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samedi 8 février 2020

Genève: les vapeshops lancent la récolte de signatures contre l'interdiction d'essayer les produits en magasin

Recueillir 5'294 signatures de citoyens du canton de Genève d'ici au 4 mars. Les boutiques de vape genevoises relèvent le challenge du référendum pour soumettre au vote la nouvelle loi sur le commerce. Sans remettre en cause la limitation d'âge de vente des produits, les vapeshops contestent notamment deux interdictions. L'obligation de rendre invisibles leurs produits depuis l'espace public, ce qui les forcerait à masquer leurs vitrines. Et, encore plus directement préjudiciable pour le public, l'interdiction de vapoter en magasin, qui de facto leur interdirait de faire essayer et expliquer en pratique les produits aux clients.

"Non à une loi qui entrave la cessation tabagique"

Cette interdiction porterait particulièrement atteinte aux fumeurs tentés d'essayer le vapotage. Pouvoir essayer pour déterminer le taux de nicotine et le matériel adéquat est une étape primordiale dans la démarche d'arrêt tabagique à l'aide du vapotage. L'entrave est particulièrement incompréhensible alors que, selon les chiffres officiels (sous-estimés selon des analyses), le tabagisme stagne depuis plus de dix ans à plus de 27% en Suisse.

Le bilan de la politique actuelle pointe même à un honteux 38% de fumeurs chez les jeunes adultes romands de 18 à 24 ans. Dans un pays où la boîte de 14 patchs non remboursés coûte près de 100 fs, le vapotage est devenu l'aide la plus utilisée pour arrêter de fumer en Suisse, avec près de 6% des tentatives avec son aide. Mais longtemps inhibé par la prohibition illégale de vente des liquides nicotinés, l'impact du vapotage sur la baisse du tabagisme y reste largement en deçà de pays comme le Royaume-Uni ou même la France, moins inféodés aux intérêts cigarettiers que la Suisse.

Élus sourds aux demandes des vapoteurs et des vapeshops

Devant la Commission du Grand Conseil genevois, Isabelle Pasini, représentante des professionnels de vape, avait demandé fin octobre une exemption pour les magasins spécialisés du projet d'interdiction de vapoter dans les lieux publics. Les élus n'en ont pas plus tenu compte que des observations et la documentation que j'avais présentées sous l'angle de l'intérêt des usagers et des droits à la réduction des risques pour les fumeurs. Pourtant, ne pas recevoir d'instruction pratique sur des produits dont l'usage est encore mal connu du public, augmente les risques de mésusages.

Aucune justification sanitaire

D'autre part, une interdiction de vapoter dans les espaces publics n'est soutenue par aucun élément d'ordre sanitaire. Les études ayant mesuré la qualité de l'air ambiant n'ont pas relevé de différence significative en termes de toxiques dans l'air de lieux confinés avec ou sans vapoteurs, y compris dans un vapeshop. Il n'y a aucun élément scientifique montrant un impact sanitaire pour l'entourage des vapoteurs. Les autorités genevoises se réfugient derrière un principe de précaution perverti pour l'occasion. En France, le Conseil d'État avait pour sa part rendu un avis défavorable à une telle mesure contre les libertés individuelles sans justification sanitaire.

On peut ajouter que la situation actuelle en Suisse, où les tenanciers sont libres de tolérer ou interdire le vapotage dans leurs lieux, n'engendre pas de problème particulier. Les autorités genevoises sont en train d'en inventer un. Il parait que c'est une partie du secret de la recette des fameuses Genferei.

À fortiori, viser spécifiquement les magasins spécialisés de vape apparaît comme un harcèlement injustifié de la part des autorités genevoises. L'interdiction de pouvoir essayer les produits de vapotage impacterait de manière négative spécifiquement les vapeshops, en première ligne pour l'aide à l'arrêt tabagique. Elle interdirait aussi les groupes autogérés d'aide à la défume avec la vape. L'énorme déception immanente à cette loi genevoise est la mise à mort de toute alliance possible entre milieu de la vape et monde de la santé pour lutter efficacement face au tabagisme. Alors que des initiatives intéressantes et heureuses se déroulent dans d'autres cantons, notamment à Olten.

Le mépris de l'élite genevoise 

À l'opposé de la posture étroite et méprisante des autorités genevoises, la démarche des addictologues d'Olten est de tendre la main vers les fumeurs des groupes sociaux les plus défavorisés. En Suisse, ils sont les plus touchés par le tabagisme, avec des proportions de 4 à 5 fois plus élevées dans les groupes sociaux défavorisés par rapport aux plus privilégiés. Ces personnes ont aussi, notamment en raison du stress, près de trois fois moins de chance de réussir leur arrêt tabagique que les fumeurs de l'upper class en Suisse. Une inégalité de chance à l'arrêt tabagique qui a explosé en 20 ans, selon le suivi Sapaldia.

