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samedi 16 novembre 2019

Etude: Une nette amélioration cardiovasculaire pour les fumeurs qui passent au vapotage dés le premier mois

"La fonction vasculaire s'est nettement améliorée moins d'un mois après être passée de la cigarette de tabac fumée au vapotage", souligne le Pr Jacob George, de l'Université de Dundee, qui a dirigé la recherche nommée VESUVIUS - pour Vascular Effects of Regular Cigarettes Versus Electronic Cigarette Use. Publiée hier dans le Journal de l'American College of Cardiology, c'est la plus grande étude sur les effets cardiovasculaires pour les fumeurs qui passent au vapotage effectuée à ce jour. 

L'équipe de l'Université de Dundee (Ecosse) a mesuré plusieurs indicateurs cardio-vasculaires clefs de 114 fumeurs - d'au moins 15 cigarettes par jour depuis au moins deux ans - durant un mois. Les deux groupes qui sont passés au vapotage, l'un avec des liquides nicotinés à 16 mg/ml (37 personnes), l'autre sans nicotine (37 personnes), ont vu la mesure de la capacité de dilatation des vaisseaux (flow mediated dilation - FMD), ou fonction vasculaire (ou endothéliale), significativement s'améliorer après un mois. Le troisième groupe témoin (40 personnes) qui a continué de fumer n'a sans surprise pas évolué.

Près de 20% de risques d'accidents cardio-vasculaires en moins après un mois

"Pour mettre en contexte, chaque point d'amélioration de la fonction vasculaire entraîne une réduction de 13% du taux d'événements cardiovasculaires tels que les crises cardiaques [selon une étude précédente]. Chez ceux passés de la cigarette de tabac fumée au vapotage, nous avons constaté une amélioration moyenne de 1,5 points en un mois seulement. Cela représente une amélioration significative de la santé vasculaire", précise le Pr Jacob George, dont l'étude a été financée par la British Heart Foundation.

Les résultats n'ont pas montré de différence notable entre le groupe de vapoteurs avec (1,44 points d'amélioration) et celui sans nicotine (1,52 points d'amélioration). Par contre, parmi les vapoteurs, ceux qui se sont le plus tenus à un usage exclusif du vapotage, mesuré par le taux de monoxyde de carbone (CO) expiré, "ont le plus bénéficié en termes d'amélioration de la fonction endothéliale", caftent les chercheurs dans leur papier.

Un non-fumeur en bonne santé peut s'attendre à un score FMD de 7,7%, explique le site New Scientist"Les fumeurs chroniques qui sont passés au vapotage avec nicotine ont vu leur FMD augmenter d'environ un cinquième, passant de 5,5% à 6,7% à la fin du mois. Cela signifie qu'en l'espace d'un mois, les nouveaux vapoteurs étaient à mi-chemin du niveau FMD d'un non-fumeur en bonne santé".

Des effets positifs plus nets chez les femmes et les fumeurs moins anciens

Le nombre d'années de tabagisme a un impact sur la régression des méfaits après l'arrêt avec le vapotage. Ceux ayant fumé durant moins de 20 ans ont eu une amélioration plus nette, avec des baisses de la rigidité vasculaire et du rythme cardiaque au repos, que les plus anciens fumeurs. "Cela suggère que la tendance à une baisse de la pression artérielle dans les groupes de vapoteurs pourrait être importante. Des études à plus long terme sont nécessaires pour déterminer s’il existe une réduction statistiquement et cliniquement significative de la pression artérielle lors du passage de la cigarette de tabac au vapotage en raison de l’amélioration de la rigidité vasculaire", précise l'étude.

"Les femmes aussi ont bénéficié significativement plus que les hommes d'opter pour le vapotage, et nous en cherchons toujours les raisons", ajoute le Pr Jacob George. Les auteurs insistent que leur étude montre une amélioration rapide de la fonction vasculaire pour les fumeurs chroniques passant au vapotage et "suggère donc que d'un point de vue vasculaire, le vapotage pourrait être une alternative moins nocive à la cigarette de tabac. Mais il n'y a aucune justification ni preuve dans nos travaux pour affirmer que le vapotage est sûr en soi et, par conséquent, les non-fumeurs ne devraient jamais les considérer comme des dispositifs inoffensifs à essayer".

Interview (2 mn) du Pr Jacob George qui a dirigé l'étude:

Une étude majeure

Le Pr Jeremy Pearson, directeur médical de la British Heart Foundation qui a commandité l'étude, rappelle que le tabagisme est un des risques majeurs cardiovasculaires. "Cette étude suggère que le vapotage peut être moins nocif pour les vaisseaux sanguins que de fumer des cigarettes. Un mois à peine après avoir abandonné le tabac pour les cigarettes électroniques, la santé des vaisseaux sanguins des gens avait commencé à se rétablir", note t-il à Eurekalert. 

"Enfin, voici une étude randomisée chez l'homme qui fournit des données pertinentes sur le sujet. Les fumeurs qui passent au vapotage bénéficient d'avantages cardiovasculaires importants - ou, pour être plus précis, évitent les risques cardiovasculaires du tabagisme. Fait important, les avantages sont les mêmes pour le vapotage avec ou sans nicotine", souligne le Pr Peter Hajek, de l'Université Queen Mary de Londres, sur le Science Media Center

"Bien que nous ayons récemment entendu beaucoup d'histoires sur la manière dont les cigarettes électroniques et la nicotine pourraient aggraver la santé cardiaque, ces études s'étaient concentrées sur des données à très court terme et nombre d'entre elles ne sont pas réalisées chez l'homme. Cette étude devrait rassurer, car elle a étudié plus de personnes et les a suivies plus longtemps que nombre d'études récemment publiées", appuie la Dre Jamie Hartmann-Boyce, de l'Université d'Oxford et rédactrice en chef du groupe tabac de l'institut Cochrane.

[add 12h] Le Pr Konstantinos Farsalinos, cardiologue au Centre Onassis d'Athènes, souligne sur son blog hier soir que "des améliorations de la fonction vasculaire ont été observées même chez ceux qui n'avaient pas complètement arrêté de fumer mais avaient considérablement réduit leur consommation de tabac. Il s'agit d'un autre élément d'information important, en particulier pour ceux qui insistent sur le fait que le double usage (qui inclut les vapoteurs qui fument encore une cigarette par jour ou pas tous les jours) n'a aucun avantage ou peut être associée à un risque plus élevé que de fumer uniquement".

A l'opposé, la Dr Rose Marie Robertson, responsable scientifique de l’American Heart Association (AHA), a déclaré à Fox News que "l'étude est bien faite, mais ses conclusions comportent d'importantes mises en garde. Par exemple, un certain nombre de facteurs sont restés inchangés chez les fumeurs qui ont changé de mode, notamment les marqueurs de l'inflammation et la réactivité plaquettaire". L'American Heart Association vient de lancer une grande campagne publicitaire contre l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage aux Etats-Unis, intitulée "Big Vape #QuitLying". L'organisation financée par le lobby pharmaceutique accuse notamment les vapoteurs de mentir lorsqu'ils disent avoir arrêté de fumer. [/]

Dans le Guardian, Deborah Arnott, directrice de l'Action on Smoking and Health (ASH), insiste que "les vapoteurs ne devraient pas être poussés par la peur à reprendre le tabac, cela leur coûterait la vie". Malgré l'importance de cette étude et du sujet en terme de santé publique, nous n'avons pas vu pour le moment de couverture à son propos dans la presse francophone...

Le Pr Konstantinos Farsalinos, du centre Onassis d'Athènes, a présenté vendredi (en 15 mn) l'état des connaissances - sans les résultats de cette dernière étude - sur la question des risques cardiovasculaires du vapotage au 7ème Ecig Summit à la Royal Society de Londres (en anglais avec la pointe d'accent grec):


jeudi 14 novembre 2019

Raphaël, le jeune belge, est-il décédé à cause du mépris des autorités envers les associations d'usagers? [MàJ]

A ne pas avoir pris la peine d'écouter l'avertissement des associations européennes de réduction des risques, les autorités ont-elles fait preuve d'une négligence mortelle? Raphaël P. est décédé ce 6 novembre aux clinique Saint-Luc de Bruxelles. Selon la presse locale, le jeune belge de 18 ans aurait succombé à des complications pulmonaires ayant provoqué une insuffisance respiratoire. Les analyses médicales sont en cours. 

