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jeudi 27 août 2020

La Commission européenne exige des modifications du projet d'interdiction des arômes de vape au Danemark

La Commission européenne aurait-elle formulé les mêmes demandes au gouvernement danois sans les critiques soumises par les associations de défense de vapoteurs ? En tout cas, ce n’est pas grâce aux soumissions de pays ayant une filière de vape développée, tel que la France, qui brillent par leur absence. Dans sa réponse à la notification danoise, la Commission exige une modification du projet d’interdire les arômes de vape, sauf tabac et menthol, qui contrevient à la directive européenne TPD. Elle invite aussi les autorités danoises à vérifier que les violentes mesures sont vraiment adaptées et proportionnées à des raisons de santé publique. 

En plus de l’interdiction des arômes de vapotage, le projet notifié par le ministre de la Santé danois Magnus Heunicke veut notamment imposer des emballages neutres aux produits de vape et l’interdiction de visibilité des produits dans les lieux de ventes, avec une exception à l’intérieur des vapeshops. L’avis de la Commission européenne allonge le délai avant adoption du projet de loi jusqu’au 19 octobre. La manière dont va réagir Magnus Heunicke d’ici là à ces demandes reste inconnue. Alors qu'ils semblaient condamnés aux cigarettes ou au marché noir par leur gouvernement, l'avenir des vapoteurs et des fumeurs qui pourraient vouloir arrêter la cigarette à l'aide du vapotage au Danemark est désormais incertain.

Violation de l’article 7 §12 de la TPD

Bien qu’intégrée au texte de la directive européenne des produits du tabac (TPD), la vape y est considérée comme un produit connexe. La différence est d’importance concernant le projet de prohibition des arômes de vape, sauf goût tabac et menthol, notifié en mars par le Danemark. En effet le § 12 de l’article 7 de la TPD précise que les produits autres « que les cigarettes et le tabac à rouler sont exemptés des interdictions » concernant l’ajout d’arômes caractérisant. 

En voulant interdire les arômes de vapotage, le projet de loi notifié par le Danemark contrevient à cet article. La Commission européenne a donc demandé au gouvernement danois de modifier son projet de loi, sous peine de saisir la Cour de justice européenne (CJUE) en vertu de l’article 258 du traité de fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).

Un plan bâclé sans évaluation sérieuse de ses conséquences

Par ailleurs la Commission invite les autorités danoises à vérifier que les mesures de son plan sont appropriées et proportionnées à un motif de santé publique valable pour restreindre la liberté d’importation de produits au sein de l’Union européenne. La Commission ne développe pas plus sa remarque. Mais l’absence d’évaluation de l’impact du plan sur la population générale et la mauvaise qualité de son évaluation de l’impact sur les jeunes étaient soulignées par plusieurs des soumissions accessibles sur la plateforme de la Commission (cliquer sur l’onglet Contributions pour y accéder ;))

ETHRA ne lâche pas l’affaire

L’European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA) enfonce d’ailleurs le clou dans une lettre ce 21 août à la Commission et au ministre de la Santé danois. « Nous craignons que le projet de loi ne prive les 786 000 fumeurs adultes du Danemark d’un moyen de sortir de la cigarette combustible mortelle et rendra également très difficile pour les 250 000 vapoteurs au Danemark de rester sans fumée », explique, dans sa communication partagée sur son site, la plateforme qui regroupe 22 associations de défense d’utilisateurs de moyens à risques réduits, dont l'association danoise DADAFO

L’argumentaire des erreurs de fonds du projet de loi est développé sur neuf pages par l’ETHRA, en mettant l’accent sur la charge contre-productive des mesures envisagées. « L’interdiction des arômes, l’interdiction de visibilité, l’interdiction plus stricte de publicité et parrainage, l’introduction d’emballages standardisés et de diverses mesures rendront le vapotage plus coûteux, ce qui empêchera les adultes de se tourner vers ces solutions plus sûres et prolongera ainsi la durée du tabagisme »

Le Secrétariat d’État à l’industrie français brille par son absence

Outre les conséquences négatives pour la santé publique des danois, le projet de loi entraverait l’importation de produits de vapotage. Principales victimes, les petites et moyennes entreprises de la filière indépendante qui auront plus de difficulté à s’adapter aux exigences danoises que les multinationales du tabac. Alors que les producteurs de liquides français se sont largement mobilisés durant la crise du Covid pour produire du gel hydroalcoolique dont la France manquait, son gouvernement n’a pas même pris la peine de même rédiger une soumission à la notification des mesures danoises.

