S'abonner par email :

Répondez au mail de confirmation qui vous est envoyé !

mardi 8 septembre 2020

Nouveau coup politico-médiatique de l'ERS au mépris de la science et de la législation européenne

Faire un communiqué de presse sensationnaliste, annonçant des découvertes inquiétantes, sans étude publiée, et ainsi invérifiable et non révisée. L’European Respiratory Society (ERS) apprécie ce mode opératoire qu’elle utilise régulièrement dans sa guerre au vapotage, sans la moindre publication ensuite. Avec son budget de dizaines de millions € annuel alloués par les Big Pharma, l’organisation dont le siège est à Lausanne peut se permettre de « pousser » ses communications dans des médias complaisants. Son dernier coup, lancé le 2 septembre par communiqué de presse, a été présenté ce matin à son congrès virtuel. 

En Italie, l'attaque de l'ERS a eu du retentissement médiatique. De quoi inquiéter les usagers. L'Association de défense des vapoteurs en Italie, l'ANPVU, a été chercher des avis sérieux pour comprendre. L'ANPVU les a diffusé par communiqué notamment sur le site SigMagazine, ou en français au Vaping Post. Entre le contenu du communiqué de l'ERS et les avis de scientifiques et d'experts se trouve un gouffre. En arrière-fond du coup politico-médiatique de l'ERS, on devine la tentative du Danemark de passer outre la législation européenne sur le vapotage et les pressions du lobby anti-vape pour forcer une nouvelle directive TPD condamnant le vapotage au goût unique de tabac.

Une « découverte » connue depuis 1933

Un communiqué de presse de l’ERS le 2 septembre l’annonce en fanfare avant même la tenue de la conférence de ce matin dont elle parle au passé. Une équipe de l’Université de Duke, menée par le Pr Sven-Eric Jordt, affirme avoir découvert que les ingrédients des liquides de vapotage se combinent et créent d’autres substances chimiques. 

Une des premières réactions a été une pointe ironique du Dr Konstantinos Farsalinos, cardiologue grec, sur le fait que cette nouvelle découverte date de 1933.

Cependant, les chercheurs de l’Université de Duke affirment aussi avoir enrichi les connaissances scientifiques en étudiant in vitro la réaction de cellules épithéliales (parois des bronches) « exposées à des produits chimiques aromatisants, comme la vanilline et l’éthyle-vanilline (responsable de la vanille et d’autres saveurs sucrées), au benzaldéhyde (saveur de baies ou de fruits) et au cinnamaldéhyde (saveur de cannelle) », ainsi que les acétals issus de leur combinaison avec le propylène glycol (PG) et le glycérol (VG).

Brouillard méthodologique et enfumage médiatique

Problème pour qui veut comprendre la démarche : aucun détail méthodologique n’est donné ni dans le communiqué de presse ni sur le site du congrès de l’ERS. « Il n’y a aucune information présentée dans cette étude sur les concentrations relatives par rapport à celles observées dans la fumée de cigarette, il n’est pas clair quelle importance ont ces résultats, ou si même ils ont une quelconque signification », remarque le Dr Nicholas Hopkinson, de l’University College de Londres et notamment directeur médical de la British Lung Foundation, sur le Science Media Centre.

De son côté, le Pr Jacob George, de l’Université de Dundee, note que les études in vitro sur des cellules sont au mieux des indices. Privées de la capacité de régénération et de protection physiologique, le comportement des cellules peut être très différent qu’in vivo. « Les données présentées ici sont des travaux cellulaires in vitro et non des essais cliniques sur des humains. Par conséquent, toute extrapolation à la physiologie humaine du système entier est au mieux ténue », explique-t-il aussi sur le Science Media Centre, la plateforme d’information scientifique créée par le gouvernement britannique.

