S'abonner via email :

penser à vérifier que le mail de confirmation n'est pas bloqué par l'anti-spam

dimanche 16 décembre 2018

[Op] Le parachute, le pervers et le principe de précaution

Depuis quelques décennies, les parachutes sont de plus en plus couramment utilisés. "Cependant, les preuves scientifiques à l'appui de l'efficacité des parachutes sont faibles et les recommandations pour leur utilisation sont principalement basées sur la plausibilité biologique et l'opinion d'experts", avertit un nouvel article publié dans le British Medical Journal (BMJ).

Précédemment, une équipe de chercheurs s'était déjà inquiétée en 2003 de la solidité scientifique en la matière dans un article pour la même revue de référence BMJ. Malgré leur recherche approfondie dans les bases de données de science médicale reconnues, aucun essai contrôlé randomisé en double aveugle portant sur une intervention en parachute n'avait pu être identifié. Autrement dit, la croyance de l'efficacité du parachute ne repose sur aucune étude clinique sérieuse!

La nouvelle étude a tenté de pallier à cette absence de base scientifique par un essai clinique randomisé sur 23 personnes. Le résultat montre qu'il n'y a aucune différence de ratio de risque entre ceux qui ont sauté de l'avion avec un parachute et le groupe témoin placebo, qui portait un sac à dos vide. Il y a eu autant de blessé et de décès dans les deux groupes. Parmi les limites reconnues des auteurs, ils précisent que "nos conclusions pourraient ne pas être généralisées à l'utilisation de parachutes dans des aéronefs évoluant à une altitude ou une vitesse plus élevées". L'essai clinique s'est déroulé d'un avion immobilisé au sol.

Faut-il interdire le parachute?

étude randomisé saut parachute
Arrivé à ce point, le lecteur aura, je l'espère, saisi le caractère satirique, bien que rigoureux, des deux articles du BMJ. Les scientifiques s’arrêteront sur les questions de pertinence et de conditions de validité des études cliniques mises en tension par le sujet. D'autres souligneront le pied-de-nez fait aux journalistes se contentant de lire l'abrégé avant de rédiger des articles racoleurs à côté de la plaque. Mais une question plus politique se dégage en filigrane des deux pièces ironiques. Elle concerne l'à propos du principe de précaution, et en particulier des interprétations dogmatiques érigeant une sorte de culte régressif à celui-ci.

Le parachute serait-il interdit, combattu, limité réglementairement en raison du manque de recul et de preuves scientifiques s'il était découvert de nos jours? Il nous paraîtrait absurde, dans un avion en chute libre, d'en bloquer l'accès par incertitudes sur d'éventuels risques à l'atterrissage. Le bon sens nous invite à donner et utiliser illico les parachutes même si quelques chevilles risquent la foulure. Puis, comme cela s'est passé dans le fil historique, on améliore le dispositif et on informe le public à l'utiliser au mieux. 

La réduction des risques est un principe de précaution

En creux de ces deux articles, se révèle l'absurdité du biais cognitif de craindre et vouloir entraver l’accès d'un moyen de réduction des risques, en raison de sa nouveauté, face à un danger établi de longue date. Pourtant, aujourd'hui nombres d'autorités sanitaires et politiques bloquent autant se peut le parachute du vapotage face au danger du tabagisme. Des millions de personnes décèdent prématurément de maladies liées au fait de fumer chaque année dans le monde. Mais ce n'est pas contre ce danger établi que les autorités brandissent le principe de précaution, c'est contre le moyen évident d'en réduire les risques. Au nom du manque de recul du parachute-vape, elles l'entravent. 

Se faisant, les autorités privilégient la perpétuation de cette chute libre du tabagisme pesant de tout son poids morbide sur plus d'un milliard de personnes dans le monde. Une telle interprétation régressive est une perversion du principe de précaution. Celui-ci n’est pas un principe de statu-quo. Dans l’avion en flamme du tabagisme, la précaution ne peut être que de faciliter l’accès au moyen de réduction des risques sans combustion ni tabac, sans monoxyde de carbone ni goudron, qu’est le vapotage. Et ces manquements là sont beaucoup moins marrants que les satires sur l'absence d'étude clinique du parachute parues dans le BMJ.


0 commentaires :

Enregistrer un commentaire

Printfriendly

Licence Creative Commons: Attribution (BY) + Non Modification des partages (ND)

 
Real Time Analytics