La filière de la vape indépendante a pourtant permis à plus de 100 000 Français par an de sortir du tabagisme depuis 2011, selon l’évaluation de Santé Publique France (SPF). Des milliers d’emplois ont été créés et les producteurs de liquides sont parmi les plus pointus au monde. VDLV, un des fleurons de la filière française, a même entamé un mouvement de relocalisation de la production de nicotine, comme le rapporte par exemple un sujet de France 3 cette semaine. Mais le Secrétariat d’État à l’industrie n’a pas consacré quelques heures à défendre son secteur avec une soumission face au plan danois de massacre du vapotage. On hésite entre trahison et incompréhension des enjeux pour qualifier cette attitude.

Le sujet de France 3 du 22 août sur la production de nicotine en Corrèze pour arrêter de fumer avec la vape :

mardi 25 août 2020

Vague de rechutes tabagiques de femmes enceintes provoquées par les gynécos français

Dans l’ombre de l’épidémie de Covid-19, la déferlante passe inaperçue depuis le début d’année en France. Pourtant une vague de femmes enceintes rechutent dans le tabagisme après que leur gynéco leur ait conseillé de ne plus vapoter. Les groupes d’entraide et les consultations d’arrêt tabagique encaissent l'épidémie de panique. À l’origine de l'onde de choc, le résumé des recommandations de prise en charge du Collège national des gynécologues et des obstétriciens français (CNGOF) et de la Société francophone de tabacologie (SFT) diffusé en janvier. En une demi-page qui amalgame vapotage, chicha, cigarette chauffée et Snus, le CNGOF et la SFT recommandent « de déconseiller l’initiation ou la poursuite des produits de vapotage pendant la grossesse (accord professionnel) ». Ce texte court ne présentait aucune référence scientifique, mais il a été suivi par nombre de gynécologues praticiens français.

Une recherche ultra-light

Depuis, la revue du CNGOF a publié, dans son numéro de juillet-août, un papier de quatre pages pour justifier ses recommandations sur le vapotage, la chicha, le tabac chauffé, la Juul et le Snus*. Aucune femme, aucun tabacologue, aucune représentante de femmes enceintes ni d’usagers de produit de réduction des risques, ne cosignent l’article. Les auteurs, les Drs Charles Garabedian, Paul Berveiller et Paul Guerby, estiment avoir dressé l’état des connaissances concernant le vapotage sur la base de douze (12 !) études référencées. En contraste, la revue de connaissances publiée en juin par l’association Sovape sur le sujet [disclaimer: à laquelle j’ai participé], compte près d’une cinquantaine de références.

Ignorance des données disponibles

Les trois gynécologues français affirment qu’il n’existe « aucune donnée » sur les effets du vapotage durant la grossesse. Pourtant, deux publications scientifiques relatent les statistiques de 2018 et 2019 des accouchements de femmes ayant vapoté, fumé ou sans consommation de produits nicotiniques à l’hôpital Coombe de Dublin, qui accueille près de 8500 naissances par an. Les deux analyses du suivi aboutissent aux mêmes résultats : il n’y a pas de différence significative entre les accouchements et les mesures des bébés des femmes vapoteuses exclusives par rapport aux femmes non-fumeuses, au contraire des fumeuses.
« Les bébés nés d’utilisatrices de vapotage avaient un poids moyen à la naissance de 3482 g (+/- 549 g), similaire aux bébés des non-fumeuses (3471 g +/-504 g) et significativement supérieur à ceux des fumeuses (3166 g +/- 502 g). [...] Aucun cas de morbidité maternelle grave n’a été relevé. Les résultats de l’accouchement, y compris le besoin d’induction, le mode d’accouchement, le traumatisme périnéal et l’hémorragie post-partum, étaient tous similaires à ceux des non-fumeuses, tout comme les taux d’admission en unité de soins spéciaux. Aucun cas de syndrome de détresse respiratoire néonatale n’a été signalé ». McDonnell, B.P., Bergin, E., Regan, C., 2019. 186: Electronic cigarette use in pregnancy is not associated with low birth weight or preterm delivery. American Journal of Obstetrics & Gynecology 220, S137. https://doi.org/10.1016/j.ajog.2018.11.207

Connaissances de base sur le sujet défaillantes

Les auteurs de la recommandation du CNGOF n’ont pas non plus jugé nécessaire de prendre en compte les analyses du Royal College of physicians britannique de 2016, ni les rapports annuels sur le vapotage pour le Public Health England depuis 2015. Le dernier de 2020 consacre pourtant un chapitre spécialement sur le vapotage et les femmes enceintes, ainsi que les personnes souffrant de troubles psychologiques. 

