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mercredi 29 mai 2019

The Big Buzz: une étude américaine prouve que des transfusions de liquide de vape seraient risquées

Comme un air de déjà-vu. Une étude américaine a tenté de noyer sous un flot de liquide de vapotage des cellules endothéliales. Ce sont celles des vaisseaux sanguins en contact avec le sang. Résultat: remplacer son sang par du liquide de vapotage serait risqué au niveau cardio-vasculaire. Se rappeler donc de ne pas s'injecter en intra-veineuse des litres de liquide de vape. A fortiori, selon leurs résultats, si c'est du liquide à la cannelle. Celle-ci est bien connue, entre autres caractéristiques, pour être cytoxique à forte dose. C'est-à-dire qu'en très forte concentration le cinnamaldéhyde peut détruire des cellules. Donc se rappeler de ne pas s'injecter des litres de liquide de vape surtout à la cannelle.

Vers encore plus de réalisme, l'étude publiée dans le Journal of the American College of Cardiology a pris des mesures physiologiques sur des usagers. D'un côté, un groupe de 5 fumeurs et de l'autre, un groupe avec... et bien deux fumeurs aussi, mais qui vapotent également, et deux vapoteurs. Les résultats des deux groupes sont proches. Quel scoop. La science aurait vraiment manqué une grande découverte sans cette publication ultra-médiatisée sur CNN, LCI... etc. 

Pour aller plus loin:
- Article du Dr K. Farsalinos, du Centre de cardiologie Onassis d'Athènes: Do the properties of cinnamon change when it is present in e-cigarette liquids? The pro-inflammatory/oxidative and anti-inflammatory/anti-oxidant properties of cinnamaldehyde
- Interview du Pr Massimo Caruso, du Département de médecine de l'Université de Catania 
https://www.sigmagazine.it/2019/05/aromi-caruso/
- Article du Dr Colin Mendelsohn, Pr de santé publique à l'University de New South Wales, Sydney
https://athra.org.au/blog/2019/05/29/misleading-claims-that-vaping-causes-heart-disease-again/


vendredi 24 mai 2019

Etude: le risque accru à vie de cancer du "vapotage passif" se situerait entre 0,000'0012% et 0,000'0027%

L'exposition de personnes tiers au vapotage augmenterait le risque à vie de cancer de 0,000'0012% à 0,000'0027%. Cette évaluation est un des résultats d'une étude italienne parue en janvier 2018 dans Journal of Aerosol Science. Pour comparaison, plusieurs études ont évalué l'accroissement du risque de cancer des poumons du tabagisme passif entre 10% et 30%. En s'appuyant sur ces chiffres, la magnitude d'écart des risques serait de l'ordre du million. En pourcentage, cela équivaut à une réduction du risque d'au moins 99,9999%.

[add nota bene: les chercheurs italiens n'ont pas fait la comparaison avec le tabagisme passif, probablement en raison des controverses sur les évaluation de celui-ci]

Plus grand encore que l'écart déjà impressionnant de risque accru à vie de cancer entre tabagisme et vapotage actifs que l'étude italienne évalue d'un ordre de plus de 50'000 fois moindre pour le vapoteur. Les auteurs, du département d’ingénierie de l'Université de Cassino, soulignent d'ailleurs que les mesures du vapotage actif se situent en dessous des normes édictées par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'Environnemental Protection Agency américaine (EPA). 

La recherche a mesuré les particules, leur composition, leur distribution dans un espace clos (de 40 m³) et la concentration de surface après chauffage à 37°C (température corporel) et à 300°C (pour vérifier la concentration en résidus après évaporation des liquides). Dans un pièce de 40 m³ - pour donner une idée, cela équivaut à une pièce de 4 mètres sur 4 avec un plafond à 2,40 m -, une personne a vapoté durant 10 mn (avec un modèle Ego, qui n'est plus très utilisé aujourd'hui), soit une durée double de celle que le fumeur a mis pour fumer sa cigarette pris en comparaison.