Cependant devant le parlement, Maggie De Block, la Ministre de la santé belge, affirme que le "lien avec la cigarette électronique est établi. Il n'y a chez ce patient aucune autre explication pour une pneumonie aussi grave". Le père de la victime donne des précisions sur son usage du vapotage. En mai, le jeune avait reçu une vaporette. "Il ne l’a utilisé que deux semaines environ. Après, il s’est mis à fumer. Vers la mi-septembre, il a testé du CBD par vapoteuse avec son frère et sa mère. Eux n’ont rien eu", précise Thierry P., le père de la victime, au journal SudPresse. 

Les analyses médicales sont en cours

"Nous ne possédons pas encore les résultats des analyses pour Raphaël mais, de tous ces éléments, il nous semble logique de recommander une extrême prudence dans l’utilisation de la vapoteuse et certainement de produits contenant des dérivés du cannabis", précise de son côté le Pr Luc-Marie Jacquet, responsable du service d'infectiologie des cliniques de Saint-Luc de Bruxelles.

L'accident était-il évitable? 

Si l'hypothèse d'une pneumopathie liée au vapotage de liquide à base de CBD, comme insiste lourdement la presse belge, se confirmait alors l'absence de réaction des autorités à l'avertissement de l'European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA) publié le 5 octobre dernier pourrait être synonyme de négligence grave. 

Le 5 octobre l'ETHRA avertissait de produits dangereux en Europe

Le regroupement des associations de défense de la réduction des risques et des droits des usagers avait prévenu de la présence en ligne de vente à destination d'acheteurs européens de produits avec de l'huile et de la vitamine E. "Les liquides contenant des huiles ou de l'acétate de vitamine E sont potentiellement nocifs, même pour une utilisation à court terme", insistait alors le communiqué de l'ETHRA.

Ayant constaté l'absence totale d'intérêt et de réaction, malgré plusieurs tentatives de militants pour faire retirer de la vente en ligne des produits problématiques, j'avais relancé la problématique à travers un billet le 24 octobre. Sans aucune réaction, ni intérêt des autorités. Juste l'habituel mépris bureaucratique et l'absence de consultation des principaux concernés et défenseurs des usagers. Aujourd'hui, le site américain qui vend en ligne depuis la Pologne des vape-pens remplis d'huile et de vitamine E est toujours actif  [edit 15-11-2019 à 1h] a rendu le produit problématique  indisponible à la vente. [/]
Aujourd'hui, même le CDC reconnait que la vitamine E des produits du marché noir est impliquée dans les pneumopathies aux Etats-Unis.
Pourtant entre temps, le Centre for Disease Control (CDC) américain a confirmé que les décès consécutifs à des pneumopathies aux Etats-Unis sont tous liés à des produits contenant de la vitamine E. "Ces analyses apportent la preuve directe que l'acétate de vitamine E est le principal responsable de lésions dans les poumons", a assuré Anne Schuchat, directrice adjointe des CDC. Une analyse qui arrive quatre mois, et plusieurs milliers de malades supplémentaires, après les alertes et éclairages sur le sujet des utilisateurs aux Etats-Unis.

L'acétate de vitamine E est une substance sur une base huileuse utilisée par les dealers pour tromper les usagers sur la qualité des produits au cannabis. Nous avions insisté en août et septembre sur cette origine des problèmes. Une analyse qui avait reçu le commentaire de théorie "fumeuse" par le Journal International de Médecine (JIM). C'était au moins une forme de réaction. Celles des autorités, les défenseurs des droits des usagers de moyens de réduction des risques les attendent toujours.


mercredi 13 novembre 2019

Réactions de scientifiques à l'étude allemande qui a "identifié" l'acroléine comme toxique chez des souris

Une étude publiée ce matin dans l'European Hearth Journal, montre un effet cardiovasculaire du vapotage avec nicotine chez des fumeurs. Un fait bien connu et pas spécialement mieux éclairé par les chercheurs allemands, menés par le Dr Thomas Münzel, de l'Université de Mayence. La publication prétend aussi avoir identifié l’acroléine comme molécule toxique dans le vapotage. Sur cette accroche des médias français, comme l'Express, en discutent sans grand éclairage du contenu. 

Le fait que l'acroléine est toxique est aussi un fait connu depuis longtemps. Que ce soit dans la fumée de cigarette ou dans les émanations de cuisine, en particulier la cuisson frite à l'huile. L'étude sophistiquée met en relief l'effet de stress oxydatif de l'acroléine chez des souris en ayant inhibé chez certaines d'entre elles l'enzyme NADPH oxydase phagocytaire NOX-2. 

Mais un des problèmes méthodologiques qui se pose directement pour évaluer la pertinence de ces résultats est de savoir si les vapeurs qu'ont été forcées d'inhaler les souris ont été obtenu de manière réaliste dans cette étude. On sait qu'en faisant brûler par surchauffe ou fonctionnement à vide une vaporette, il y a moyen de produire des aldéhydes, dont l'acroléine, de manière artificiellement astronomique et irréaliste. Le matériel supplémentaire de l'étude publié ne permet pas de savoir précisément la manière dont la vaporette a été utilisé. Par exemple, la photo (ci-dessus) de l'installation ne montre pas clairement comment était disposée l'ego-C de Joyetech lors de l'utilisation.

[add du twitt de Xavier qui cite un aspect problématique de la méthodologie]

Les commentaires contrastés des scientifiques britanniques (aucun n'a de conflit d'intérêt), publiés en anglais par le Media Science Centre ce matin, m'ont semblé pertinents pour décrypter la valeur de l'étude et des articles de presse qui la médiatisent. Voici leur traduction:

Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur la dépendance au tabacà l'Université Queen Mary de Londres:
"Les auteurs ont détecté deux effets. Chez les fumeurs, la nicotine provenant du vapotage a produit un effet stimulant aigu typique, également observé après avoir bu du café, qui ne signale aucun danger en soi. 

Chez les souris et dans des échantillons de tissus, l'acroléine, une substance chimique qui peut être générée lorsque le liquide de vapotage est frit, a eu des effets plus dommageables. Cela ne concerne toutefois pas les vapoteurs humains. La friture d'un e-liquide produit ce produit chimique, mais produit également un goût aversif que les vapoteurs évitent. Les vapoteurs humains ont des niveaux d'acroléine similaires à ceux des non-fumeurs et beaucoup plus faibles que ceux des fumeurs."

Pr Ajay Shah, directeur de l'école de médecine cardiovasculaire et des sciences et professeur de cardiologie à la BHF du King's College de Londres:
"Cette étude montre de manière convaincante que l’utilisation de cigarettes électroniques chez les fumeurs de cigarettes entraîne une dégradation supplémentaire à court terme de la fonction de la paroi interne des vaisseaux sanguins - l’endothélium. 

Il est reconnu que la fonction anormale persistante de l'endothélium prédispose à long terme (plusieurs années) à la formation de plaques sur les artères pouvant entraîner une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral. L'effet d'un épisode de vapotage de cigarette électronique sur l'endothélium est similaire aux effets à court terme du tabagisme, de l'hypercholestérolémie ou du diabète, mais cette étude ne permet pas de savoir s'il aurait des effets nocifs à long terme sur la santé. 

Il est important de noter que les chercheurs n'ont pas étudié les effets des cigarettes électroniques sur les non-fumeurs en bonne santé, mais uniquement chez les personnes qui fument régulièrement des cigarettes et dont l'endothélium est peut-être déjà légèrement anormal - nous ne pouvons donc pas extrapoler ces résultats à des non-fumeurs. . Ils ont également étudié uniquement les effets d'un épisode de vapotage.

La deuxième partie de l'étude a consisté à exposer des souris à la vapeur de cigarette électronique pendant cinq jours au maximum et à évaluer l'impact sur leurs vaisseaux, poumons et cerveau. Les chercheurs ont trouvé des preuves de lésions de tous ces organes mais ces résultats sont moins faciles à extrapoler à l'homme et ils n'ont pas inclus tous les groupes de contrôle appropriés pour améliorer la confiance en ce résultat. 