Les données de Santé Publique France méprisées

Les gynécologues français affirment aussi que les données pour l’arrêt tabagique avec le vapotage ne permettent pas de conclure à une aide, en omettant de nombreux travaux. Notamment, ils ignorent l’étude clinique menée par une équipe du Pr Peter Hajek avec 886 participants, montrant un taux d’arrêt tabagique consolidé à un an avec le vapotage deux fois plus efficace que les substituts nicotiniques. Ainsi que l’analyse de Santé Publique France sur le suivi en population de 2011 à 2017, qui a vu en moyenne au moins 100 000 fumeurs français par an réussir à arrêter de fumer à long terme grâce à la vape. 

Les médecins ont besoin d’outils éducatifs

En s’appuyant sur la récente revue Cochrane de mai 2020 sur les « facteurs influençant la prise et l’usage de substituts nicotiniques et de vapotage chez les femmes enceintes qui fument », les trois gynécologues français soulignent cependant « le besoin d’outils éducatifs non seulement pour les patients, mais aussi pour les médecins »

Alors, pourquoi ne pas avoir intégré ni pris en compte l’avis de personnes compétentes et expérimentées pour éclairer leur recherche ? Le mystère s’épaissit avec l’absence de considération pour les recherches de groupes de travail tels que le Smoking in pregnancy Challenge group britannique, le Lullaby trust ou la position du Collège Royal des sages-femmes.

Une recherche de connaissances pré-déterminée ?

En passant, il est surprenant de constater que la revue de connaissances du CNGOF contient au moins une étude publiée en mai 2020, alors que la recommandation qu’elle soutient a été diffusée dès janvier. Ajouté aux études ignorées, qui apparaissent pourtant dans la base de données avec les mots clefs que les auteurs disent avoir utilisés, le traitement énigmatique et fluctuant entre janvier et juillet de la Juul, ainsi que l’orientation générale du travail, une étrange impression surgit. On en vient à se demander si au lieu d’éclairer l’élaboration des recommandations, ce travail n’est pas simplement un papier d’accommodement pour accompagner une recommandation prise a priori sans tenir compte des données scientifiques. Mais ce n’est peut-être qu’un sentiment erroné... ou pas.
« Les “Big Tobacco”, les “Big Pharma”, l’OMS sous impulsion “Bloombergienne”, mais aussi les grandes associations historiques de lutte contre le tabac enfoncent cette tyrannie de l’idéal [de l’abstinence totale de nicotine] pour mieux asseoir leurs budgets et rentes en péril : attention le vapotage est dangereux !
Au point d’influencer le CNGOF à inciter ses membres à culpabiliser les femmes enceintes, voire les mettre en danger, en leur demandant d’arrêter le vapotage quand enfin elles ont réussi à arrêter de fumer par ce moyen ? Pourtant, des études internationales existent et nous aident à ne pas commettre cette faute professionnelle. Ignorer ces études est aussi invraisemblable en 2020 que de continuer à ne pas faire de différence entre tabac fumé (combustion), tabac chauffé, chicha et… vapotage », le Dr William Lowenstein dans son avis complémentaire à la revue de connaissances de Sovape

Pousser à continuer ou recommencer de fumer n’est pas de la précaution

Sur la base de cette recherche médiocre, s’étant privés de publications incontournables et des éclairages d'acteurs de terrain et des principales concernées, les auteurs sombrent dans le contresens du principe de précaution en ayant perdu de vue le contexte. La précaution face à un danger certain, tel que celui de fumer, est de recourir à des mesures pour l’éviter même lorsque celles-ci ne sont pas encore totalement éclaircies. Dire qu’il ne faut pas arrêter de fumer avec le vapotage est tout sauf une précaution en regard du danger de fumer. Et cette erreur a de graves conséquences concrètes depuis le début d’année, comme l’a évoqué Libération fin juin.

« Combien de femmes enceintes sont venues, ces derniers temps, à ma consultation d’aide à l’arrêt du tabac, en ayant repris le tabac, alors qu’elles avaient brillamment arrêté de fumer avec la vape ? Mais leur gynécologue leur avait déconseillé la poursuite de celle-ci pendant leur grossesse… La reprise du tabac est alors très rapide ». En complément du travail de Sovape, la Dre Marion Adler, tabacologue de l’hôpital de Clamart où elle a créé la consultation pour les femmes enceintes en 2001 et elle-même membre de la SFT, sonne l’alerte en juin contre la recommandation diffusée depuis le début de l'année.

