S'abonner via email :

penser à vérifier que le mail de confirmation n'est pas bloqué par l'anti-spam

mardi 25 juin 2019

La Convention-cadre anti-tabac de l'OMS n'a pas eu d'impact sur la consommation mondiale de cigarettes

En 2003, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) édictait la Convention-cadre de lutte anti-tabac (CCLAT ou FCTC en anglais). Des chercheurs canadiens ont analysé, à travers deux types de modélisation, l'impact de cet accord, ratifié par 181 pays, sur ses dix premières années d'existence en relation avec les tendances de consommation de tabac des décennies précédentes. "Aucun changement significatif n'a été constaté dans le taux de diminution de la consommation mondiale de cigarettes après l'adoption de la CCLAT en 2003", conclue l'étude parue en accès libre dans le British Medical Journal (BMJ).

Impact global nul, mais variations entre des régions

Globalement, la tendance d'une lente baisse du nombre de cigarettes consommées par personne s'est maintenue après l'entrée en vigueur de la CCLAT. "Néanmoins, cette conclusion générale nulle masque un écart important entre les tendances observées après 2003 entre les pays à revenu élevé et les pays à revenu faible et intermédiaire, ainsi qu’entre les pays d’Europe et d’Asie", soulignent les chercheurs.

Après une décennie de baisse, la consommation moyenne de cigarettes par les européens était repartie à la hausse sur la deuxième moitié des années 1990'. La signature de la CCLAT en 2003 est concomitante d'un second renversement de tendance. A partir de cette date, l'Europe voit de nouveau le nombre de cigarettes consommées par habitant diminuer. A l'inverse les pays à revenu par habitant faible ou intermédiaire ont connu une augmentation du nombre de cigarettes per capita, notamment en Asie.

Une hypothèse complotiste douteuse

Cette analyse statistique ne permet pas d'établir de rapport de causalité. Pourtant, les chercheurs proposent en conclusion une hypothèse explicative, à vrai dire étrange. La mise en œuvre des politiques de lutte antitabac aurait pu inciter l'industrie du tabac à délaisser son lobbying dans les pays à revenu élevé pour se concentrer sur les pays asiatiques.

Sauf que les Big Tobacco occidentaux - Philip Morris, BAT, Japan Tobacco et Imperial - sont marginaux sur la plupart des grands marchés asiatiques. China Tobacco détient le monopole en Chine, deux firmes locales vendent plus de 80% des cigarettes en Inde (l'Etat détient 36% du capital de la principale ITC), le monopole du tabac sévit en Thaïlande...

L'hypothèse que les auteurs jugent auto-complaisamment "convaincante" ne me parait pas tenir la route. Elle semble pourtant couramment reprise dans le milieu anti-tabac traditionaliste. Une manière de pouvoir continuer de fermer les yeux sur l'instrumentalisation de la lutte anti-tabac d'Etats asiatiques pour protéger leurs industries du tabac face à la concurrence des marques occidentales et par ailleurs du vapotage ?



jeudi 20 juin 2019

Etude: 65,3% des fumeurs de 15-16 ans passés à la vape ont réduit ou stoppé les cigarettes

La vape "chez les adolescents non-fumeurs ne semble pas constituer un mode d'entrée majeur dans le tabagisme à l'âge spécifique de 15-16 ans", souligne une étude publiée cette semaine dans la Revue des Maladies Respiratoires*. La moitié des 1435 élèves de seconde stéphanois interrogés ont essayé le vapotage, mais seuls 3,6% vapotent au quotidien. Concernant le tabagisme, également la moitié de ces jeunes de 15-16 ans ont essayé une cigarette, mais 9,4% fument chaque jour. L'enquête d'une équipe de chercheurs pluridisciplinaires de Saint-Etienne confirme aussi que très peu des ados ne sont devenus fumeurs après avoir d'abord essayé le vapotage. "A l'inverse, les élèves qui avaient une consommation de tabac préexistante à leur initiation au vapotage déclaraient pour les deux-tiers d'entre eux qu'ils avaient réduit, voire arrêté, leur consommation de tabac depuis qu'ils vapotaient", précisent les chercheurs, dont le référent est Jérémie Pourchez, de l'école des Mines de Saint-Etienne.

Initiation au tabagisme au collège, essai du vapotage au lycée

"Concernant le cas particulier des élèves qui sont à la fois vapoteurs et fumeurs, les résultats de l'enquête en matière de prévalence temporelle entre tabagisme et vapotage indiquent que les adolescents ont plutôt tendance à débuter par un usage du tabac, qui s'est ensuite transformé en un usage dual des produits de tabac fumé et du vapotage", soulignent les chercheurs. Ce constat est cohérent avec d'autres enquêtes françaises montrant que l'initiation aux cigarettes se situe au collège, tandis que l'expérimentation du vapotage se passe plus tard au lycée.

Objet parmi d'autres objectifs de la recherche, la fameuse 'théorie de la passerelle' ne se voit donc de nouveau pas confirmée. "Parmi les 229 élèves qui n'avaient jamais fumé avant de vapoter, uniquement 15,7% (soit 36 élèves [ndr. 2,5% du panel total des élèves]) déclarent au jour de l'enquête consommer [ndr. au moins occasionnellement] du tabac fumé", relève l'enquête. Tandis que le taux de conversion de l'expérimentation du tabac (avant, après ou sans avoir essayé le vapotage) atteint 56%, soit plus de 3,5 fois plus. De quoi inviter les chercheurs à évaluer à l'avenir l'hypothèse inverse, à savoir un possible effet préventif du vapotage contre le tabagisme chez les jeunes.

