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vendredi 17 avril 2020

USA, Covid-19 et vapotage: la FDA rétracte la fake news diffusée par Bloomberg

« On ne sait pas si l’exposition au vapotage augmente le risque de Covid-19 », a reconnu hier la Food and Drug Administration (FDA) américaine, par la voix de sa chargée de comm' Alison Hunt. Deux semaines après une sortie vaseuse d’un de ses collègues publiée par Bloomberg, la porte-parole de la FDA rétracte la mal-information alarmiste en demandant à ce média de la corriger. Mais le correctif de Bloomberg, signé Tiffany Kary, passe sous silence la lettre de treize experts anti-tabac envoyée à la FDA le 31 mars. 

Bloomberg ne donne pas la parole aux treize experts anti-tabac

« Sur quelle base la FDA croit-elle pertinent en ce moment de décourager les personnes souffrant de troubles sous-jacents liés au tabagisme de vapoter, alors que l’alternative probable pour beaucoup serait un retour au tabagisme ? », demandaient notamment les signataires, dont le Procureur général de l’Iowa Tom Miller, le Pr David Abrams de l’Université de New York et Clive Bates, expert renommé et ancien directeur de l’organisation anti-tabac Action on Smoking and Health (UK).

Le silence de Bloomberg sur la prise de position des experts anti-tabac n’est pas surprenant. Le site est détenu par Michael Bloomberg, affairiste du top 10 des fortunes mondiales et en guerre contre l’arrêt tabagique avec le vapotage et l’approche de réduction des risques à travers plusieurs de ses entreprises, telles que la Bloomberg Philanthropies Company LLC. 

Les méthodes de caïd de Bloomberg révélées par NPR

Sur un autre domaine, l’affaire révélée par la National Public Radio (NPR) cette semaine illustre les méthodes Bloomberg et le peu de cas qu’il fait de la vérité et de son expression lorsque ses intérêts financiers sont en jeu. Fin 2013, Bloomberg News a étouffé une enquête sur la corruption de dirigeants en Chine, viré le journaliste et harcelé son épouse pour la forcer à signer un accord de non-divulgation (NDA). 

Le reportage non publié concernait les liens entre des dignitaires, dont des membres de la famille du dictateur Xi Jinping, avec le chinois le plus riche du pays Wang Jianlin. Sa publication aurait nui aux intérêts financiers de l’empire Bloomberg en froissant le régime chinois. NPR conclue en se demandant combien d’autres faits sont cachés par Bloomberg à l’ombre du secret des contrats de non-divulgation. 

Que cachent les anti-vape soumis à Bloomberg?

Une question pertinente pour la santé publique au vu de son énorme influence et de ses investissements colossaux dans de multiples organisations, dont certains cadres de l’OMS, mais aussi l’organisation STOP, le Bureau of investigative journalism, le Global center for good governance in tobacco control, en partenariat avec la junte militaire thaïlandaise et l’OMS, et aux Etats-Unis, la Fondation du CDC, Campaign for Free-Tobacco Kids (CTFK) etc. Quelle crédibilité donner à ces médias et organisations sous le contrôle d’un affairiste usant de telles méthodes pour protéger ses intérêts commerciaux?

"Xi Jinping n'est pas un dictateur", Michael Bloomberg interviewé 
sur PBS en septembre 2019 https://youtu.be/TOu-2mulMog 


mercredi 8 avril 2020

Nicotine et Covid-19: enquête lancée auprès des usagers

À l’origine, un constat inattendu, mais hypothétique. La part de fumeurs atteints du Covid-19 serait de quatre à dix fois moindre que le taux de tabagisme de la population, selon les premières données parcellaires publiées sur les cas de Covid-19 en Chine et les statistiques préliminaires du Center for Disease Control (CDC) américain. Ces données sont parcellaires, préliminaires et peuvent comporter des biais. Une explication possible du phénomène pourrait être un effet protecteur de la nicotine. Pour documenter le sujet, et éventuellement écarter la piste ou l’approfondir, une enquête en ligne a été lancée ce lundi.
Le questionnaire est très rapide à remplir : https://fr.surveymonkey.com/r/S5SBD8M

Le recueil de données est organisé par les associations Aiduce, représentant les vapoteurs en France, et Sovape, qui défend la réduction des risques face au tabagisme (et dont je suis membre du comité). Les données seront analysées en collaboration avec le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue renommé et très investi dans le champ de l’arrêt tabagique.

