Sans la vape, le tabagisme des ados américains serait beaucoup plus élevé


« Le vapotage est largement concentré chez les jeunes qui auraient probablement fumé sans l’introduction du vapotage, et l’introduction du vapotage a coïncidé avec une accélération de la baisse des taux de tabagisme chez les jeunes »
. Natasha Sokol, de la Brown University, et Justin Feldman, de Harvard, ont mené une analyse contre-factuelle, sur la base des données des enquêtes Monitoring the future de 2009 à 2018 concernant les élèves américains de 12e grade (terminale). Leur recherche, intitulée les « lycéens qui ont utilisé le vapotage auraient pu être fumeurs sans celui-ci », a été publiée en novembre dernier dans la revue Nicotine & Tobacco Research.

La chute du tabagisme juvénile s’est accélérée avec l’essor de la vape

Leur travail a consisté à établir les algorithmes à partir des données des années précédentes en prenant en compte des caractéristiques des répondants. Ils ont ainsi généré les évolutions probables du tabagisme des adolescents américains de 17 ans si la situation était restée similaire respectivement à celles de 2009, 2011, 2012, 2013 ou 2014. 

Leurs résultats confirment d’autres travaux précédents. Sans le vapotage, le tabagisme adolescent aux États-Unis serait probablement à un niveau nettement plus élevé. Le contre-factuel le plus bas, celui se basant sur 2014, projeté pour 2018 dépasse de 38 % les données de l’enquête réelle. Celui basé sur les données de 2011 est à peine moins du double de l'enquête réelle.

« La baisse du tabagisme actuel chez les élèves de 12e année s’est accélérée depuis que les cigarettes électroniques sont devenues disponibles. L’utilisation de la cigarette électronique est largement concentrée chez les jeunes qui partagent des caractéristiques avec les fumeurs de l’ère pré-vapotage », précisent les auteurs.

Modèle contre-factuel : ce qui se serait probablement passé sans la vape

Dans leur approche, les deux chercheurs ont produit un modèle mathématique des probabilités de fumer à partir des données des années passées et en intégrant les données socio-économiques et psychosociales des jeunes. Puis ils ont calculé avec chaque modèle les probabilités pour les années suivantes non incluses initialement dans le modèle. L’étude a pris en compte « un grand nombre de facteurs contribuant à la propension à fumer, et en vérifiant la validité prédictive des modèles en comparant la prévalence du tabagisme prédite par les modèles à la prévalence observée dans les mêmes données »

« Avant 2014, les différences entre la prévalence du tabagisme prévue et observée étaient négligeables. En revanche, pour la période de 2014 à 2018, les taux prévus ont systématiquement surestimé la prévalence du tabagisme observée. La prévalence prévue s’est écartée de plus en plus de la prévalence observée au fil du temps, à mesure que la prévalence du vapotage augmentait », rapportent les chercheurs.

La plupart des jeunes vapoteurs ont des profils semblables aux jeunes fumeurs de l’ancien monde

L’utilisation du vapotage était la plus faible parmi ceux dont la probabilité prédite de fumer était la plus faible et la plus élevée chez ceux dont la probabilité de fumer était la plus élevée. Autrement dit, les adolescents qui vapotent ont des profils caractéristiques des jeunes qui fumaient dans le monde d’avant l’essor de la vape. 

« Cette étude vient s’ajouter à un nombre croissant de publications indiquant que les avantages potentiels des e-cigarettes pour le sevrage tabagique ne sont probablement pas surpassés par leur contribution à l’initiation au tabac chez les jeunes, en termes d’impact global sur la santé publique », concluent les chercheurs. 

Parmi ces travaux, on peut citer une analyse contre-factuelle précédente de la Dre Arielle Selya et Floe Foxon, de l’institut Sandord Research, que nous avions chroniquée, qui montre des résultats similaires à partir des données annuelles des enquêtes NYTS de 1999 à 2018. Auparavant, le Pr David Levy a montré l’accélération de la chute du tabagisme des jeunes aux États-Unis à partir de 2013 dans plusieurs travaux et qu’il avait présenté au Sommet de la vape en 2019.


Références :

Natasha A Sokol, ScD, Justin M Feldman, ScD, High School Seniors Who Used E-Cigarettes May Have Otherwise Been Cigarette Smokers: Evidence From Monitoring the Future (United States, 2009–2018), Nicotine & Tobacco Research, Volume 23, Issue 11, November 2021, Pages 1958–1961, https://doi.org/10.1093/ntr/ntab102

Levy DT, Warner KE, Cummings KM, et al. Examining the relationship of vaping to smoking initiation among US youth and young adults: a reality check. Tob Control. 2019;28(6):629-635. doi:10.1136/tobaccocontrol-2018-054446 

Shahab L, Beard E, Brown J. Association of initial e-cigarette and other tobacco product use with subsequent cigarette smoking in adolescents: A cross-sectional, matched control study. Tob Control. 2021;30(2):212-220. doi:10.1136/tobaccocontrol-2019-055283

Foxon, F., and Selya, A. S. (2020Electronic cigarettes, nicotine use trends and use initiation ages among US adolescents from 1999 to 2018Addiction1152369– 2378https://doi.org/10.1111/add.15099.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les croyances erronées sur la nicotine ont un impact négatif sur l'arrêt tabagique aux Etats-Unis

Consultation européenne sur le projet de taxe anti-vapoteurs: quelques infos [MàJ]

En Norvège, le snus a engendré la première génération sans fumée