Les ratios de risques corrigés par d'autres facteurs prévalant au tabagisme ne sont pas présentés dans l'étude. Celle-ci précise d'ailleurs qu'étant transversale, elle ne peut définitivement "réfuter l'existence potentielle de l'effet passerelle" dans la suite du parcours de vie des élèves. Evidemment, tout peut toujours arriver, surtout à 16 ans. Cependant, les chercheurs insistent sur la mise en lumière d'un facteur confondant de première importance étrangement ignoré par les études américaines militant pour la théorie de 'l'effet passerelle'.

Les usages des proches: le facteur confondant ignoré des études américaines


L'analyse des questionnaires des élèves stéphanois met en relief un élément majeur: les usages des proches. "Nous constatons que leurs usages sont très fortement influencés par l'entourage des adolescents (amis, famille) avec un risque multiplié par huit quand plusieurs personnes de l'entourage fument par rapport à un jeune dont aucun des membres de l'entourage ne fume. Étonnamment, à notre connaissance aucune étude dans la littérature n'avait recherché spécifiquement ce facteur de risque", note l'étude. En clair, les chercheurs pointent ici une énorme lacune des études américaines prétendant documenter l'effet passerelle. 

En occultant le facteur, que cette recherche montre extrêmement influent, du tabagisme des parents et amis, les études américaines sur les ratio de risques du tabagisme des jeunes lié au vapotage ont manifestement biaisé leurs calculs. Faut-il rappeler que le vapotage n'a pas inventé le tabagisme adolescent? Tenir compte des facteurs psycho-sociaux prévalant au tabagisme, parait incontournable pour les études qui cherchent à déterminer l'impact du vapotage sur le tabagisme des ados.

Le bien-fondé de "l'effet passerelle" s'écroule aussi vite que le taux de tabagisme des ados

Pour préciser la problématique par une analogie, on pourrait montrer une corrélation entre avoir fait du vélo à l'adolescence et devenir automobiliste. Mais avant de conclure à la nécessité d'interdire le vélo aux ados pour réduire la pollution de l'air ou les embouteillages, vérifier des caractéristiques des automobilistes telles que par exemple la distance entre leur habitat et leur lieux de travail, éventuellement corrélée à la qualité du réseau de transport public, pourrait montrer que le cyclisme adolescent n'est pas un facteur de risque pertinent sur le sujet. Bien que le vélo soit un moyen de consommer du déplacement tout comme les voitures.

En somme, les résultats de l'enquête stéphanoise non seulement ne valide pas d'effet passerelle, au moins sur les élèves jusqu'à 16 ans, mais montre clairement un biais majeur des études adhérant à cette théorie. Le bien-fondé de l'effet passerelle semble s'écrouler aussi vite que les taux de tabagisme dans les pays concernés par le vapotage. En outre, la mise en lumière du phénomène peut donner à penser qu'une des manières les plus efficaces de protéger les jeunes pourrait être d'aider les parents à sortir du tabagisme, en place d'entraver cette sortie au prétexte de protection des jeunes.

Existe t-il un problème d'information des jeunes ?

Parmi les 6,3% d'adolescents vapoteurs non-fumeurs actuels, 13,4% d'entre eux déclarent utiliser des liquides nicotinés, soit 0,8% de l'ensemble des adolescents de l'étude. Les auteurs soulignent qu'une majorité (56,4%) déclare ne pas savoir. On peut supposer l'absence de nicotine pour la plupart de ceux-ci étant donné ses effets gustatif et psychoactif remarquables. 

Mais ce défaut de connaissance des jeunes interroge. On peut se demander si les avertissements anti-nicotine abusivement imposés sur des produits de vapotage qui n'en contiennent pas, n'ont pas brouillé la compréhension de ceux qui devraient être la cible principale de l'information. A voir ces avertissements exagérément alarmistes partout, ils semblent ne plus rien signifier.

L'interdiction de vapotage aux jeunes semble surtout leur interdire l'accès à l'information

Une autre raison à cette méconnaissance pourrait le faible niveau d'encadrement du vapotage des mineurs. Selon les réponses à l'enquête, 59,2% se sont procurés leur produits de vapotage par des amis et 5% chez un buraliste, et seulement 9,2% par la famille et 12,2% par un magasin spécialisé. Les auteurs regrettent que "la loi n'est pas toujours respectée concernant l'interdiction de vente aux mineurs des produits du tabac et du vapotage"

Il nous semble que les données de leur enquête auraient plutôt du amener les chercheurs à soulever la question d'un possible effet de mésinformation des jeunes par cette interdiction sur le produit de réduction des risques. L'enquête n'a pas sonder ceux-ci sur leur perception et leur information sur la réduction des risques. Alors que les chercheurs soulignent que "seul l'usage exclusif du vapotage est recommandé pour permettre une réduction significative des risques pour la santé [ndr. par rapport à fumer]", le niveau d'information des élèves mériterait attention.

Curiosité, sociabilité et dépression

Par contre, l'enquête a questionné les adolescents sur leurs motifs de consommer des produits de tabac ou de vapotage. Au niveau subjectif, la curiosité est la principale raison invoquée par les adolescents pour essayer les produits, à la fois de tabac et de vapotage, avant des motifs de sociabilité. "Une autre raison souvent invoquée par les adolescents interrogés est la lutte contre différentes émotions négatives, avec des réponses parfois extrêmement violentes: "ça ne me fait pas péter un câble quand ma vie est pourrie", "dépression", "pour trouver une autre solution que de se tailler les veines" ", rapportent les chercheurs. 