Les données qui interrogent

Selon les données de treize études chinoises, qui portent au total sur près de 5960 patients, dont 55,1 % d’hommes, le taux de fumeurs oscille de 1,4 % à 12,6 % parmi les hospitalisés pour Covid-19. Alors que le tabagisme concerne 26,6 % de la population générale, avec 50,5 % des hommes et 2,1 % des femmes en Chine. « La prévalence [tabagique] regroupée observée dans les 13 études analysées était d’environ 1/4 de la prévalence de la population. De manière consistante, une prévalence faible du tabagisme actuel a été observée dans toutes les études », constatent Konstantinos Farsalinos, Anastasia Barbouni, de l’Université d’Athènes et Raymond Niaura, de l’Université de New York dans un article préliminaire et non-révisé en libre accès sur la plateforme Qeios.

Les données américaines publiées par le CDC portant sur les cas entre le 12 février et 28 mars sont encore plus marquées : les fumeurs diagnostiqués Covid représentent 1,3 % des cas diagnostiqués, 2,1 % des hospitalisés et 1,1 % des cas en réanimation. Les fumeurs américains sont estimés à 13,7 %. Plus près de 6 % d’autres Américains qui utilisent d’autres produits nicotinés, comme le vapotage, le snus, etc., selon les données du même CDC de 2018. Les ex-fumeurs sont également sous-représentés dans les cas diagnostiqués comptant pour 2,3 % des cas de Covid-19 américains.
Les données préliminaires sur le Covid-19 et les caractéristiques de santé publiées par le CDC le 31 mars 2020

Des raisons de douter de possibles biais

Ces données ne sont pas consolidées, elles concernent une maladie émergente très récente. Plus particulièrement concernant les données provenant de Chine, il y a des raisons de douter de leurs fiabilités, comme le relève Carl Phillips. À part l’OMS, personne de sérieux ne croit encore aux chiffres avancés par la Chine sur les cas de Covid et les décès. Ceci ne signifie pas forcément que les panels des études publiées soient faussés, mais cela ne plaide pas pour leur accorder une confiance aveugle.

Cependant, la consistance entre les 13 études chinoises sur la sous-représentation de fumeurs parmi les malades de Covid-19 parait renforcer la plausibilité du phénomène. A fortiori, les données du CDC américain montrent cette tendance de manière encore plus prononcée.

Mentir pour sauver sa peau en Californie

Mais même en écartant une falsification volontaire des données, d’autres biais peuvent se glisser, notamment une sous-déclaration du tabagisme par les patients. L’Université de San Francisco en Californie vient d’officialiser dans son « protocole de tri » : les fumeurs et les vapoteurs de nicotine et/ou de cannabis sont considérés à risque. Autrement dit, en cas de saturation des lits de réanimation, cette caractéristique pèsera en défaveur de leur pronostic vital, raison pour abandonner les soins légalement.

Une partie des fumeurs américains peuvent deviner le risque d'avouer leur consommation. D’où un premier intérêt de former une base de données hors de tout enjeu vital des déclarations pour les patients. Ceci dit, le ratio des données du CDC d’un fumeur malade pour dix fumeurs dans la population est énorme. Est-il plausible que neuf fumeurs américains sur dix aient menti ? Ça parait beaucoup.

En comparaison, dans le cas récent des malades liés aux produits frelatés du marché noir du THC, 11 % des patients de l’Illinois et du Wisconsin, deux États prohibant le cannabis, ont refusé de reconnaître leur usage. Pourtant l’enjeu était important puisque certains patients ont été exclus de leur école ou perdu leur travail à la sortie d’hospitalisation en raison de leur consommation du produit illicite dans ces Etats. Mais il y a peut-être d’autres biais qui s’additionnent à cet effet pour constituer cet énorme écart...? 

