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mercredi 29 mars 2017

[Heure d'été] La Nouvelle-Zélande légalise le vapotage nicotiné pour en finir avec le tabagisme d'ici 2025

La Nouvelle Zélande a décidé de saisir l'opportunité du vapotage pour abaisser le taux de tabagisme, réduire ses méfaits et sauver des vies. Nicky Wagner, Ministre-adjoint à la santé, a annoncé ce matin la prochaine légalisation de la vente de liquide nicotiné de vapotage. "Aussi vite que possible" et au plus tard l'an prochain assure t-elle. Jusque-là les liquides avec nicotine étaient interdits de vente, engendrant du marché noir et des rechutes dans le tabagisme de vapoteurs privés de liquide nicotiné. "Il y a un consensus général sur le fait que vapoter est beaucoup moins nocif que fumer", explique la représentante du Gouvernement néo-zélandais, avant d'encourager. "Je suggère à toutes les personnes ici qui fument de passer au vapotage".

Cette annonce surgit après une consultation publique close en septembre dernier. "Les preuves que l'usage du vapotage peut réduire considérablement le poids des maladies causées par le tabagisme sont de plus en plus nombreuses", conclue le Ministère de la santé. Le Gouvernement prend cette décision alors que plus d'un demi-million de néo-zélandais fument et 5'000 en meurent chaque année. L'objectif est de ramener de 15% actuellement à moins de 5% d'ici 2025 le taux de tabagisme. Le tabagisme frappe particulièrement les groupes sociaux défavorisés, notamment les femmes maoris fumeuses pour 42% d'entre elles. 

"New Zealand smokefree" pour 2025

Pour dépasser l'impasse de "l'abstinence ou la mort", laissant de côté les groupes doublement stigmatisés par leur identité sociale et par leur tabagisme, de nombreuses voix soutiennent une approche de réduction des risques plus compassionnelle et efficace. C'est dans ce but de santé publique et d'équité sociale que le Gouvernement va légaliser les ventes de liquides avec nicotine en tant que produits de consommation. "Cela garantit aux fumeurs d'avoir accès à une alternative à plus faible risque, un outil de réduction des méfaits. Mais nous continuerons à dissuader les non-fumeurs de commencer de fumer ou de vapoter", précise Nicky Wagner.

Les grands traits de la réglementation, mais pas encore les détails

Si les détails de la réglementation de la vape ne sont pas arrêtés, un document du Ministère de la santé annonce l'interdiction de vente aux mineurs, sauf si les parents (whãnau) leur autorise. Des restrictions de l'usage dans les lieux collectifs pourraient être similaires à celles pour les cigarettes, bien que ce point soit contesté. La publicité devrait être encadrée afin de ne pas attirer les non-fumeurs au produit. Les produits devront être homologués, mais le Gouvernement assure "vouloir tenir au plus bas les coûts pour les entreprises". Standards de produits de consommation, composition des liquides, bouchon de sécurité et avertissement sanitaire seront exigés.

Le think-tank NZ Initiative salue cette "approche très pragmatique", qu'il appelait de ses vœux lors de la consultation. Mais il rappelle aussi que "le diable peut se nicher dans les détails, et il est toujours possible que sur-réglementer le produit puisse annihiler le bon travail fait par sa légalisation".

Une décision historique

Les défenseurs d'une approche de réduction des risques se félicitent de l'annonce. "Légaliser la nicotine pour le vapotage est l'action la plus efficace que le Gouvernement a pris pour aider les fumeurs depuis les subsides pour les produits de substitutions nicotiniques il y a dix ans", se réjouit la Dr Marewa Glover. Le groupe Maori de lutte contre le tabagisme Hãpai Te Hauora applaudit à ce progrès législatif pour la disponibilité du vapotage. 

"Aujourd'hui, la Nouvelle-Zélande a fait un grand pas en avant et devient leader en reconnaissant la réduction des risques et en dépassant l'esprit étriqué de ceux qui espéraient bannir le vapotage", exulte QJ Satchell, président de la New Zealand Vaping Alliance. La Nouvelle Zélande vient de prendre l'option de la réduction des risques pour lutter contre le tabagisme, à l'opposée totale de la décision il y a quelques jours de son voisin australien...


vendredi 24 mars 2017

Congrès E-ADD 2017: La Dr Anne Borgne ventile un vademecum sur la vape aux médecins

"On devrait plutôt dire vaporette ou vapoteuse, parce que cela ne ressemble pas du tout à une cigarette". D'emblée la Dr Anne Borgne, médecin addictologue, pulvérise les malentendus sur le vapotage. Invitée au e-congrès E-ADD 2017, elle présente la vape comme outil pour l'arrêt du tabac à plus de 1'400 professionnels de santé connectés. Ce premier exercice français du genre sur les addictions, diffusé ce 23 mars en direct, reste consultable en ligne jusqu'au 9 avril.

