Le Président de l'ASH néo-zélandaise réclame une enquête indépendante sur la politique anti-tabac de l'OMS

Pr Robert Beaglehole, ancien directeur à l'OMS et actuel Président de l'ASH, la principale organisation antitabac de Nouvelle-Zélande

« L’ingrédient manquant à la stratégie de lutte contre le tabagisme de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est la réduction des risques. Elle est mentionnée dans la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac mais elle n’a jamais été mise en application »
. Voix calme et articulée, le Pr Beaglehole procède en vingt minutes à l’autopsie de l’échec de l’OMS face au tabagisme, lors de son allocution d’ouverture le 7 décembre au Ecig Summit de la Royal Society de Londres et qui vient d’être mise en ligne (vidéo plus bas). Le Président de l'Action on Smoking and Health de Nouvelle-Zélande (ASH-NZ) réclame une commission indépendante d’enquête sur la politique tabac de l’OMS, à l’image de celle qui a été créée concernant la Covid, alors que l'élection du Directeur général de l'OMS en mai prochain approche.

Le but doit être de réduire les maladies provoquées par le tabac fumé

« Mon analyse se base sur le but de santé publique de réduire les maladies et décès provoqués par la fumée de tabac, en particulier les cigarettes », pose le Pr Robert Beaglehole, président d'ASH (NZ), la principale organisation anti-tabac néo-zélandaise. « L’ennemi est le tabac brûlé et les toxiques qu’il dégage, ce n’est pas la nicotine ». Cet ancien directeur du Département des maladies chroniques et de la promotion de la santé de l’OMS se montre confiant sur les progrès possibles et ce que à quoi peut « ressembler un succès de la lutte anti-tabac ».

Trois éléments soutiennent son optimisme. Le tabagisme baisse dans les pays développés et de nombreux autres pays ont pris des dispositions en faveur de sa réduction. Deuxièmement, les jeunes connaissent des taux de tabagisme beaucoup plus faibles que les générations précédentes. « En Nouvelle-Zélande par exemple, il y a moins de 2 % des adolescents de 14-15 ans qui fument des cigarettes », illustre le président de l’ASH de Nouvelle-Zélande. 

Enfin et surtout, des produits à risque réduit sont apparus permettant aux fumeurs de sortir de la consommation de cigarette. « Mon point de vue a évolué durant les dix dernières années. Mais encore plus récemment, à travers la discussion avec des usagers et en particulier avec des vapoteurs », explique le Pr Robert Beaglehole. 

L’OMS a la responsabilité de mener une politique efficace

Cependant, pour atteindre le but d’un monde débarrassé des maladies et de la mortalité du tabagisme, l’OMS a la responsabilité d’indiquer la voie à suivre. « Je suis un grand soutien de l’OMS depuis près de cinq décennies », précise le Pr Robert Beaglehole. L’Initiative pour un monde sans tabac (TFI) et la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT) ont été créées par l’OMS sous la direction de la Dre Gro Brundtland, se rappelle le Pr Beaglehole qui y travaillait alors. 

Tedros, directeur général de l'OMS, s'est réjouit d'une baisse de 0,3 % par an du tabagisme mondial
En 2007, l’OMS annonce l’objectif de réduire de 30 % le tabagisme d’ici 2030. « Malheureusement, très peu de pays sont en voie de réussir », déplore le spécialiste d’épidémiologie. L’approche mise en œuvre à travers le programme MPOWER de l’Initiative pour un monde sans tabac (TFI) de l’OMS est en échec. Dans les pays où ces mesures ont été implémentées, le tabagisme n’a que très peu diminué, parfois même augmenté. 

Mais l’OMS s’est égarée sous l’influence de Bloomberg

Le Pr Beaglehole trace un lien entre cet échec et la source de financement, à hauteur de plus d’un milliard $ des activités de la TFI, dont le programme MPOWER, de l’OMS par le milliardaire Michael Bloomberg ces dernières années. « Malheureusement, cette source de financement a été préjudiciable à l’OMS et à ses activités anti-tabac globalement, en raison de l’approche prohibitionniste personnelle de Bloomberg contre les formes de délivrance de nicotine à risque réduit », regrette l’activiste anti-tabac. L'OMS pourrait pourtant mutualiser les dons pour éviter l'instrumentalisation de "philanthropes" sur des activités spécifiques, avec les risques de conflits d'intérêt qui en découlent actuellement.

L'OMS a récompensé l'Inde pour empêcher ses fumeurs d'arrêter avec la vape.
Il voit trois éléments clefs à l’échec de la lutte anti-tabac de l’OMS. En premier lieu, l’objectif principal erroné de viser à l’abstinence totale de nicotine pour tous. Deuxièmement, l’OMS a raté l’opportunité de soutenir les outils de réduction des risques. Enfin, l’organisation onusienne se concentre de manière disproportionnée sur le tabagisme juvénile au détriment du tabagisme en général. « L’OMS sur ce domaine a perdu son chemin », résume le président de l’ASH (NZ). 

