dimanche 20 décembre 2015

#unpesopertutti : les vapoteurs italiens mettent le feu à Philip Morris et l'Etat

L'affiche détournée par heatandburn.org
Depuis vendredi, les réseaux sociaux italiens s'enflamment contre Philip Morris, son traitement de faveur par l’État et en contrepartie la répression de la vape indépendante. L'étincelle à l'origine de cet incendie sur twitter est une campagne du cigarettier intitulée #unpesopertutti - un poids pour tous -. Des pleine pages dans 18 quotidiens et un clip publicitaire sont diffusés massivement dans la botte. Pour le géant cigarettier, le poids en question serait la contrebande et le marché noir de cigarette. Comprenez pas celui du tabagisme, de ses maladies et de sa mortalité. Une campagne dans la droite ligne du message de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de la Banque Mondiale (BM) contre le marché noir de cigarette.

Sauf que pour les vapoteurs le message a du mal à passer. «La guerre déclarée à la vapote de la part de l’État, à travers les normes fiscales, et de la part des lobbies qui ont voulu ces taxes, est un poids pour tous les citoyens», dénonce unpesopertutti.org. Alors que le gouvernement de Matteo Renzi a fait passer un décret (no. 188/2014) publié le 23 décembre (!) 2014 sur l'imposition indirecte (l'accise) des produits «pouvant être inhalés sans combustion».

Ce décret prétend limiter à la moitié leurs taxes par rapport aux produits du tabac. «Mais à travers un système absurde et impraticable pour calculer l'équivalence aux cigarettes, l'accise a été fixé à € 3,73 plus la TVA, de fait supérieure à la taxation précédente», explique le site des vapoteurs. De quoi presque doubler le prix du flacon de liquide à vaper de 10 ml, contenance maximale autorisée par la directive européenne. Ce décret est le second du genre pour surtaxer les liquides de vapotage. Comme la première fois, le Tribunal administratif régional du Lazio (Rome) vient de l'envoyer à la Court constitutionnelle. Qui avait retoqué le premier jet. comme l'explique sigmagazine.net  en détail.

IQos' burning
IQos ouverte après usage. Le tabac n'est pas
 en cendre mais clairement carbonisé.

A contrario, l'iQos bénéficierait à plein de ce régime spécial. Le quotidien la Notizia n'hésitait pas à déclarer que «ce décret est taillé sur mesure pour Philip Morris» dans son édition du 21 janvier 2015. Un cadeau fiscal de Noël pour la Marlboro soi-disant chauffée sans combustion, en dépit des signes de combustion du tabac après sa vaporisation. En plus de la possibilité évidente de fumer les cigarettes de recharges (les «sticks») sans l'appareil vaporisateur produit à Bologna. Que le premier ministre Matteo Renzi a d'ailleurs inauguré en grande pompe.

Cette loi du deux poids, deux mesures entre l'iQos et la vapote, règne aussi en Suisse. Les services du ministre de la santé Alain Berset ont autorisé sa mise en vente en Août dernier avec un avertissement sanitaire adouci. Sans l'astreindre au fameux article 37 §3 de l'Ordonnance sur les denrées alimentaires et objets usuels (ODAIOUs) dont ils se servent pour interdire les liquides nicotinés à vapoter. Et ceci, dans le silence complaisant des médias et des organisations soi-disant anti-tabagisme. En dépit de mon article publié dans le Courrier. On notera le sens de l'ironie du lobbying de Philip Morris jouant la carte de l'iQos produit du tabac pour le vendre en Suisse, et en Italie «vaporisateur» pour le détaxer.

Vidéo montrant une femme fumer un "stick" iQos - A ne surtout pas imiter

Renormalisation des firmes tabagiques

Cette histoire illustre aussi la perversité des mots d'ordre de l'OMS et de la BM pour la taxation et la lutte contre le marché noir. Non seulement, comme le souligne Robert Proctor dans Golden Holocaust, les taxes asservissent les États à l'industrie du tabac. Cette forme de néo-colonialisme économique bien connue transforme ceux-ci en républiques bananières tabagiques à l'image affligeante de la France. Mais aussi, la reprise de ces slogans sous forme de campagne citoyenniste tend à renormaliser les firmes tabagiques. Accréditant que vendre du tabac taxé serait citoyen en contribuant aux finances publiques.

Cependant, le cirque médiatique de Philip Morris n'avait pas prévu la mobilisation de véritables citoyens. Propulsant momentanément #unpesopertutti second hashtag du trending italien politique de Twitter et détournant complètement la campagne de son message initial. Un «effet boomerang», selon l'expression d'Insider, où quelques messages du cigarettier se retrouvent submergés par des milliers de tweets dénonçant les méfaits du tabac, la corruption des élites et la guerre déclarée à la vape indépendante et à la réduction des risques pour la santé grâce à celle-ci. Une histoire pas prête d'être consumée.  

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