Une vague de rechutes tabagiques provoquées par le CNGOF

Malheureusement, elle est loin d’être la seule à faire ce constat glaçant. Les groupes d’entraide à l’arrêt tabagique font face à une avalanche de femmes enceintes paniquées par les conseils de leurs gynécos sur le sujet ces derniers mois. « Au contact quotidien de femmes enceintes dans le groupe auto-support INFO VAPE, l’association SOVAPE constate leurs inquiétudes récurrentes à l’égard du vapotage. Celles qui fument sont découragées d’y recourir pour tenter l’arrêt, d’autres qui ont arrêté la cigarette sont culpabilisées et “sommées” de cesser de vapoter », précise Sovape lors de la diffusion de sa revue de connaissances.

Même retour d'expérience sur les autres groupes d’entraide. Les femmes enceintes déboussolées demandent de l’aide sur le sujet, quand elles n’ont pas déjà repris la cigarette. Le malaise est palpable. Nicolas Govin, tabacologue animateur du groupe de plus de 8000 membres sur Facebook Entraide Tabac : arrêter de fumer ensemble !, faisait part de sa sidération dès le mois de mars.

Une recommandation nocive à rétracter

En France, près de 30 % des femmes qui tombent enceintes fument. Moins de la moitié de celles-ci réussissent à arrêter avant terme. Pourtant un arrêt au premier trimestre de grossesse permet de réduire presque totalement les méfaits liés au tabagisme pour l’accouchement et le futur bébé. Dans cette situation, condamner une solution efficace et pratique est incompréhensible. 

Mais pire, stigmatiser et faire la chasse aux vapoteuses, tels que le recommandent le CNGOF et la SFT, au risque de les repousser dans le tabagisme est nuisible. Les femmes qui ont arrêté ou qui veulent arrêter de fumer doivent-elles désormais se méfier de leur gynéco et leur cacher ce sujet ?

Au vu de ses conséquences délétères, des lacunes et des erreurs de la recherche qui la soutient, cette recommandation du CNGOF devrait être immédiatement retirée et corrigée avec un travail sérieux préalable intégrant les parties prenantes concernées. 


* Garabedian C., et al. ; "Autres méthodes de consommation pendant la grossesse : cigarette électronique, tabac chauffé, chicha et snus — Rapport d’experts et recommandations CNGOF-SFT sur la prise en charge du tabagisme en cours de grossesse" ; in Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie (2020), https://doi.org/10.1016/j.gofs.2020.03.031 

mercredi 19 août 2020

La campagne de désinformation américaine de 2019 a violemment frappé les fumeurs anglais

Fin 2019, près de 70 % des fumeurs anglais ne savaient pas que vapoter est moins nocif que de continuer de fumer. Un taux de désinformation qui n’a jamais été aussi tragique jusque-là. Cause évidente, la responsabilité meurtrière des autorités sanitaires américaines dépasse les seuls États-Unis. Alors qu’ils avaient connaissance de la source des atteintes pulmonaires des jeunes Américains, établie par une analyse du Waldsworth center dès le 19 août, les responsables des CDC et de la FDA américaines ont déclenché une campagne médiatique de terreur contre le vapotage à l’été 2019. L’onde de choc du dénigrement mensonger a largement atteint le reste du monde. Publiée en juin dans le JAMA Network, une étude de l’University College de Londres (UCL) évalue le préjudice dans l’opinion des fumeurs anglais.

L’écroulement de la perception correcte des risques chez les fumeurs anglais

Basée sur le suivi du Smoking Toolkit Study (STS) auprès d’un panel d’anglais de plus de 16 ans, la recherche a mesuré la perception de 3215 fumeurs envers le vapotage. La part de fumeurs anglais à croire que le vapotage est plus nocif que de fumer a bondi de 37 %, passant de 12,7 % avant la campagne médiatique à 17,2 % après. Ceux croyant les deux produits aussi nocifs sont passés de 39,9 % à 43,8 %. Les sans opinion ont baissé à 8,1 % contre 10,4 % auparavant. Tandis que la perception correcte d’une réduction des risques de vapoter par rapport à continuer de fumer ne concerne plus que 30,9 % alors qu’elle était de 37 % avant la tempête médiatique.

13 781 fumeurs anglais ont répondu au cours des quatre années de suivi de la perception
des risques relatifs du vapotage par rapport au tabagisme du STS 

La détérioration de la perception de la réduction des risques de vapoter chez les fumeurs pourrait avoir des conséquences négatives. « Il est possible que les personnes qui avaient cessé de fumer des cigarettes avec le vapotage puissent maintenant retourner à fumer, et les fumeurs de cigarettes pourraient être dissuadés d’utiliser des dispositifs de vapotage pour les aider à cesser de fumer », souligne l’étude menée par Harry Tattan-Birch, de l’Institut d’épidémiologie de l’UCL. Ajoutant que « d’autre part, les jeunes qui n’ont jamais fumé pourraient être dissuadés d’essayer la cigarette électronique ».