Les conclusions des études sur les animaux concernant les effets possibles sur les poumons et le cerveau nécessitent donc des recherches plus poussées chez l'homme pour déterminer si le même phénomène se produit chez l'homme. Cependant, il est tout à fait clair que les cigarettes électroniques semblent avoir des effets potentiellement nocifs sur l'endothélium chez les personnes qui sont des vapoteurs ordinaires, ce qui indique qu'elles ne sont pas inoffensives."

Dr Gavin Sandercock, enseignant en physiologie clinique (cardiologie) et directeur de la recherche à l'Université d'Essex:

"Cette étude a été réalisée chez la souris et sur 20 fumeurs humains. Le travail avec les souris est très complexe mais je ne l'ai pas trouvé très convaincant. Le travail humain étant compliqué par le fait que les gens fumaient déjà, nous ne pouvons donc pas savoir dans quelle mesure l'effet observé pourrait résulter de dommages liés au tabagisme. 

Tous les effets du vapotage sur les fumeurs étaient des changements à court terme qui se produisent lorsque la nicotine pénètre dans le corps; que ce soit en fumant des cigarettes, en vapotant, en utilisant des patchs ou des gommes nicotinées - ils ne sont pas spécifiques au vapotage. 
Un grand nombre des problèmes de santé potentiels suggérés dans l'étude ne sont pas basés sur les humains qui ont participé, mais proviennent d'expériences effectuées sur des souris. Cela rend les résultats difficiles à généraliser à la santé humaine.

Les auteurs disent: "Au Royaume-Uni, 1,6% des 11-18 ans consomment des cigarettes électroniques plus d'une fois par semaine, contre 0,5% en 2015". Mais ces chiffres n'ont pas de sens si on ne sait pas la part de jeunes déjà fumeurs, ou combien auraient fumé des cigarettes s'ils n'avaient pas vapoté. Vaper est peut-être moins sain que de respirer de l'air, mais toutes les preuves suggèrent qu'il est loin d'être aussi malsain que de fumer des cigarettes. Parce que les cigarettes sont si nocives, beaucoup plus nocives que le vapotage, tout enfant qui vape au lieu de fumer s'en trouve mieux. De même, tout fumeur qui passe au vapotage est susceptible d'améliorer sa santé par rapport à quelqu'un qui continue de fumer des cigarettes.

Les auteurs décrivent comment ils mesurent le flux sanguin et la rigidité artérielle de 20 fumeurs actuels avant et après avoir vapoté. Mais nous savons que la cigarette provoque un dysfonctionnement endothélial - c'est un fait. Les changements décrits ici à la suite de la vaporisation sont de courte durée, de petite taille, ne sont pas nécessairement révélateurs d'un mauvais état de santé en soi et pourraient avoir été très différents chez les non-fumeurs ou même dans les vapoteurs habituels par rapport à ce petit échantillon de fumeurs. Nous ne pouvons donc pas dire à quel point ces effets sont liés au fait que ces personnes sont fumeurs.

Les auteurs disent: «Nos données peuvent indiquer que les cigarettes électroniques ne sont pas une alternative saine aux cigarettes traditionnelles et que leur "sécurité" perçue n'est pas garantie». Mais cet argument rate la question du meilleur niveau de sûreté relatif du vapotage sur les cigarettes fumées. Les cigarettes augmentent d'environ un tiers le risque de décès prématuré, et il n'y a pas encore de preuves indiquant que le vapotage constitue une menace pour la santé. Il n’y a de manière certaine aucune preuve qu’il soit pire ou aussi mauvais que les cigarettes.

Les auteurs disent que «l' épidémie de cigarettes électroniques aux États-Unis et en Europe, en particulier chez nos jeunes, est à l'origine d'une énorme génération de toxicomanes à la nicotine». Je ne suis pas d'accord avec cette affirmation. Selon le CDC l'année dernière, le taux de tabagisme a chuté au niveau record de 14% aux États-Unis. Les graphiques de l'OMS* indiquent l'ampleur de la baisse du tabagisme en Allemagne (où cette étude a eu lieu) et en Europe. L'OMS prévoit que cette chute de la prévalence du tabagisme va se poursuivre - ce qui ne permet pas de penser qu'il existe une augmentation de la dépendance à la nicotine.

Les gens ne seraient mis en danger en passant des cigarettes au vapotage si l'on savait que ces dernières présentaient PLUS de danger pour la santé, mais rien ne permet de penser que cela soit vrai."
* http://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0009/402777/Tobacco-Trends-Report-ENG-WEB.pdf?ua=1


Pr Tim Chico, professeur de médecine cardiovasculaire et consultant honoraire en cardiologie à l'Université de Sheffield:

"Cette étude a été menée chez l'homme et la souris et montre clairement que les cigarettes électroniques ont des effets négatifs sur le système cardiovasculaire. Ces effets négatifs (augmentation du stress dans les vaisseaux sanguins et détérioration de la fonction des vaisseaux sanguins) ne prouvent pas complètement que les cigarettes électroniques conduiront certainement à des formes de maladies cardiaques telles que les accidents vasculaires cérébraux et les crises cardiaques, car elles nécessiteraient une très grande étude sur plusieurs années. Toutefois, ces résultats laissent penser qu'il est fort possible que l'utilisation de cigarettes électroniques augmente le risque d'attaque cardiaque et d'attaque cérébrale plus tard dans la vie.

Même si je soupçonne toujours qu'il est peu probable que les cigarettes électroniques soient aussi nocives que le tabac conventionnel, toute augmentation du taux d'utilisation de ces cigarettes chez les personnes qui n'ont jamais fumé de produits du tabac conventionnels serait particulièrement préoccupante. Il n'est pas vrai que les cigarettes électroniques soient inoffensives. Cette étude a révélé que les cigarettes électroniques produisent de nombreux produits toxiques pouvant endommager les tissus sains.

Les auteurs de cette étude appellent les pays à envisager de les interdire. Cela soulève une question délicate, car une interdiction à ce stade serait l'absence de preuves évidentes d'une augmentation à long terme du risque de maladie cardiaque. Cependant, il faudra des années pour accumuler de telles preuves avant que des personnes s'exposent à des risques.

Cette étude ne devrait empêcher personne de prendre des mesures pour réduire ou cesser de fumer, mais si vous utilisez des cigarettes électroniques, vous devez les utiliser pour un minimum de temps et comme moyen de cesser de fumer (y compris de cesser complètement de vapoter). Je salue cette étude en tant que signe important de la nature potentiellement dangereuse des cigarettes électroniques."

Pr Jacob George, professeur de médecine cardiovasculaire à l'Université de Dundee:

"Il s'agit d'une étude scientifique basique in vitro et chez la souris, avec une sous-étude de 20 sujets humains, dans laquelle une seule cigarette électronique a été vapotée par des volontaires et la fonction vasculaire testée avant et après. Nous avons encore besoin de beaucoup plus de recherche avant de pouvoir traduire ces données précliniques en un tableau clinique cohérent.

En ce qui concerne l’étude chez l’homme, il est impossible de tirer des conclusions définitives de ces petites études à exposition unique, c’est pourquoi des essais cliniques randomisés plus vastes sont nécessaires. Les résultats vont également à l'encontre d'essais cliniques de plus grande durée et de plus longue durée conduits par C. D'Ruiz et al. (1) et K. Farsalinos et al. (2), qui démontrent une réduction de la pression artérielle avec l'usage de la cigarette électronique, ce qui implique des améliorations de la fonction vasculaire avec l'utilisation du vapotage.