Cela demande des données dans lesquelles on peut avoir confiance. Et en particulier pour les consommateurs de nicotine non fumées qui ne sont pas pris en considération, ou de manière peu précise,  dans la plupart des recueils de données officiels.
La Dre Marion Adler, le 8 avril 2020 au journal de midi de la radio France Info, commente les propos du Pr Jean-François Delfraissy, du comité scientifique sur le Covid-19 en France (5mn): https://youtu.be/FCssBR1uJQ4 

Religion ou science ?

L'épidémie de Covid voit une vague de communication anti-fumeurs. Exemple typique, Nicotine and Tobacco Research a publié le 3 avril un article, signé du Pr Ivan Berlin, Dr Daniel Thomas, Dr Anne-Laurence Le Faou et le Dr Jacques Cornuz. Il assène le message du tabagisme facteur de risque pour le Covid-19 en procédant grossièrement par cherry picking. C'est à dire en écartant le fait que les fumeurs sont proportionnellement très nettement moins nombreux à être diagnostiqués avec le Covid-19 dans les données de 5 études chinoises auxquelles ils se réfèrent (prises en compte dans les 13 analysées par le papier de Farsalinos et al.).

« Ces rapports de séries de cas sont descriptifs et ne permettent pas de tirer des conclusions définitives sur l’association de la gravité du COVID-19 avec le statut de fumeur », concèdent les chercheurs. On pourrait s’attendre à ce que le papier se termine sur cette conclusion, mais non... « Cependant, la communauté de la recherche et des soins de santé sur la nicotine et le tabac ne peut ignorer ces signaux », poursuivent les chercheurs qui ignorent les données montrant qu’il y a significativement beaucoup moins de fumeurs contaminés que de fumeurs dans la population dans les recueils de données auxquels ils se réfèrent.  

Une étude discutable pour toute base

S’ensuit un passage sur la voie d’infection du MERS-Cov par les récepteurs de la dipeptidyl peptidase-4 (DDP4). Qui selon eux aurait une ressemblance avec la voie d’infection par les récepteurs de l’enzyme de conversion d’angiotensine 2 (ACE2) pour le Sars-Cov-2. Pour affirmer que les récepteurs ACE2 sont augmentés par le tabagisme, les chercheurs ne s'appuient que sur un papier preprint de Guoshuai Cai, de l'Université de Caroline du Sud. Ils ne signalent pas que cet article est non révisé, ni qu'il a mesuré l'expression des gènes d'ACE2 dans des cellules de poumons prélevées sur des patients atteints de cancer des poumons,. Ils ne précisent pas non plus que les mesures portent sur un nombre de patients si réduit qu’aucun effet significatif n’a été détecté avec les données brutes, et que des différences n’ont été mises en relief qu’avec un modeling mathématique qui produit un effet paradoxal sur les cas des ex-fumeurs sans l’expliquer ni préciser de données permettant d’aborder ce point.

Une fois corrigées selon le modèle mathématique de l'auteur pour pondérer des co-facteurs, ces données montreraient que les cancéreux fumeurs ont une expression des gènes d’ACE2 plus élevée dans leurs poumons que les non-fumeurs. Mais paradoxe qui ne reçoit pas d’explication, les ex-fumeurs ont des taux encore plus élevés. Aucune donnée n’est précisée sur la durée de tabagisme et la durée depuis l’arrêt tabagique des ex-fumeurs.