Cette question est centrale pour contrecarrer l'accroissement des inégalités sociales de santé, et l'exemple anglais montre que l'essor du vapotage a accompagné une réduction très nette de cet écart entre groupes sociaux. Mais les élus genevois ont décidé d'ignorer les questions sociales et les éléments scientifiques concernant l'approche de réduction des risques pour embrasser le totem des interdictions. Une politique affirmant en filigrane que seuls les forts méritent de survivre, tandis que ceux qui ont eu la faiblesse de devenir fumeurs et n'ont pas les ressources de s'en sortir n'ont qu'à crever. "Quit or die", résume la pensée puritaine. 

Éliminer l'entraide pour cacher leur incompétence

Dans 96% des cas sans aide, les fumeurs échouent leur tentative d'arrêt. Les substituts nicotiniques en pharmacies sont hors de prix et non remboursés par l'assurance-maladie de base suisse. À l'opposé, lorsqu'elles sont bien conseillées et accompagnées, près des deux tiers des personnes qui tentent d'arrêter de fumer avec la vape réussissent. Dans la Genève pilotée par les élites calvinistoïdes, cet accompagnement bienveillant et compétent ne peut se trouver que dans les vapeshops et les groupes d'entraide autogérés. La disposition contre le droit d'essayer les produits de vapotage les éliminerait.

Ce n'est pas seulement que les autorités genevoises ne font rien depuis des années. Elles veulent avec ces mesures empêcher la population de se prendre en charge elle-même. Mon soupçon est que cette réaction est avant tout motivée par la peur que leur incompétence ne soit mise en lumière par l'action efficace de la population. Précisons que l'assimilation du vapotage à la loi sur la fumée passive est une modification connexe hors du champ de la loi sur le commerce initiale. C'est si abusif qu'une députée était tombée des nues lorsque j'avais mis le doigt sur ce problème en Commission (voir le mémorandum p.17).

Les arguments anti-science des autorités

Dans différents débats dans les médias locaux* ces derniers jours, les arguments présentés par les défenseurs de l'interdiction de pouvoir essayer le vapotage en magasins spécialisés se concentrent autour d'une position de principe anti-science, une haine de la réduction des risques et le mythe de l'effet passerelle.

Le rejet des évaluations scientifiques indépendantes du Public Health England et du Royal College of Physicians est implicitement basé sur l'idée que la science est incapable d'évaluer et d'analyser une fenêtre de risques de produits. Il s'agirait d'attendre d'avoir "assez de recul". C'est évidemment un obscurantisme arriéré et infondé, comme le montre l'explication du Dr Lion Shahab à Paris en octobre dernier. Il est un peu flippant de voir que les élus genevois n'ont rien à envier sur leur incompréhension de la science à d'autres régimes intégristes.

Leur second argument s'appuie sur la haine de la réduction des risques. Celle-ci s'habille en "principe de précaution" qui entend condamner les fumeurs à l'arrêt sans vape ou la cigarette et la mort. J'ai déjà expliqué en quoi l'instrumentalisation de ce principe en est une perversion dans ce contexte où la précaution est celle d'éviter le danger avéré, pas d'empêcher les fumeurs de prendre un moyen de se sauver.

Le 3e argument est celui du mythe de l'effet passerelle. Ce point rejoint en large partie le premier, puisqu'il s'agit pour y croire de ne pas observer les données réelles de ce qui se passe pour mieux fantasmer cette peur. Y compris en Suisse, lorsque les données sont récoltées de manière plus pertinente comme à Bâle.

Et pas mal de mauvaise foi

Il reste toujours désarmant d'entendre des élus-autruches vouloir empêcher les jeunes d'éviter d'essayer la cigarette avec le vapotage, y compris sans nicotine. Il y a là un espèce de bug cognitif qui a probablement à voir avec un déni de réalité de leur responsabilité dans la situation actuelle. Mais même sans tenir compte des analyses sur l'écroulement du tabagisme adolescent corrélé à l'essor du vapotage, il reste tout à fait obscur en quoi interdire aux fumeurs adultes d'essayer des produits de vape en magasins spécialisés pourraient prévenir un quelconque usage des adolescents.

Tout cela n'est pas rassurant sur les compétences intellectuelles des dirigeants genevois. On peut même avoir des doutes sur leur éthique. Les citoyens suisses résidents dans le canton de Genève peuvent inverser cette décision, en commençant par signer le référendum dans une des boutiques spécialisées du canton d'ici le 3 mars.

* Notamment sur la télévision locale Léman Bleu, entre Isabelle Pasini, représentante des vapeshops, et Jean-Marc Guinchard, élu démocrate-chrétien; 
sur la radio RTS la 1ère dans Forum entre la même Isabelle Pasini et Jocelyne Haller, élue d'Ensemble à gauche. 
Il y a aussi une séquence sur Radio Cité que je n'ai pas réussi à écouter, peut-être aurez-vous plus de succès technique que moi... http://radiocite.ch/chart/le-grand-format/ 


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