Etant donné que cette étude n'a pas pu démêler les effets de l'usage antérieur de cigarettes au tabac et de double usage (la plupart des vapoteurs sont d'anciens fumeurs) sur ces volontaires, les conclusions sont loin d'être claires."
1 Regul Toxicol Pharmacol 2017; 87: 36-53
2 Intern Emerg Med 2016; 11:85–94

Pr John Britton, directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool et consultant en médecine respiratoire à l'Université de Nottingham:

"Cette étude suggère que le vapotage resserre les vaisseaux sanguins chez l’homme et a divers effets sur les vaisseaux chez la souris. Je ne suis pas cardiologue, donc je ne sais pas dans quelle mesure ces changements sont convaincants, mais je sais que cette étude ne peut nous dire quels sont ces effets dus à la nicotine dans les vapeurs et ceux (le cas échéant) dus à d'autres composants de la vapeur. Nous savons que la nicotine contracte les vaisseaux sanguins et elle est évidemment essentielle pour que les e-cigs remplacent efficacement le tabagisme. Nous devons donc savoir si l’un de ces changements se produit sans nicotine dans les vapeurs, ce que nous ne pouvons pas dire avec cette étude.

Le vapotage n'est pas inoffensif, il risque simplement d'être beaucoup moins dommageable que les cigarettes fumées de tabac. Ce document apporte des éléments de preuve sur la sécurité des cigarettes électroniques, mais ne traite pas de leurs méfaits en relation avec ceux du tabagisme. C'est le préjudice relatif qui compte - et c'est pourquoi tous les fumeurs qui passent du tabagisme au vapotage s'en porteront beaucoup mieux, et cette étude ne change rien à ce fait."

Pr Paul Aveyard, professeur de médecine comportementale à l'Université d'Oxford:

"Ce document rapporte une petite étude menée sur 20 volontaires humains, des souris et des cultures cellulaires, montrant que le vapotage affecte négativement la fonction de la paroi des artères. Le dysfonctionnement de la paroi des artères est l’un des mécanismes par lesquels le tabagisme provoque des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux. Ce constat est donc important, mais il convient de garder à l’esprit que nous savons à quel point le tabagisme est nocif. Malheureusement, cette perspective est perdue ici.

Au Royaume-Uni, rien ne prouve qu'il existe un marché important pour le vapotage parmi les jeunes qui ne fument pas. Beaucoup de jeunes essaient de vapoter, mais la plupart ne le font que quelques fois. L’usage régulier chez les jeunes qui ne fument pas est rare et parmi ceux qui vapotent, l'usage est peu fréquent. Pendant ce temps, plusieurs millions de Britanniques tentent chaque année d’arrêter de fumer en utilisant une e-cigarette et nous savons que les e-cigarettes les aideront à réussir. Presque tous les adultes qui utilisent régulièrement le vapotage le font soit dans le but d'arrêter de fumer, soit pour éviter de recommencer à fumer.

Les fumeurs actuels et les anciens fumeurs qui vapotent devraient-ils cesser de vapoter suite à cette publication? La recherche aurait été utile aux personnes confrontées à ce choix si elle avait comparé les effets du vapotage à ceux du tabagisme, mais ce n’est pas le cas. Elle a seulement montré que le vapotage altérait le fonctionnement des artères, mais il est impossible de savoir à quel point cet effet est nocif à long terme. 

Par exemple, l'effet décrit dans cet article sur les parois des artères à la suite d'un vapotage peut être observé dans des études similaires sur les effets du tabagisme. Les études sur le tabagisme ont montré que la vitamine C permettait d’inverser le mauvais fonctionnement des artères, mais nous sommes certains que prendre de la vitamine C ne prévient pas les crises cardiaques ni les accidents vasculaires cérébraux, même chez les personnes à risque. Cela ne peut donc pas être la seule voie d'action par laquelle fumer nuit aux artères. 

Les agences de santé publique britanniques, les associations caritatives, et les organisations de médecins conseillent aux personnes qui ne peuvent pas arrêter de fumer de passer au vapotage. Ces résultats ne devraient pas dissuader les gens de le faire."

Référence de l'étude:
‘Short-term e-cigarette vapour exposure causes vascular oxidative stress and dysfunction: evidence for a close connection to brain damage and a key role of the phagocytic NADPH oxidase (NOX-2)’ by Marin Kuntic et al. published in European Heart Journal, 13 November 2019.
DOI: 10.1093/eurheartj/ehz772


mardi 12 novembre 2019

Allergie d'un jeune à Nottingham: la vape ou l'incompétence du médecin en cause?

La nouvelle fait le buzz des médias en Angleterre, en dépit de l'extrême faiblesse du dossier médical présenté et de l'incrédulité des spécialistes. L'histoire est celle d'un jeune victime d'une alvéolite allergique extrinsèque (AAE) en 2017. Son cas est rapporté aujourd'hui dans une lettre aux Archives of Disease in Childhood (ADC), par le pédiatre Dr Jayesh Mahendra Bhatt, de l'hôpital de Nottingham. Le jeune Ewan avait alors déclaré vapoter depuis quelques mois, ne plus consommer de cannabis depuis un an et ne pas avoir côtoyé d'animaux de ferme ou d'oiseaux les temps précédents. 

Pas de prospection de possibles allergènes dans l'environnement du malade

Les pédiatres n'ont pas prospecté plus loin sur l'environnement du malade selon leur article. Pourtant cette allergie de type 4 est connue pour être liée à des allergènes environnementaux, typiquement des poussières ou des moisissures. Les désignations des cas les plus courants sont parlantes: maladie dite des éleveurs d'oiseaux, celle dite du poumon du fermier, maladie des fromagers, des utilisateurs de spa, des champignonistes, etc. 

Par contre, l'équipe menée par le Dr Jayesh Bhatt a effectué des tests de réaction allergique sur la peau du patient avec les deux liquides de vapotage utilisés par le malade. Les résultats ont été négatifs. "Cependant, ceci n'exclut par une réaction aversive aux e-cigarettes", soulignent les auteurs de la lettre aux ADC. Ils attribuent d'ailleurs une détérioration de l'état du patient environ huit heures après le test à une réaction aux liquides. Cet épisode fonde la conviction du Dr Bhatt que le vapotage est la source de l'allergie pulmonaire du jeune Ewan. L'article d'ADC fait aussi état de tests sérologiques aux résultats peu cohérents. 

Rechute inexpliquée après l'arrêt du vapotage

Cependant, après avoir été traité à l'hôpital, Ewan rentre chez lui, ne vapote plus, et subi pourtant une rechute. Le compte-rendu médical publié dans ADC se montre très imprécis sur la datation et les circonstances de cette rechute. Ceci est étrange. D'autant plus qu'une rechute de cette maladie est tout à fait inhabituelle lorsque l'allergène a véritablement été identifié et évité par le malade. Ce point n'est pas éclairci par l'équipe médicale. "L'aggravation clinique a été attribuée à une baisse trop rapide de la prise de stéroïdes", se borne à expliquer le papier dans ADC.

Ceci laisse les raisons de l'allergie du jeune Ewan dans le domaine de l'hypothétique. Mais le Dr Jayesh Bhatt déclare aux médias anglais ce matin "avoir prouvé que ce cas a été causé par le vapotage". Membre de l'ERS, l'organisation de pneumologues lourdement sponsorisée par l'industrie pharmaceutique et qui a lancé une fatwa contre le vapotage cet été, il avait lui même déjà rédigé une prise de position anti-vapotage, intitulée mal à propos"E-cigarette Tar Wars", la guerre du goudron du vapotage [note: il y a en anglais une tentative de jeux de mot avec star wars].

Conclusions infondées

Réactions plus tempérées et raisonnables du côté des spécialistes du Science Media Centre"Dans ce genre de situation, il peut souvent être difficile de poser un diagnostic précis ou de savoir avec certitude quelle est la cause. Ce type de maladie pulmonaire peut parfois survenir spontanément sans aucun déclencheur évident", déclare le Dr Nick Hopkinson, de la British Lung Foundation et enseignant la médecine respiratoire à l'Imperial College de Londres. "Ce qui s'est passé ici n'est pas tout à fait clair, mais cela ressemble à une allergie à une substance inhalée", acquiesce le Pr John Britton, directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool.

Contrairement à ses affirmations, les éléments apportés par le Dr Jawesh Bhatt ne sont pas concluants. Mais en sens inverse, peut-on exclure une réaction allergique à un composant des liquides de vapotage utilisé par le jeune Ewan? Bien que sa rechute peut laisser penser que la source de son allergie n'avait pas été enlevée de son environnement, on ne peut pas écarter la possibilité. "Il est possible que la maladie du patient soit due à une réaction allergique à un composant de la vapeur de la cigarette électronique", précise le Dr Nick Hopkinson. En cas de symptômes, il faut éviter la source d'allergène, dans la mesure où on arrive à l'identifier.