Effet secondaire tabagique

Malgré ces faiblesses et l’absence de révision de son travail, le Pr Sven-Eric Jordt insiste que l’activation des récepteurs irritants sensoriels (TRPV1 et TRPA1) « pourrait chez les personnes prédisposées entraîner un rythme cardiaque irrégulier et une pression artérielle plus élevée ». Les médias ayant relayé le communiqué de presse, sans accès à quelconque donnée de la recherche, ont évidemment simplifié en omettant que le risque putatif ne concernerait que des personnes prédisposées. 

« La conception de l’étude semble être faite de manière à exposer des ‘sujets prédisposés’ à des situations extrêmes pour soutenir une thèse. De telles études ont l’effet secondaire grave de faire retomber les consommateurs dans la dépendance à la cigarette traditionnelle », regrette le Pr Fabio Beatrice, de l’hôpital San Giovanni Bosco de Turin, qui a livré son avis à l’Association nationale pour l'unité des vapoteurs en Italie (ANPVU).

L’objectif politique du Danemark de violer la directive européenne

L’objectif politique de l’European Respiratory Society, en diffusant auprès des médias ce qui n’est pas même une étude révisée, est cousu de fil blanc. “Ces études montrent que le liquide pour les cigarettes électroniques a été mis à la disposition des consommateurs sans compréhension adéquate et des tests de sécurité », affirme sans vergogne Jørgen Vestbo, cadre danois de l'ERS, dans le communiqué de l’ERS. Sauf que cela est totalement faux en Europe, même au Danemark. 

La directive européenne TPD, que le gouvernement danois tente de ne pas respecter, impose aux producteurs des tests et évaluations. « Les producteurs d’e-liquides en Europe sont obligés avec la directive TPD de notifier les produits et de déclarer les émissions carbonyles dont parle cette étude », précise Sébastien Roux, ingénieur chimiste du Crivape, le centre de recherche et d’innovation sur le vapotage, dans un communiqué de l’Association de défense des vapoteurs en Italie ANPVU publié sur SigMagazine.

L’ERS ignore les normes européennes sur le sujet

« En Europe et particulièrement en France, les produits du vapotage sont contrôlés et notifiés. Le matériel et les e-liquides sont parfaitement maîtrisés et définis, connus en matière de composition. Nous savons ‘ce qui sort’ d’une vape : les données sur les émissions de l’aérosol doivent être notifiées sur une plateforme européenne. Elles sont normées au niveau français, commencent à être normées au niveau européen, et sont en cours de normalisation au niveau international”, explique un texte du Crivape publié en février dernier

Le règlement de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) exige analyse et contrôle des combinaisons chimiques en phase liquide et gazeuse. Une décision de 2015 de la Commission européenne a précisé et harmonisé les éléments de notification pour les produits de vapotage dans l’UE. Les produits ne répondant pas aux critères de sécurité et aux seuils de santé approuvés ne doivent être mis sur le marché. 

Malgré le financement de cigarettier, l’Université de Duke ne semble pas équipé pour ces analyses

Cadre de l’ERS et citoyen de l’Union européenne, il est surprenant que Jørgen Vestbo, de l’Université du Danemark Sud, ne soit pas au courant de la législation qu’il attaque. On s’attendrait à ce genre de propos vaseux sur un site complotiste, mais pas dans un communiqué de presse officiel d’une organisation sensée sérieuse. D’autant plus lorsque ceux-ci s’appuient sur une recherche non révisée, sans donnée claire et provenant des États-Unis. Or, les tests exigés pour les notifications européennes nécessitent des équipements particuliers pour être menés correctement. 

Il existe une quinzaine de laboratoires ayant développé les outils pour produire et capter efficacement les émissions pour les analyser. L’Université de Duke, malgré semble-t-il le soutien financier de l’industrie du tabac, ne disposerait pas de cette technologie. « À ce jour, nous n’avons vu aucun des auteurs et/ou organismes liés à ce groupe de chercheurs utiliser ces techniques », note le Dr Sébastien Roux du Crivape, selon le communiqué de l’ANPVU. L’absence de toute précision sur l’étude par l’ERS laisse donc libre cours à toute spéculation sur ses méthodes.

