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vendredi 30 septembre 2016

[Expresso] Quel conseil à un fumeur qui veut arrêter? Etude de cas des Dr Polosa & Caponnetto

Quel conseil un médecin devrait donner à un jeune fumeur hypertendu et en surpoids pour lâcher la clope? Une question abordée dans un article qui vient d'être publié dans Internal and Emergency Medecine en libre accès. Les Dr Riccardo Polosa et P Caponnetto animent le Centre de prévention et soin du tabagisme de la polyclinique universitaire de Catania, où ils intègrent le vapotage à leur arsenal d'aide. Deux papiers publiés en juin dernier dans le New England Jounal of Medecine (NEJM) avaient déjà discuté cette question. 

D'un côté, le Pr Christopher Bullen, de l'Université d'Auckland, préconise de considérer l'aide au sevrage par la vape. De l'autre, le Pr Stanton Glantz, de l'Université de Californie, estime que le vapotage n'aide pas à arrêter de fumer et recommande de décourager le patient d'essayer d'arrêter de fumer de cette manière. Le très médiatique californien s'appuie sur une meta-analyse largement critiquée pour sa faiblesse méthodologique, car elle exclut les succès à l'aide du vapotage (sic!) comme expliqué par les Pr Peter Hajek et Haiden MacRobbie dans le Lancet. La star américaine se réfère également à des études douteuses, comme celle publiée dans le Swiss Medical Weekly par le Pr G. Gmel d'Addiction Suisse.

En contraste de cette position contre l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage, les deux tabacologues italiens présentent une étude de cas. Autrement dit, les raisons argumentées pour lesquelles ils conseillent le vapotage pour ce profil de fumeur.

«Le patient est relativement jeune. Or le taux de sevrage tabagique chez les jeunes adultes est notoirement très faible comme l'indique son histoire de rechutes répétées», présentent les chercheurs. Les médicaments, notamment ceux approuvés par la FDA, sont inefficaces pour ce type de fumeurs. «Il n'y a aucune preuve pour appuyer la recommandation de médicaments de sevrage tabagique pour les jeunes adultes qui fument», précisent les auteurs. Même si appuyer la démarche par un suivi psychologique et une médication supplémentaire peut augmenter le taux de réussite. La question de la rechute est systématiquement signalée dans les guides médicaux, mais n'a pour autant pas été étudiée sérieusement. Un article de 2012 dans la même revue des auteurs, associés à la Dr Elaine Keller et Cosimo Bruno, abordait déjà ce problème.

En plus de sa jeunesse et de ses difficultés à arrêter de fumer, le patient est en surpoids et suit un traitement pour l'hypertension. 80% des ex-fumeurs prennent du poids, en moyenne 4,2 kg après six mois d'arrêt du tabagisme selon une méta-analyse produite par le Département de la Santé américain. «Par conséquent, il est important de considérer qu'en cas de succès, il devra faire face à une prise de poids post-sevrage avec des conséquences négatives importantes sur sa santé. Il faut en particulier tenir compte du fait que l'obésité et l'hypertension sont des facteurs de risques bien connus des maladies cardiovasculaires», argumentent les Dr Polosa et Caponnetto.

«Il n'y a aucun doute que l'arrêt du tabac se traduira par des améliorations considérables pour sa santé, mais le patient a besoin d'une approche alternative. Une option supplémentaire est de l'encourager à passer à une source beaucoup plus propre de nicotine. Étant donné que sa préférence personnelle est d'essayer le vapotage pour arrêter de fumer, son choix doit être respecté. Le soignant devrait offrir un aperçu équilibré de son rapport bénéfice/risque», estiment les tabacologues italiens.

A l'appui de leur recommandation, ils donnent trois raisons:
1) Les études montrent l'efficacité du vapotage pour le sevrage tabagique chez les jeunes et moins jeunes fumeurs.
2) Le vapotage limite la prise de poids habituelle chez les ex-fumeurs, comme le montre l'étude ECLAT.
3) Les fumeurs hypertendus peuvent voir leur tension artérielle baisser après être passés au vapotage sur le long terme. Une étude sur 145 fumeurs passés au vapotage montre une baisse en moyenne de plus d'un point de tension systolique après un an. (Parenthèse personnelle, ma tension est passée de 14/9 à 12/7 après environ 18 mois de vapotage exclusif).
A noter que le Pr Polosa a présenté les résultats de la plupart de ces études lors de sa conférence au VapExpo de Paris, dont l'enregistrement vidéo devrait être disponible en ligne dans quelques temps.

Les auteurs concluent que dans de tels cas, plutôt que la voie de l'abstinence dure comme le préconise le Dr Stanton Glantz, il est préférable pour ne pas nuire au patient de le soutenir dans son passage au vapotage. «Les médecins doivent informer les fumeurs sur les moyens les plus efficaces pour réduire rapidement leurs risques. Bien que l'arrêt du tabac peut être le résultat final le plus souhaitable d'un point de vue de la santé, il peut être un objectif néfaste s'il provoque l'échec ou la rechute. Les médecins devraient envisager toutes les moyens disponibles pour le patient et sélectionner ce qui donne la plus grande probabilité d'éliminer l'exposition au tabagisme. Ceci inclut le vapotage. Il existe à présent de plus en plus de preuves que pour de nombreux fumeurs les meilleurs résultats peuvent être un changement à long terme vers le vapotage. Il faut tolérer le petit risque résiduel en contrepartie d'une plus grande probabilité de succès.»




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