des toxiques relâchées lors de la consommation d'une cigarette le sont par le "sidestream". En contraste, les nuages des vapoteurs paraissent impressionnants. La capacité des médiums du vapotage, à savoir le propylène glycol et le glycerol, à capter jusqu'à 2000 fois leur volume en humidité fait que pour pour plus de 75% ce nuage est un brouillard d'eau (avec des variations selon les conditions hygrométriques de l'environnement), et plus de 24% de glycérine (PG et/ou VG).

En outre, la nature de l'aérosol de vape fait qu'il se dissipe de moitié (demi-vie) en moins de 30 secondes, contre environ 20 minutes pour la fumée de cigarette. Concernant la nicotine, celle exhalée par un vapoteur, ayant atteint un niveau de nicotémie similaire au fumeur d'une cigarette, est en deçà de 1% de celle rejetée par la cigarette. A ces doses, aucun effet négatif n'a été constaté sur des adultes. Le monoxyde de carbone est absent, tout comme l'énorme majorité des plus de 7'000 substances produites par la combustion d'une cigarette. 

Mesures de l'étude par l'Institut biomédical de Barcelone
A noter qu'elles ne distinguent pas particules solides et liquides

Le mauvais exemple d'arrêter de fumer

Peut-être par conscience d'avoir un bien maigre dossier sur l'aspect sanitaire direct, Frederik Jötten nous sort du chapeau le mauvais exemple que donneraient les personnes ayant arrêté de fumer avec la vape. "Même les ex-fumeurs pourraient être encouragés à fumer", affirme le journaliste. La semaine prochaine, la NZZ appellera peut-être à interdire le jus de pomme et le Rivella dans les lieux publics pour éviter d'inciter des ex-alcooliques à boire. Ce fantasme récurrent d'une vape pervertissant les pauvres fumeurs a été démoli de longue date par des chercheurs en sciences sociales. Plutôt que, par on ne sait quel étrange phénomène, d'inciter les fumeurs à fumer, l'exemple du vapotage en amène certains à tenter de sortir du tabagisme.

"Même les ciga-likes de première génération [aujourd'hui disparues] étaient visuellement différentes des cigarettes, et leur vapeur exhalée facilement discernables de la fumée de cigarettes en termes d'apparence, d'odeur et d'irritation, rendant la confusion peu probable entre vapotage et tabagisme dans les lieux couverts par la législation sans fumée", expliquent les auteurs du rapport (p.128) du Royal College of Physicians britanniques, qui ont visiblement plus de contact avec le réel que le journaliste de la NZZ et ses interlocuteurs.

La chasse aux mauvais ex-fumeurs

En France, le Pr Bertrand Dautzenberg, réticent dans un premier temps, a constaté que "le vapotage ringardise le tabagisme". Désormais, le pneumologue espère même "aider les fumeurs à goûter au plaisir de vapoter, au plaisir de s'éloigner de la tueuse qu'est la cigarette"déclare t-il au Monde. Mais peut-être est-ce justement ce mauvais exemple de la sortie du tabagisme qui dérange tant la NZZ? Principales victimes de ce mouvement de santé publique autogérée, les ventes de cigarettes et de médicaments ont souffert de l'engouement des usagers vers le vapotage dans plusieurs pays.

Resterait donc la question de la bienséance. Les démocratie libérales optent généralement de laisser à la population le soin de réguler par elle-même, dans les relations inter-individuelles, ce type de problèmes. Les sociologues appellent cela les normes, en contraste des règles ou des lois. Quelqu'un qui se parfume exagérément n'est pas interdit de lieux publics, mais il peut encourir quelques remarques. Sans autre justification sérieuse, on voit difficilement comment accepter que la loi instaure une restriction de libertés aussi manifestement discriminatoire pour une catégorie de la population, dont visiblement le seul défaut est d'avoir stopper la consommation de cigarettes et de médicaments qui est liée. Le point est particulièrement sensible pour favoriser la sortie du tabagisme des fumeurs en passant au vapotage. Leur mettre des entraves artificielles concourt à les condamner aux cigarettes.

La NZZ fait sa loi

Après les mensonges sur l'état de la science, des délires sur le rôle de la vape face au tabagisme, le journaliste de la NZZ, que rien ne retient visiblement, prétend que le vapotage n'est pas taxé comme le tabac "parce que les liquides avec nicotine ne peuvent pas être vendus en Suisse". La NZZ refait donc aussi ses propre lois et décide d'abroger la motion Zanetti qui en 2011 a exonéré le vapotage d'impôt punitif "pour aider les fumeurs à abandonner la cigarette". Allez soyons charitables, on a bien compris que c'est le désir de la NZZ, tout comme de Philip Morris et de la Commission fédérale de prévention du tabagisme (CFPT), que de punir au porte-monnaie les vapoteurs d'avoir arrêter de fumer. Mais en dépit des fantasmes de la NZZ, la loi protège ce moyen de sortie du tabagisme pour le moment.



Le journaliste termine évidemment en faisant l'amalgame entre les cigarettes chauffées et le vapotage, histoire de justifier tout son laïus inconsistant à faire prendre la vapeur pour de la fumée. Citant la recherche dirigée le Dr Reto Auer à l'Université de Lausanne à propos de l'Iqos, mais sans en avoir compris le contenu. Selon cette étude, dans l'Iqos se produit de la pyrolyse, autrement dit de la combustion imparfaite, ce qui dégage de la fumée et non pas seulement de la vapeur comme avec le vapotage. Un point essentiel pour distinguer le vapotage du tabagisme.

Die NZZ krieg

Comme le note DampfFreiheit, la NZZ a déclenché une blitzkrieg contre le vapotage ce mois. Peu probable que son feu nourri ne s'arrête là contre la vaporisation, alors que les autorités élaborent le nouveau projet de loi sur le tabac (LPTab) visant toujours à assimiler le vapotage au tabagisme. Les milliards du tabagisme, y compris ceux des très lucratives maladies évitable qui lui sont liées, sont en jeu face à l'outil de réduction des méfaits et le mouvement de santé spontanée de la population.