Brian King du CDC et Mitch Zeller de la FDA savaient dès le 19 août

La tempête médiatique anti-vape s’était emballée suite à la conférence de presse du 23 août des autorités sanitaires américaines. Pourtant, les intervenants Brian King, responsable tabac des Centers for Disease Control (CDC), et Mitch Zeller, chef de la section tabac de la Food and Drug Administration (FDA), savaient la source des atteintes pulmonaires des jeunes depuis quatre jours. Mais face aux principaux médias du pays, ils ont préféré entretenir le doute et la peur. 

« Notre laboratoire a été le premier à identifier l’acétate de vitamine E dans les liquides de vaporisateur récupérés chez les patients souffrant de lésions pulmonaires, ce que nous avons rapidement signalé aux responsables des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis, de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis et des responsables de la santé publique de nombreux États par téléconférence et par courriel le 19 août 2019 », le Pr David C. Spink., chef du Laboratoire de chimie analytique organique de Wadsworth et auteur principal de l’analyse publiée par la revue Toxics en janvier 2020.

Le rapport du Waldsworth center, du département de santé de New York, établissant le lien entre la crise de malades pulmonaires et les produits du marché noir du THC frelatés à l’acétate de vitamine E leur avait été envoyé le 19 août. En dépit de cette analyse, les deux responsables fédéraux ont déclaré aux médias n’avoir aucun indice de la source des atteintes, préférant jeter les soupçons sur le vapotage nicotiné à travers le vocabulaire choisi. 

La banalité du mal

L’épidémie de mensonges

Plus de 80 % des jeunes hospitalisés pour cette atteinte pulmonaire l’ont été après la tempête médiatique anti-vape déclenchée par la conférence de presse de Brian King et Mitch Zeller. Ils n’ont pas été prévenus du réel danger par les autorités sanitaires américaines. L’épidémie de désinformation a contaminé l’ensemble de la planète, comme l’illustre l’étude de l’University College de Londres. 

Dans plusieurs pays, notamment en Inde où l’État possède une large part du capital du principal cigarettier, elle a été prétexte à la prohibition totale de vente des produits de vapotage. Ce sont des centaines de millions de fumeurs qui ont été abusés et maintenus dans le tabagisme par la communication trompeuse si ce n’est menteuse des responsables américains sur cette affaire. 

mercredi 12 août 2020

Covid et vape: une étude américaine très douteuse fait le buzz

Sa médiatisation est soignée. Un story telling impeccable prend place dans de grands médias, comme NBC, dès la publication en ligne hier de l’étude dans le Journal of Adolescent Health (JAH). Dans la foulée, l'élu démocrate au Congrès Raja Krishnamoorthi demande l’interdiction totale du vapotage durant « l’épidémie de coronavirus » en raison de ces résultats. Pourtant, la publication à l’origine de ce buzz médiatico-politique est étonnamment courte et peu claire. En cinq pages, les chercheurs menés par la Dre Bonnie Halpern-Felsher, pédiatre à l’Université de Stanford en Californie, affirment que le vapotage multiplie par 5 à 7 fois le risque de Covid-19. Une affirmation extraordinaire dont il est plus que difficile de s’assurer de la validité avec les données présentées dans l’étude.

Un sondage plutôt qu'une étude

L’étude s’appuie sur un sondage commandé à Qualtrics, spécialiste de la « gestion des expériences », sur 4351 jeunes Américains de 13 à 24 ans entre le 6 et le 14 mai dernier. Environ la moitié des jeunes recrutés pour le sondage déclarent avoir utilisé au moins une fois dans leur vie le vapotage, tandis que l’autre moitié ne l’a jamais essayé. 

13,7 % versus 13,1 % de tests positifs au Sars-Cov-2

Parmi ceux qui n’ont jamais essayé le vapotage, 5,7 % se sont fait tester, soit 123 jeunes dont 17 se sont révélés positifs. Cela représente 13,7 % des jeunes jamais vapoteurs positifs parmi ceux testés. Du côté des jeunes qui ont essayé le vapotage au moins une fois dans leur vie, 382 se sont fait tester, 50 étaient positifs. Soit 13,1 % des jeunes ayant vapoté une fois dans leur vie ont été testés positifs.
[add 14-08-2020] "La proportion de personnes ayant donné un résultat positif était de 14 % chez les jamais-utilisateurs et de 13 % chez les personnes qui ont déjà utilisé une cigarette électronique. Plus de tests identifient plus de cas, mais les résultats de l’étude en fait ne suggèrent pas une augmentation du risque de Covid chez les utilisateurs de cigarettes électroniques", explique le Pr Peter Hajek, directeur de l’Unité de recherche sur la dépendance au tabac à l’Université Queen Mary de Londres sur le site du Science Media Centre UK. [/]
[Add 19-08-2020] Le Pr Brad Rodu a analysé sur son blog les chiffres pour recherché le nombre brut de cas sur lesquels s'appuient les ratios de risque présentés. Il abouti à ce que l'annonce d'un risque multiplié par cinq pour les jeunes ayant vapoté au moins une fois dans leur vie, mais pas depuis au moins un mois, serait basé sur 5 cas. Le risque augmenté par sept pour les jeunes qui ont vapoté et fumé une fois dans leur vie, mais pas dans le dernier mois, se baserait sur 3 cas. La Dre Bonnie Halpern-Felsher a refusé de commenter son calcul et de communiquer les données réelles. [/]