"Le grand avantage de la vape c'est d'arrêter les produits de combustion, le monoxyde de carbone, les cancérigènes... Toutes ces substances qui entraînent les maladies liées au tabac", explique la Présidente du RESPADD, le réseau de prévention des addictions. Avant de préciser que "ce n'est ni un médicament ni du tabac", mais en se substituant au tabagisme, le vapotage améliore l'état de santé des ex-fumeurs. La vape est au moins à 95% moins risquée que la cigarette selon les organismes de santé britanniques, rappelle la docteure.

Soutenir

Dans l'approche préconisée par la Dr Anne Borgne, la première mission du professionnel de santé confronté à la question d'un patient fumeur est de soutenir et renforcer sa démarche. "Augmenter la confiance pour passer à l'action, c'est le point important", insiste la tabacologue. Il faut prendre le fumeur dans sa globalité, à la fois sa dépendance physiologique, psychologique et l'accompagnement social. "Le vapotage est un outil dans la globalité de l'accompagnement d'un fumeur dans une démarche d'arrêt", souligne t-elle.

Dans la vraie vie

Jaillissant sur le marché européen il y a quelques années, la vape a été rapidement prise en main par les usagers. "Les vapoteurs se sont constitués en association, ils ont défendu ce produit et ont mené à ce que les scientifiques s'y intéressent", retrace Anne Borgne. Depuis des normes, notamment de l'AFNOR, ont été créées sur la qualité des produits. Reste en suspens, une preuve clinique solide de l'efficacité du vapotage pour l'arrêt tabagique. Mais les protocoles d'études cliniques sur le sevrage tabagique sont peu réalistes aux yeux de la tabacologue. "Dans la vraie vie, on voit bien que les vapoteurs peuvent par exemple utiliser en même temps des substituts nicotiniques", explique t-elle.

Derrière l'approche quasi pharmaceutique des études se tapie l'inébranlable dogme de "l'abstinence ou la mort". A contre-pied de cette approche générant surtout l'échec, la docteure plaide pour combiner la diversité des outils d'arrêt du tabac à l'acceptation du rythme propre au patient sur son parcours. "Ce qui est intéressant dans cette multiplicité, c'est que chacun choisisse la stratégie et les outils qui lui correspondent. Et qu'on lui laisse le choix et le temps d'avancer dans sa démarche", propose la Dr Anne Borgne.

Vape sense

Signe indirect de l'efficacité de la méthode, certaines mutuelles françaises remboursent même leurs assurés fumeurs s'engageant sur un parcours de défume avec le vapotage.  Dans le même sens, une proportion toujours plus importante de tabacologues, addictologues et médecins généralistes s'en empare. Des rencontres avec des vapoteurs ou des professionnels de santé aguerris permettent de découvrir l'outil pour ensuite pouvoir le recommander et orienter les patients fumeurs. 

Dans le petit panel de moyens à disposition, la vape se distingue des autres modes de consommation de nicotine à faible risque, comme les gommes ou les patchs, par sa sensualité. "Son intérêt, c'est qu'elle donne des sensations. Il y a le hit, cette sensation au fond de la gorge, et puis cette vapeur", décrit-elle. Ce rôle déterminant des sensations impose au novice d'aller en boutique. "On va savoir si le vendeur est bon s'il commence par écouter le fumeur et l'interroger sur combien il fume, à quel moment il fume la première cigarette le matin, s'il a déjà essayé d'arrêter, etc.", souligne Anne Borgne. En somme, le vendeur cherche à déterminer quel appareil et quel taux de nicotine des liquides sont à faire tester à son client. 

Ne pas nuire en privant les patients d'un outil

Si les inclinaisons entre les flagrances de liquides sont bohèmes, la question de l'apport de nicotine est plus technique. "La cigarette inflige un vrai shoot de nicotine en 7 secondes au cerveau. Avec la vape, cela s'apparente plus à la cinétique d'un substitut nicotinique en vaguelettes", précise la docteure bretonne, en expliquant comment le liquide, principalement constitué de glycerol et propylène glycol, est chauffé par une résistance pour générer l'aérosol inhalé. 