Plus de brouillard, moins de toxiques

Sans surprise, les mesures de particules, sans discriminer entre celles liquides et solides, sont nettement plus nombreuses avec le vapotage qu'avec la fumée de cigarette. Mais, l'analyse des concentrations solides de toxiques récoltées montrent des niveaux extrêmement plus faibles avec le vapotage que de la cigarette. Les chercheurs ont ensuite analysé ces concentrations selon les formules traditionnellement utilisées pour évaluer le risque à vie accru de cancer (ELCR).
"Des concentrations du nombre de particules égales à 6,30 - 9,08×10³ part. cm‾³ avec une distribution bimodale (à 30 nm et 90 nm) et des concentrations de surface spécifique de 5,16 - 5,90×10⁷ nm² cm‾³ (à 300 °C), respectivement, ont été mesurées dans un aérosol de vapotage de seconde main, entraînant des valeurs extrêmement faibles de risque accru à vie de cancer (ELCR) dues à l'exposition à un aérosol de vapotage de seconde main (1,24 - 2,70×10‾⁸)", Mauro Scungio, Luca Stabile, Giorgio Buonanno ; ma traduction de "Measurements of electronic cigarette-generated particles for the evaluation of lung cancer risk of active and passive users" in Journal of Aerosol Science https://doi.org/10.1016/j.jaerosci.2017.10.006 


La nature radicalement différente du vapotage et de la fumée

L'énorme réduction des risques entre tabagisme passif et exposition au vapotage s'explique en premier lieu par la différence radicale entre l'aérosol de vapotage et la fumée. En plus du monoxyde de carbone et de goudrons, absents du vapotage, la fumée de cigarette se caractérise par un niveau très élevé de particules solides. En second lieu, la cigarette émet un "sidestream" entre les bouffées prise par le fumeurs, qui constitue plus des trois-quart de la fumée dispersée dans l'environnement du fumeur. A l'opposé, le vapoteur n'émet que le vapotage qu'il a préalablement inspiré et dont il a retenu une large partie des substances. Deux études in vivo dont nous avons déjà parlé , l'une du CDC dans un magasin de vapotage et l'autre de l'Université de San Diego sur la pollution intérieure mesurée dans des logements de fumeurs, vapoteurs et de non-fumeurs, n'ont présenté aucune mesure significative de vapotage "passif". 


mercredi 22 mai 2019

Bâle: le tabagisme des adolescents s'écroule, effet protecteur du vapotage?

Les adolescents évitent-ils de se mettre à fumer en essayant le vapotage à la place? La grande question tabou paraît difficile à éviter à la lecture des dernières données sur les 15-16 ans bâlois. Alors qu'il avait progressé entre 2006 et 2010, le tabagisme des lycéens et apprentis s'est écroulé de 21,8% en 2010 à 9,6% en 2017. Effondrement encore plus net, si on prend le tabagisme régulier passé de 11,5% à 3% des adolescents bâlois en sept ans. Entre ces deux dates, le vapotage a fait son apparition. 31,1% des jeunes disent avoir essayé la vape, mais seul un élève sur les 1046 interrogés en 2017 l'utilisait quotidiennement. Et moins de 1% déclarent avoir vapoté au moins trois fois dans le mois écoulé.

Désormais, 88% des bâlois de 15-16 ans déclarent n'avoir jamais fumé. Peut-on faire un lien avec les 31% qui ont essayé le vapotage? De fait, il est remarquable qu'une part plus importante de jeunes ont essayé le vapotage que les cigarettes. Un glissement d'expérimentation qui s'est accompagné d'une chute concomitante très impressionnante du tabagisme. La corrélation entre expérimentation du vapotage et écroulement du tabagisme ne peut pas à elle seule constituer démonstration d'un lien causal. Mais le phénomène devrait interroger... Si les autorités étaient intéressés à comprendre l'évolution de ces consommations. Du côté du Département de santé de Bâle, on estime que cette chute du tabagisme pourrait être le fruit des campagnes de prévention, qui existaient déjà avant 2009. On peut vouloir le croire. Ou pas. 