En réalité, les études montrent plus de complexité au sujet

Plus rigoureux et complet, sans conclusion hâtive sur la base d’un seul preprint, le sujet est abordé par Farsalinos, Barbouni et Niaura : « Le SARS-CoV-2 est connu pour utiliser l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2) comme récepteur pour l’entrée des cellules. Il existe une interaction complexe et peu claire entre COVID-19 et le système rénine-angiotensine-aldostérone (1). Jusqu’à récemment, des études ont montré que le tabagisme et la nicotine régulent à la baisse l’expression d’ACE2 dans les poumons et d’autres tissus (2,3). Des analyses plus récentes suggèrent qu’une régulation à la hausse de l’ACE-2 causée par le tabagisme pourrait être préjudiciable au COVID-19 (4,5) »
(1) Vaduganathan M, Vardeny O, Michel T, McMurray JJV, Pfeffer MA, Solomon SD. Renin-Angiotensin-Aldosterone System Inhibitors in Patients with Covid-19. N Engl J Med. 2020. doi : 10.1056/NEJMsr2005760
(2) Oakes JM, Fuchs RM, Gardner JD, Lazartigues E, Yue X. Nicotine and the renin-angiotensin system. Am J Physiol Regul Integr Comp Physiol. 2018;315(5):R895-R906. doi : 10.1152/ajpregu.00099.2018
(3) Yue X, Basting TM, Flanagan TW, Xu J, Lobell TD, Gilpin NW, Gardner JD, Lazartigues E. Nicotine Downregulates the Compensatory Angiotensin-Converting Enzyme 2/Angiotensin Type 2 Receptor of the Renin–Angiotensin System. Ann Am Thorac Soc. 2018 Apr; 15 (Suppl 2): S126–S127. doi : 10.1513/AnnalsATS.201706-464MG.
(4) Cai G. Bulk and Single-Cell Transcriptomics Identify Tobacco-Use Disparity in Lung Gene Expression of ACE2, the Receptor of 2019-nCov. Preprints 2020, 2020020051 doi. 10.20944/preprints202002.0051.v3 (lien ci-dessus)
(5) Leung JM, Yang CX, Tam A, Shaipanich T, Hackett TL, Singhera GK, Dorscheid DR, Sin DD. ACE-2 Expression in the Small Airway Epithelia of Smokers and COPD Patients: Implications for COVID-19. Preprints march 2020. doi. 10.1101/2020.03.18.20038455

Il existe  des éléments « d’une interaction entre la nicotine et l’axe rénine-angiotensine-aldostérone, bien que de telles interactions restent floues », soulignent Farsalinos, Barbouni et Niaura dans la partie discursive de leur papier. Ils évoquent une autre piste connue de l’effet anti-inflammatoire de la nicotine, sur les récepteurs cholinergiques IL-6.  « La nicotine s’est avérée prévenir les lésions pulmonaires aiguës dans un modèle animal de syndrome respiratoire aigüe(ARDS) et a des effets immunomodulateurs (29,30) ».
(29) Mabley J, Gordon S, Pacher P. Nicotine exerts an anti-inflammatory effect in a murine model of acute lung injury. Inflammation. 2011; 34(4):231-7. doi: 10.1007/s10753-010-9228-x.
(30) Wang H, Yu M, Ochani M, Amella CA, Tanovic M, Susarla S, Li JH, Wang H, Yang H, Ulloa L, Al-Abed Y, Czura CJ, Tracey KJ. Nicotinic acetylcholine receptor alpha7 subunit is an essential regulator of inflammation. Nature. 2003; 421 (6921):384-8

Un appel à ne pas exclure par idéologie les données sur un effet positif de la nicotine

« Dans tous les cas, les observations d’une prévalence du tabagisme constamment faible parmi les cas de COVID-19 en Chine et aux États-Unis, ainsi que les mécanismes potentiels par lesquels la nicotine interagit avec le processus inflammatoire et l’axe rénine-angiotensine-aldostérone impliqués dans le développement de COVID-19, justifie une enquête urgente sur les effets cliniques de la nicotine pharmaceutique sur la sensibilité, la progression et la sévérité du COVID-19 », concluent les trois chercheurs. 

L’enquête ouverte par les associations Aiduce et Sovape en collaboration avec le Pr Dauzenberg entend apporter des éléments, sans avoir l’illusion de pouvoir être conclusive. Comme l’a montré l’exemple historique de l’épidémie de VIH, il est nécessaire que les usagers se mêlent de ce qui les regarde et se donnent les moyens de constituer des bases de données indépendantes des intérêts des lobbys et des appareils d’État. 

De quoi vous encourager à participer au petit questionnaire, que vous soupçonnez être ou non atteint du virus. Le questionnaire est très rapide à remplir : https://fr.surveymonkey.com/r/S5SBD8M


samedi 4 avril 2020

Malgré ses limites, une étude canadienne confirme que le vapotage augmente les chances d'arrêter de fumer

Un nouvel essai clinique canadien confirme l’efficacité du vapotage pour arrêter de fumer. Même lorsqu'il est restreint à un seul goût et un taux de nicotine unique. Les résultats de l'étude E3 ont été présentés lundi dernier au congrès scientifique, virtuel en raison de l’épidémie de Covid-19, de l’American College of Cardiology 2020. « Nos résultats montrent que le vapotage avec nicotine est efficace pour arrêter de fumer à court terme », déclare le Dr Mark Eisenberg, cardiologue à l’Hôpital général juif de Montreal et professeur de médecine à l’Université McGill. Le suivi des participants se poursuit sur une année. « Les données à plus long terme permettront de déterminer si les avantages persistent dans le temps », explique le Dr Eisenberg, auteur référent de l’essai clinique.