Un procédé simple en définitive et dont les études éclairent toujours plus l'important potentiel de réduction des méfaits contre le tabagisme. En conclusion, la docteure martèle son credo optimiste, humaniste et hippocratique. "Il faut avoir des messages positif sur le vapotage et arrêter de dire "on ne sait pas, on n'a pas de preuves". Car cela dessert cet outil et en desservant l'outil, cela dessert ceux qui pourraient l'utiliser pour arrêter de fumer".


[Expresso] Plus de 300 fois plus d'incendies liés aux cigarettes qu'avec la vape selon la Brigade du feu de Londres

A Londres en 2016, il y a eut quatre feux liés à des produits de vapotage pour 1'213 incendies provoqués par des cigarettes. Les statistiques présentées à l'Evening Standard par la Brigade du feu de Londres (LFB) montrent l'énorme écart de risques entre cigarette et vape. Si aucun des quatre problèmes impliquant la vape n'a tué, les feux liés au tabagisme ont entraîné la mort de 21 londoniens et en ont blessé 108. "Nous préférons que vous arrêtiez totalement de fumer. Mais si vous voulez continuer de consommer de la nicotine, le vapotage présente beaucoup moins de risques d'incendie que les cigarettes dont les mégots, les cendres et les allumettes sont souvent mis à la poubelle négligemment et démarrent des incendies", explique Dan Daly, Commissaire adjoint à la sécurité des incendies de la LFB.

Pourtant, les médias sensationnalistes préfèrent faire tourner les images des quelques accidents liées au vapotage. Dans la quasi totalité des cas, ils proviennent de l'erreur de l'usager de stocker les batteries sans protection dans ses poches avec de la monnaie ou des clefs. Par contre, ces mêmes médias restent muets sur les incendies causés par les cigarettes. La majorité des incendies "tabagiques" démarre dans la chambre à coucher, avec la figure typique du fumeur s'assoupissant au lit et laissant tomber sa cigarette allumée. D'autres gestes tels que mettre un mégot mal éteint à la poubelle ou les cendriers débordants prenant feu sont fréquents. 

Le spécialiste anglais des incendies prévient cependant que l'utilisation de mauvais chargeur électrique pour les appareils de vapotage peut aussi comporter des risques d'incendie. En somme, il y a bien moins de risque avec le vapotage, mais il convient de suivre quelques précautions. Notamment, ne jamais mettre ses batteries sans protection (voir illustration du reviewer Philgood) dans ses poches et s'équiper de batteries et d'un chargeur de bonne qualité. Et se renseigner si on désire sortir des sentiers battus, en lisant par exemple cet article de DiyVape sur la sécurité des accus...

mardi 14 mars 2017

[NoMeansNo] Consultation de l'Union Européenne: 89,88% contre une taxation du vapotage

Près de neuf sur dix contre la taxe anti-vape. C'est un plébiscite contre le projet "Philip Morris" de taxes punitives contre les vapoteurs. De novembre à février, seulement en langue américaine, la consultation de la Commission Européenne (EC) sur la taxation des "produits du tabac" - incluant les produits sans tabac ni combustion du vapotage - a receuilli 7'686 réponses. Selon le document de l'EC, 89,88% des répondants s'opposent à toute taxation spéciale contre les produits de vapotage. Tandis que 1,78% se déclarent pour et 6,18% en faveur d'une taxe uniquement sur les liquides nicotinés. Au cas où l'UE imposerait de force une taxe anti-vape, 80,34% désirent qu'elle soit beaucoup moins élevée et 5,07% moins élevée que celles du tabac.

Les réponses proviennent à 95,2% de citoyens, pour 2,99% d'opérateurs économiques et seulement 1,05% d'organisations non-gouvernementales. En somme, la consultation a permis à des personnes n'ayant pas accès aux habituels canaux de lobbys professionnels d'exprimer leur avis. Notamment l'avis des usagers des produits de vapotage, usage déclaré par 68% des répondants. En cas de taxes imposées de force par l'EC, "il y aurait, selon les citoyens, probablement deux effets: les vapoteurs se tourneraient vers le circuit informel, ou ils retourneraient aux produits de tabac", explique Barbara Menitti sur le site italien SigMagazine. En bref, l'avertissement à la bureaucratie bruxelloise est clair: si des taxes punitives entrent en vigueur, la plupart des usagers pensent se tourner vers le marché noir. 

