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vendredi 9 novembre 2018

Un scanning de la couverture de presse mondiale sur le vapotage montre le grand décalage entre les journalistes et le public

Ils ont déniché 86'872 articles d'information traitant du vapotage depuis 2013. Une équipe de chercheurs américains du domaine de la santé publique a scanné plus de 100'000 sources en 23 langues provenant de 148 pays dans les archives de Google News, Bing News et des partages sur Twitter à partir de mots-clefs dans le registre du vapotage. De 8 articles publiés par jour en 2013, la moyenne de publications quotidiennes a bondi à 75 au premier semestre 2018. "Les informations données sont à la fois un marqueur de l'essor des ENDS [systèmes électroniques de délivrance de nicotine, acronyme utilisé par les auteurs pour parler de vapotage] et un vecteur de la manière dont les informations (et la désinformation) sont diffusées à propos des ENDS", estiment les auteurs de l'étude dirigée par John Ayers, de l'Université de San Diego, et publiée dans la revue Plos One

Une étude financée par le milliardaire anti-vape Michael Bloomberg

"Où les ENDS bénéficient-ils d'une couverture? Quelles problématiques émergent? Quelles stratégies réglementaires sont privilégiées? Le monitorage des médias d'information peuvent répondre à ces questions, et à bien d'autres encore", argumentent les auteurs. Financés par l'organisation de l'affairiste anti-vape Michael Bloomberg, ils ont analysé la provenance géographique, le sujet des reportages, la popularité des sujets dans le public, et le sentiment à propos du vapotage véhiculé par les articles.

La plupart des articles concernent les Etats-Unis avec 34% du total des publications, devant le Royaume-Uni (7%). Les articles de France sont très loin derrière symbolisant le peu de traitement du sujet au niveau francophone. La menace que fait peser la loi française contre l'information positive sur le vapotage jouant probablement un rôle dans ce mutisme.

Alarmisme contre arrêter de fumer

Le grand écart entre l'intérêt et l'orientation des journalistes et le public commence à se dévoiler avec les catégories des articles sur le vapotage. Les médias anglophones et francophones privilégient les informations d'avertissements contre le vapotage, devant les questions d'interdictions. Les sujets sur les prix viennent en troisième place dans ces régions, tandis qu'ils sont le centre d'intérêt premier dans les pays de l'est (Russie, Ukraine), en Inde et en Egypte.

Mais ces intérêts éditoriaux ne sont pas forcément ceux du public. Le principal sujet propulsant la popularité d'articles sur la vape est l'arrêt tabagique. "Il y a peu d'articles sur les ENDS centrés sur l'arrêt du tabac, mais ces articles ont le plus de chances d'être populaires, avec une probabilité de 13% de finir dans les 3 premiers déciles du classement de popularité", souligne la recherche. Dans la sphère francophone, les journalistes privilégient dans 30% des cas l'alarmisme, contre seulement 8% d'articles traitant de l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage. 

Le double d'articles négatifs que positifs

Une accentuation de la faible popularité des sujets de prédilection des journalistes est peut-être à chercher dans l'orientation qu'ils impriment à leurs articles. En analysant des marqueurs de sentiment exprimés par les registres sémantiques, les chercheurs notent que "très peu d'articles (17%) expriment des sentiments positifs, et seuls environ 1% sont fortement positifs". Selon l'analyse des chercheurs, le double d'articles expriment une orientation négative (39%), voire très négative (2%). Parmi les 44% d'articles classés comme neutres, on peut noter que ceux utilisant un registre très légèrement négatif sont plus de quatre fois plus nombreux que ceux très légèrement positifs.
La provenance géographique ne semble pas jouer de rôle sur l'orientation positive ou négative des articles. "Cependant, les articles sur l'abandon du tabac et les prix étaient généralement plus positifs que les articles ayant d’autres sujets", remarque l'étude publiée dans Plos One.

La césure avec le public 

"Nos résultats mettent en évidence plusieurs déconnexions entre les priorités de la communauté scientifique et les domaines de préoccupation potentiels du public", concluent les auteurs. Ils déplorent que les journalistes ne traitent pas suffisamment à leur goût du projet d'interdiction des arômes de vapotage. "De plus, les articles les plus populaires concernent comment arrêter de fumer, alors que ces articles contiennent plus de représentations positives que d’autres articles sur les ENDS", regrettent les auteurs, avant d'insister: "Bien que les études sur les ENDS comme aide à l'arrêt tabagique restent limitées et controversées dans le monde universitaire, le public semble désirer en apprendre davantage et les rédacteurs discutent souvent de manière positive de l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage".

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