13,7 % de tests positifs d’un côté, 13,1 % de tests positifs de l’autre... On a du mal à voir la différence de risque entre les deux groupes. Mais les chercheurs ont préféré, d’une part cacher dans leur présentation ce rapport entre testés et positifs des deux groupes, et d'autre part, calculer le ratio de risque sur le total de chaque groupe sondé. 17 positifs sur 2168 jamais utilisateurs contre 50 positifs sur 2183 ayant vapoté une fois dans leur vie. Cette approche est-elle valable ? Pour plusieurs raisons, clairement non.

Le marketing vise d’autres objectifs que les études sur la santé

En premier lieu, le mode de recueil des données, par une entreprise spécialisée dans le marketing, n’est pas adéquat pour livrer une enquête de ce type. Les données indiquent un biais de sélection assez net. Par exemple, si les chiffres étaient représentatifs de la population alors cela signifierait que plus de 40 % des tests effectués à cette période (avant le 14 mai) aux États-Unis concernaient seulement les 13 à 24 ans. Ce serait très inquiétant pour les autres catégories d’âge, réputées plus sensibles au virus. 

Ce biais de sélection semble fausser l’interprétation que donnent les chercheurs à leurs résultats à travers l’énorme écart du taux de test entre les différentes catégories (voir table 2 plus bas). Ce sont ces écarts de testing dans le panel sondé qui provoque les différences entre les groupes mises en avant par les chercheurs. 

"La conclusion des auteurs est basée sur le diagnostic plus fréquent de Covid-19 chez les adolescents ayant vapoté une fois dans leur vie. Cependant, ils ont été testés de 3 à 9 fois plus souvent que le groupe contrôle [les jamais-utilisateurs]. Il n'y a pas eu de différence entre les tests (13.1% positifs chez les "vapoteurs" contre 13.7%  chez les jamais-vapoteurs). Au moins, la question se pose pourquoi les "vapoteurs" ont été testés presque 10 fois plus souvent que les jamais-vapoteurs", remarque le Dr Bernd Mayer, de l'Université de Graz, sur son compte Facebook (en allemand, ma traduction).

Une présentation trompeuse des résultats

Une seconde raison est une incohérence majeure et inexpliquée par l’étude dans les données présentées. Dans les ratios de risque pondérés calculés par les chercheurs, les jeunes qui ont déclaré avoir vapoté dans le mois précédent ne présentent pas un risque significativement supérieur, contrairement à ceux qui ont vapoté une fois dans leur vie il y a au moins plus d'un mois. 

« L’usage à vie, mais pas celui courant, du vapotage lié à la Covid-19. C’est comme dire qu’avoir mangé une fois dans sa vie du bacon, mais pas si c’est au quotidien est lié à l’obésité ! », ironise le Dr Konstantinos Farsalinos, de l’Université d’Athènes dans un tweet, commentaire plus développé sur son Facebook.

L’échantillon étant faible, la fourchette de risque avec un indice de confiance correct (à 95 %) pour ceux qui ont utilisé le vapotage dans le mois précédent s’étale de 0,77 à 4,73 fois le risque des jamais utilisateurs. Par contre, ce ratio de risque est plus élevé parmi les double-usagers (cigarette et vapotage) allant de 1,98 à 24,55 fois le risque des jamais vapoteurs. Il n’est pas cohérent d’accuser le vapotage d’être la cause du risque alors qu’un usage plus récent montre un ratio de risque plus faible qu’un usage qui remonte à plus d’un mois minimum.

L’absence de recherche de co-facteurs potentiellement confondants

Les incohérences auraient dû pousser les chercheurs, s’ils étaient vraiment intéressés par une démarche de connaissances scientifiques, à interroger les jeunes sur leurs pratiques sociales, pour corréler ou décorréler celles-ci des risques d’infection. Sur les 15 questions du sondage, une seule formulée de manière vague concerne s’ils ont suivi ou non les mesures de protection en place. Ce qui est très flou dans l’état de communication des autorités sanitaires américaines.