"Trop stylé"

Les données bâloises publiées ne présentent pas de données sur les co-consommations, ni sur la chronologie d'expérimentation entre cigarette et vapotage. Mais discuter avec quelques adolescents peut aider à comprendre au moins une voie possible d'explication au phénomène. L'adolescence est un âge de curiosité et de construction d'identité. Dans ce contexte, le vapotage aromatisé à gros nuages, généralement synonyme d'absence de nicotine, fait "trop stylé", pour reprendre l'expression de ma filleule âgée de 16 ans. La machine peut s'oublier dans un tiroir quelques mois plus tard. Dans le cas de l'essai de la cigarette, ils sont 70% à finir fumeurs réguliers à long terme.

La ressemblance avec le phénomène de la chute du tabagisme des adolescents américains de 2011 jusqu'à l'interdiction de vente du vapotage aux mineurs en 2016 est saisissante. Sur cette génération, qui a entre 18 et 24 ans à présent, 13% ont vapoté momentanément durant leur adolescence sans devenir ni fumeur ni vapoteur. 10% des jeunes adultes américains sont fumeurs, alors que 37% des jeunes Suisses du même âge le sont devenus dans le contexte de prohibition du vapotage en Suisse.
Source: présentation du Dr Lion Shahab (University College of London)
à Washington du 29 avril 2019 visible sur Vimeo

Des données plus intelligentes permettraient des décisions plus intelligentes

Pour évaluer plus intelligemment les possibles effets de reports de consommation, des données plus précises que celles présentées par l'enquête bâloise seraient nécessaires. Outre l'absence déjà mentionnée de données croisées entre les consommations, le Département de la santé du canton de Bâle n'a pas répondu à ma demande de précision sur les données concernant le contenu des liquides utilisés, entre vapotage seulement aromatisé, avec nicotine ou avec CBD. [edit 15h15: Le Département de santé de Bâle vient de me répondre qu'ils n'ont pas de données sur les liquides utilisés ]. Au moment de l'enquête, la vente de liquides nicotinés était encore illégale en Suisse.

Le vapotage n'est un fléau que pour ceux qui vivent du tabagisme

Malgré ces lacunes, la communication de l'enquête de la ville de Bâle contraste singulièrement avec celle de la secte calviniste la fondation indépendante Addiction Suisse. Pourtant, les données d'Addiction Suisse montrent aussi une nette chute du tabagisme des adolescents suisses. Mais l'officine lausannoise l'a passé sous silence pour mieux sur-dramatiser l'expérimentation de vapotage, bien qu'un usage régulier soit extrêmement faible et que leur enquête ne présente aucune donnée sur la consommation de nicotine. Résultat: peur et doutes pour générer une absence totale de réflexion. On appelle ça une opération d'enfumage politique

Depuis, les grands journaux d'influence, le Temps côté romand et la NZZ outre-sarine, multiplient les tribunes à pensée unique appelant à durcir les restrictions contre les vapoteurs dans la prochaine loi Tabac (LPTab) en discussion actuellement en commission parlementaire. En somme, conserver un système ayant généré 37% de fumeurs chez les 18 à 24 ans qui au nom d'une soi-disant protection des jeunes programme leur mort prématurée. Un cynisme politicien au-delà du morbide. Les nouvelles données bâloises devraient nourrir un débat sur le rôle potentiellement préventif du vapotage face au tabagisme chez les adolescents. Mais ce débat nous est interdit par les élites.

Note complémentaire: Depuis quelques mois, je subis des pressions directes ou indirectes provenant d'intérêt économique pour fermer ce blog ou au minimum censurer les sujets concernant les jeunes. 


lundi 20 mai 2019

Le Secrétariat anti-tabac va t-il imposer une déclaration de guerre à la réduction des risques à l'assemblée générale de l'OMS?

