vendredi 27 mai 2016

La cigarette ultra-light OGM «Magic» des anti-tabac américains débarque en France

Impatient de lire l'analyse de l'Observatoire des stratégies 
marketing du tabac Suisse à propos de la pub de leurs amis 
américains dont il reprend les thèses sur la pub pour la vape...
Cela ressemble à un enfumage de première. La nouvelle cigarette ultra-light, à «très bas taux de nicotine», créée par la firme biogénétique 22nd Century, va débarquer chez les buralistes français dès juin. «Nous orienterons notre marketing sur les bénéfices uniques de Magic et sur son innovant tabac à très faible teneur en nicotine», explique Mourad Senouci, directeur de Royal Distribution qui va importer le produit en France, sur le site de l'AFP. Avant de s'attaquer au reste du marché européen comme l'annonce Henry Sicignano, président de 22nd Century. La firme américaine annonce viser la "réduction des risques liés au tabagisme". Elle est à ce titre en partenariat avec le National Institute on Drug Abuse (NIDA), agence du gouvernement américain sous l'autorité du Département de la Santé. Notamment dans le projet de recherche Spectrum sur des cigarettes OGM à très faible teneur nicotinique.

Le secret de cette nouvelle clope: son tabac génétiquement modifié pour ne dégager que 0,04mg de nicotine par cigarette aux tests des machines. Contre des taux de 0,3 à 1 mg pour celles de marques classiques. Autrement dit, le fumeur pourra s'envoyer les 4000 à 6000 toxiques dégagés par la combustion du tabac presque sans nicotine. Le site marketing de la marque, aussi en français, n'hésite pas à pousser à la surconsommation avec les vieux arguments publicitaires cigarettiers. «Les fumeurs de cigarettes MAGIC 0 peuvent choisir de fumer quand et aussi souvent qu’ils le souhaitent, en toute liberté», peut-on y lire en caractère gras. Une incitation à fumer à destination du public français dont on peut se demander si elle est conforme à la législation.

Magic ou mystification ?

Les mesures anti-vape de la FDA assureront-elles le succès
de leur nouvelle cigarette?
Argument de vente: fumer Magic, autant que l'on veut donc, permettrait de moins fumer. «Peu importe la quantité fumée, les fumeurs [de cette cigarette] ne vont pas obtenir de shoot de nicotine alors ils finissent par se sevrer», explique sans rire la Dr Nathalie Walker, de l'Université d'Auckland (New-Zealand), au NZ Herald fin 2011. Le hic? L'étude qu'elle venait de terminer comparait deux groupes utilisant ces cigarettes (non commercialisées à l'époque), l'un portant des patchs de nicotine, l'autre sans, et sans groupe témoin. Résultats: les fumeurs patchés ont été 1,5 fois plus nombreux a arrêter de fumer les futures Magic que ceux sans substitution nicotinique. En somme, l'étude montre surtout que la consommation de nicotine aide à se sevrer du tabac.
«Ces cigarettes sont tout aussi nocives que toute autre cigarette», Dr Nathalie Walker

«Ces cigarettes sont tout aussi nocives que toute autre cigarette», précise la Dr Walker. Autant... ou plus nocives? Les études passées ont mis en évidence «l'effet compensatoire» des cigarettes lights. Le fumeur, à la recherche de nicotine, aspire plus fort sur sa clope, le plus souvent inconsciemment, pour compenser sa faible teneur et en retirer malgré tout sa dose habituelle. Le phénomène de l'auto-titration par inhalation est un des rares principes établis en addictologie de la nicotine. En conséquence, le fumeur de cigarettes lights inhale encore plus de toxiques et plus profondément dans ses alvéoles pulmonaires. Sanitairement, les cibiches légères induisent plus de risques et de dommages que les plus fortes, déjà extrêmement nocives.

Mais les créateurs prétendent que ce qui est vrai des cigarettes lights, ne le serait plus des leurs «ultra-lights». Partenariat avec les organismes de santé américains aidant, quelques études ont soutenu qu'il n'y aurait pas d'effet compensatoire dans ce cas. Le Pr Clive Bates, ex-directeur de l'Action on Smoking and Health (ASH) anglais, en doute sur son blog. «Ces études souffrent de sévères faiblesses pour constituer des preuves», explique le renommé spécialiste anti-tabac. Les trois études sont de tailles très réduites. Et de si courte durée qu'elles peuvent n'avoir mesuré que des effets temporaires chez les fumeurs. 

Méthodologiquement, il souligne notamment le manque de réalisme de ces expériences de réduction de nicotine, alors que dans un contexte normal les fumeurs pourraient reprendre des cigarettes normalement nicotinées. En 2007 déjà, une étude dirigée par le Pr Andrew Strasser, chercheur en comportement de santé à l'Université de Pennsylvanie, conclue que "les nouvelles cigarettes à très bas taux de nicotine peuvent produire un effet compensatoire du tabagisme et accroître l'exposition au monoxyde de carbone".

Nicotine sans fumer ou fumer sans nicotine ?