Les 376 participants ont reçu des conseils par téléphone et lors de visites en cliniques. L’essai a scindé les fumeurs en trois groupes randomisés. Dont deux groupes avec des vaporettes de marques Njoy à cartouches pré-remplies. Le premier avec des liquides goût tabac nicotinés à 15 mg/ml et le second avec le même liquide sans nicotine, tandis que le groupe témoin n’a reçu que les conseils. Les deux groupes vapoteurs, avec et sans nicotine, étaient en « double aveugle ». Les participants, pour 53 % des hommes, ont été recrutés sur le critère de vouloir arrêter de fumer. Ils avaient en moyenne 52 ans, dont 35 années de tabagisme, au rythme de 21 cigarettes par jours. 

Plus du double d’arrêts avec le vapotage

Après 12 semaines, le groupe vapotage nicotiné comptait 2,4 fois plus d’abstinents tabagiques depuis au moins une semaine que le groupe témoin. Tandis que ceux vapotant sans nicotine étaient presque le double (1,9 fois) a ne pas avoir fumé par rapport au groupe non-vapoteur. Les taux d’arrêts sont de 22 % parmi les 128 utilisateurs de vapotage nicotiné, 17 % des 127 vapoteurs sans nicotine et 9 % dans les 121 du groupe témoin.

L’abstinence en continu dès l’entame de l’essai a été réussie par six vapoteurs avec nicotine tandis qu’un seul participant sans vapotage a réussi ce challenge. Les vapoteurs sans nicotine se trouvent là aussi entre les deux groupes.

Une baisse de 60 % du nombre de cigarettes fumées

La moyenne de cigarettes fumées quotidiennement a également diminué plus sensiblement dans le groupe des vapoteurs avec nicotine, passant de 21 à 8 cigarettes, contre 10 chez les vapoteurs sans nicotine et 14 cigarettes par jour dans le groupe témoin.

En termes de survenue d’épisodes indésirables, sept participants ont eu des problèmes de santé sérieux durant les 12 semaines, dont un seul vapoteur avec nicotine, quatre vapoteurs sans nicotine et deux fumeurs du groupe témoin. « Aucun de ces événements n’a été considéré comme lié au traitement », précise le Dr Eisenberg. Des effets secondaires bénins connus dans le sevrage tabagique ont touché les trois groupes. Des pharyngites, des maux de tête et de la toux et des irritations de la bouche ont été un peu plus fréquents dans les groupes avec vapotage.

Entretien (7 min) entre le Dr Peter Block et le Dr mark Eisenberg à l’occasion du Congrès de l’American College of Cardiology le 31 mars 2020 https://youtu.be/CPacCpaaHkk 

Des retours lors de la conférence

Présente à la session présentant les résultats, qui devraient être publiés dans la revue JAMA, la Dre Nancy Rigotti, du Massachusetts General Hospital de Boston, a estimé que ce travail nourrit un domaine où il y a encore peu d’étude. Bien qu’une précédente étude plus conséquente, publiée dans le New England Journal of Medicine en janvier 2019, avec 886 Britanniques suivis sur un an a montré la nette supériorité du vapotage nicotiné sur les substituts nicotiniques pour l’arrêt tabagique.

La chercheuse, membre du comité de rédaction du rapport sur le vapotage en 2018 de la National Academies of Science, Engineering, and Medicine (NASEM), s’est demandé si des vaporettes plus récentes n’auraient pas un taux de réussite plus élevé. Elle a évoqué la Juul dont les liquides sont dosés à 59 mg/mL de nicotine aux États-Unis contre 15 mg/ml dans l’étude canadienne (et une limitation à 20 mg/ml au maximum dans l’Union européenne). 