Ce matin s'ouvre la 72ème World Health Assembly (WHA) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Genève. Cette rencontre annuelle est l’organe décisionnel de l’OMS, auquel participent des délégations de tous les États membres pour déterminer les politiques de l'Organisation. On comprend l'importance des enjeux qui peuvent se jouer là pour les grandes orientations de l'OMS. Cela éclaire la tentative lancée par le Secrétariat de la Convention cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT ou FCTC en anglais). Celui-ci propose de faire passer un texte qui déclare la guerre à la réduction des risques, pourtant présent dans son texte fondateur et principe fondamental des organisations de l'ONU. INNCO, le réseau international des organisation de consommateurs de produits nicotinés à risque réduit, alerte ce matin sur cette tentative de coup de force du Secrétariat de la CCLAT.

Dernier coup de force

Alors qu'elle va devoir prochainement céder sa place, Vera da Costa, la Secrétaire générale brésilienne de la CCLAT, veut imposer de mettre en "priorité" la lutte contre les nouveaux produits de réduction des risques tabagiques. Cette déclaration de guerre à la réduction des risques se trouve au point 7 du texte de la CCLAT soumis à l'approbation de la World Health Assembly. Il vise les produits de tabac chauffé. Mais, bien que le dernier sommet de la CCLAT, à Genève en octobre 2018, a clairement rejeté l'assimilation du vapotage aux produits du tabac, le Secrétariat use de formules assez alambiquées pour laisser planer le doute sur le sort du vapotage dans la suite de cette nouvelle guerre aux produits à risque réduit qu'elle veut déclarer.  

Ce qui ne laisse pas de place aux doutes, c'est la volonté du Secrétariat de la CCLAT de violer ouvertement son propre principe d'incorporer "des stratégies de réduction des risques" défini dans son texte fondateur à l'article 1 d). En somme, la poignée de bureaucrates détenant le pouvoir exécutif de la CCLAT veut abandonner la lutte contre les méfaits du tabagisme pour déclarer une guerre aux fumeurs, y compris contre ceux qui arrêtent de fumer avec des produits à risque réduit. 


La lucrative guerre à la réduction des risques

L'absurdité parait totale, si on ne tient pas compte de leur lucratif cheval de bataille des taxes sur le tabac et du manque à gagner résultant de l'effondrement du tabagisme enclenchée par l'essor du vapotage dans certains pays ces dernières années. Partout où les appels à la guerre aux vapoteurs du Secrétariat anti-tabac de l'OMS ont été suivi, le tabagisme s'est maintenu. De la Thaïlande, où la junte militaire détient le monopole du tabac, à la Corée du Nord, en passant par les Etats indiens producteurs de tabac comme le Karnataka, ou encore dans le régime despotique de Turquie

A l'opposé, la Suède connait le taux de fumeurs et les taux de cancer liés au tabagisme les plus bas d'Europe, grâce à l'adoption par les 3/4 des consommateurs du produit de tabac à risque réduit qu'est le Snus. L'Angleterre a vu son taux de fumeurs dégringoler de plus de 20% à moins de 15% depuis l'essor du vapotage en 2011. L'Islande a réduit de moitié son tabagisme depuis 2014 avec l'essor du vapotage. Les ventes de cigarettes aux Etats-Unis chutent si vite, que les actions des cigarettiers ont dévissé de 30 à 50% en 2018...

La résistance des usagers et des défenseurs de la santé publique

Avant le dernier sommet de la CCLAT l'an passé à Genève, 72 experts de santé publique avaient pris leur plume pour tenter de ramener à la raison le Secrétariat de l'organe anti-tabac de l'OMS. Une partie des demandes des experts ont été entendu par les parties membres, qui ont rejeté la tentative d'assimiler le vapotage au tabac. Mais force est de constater que la direction exécutive entend toujours déclarer la guerre au public concerné, synonyme de budgets de lutte, plutôt que de chercher des solutions efficaces, synonyme de perte de rentrées fiscales.