Incidence d'alvéolites allergiques extrinsèques de 1/30'000

"En Grande-Bretagne, 3,6 millions de personnes vapotent (...), s'il s'agissait d'un problème courant ou d'un risque important, nous nous attendrions à beaucoup plus de cas. (...) Ce cas semble plutôt concerner un individu allergique plutôt qu'un produit chimique particulièrement toxique dans le vapotage", précise le Dr Nick Hopkinson. Statistiquement, l'alvéolite allergique extrinsèque a une incidence d'environ une personne sur 30'000. Pour 3,6 millions de vapoteurs britanniques, le nombre de cas d'AAE doit dépasser le millier parmi eux sans que ce soit forcément lié à leur vapotage. De quoi faire encore beaucoup d'articles effrayants sans preuve.

"Croire que vapoter est plus sûr que fumer est à votre péril". Le mot d'ordre du Dr Jayesh Bhatt, que l'on pourrait croire tiré d'une publicité récente de Japan Tobacco, est contesté par les spécialistes. "Je suis fortement en désaccord. Fumer tue la moitié des fumeurs de longue date. Les cas rares comme celui-ci doivent être reconnues, mais il n'y a pas de comparaison possible: le vapotage est beaucoup moins risqué", rappelle le Pr John Britton. Selon les estimations, plus de 7 millions de personnes meurent de maladies liées au tabagisme chaque année dans le monde.


samedi 26 octobre 2019

Lu dans le Figaro: Big Tobacco fixe ses objectifs pour tuer la liberté de choix des vapoteurs

Dans le Figaro daté du 23 octobre, des représentants des cigarettiers expliquent leur stratégie pour étouffer la liberté de choix des vapoteurs. Evidemment, ils ne communiquent pas ce projet dans ces termes, mais cela reste assez transparent en filigrane. En premier lieu, ils entendent profiter de la vague de désinformation sur les décès et les malades liés à l'inhalation de produits illicites au Etats-Unis. Ce coup de surf sur l'épidémie de peur contre le vapotage pour pousser à des restrictions contre les produits libres est l'objet principal de l'article, alors que les produits des cigarettiers n'atteignent pas 5% du marché français. "Les géants du tabac présents en France préfèrent voir dans cette crise une opportunité. Ils sont convaincus que leur modèle basé sur des systèmes fermés, avec des capsules préremplies, sortira gagnant", pronostique Keren Lentschner, journaliste du Figaro. 

La liberté du vapoteur s'arrête t-elle où commence celle du cartel du tabac?

L'enjeu économique réel, non formulé par le quotidien français, est de rendre l'ensemble des consommateurs captifs. Avec les systèmes fermés, l'usager est condamné à acheter les capsules de la marque du système fermé, avec un choix d'arômes déterminé par cette marque et au prix fixé par cette marque. Ce type de produits favorise un capitalisme de cartel. A fortiori si cela s'accompagne de taxes éliminant les concurrents de taille plus modeste. L'oligopole est déjà la structure de l'actuel marché des cigarettes que se partagent quatre Big Tobacco en Europe. A l'opposé, les systèmes ouverts, rechargeables, permettent aux usagers de passer d'un liquide à l'autre au gré des envies, des évolutions de goût ou d'usage, et favorisent le jeu de la concurrence.

Pour promouvoir leur objectif d'interdiction des systèmes ouverts et des fioles de recharge, les Big Tobacco entendent donc s'appuyer sur la frayeur. Et le Figaro de l'abreuver. "Les victimes américaines utilisaient, elles, des systèmes ouverts qui leur permettaient de consommer un mélange de liquides de leur choix", ment grossièrement Keren Lentschner du Figaro. En réalité, l'extrême majorité des victimes américaines ont reconnu avoir utilisé des cartouches pré-remplies de liquides prétendument au THC achetées au marché noir. Et quelques unes ont mis en cause des capsule pré-remplies de marques liées aux cigarettiers. Mais il s'est avéré qu'elles avaient aussi consommé des cartouches pré-remplies du marché noir vendues pour être au THC.

[Add. 27-10-2019 à 13h20]: Un lecteur me fait remarquer que Philip Morris a communiqué plus clairement sur le problème aux Etats-Unis: "(...) à mesure que l'enquête de la FDA et du CDC se poursuit, nous constatons qu'elles sont beaucoup plus liées à l'utilisation des huiles de THC", souligne André Calantzolpoulos, CEO de PMI, le 22 octobre. Bien que ce soit plutôt des produits frelatés du marché noir, vendus pour être au THC. "M. Calantzopoulos a clairement déclaré que des produits de vapotage correctement fabriqués ne devraient pas être une cause d'inquiétude", précise le site de PMI. Philip Morris est mentionné dans le Figaro comme un des grands cigarettiers, mais il est à noter qu'il n'y a aucune citation récente particulière sur le sujet d'un représentant de l'entreprise. [/add]

Quel type de promotion veut faire Japan Tobacco?

Pour sa part, Japan Tobacco (JTI) espère aller plus loin qu'un simple mensonge dans le Figaro. Le cigarettier genevois voudrait pouvoir faire campagne. "Aujourd'hui, la communication n'est pas assez forte pour informer les consommateurs sur les produits et leur utilisation, et sur les différences entre systèmes ouverts et systèmes fermés, ces derniers offrant plus de sécurité", avance Nathalie Eyrolles, directrice marketing de JTI France. Quant une telle information vient du producteur des Camel, Winston et des cigarettes American Spirit, on ne peut qu'être convaincu. Ou pas. L'usage actuel que fait JTI de la liberté de publicité en Allemagne et en Suisse sur le sujet nous laisse coi.

Révision de la directive européenne TPD à l'horizon

En arrière-fond, l'article du Figaro nous rappelle que les Big Tobacco préparent activement la révision de la directive européenne TPD concernant le vapotage. On l'aura compris, leur objectif est de faire interdire les systèmes ouverts, et probablement restreindre le choix d'arômes dans la foulée. Ceci ajouté au projet de taxation anti-vapoteurs que les bureaucrates européens tentent d'introduire, élimineraient les plus "petits joueurs" du marché. Ces projets d'entraves sont simplement totalement incompatibles avec les intérêts et les droits des usagers de produits de réduction des risques. 

En complément, on peut regarder le débat au Vapexpo 2019 où intervenait notamment Dimitris Agrafiotis, de la Tennessee Smoke Free Association, et durant lequel a pris la parole un lobbyiste de British American Tobacco, qui ne répond désormais plus à son numéro professionnel (?)... 



jeudi 24 octobre 2019

Avertissement aux consommateurs: des liquides américains sans nicotine frelatés à l'huile en vente online vers l'Europe

Des vape-pens pré-remplis avec de l'huile de noix de coco, ainsi que de la vitamine E, se trouvent en vente sur internet à destination d'acheteurs européens. Inhaler des lipides, tels que contenus dans ces produits, sont susceptibles de provoquer des pneumonies lipidiques. Un avertissement de principe a été lancé par l'association Helvetic Vape fin septembre. Puis début octobre, une alerte plus spécifique de l'ETHRA, le regroupement européens des défenseurs des moyens de réduction des risques. "Les liquides contenant des huiles ou de l'acétate de vitamine E sont potentiellement nocifs, même pour une utilisation à court terme", communique l'ETHRA.

Vendredi dernier, le quotidien Suisse le Temps a livré le nom d'une marque américaine opérant depuis la Pologne qui vend certains produits constitués essentiellement d'huile en les destinant à l'inhalation par un système de vapotage. Une absurdité sanitaire.

En parallèle, plusieurs sources nous ont prévenu de la circulation sur le marché noir de liquides aux drogues de synthèse. Notamment des liquides aux pseudo-cannabinoïdes de synthèse, tels que ceux qui ont fait des ravages sous la forme à fumer de Spice ou K2 apparus aux alentours de 2006. Le nom du Buddha Blue revient fréquemment dans les alertes aux liquides de pseudo-cannabinoïdes de synthèse.