Mais ce rejet par 9 répondants sur 10 de taxes anti-vape dépasse le cadre des vapoteurs. "Il y a un accord substantiel de la part de fumeurs (4% des répondants), de non-fumeurs, et peut-être même de la part de certains organismes gouvernementaux et non-gouvernementaux, pour atteindre un tel consensus", souligne Dick Puddlecote sur son blog. Concernant les cigarettes de tabac chauffé, l'opinion est nettement plus partagée. Moins de 4 répondants sur 10 estiment qu'elles devraient être moins ou beaucoup moins taxées que les cigarettes combustibles.

En bonus, le commentaire que j'avais envoyé en février avec mes réponses à la consultation.

Edit 16h45: lien direct vers le document en pdf de l'EC 


lundi 13 mars 2017

Belgique: Les troupes de Maggie De Block vont-elles passer à tabac les vapoteurs ?

L'élan belge de libération du tabagisme va t-il être étouffé dans l’œuf par les services de la Ministre de la santé Maggie De Block ? Depuis février, les agents du Service public fédéral Santé publique (SPF) contrôlent les points de vente de produits de vapotage. "Tous les points de vente de cigarettes-électroniques sont visés. Nos agents travaillent tous les jours et à n'importe quelle heure", prévient Vinciane Charlier, porte-parole du SPF dans le quotidien la Meuse. Des dizaines d'agents auraient été recrutés spécialement pour ces brigades anti-vape. 

Des millions en fumée

Les troupes du SPF ont déjà saisi du matériel et même surpris des clients essayant des produits en magasin. Des boutiques ont dû faire détruire des produits jugés non-conformes par des entreprises spécialisées et en fournir la preuve au SPF. Des millions sont ainsi partis en fumée. Certains commerçants ont opté pour la mise en faillite devant les frais. A présent, le SPF veut passer au cran supérieur. "Les marchands risqueront alors des amendes, des saisies et la fermeture de leur commerce", menace la porte-parole du SPF. Parmi les lieux déjà contrôlés, de tout genre aussi bien vape-shops que kiosques, la moitié serait en infraction selon la fonctionnaire du SPF. 

Le tort éventuel des commerçants? Ne pas observer à la lettre l'interprétation du SPF de la nouvelle réglementation sur les produits de vapotage en Belgique, qui va au-delà de la directive européenne (TPD). Problème, l'interprétation du SPF de l'Arrêté Royal, entré en vigueur le 17 janvier, est difficile à cerner. Selon certains agents fédéraux, la nouvelle réglementation imposerait notamment aux commerçants:

  • l'interdiction de toute vente à distance (aussi via internet) ;
  • l'interdiction de faire essayer le matériel, y compris aux néophytes, geste qui serait assimilé à une promotion désormais interdite ; 
  • l'interdiction de vente de tout produit non notifié et homologué ; 
  • l'interdiction de vente aux moins de 16 ans, comme pour le tabac ;
  • l'interdiction de vendre des fioles de liquides nicotinés de plus de 10 ml et/ou à une concentration de plus de 20 mg/ml ; 
  • l'interdiction de vente de vaporisateurs avec un réservoir supérieur à 2 ml, ainsi que de ceux sans réservoir (dripper) ;
  • l'interdiction de publicité, d'affiches ou de films, d'information de santé et de toute promotion de l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage ; 
  • l'interdiction de proposer des réductions ;
  • l'obligation d'étiquetage des produits reproduisant trois fois (sur l'emballage, le produit et sur une notice) et dans les trois langues nationales l'avertissement sur la présence de nicotine, y compris pour le matériel qui n'en contient pas, et de son caractère addictif, tel que voulu par l'Union Européenne.


Plainte contre le SPF ?

Cependant, d'un responsable fédéral à l'autre, les avis et les évaluations ne concordent pas. Les magasins remarquent l'arbitraire des exigences lors des contrôles. Aussi une entreprise ayant produit des stocks, après avoir pris des renseignements auprès du SPF, se retrouve finalement sur la brèche. Avec en jeu des investissements conséquents pouvant précipiter l'entreprise dans des difficultés financières. Le SPF serait déjà l'objet de poursuites judiciaires. L'interdiction de liberté d'expression du secteur du vapotage n'aide pas à rendre public les problèmes sans risque pour les protagonistes. D'où le silence radio des médias belges sur les manquements et errements problématiques du SPF sur ce dossier.

