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samedi 20 juin 2020

Le point de vue des vapoteurs sur la TPD en pratique analysé par des chercheurs anglais

C’est la première étude universitaire sur le point de vue et l’expérience de vapoteurs concernant la réglementation issue de l'article 20 de la directive européenne (TPD), appliquée depuis 2016 ou 2017 selon les pays. Sans surprise, cette attention au public concerné vient d’Angleterre. « Nous voulions savoir comment les consommateurs percevaient et vivaient la réglementation », précise la Dre Caitlin Notley, de l’Université d’East Anglia. Une curiosité que l’on aurait aimé percevoir de chercheurs issus de l’Union européenne (UE) alors que celle-ci va réviser cette directive d’ici mai prochain. Mais le souci de démocratie sanitaire semble ne pas savoir traverser la Manche.
« Les implications de notre analyse suggèrent que, du point de vue des consommateurs, la future réglementation sur le vapotage ne devrait pas plus restreindre les volumes des fioles de liquides et des réservoirs, et la concentration de nicotine des liquides, mais elle devrait se concentrer sur la garantie de la sécurité des produits, notamment sur les ingrédients utilisés dans les e-liquides. Les organismes de santé publique, les centres d’aide à l’arrêt du tabagisme et les professionnels soignants devraient envisager de sensibiliser les fumeurs aux réglementations afin de les rassurer sur les produits de vapotage et les ingrédients des e-liquides, par exemple en indiquant des supports matériels pédagogiques. Les détaillants de vapotage ont également une responsabilité de communiquer à leurs clients comment certains aspects de la réglementation sont conçus pour protéger les consommateurs », conclut l’étude publiée ce 19 juin dans la revue Tobacco Use Insights.

Un profil de vapoteur de longue date

La recherche, intitulée E-Cigarette User's experiences of the Tobacco Products Directive, s’appuie sur 160 entretiens oraux ou par écrit en anglais menés entre mars 2018 et mars 2019. Bien qu’ouverte à tous les Européens, près de 90 % des répondants de l’enquête sont britanniques. Leur âge s’étale de 22 à 79 ans, avec une moyenne de 49 ans. Les hommes sont fortement surreprésentés avec plus de 70 % des participants. Près de 87 % des participants ont arrêté de fumer et vapotent exclusivement, 7 % ont arrêté de fumer et de vapoter, 2 % sont double-usagers et moins de 4 % ont rechuté dans le tabagisme en abandonnant le vapotage. En moyenne, ils utilisaient le vapotage depuis 4 ans au moment de l’enquête. Aucun participant n’a rapporté utiliser de produit de tabac chauffé.

Une large part ne connait pas la TPD

Premier constat, plus du quart des vapoteurs interrogés n’ont pas connaissance de la législation implémentée en 2017 au Royaume-Uni pour se conformer à la directive européenne sur les produits du tabac (TPD). Cette part importante du public concerné ne sait généralement pas que les ingrédients sont réglementés et les produits notifiés. « Une précédente enquête britannique sur des fumeurs, ex-fumeurs et vapoteurs a montré que moins de 10 % d’entre eux ont connaissance des règles de la TPD », note l’étude, se référant à une récente publication dans Nicotine & Tobacco Research.

Un second constat est un aspect positif de la réglementation. « Dans l’ensemble, les vapoteurs ont été rassurés par les réglementations de fabrication et les exigences relatives aux étiquettes des ingrédients », souligne la Dre Emma Ward dans le communiqué de presse sur la publication. 

Bien qu'à la lecture de l’étude, on voit aussi des participants très ironiques sur les avertissements exagérés contre la nicotine, « même sur les appareils vides ». Pro-actifs, « certains proposent que les avertissements soient plus axés sur la réduction des risques pour les fumeurs sur les paquets de cigarettes afin de les inciter à passer au vapotage moins nocif », rapportent les chercheurs.

Des critiques sur les limitations des fioles et des réservoirs

Mais d’autres points montrent des réactions plus négatives. La limitation à 10 mL des fioles de liquide nicotiné est critiquée pour son effet direct de pollution et de gâchis de plastique, ainsi que la hausse de prix que cette limite a indirectement généré. « Je suis inquiet de l’impact environnemental de la production de beaucoup plus nombreuses petites fioles en plastique. C’est un pas en arrière pour l’environnement », regrette un participant. La restriction absurde à 2 mL des réservoirs, qui n’est pas implémentée en France, est aussi reprochée.

Les astuces pour contourner la limite des 20 mg/mL

Un second grand changement introduit par la directive européenne a été la limitation à une concentration maximale de 20 mg/mL de nicotine (en France, cette limite était en vigueur avant la TPD). Des usagers rapportent avoir anticipé cette restriction en faisant des stocks de liquides nicotinés plus concentrés. Que ce soit pour faire ensuite leur propre liquide plus dosé en nicotine et/ou maintenir un prix du liquide plus bas qu’avec l’achat de mini-fioles de 10 mL. « J’ai fait des réserves de solution de nicotine à haute concentration (72 mg/mL) avant l’entrée en vigueur de la TPD. Il me reste des réserves pour environ 4 ans », témoigne un vapoteur.


« De nombreux participants ont acheté des produits non conformes sur le marché noir via des pays où la réglementation [européenne] ne s’applique pas, comme la Chine, les États-Unis ou l’île de Man », rapportent les chercheurs. Un témoin explique avoir commandé des pyrex de rechange à l’étranger pour son appareil « pré-TPD » contenant plus de 2 mL. Tandis qu’un autre avoue que « comme je continue de vapoter du 24 mg/mL, interdit par la TPD, je n’ai pas d’autre alternative que de me tourner vers des sources au marché noir ». Mais d’autres répondants s’inquiètent de la qualité des liquides nicotinés du marché noir ou regrettent de devoir acheter ailleurs qu’à leur vapeshop local.

Les usagers expérimentés se sont démerdés, mais les autres ?


« Il est rassurant de constater qu’aucun participant n’a indiqué avoir rechuté à la suite directe des restrictions, car la plupart d’entre eux se sont adaptés aux changements ou utilisaient déjà des produits conformes aux nouvelles normes. Mais certains participants ont acheté des produits illégaux, comme des liquides nicotinés à plus de 20 mg/mL », commentent les chercheurs. Globalement, les vapoteurs connaissant la situation avant la TPD disent constater une augmentation des prix, la disparition de certains produits et liquides et des désagréments liés aux limitations de volume des fioles et des atomiseurs.


« Les facteurs de succès du vapotage pour arrêter de fumer ne se limitent pas à la teneur en nicotine du liquide, mais comprennent aussi le fait de disposer d’un appareil fonctionnel et satisfaisant à prix abordable et facile à utiliser. Par conséquent, bien que cela ne soit pas démontré dans cette étude portant sur des vapoteurs pour la plupart expérimentés et exclusifs, il est possible que la réglementation TPD ait eu pour effet secondaire de rendre plus difficile pour certains fumeurs d’arrêter avec l’aide du vapotage. Ce point demande d’autres études », laissent en suspens les chercheurs.
 

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