Mais il y aurait également des liquides aux "sels de bains", des drogues de synthèse qui imitent les effets d'autres drogues telles que la cocaïne ou la méthamphétamine. Ces drogues de synthèse circulent depuis plus d'une dizaines d'années, consommées en les fumant, sniffant, et à présent dans des liquides de vapotage vendus sur les marchés noirs. L'étendue de leur usage est difficile à évaluer, comme le précisait déjà en 2014 un chercheur de l'OFDT pour la revue Swaps.

Risques de pneumonies lipidiques

Les liquides de vapotage contenant des lipides sont fortement susceptibles de provoquer des pneumonies lipidiques, quelque soit la substance active présente (nicotine, cannabinoïdes ou drogues de synthèse). Les pneumonies lipidiques exogènes résultent de "l’inhalation aiguë ou chronique de graisse animale, végétale ou minérale", rappelle une étude de cas de l'hôpital du Coulommiers en 2014. "La pneumonie lipoïde peut imiter [les symptômes] de nombreuses autres maladies", présente un article de Respiratory Medicine de 2011. "Des cas aigus, parfois mortels, peuvent survenir, mais la maladie est généralement indolente. (...) Aucune étude dans la littérature ne définit actuellement la meilleure option thérapeutique. Cependant, il existe un consensus sur le fait que la mesure clé consiste à identifier et à mettre fin à l'exposition à l'agent fautif", précisent les auteurs.

La présence de lipides et de vitamine E, qui est liposoluble, font partie des substances fortement soupçonnées, sans que ce soit formellement établi, dans la vague d'empoisonnements aux liquides frelatés aux Etats-Unis. Cela a éveillé l'attention d'usagers européens de liquide de vapotage au CBD sur une marque américaine distribuant ses produits depuis la Pologne à destination de différents pays d'Europe. Dans son catalogue un produit de vapotage au CBD constitué essentiellement d'huile de noix de coco a alerté en particulier des consommateurs, qui ont fait remonté l'info aux associations de défense des usagers.

En Europe, le risque peut venir de produits frelatés et/ou hors réglementation

Les cannabinoïdes eux-mêmes, nonobstant les effets psychoactifs connus, ne sont pas en cause. "Les produits de vapotage au CBD sont légaux dans plusieurs pays européens", rappelle l'ETHRA. Les défenseurs des usagers précisent que "les vendeurs responsables présentent des rapports de toxicologie" pour montrer les niveaux d'éventuels résidus de contaminants (pesticides et fongicides, notamment) et l'absence de lipide dans le liquide. Une très faible présence de THC est légale à des taux maximum variant selon les pays européens - < 1% en Suisse) et < 0,2% en France, par exemple [des concentrations qui n'occasionnent pas d'effets psychotropes ("ivresse")-.

Les liquides de vapotage nicotinés sont soumis à la directive sur les produits du tabac (TPD), qui impose aux distributeurs d'annoncer leurs produits aux autorités sanitaires. L'ajout de lipides ou de vitamines est notamment interdit dans ce cadre. Le 23 septembre dernier sur la radio France-Info, Roger Genet, directeur général de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), a précisé très clairement que les produits déclarés ne présentent pas les risques qui sont apparus aux Etats-Unis, avec des produits frelatés. En Suisse, l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a aussi confirmé la sûreté des liquides de vape légalement sur le marché.



Aucune réaction de la marque contactée par des usagers

Cependant, l'obsession en 2014 des législateurs de l'Union Européenne à tenter d'amalgamer les vapoteurs aux fumeurs, au lieu d'une réglementation spécifique au vapotage, amène à un flou, si ce n'est une lacune, de réglementation pour des produits sans nicotine tels que ceux mis en vente par la marque américaine depuis la Pologne. Les liquides de vapotage ne doivent pas contenir de lipide ni de vitamine lorsqu'ils sont soumis à la TPD.

Mais est-ce le cas en l'espèce? Les responsables de l'entreprise repérée par des usagers ont été contactés par plusieurs défenseurs de la réduction des risques. Réponses laconiques sans réelle précision, et surtout pas de retrait du produit signalé comme problématique, ni même d'avertissement sur la page de vente du produit.




Le site Make money online Scams exposed ("les arnaques des ventes en ligne exposées") consacre un article à cette marque américaine, soulignant notamment le modèle peu sérieux de marketing en réseau multi-niveau (MLM). Les réactions de "l'ambassadrice" de la marque sur leur page francophone confirment le manque de compétences nécessaires au conseil pour ce type de produit.

Pas de problème majeur avec les produits réglementés

Pour le moment, ces produits douteux ne semblent pas avoir encore fait de victime en Europe. Le 8 octobre, Santé Publique France a confirmé l'absence de vague de cas répertorié depuis le lancement de l'alerte aux signalements en France, tout comme l'Institut fédéral d'évaluation des risques (BfR) en Allemagne ce 17 octobre. Au Royaume-Uni, il n'y a pas non plus d'inquiétude sur les produits légaux. 

En Suisse, seul un militant anti-réduction des risques affirme que la crise d'asthme d'une malade chronique à Winthertour a été causée en janvier, six mois avant les empoisonnements aux Etats-Unis, par la "même maladie" indéterminée que les cas américains. Il a médiatisé cette "information" douteuse la veille du vote de la taxe anti-vapoteur au Conseil des Etats... Y a t-il besoin de plus de commentaires?

Heureusement pour les personnes qui apprécient de vapoter du CBD, il existe des liquides produits avec des composants adéquats au vapotage. Il y a également d'autres manières de le consommer sans le fumer: avec des vaporisateurs d'herbe sèche, en gouttes sous la langue ou en massage dans l'intérieur du poignet (où la peau est assez fine)...

La démission politique offre son règne au marché noir

Concernant les produits contenant du THC dans des concentrations au dessus des limites légales, l'absence de régulation sur le sujet laisse les consommateurs aux mains des vendeurs du marché noir. Des produits illicites américains se trouvent notamment via le dark net. Des tests y ont mesuré la présence de lipides et de vitamine E, posant les problèmes de pneumonie lipidique susmentionnés, des métaux lourds et des résidus, parfois en quantité importante, de pesticides et de fongicides, notamment du Myclobutanil.

Le Myclobutanil dégage du cyanure d'hydrogène, sur lequel nous alertions en août et dont la présence a été confirmé dans les produits du marché noir, mais absent des produits légaux, testés par Cannasafe, un laboratoire indépendant. Celui-ci a livré ses résultats en exclusivité à Business Insider"Il y a une division du problème assez nette", explique Aaron Riley, directeur du laboratoire CannaSafe, "cette étude montre à quel point le marché noir [américain] est dangereux et sale".

La diffusion de drogues de synthèse favorisée par le vape bashing

L'apparition des pseudo-cannabinoïdes de synthèse depuis quelques années est également une source d'inquiétude. Avec un potentiel de méfaits sous-estimé par les autorités. Diffusé depuis une dizaine d'années sous forme à fumer sous le nom devenu générique de Spice, les molécules synthétiques généralement avec une liaison atomique différente que la molécule de THC originale produisent des effets instables et peuvent être extrêmement concentrées. Des cas de jeunes partis en vrille dans leur lycée en France montre que ces substances circulent, sans que l'on ait une visibilité nette sur leur diffusion.

Ces derniers jours, de nouvelles alertes sur des cas dans la même région française (Normandie) sont revenus dans la presse. Des liquides avec d'autres drogues de synthèse circulent également, notamment des produits avec des "sels de bains". Les effets de restriction et de prohibition sur les produits de vapotage sans substance, avec nicotine ou avec CBD, poussent certains jeunes, par définition inexpérimentés, dans les bras du marché noir. Là, par effet d'opportunité, ils se retrouvent face à des produits de synthèse illicites, sans réelle compréhension de leur nature et surtout de leurs effets brutaux et souvent inattendus, voire aléatoires.

