Comment la désinformation tue: la tragique démonstration de New York avec le Covid-19

La désinformation tue. Encore plus en période de crise. Le 8 mars à son point presse hebdomadaire, Bill de Blasio, le maire de New York optait pour une communication opportuniste sur l’épidémie de Covid-19. « Les personnes qui contractent le covid-19 sont les personnes qui ont des problèmes de santé préexistants », insiste le maire de New York en détachant bien les syllabes de « pré-existants ». Parmi ces caractéristiques, il cible le vapotage, aux côtés du tabagisme, du diabète, des maladies cardio-vasculaires, de déficience immunitaire, du cancer, etc.. 

Il justifie le dénigrement ciblé sur le vapotage parce qu’il y a à ce moment-là un vapoteur malade à New York. Sur les 110 000 personnes détectées avec le virus dans le monde à ce moment-là. Les médias se ruent sur l’accroche : le vapotage rend les gens plus vulnérables au COVID-19. Message reçu par la population : le virus menace des personnes à risques uniquement, et en particulier les vapoteurs. « Oh, mais alors il suffit de ne pas vapoter pour éviter d’attraper le coronavirus ? ». 

Un message qui n’a pas prévenu le désastre

Le 8 mars, New York comptait 20 cas de personnes infectées par le coronavirus. Ce 27 mars, selon les données du New York Times : New York compte 39 000 personnes infectées, 432 décès. Les 54 000 lits des hôpitaux new-yorkais vont être à saturation d’ici le début de la semaine prochaine, les 1800 lits de réanimation sont probablement déjà tous occupés depuis ce vendredi. 

L’annonce de Bill de Blasio le 8 mars a réussi à faire arrêter le vapotage à quelques New-Yorkais. Dont certains ont recommencé de fumer illico, si l’on croit leur message sur les réseaux sociaux. Mais il a surtout trompé sa population en floutant l’information sur la propagation du virus. Le coronavirus peut toucher tout le monde, et il se diffuse ainsi. Il a trompé ses concitoyens sur la nature des risques et des précautions qu’ils devaient réellement prendre. 

La priorité des politiciens : faire passer la loi S7507-A pour interdire le vapotage

Cette stratégie de communication du maire de New York a reçu le soutien du Gouverneur Andrew Cuomo. Ce dénigrement opportuniste du vapotage répondait pour les deux hommes du souci de faire passer la loi interdisant les liquides de vapotage aromatisés à New York. Au lieu de préparer la ville à l’épidémie, les deux dirigeants ont mis leur énergie à imposer une prohibition de tout produit de vapotage aromatisé, sous le nom de loi S. 7507-A. Le gouverneur a finalement réussi a l’inclure dans le projet de budget de l’État de New York, qui devrait être voté d’ici le 1er avril. L’association des vapoteurs CASAA tente de s’y opposer.

Dénigrer le vapotage semble aussi avoir été une opportunité politicienne dans le rôle classique de bouc-émissaire facile. Évacuer le poids de ses propres responsabilités dans la catastrophe de santé publique en en rendant coupables les vapoteurs. Mais, de toute évidence, il y a aussi une grande incompétence et une forme de déni de la catastrophe des deux responsables. 

Deux responsables totalement à côté de la plaque

Cinq jours après avoir chargé le vapotage, le 13 mars, Bill de Blasio annonce enfin une recommandation de distance sociale aux habitants de New York. Deux semaines après, il y en a déjà 40 fois plus et le pic est loin d’être atteint. Le maire s’est montré totalement à côté de la plaque. 

Le Gouverneur Andrew Cuomo ne semble pas plus lucide. À l’annonce du confinement, décrété seulement le 17 mars, il s’engueule en direct sur CNN avec son frère pour savoir qui d’eux deux est le préféré de leur mère dans une séquence surréaliste. Le 24 mars, le Gouverneur ne semble toujours pas avoir récupéré ses esprits et invoque en conférence de presse les forces de l’amour pour sauver New York. 

Covidiot : le Surgeon General n’a « même pas peur »

À la décharge des deux responsables new-yorkais, Jérôme Adams, le Surgeon General qui est une figure sanitaire censée jouer un rôle de référence aux États-Unis, se montre totalement incapable de comprendre ce qu’il se passe. Le 6 mars, il poste sur les réseaux sociaux un selfie de lui en avion accompagné d’un commentaire sur le fait qu’« il ne craint pas le Covid-19 ». 

Depuis, il se montre toujours aussi incapable de saisir la situation et d’offrir une réflexion de stratégie de santé publique. Il a donc suivi l’exemple des deux dirigeants new-yorkais et opté pour le dénigrement du vapotage en guise de dérivatif et distraire le public de son incompétence. Ce 23 mars au show Today de CNN, il présente ainsi une théorie tombée de nulle part pour accuser le vapotage des Italiens et des Américains d’être une possible cause du Covid-19 chez les personnes de 18 à 49 ans. 

Comment peut-on croire que le vapotage est responsable du coronavirus ?

En l’état des connaissances sur l’épidémie du Covid-19, forcément non consolidées, rien n’indique une particularité d’âge des personnes contaminées en Italie et aux États-Unis par rapport aux autres pays. Et absolument rien n’indique un quelconque rôle, positif ou négatif, du vapotage dans les infections. Comme le montre l’analyse des chercheurs Konstantinos Farsalinos, Anastasia Barbouni et Raymond Niaura des données disponibles publiées sur Qeios. Seules des fakenews inspirées de théories du complot absurdes ont répandu ce message avant que des responsables américains ne le reprennent.

Pourtant, les médias américains ont martelé ces deux dernières semaines ce message de peur du vapotage en priorité. « D’après mon comptage, il y a eu plus de 30 articles dans les journaux et d’innombrables commentaires sur les émissions et journaux télévisés essayant de plaider d’un certain effet sur les infections à coronavirus ou COVID-19 de la part du vapotage », rapporte Jim McDonald, sur le site spécialisé Vaping360. L’alarme des médias évoque deux cas de vapoteurs infectés au total au début de cette semaine, alors que le nombre total de cas était estimé alors à 350 000 dans le monde. Depuis, on a dépassé les 500 000 dans le monde, dont plus de 80 000 aux États-Unis.

Bloody Bullshit

Les deux semaines qui auraient dû être consacrées à prévenir la propagation du virus ont été utilisées par les deux principaux dirigeants new-yorkais, et dans leur sillage les médias américains, à un pur bullshitage politicien pour détourner l’attention du public. Cette désinformation va participer à tuer énormément d’Américains, et en particulier de New-Yorkais, en les ayant distraits des précautions à prendre alors que le virus se répandait. Les options stratégiques prises depuis par le président Trump et son administration ne semblent pas en mesure d’inverser cette tragédie déclenchée à New York. 

C’est aussi ainsi que les autorités sanitaires perdent la confiance du public. Les États-Unis comptaient, avant cette crise, un des taux les plus faibles de confiance du public envers leurs autorités de santé. The Economist du 5 mars relate un sondage du Wellcome Trust, un organisme de bienfaisance : 59 % des américains font confiance aux messages des autorités de santé de leur pays, contre notamment 80 % au Royaume-Uni et en Allemagne, 86 % en Corée du Sud. Les Européens devraient vraiment arrêter de s’inspirer des États-Unis dans ce domaine.

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