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jeudi 9 août 2018

Avant son Sommet anti-tabac COP8: l'OMS fière d'avoir poussé 30 pays à interdire le vapotage

Le secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) prépare son grand sommet de Genève du 1er au 6 octobre. L'oligarque Michael Bloomberg a déjà fait passer ses mots d'ordre au bureau anti-tabac de l'OMS lors du sommet au Cap qu'il a organisé en mars. On trouve donc au menu de cette huitième convention des parties (COP8), la guerre au vapotage. Le secrétariat dirigé par la brésilienne Vera da Costa vient de publier un rapport préliminaire à la COP8 sur l'évolution des réglementations et du marché de la vape

Le révisionnisme des résolutions de la COP7

Singulièrement, ce rapport révise l'histoire des prises de position des conventions en affirmant que la précédente édition, à New Delhi en 2016, aurait adopté l'appel à "la prohibition ou de restriction de la vente, production et usage" du vapotage, avec ou sans nicotine. En réalité, la proposition de résolution du secrétariat avait été rejetée par l'opposition de trois délégations.

Le Canada, l'Union Européenne et le Royaume-Uni avaient estimé le controversé rapport scientifique de l'OMS insuffisant pour soutenir une telle décision. Ce rapport, non signé, qui s'appuyait sur des études dépassées, des opinions idéologiques et de soi-disant recherches non-publiées, avait été laminé par un contre-rapport du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool (UKCTAS).

Les violations du bureau de l'OMS de sa propre charte

Il est vrai que le secrétariat n'en a pas tenu compte. Il a multiplié les appels à la criminalisation des vapoteurs. Modèles à suivre: la Corée du Nord et la junte militaire thaïlandaise, comme l'espère Jagdish Kaur, cadre du bureau anti-tabac pour l'Asie du Sud-Est de l'OMS, dans un article d'une revue indienne de santé publique en septembre 2017. Un appel suivi par les autorités de Singapour.

Le bureau anti-tabac de l'OMS a aussi passé un accord de partenariat financier avec la junte en Thaïlande qui détient également le Monopole du Tabac national. Arrestations, incarcérations, saisies d'argent ou de biens et brimades de vapoteurs en Thaïlande sont régulièrement rapportés. En Corée du Nord, la chape de plomb sur le régime du fumeur intempestif Kim Jong-un ne permet pas de savoir si des déportations de vapoteurs ont effectivement eu lieu.
Financement par l'industrie du tabac thaïlandaise, encouragement à des violations des droits humains et rejet du principe de réduction des risques, la dérive du bureau anti-tabac de l'OMS par rapport à la charte qu'elle est censé faire appliquer ne sont évidemment pas évoqués dans son rapport. Mais on peut donc ajouter à cette liste, le mépris et le révisionnisme des décisions de la convention elle-même.

30 pays prohibitionnistes selon l'OMS

Le rapport souligne la grande hétérogénéité de l'usage de la vape dans le monde. Il avance des chiffres disparates, qui donnent plus l'impression d'un article de tabloïd rédigé à la va-vite que d'un rapport sérieux. Le secrétariat rapporte les réponses des pays membres sur leur réglementation concernant le vapotage. D'après ces informations, sur les 181 pays membres, 102 rapportent que le vapotage y est disponible, dont 39 sans réglementation. 

En sens contraire, le bureau de l'OMS met en avant 30 pays se déclarant prohibitionnistes, sans spécifier si l'interdiction porte sur la vente et/ou l'usage. Ce qui rend cette liste imprécise et floue, à l'image de la qualité générale du rapport. On y trouve des pays comme l'Iran, le Koweit, Singapour, l'Australie et, évidemment, le Brésil, principal bénéficiaire en balance commerciale des échanges de tabac brut au monde.

Placé en Europe par l'OMS, le Turkmenistan, dictature néo-stalinienne, interdit le vapotage, avec la particularité d'interdire également le tabagisme. Une certaine forme de cohérence. A ma connaissance, non partagée par la plupart des autres pays mentionnés qui n'interdisent pas les cigarettes. Quand ce n'est pas l'inverse, à l'image des deux modèles "à suivre" selon l'OMS de la Corée du Nord et de la Thaïlande.

On peut douter de l'exactitude de l'information de l'OMS pour certains pays listés comme prohibitionnistes. Le Mexique, mentionné comme tel, est en réalité dans une situation de vide légal sur le sujet. L'île Maurice a le projet de rendre illégal le vapotage, mais selon mes informations, la décision n'a pas encore été validée. Au Bahrein, le vapotage est depuis peu surtaxé, mais n'est donc pas illégal. Bref, un rapport à la hauteur de la qualité du travail de ce secrétariat d'illuminés incapables de s'appuyer sur des données et des analyses sérieuses. 

La poursuite de la répression de l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage

Le rapport préliminaire, qui généralement constitue la décision finale de la convention prise par avance, et visiblement même lorsque celle-ci n'est pas avalisée par les membres, appelle à réglementer le vapotage contre les "conséquences potentielles" de son essor. Sans données probantes, le bureau anti-tabac pointe "l’augmentation de l’adoption par les jeunes, l'impact sur les mesures de lutte antitabac existantes [sic!], les allégations de santé trompeuses et les stratégies de marketing trompeur et finalement le manque d'informations appropriées aux consommateurs [re Sic!]".

Il est plus que probable que les organisations d'usagers de vapotage ou d'autres moyens de réduction des risques soient de nouveau exclues du sommet. Il accueillera à huis-clos les délégués des Etats sous la pression de quelques milliers de lobbyistes de la pharmaceutique sélectionnés par le secrétariat de la FCTC. Une nouvelle absence de réaction des pays démocratiques, durant la COP8, face à l'état de dérive totale du secrétariat anti-tabac de l'OMS serait incompréhensible et très inquiétant.

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