De son côté, la Dr Walker souligne le rôle palliatif de conserver la gestuelle de fumer sans nicotine. «Une partie du tabagisme est de composante comportementale. Mettre quelque chose dans la bouche, sentir la fumée dans la bouche puis descendre dans la poitrine. Il y a tout un rituel de fumer», explique la chercheuse. Mais alors pourquoi le faire avec un produit mortellement nocif, alors que le vapotage permet aussi cette prise en charge comportementale sans les toxiques de combustion? A l'opposé de ce tabagisme sans nicotine, le Royal College of Physicians, dans son récent rapport «Nicotine sans fumer», préconise les alternatives à risques et dommages réduits pour la consommation de nicotine, telles que le vapotage.

Les deux approches renvoient à une opposition de paradigmes scientifiques prenant racine au siècle précédent. D'un côté, les tenants du danger et de l'addiction expliqués uniquement par la substance nicotine. Illustrant cette matrice, le Dr David Kessler, ex-Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA), d'ailleurs cité comme caution par le site publicitaire de la Magic. Lors des procès des cigarettiers dans les années 1990', il avait notamment porté ses attaques sur le rôle du tabac Y1 de la firme Brown & Williamson, dont la teneur en nicotine était gonflée par sélection génétique. Pour lui et la quasi totalité du Tobacco Control, les anti-tabac américains, la nicotine seule est toujours la coupable désignée des méfaits du tabac. Et qui s'oppose à ce dogme fait partie du complot cigarettier.

Pourtant, dés les années 1970', le Pr Michael Russell, scientifique sud-africain enseignant à Londres, avait mis en exergue le danger du mode de consommation. «Ils fument pour la nicotine, mais meurent du goudron», avait-il synthétisé. Les recherches ultérieures ont montré que le monoxyde de carbone et des milliers d'autres toxiques sont aussi impliqués dans les maladies du tabac. Mais pas la nicotine non cancérigène. Cela ne fait que renforcer la thèse du chercheur sur le comportement tabagique.
«Les substances addictives devraient impérativement être analysées en intégrant également les bénéfices qu’elles procurent aux consommateurs», Dr Anne François

Depuis l'addictologie en général suit cette piste. La dangerosité des «drogues» ne résulte pas uniquement de la substance psycho-active elle-même, mais du contexte de consommation. Le mode de prise en étant un élément incontournable. C'est succinctement l'analyse récente signée du sociologue Sandro Cattacin, de l'Université de Genève, et de Dagmar Domenig, directrice de la fondation Arcadis, pour leur rapport final de la Commission fédérale sur les drogues, publié par l'OFSP le 23 décembre 2015 (et du coup évidemment passé inaperçu des médias…).

Invitée à donner la réparti à la présentation de ce rapport au séminaire «Les drogues dans tous leurs états», la Dr Anne François, médecin de premiers recours aux HUG, souligne que «les substances addictives devraient impérativement être analysées en intégrant également les bénéfices qu’elles procurent aux consommateurs», selon le compte-rendu de M. von Arx sur le blog du séminaire. Un aspect tabou dans le champ tabagique en dépit des connaissances établies sur les bénéfices de la nicotine contre les maladies neurodégénérative comme la Parkinson - voir l'article du Pr J. Le Houezec Positive effects of nicotine- , des pistes sérieuses concernant les troubles mentaux tels l'angoisse ou la dépression - voir l'article du Pr Nitzkin sur ce blog -, et, de ma propre expérience, dans les troubles musculo-squelettiques en myorelaxant. Tout un pan de recherche est ici bloqué, au grand dam de malades comme le groupe Parkinson 29. Alors que l'engouement tabagique devrait inciter à se questionner sur les raisons de l'attraction qu'exerce la nicotine.

Magic, tragique ou bide
D'après le Pr Stanton Glantz, les fumeurs qui n'arrêtent pas
de fumer, continuent de fumer. Preuve que la vape, c'est mal.
Par contre, on peut assurer que 100% des fumeurs de Magic
seront sevrés après leur décès.

Quelle chance de succès à cette clope nocive sans plaisir et bénéfice de la nicotine ? Difficile de se prononcer, mais de fait fumer des végétaux sans nicotine, à part le cannabis, ne fait pas recette. Peut-elle aider des fumeurs à se sevrer ? Peut-être, mais je vois mal en quoi elle apporte un quelconque avantage par rapport au vapotage, que l'on peut consommer au taux de nicotine souhaité, y compris à zéro. Alors quel intérêt de sortir ce produit ? Il y a évidemment la logique bureaucratique de consommer les budgets par des projets, même inutiles, afin de justifier leur perpétuation. Mais au-delà, le Pr Bates met en relief la stratégie anti-tabac incohérente visant à éradiquer la consommation de nicotine. Une matrice de «solution finale» qui a fait ses preuves d'échec total dans la guerre aux drogues depuis un siècle. Non sans être une des pires sources de morts évitables, aux côtés du tabagisme.


Edit 27.05.2016 20h30: couper le suivi des liens pour éviter de booster le référencement de tragic, et qqls petites corrections ;)

1 commentaire :

  1. I got my first electronic cigarette kit from Vaporfi, and I recommend getting it from them.

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