Un essai soviétique à goût et taux de nicotine unique de 15 mg/ml

On peut aussi légitimement se demander si une autodétermination par l’utilisateur du taux de nicotine lui convenant, que ce soit plus ou moins concentré selon ses réactions de gorge et ses sensations de manque, ainsi que la possibilité de choisir un goût plaisant, n’aurait pas boosté les réussites et réduit les effets indésirables, notamment le manque, les maux de tête et la toux. Cela aurait été également plus réaliste par rapport aux conditions existantes dans le monde libre, où les débutants peuvent essayer les combinaisons qui leur conviennent, et les faire évoluer au fil de leur parcours de défume.

De son côté, le modérateur de la conférence, le Dr Eugene Yang, cardiologue à Seattle, a partagé les hésitations et les doutes de ses collègues devant les informations confuses et contradictoires sur le vapotage, notamment dans les médias. Il espère des données solides sur les effets pour les fumeurs à l’issue du suivi de cette étude, qui devrait se clore à la fin de l’année.


mercredi 1 avril 2020

Covid-19 & Fake News: des scientifiques recadrent la FDA après un article vaseux de Bloomberg.com

Treize experts anti-tabac ont répliqué par lettre à une sortie vaseuse sur le vapotage et le Covid-19 d’un chargé de comm' de la Food and Drug Administration (FDA) dans Bloomberg.com. 

À sa lecture attentive, l’accroche tapageuse ne reflète pas vraiment le contenu vaseux de l’article. « Selon la FDA, vapoter pourrait aggraver les risques liés au virus », titre le site Blomberg.com le 27 mars. S’ensuivent des suppositions sur des possibilités alambiquées dont on cherche en vain les fondements. 

Dans un premier temps, les deux auteures avaient laissé dans le flou, avant d’éditer l’article pour préciser que ce sont elles qui ont sollicité la FDA. Puis elles ont encore modifié leur article pour y ajouter une déclaration complémentaire de l’intervenant de l’agence pour évoquer de potentiels risques pour les personnes ayant déjà des problèmes de santé, y incluant de manière énigmatique les vapoteurs visés initialement par la publication. 

Pourrait peut-être potentiellement

Le passage remanié en question de l’article de Bloomberg.com : « “Les personnes ayant des problèmes de santé sous-jacents, tels que des problèmes cardiaques ou pulmonaires, pourraient avoir un risque accru de complications graves de Covid-19”, a déclaré Michael Felberbaum, un porte-parole de la FDA dans un courriel vendredi en réponse aux questions de Bloomberg. “Cela inclut les personnes qui fument et/ou vaporisent du tabac ou des produits contenant de la nicotine” ».

Michael Felberbaum, le chargé de communication de la FDA, se présente lui-même comme « un communicant, ex-journaliste à Associated Press, amateur de bières artisanales et joueur de hockey ». Cela situe son niveau d’expertise sur le Covid-19 et le vapotage, sujet sur lequel il n’y a aucune étude ni d’indice d’un quelconque lien positif ou négatif. L'article de Bloomberg.com évoque aussi un bout de phrase sortie d'un blog très spéculatif de Nora Volkow, directrice du National Institute on Drug Abuse (NIDA), l'institut qui a financé la mise au point des cigarettes OGM à très faible taux de nicotine.

Réagissant à cet article « regrettable », par un courrier envoyé hier à la FDA, treize experts chevronnés de la lutte contre le tabagisme déplorent le manque de sérieux de ce coup de comm' et ses conséquences négatives pour les personnes ayant arrêté de fumer avec le vapotage. 

Le public mérite une information honnête, même les vapoteurs

« Il y a environ 12 millions de vapoteurs et 34 millions de fumeurs aux États-Unis. S’ils doivent recevoir des informations sur des questions vitales, surtout en cette période anxiogène, ils méritent mieux qu’un courriel ad hoc d’un porte-parole de la FDA envoyé à un seul service d’information en ligne », pique le courrier signé notamment par le Procureur général de l’Iowa Thomas Miller, le Pr David Abrams de l’Université de New York et Clive Bates, expert renommé et ancien directeur de l’organisation anti-tabac Action on Smoking and Health (UK) (les autres signataires en note de fin d’article *). 

