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lundi 19 juin 2017

[Décrypt] Vape & ADN: quand ACS Sensors et UConn inventent le junk science marketing

Comment réussir le lancement commercial d'un mauvais produit ? Provoquez un buzz facile en utilisant la paranoïa obscurantiste de l'époque pour faire passer les défauts de votre produit pour ses qualités. C'est la recette de l'entreprise ACS Sensors associée à l'Université du Connecticut (UConn) pour faire mousser un nouvel appareil 3D de test de microfluides, "développé pour détecter les dommages causés sur l'ADN par des métabolites de produits chimiques dans des échantillons environnementaux", selon l'article des chimistes universitaires, menés par James Rusling, publié dans American Chemical Society, la revue du fabricant. Protocole d'expérience incohérent et conditions de tests ahurissantes se sont alliés à un défaut majeur du matériel promu par l'expérience pour donner des résultats indignes d'être publiés, a fortiori au nom d'une université. Et une conclusion honteusement reprise par les médias: "le vapotage a plus risque de causer des dommages à l'ADN que les cigarettes sans filtre". Sic!

Scotch, seringue, dry-hits et Krylon

Les chercheurs chargés de faire l'article de la nouvelle machine ne se sont pas ennuyés par des protocoles compliqués. Montage à coup de scotch et de seringue bricolé pour extraire l'aérosol de vapotage, comparaison quantitativement incohérente entre nombre de bouffées de vapotage et cigarettes fumées, aucune mention du matériel de vapotage utilisé et protocole de prise de bouffée du vapotage totalement irréaliste. En premier lieu donc, les classiques de la recherche pourrie made in USA sur le vapotage. Additionnés d'une touche, ou plutôt d'une pulvérisation, d'un produit hautement toxique.

Premier détail, les chercheurs ont décidé que "15 à 30 bouffées de vapotage sont considérées équivalentes à la fumée d'une cigarette". Pourtant, une étude des Prs Jean-François Etter et Chris Bullen montre qu'en moyenne les vapoteurs substituent une consommation de 15 cigarettes journalières par 120 bouffées de vape. Soit un rapport de 8/1 plutôt que de 15/1 à 30/1... Ce n'est pas le point le plus grave, même si cela illustre le peu de sérieux des chercheurs à se documenter sur la question.

Production artificielle de dry-hits


Plus critique, la manière de relever l'aérosol. Un montage que même Mac Gyver n'aurait pas osé prendre au sérieux. Mais surtout rythme et durée des bouffées, position et (non) remplissage de la vapoteuse font que la manière avec laquelle la seringue "tire" sur l'appareil de vape n'a aucune ressemblance avec le vapotage réel. On voudrait s'assurer de produire des dry-hits en asséchant artificiellement la mèche que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Et c'est ce qui s'est passé, comme le relève Paul Barnes sur son blog Facts do matter. Sans que les chercheurs n'en ait tiré les conséquences sur l'inanité de leur protocole. 


Sans liquide, pas de vaporisation

"La densité de l'aérosol était stable pour les cigarettes conventionelles et le vapotage durant les dix premières bouffées. Ensuite, la densité de l'aérosol de vapotage chutait lors des bouffées suivantes, et un plus fort vacuum était nécessaire pour produire l'aérosol au fur et à mesure que le nombre de bouffées augmentait", explique sans rire la recherche publiée. Le liquide n'arrivait pas assez vite sur la mèche dans cette configuration et donc ils ont forcé les bouffées sèches, générant ainsi de la pyrolyse. Le problème en deux trois phrases. Le vapotage se base sur la vaporisation. La vaporisation se passe à une température stable, comme lorsque l'on chauffe de l'eau dans une casserole. Mais si toute l'eau s'est évaporée alors votre casserole et les éventuels résidus dedans vont surchauffer et dégager d'autres composés gazeux et/ou de particules fines solides, possiblement toxiques. 

C'est clairement ce qu'ont produit ces chercheurs. Mais ceci n'est plus du vapotage. Aucun vapoteur ne fait cela, sauf accidentellement par mésusage, parce que c'est impossible à inhaler et provoque une toux réflexe très inconfortable. Bref, l'aérosol analysé n'a pas été produit dans des conditions valables.

Le Krylon pourrait t-il avoir des effets sur l'ADN ?

Mais le clou n'est pas tant dans ces biais de méthode malheureusement devenues classiques dans les études américaines sur le sujet. Le top-junk-science est atteint lorsque l'on regarde le matériel promu par cette étude. La fameuse tablette low-cost 3D d'analyse de microfluides ACS Sensors. "Les tableaux de microfluides sont imprimés à partir de résine d'acrylate utilisant une imprimante 3D stéréolithographique Formlabs Form1+. Les fichiers de son design sont disponibles sur notre site internet. Brièvement, les fichiers CAD (computer assisted design) sont convertis aux fichiers d'instruction de l'imprimante. Après l'impression, les appareils sont rincés à l'intérieur et l'extérieur avec de l'isopropanol et de l'eau, puis enduits par pulvérisation d'un spray acrylique transparent (Krylon)", énumère l'étude de l'UConn.

Or, comme l'a fait remarqué Fergus Mason à Paul Barnes, ce spray Krylon, pulvérisé à chaque utilisation pour recouvrir les tablettes de test, est connu pour ses propriétés toxiques et potentiellement cancérigènes. Ses composés sont de 32,81% d'acétone, 21,39% de n-Butyle acétate, 20,4% de propane, 9,6% de butane, 4% d'Ethyl 3-ethoxypropionate, 2,38% de xylène et 0,42% d'ethylbenzene. C'est avec ces produits que les chercheurs ont recouverts les réservoirs utilisés pour évaluer l'impact des aérosol de vapotage sur l'ADN !!! Comment des scientifiques peuvent-ils faire une telle merde ?

Dégénérescence américaine

Cette étude n'apporte aucune connaissance quant à un éventuel effet sur l'ADN soumis au vapotage. Par contre, elle dit beaucoup sur l'état de décomposition de la déontologie des universitaires américains. Dont parle cet article du jour sur le sujet à travers l'histoire de l'épidémie d'addictions aux opioïdes qui a fait environ 60'000 morts en 2016 aux USA...

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