L'absence d'information claire, et pire la tendance médiatico-politique à égaliser et amalgamer les risques entre produits de vapotage conventionnels, sans distinction avec ceux adultérés par des drogues de synthèse, rend opaque et brouille la compréhension des jeunes face à ces produits. Il y a un effet de banalisation implicite des produits dangereux par l'exagération infondée contre le vapotage classique. Il y a une grande responsabilité politique et médiatique à l'opacité sur ce problème, favorisé par le vape-bashing des défenseurs du tabagisme fumé, y compris de ceux qui se prétendent anti-tabac.

En Suisse, un besoin pressant d'information honnête

Localement, en Suisse, nous savons qu'il n'y a aucune aide ni information pertinente à attendre d'organisation telle qu'Addiction Suisse qui privilégie leurs objectifs politiciens et de carrière à la santé publique. Au mieux, ils attendent un accident pour réclamer de nouvelles mesures de répression des vapoteurs, que la RTS s'empressera de spectaculariser. Du côté des professionnels de vape romands, le réflexe de l'intérêt commercial personnel semble encore prédominer sur une compréhension plus globale du sujet et de l'approche de réduction des risques.

Une voix en prise avec le terrain et libre d'intérêts commerciaux est nécessaire sur ce type de problématique. Mais l'association des vapoteurs Helvetic Vape a été exclue des discussions par les autorités et les groupes de santé publique au profit des lobbys d'intérêts économiques. Cette situation est inquiétante, en la laissant sans prise ni contrôle. Les responsables de santé publique suisses se sont volontairement rendus aveugles par leur profond mépris des usagers.

Le pire est à venir

Les mesures anti-vapoteurs, pour favoriser les cigarettiers et les pharmaceutiques, notamment dans la prochaine loi LPTab en limitant les volumes à 10 ml des fioles et les surtaxant, vont alimenter l'extension d'un marché noir où les produits dangereux vont pouvoir toucher d'autant plus de public par effet d'opportunité. L'interdiction de pouvoir tester les produits en boutiques, par l'amalgame du vapotage au tabagisme et l'interdiction de promotion, va également favoriser la dispersion des clients vers les réseaux de vente sur internet.

Sur celui-ci, l'interdiction Suisse de publicité et promotion du vapotage va favoriser l'opacité entre sites sérieux, vendeurs douteux et marché noir, et entraver l'information de réduction des risques (déjà régulièrement censurée par des réseaux sociaux tels que Facebook). Mais ce pourrissement de la situation n'est-il pas ce que recherchent de longue date les soi-disant gardiens de la pureté morale sur ce sujet..? (oui, c'est une question rhétorique).

Les vaporisateurs d'herbe sèche comme moyen pragmatique pour le cannabis

Pour éviter de fumer et les toxiques liés dans le contexte Suisse - c'était mon conseil pragmatique lors d'un atelier avec des usagers il y a quelques mois -, les vaporisateurs à herbe sèche sont probablement le moyen le plus pratique. Il est plus aisé de trouver des sources de confiance pour les produits tels que l'herbe ou même le shit (la résine), que pour des liquides. Les modèles portatifs, que l'on peut trouver à partir d'environ 120 Fs (100 €), sont devenus pratiques, et la vaporisation permet de réduire d'environ 30% le dosage d'herbe ou de shit pour un effet similaire. 

La vaporisation évite le monoxyde de carbone et les goudrons de la combustion, mais ne protège pas des éventuels contaminants, tels que pesticide, métaux ou saloperies de synthèse, qui seraient contenus dans la matière. Une réglementation permettrait de protéger les consommateurs de tels toxiques. Mais encore faut-il que les autorités trouvent le courage politique de retirer aux dealers leur monopole du marché.




samedi 19 octobre 2019

En Suisse, les produits de vapotage légaux sont "en principe sûrs" rassure l'OSAV

Face à la panique générée par les médias à propos des empoisonnements pulmonaires liées à l'inhalation de produits illicites aux Etats-Unis, les autorités sanitaires Suisses se montrent rassurantes. Dans le Temps hier, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), responsable de la surveillance des produits de consommation, précise que les liquides de vapotage légalement mis sur le marché en Suisse respectent les conditions de la directive européenne 2014/40/UE (TPD). "Si ces exigences sont respectées, les produits sont en principe sûrs", explique Nathalie Rochat, porte-parole de l’OSAV. Les chimistes cantonaux effectuent régulièrement des analyses sur les produits mis sur le marché. 

Roger Genet, directeur général de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) française, l'avait clairement détaillé sur France Info (voir vidéo plus bas). Les produits de vapotage nicotinés sont notifiés et contrôlés en Europe. La TPD interdit l'ajout de lipides et de vitamines, telle la vitamine E, soupçonnés dans la vague d'empoisonnements, dont 26 victimes sont décédées aux Etats-Unis.


Les empoisonnements sont liés à des produits frelatés du marché noir

La plupart des spécialistes du domaine s'accordent que les éléments de l'affaire américaine pointent clairement vers les produits illicites, notamment ceux vendus pour contenir supposément du THC au marché noir. "Nul ne connaît la composition réelle de ces liquides vendus sur le marché noir", expliquee le Dr Reto Auer, de l'Université de Berne. La "catastrophe" américaine "n’est pas due à la vapote, mais à un mésusage de la vapote", précise t-il au Temps. 

En contraste, son étude clinique sur 500 personnes, suivant des fumeurs utilisant régulièrement une vaporette pour arrêter de fumer, est positive. "Aucun d’entre eux ne présente d'effets secondaires indésirables, au contraire", insiste le médecin qui dirige l'étude ESTxENDS

Ne pas inhaler de lipides 

"Mais cela ne concerne évidemment pas les produits illégaux, contenant du THC ou pas, qui circulent en Suisse", précise la journaliste Marie Maurisse du Temps. L'ETHRA, le regroupement européen des défenseurs des moyens de réduction des risques face au tabagisme, a déjà alerté début octobre sur la vente en ligne à destination de l'Europe de cartouches pré-remplies d'huile (!), fortement susceptibles de provoquer des pneumonies lipidiques. L'association d'usagers Helvetic Vape avait également communiqué sur le sujet dés septembre.

Asthmatique malade médiatisée la veille du vote de la taxe anti-vapoteurs 

En Suisse, des militants anti-vapoteurs tentent de souffler sur les braises de la peur. Parmi eux, Macé Schuurmans, auteur d'un brûlot anti-réduction des risques cet été, affirme qu'une malade se serait déclarée à l'hôpital de Winthertour. Le zélote anti-vape avait communiqué ce sujet la veille du vote du projet de loi de taxe anti-vapoteurs passé au Conseil des Etats. Dans les faits, peu de ressemblance entre les victimes américaines et cette dame de 44 ans, asthmatique chronique de longue date ayant vécue en janvier dernier une crise de décompensation, avant de se rétablir. 

On ne peut pas exclure que le vapotage ait pu jouer un rôle dans sa crise. Mais affirmer qu'elle a subi la même maladie que les victimes américaines, avant même celles-ci, relève du ridicule. La demande des pneumologues Suisses d'un recueil des éventuels cas, pour le moment non ouvert par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), pourrait livrer ce dossier à des yeux experts tiers. 

Tabagisme de masse entretenu

De leur côté les acteurs de terrain, qui tentent réellement d'aider les fumeurs à sortir de la cigarette, craignent des mesures de restrictions et a fortiori d'un retour de la prohibition en Suisse. A l'image de ce que font d'autres grandes nations du tabac telles que l'Inde, le Brésil, la Turquie ou la Thaïlande. Aux Etats-Unis, les annonces de prohibition pleuvent, même si des recours en justice tentent de sauver le droit civique de l'accès à l'outil de réduction des risques.

En Suisse, depuis dix ans le tabagisme stagne à plus de 27% de la population, se positionnant comme la principale cause évitable de maladies. Les substituts nicotiniques ne sont pas remboursés, selon le vœu des firmes pharmaceutiques, dans le cadre de l'assurance-maladie de base (Lamal). Tandis que les services d'Alain Berset ont prohibé illégalement les liquides nicotinés pendant près de dix ans. Près de 9'500 victimes décèdent chaque année des suites de maladies dues au tabagisme en Suisse.

vendredi 11 octobre 2019

Vu à FranceTV: Jérôme Salomon de la DGS sait-il lire une statistique sur les jeunes et la vape?