L’objectif danois d’imposer le goût unique du tabac à tous les vapoteurs

Ce qui est clair est l’objectif d’amalgamer le vapotage aux cigarettes de la part de l’ERS. « Ces résultats soulignent le fait que les cigarettes électroniques ne peuvent pas être considérées comme une alternative sûre aux cigarettes au tabac”, affirme le cadre de l'ERS danois Jørgen Vestbo. Alors que la Commission européenne prépare un bilan de la directive TPD actuelle, en vue de proposer des révisions en mai prochain, et que le Danemark tente d’imposer le tabac et le menthol comme seuls arômes autorisés, le coup médiatique est clair. 

L’ANPVU demande la rétraction de la conférence

De son côté, l’Association de défense des vapoteurs en Italie (ANPVU) réclame le retrait de la conférence du congrès de l’ERS en raison des conflits d’intérêts. La Duke University Medical Center a reçu une subvention de 15 millions $ de Philip Morris USA en 2004, selon la recherche du site SigMagazine. Pourtant, l’ERS se définit comme un organisme indépendant visant à sauvegarder la santé publique. « L’ANPVU demande donc que ces recherches soient retirées et non présentées au Congrès », déclare Carmine Canino, président de l’ANPVU.

Cette étrange politique de double standard concernant les conflits d’intérêts de la part de l’ERS n’est pas nouvelle. J’avais déjà découvert en 2018 que l’ERS est liée financièrement au cigarettier, au moins indirectement via le financement de son sponsor TEVA. Avec un budget de plusieurs dizaines de millions € annuels versés par les laboratoires pharmaceutiques, l’ERS tient plus d'une multinationale de lobbyisme que d'une organisation ayant le souci de la santé publique.

La chasse aux pneumologues qui aident leurs patients à sortir du tabagisme

L’an passé, l’ERS avait déjà menacé d’excommunier et traquer tout pneumologue ouvert à réduire les méfaits du tabagisme avec le vapotage chez les patients. La menace générale contre les pneumologues s’était accompagnée d’un manifeste contre la réduction des risques aux propos totalement ahurissants et pathétiques. Le travail de sape contre la réduction des risques de l’ERS pour maintenir le tabagisme et son cortège de méfaits se poursuit donc avec cette conférence aujourd’hui à quelques mois de la révision de la directive européenne et au mépris de son contenu actuel.

« Nous pensons que l’opposition totale au vapotage est malavisée et qu’elle conduira à un certain nombre de conséquences importantes néfastes pour la santé. Tout d’abord, les fumeurs qui auraient cessé de fumer en passant à un produit à moindre risque continueront à fumer, et mourront prématurément de cancers, maladies cardiovasculaires ou respiratoires. Deuxièmement, les personnes qui ont réussi à passer au vapotage peuvent retomber dans le tabagisme s’ils venaient à croire qu’il n’y a aucun avantage pour la santé, et augmenteraient ainsi leur risque de morbidité et de décès prématurés évitables. Troisièmement, la poursuite d’arguments selon lesquels le vapotage ne peut pas aider les gens à arrêter de fumer, alors qu’il est clairement prouvé que c’est le cas, risque de saper la confiance du public dans la science. Nous soutenons de tout cœur l’appel à des efforts accrus pour diffuser l’information sur ‘ce que nous savons fonctionner’ ». Extrait de la lettre à l’ERS le 4 mars 2020 cosignée par les Prs John Britton, Jacob George, Linda Bauld, Sanjay Agrawal, John Moxham, Deborah Arnott, Ann McNeill, Nicholas S. Hopkinson. 


0 commentaires :

Publier un commentaire

Cliquez pour recevoir Vapolitique par email

Licence Creative Commons: Attribution (BY) + Non Modification des partages (ND)

Printfriendly

 
Real Time Analytics