Concernant spécifiquement le vapotage, les jeunes se rapportent plus souvent à l'aspect ludique, notamment des 'tricks' - dans ce que la chercheuse Fiona Measham a nommé la vortex subculture -,"mais également le besoin de diminuer la consommation de tabac"

Cependant, les auteurs signalent la tendance des jeunes aux Etats-Unis de passer des 'box', plutôt orientées pour faire des nuages et des figures souvent sans nicotine, aux 'pods', petits dispositifs plus orientés vers la prise de nicotine souvent sous forme de sels. Cette évolution a démarré en 2016 au moment de l'interdiction nationale de vente des produits de vape aux mineurs, les envoyant vers des sources moins regardantes, moins informantes et avec un choix restreint aux pods nicotinés.

L'étude 2019 est lancée chez les élèves de toute la Loire

La question des différents types de vape utilisés, ainsi que de mesurer une éventuelle apparition des cigarettes chauffées, va être dans la mire de la suite des travaux stéphanois. "Il sera d'une grande importance de poursuivre ce type d'étude dans les prochaines années afin de décrire l'évolution de l'usage du vapotage par les jeunes français", estiment les chercheurs. Jérémie Pourchez nous a confirmé que l'enquête 2019 est lancée en étant élargie à l'ensemble du département de la Loire recueillant les questionnaires de près de 6'000 élèves de seconde ligériens. 

En 2020, le chercheur compte étendre l'enquête à tout le rectorat de Lyon, "tout en y incorporant un travail qualitatif d'entretiens sur les trajectoires d'usage". Osons suggérer qu'au moment où l'organisation anti-tabac anglaise Action on Smoking and Health (ASH) s'alarme de la dégradation de l'information des jeunes sur les risques relatifs entre cigarettes et vapotage, un module sur cette perception par les élèves de seconde pourrait enrichir ce travail intéressant.

Quelques chiffres issus de l'étude

  • 50,3% ont essayé de vapoter et 50,4% ont fumé au moins une fois
  • L'usage occasionnel concerne un quart des 15-16 ans: 23,6% de vapoteurs occasionnels et 28,2% de fumeurs occasionnels 
  • Mais l'utilisation au quotidien diffèrent significativement entre les deux produits: 3,6% des élèves vapotent au quotidien contre 9,4% qui fument chaque jour 
  • Globalement, 56% des 15-16 ans stéphanois qui ont essayé une cigarette sont devenus fumeurs occasionnels ou quotidien, contre 15,7% de ceux qui ont essayé le vapotage en premier 
  • Une majorité des usagers occasionnels ou quotidien sont à la fois fumeurs et vapoteurs, double-usage qui concerne 17,6% de l'ensemble des jeunes enquêtés 
  • 0,8% des 15-16 ans vapotent avec nicotine sans être actuellement fumeur (13,4% vapotent avec nicotine parmi les 6,3% vapoteurs non-fumeurs) 
* Relations entre vapotage et tabagisme chez les adolescents en classe de seconde. Résultats d’une étude observationnelle descriptive transversale et monocentrique menée dans l’agglomération stéphanoise ; C. Denis-Vatant (CHU Saint-Étienne), C. Merieux (CHU Saint-Étienne), L. Leclerc (Mines Saint-Étienne), H. Duc (Mines Saint-Étienne), C. Berton (Mines Saint-Étienne), R. Jarrige (Mines Saint-Étienne), M. Nekaa (Direction des services départementaux de l’Éducation nationale Loire)d, e, J.-M. Vergnon (CHU Saint-Étienne), J. Pourchez (Mines Saint-Étienne) ; Revue des Maladies Respiratoires juin 2019 ; Doi : 10.1016/j.rmr.2019.04.002


lundi 17 juin 2019

Les éditocrates romands jouent la carte de l'obscurantisme anti-science pour faire douter du vapotage



Étranges redondances. A quelques jours d'intervalle, deux éditorialistes romands ont utilisé quasiment le même élément de langage. "Le problème, c’est que personne n’est aujour­d’hui capable de le confirmer avec certitude", assénait Patrick Monay, chef de rubrique, dans 24 Heures le 3 juin. Ce samedi, c'est Stéphane Benoit-Godet, le rédac-chef du Temps qui fait écho: "Problème, cette affirmation n’est pas prouvée". Tous deux écartent ainsi le fait que vapoter réduit les risques par rapport à fumer. La répétition de cet énorme mensonge, de manière aussi similaire, est troublante. 

Un mensonge certain

Troublant parce qu'en premier lieu, la réduction des risques grâce au vapotage par rapport aux cigarettes est un fait de science. La nier est au mieux de l'obscurantisme. La marge d'incertitude actuelle est l'ordre de magnitude de cette réduction des risques. De manière précautionneuse, le Public Health England et le Royal College of Physicians (UK) ont donné une fourchette de réduction des risques d'au moins 95%. Pour rappel, le Royal College of Physicians (UK) est historiquement le premier organisme de santé au monde a avoir eu le courage et la rigueur de dénoncer l'impact sanitaire catastrophique du tabagisme en 1962. 

Mais même au pays de Trump et du cowboy Marlboro, l'Académie Nationale des Sciences et de Médecine (NASEM), qui s'est concentrée sur l'angle du risque du vapotage en écartant son potentiel bénéfice pour réduire le tabagisme, a reconnu la réduction manifeste des risques pour l'usager, dans un rapport l'an passé. Rapport cependant de médiocre qualité ressemblant plus à un brouillon mal dégrossi qu'à un rapport scientifique abouti.

