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jeudi 29 octobre 2015

La mise au ban de l'e-cigarette favorise le tabagisme adolescent

Pour la première fois depuis l'émergence de la vape, une étude s'est penchée sur l'impact concret de son accès aux adolescents sur leur tabagisme. Et ses conclusions, présentées dans un manuscript intitulé "How does Electronic Cigarette Access affect Adolescent Smoking?", sont inattendues. «Les résultats de cette étude montrent, qu'avant 2014, l'interdiction de l'accès à l'e-cigarette a fait augmenté le taux du tabagisme adolescent», souligne la Pr Abigail Friedman dans un article paru dans le Journal of Health Economics. L'enseignante du département de santé publique de l'université de Yale a comparé l'évolution des taux de tabagisme chez les adolescents étasuniens selon la réglementation des États où ils vivent.

Les Etats américains laissant libre la vente d'ecigs aux ados (12-17 ans) ont vu leur taux de tabagisme baisser plus rapidement que ceux qui l'interdisent. Sur deux ans, dans les États répressifs le tabagisme adolescent a baissé de 1,3 points, alors qu'il a baissé de 2,4 points dans les États autorisant l'accès au vapotage aux jeunes. Cet écart de 0,9 points représente une baisse de 70% plus forte du tabagisme adolescent dans les Etats leur autorisant l'achat d'ecig. Il est à noter que ces Etats ont en moyenne un tabagisme plus élevé de longue date que les Etats qui ont adopté l'interdiction de la vape aux mineurs. Cet article est le premier à montrer sur une base empirique une évidence causale entre l'accès à la vape et la réduction du tabagisme des ados.

Ouverture de la chasse à la vape

Selon les données utilisées du National Survey on Drug Use and Health (NSDUH), entre 2002-03 et 2012-13, le tabagisme récent (jeunes déclarant avoir fumer le mois précédent l'enquête) des 12-17 ans est passé de 13,5% à 6,7%. Tandis que celui des 18-25 ans a chuté de 42,1% à 32,8%. La vape est apparue sur le marché au milieu de cette période, en 2007, mais avec des blocages d'importation jusqu'en 2010. De 2010 à 2012, son volume de vente en général a quadruplé. 

Le New Jersey a initié l'interdiction de vente de produits de vapotage aux mineurs le 13 mars 2010. D'autres Etats ont suivis au cours des années suivantes. Au 1er janvier 2014, borne prise par l'étude, 24 états interdisaient la vente d'ecig aux mineurs. Seize autres ont prononcé la mise au ban au cours de l'année 2014. Au 1er janvier 2015, seuls 10 Etats, plus le district de Columbia, n’exercent aucune interdiction de vente. 

Black box

La méthode de régression statistique employée se présente comme très robuste, avec deux tests de falsification et un test dit placebo. D'autres facteurs, pouvant jouer un rôle dans l'évolution du tabagisme adolescent (notamment les taxes sur les cigarettes, lois sur les espaces sans fumée, légalisation de la marijuana médicale, caractéristiques démographiques, taux de tabagisme des 18-25 ans), ont été pondérés dans l'évaluation. 

L'étude a des limites, soulignées par l'auteure. La principale se trouve dans les données utilisées du NSDUH qui, d'une part, ne portent que sur une période de deux ans. D'autre part, elles ne prennent pas en compte la fréquence d'usage réel de la vape. Notamment les distinctions entre différents usages réguliers et expérimentation. Des études futures pourraient dépasser ce problème avec des données de meilleures qualités et plus étendues. Si les autorités de statistiques étasuniennes en matière de santé publique se décident à pallier à leurs défauts méthodologiques ahurissants sur la vape.

"Il est cependant assez plausible que l'usage de l'e-cigarette puisse réduire le taux de tabagisme. Tant que les cigarettes électroniques représentent une alternative plus attractive aux cigarettes de tabac, elles pourraient détourner les jeunes du tabagisme en les amenant à vaper", observe le Pr Michael Siegel dans un commentaire à propos de cette étude sur son blog.

Une autre limite est inhérente à la jeunesse du marché encore instable. Abigail Friedman remarque notamment que les ados pourraient réagir aux rumeurs et controverses dans les médias, ainsi qu'à la pub des cigarettiers. «Cette analyse ne mesure pas l'usage des cigarettes électroniques, et ne peut pas se prononcer sur les évolutions de comportements et les effets à long terme. Ce qui limite sa considération en terme de coûts et bénéfices de l'accès aux e-cigarettes dans son impact sur le tabagisme», synthétise la chercheuse.

Mettre en question des interdictions délétères

L'apport principal de cette étude est la mise en évidence que l'accès de la vape aux ados accélère la baisse du tabagisme de ceux-ci. Alors que son interdiction favorise de fait l'initiation tabagique des 12-17 ans. «Jusque-là, le débat sur la e-cigarette n'a pas discuté de la hausse du tabagisme des jeunes en réponse à l'interdiction de la vape», précise la Pr Friedman. Cette conséquence mise en lumière par l'étude appelle «à remettre en cause ces interdictions», selon l'article à paraître. 