Dans cette dérive à la fois malsaine et autoritaire, la voix des usagers est violemment exclue par la poignée de bureaucrates régnant sur le Secrétariat anti-tabac de l'OMS. Lors du sommet à Genève l'an passé, il était allé jusqu'à censurer les images censées être diffusées publiquement lors de l'exclusion des représentants d'INNCO. Un nombre effrayant de violations de droits fondamentaux avaient été constatées par des observateurs, dont des représentants des associations francophones d'usagers (dont moi-même), sans que les grands médias ne s'en fassent l'écho. 

Le silence des médias de l'empire Bloomberg

Ceux-ci tenus à l'écart des débats semblent résignés à la communication soviétique des organes dirigeants de la CCLAT. Cela va t-il se reproduire cette semaine durant la World Health Assembly ? La présence d'autres organes de l'OMS cultivant des approches plus respectueuses des populations laissent un maigre espoir d'une communication plus ouverte et de défense des principes des droits fondamentaux, dont celui de préserver sa santé avec les moyens de réduction des risques. Mais sans réaction, le Secrétariat de la CCLAT risque bien de faire passer sa déclaration scellant la guerre contre les usagers de produits à risque réduit...

édité à 14h20: petites modifications concernant le focus sur les produits de tabac chauffé du texte du Secrétariat de la CCLAT (et quelques fautes de français corrigées). Merci à Claude ;)

jeudi 9 mai 2019

Jugement de la Cour Supérieure du Québec (2): il faut autoriser la promotion de la vape comme alternative au tabac qui tue

"Le problème avec les restrictions actuelles, c’est que le public, particulièrement les fumeurs, ne fait pas la différence entre fumer et vapoter. Il faut permettre de publier la différence. Plutôt que de la taire, il faut parfois éduquer et faire savoir que le vapotage existe avant tout pour les fumeurs". Le verdict de la Cour Supérieure du Québec, rendu le 3 mai, est un jugement majeur pour les droits à l'accès au vapotage en tant que moyen de réduction des risques face au tabagisme. Dans ce second billet, nous présentons un passage concernant la liberté d'expression, et donc aussi celui d'être informé, à propos de la réduction des risques face aux produits fumés grâce au vapotage.

La question est d'importance en premier lieu pour les québécois, privés d'information y compris scientifique, en raison de cette loi bâillon. Mais le sujet est aussi un enjeu en France, où la menace d'amende jusqu'à 100'000€ plane toujours sur toute publicité ou "propagande", à la définition extrêmement floue. En Suisse, les projets de loi au niveau fédéral (LPTab) et des cantons (notamment à Genève) pourraient créer une situation similaire aux problèmes rencontrés au Québec. Après l'introduction de la loi en novembre 2015, une large partie des commerces spécialisés de vapotage ont été contraints de fermer dans la province francophone.

Ce procès fait suite aux requêtes de l'Association québécoise des vapoteries (AQV) et de l'Association canadienne du vapotage (ACV). Dans son jugement, la Cour Supérieure demande à l'Etat du Québec de modifier dans les six mois sa loi de novembre 2015 pour autoriser aux fumeurs le désirant de pouvoir essayer le vapotage en boutique ou dans les lieux d'aide à l'arrêt tabagique, présenté précédemment. Ainsi que de modifier les interdictions de publicité de l'article 24 (les §4, §18 et §9), comme l'explique ce second extrait du jugement.

Est-ce que certaines dispositions de la loi Québécoise de novembre 2015 contreviennent au droit fondamental de la liberté d’expression ?
Extraits (nos emphases) du Jugement des requêtes n° 200-17-023732-167 et n° 500-17-093397-167, du 3 mai 2019 par la Cour Supérieure (Chambre civile) du Québec (Canada).