La dernière COP 9 anti-tabac illustre cet égarement de l’OMS sous le sceau du secret et de l’opacité. En 2020, l'OMS a même décoré avec un cynisme malsain le ministre de la Santé de l’Inde pour sa prohibition du vapotage. Alors que l’Inde compte près d’un million de décès liés au tabagisme chaque année. « Incompréhensible », ponctue le Pr Beaglehole. 

La réduction des risques doit être intégrée pour atteindre les buts de santé publique

À l’opposé de cette fermeture dogmatique quasiment sectaire de l’OMS, le professeur de santé publique assure que « les objectifs de réduction des maladies liées au tabagisme ne seront atteints que si l’approche de réduction des risques est associée étroitement à la réduction du tabagisme ». Plusieurs pays rencontrent des succès avec la réduction des risques. Exemple d’avant-garde, la Suède est une preuve de la possibilité de réduire massivement les méfaits du tabagisme avec un outil de réduction des risques comme le snus. 

De son côté, le vapotage est en train de faire éclater le marché des cigarettes. « Près de 70 millions de personnes vapotent quotidiennement. C’est bien sûr encore un petit nombre en regard du milliard de fumeurs quotidiens. Évidemment, nous devons faire en sorte que ces nombres s’inversent. Malheureusement sous la pression de Bloomberg, l’OMS décourage agressivement le recours aux produits de délivrance de nicotine à risque réduit. De la folie »

Le besoin d’une enquête indépendante sur les activités anti-tabac de l’OMS

Pour que l’OMS retrouve ses esprits et son rôle, le Pr Robert Beaglehole propose que la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac respecte le principe de réduction des risques inscrit dans son texte fondateur. De même, les politiques anti-tabac devraient s’appuyer sur les données de science plutôt que des a priori idéologiques, a fortiori imposés par des incompétents aussi milliardaires qu’ils soient. 

Des demandes similaires sont adressées à l’OMS par les principaux experts du domaine depuis des années, sans succès. Pour débloquer la situation, le Pr Robert Beaglehole réclame une enquête indépendante sur le modèle de l’Independent Panel sur la Covid 19

L'élection du Directeur général de l'OMS en 2022

L’agenda politique de l’élection en mai 2022 du directeur général de l’OMS, poste actuellement tenu par Tedros Adhanom Ghebreyesus, offre une opportunité pour les pays membres de questionner les candidats sur leurs intentions à propos de la lutte contre les maladies provoquées par le tabagisme. La direction de l'OMS doit répondre de ses activités aux pays membres, rappelle le Pr Beaglehole lors du débat après sa présentation.

Cependant, on doit observer que les deux pays les plus contributeurs au budget de lutte anti-tabac de l'OMS, le Royaume-Uni et la France, se sont illustrés par leur silence accommodant concernant les orientations anti-réduction des risques de l'organisation onusienne, que ce soit en Assemblée générale de l'OMS ou lors des dernières COP. 

Le Pr Beaglehole apostrophe ses anciens collègues

En conclusion, le Pr Robert Beaglehole s’est adressé directement à ses anciens collègues à l’OMS. « Et si vous aviez tort? », demande-t-il aux opposants à la réduction des risques face au tabagisme. « Si vous vous trompez, le coût va être monstrueux et se mesurer en millions de décès évitables. Cela me semble un risque totalement inutile et inacceptable à prendre. Je vous demande d’envisager la possibilité que vous ayez tort »

  • Actuel président de l’Action for Smokefree 2025 (ASH), la principale organisation anti-tabac néo-zélandaise, le Pr Robert Beaglehole, professeur émérite en santé publique de l’Université d’Auckland (Nouvelle-Zélande), a travaillé à l’OMS à partir de 2000 où il été directeur du Département des maladies chroniques et de la promotion de la santé de 2004 à 2007.  
Pr Robert Beaglehole, ASH (NZ),  à l'E-Cigarette Summit 2021 : https://vimeo.com/649001613
Et le débat avec d'autres intervenants : https://vimeo.com/656993205
Les autres vidéos des présentations à l'E-Cig Summit : https://vimeo.com/smoothevents


Commentaires

  1. La prise de position de Beaglehole est d'autant plus forte qu'il avait (apparemment) signé la pétition anti-vape initiée par Glantz en 2014
    https://tobacco.ucsf.edu/129-public-health-and-medical-authorities-31-countries-write-who-dg-chan-urging-evidence-based-approach-ecigs
    Mais en 2019 il avait changé d'avis et l'a confirmé dans cette présentation au e-summit de 2021 à Londres. Sur l'influence excessive et toxique de Bloomberg (et Gates) sur l'OMS, lire le papier (en anglais)
    https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6097416/
    et simplement les faire publier les chiffres relatifs à leurs sources de financement: ils sont dans la main de Bloomberg.

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  2. C'est pourquoi ils ne publient pas (ou ce n'est pas facile de les trouver) les chiffres relatifs au financement de leur programme 'anti-tabac'.

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