Au cas où les auteurs donnent accès aux données de manière plus transparente, d'autres analyses plus précises pourront être formulées. Mais en première lecture, cette publication n'est pas digne de confiance sur les conclusions qu'elle affirme sans fiabilité ni clarté. Elle ressemble plutôt à une pièce d'une opération de communication politicienne pour faire pression sur la Food and Drug Administration (FDA) dans le contexte américain de mise en place d'une quasi-prohibition du vapotage. 

En résumé :

  •  L’étude publiée est de très mauvaise qualité. Son recueil de données confié à une entreprise de marketing n’est pas adéquat à une recherche de ce type, et a produit des données non représentatives au propos. 
  • La présentation des résultats est tendancieuse, puisqu’elle masque l’absence de sur-risque d’être infecté au Sars-Cov-2 entre les différents groupes de jeunes testés. 
  • Les sous-groupes sont de dimensions si restreintes que les ratios de risques à un indice de confiance suffisant ont une énorme fourchette. 
  • Les co-facteurs de risques, notamment des activités sociales des jeunes n’ont pas du tout été prises en compte. Ce qui est simplement ridicule pour une étude sur le sujet.
  • Le plan de médiatisation me donne la sale impression que l’étude est une simple pièce pour une opération de comm' politique. 

samedi 1 août 2020

Économie de la santé : le tabagisme profite des taxes sur la vape dans les États américains

Les taxes sur la vape tuent. En repoussant les vapoteurs vers le tabagisme, elles augmentent le nombre de fumeurs de cigarettes. Publiée par le Journal of Risk and Uncertainty ce 24 juillet, la recherche menée par trois économistes universitaires, à partir des données de 4,3 millions d’Américains, montre l’effet de vase communicant, dans les deux sens, entre tabagisme et vapotage au gré des hausses et de l’introduction de taxes entre 2011 et 2018. « Les résultats de notre recherche suggèrent la prudence dans la réglementation du vapotage, car celle-ci peut avoir une conséquence néfaste et indésirable : l’augmentation du nombre de fumeurs de cigarettes traditionnelles », alerte l’équipe d’économistes menée par le Pr Michael Pesko, de la Georgia State University.

Une analyse basée sur les données de plus de 4,3 millions de personnes

L’analyse d’une trentaine de pages s’appuie sur les données à diffusion restreinte de deux enquêtes de population, la Behavioral Risk Factor Surveillance System (BRFSS) et la National Health Interview Survey (NHIS), de 2011 à 2018 qui interrogent à elles deux plus de 430 000 personnes chaque année. La vaste banque de données compte près de 4,3 millions de personnes, dont plus de 970 000 concernées par l’introduction de taxes sur le vapotage avant 2019 dans dix Etats et deux localités (depuis, onze autres États américains ont adopté des taxes sur le vapotage). Pour permettre un calcul global, les différentes taxes sur le vapotage ont été harmonisées entre les États, villes et comtés ainsi que l’évolution de celles sur les cigarettes, selon les données des Centers for Control Disease (CDC). 

Les taxes sur la vape repoussent les vapoteurs vers le tabagisme

Les calculs de Michael Pesko, Charles Courtemanche et Johanna Maclean montrent que 1 $ de taxe par ml sur la vape pousse 0,5 % de la population totale (ppt) à abandonner le vapotage occasionnel et 0,2 % à arrêter de vapoter au quotidien. L’essentiel de ces personnes retourne au tabagisme, augmentant celui-ci de 0,6 % de la population. « Collectivement, ces résultats suggèrent que les cigarettes traditionnelles et le vapotage sont des substituts économiques », insistent les chercheurs. 

Cela signifie qu’une augmentation des prix d’un produit entraîne un report d’une partie des consommateurs vers l’autre. Ce que les économistes appellent un effet d’élasticité croisée des prix. Dans leur analyse, les trois économistes mettent en lumière que cet effet est plus marqué chez les moins de 40 ans et les femmes que pour les hommes plus âgés.

Les Etats ayant introduit une taxe sur la vape avant 2018 et l’évolution des taux de vapoteurs et de fumeurs quotidiens
« Nos résultats suggèrent qu’une taxe nationale sur le vapotage de 1,65 $ par ml de liquide, telle que proposée au Congrès américain [en février dernier], augmenterait la prévalence du tabagisme quotidien des adultes d’environ 1 % de la population, soit près de 2,5 millions de fumeurs supplémentaires par rapport à l’absence de taxe », soulignent les chercheurs.

