COP 9 Tabac : il ne reste que la calomnie au CNCT pour défendre l'OMS

On hésite entre ridicule et crapuleux. Pour cible principale, la lettre ouverte de cent experts internationaux de la lutte anti-tabac aux délégués des pays membres à la COP 9 sur le tabac de l’OMS. L’article, estampillé Comité national contre le tabagisme (CNCT) - auteur anonyme - et publié sur le blog Génération sans tabac, aligne les calomnies plus grosses les unes que les autres. Pour planter le décor, le CNCT imagine de « petits groupes de fumeurs ou de vapoteurs, le plus souvent liés à l’industrie du tabac, qui manifestent et communiquent abondamment » autour de la COP 9. Qui se déroulera en ligne, en raison de la Covid, du 8 au 13 novembre.

Le blog Génération Sans Tabac, dont l’éditeur responsable est Yves Martinet, semble avoir bénéficié d’une subvention de 700 000 €, pourtant initialement allouée à un projet d’un nom différent [!?], de l’État français. La promesse d’une information « rigoureuse » semble être partie en fumée. 

Dans la foulée, le CNCT dénonce un grand complot derrière la lettre des cent experts. « S’appuyant sur des études financées par l’industrie du tabac qui entendent démontrer l’intérêt de ces produits sans fumée, la lettre ouverte défend l’idée d’introduire la notion de réduction des risques », prétend l’article du CNCT pour justifier son accusation d’une manipulation de l’industrie du tabac. Cela prend quelques minutes, mais il est relativement aisé de vérifier si la lettre ouverte des cents experts s’appuie vraiment sur des études financées par l’industrie du tabac.

Le grand complot de la science contre le CNCT

Parmi les 38 notes, il y a 34 études référencées dans la lettre [voir pdf en fin d’article]. Une provient de Philip Morris (en note 12). Elle sert de référence sur la baisse des ventes de cigarettes au Japon. C’est factuel et une source fiable sur le sujet, Philip Morris étant astreint à communiquer ce type de données à ses actionnaires. Trois références sont des documents de l’OMS. Je ne me prononcerais pas sur leur fiabilité, mais elles servent le propos du texte qui concerne l’OMS justement.

Enfin plus au cœur du propos sur la réduction des risques, les études référencées ont été menées par des chercheurs de l’Université de San Francisco (USA), notamment Neal Benowitz, du Royal College of Physicians (UK), du Public Health England, du Global Burden of Tobacco publié dans le Lancet, l’évaluation par la Food and Drug Administration (US) de la cigarette chauffée de Philip Morris, de Yale, du National Bureau of Economic Research (NBER)... Des recherches ont été publiées dans la revue Tobacco Control, d’autres dans Nicotine and Tobacco Research (NTR) éditée par la Société de recherche sur la nicotine et le tabac (SRNT), etc. 

Si ces chercheurs, organisations et revues sont tous corrompus par l’industrie du tabac, le CNCT doit être bien seul au monde.

Le grand complot des tabacologues contre le CNCT

Bref, le CNCT ment pour salir le propos des cent experts. Mais il vise aussi les personnes. « L’examen de la liste des signataires montre par ailleurs qu’elle contient peu de professionnels de la tabacologie, les recrutements se réalisant plutôt dans les secteurs de l’addictologie et de la santé publique », affirme le CNCT. Même si je ne saisis pas en quoi les addictologues ou les professeurs de santé publique devraient, eux aussi, être exclus de la lutte anti-tabac, c’est factuellement faux. 

Une large majorité des signataires sont spécialistes et impliqués dans la lutte anti-tabac. Semer le doute sur des acteurs majeurs de la lutte anti-tabac tels que Martin Jarvis, John Britton, Ruth Bonita, David Abrams, Robert Beaglehole, Ron Borland, Lynn Kozlowski, Lars Ramström, Steven Schroeder, Michael Siegel, Nathalie Walker, Kenneth Warner ou encore Robert West... Ainsi que les deux Français signataires, le Dr Philippe Arvers et Jacques Le Houezec. Mais qui peut sortir des âneries aussi crapuleuses ?

L’ironie est que, par contre, une large majorité du bureau du CNCT n’a aucun contact avec le terrain de l’arrêt tabagique : avocat à la retraite, chargé de cours en philosophie, professeur ou consultante de santé publique, pneumologue retraité... Le Dr Daniel Thomas, cardiologue en activité, est sans aucun doute actif sur le domaine de la tabacologie. Une personne sur les sept. Le CNCT semble chercher vainement la paille dans l’œil de cent experts, sans voir la poutre dans le sien.

Le grand complot de la compréhension de texte contre le CNCT

Au-delà des calomnies sur les études et des attaques personnelles mal placées, le principal twist du CNCT est la nature de la critique des cent experts à l’OMS. « La lettre s’en prend ouvertement à l’OMS, soupçonnée d’immobilisme sur les produits de vapotage et d’entrave à la santé publique en s’opposant à la politique dite de réduction des risques », croit avoir compris le CNCT. 

Mais l’OMS n’est pas critiquée pour son immobilisme. L’OMS est critiquée pour son soutien actif aux prohibitions du vapotage par les États-cigarettiers et les millions de morts évitables programmées par ces interdictions. L’OMS est critiquée pour recommander d’interdire ou à défaut de saboter les moyens d’arrêter de fumer à risque réduit. L’OMS est critiquée pour ses évaluations grossièrement biaisées et malhonnêtes. L’OMS est critiquée pour ses encouragements aux violations des droits humains, notamment celui de préserver son intégrité en ayant accès à des outils de réduction des risques. L’OMS est critiquée pour sa totale opacité et le climat d'influence qu'elle favorise, notamment de la part d'un ultra-milliardaire aux intérêts douteux. 

"Le danger de l'approche de l'OMS est qu’elle constitue une protection réglementaire de facto du commerce des cigarettes conventionnelles et, pour citer le Royal College, elle causera des dommages en perpétuant le tabagisme", lettre des cent experts.

Le grand complot de la probité contre le CNCT

Mais peut-être que le CNCT est-il gêné de répondre à ces arguments ? Sur le même blog, leur partenaire « DNF, Pour un monde Zerotabac » avait précédemment diffusé la propagande anti-vape de l’État de Thaïlande. Une junte militaire qui détient elle-même l’ex-Monopole du tabac thaïlandais. Près de 100 000 morts par an. 

Le blog GST avait également applaudi l’interdiction de la vape par l’Inde, détenteur de 28 % du capital du cigarettier ITC (ex-Indian Tobacco Company). Cent millions de paquets de cigarettes vendus par jour et près d’un million de morts par an. 

Visiblement soutenir les États-cigarettiers pose moins de problèmes au blog subventionné qu’une prise de parole de cent experts de la lutte anti-tabac en faveur du droit à la réduction des risques. 


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