[348] Il est reconnu, en jurisprudence, que la liberté d’expression peut être brimée au niveau du contenu ou de la forme (incluant l’endroit) ou d’une combinaison des deux. Le contenu vise le message lui-même alors que la forme concerne plutôt la façon de le transmettre, son accès ou sa disponibilité auprès du public. [...] 
[357] Il en résulte [des §4, §8, §9 de l'article 24 de la loi] notamment que personne ne peut faire de publicité directe ou indirecte sur le vapotage, l’un de ses produits ou marque, sauf circonstances bien précises. On pense ici à l’exception du second aliéna. Les commerçants sont donc muselés en grande partie. 
[358] A ce stade de l’analyse, le Tribunal conclut qu’il y a violation de la liberté d’expression. Reste à voir si elle est justifiée. [...] 
[362] Qu’en est-il de la proportionnalité entre la mesure choisie et l’objectif recherché eu égard aux trois exigences du test ? 
[363] Essentiellement, le législateur vise à accroître la lutte au tabagisme, favoriser la cessation de l’usage du tabac par ses utilisateurs, prévenir les non-fumeurs (notamment les jeunes) d’y recourir et protéger la santé de tous, entre autres en ce qui concerne la fumée secondaire. Ces objectifs sont louables, compréhensibles, reconnus et acceptés. 
[364] Aux fins de soupeser objectifs et mesures, il convient rappeler, encore une fois, les constats qui se dégagent de la preuve attendue. La cigarette-électronique n’implique ni tabac, ni combustion. Sans en connaitre tous les risques, selon ce que l’on en sait à ce jour, elle s’avère moins nocive ou nuisible que la cigarette ordinaire. Elle peut aider à cesser de fumer. Elle contient généralement de la nicotine et ne règle pas le problème de dépendance s’y rattachant. 
[365] Autrement dit, il s’agit d’un moyen pouvant s’avérer positif et avantageux pour le fumeur d’habitude s’il arrive à cesser de fumer. A l’inverse, l’effet peut être négatif pour le non-fumeur qui s’y adonne dorénavant. 
[366] Or, les dispositions attaquées, en matière de publicité, tiennent compte du bien-être des non-fumeurs mais semblent délaisser un important segment de la population, c’est-à-dire les fumeurs réguliers. 
[367] Existe-t-il une solution moins drastique qui permette une conciliation des intérêts des deux groupes ? Aux yeux du juge soussigné, la réponse est affirmative et rien n’en établit l’inefficacité. Que la publicité interdite par les articles 24 (4), (8) et (9) soit autorisée en autant qu’elle cible, clairement et uniquement, les fumeurs et qu’on la présente comme moyen de cessation tabagique. Rien d’autre. 
[368] Autrement dit, qu’on la décrive et qu’on en fasse la promotion à une seule fin soit celle d’alternative à la cigarette ordinaire et au tabac qui tue. Bien évidemment, cette publicité pourra être lue et vue par des non-fumeurs, le tribunal en convient. Mais ceux-ci sauront que c’est une solution pour arrêter de fumer et pourront faire la part des choses. Des fumeurs pourront être informés qu’il existe une méthode de cessation tabagique qui mérite d’être mieux connue. Les non-fumeurs sauront que le produit est destiné aux fumeurs. Tous sauront à quoi s’en tenir. 
[369] Parallèlement à cela, les interdictions de publicité destinée aux mineurs, de type style de vie, etc. demeurent. On est loin d’une absence de limites où tout est permis. 
[370] La défenderesse [l’Etat du Québec] n’a aucunement abordé cette alternative, qui porte moins atteinte aux droits des fabricants, vendeurs et boutiques et à ceux qui pourraient bénéficier du résultat, c’est-à-dire ceux qui vont arrêter de fumer grâce à la cigarette-électronique. 
[371] Le problème avec les restrictions actuelles, c’est que le public, particulièrement les fumeurs, ne fait pas la différence entre fumer et vapoter. Il faut permettre de publier la différence. Plutôt que de la taire, il faut parfois éduquer et faire savoir que le vapotage existe avant tout pour les fumeurs. La législation fédérale est plus permissive à ce sujet et distingue les règles de publicité sur le tabac (plus sévères) de celles sur le vapotage. Au Québec, certaines limites ont une portée excessive.