Des recours contre l'Arrêté Royal

En dehors des problèmes d'application, des recours ont été déposés contre l'Arrêté Royal lui-même. Un premier provient de la part de professionnels, à qui le Conseil d'Etat a refusé l'effet suspensif d'urgence mais dont la requête est maintenue. Si ces mesures sont présentées contre les professionnels, elles impactent évidemment aussi directement les usagers en les privant de choix, leur interdisant des produits adaptés à des besoins particuliers, et en les empêchant d'accéder à l'information et à l'essai de matériel. Des points essentiels a fortiori pour les débutants, à savoir des fumeurs qui tentent de sortir du tabagisme à l'aide de la vape et découvrent un nouvel univers. 

Des raisons qui ont motivé l'Union belge pour la vape (UBV-BDB), association d'usagers, a aussi déposé une requête en annulation de l'Arrêté Royal. L'association d'usagers a réuni les 7'000 € nécessaires par crowdfunding début janvier. "Ce sont des centaines de cotisants et de donateurs qui nous donnent aujourd'hui les moyens d'user du droit pour que la vérité éclate: la vape n'est pas du tabac!", explique l'UBV-BDB, forte de 800 membres. Un troisième recours à titre personnel soutient la démarche qui prendra probablement du temps.

Un gâchis sanitaire

Pourtant - ou peut-être, parce que -, l'année 2016 avait vu se multiplier les vapoteurs et un effondrement concomitant des ventes de tabac en Belgique. "Surtout depuis le début de l'année", s'enthousiasme le quotidien la DH en mai 2016. Principal déclic de cette prolifération d'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage: l'autorisation de vente des liquides nicotinés. Elle découle de la décision du Conseil d'Etat de suspendre la première version de l'Arrêté Royal sur les produits de vapotage, suite à un recours en urgence de professionnels. 

Deux autres choses ont concouru au passage au vapotage en masse de fumeurs. La décision de justice tombe à la même période qu'une hausse des prix du tabac, de l'ordre de 70 cts par paquet, et qu'un avis encourageant du Conseil supérieur de santé sur le vapotage. Une "petite révolution" où un rapport de l'autorité sanitaire reconnait l'utilité de la vape. "Il est normal que nous ayons changé d'avis. Plus de 200 nouvelles études sont sorties. (...) Il ne faudrait pas que la cigarette-électronique soit plus difficile à trouver que le tabac", explique à cette occasion un des 40 experts au journal le Soir.

Pour 151 millions d'euros

En 2015, l'enquête de la Fondation contre le cancer estimait déjà les vapoteurs à plus de 168'000, environ 6% des plus de 2 millions de fumeurs belges. Quasi inexistante encore en Belgique en 2012, l'essor de cette alternative à risques réduits a suivi la baisse du tabagisme, passé de 27% en 2013 à 20% en 2015 des plus de 15 ans. La corrélation entre la hausse du vapotage et la baisse du tabagisme est troublante. 

Elle a aussi troublé Johan Van Overtveldt. Mais c'est pour un autre aspect que le Ministre des finances est effondré en janvier dernier. Alors que son budget est dans le rouge, il s'aperçoit d'un manque à gagner de €151 millions sur les taxes du tabac en 2016. L'équivalent des taxes sur la consommation annuelle d'environ 100'000 fumeurs en moins. Le SPF n'a encaissé que €3 milliards au lieu des 3,2 milliards prévus. Un "trou" qui pourrait s'amplifier en 2017 si rien n'est fait pour endiguer la fuite des fumeurs. Le Ministre propose de relancer la consommation de cigarettes en abaissant leur taxe d'accise et leur prix par conséquence. Suggestion non retenue par le Gouvernement. 

La semaine suivante l'Arrêté Royal sur le vapotage entrait en vigueur. Depuis, sa mise en application par le SPF, digne d'Eliot Ness, n'est peut-être pas étrangère au soucis financier de l'Etat belge... La promesse d'un accès au vapotage au moins aussi facile qu'au tabac est d'ors et déjà parti en fumée. Les vapoteurs aguerris se débrouillent pour trouver des "plans". Mais qu'en sera t-il de l'offre pouvant attirer les fumeurs hors du tabac lorsqu'une bonne part des magasins indépendants aura rendu l'âme sous les coups du SPF ?