«Comme les premier pics de tabagisme régulier se trouvent à 16 ans (d'après l'étude de Lillad, Molloy et Sfekas de 2013), ces résultats suggèrent que l'interdiction de vente d'e-cigarette aux moins de 16 ans pourrait être préférable à une interdiction aux moins de 18 ans, en termes d'effet sur le tabagisme adolescent», propose son auteure.



[Au moment où nous écrivons, le fuitage d'un possible projet de réglementation ultra-stricte de la Food and Drug Administration (FDA) a été mis en ligne et suscite des remous. Le site vape.li donne quelques précisions en français]

mercredi 21 octobre 2015

David Goerlitz lave son honneur en rendant sa médaille à l'OMS

1990 : D. Goerlitz reçoit la médaille de l'OMS
David Goerlitz, égérie de la lutte anti-tabac, a renvoyé la médaille d'honneur dont l'Organisation mondiale de la santé (OMS) l'avait décoré en 1990. Sur le site de l'eSmoking Association, il déclare ne plus vouloir «se rendre complice des mensonges» de l'OMS. L'appel de Margaret Chan, directrice de l'OMS, à l'interdiction de la vape dans le China Daily a été de trop pour l'activiste anti-tabac. Nous n'avons obtenu aucun commentaire de l'OMS à propos de la défection de leur ancien conférencier.

David Goerlitz dénonce «l'utilisation de la vape comme bouc-émissaire» par l'OMS qui, se faisant, «protège les profits de Big Tobacco». Transfuge de Winston en 1988, il a multiplié les actions pour dénoncer les méfaits du tabagisme dans les années 90' et 2000. Témoignage au procès des cigarettiers, conférences à travers le monde et, surtout, des séances de prévention envers les "kids", pour reprendre son expression. 

Pour l'américain septuagénaire, désormais l'OMS enfume l'opinion publique avec des études de junk-science, biaisées et falsifiées sur les ecigs. Cette propagande contre la vape «est une gifle aux millions de fumeurs qui tentent désespérément d'arrêter de fumer», alors que la vape «est une alternative au tabac dont il est prouvé qu'elle est au moins à 95% moins nocive», précise David Goerlitz.

samedi 17 octobre 2015

SOS Addiction appelle les professionnels de santé à soutenir la réduction des risques. Et en Suisse ?

L'association française SOS Addiction, qui vise à informer et agir dans une approche de réduction des risques, lance un appel à signatures des professionnels de la santé français et étrangers.

1. Approuver ensemble les conclusions du rapport de Public Health England du 19 août 2015 sur la e-cigarette.
2. Demander que le gouvernement français pratique lui aussi une véritable politique de réduction des risques du tabagisme, s’appuyant sur tout le potentiel de la cigarette électronique.
Cet appel a vocation à être signé par de nombreux spécialistes Français et étrangers.

vendredi 16 octobre 2015

[8 francs] Philip Morris accuse t-il le Matin de petit mensonge entre amis?

De la science à la comm', une victime de la crise?
Surprenant aveu de Moira Gilchrist. "Nous tenons à préciser que notre produit iQOS n’est pas "vendu comme moins nocif»", déclare la Directrice scientifique de Philip Morris International (PMI) dans la Liberté d'hier. Pourtant, on pouvait lire dans le Matin du 20 août dernier que "selon Philip Morris, la nocivité de l’inhalation du tabac est réduite de 90%" avec l'iQos. 
Étonnamment Mme Gilchrist, visiblement reléguée en simple chargée de comm' de la Marlboro, n'avait pas démenti les propos du matinal journaliste Eric Felley. Elle a par contre pris le temps de répondre à mon billet, repris par le Courrier, en me prêtant des propos que je n'ai jamais tenu. 
Dois-on en conclure que mon blog a plus de poids médiatique que le tabloïd de Tamedia ? 
Ou pas...

mercredi 14 octobre 2015

Vape en stats


Entre 2013 et 2014, la vape a grosso modo doublé en Suisse. Alors que le tabagisme se maintient à un quart de la population. D'après le monitorage Suisse des addictions, une enquête téléphonique recueillant des données auprès de 11'000 personnes de plus de 15 ans présentée en deux volets (un général et un spécifique à la vape), publiés ce 12 octobre. 

En 2014 en Suisse, les vapoteurs au quotidien seraient 0,3% de la population, contre 0,1% en 2013. Les usagers hebdomadaire de la vape seraient 0,7%, contre 0,4% précédemment. Et l'ensemble des gens ayant expérimenté la vape atteindrait 14% de la population contre 6,7% un an auparavant. En chiffres bruts, sur les 7 millions d'habitants de plus de 15 ans, un million aurait essayé la vape, 20'000 vapoteurs le seraient au quotidien, et 50'000 vaperaient régulièrement au moins une fois par semaine. En dépit de l'interdiction de vente des liquides nicotinés, la vape se développe donc... Mais en partant d'un niveau si bas qu'elle reste marginale.