mardi 7 mai 2019

Jugement de la Cour Supérieure du Québec (1): Interdire d'essayer la vape brime le droit à l'intégrité des personnes

Vendredi 3 mai, la Cour Supérieure du Québec a rendu un jugement majeur concernant les droits à l'accès au vapotage en tant que moyen de réduction des risques face au tabagisme. Ce procès fait suite aux requêtes de l'Association québécoise des vapoteries (AQV) et de l'Association canadienne du vapotage (ACV). Dans son jugement, la Cour Supérieure demande à l'Etat du Québec de modifier dans les six mois sa loi de novembre 2015 sur deux aspects. 

D'une part, permettre aux fumeurs le désirant de pouvoir essayer le vapotage en boutique ou dans les lieux d'aide à l'arrêt tabagique. Ainsi que de lever les interdictions du droit d'expression des commerçants sur le vapotage comme moyen de cessation tabagique pour les fumeurs adultes, et dans le même sens le droit de présenter les produits au public concerné. Nous citons dans ce premier billet des morceaux choisis du verdict concernant le respect du droit à l'intégrité des personnes sur la question de pouvoir essayer les produits de vapotage en boutique ou dans des centres d'aide à l'arrêt tabagique.

Alors que des opposants aux droits des vapoteurs espèrent que le Gouvernement du Québec fasse appel à ce verdict, prendre connaissance du rendu de ce jugement est particulièrement intéressant. Evidemment pour les québécois privés de libertés et d'information sur le sujet par cette loi même, mais aussi pour éclairer des débats politiques dans d'autres pays.

En particulier je pense à la Suisse, où des dispositions avec des conséquences similaires à la loi québécoise pourraient être mises en place à travers le projet de loi fédérale sur les produits du tabac, du cannabis et du vapotage (LPTab) actuellement en Commission parlementaire. Le problème d'une interdiction d'essayer le vapotage en boutiques ou dans des lieux d'aide ou d'entraide à l'arrêt tabagique pourraient aussi se poser au niveau de cantons, tels que Genève, Vaud et Berne. L'argumentation du procès nous semble très instructive...

Concernant le droit fondamental de l’intégrité de la personne
Extraits (nos emphases) du Jugement des requêtes n° 200-17-023732-167 et n° 500-17-093397-167, du 3 mai 2019 par la Cour Supérieure (Chambre civile) du Québec (Canada).
[324] (…)  Une loi qui amène un individu à exercer une activité dans des conditions plus dangereuses brime un droit fondamental. 
[325] Le Tribunal est conscient qu’il ne s’agit pas de danger quand vient le temps d’essayer la cigarette-électronique. Toutefois, il y va des chances de réussir à arrêter de fumer et à ainsi battre le fléau du tabagisme. Personne ne soutient que l’essai en boutique n’a aucun impact ou effet positif. C’est le contraire. Il favorise le succès de la démarche pour celui qui tente d’arrêter de fumer.  
[326] En résumé, en privant les fumeurs de la possibilité d’un essai en boutique ou en clinique, on porte atteinte à leur intégrité car on leur nie, en partie, un meilleur accès à un mécanisme de réduction de risques leur permettant de mieux préserver leur santé et leur intégrité. Rappelons-nous combien de fumeurs cherchent à se défaire du mal du tabac sans y réussir. Ils s’y reprennent à maintes occasions. S’il ne garantit rien, l’essai en boutique ou en clinique peut jouer un rôle et faciliter l’abandon du tabac et de ses méfaits. L’interdire affecte l’intégrité de la personne. 
[…][330] Dans le présent dossier, l’objectif réel et urgent de la défenderesse [l’Etat du Québec] n’est pas contesté. Celle-ci agit de bonne foi, cherche à réduire le tabagisme, ne veut pas perdre ses acquis, s’inquiète de l’impact du vapotage chez les jeunes, craint le mimétisme et l’effet passerelle et se veut « précautionneuse » face à la nicotine et à ce que peut receler la face cachée de la cigarette-électronique. On peut comprendre ces préoccupations. 
[331] Cependant, il lui appartient de se justifier et de démontrer qu’elle est intervenue minimalement. Elle a l’obligation de porter atteinte le moins possible aux droits enfreints. Déclarer agir par précaution ne suffit pas surtout qu’on allègue des risques potentiels face à une entrave démontrée à l’égard des fumeurs. 
[332] Elle n’a pas rempli ce fardeau. Pourquoi ? 
[333] Mentionnons d’abord que la prohibition semble pénaliser plus les fumeurs aux prises avec les problèmes du tabac qu’elle ne permet de réduire ou contrôler le nombre de nouveaux vapoteurs non-fumeurs. 
[334] En effet, l’essai en clinique ou en boutique se fait privément, loin des regards. Les mineurs ne sont pas admis. (…) 
[338] Quant au mimétisme et à l’effet passerelle, sans les nier, ils ne sont pas prouvés de manière convaincante. (…) 
[339] De plus, il convient de regarder ce qui se fait ailleurs à ce sujet. Nul besoin d’aller bien loin. Deux provinces canadiennes, la Colombie-Britannique et l’Ontario encadrent l’essai en boutique et limitent à deux, le nombre de personnes pouvant vapoter en même temps à l’intérieur. Le Manitoba n’impose aucune limite. L’Alberta ne réglemente pas le cas. Dans les Maritimes, on se montre restrictif comme au Québec. 
[340] Cela démontre qu’il existe des solutions législatives moins radicales afin de permettre l’essai en boutique ou en clinique tout en conservant une limitation qui réponde aux craintes de la défenderesse [l’Etat du Québec]. 
(…)[342] Le Tribunal ne considère donc pas qu’il y a eu justification à l’atteinte en cause, la solution retenue n’étant ni minimale ni proportionnelle. Elle va trop loin.