Les éditocrates romands nient la science

Mieux maîtrisées, les évaluations britanniques d'une réduction d'au moins 95% du risque intègrent la part d'incertitude au niveau collectif de la diffusion du vapotage. Au niveau individuel, le fumeur qui lâche ses cigarettes pour le vapotage réduit de manière encore plus drastique les méfaits pour sa santé. L'absence dans le vapotage de monoxyde de carbone (CO) et de goudrons (TAR), deux serial-killers de la cigarette, et de milliers de toxiques produits par la fumée ne laisse aucun doute. Les toxiques restant dans le vapotage le sont à des doses beaucoup plus faibles que dans les cigarettes. (voir appendice en fin d'article)

Les fabricants de doute et de peur 

Bref, croire à l'absence de connaissance sur la réduction des risques du vapotage par rapport au tabagisme est aujourd'hui de l'ordre de la superstition. Produire du doute contre les études scientifiques pour maintenir les fumeurs dans le tabagisme est une vieille stratégie. On le sait, les 61% de fumeurs en Suisse qui déclarent vouloir arrêter de fumer sont pris d'ambivalence entre ce désir et leur dépendance. Instiller le doute est extrêmement efficace pour les repousser dans le tabagisme. 

Les mêmes campagnes de dénigrement et de peur avaient parcouru la presse à l'époque contre les gommes nicotinées: hoax sur des crises cardiaques provoquées par les Nicorettes, fantasmes d'épidémies de nicotimanie chez les enfants à cause de ces chewing-gums nicotinés, accusations contre son inventeur d'être corrompu par Big Tobacco, etc. Après une décennie de guerre des Big Pharma pour empêcher les Nicorettes d'être mises sur le marché comme produits de consommation courante, GSK (distribution aux Etats-Unis) et Pfizer ont pu mettre la main à bon prix sur l'entreprise suédoise et cantonner le produit aux pharmacies (en 2006, Johnson & Johnson a racheté les parts de Pfizer).

Un des enjeux: livrer les vapoteurs à l'oligopole et aux taxes

On a jamais vraiment su qui de Big Tobacco, Big Pharma ou des anti-tabac puritains lançaient ces fausses rumeurs sur les Nicorettes. On ne peut évidemment pas écarter que les trois groupes d'intérêts ont participé à l'enfumage du public, sans avoir besoin de se concerter pour nourrir la machine à peur. Les similitudes avec le scénario actuel dans lequel prennent place les apologies obscurantistes des journaux lausannois sont frappantes. Notamment, l'enjeu de la réglementation du produit. Actuellement, la Commission santé du Conseil des Etats (CSSS-E) table sur la prochaine loi sur les produits du tabac, du cannabis et du vapotage (LPTab). L'essentiel de ses discussions, qui se poursuivront en août, concernent le vapotage.

Comme pour les Nicorettes, le dossier du vapotage a un énorme enjeu financier. Alors que les multinationales pharmaceutiques ont réussi à étrangler Leo, la firme qui a créée Nicorette, au point de récupérer l'entreprise et d'assigner le produit au statut pharmaceutique, l'enjeu des restrictions contre les vapoteurs visent avant tout à les livrer à l'oligopole cigarettier en éliminant la diversité et la pluralité actuelles des produits par des restrictions sur les produits, sur les usages et des taxes. 

La coalition des dealers et des puritains

La bienveillance, si ce n'est plus, de longue date des deux journaux lausannois envers Philip Morris, et notamment de ses cigarettes chauffées Iqos, ne fait rien pour démentir l'interprétation instrumentale de leurs récents éditos. Les publications, notamment du lobbyiste Rainer Kaelin - qui a fait censurer sur le site Infosperber les demandes sur ses liens d'intérêt financiers - , et des campagnes anti-réduction des risques provenant d'organismes liés à la pharmaceutique ou d'obédience puritaine semblent illustrer le vieux mécanisme, concerté ou non, de coalition des "baptists and bootleggers", des évangélistes et des dealers.  

A ce titre, on peut remarquer l'ironie cynique et habile du Temps d'utiliser les fantasmes de l'administration Trump sur une pseudo-épidémie de Juul chez les jeunes américains pour créer un climat favorable à des restrictions contre les vapoteurs en Suisse. Mesures qui risquent de limiter l'offre à des produits, dont la Juul a toute les chances de faire partie. 

En réalité, le vapotage a accéléré par trois l'effondrement du tabagisme des adolescents américains, passé de 20% en 2011 à 7% en 2018. Tandis que 3,6% vapotent de manière fréquente (au moins 20 jours par mois) en 2018, dont une partie sont en fait des utilisateurs de vaporisateurs pour cannabis amalgamés dans la statistique. 

En Suisse, l'effondrement du tabagisme adolescent et la part de vapoteurs fréquents occultées!

En Suisse, nombreux sont les adolescents, près de 40%, à avoir testé le vapotage, selon Addiction Suisse. Mais ont-ils pris une taffe dans leur vie ou s'agit-il d'un usage plus sérieux? Ni le nombre d'utilisateurs fréquents, ni la part d'utilisateurs avec ou sans nicotine, ne sont communiqués par Addiction Suisse. Absence de données ou volonté de ne pas les rendre publiques? Seule la fondation privée le sait. Ce qu'on peut aussi noter est qu'Addiction Suisse a passé sous silence dans sa communication la chute de 15% du nombre de fumeurs adolescents relevée par son enquête. Un chiffre gênant pour son plan de comm'?

