L'UE veut-elle s'opposer à la dérive toxique de l'OMS lors de la COP9 anti-tabac ?

La COP9 anti-tabac de l’OMS est à l’ordre du jour du Conseil européen ce 29 juin. Son groupe de travail sur la santé publique se réunit en visioconférence, avec la Commission européenne, pour notamment préparer sa participation à la convention de l’OMS en novembre prochain. Initialement, la COP9 devait se tenir à la Haye en novembre 2020. Covid oblige, l’OMS l’a reporté d’un an et a finalement décidé de la tenir en virtuel. 

L’enjeu de la discussion du Conseil européen est la position commune des pays de l’UE. Ceux-ci ont abandonné leur autonomie de position dans le cadre de la Convention anti-tabac de l’OMS, au profit de représentant de l’UE au nom des 27 pays.

L’opacité totale des COP anti-tabac de l’OMS

Lors de la précédente COP8 à Genève en octobre 2018, Anne Bucher, qui venait d’être fraichement nommée DG Santé européenne, s’était exprimée au nom des pays de l’UE. En conférence de presse, sa méconnaissance du dossier était confondante. De ses positions durant les débats de la COP8, on n’en sait pas grand-chose. Toutes les discussions et négociations se déroulent à huis clos. Les journalistes sont strictement interdits. La presse ne relaie que les communiqués de l’OMS.

À Genève, comme aux précédentes COP anti-tabac, seuls les délégués des pays membres et un millier de lobbyistes triés sur le volet par l’OMS avaient accès au palais des congrès pendant la semaine. La plupart sont liés d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique ou au milliardaire Bloomberg. Dans le cadre de la COP9 virtuelle, on ne sait pas ce que l’OMS va permettre, ni de quelle manière, à ces influenceurs.

Les États-cigarettiers chez eux à l’OMS

Parmi les 180 pays membres de la Convention, 18 sont des États-cigarettiers. La Chine, l’Inde, le Japon ou encore la Thaïlande sont quelques-uns des pays propriétaires de cigarettiers. Publiée ce 22 juin, une enquête fouillée de l’OCCRP, spécialisé dans l’investigation journalistique sur des activités criminelles, montre l’essor explosif de China Tobacco sans que l’OMS s’y intéresse. Ces dernières années, celle-ci a préféré braquer l’attention sur le soi-disant danger du vapotage.

Lors de la COP8 en 2018, l’Inde et la Thaïlande, avec le soutien de l’OMS, avaient ouvertement milité pour recommander une prohibition mondiale de la vape. Leur demande n’a finalement pas passé le vote en assemblée. Mais l’OMS fait comme si cela était presque le cas et recommande aux Gouvernements la prohibition du vapotage, ou à défaut la législation la plus dure possible. L’OMS ne recommande évidemment pas l’interdiction des cigarettes. Seulement celle du vapotage. 

La violation de la Convention anti-tabac par l’OMS elle-même

En somme, l’OMS défend des approches d’autant plus dures, et de préférence la prohibition, que le produit réduit les risques pour l’utilisateur et l’éloigne de la consommation de tabac. Cette orientation est une violation manifeste de l’engagement de la Convention elle-même, qui stipule clairement à son article premier (d) que la lutte antitabac se définit par un ensemble de stratégies, dont « la réduction des risques ».

À la COP9, l’OMS veut interdire arômes et atomiseurs rechargeables

Pour la prochaine COP9, le document de préparation du groupe d’étude sur la réglementation des produits du tabac de l’OMS (TobReg), dont certains membres sont financés par Bloomberg sans que cela ne soit signalé dans le document, propose l’interdiction des arômes et des systèmes ouverts de vape, pour les pays qui n’ont pas déjà décrété la prohibition totale du vapotage. 

« Interdire la vente de systèmes électroniques d’administration de nicotine et de systèmes électroniques d’administration sans nicotine dans lesquels l’utilisateur peut contrôler les caractéristiques des dispositifs et les ingrédients liquides (c’est-à-dire les systèmes ouverts) », OMS, 8e rapport du SGTPR p. 313.


Le prétexte à interdire les atomiseurs rechargeables est une interprétation insensée des causes de la vague de pneumopathies aux États-Unis de 2019 mal nommée Evali. Il n’y a évidemment aucun consommateur qui a volontairement coupé son e-liquide au THC par de l’huile de vitamine E, en vue de s’autoarnaquer sur sa contenance en concentré de cannabinoïdes. L’ajout d’acétate de vitamine E a été fait par des dealers dans les réservoirs ensuite vendus scellés. 

Interdire les systèmes ouverts n’aurait aucun effet sur ce type de problème, et risque plutôt d’accroitre les risques en profitant au marché noir à l’origine des produits de THC frelatés. Accessoirement, la Convention anti-tabac ne concerne pas les produits de cannabis et la recommandation sort des compétences du groupe de l’OMS sur les réglementations à propos du tabac.

Faire du fric avec le tabac, les taxes et les médicaments

Difficile après cette proposition de ne pas saisir que le discours « anti Big Tobacco » de l’OMS, de ses soutiens et sponsors, est du marketing politique bidon et hypocrite. Interdire les atomiseurs rechargeables et les e-liquides aromatisés éliminerait des entreprises de vape indépendante.

Cependant, l’objectif réel de cette recommandation est probablement moins de favoriser Japan Tobacco, même s’il appartient pour 33 % à l’État nippon, que de manière plus globale de protéger l’économie tabagique des grandes nations productrices, dont notamment l’Inde. 

Ainsi que de préserver la part de chiffre d’affaires lié aux maladies provoquées par le tabagisme des multinationales du médicament. Soit près de 200 milliards $ par an. Des intérêts financiers qui, à part l’énorme gain des taxes sur le tabac des États, ne sont pas des intérêts européens. Ni en aucun cas ceux des populations.

Les Britanniques pourraient ne plus jouer à ce jeu de dupes

Grand contributeur de la Convention anti-tabac de l’OMS, le Royaume-Uni pourrait contester sa dérive perverse. Le Groupe interparti de la Chambre des communes (APPG) a produit un rapport vigoureux en ce sens. Les parlementaires recommandent notamment au Gouvernement britannique de « s’assurer que l’OMS revienne aux principes fondateurs du Traité anti-tabac qui inclut la réduction des risques, et s’opposer à toute décision d’interdiction du vapotage »

Après le Brexit, le Royaume-Uni aura plus de liberté d’action à la COP9. Par contre, la Commission européenne est probablement peu encline à suivre le pays qui lui infligé le camouflet du Brexit. Il faudrait donc une volonté affirmée des Ministres de la Santé à travers le Conseil européen pour imposer à la Commission de défendre les intérêts de la santé publique contre la dérive de l’OMS lors de la COP9. 

En réunion mardi prochain, les représentants des 27 Ministres de la Santé au Conseil européen auront-ils la lucidité et le courage de préparer à s’opposer à la mainmise des profiteurs du tabagisme et à la dérive toxique de la Convention anti-tabac de l’OMS ? Cela devient urgent.

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