Plus précisément, ils regrettent l’effet de peur contre les vapoteurs recherché par la publication de Bloomberg à laquelle s’est prêté le chargé de comm' de la FDA. « Il est probable que de nombreux vapoteurs présentent des problèmes sous-jacents qui augmentent la vulnérabilité et la susceptibilité de symptômes graves ou mortels du Covid-19. Cela s’explique par le fait que beaucoup d’entre eux sont d’anciens ou encore fumeurs et qu’ils ont accumulé des dommages à leurs systèmes cardiovasculaire et respiratoire à travers de nombreuses années de tabagisme », expliquent les experts.

Propagande nuisible

Avant de poursuivre en pointant le caractère délétère de l’article. « Beaucoup vapotent dans le but de réduire leurs risques liés au tabagisme et, ou de soulager ces symptômes. Il est donc particulièrement important qu’une grande attention soit portée aux conseils donnés à ce groupe. Sur quelle base la FDA croit-elle pertinent en ce moment de décourager les personnes souffrant de troubles sous-jacents liés au tabagisme de vapoter, alors que l’alternative probable pour beaucoup serait un retour au tabagisme ? »

La question est surtout rhétorique, car il n’existe actuellement aucune donnée sur un quelconque risque, ni une diminution de risque, du vapotage en regard du Covid-19. Reste le conseil de santé, valable hors du contexte du Covid-19, d’arrêter de fumer. « Sur ce point, nous pensons donc que les conseils aux fumeurs devraient être conformes à l’impératif de santé publique d’arrêter de fumer par n’importe quelle méthode efficace, et cela inclut de passer au vapotage ou d’autres produits nicotinés non combustibles à faible risque ».

Ce qu’on ne sait pas dire clairement, mieux vaut le taire

« Si la FDA est en mesure de fournir des conseils francs et clairs qui mettent la santé de millions d’Américains au premier plan, et ce sur la base de connaissances comportementales et biomédicales solides, alors elle devrait le faire et nous serions heureux de la contribution de l’agence. Toutefois, si ses communications sont arbitraires et mal conçues, répandent la peur et la confusion avec peu de bases scientifiques et avec des conséquences imprévisibles, alors il serait préférable que la FDA et ses porte-paroles dans les médias s’abstiennent d’autres commentaires pour le moment », concluent les treize experts.

Bloomberg business

La lettre adressée à la FDA se concentre sur les manquements évidents de la communication de l’agence à cette occasion, en laissant de côté le média propagateur. Mais que Bloomberg.com publie un article pour répandre la peur chez les vapoteurs en sollicitant un communicant un peu bêta de la FDA n’est pas tout à fait innocent. Bloomberg.com est un site d’information dédié aux spéculateurs financiers, à l’image de son fondateur Michael Bloomberg. Celui-ci est également engagé en politique où il vient d’échouer aux primaires démocrates

Au début du mois, ces deux camarades de parti au pouvoir à New York avaient aussi joué la carte de la peur du vapotage pour ne pas faire face à l’épidémie de coronavirus. Au 8 mars, lorsque Bill de Blasio accusait le vapotage, il y avait 20 cas de covid-19 à New York. Selon la page du Gisand Data, il y a au moment où j’écris plus de 76 000 cas confirmés et 1714 décès du Covid-19 à New York.

Michael Bloomberg s’est aussi lancé depuis quelques années dans le business de la philanthropie avec plusieurs entreprises, dont la Bloomberg Philanthropies Company (LLC). Il a investi plusieurs centaines de millions dans des campagnes de lutte contre l’approche de réduction des risques face au tabagisme, en particulier contre le vapotage. Parmi ces derniers investissements, 160 millions $ sont attribués à une campagne pour faire interdire le vapotage « aromatisé » aux États-Unis.

Opacité totale sur les intérêts financiers de Bloomberg

Le milliardaire, dans le top 10 des fortunes mondiales, a refusé de présenter sa déclaration d’impôt durant les primaires démocrates. La plupart de ses entreprises « philanthropiques » sont des Limited Liability Company (LLC), qui n’ont pas à répondre des exigences habituelles des fondations philanthropiques. Aucun compte n’est publié, aucune obligation de financer des causes caritatives, aucune restriction sur des délits d’initiés, notamment sur le fait de financer une action qui va profiter à une entreprise du donateur. 