Plus rigoureuses, les statistiques du Département de santé du canton de Bâle-ville montrent un effondrement du tabagisme régulier des adolescents, passé de 11,5% à 3% entre 2010 et 2017. Tandis qu'est apparue une large expérimentation du vapotage par 31% des jeunes, mais accompagnée d'un usage fréquent tout à fait minime avec 0,1% des lycéens interrogés. En somme, ces indicateurs invitent à considérer sérieusement l'hypothèse qu'en essayant le vapotage, un bon nombre d'adolescents évitent les cigarettes

La vague de la sortie du tabagisme en Suisse sera t-elle endiguée?

Pour trouver inquiétant ce phénomène, il faut être du camp des bénéficiaires directs ou indirects des ventes de cigarettes. Et vouloir créer un climat anxiogène propice à une réglementation autoritaire et disproportionnée. Une lame de fond de sortie massive du tabagisme parcourt la Suisse depuis l'abrogation de la prohibition abusive des liquides nicotinés par le Tribunal administratif fédéral l'an passé. Cette levée de la prohibition était l'aboutissement d'une lutte de cinq ans initiée par l'association des vapoteurs Helvetic Vape

A présent, les lobbys s'agitent et font sonner la charge par leurs médias. Face à eux, le camp de la réduction des risques n'a ni les moyens financiers ni les accès pour faire entendre sa voix. De longue date, aucune aide sérieuse n'est proposée aux fumeurs pour arrêter en Suisse. Les substituts nicotiniques sont vendus à prix d'or sans être remboursés, les organisations para-pharmaceutiques n'hésitent pas à facturer leur aide aux fumeurs.

Dans ce contexte, le vapotage chamboule toute cette économie du tabagisme en offrant un moyen efficace de s'en sortir à bon marché. Mais il y a de bonnes raisons d'être inquiet que ce mouvement de libération soit entravé, au moment où la Commission santé du Conseil des Etats (CSS-E) a demandé un rapport à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ajoutant à son agenda l'examen d'"une éventuelle imposition des cigarettes électroniques et des liquides de recharge".

Appendice: Vape et cancer

L'absence de monoxyde de carbone à elle-seule réduit drastiquement les risques cardio-vasculaires. Concernant le risque cancérigène, la méta-analyse de l'ensemble des études sur le sujet du Pr Ed Stephens conclut à un évaluation du risque cancérigène du vapotage de 0,4% par rapport aux cigarettes en l'état des connaissances en 2017. Plus récente, l'analyse du contenu résiduel de l'aérosol de vapotage après évaporation par l'équipe du Dr Scungio évalue à au moins 50'000 fois moindre le risque cancérigène du vapotage par rapport à la fumée de cigarette.

L'équipe du Dr Lion Shahab, de l'University College of London, a suivi six mois des fumeurs, des consommateurs de substituts nicotiniques et des vapoteurs: les examens sanguins et urinaires des vapoteurs présentent les plus bas taux de toxiques. Non seulement drastiquement plus faibles que ceux des fumeurs, mais même un peu moins que ceux qui utilisent des patchs ou des gommes nicotinés pharmaceutiques, pour lesquelles nous avons 40 ans de recul. Bref, les preuves scientifiques que vapoter réduit les risques par rapport à fumer sont indéniables.

mercredi 12 juin 2019

Le Tribunal Fédéral abroge la prohibition du Snus en Suisse

Le Tribunal Fédéral (TF) a abrogé la prohibition du snus en Suisse. Le produit de tabac, à faible taux de nitrosamines, en sachet à placer contre la gencive et suçoter, va donc être autorisé plus rapidement qu'attendu. Le verdict du 27 mai, publié hier matin, estime que la consommation de snus étant moins nocive que de fumer des cigarettes, il n'y a pas lieu d'en interdire la vente et l'importation. La prohibition du snus, en vigueur depuis 1995 en Suisse, agissait comme s'il y avait "un permis perpétuel pour les produits les plus dangereux, tandis que les moins dangereux sont absolument interdits. Il n'y a aucune raison objective pour une telle procédure", estime le jugement de la cour fédérale [notre traduction]. 

Une prohibition arbitraire

"Interdire un produit si, en outre, d'autres produits plus dangereux ne sont pas interdits sur la même base juridique est arbitraire et constitue une violation de l'article 9 de la Constitution fédérale [de protection contre l'arbitraire] à moins que cela ne soit justifié par des raisons objectives", précisent les juges. Or, la défense de l'Administration fédérale des douanes (AFD) s'appuyait sur deux arguments pour justifier sa saisie d'une cargaison de 245 kg de snus, contre laquelle a fait recours l'importateur. Le premier se résume à ce que le produit n'est pas autorisé à la vente en Suisse. Autrement dit, c'est interdit parce que c'est interdit. Le TF a jugé arbitraire cette justification.

Bruxelles ne fait pas sa loi en Suisse

La seconde ligne de défense présentée par les douanes à la justice fédérale est que les "autorités sanitaires européennes sont largement d'accord pour dire que l'interdiction du snus est une mesure appropriée pour protéger la santé de la population". Le snus est interdit dans l'Union Européenne (UE) à l'exception, très notable d'un point de vue de santé publique, de la Suède.

Or pour le Tribunal fédéral, rien n'oblige la Suisse a adopter la réglementation européenne en la matière. Le principe de non-entrave au commerce avec l'UE "n'exige pas que des produits soient interdits en Suisse simplement parce qu'ils sont interdits dans certains autres États". Le jugement ajoute un accent d'indépendance envers les bureaucrates bernois pro-européistes, au moment où l'accord cadre avec l'UE fait débat, à une dose bienvenue de respect du principe de réduction des risques en autorisant un produit de tabac extrêmement moins nocif que les cigarettes et pouvant s'y substituer.

