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vendredi 16 novembre 2018

[Op] Suisse: parlera t-on de réduction des risques aux manifs contre l'explosion des primes d'assurance-maladie?

Au lieu de leur donner accès aux soins, le système d'assurance-maladie est devenu une cause d'endettement pour des centaines de milliers de personnes en Suisse. "Désormais, certains Romands renoncent à se soigner, en raison de leur franchise élevée, tandis que plusieurs cantons ont introduit une liste noire des mauvais payeurs, qui n’ont désormais plus accès aux soins, sauf en urgence", expliquait l'émission Temps Présent de la RTS l'an passé. 

Manifs ce samedi à 14 h

Depuis, les primes ont poursuivi leur ascension, dépassant 500 Fs par mois pour l'assurance de base à Genève par exemple. Sans que cela n'amènent les autorités fédérales à prendre plus que quelques mesures cosmétiques. De quoi exaspérer la population, comme le montre le mouvement spontané de Lutte contre la hausse des primes d'assurance maladie (LCAPAM). A l'appel de ce groupe, né sur facebook et comptant près de 14'000 membres, des manifestations sont organisées ce samedi à 14 h dans sept villes.

Différentes causes sont à l'origine de ce marasme socio-sanitaire. En premier lieu, l'absence d'indexation des primes aux revenus. A laquelle s'ajoutent la gestion mercantile des caisses, des conflits d'intérêts croisés entre les lobbys, notamment des pharmaceutiques et des assurances, au parlement... et évidemment l'augmentation des coûts de santé. Ne soyons pas dupes, l'excuse est taillée sur mesure pour des dirigeants prompts à se défausser de leurs responsabilités et occulter les autres problèmes. Reste qu'ils augmentent.

Coûts inéluctables ou artificiellement entretenus?

Alain Berset, Conseiller fédéral en charge de la santé, prétend que la hausse des coûts de santé est "inéluctable". En réalité, sa responsabilité est violemment engagée sur la principale cause évitable de maladies: le tabagisme. Sa politique de prohibition du vapotage nicotiné a condamné les fumeurs à ne pas pouvoir arrêter avec l'aide la plus populaire et la plus efficace. Alors que le tabagisme coûterait près de 4,6 milliards de Fs annuels en coûts de santé en Suisse. 

L'interdiction des liquides nicotinés, finalement reconnue illégale et abrogée par le Tribunal administratif fédéral en avril, est directement responsable d'avoir nourri artificiellement les coûts de santé. Depuis 2011, l'Angleterre a réduit d'un quart son nombre de fumeurs, passant en dessous de 15% de la population à présent, avec une politique d'incitation positive au vapotage. Dans le même temps, le tabagisme de la Suisse d'Alain Berset a stagné à plus de 27%

Le fumeur est-il un salaud universel?

En contre-feu aux manifestations de samedi, une campagne se met en place ces derniers jours pour désigner des bouc-émissaires. Sondage orienté diffusé par le quotidien gratuit 20 Minutes à l'appui, se dessine la figure du salaud de fumeur responsable des primes élevées. Et qu'il faudrait punir de primes encore plus élevées, susurre la manipulation facile à l'oreille de la population. En réalité, les fumeurs sont les principales victimes, non seulement dans leur chair, mais aussi financièrement du tabagisme. Alors qu'ils sur-financent déjà proportionnellement les comptes de l'AVS, augmenter leurs primes d'assurances serait non seulement injustes mais surtout contre-productif. 

Le changement personnel se nourrit de confiance. La stigmatisation et l'accroissement des difficultés sociales et financières entravent la sortie du tabagisme. Le fossé grandissant en Suisse dans le succès à arrêter de fumer selon sa classe sociale est éloquent, bien que totalement passé sous silence en premier lieu par les "milieux de la santé". Etre aisé assure trois fois plus de chances de réussir sa tentative d'arrêter de fumer que d'être défavorisé, selon le suivi Salpadia en 2011. Pour ne plus fumer, il faut des moyens concrets d'aide, des encouragements et du soutien pour avoir la confiance de s'engager dans un changement parmi les plus difficiles qui existe. 

Mouvement publique de santé

La politique anglaise s'appuie sur ces deux éléments avec succès: l'accès à l'outil de réduction des risques qu'est le vapotage et des incitations positives au changement - ce que Richard Tahler appelle les nudges -. Une approche qui tend à réduire les inégalités de chances d'arrêt entre classes sociales. L'administration d'Alain Berset ayant fait plus que la démonstration de son incapacité à saisir et, a fortiori, à mettre en oeuvre ces éléments actuels, la question se pose de savoir si son successeur sera plus compétent et courageux pour initier une politique moderne et efficace en la matière

En attendant, espérons que la société civile Suisse s'empare à son tour de la question de la réduction des risques, en particulier face au tabagisme avec le vapotage. Un moyen de freiner les coûts de santé, à défaut de résoudre les problèmes de déloyauté des dirigeants mis en lumière aussi bien par la gestion des assurances-maladies que la politique tabac.


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