La hausse des taxes du tabac pousse des fumeurs vers la vape

Cette propriété de substitution entre les deux produits se confirme dans l’autre sens. En effet, si l’introduction de taxe sur le vapotage repousse des vapoteurs vers le tabagisme, l’inverse est également démontré par l’étude. Une augmentation des droits d’accise sur le paquet de cigarettes de 1 $ fait baisser le tabagisme de 0,6 % dans la population générale et augmente le taux de vapotage occasionnel de 0,3 % et le vapotage quotidien de 0,2 %. 
« Ces résultats suggèrent que les fumeurs utilisent le vapotage lorsque les taxes sur les cigarettes augmentent, soit pour continuer à consommer en partie leur nicotine habituelle à un prix relatif inférieur, soit comme moyen d’arrêter de fumer », expliquent les spécialistes en économie de la santé.
« Notre étude est la première à examiner spécifiquement l’effet des taxes contre le vapotage sur l’usage des adultes. De plus, nous avons été en mesure de montrer que les taxes du vapotage augmentent l’usage de cigarettes traditionnelles », soulignent les chercheurs. Leurs résultats confirment d’autres analyses précédentes sur les effets négatifs des taxes sur le vapotage (voir complément en fin de texte). 

Les vapoteurs européens concernés

Le sujet de taxes contre le vapotage pourrait devenir d’actualité pour l’ensemble des résidents de l’Union européenne (UE). Après le feu vert du Conseil européen le 2 juin, la Commission européenne sur les taxes prépare une révision de la directive sur les accises du tabac pour y intégrer le vapotage. Ceci alors que par deux fois près de 90 % des citoyens et organisations consultées en ont rejeté le principe. Malgré l’enjeu du sujet, aucune étude sérieuse des effets des taxes contre le vapotage mis en place par des pays européens n’a été effectuée. 

L’exemple de l’Italie, qui a connu une explosion du tabagisme suite à l’introduction d’une taxe prohibitive contre la vape avant de faire marche arrière, est pourtant éloquent. L’Estonie vient aussi de suspendre sa taxe anti-vape. La stagnation du tabagisme en Finlande et au Portugal illustre également les méfaits des taxes anti-vape dans l’Union européenne. Mais la Commission avance à l’aveugle selon ses a priori sur un sujet de santé publique concernant des dizaines de millions de personnes, en ignorant à la fois les professionnels de santé de terrain, comme ceux de la plateforme Addict'Aide, et les usagers de produits de réduction des risques.

D’autres recherches sur les méfaits des taxes contre la vape aux US 

En début d’année, une analyse menée par le Pr Chad Cotti, de l'Université du Wisconsin, à partir des données de l’Institut Nielsen concernant les ventes du réseau des kiosques (« retail channel »), a montré que la baisse des ventes de capsules de vape (pour pods), suite à l’introduction de taxe contre la vape, s’accompagne d’une hausse des ventes de cigarettes. 

En 2016, une équipe menée par Yuquing Zheng, de l’Université du Kentucky, avait analysé les différents produits en système. « Notre conclusion selon laquelle les cigarettes et le vapotage sont des substituts suggère que des taxes différenciées entraîneraient une diminution de la consommation de cigarettes et une augmentation de la consommation de vapotage qui pourrait conduire à une réduction des risques au niveau de la population », souligne l’étude publiée dans la revue Health Economics.

Michael Pesko avait analysé dans la revue SSRN en 2017 le cas du Minnesota, premier État à avoir taxé le vapotage dès 2012, concernant les effets sur le tabagisme des 11 à 17 ans. « Les effets inter-prix/taxes favorisent également la substitution entre ces deux produits. Nos résultats suggèrent que la taxation du vapotage peut avoir pour conséquence involontaire d’augmenter l’intensité du tabagisme chez les jeunes ».

Rahi Abouk a dirigé une analyse, publiée en 2019 par le National Bureau of Economic Research (NBER), sur l’effet des taxes du vapotage sur le tabagisme des femmes enceintes. « Notre étude révèle que les taxes sur le vapotage entraînent une augmentation du tabagisme prénatal. Concernant l’ampleur des effets, le tabagisme prénatal augmente de 0,4 ppts, soit 7,7 %, suite à une augmentation de 1 $ de la taxe normalisée sur le vapotage. Ce résultat semble être dû à l’évolution des taux de tabagisme avant la grossesse. En outre, en utilisant un modèle de données de panel, nous constatons que les taux de tabagisme par trimestre de grossesse augmentent de 1,1 ppts (21,0 %), ce qui suggère que les taxes sur les cigarettes électroniques réduisent l’arrêt tabagique en cours de grossesse ».
  
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