Un produit de réduction des risques

A l'aide de ces sachets de tabac à faible taux de nitrosamines, utilisés par 19% de sa population, la Suède a abaissé sa part de fumeurs à moins de 7%. Le pays a les records des taux les plus bas de cancers liés au tabagisme d'Europe.

Pour la petite histoire, significative et que semble préférer oublier l'OFSP, l'interdiction du snus en Suisse était entrée en vigueur en 1995 suite à une motion de Peter Hess avec le soutien du mouvement anti-tabac. Peter Hess, alors Conseiller national démocrate-chrétien, siégeait au conseil d'administration de la filiale "internationale" de British American Tobacco (BAT) sans l'avoir déclaré publiquement. C'est une enquête du Consortium des journalistes européens (CJE) qui l'a révélé en 2001.


dimanche 9 juin 2019

Vaping Facts: la Nouvelle-Zélande lance une grande campagne d'information de réduction des risques

"La nicotine manque à beaucoup de gens quand ils cessent de fumer. Le vapotage peut remplacer cette nicotine mais sans les toxines présentes dans la fumée de cigarette. Les produits chimiques de combustion présents dans la fumée de cigarette est ce qui cause presque tous les dommages provoqués par le tabac", explique Jenny Salesa, Ministre déléguée à la santé de Nouvelle-Zélande. Elle a inauguré ce matin le nouveau site web Vaping Facts, mis en place pour fournir "une source d’information centralisée et crédible, avec des faits et des conseils sur le vapotage"

Dans un pays qui compte près de 15% de fumeurs, ce site "est conçu pour les adultes qui fument et leur whānau, ainsi que pour les personnes ayant des questions sur ce qu'est le vapotage et en quoi il est différent du tabagisme", précise la Ministre déléguée dans son communiqué de presse. Le site Vaping Facts impressionne. A la fois très complet et précis, il garde un ton facile d'accès pour le public, avec de brefs interviews en vidéo. Les fumeurs kiwi peuvent y trouver des renseignements sur les types de produits de vape pour arrêter de fumer, des conseils et des repères sur les questions de santé et corrige certains mythes.

Réduire le "health gap" des inégalités sociales liées au tabagisme

La création du site s'inscrit dans une stratégie de lutte face au tabagisme ayant intégrée l'approche de réduction des risques. La Nouvelle-Zélande vise à avoir moins de 5% de fumeurs d'ici 2025. Or la stratégie conservatrice pro-abstinence, dite du quit or die, était dans une impasse: elle est inéfficace avec les groupes sociaux défavorisés. "Il existe des inégalités importantes des taux de tabagisme en Nouvelle-Zélande. Les femmes maories en particulier connaissent les taux de tabagisme les plus élevés", souligne Jenny Salesa. Après ce site, le Ministère de la santé lancera une campagne de spots TV en septembre "visant à sensibiliser le public au fait que le vapotage est un moyen d’arrêter de fumer".

vendredi 7 juin 2019

Vapotage sur les quais de gare: les CFF promettent de ne pas mettre d'amende

Il ne devrait pas y avoir d'amende pour les vapoteurs préférant protéger leur santé en vapotant hors des zones fumeurs sur les quais de gare en Suisse. L'information vient de la conférence de presse donnée mardi par l'Union des transports publics (UTP) pour présenter les nouvelles interdictions de fumer sur les quais de la gare à Burgdorf, dans le canton de Berne. "Il n'y aura pas de mesures policières", a précisé Vincent Ducrot, vice-président de l'UTP. Cette annonce contraste avec les informations ces derniers mois dans la presse, qui envisageaient des amendes sans en avoir fixé le montant.

Faut-il y voir une inflexion des CFF suite à la communication de l'association Helvetic Vape? Celle-ci s'est inquiétée que la mesure, sans base légale ni de science, voulait forcer les vapoteurs, y compris ceux en période de sevrage tabagique, à subir la promiscuité des fumeurs. La question du vapotage n'a tout simplement pas été réfléchie, avoue Roger Baumann, porte-parole de l'UTP, à l'agence ATS (sda) version suisse-allemande"L'UTP a simplement suivi les recommandations de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP)", précise l'article.

L'OFSP veut condamner les vapoteurs au tabagisme passif

L'OFSP a pourtant reçu en 2016 mandat du parlement de "clairement différencier" vapotage et cigarette dans l'élaboration de la future loi sur les produits du tabac, du cannabis et du vapotage (LPTab). Mais doit-on être surpris? La prohibition illégale, cassée par le Tribunal administratif fédéral en avril 2018, de vente du vapotage nicotiné a déjà largement démontré le peu de cas que l'administration Berset fait de la loi, des connaissances scientifiques, des droits et des processus démocratiques. Et de la santé publique une fois de plus, en voulant condamner des ex-fumeurs à subir le tabagisme passif par l'astreinte aux zones fumeurs.

16 m² pour 27% de la population

Ces nouvelles zones de concentration pour fumeurs des quais de gare mesurent 16 m², s'étendant sur 2 mètres autour d'un cendrier surmonté d'un panneau signalétique. Les 27% de la population qui fument auront donc une mise en condition de l'espace attribué aux pendulaires aux heures de pointe avant même d'embarquer en train. "Le dispositif choisi est un compromis empreint de respect et de tolérance", estime de son côté Ueli Stückelberger, directeur de l'UTP. L'organisation des transports publics espère équiper l'ensemble des gares du pays de ces panneaux sur les cendriers et un gros pictogramme bleu au sol à l'entrée d'ici juin 2020 pour un coût devisé à 9 millions Fs (!).