jeudi 2 mai 2019

Etude en Nouvelle-Zélande: Le vapotage devrait sauver 236'000 années de vie en bonne santé

Le vapotage va probablement permettre de sauver 236'000 années de vie de qualité (QALYs) en Nouvelle-Zélande. L'analyse, menée par le Programme d'épidémiologie, d'équité et d'efficience des coûts (BODE) de l'Université d'Otago, intègre 16 maladies liées au tabagisme dans son modèle. Les résultats, avec une marge d'incertitude prospective, viennent d'être publiés dans la revue Epidemiology. "Le résultat le plus probable est un avantage pour la santé publique équivalent à 19 jours supplémentaires de vie en bonne santé pour chaque Néo-Zélandais", explique la Pr Coral Gardner, de la chaire de santé publique de l'Université du Queensland. Evidemment, ce sont les personnes parmi les 15% de fumeurs actuels qui, en passant au vapotage, bénéficieront le plus d'années de vie en bonne santé supplémentaires.

Plus de 2 milliards € d'économie probable sur les coûts de santé

Mais l'ensemble de la population néo-zélandaise va profiter de la libéralisation du vapotage à travers la baisse des coûts de santé liés aux maladies provoquées par le tabagisme. Selon les scenarios, de pessimiste à optimiste, l'étude prospective évalue les économies de coûts de santé dans une fourchette de 370 millions à 7,1 milliards NZ$ . Le plus probable est une économie autour de 3,4 milliards NZ$, soit plus de 2 milliards €. Cette baisse des ventes de médicaments et la diminution des soins "résulteraient d'une diminution du nombre de personnes atteintes de maladies liées au tabac" grâce à l'impact du vapotage. 

Dans un pays de 4,9 millions d'habitants, cette baisse des coûts de santé impressionne. De quoi se demander combien perdrait l'industrie pharmaceutique si d'autres pays, comptant encore plus de fumeurs, se mettaient aussi à soutenir la fin du tabagisme à l'aide du vapotage. Serait-ce là un indice de la raison des centaines de millions déversés par les Big Pharma pour financer le lobbyisme et les fakenews contre le vapotage?


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