L’opacité totale de cette forme juridique pour des entreprises prétendant être philanthropiques est dénoncée par de nombreux chercheurs, sans avoir d’écho dans les médias. Aucun contrôle du public ne peut s’exercer sur les réelles motivations et les éventuelles tactiques financières de ces soi-disant initiatives philanthropiques. Les liens d’intérêts du milliardaire avec les entreprises pharmaceutiques, mais aussi avec des États tabagiques, notamment l'Inde et la Thaïlande, posent questions

Aucune réponse fiable ne peut être apportée en raison de l’opacité de son empire financier, y compris de la plupart de ses compagnies « philanthropiques ». L'orientation hostile à la réduction des risques et contre les droits des usagers des organismes financés par l'empire Bloomberg ne lève pas les doutes sur une instrumentalisation "troyenne" de la lutte anti-tabac pour les intérêts du milliardaire.

La désinformation contamine les autres continents

Dans son autobiographie et maints discours, où il aime parler de lui-même, Michael Bloomberg insiste sur son exigence d’obéissance et d’allégeance de ses employés. La mention des noms des deux auteures de l’article dans Bloomberg.com, Anna Edney et Angelica LaVito, est pour ainsi dire anecdotique.

La Fake News de Bloomberg.com sur un risque accru de Covid-19 par le vapotage a été diffusée et reprise par des organismes de la sphère d’influence du milliardaire et par des médias. Dans l’aire francophone, c’est le Comité national contre le tabagisme (CNCT) français qui a lancé le 27 mars le mauvais canular. L’association Sovape a répliqué, mais les médias proches des intérêts cigarettiers, comme le 20 Minutes suisse, ont repris l’enfumage du CNCT sans tenir compte de la communication de Sovape, ni de la lettre des treize experts anti-tabac. 

Le doute profitant au maintien dans le tabagisme, l’opération est bonne pour les défenseurs du statu quo tabagique. Par contre, on peut douter que cela n'accroisse la confiance du public envers les instances de santé. Aux Etats-Unis, plus de 40% de la population n'accordait déjà plus sa confiance aux messages des autorités sanitaires, selon une enquête en 2018 du Wellcome Trust.

* Les treize signataires de la lettre à la Food and Drug Administration (FDA):
Thomas J. Miller, Attorney General of Iowa (United States)
David B. Abrams, PhD, Professor, Social and Behavioral Sciences, College of Global Public Health, New York University (NYU) (United States)
Scott D. Ballin, JD, Health Policy Consultant, Former Vice President and Legislative Counsel American Heart Association, Washington DC (United States)
Clive Bates, MA, MSc, Director Counterfactual Consulting, Former Director, Action on Smoking
and Health UK, London (United Kingdom)
K. Michael Cummings, PhD, MPH, Professor, Department of Psychiatry & Behavioral Sciences, Co-leader, Hollings Cancer Center Tobacco Research Program, Medical University of South Carolina, Charleston (United States)
Konstantinos Farsalinos, MD, MPH King Abdulaziz University (Saudi Arabia), University of Patras (Greece) School of Public Health, University of West Attica (Greece)
Thomas J. Glynn, PhD Adjunct Lecturer School of Medicine Stanford University Palo Alto, California (United States) 
Ethan Nadelmann Founder Former Executive Director (2000-2017) Drug Policy Alliance New York (United States) 
Raymond Niaura, PhD Professor, Social and Behavioral Sciences College of Global Public Health New York University (United States) 
Steven A. Schroeder, MD Distinguished Professor of Health and Healthcare Department of Medicine, University of California, San Francisco (United States) 
David Sweanor, JD Chair of Advisory Board of the Center for Health Law, Policy and Ethics University of Ottawa (Canada) 
Kenneth Warner, PhD Avedis Donabedian Distinguished University Professor Emeritus of Public Health and Dean Emeritus, University of Michigan School of Public Health (United States) 
Daniel Wikler, PhD Mary B. Saltonstall Professor of Ethics and Population Health Department of Global Health and Population Harvard T.H. Chan School of Public Health Boston, Massachusetts (United States)

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