Objectif et justification annoncées de l'UTP: réduire les coûts liés au ramassage de mégots. "On ignore encore combien d'économies pourront être réalisées dans le nettoyage", précise l'article de l'agence de presse ATS. Un déchet absent avec le vapotage, comme l'a précisé Helvetic Vape soulignant l’incongruité de l'assimiler à cette mesure. Autre raison invoquée, un air assaini... dans des gares où le freinage des trains disperse des tonnes de particules fines. Sur cet aspect aussi, l'association des vapoteurs souligne l'absence d'impact sanitaire du vapotage pour l'entourage, a fortiori en plein air.

Ne pas manquer de savoir-vivre en dépit des mesures injustes

L'abandon de l'UTP d'inclure des amendes pourrait être lié à la faiblesse légale de cette interdiction. Visiblement disproportionnée et inadéquate contre les vapoteurs en regard des justifications avancées, une contestation d'une amende en justice pourrait probablement casser cette décision de l'UTP. Subir une mesure injuste des autorités ne doit pas pour autant inciter à l'irrespect des autres voyageurs. En ce sens, Helvetic Vape invite "les vapoteurs à faire preuve de civilité et de savoir-vivre en vapotant de manière discrète et non invasive envers les autres usagers des quais de gare".


lundi 3 juin 2019

Royaume-Uni: la vape va t-elle bénéficier d'une TVA réduite comme aide à l'arrêt tabagique?

MHA MTaxco est une entreprise originale: elle fournit des conseils spécifiquement sur la TVA. Jonathan Main se défini lui-même comme un "geek des questions de TVA". Avec Alison Care, il a créé MTaxco en 2017. "Durant l'été 2017, nous avons examiné la question en détails. Il nous semble que c'est une anomalie que les produits de vapotage soient traités différemment que les autres produits nicotiniques d'aide à l'arrêt tabagique, comme les patchs et les gommes", explique Jonathan Main dans une interview exclusive à l'excellent Ashtray Blog

Une baisse de TVA de 20% à 5% ?

Au Royaume-Uni, tandis que la vape est soumise à une TVA de 20%, les substituts nicotiniques bénéficient d'une réduction à seulement 5% de TVA. MTaxco estime que les produits de vapotage devraient aussi bénéficier de ce taux réduit comme aide à l'arrêt tabagique. Après avoir consulté un avocat spécialiste des taxes, qui a confirmé leur point de vue, ils ont commencé à monter un dossier de litige et chercher des entreprises intéressées à le mener. 

"Au printemps 2018, nous avons été ravis d'obtenir le soutien de l'un des plus grands revendeurs au Royaume-Uni. Une fois que nous avons sécurisé notre principal demandeur, la prochaine étape consistait à constituer un fonds de combat auprès d’autres détaillants afin de nous assurer que nous puissions financer les coûts de la contestation auprès du Her Majesty's Revenue and Customs (HMRC)", précise Jonathan Main. 

Mais le HMRC a pour le moment rejeté leur demande de révision de la TVA, argumentant que le vapotage n'est pas un produit ayant une licence pharmaceutique pour l'arrêt tabagique. "Mais ce n'est pas ce que dit la loi!", contre-attaque Jonathan Main, soulignant que le texte légal ne précise pas la nécessité d'une licence mais celui d'être une aide à l'arrêt tabagique. 

Ne pas confondre conception et présentation

"Alors que la loi parle de «conçu pour aider», le HMRC a réinterprété la législation du Trésor en utilisant l'expression «présenté à la vente» [held out for sale]. Cela fait référence à la manière dont un produit est vendu et aux allégations formulées pour ce produit", explique le conseiller, soulignant le glissement de sens entre la destination du produit et sa présentation à la vente.

En Angleterre, la publicité pour le vapotage est autorisée à condition justement de ne pas le présenter comme aide à l'arrêt tabagique. "Mais Public Health England et les organismes similaires crient sur tous les toits que le vapotage est un excellent produit pour arrêter de fumer".

Jonathan Main est optimiste sur la suite. "Le HMRC va t-il accepter l'abondance de preuves concernant la conception, l'efficacité et la popularité du vapotage en tant que produit pour arrêter de fumer? Nous espérons toujours que le cas pourra être réglé sans recourir à un litige formel, mais dans les deux cas de figure, nous sommes très confiants de notre succès"

Il ne cache pas qu'une victoire serait une bonne affaire commerciale pour son entreprise, avec la possibilité d'un remboursement rétroactif du trop payé des taxes pour les entreprises. "De plus, ce serait une baisse du prix qui peut aider les personnes défavorisées à cesser de fumer. C'est important, n'est-ce pas? Abaissons la TVA pour aider ces personnes".


dimanche 2 juin 2019

USA: L’effondrement des Big Tobacco semble s'accélérer

Toutes les marques de cigarettes, y compris les plus populaires, sont touchées: les ventes dégringolent aux Etats-Unis. De mi-avril à mi-mai, l'Institut Nielsen a mesuré une réduction de 11,2% du volume des ventes. Les cigarettiers, en évoquant une baisse de l'ordre de 5% à 7%, contestent l'ampleur mais pas la chute elle-même. Depuis 18 mois la baisse s’accélère, deux à trois fois plus vite que le déclin moyen de 3% enregistré depuis le début du millénaire. 