Hier, dans l'émission Allô Docteur sur France TV, un sujet sur le vapotage où intervient Jérôme Salomon, directeur de la Direction Générale à la Santé (DGS). Passons les multiples imprécisions et flous peu artistiques du traitement du sujet...* Après 1mn 06 sec, Jérôme Salomon sort une énormité en insistant: "On a un lycéen sur deux qui a testé, et on a un lycéen sur six, en France ça explose, qui vapote tous les jours". Sauf, qu'aucune donnée ne permet d'affirmer qu'il y a 15% de lycéens vapoteurs au quotidien en France. 

Les données 2018, publiées en juin dernier, par l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) ont mesuré que 16,6% des lycéens déclarent avoir vapoté une fois ou plus dans le mois précédent l'enquête. Ce n'est pas du tout synonyme d'usage au quotidien. L'enquête Enclass de l'OFDT ne s'est malheureusement pas intéressé à l'usage au quotidien des lycéens. Jérôme Salomon ne peut donc pas sur la base de ces données affirmer que le vapotage au quotidien "explose" chez les lycéens français.

50% > 23% > 3,6%

Contrairement à l'OFDT, l'étude, que nous avions chroniqué en détail, sur 1'435 élèves de seconde à Saint-Etienne, publiée en mars 2019 dans la Revue des maladies respiratoires, montre le décalage entre ces niveaux d'usages différents:
  • 50,3% ont expérimenté le vapotage ; 
  • 23,6% l'ont utilisé dans le mois précédent l'enquête;
  • 3,6% vapotent au quotidien
Les données stéphanoises sur l'expérimentation et l'usage dans le mois précédent sont légèrement supérieures à celles nationales de l'OFDT. De quoi plutôt supposer que si les services du ministère de la santé prenaient la peine de mesurer l'usage au quotidien au niveau national, il pourrait être aussi légèrement inférieur aux 3,6% des lycéens de seconde de Saint-Etienne. Les études dans d'autres pays, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis par exemple, montrent aussi un grand écart entre l'usage déclaré dans le mois précédent et l'usage fréquent de vapotage chez les jeunes.

Où est la nicotine?

Le commentaire de France TV affirme que "beaucoup de lycéens  tombent dans la dépendance à la nicotine" par le vapotage. Or c'est une autre lacune du suivi national. L'usage ou non de nicotine dans les liquides vapotés par les jeunes n'y est pas mesuré. Là aussi, l'enquête stéphanoise est plus sérieuse:  parmi les 6,3% d'adolescents vapoteurs non-fumeurs actuels, 13,4% d'entre eux déclarent utiliser des liquides nicotinés, soit 0,8% de l'ensemble des adolescents de l'étude. Même si ce résultat reste opaque en raison d'une majorité (56,4%) de jeunes déclarant ne pas savoir.

Enfin, pour affirmer la création d'une dépendance à la nicotine par le vapotage, il faut s'assurer que cette dépendance n'est pas installée auparavant par le tabagisme. L'enquête de Saint-Etienne confirme aussi que très peu des ados ne sont devenus fumeurs après avoir d'abord essayé le vapotage. "A l'inverse, les élèves qui avaient une consommation de tabac préexistante à leur initiation au vapotage déclaraient pour les deux-tiers d'entre eux qu'ils avaient réduit, voire arrêté, leur consommation de tabac depuis qu'ils vapotaient", précisent les chercheurs, dont le référent est Jérémie Pourchez, de l'école des Mines de Saint-Etienne.

Il est regrettable que Jérôme Salomon, directeur de la DGS ne prenne pas le temps de s'informer sérieusement sur le sujet, en particulier avant de s'exprimer sur un média national. Il aurait probablement gagné à venir au Sommet de la Vape qui abordera entre autre ces sujets lundi prochain à Paris

* Pas le courage de reprendre toutes les bêtises du  sujet...

lundi 7 octobre 2019

Alerte au nouveau bad buzz sur le risque de cancer chez des souris avec le vapotage

Les mêmes souris, la même équipe de chercheurs, cette fois-ci menée par Moon-shong Tang, et les mêmes résultats peu crédibles sur les risques de cancer avec le vapotage. Une nouvelle étude, intitulée "Electronic-cigarette smoke induces lung adenocarcinoma and bladder urothelial hyperplasia in mice", a été envoyée en primeur à des médias triés sur le volet pour lancer dans les prochaines heures un nouveau bad buzz d'un risque de cancer lié au vapotage. L'embargo était ce soir à 21h. Publiée dans la revue PNAS, l'étude a été menée par la même équipe de l'Université de New-York que celle qui avait terrorisé le monde en janvier 2018, malgré les réactions outrées des experts scientifiques. Les chercheurs ont de nouveau utilisé le même type de souris FVB/N mâles. Or, il a été mis en évidence dans différentes études que ces souris génétiquement modifiées développent spontanément des tumeurs bronchiques, comme l'avait souligné un article du Vaping Post en 2018

450 ans de vapotage en surchauffe

En réaction à la nouvelle publication du PNAS, le Pr Bertrand Dautzenberg note également, sur son compte tweeter, les dosages extravaguant de la nouvelle étude "équivalents à 450 ans de vapotage fonctionnant en surchauffe, donc avec des aldéhydes cancérigènes". Pendant 54 semaines, 40 souris ont été soumises à un aérosol de vapotage, selon le même protocole que dans l'étude précédente de 2018, reproduisant ainsi les mêmes erreurs méthodologiques listées à l'époque, qui méritent relecture pour saisir celles-ci. Ce qui semble être basiquement une confusion entre une étude de toxicologie chronique et un protocole de toxicologie aiguë.

"L'étude n'a pas de pertinence claire pour les vapoteurs humains. Les rongeurs ont été exposés à ce qui est pour eux d'énormes concentrations de produits chimiques qui ne ressemblent en rien à l'exposition humaine du vapotage. Plusieurs animaux sont en effet morts lors de ces expositions. Les auteurs ont attribué les effets qu'ils ont observés au nitrosamine NNK qui est cancérogène - mais le NNK a été mesuré chez des vapoteurs humains, et on sait que l'exposition par le vapotage est négligeable ou nulle", réagit le Pr Peter Hajek, spécialiste sur le tabac de la Queens Mary University of London, sur le site du Science Media Center.

Les souris FVB/N

La nouvelle étude publiée dans PNAS abouti à un taux de 22,5% de cancer adénocarcinomes sur 40 souris FVB/N à l'âge de 14 mois, après 54 semaines à être soumises à un aérosol de vapotage. En comparaison des résultats de cette étude, celle menée par Joel Mahler en 1996 sur les mêmes souris FVB/N sans vapotage, recensait à 14 mois une incidence de tumeurs de 13 % chez les mâles et 26 % chez les femelles.

Ce type de souris génétiquement modifiées pour les recherches sur le cancer est connu, par au moins trois études, d'avoir un sur-risque cancéreux, tout particulièrement de tumeurs pulmonaires: Joel Mahler et al (1996), Wakefield et al (2003) et Véronique Baron et al (2005). "Le choix du modèle animal c’est le B.A.BA d’une étude toxicologique. Les souris [FVB/N] sélectionnées développent spontanément des cancers pulmonaires. C’est malhonnête", réagissait en 2018 le Dr Eric Blouin au Vaping Post à propos de la précédente étude sur le même type de souris par la même équipe d'universitaires.

Choisir sciemment des souris connues pour avoir une prédisposition génétique aux tumeurs parait inacceptable. Je ne prends pas la peine de traiter plus précisément une telle étude. Quel média prendra la peine de demander un avis éclairé avant de répandre le bad buzz, engranger les clics et maintenir des fumeurs dans la cigarette? Pour sa part, le Pr John Britton, directeur du Centre for Tobacco & Alcohol Studies (UK), estime que "ces résultats sont basés sur de très petits nombres et doivent être interprétés avec une extrême prudence. La comparaison entre les souris respirant de la vapeur et de l'air n'est pas statistiquement significative. Il n'y a pas de justification de la taille de l'échantillon ni de calcul de puissance. Il n'y a aucun message d'intérêt publique ici - je soupçonne que ces résultats ne sont que du bruit".



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