Au point que les hausses de prix des paquets ne permettent plus de maintenir le chiffre d'affaire des cigarettiers, dont la chute affole les investisseurs. Les valeurs boursières des cigarettiers ont d'ailleurs de nouveau dévissé mardi de 4 à 5 % dans la foulée de la publication des dernières données de Nielsen. En 2018, la chute des actions boursières des Big Tobacco avaient déjà vaporisé plus de 100 milliards £ de leurs valeurs, selon le Daily Mail du 31 décembre

Les hausses de prix des paquets ne suffisent plus

Pour ralentir l'effondrement continu depuis fin 2017 de leur chiffre d'affaires, les cigarettiers procèdent à des hausses de prix. Altria (Philip Morris USA) a, par exemple, de nouveau augmenté de 0,11 $ le paquet de Marlboro fin février, poussant son prix moyen à 7$ alors qu'il n'était encore que de 6,31$ en 2015. Ces hausses de prix ont permis que la contraction de 11,2% du volume des ventes du mois dernier ne provoque "qu'une" baisse de 6,9% du chiffre d'affaire global des ventes de cigarettes, estimé tout de même à 59,27 milliards $. Mais ces hausses de prix, qui ont longtemps plus que compensé le déclin des ventes de cigarettes comme l'expliquait un article éclairant du Wall Street Journal en avril 2017, ne suffisent plus.

Depuis 18 mois, les montants encaissés par les Big Tobacco se réduisent. Et de plus en plus vite. Ce qui semble accréditer l'interprétation d'un effondrement en cours de cette industrie, annoncé par un rapport de Citi Group il y a un an. Les hausses de prix attisent désormais l'exode des fumeurs vers les produits à risque réduit, le vapotage avant tout. 2018 marque clairement un point de bascule dans ce processus, avec l'essor fulgurant de la Juul sur le marché des buralistes (retail channel - ceci comprend les kiosques, les stations-services ect. mais pas les ventes des magasins spécialisés de vape).

Juul représenterait 40% du marché global de la vape selon Altria

Altria annonce que Juul représenterait 40% de l'ensemble du marché des produits de vapotage, tandis que Nielsen relève près des 3/4 des ventes de pods par Juul sur le secteur des buralistes. L'évaluation du marché global de la vape est difficile à chiffrer, les magasins spécialisés indépendants ne communiquant pas de données précises. Les observateurs articulent des estimations de 9 à 13 milliards $ pour l'ensemble du marché américain de la vape d'ici fin 2019, dont une part de 3 à 6 milliards $ pour le secteur des magasins spécialisés.

En décembre, pour tenter de compenser la chute accélérée des ventes de cigarettes, Altria a acquis 35% du capital de Juul pour 12,8 milliards $, ainsi que 45% de Cronos, une entreprise de cannabis canadienne. Si certains analystes se félicitent de la diversification des activités d'Altria, d'autres observateurs financiers estiment que sa direction a cédé à la panique en surpayant cette part minoritaire de Juul, au chiffre d'affaire d'environ un milliard $ en 2018 avec un seul produit vieux de 4 ans et faisant l'objet d'attaques administratives.

Les dernières données de Nielsen pourraient nourrir ces craintes d'actionnaires d'Altria. La croissance, fulgurante en 2017 et 2018, de Juul s'est sensiblement ralentie, tout en restant positive, sur le début de l'année. Difficile de juger si ce ralentissement est temporaire ou signe de l'atteinte d'un pallier de saturation de leur produit. La ré-émergence de certains produits concurrents, notamment de la firme indépendante Njoy, pourrait être un signe avant-coureur d'une ré-orientation du marché vers d'autres produits de vapotage: pods propriétaires concurrents ou de type ouverts offrant plus de choix et de liberté à l'usage.

Les "idiots utiles"

Paradoxalement, Juul peut espérer un effet de protection face aux nouveaux produits concurrents et du secteur indépendant de la vape par les actions des ennemis du vapotage. A titre d'exemple, la lettre du Sénateur Dick Turbin au Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA) enjoint l'administration à bannir les produits concurrents de Juul.

Réputés bons stratèges, Altria, et à présent sa partenaire Juul, ont d'ailleurs opté pour impulser des demandes de restrictions, notamment à travers des limites d'âge de vente, assimilant de facto le vapotage aux cigarettes. Juul a ainsi payé des pleines pages de publicité, notamment dans le Wall Street Journal, pour répandre ce message dans le sillage de l'initiative 'Tobacco 21'

Utiliser les changements de réglementation à son profit et contre ses concurrents est un principe central du guide interne des lobbyistes de Philip Morris. Mission plutôt réussie semble t-il dans l'Etat de Washington. Le Gouverneur a signé une nouvelle taxe anti-vapotage, qui frappe en proportion trois plus les fioles de liquide pour produits ouverts que les pods de type Juul.

La guerre de la réduction des risques est loin d'être terminée aux Etats-Unis...
La signature en public de la taxe anti-vape par Jay Inslee, Gouverneur de l'Etat de Washington, la semaine dernière.



mercredi 29 mai 2019

The Big Buzz: une étude américaine prouve que des transfusions de liquide de vape seraient risquées

Comme un air de déjà-vu. Une étude américaine a tenté de noyer sous un flot de liquide de vapotage des cellules endothéliales. Ce sont celles des vaisseaux sanguins en contact avec le sang. Résultat: remplacer son sang par du liquide de vapotage serait risqué au niveau cardio-vasculaire. Se rappeler donc de ne pas s'injecter en intra-veineuse des litres de liquide de vape. A fortiori, selon leurs résultats, si c'est du liquide à la cannelle. Celle-ci est bien connue, entre autres caractéristiques, pour être cytoxique à forte dose. C'est-à-dire qu'en très forte concentration le cinnamaldéhyde peut détruire des cellules. Donc se rappeler de ne pas s'injecter des litres de liquide de vape surtout à la cannelle.

Vers encore plus de réalisme, l'étude publiée dans le Journal of the American College of Cardiology a pris des mesures physiologiques sur des usagers. D'un côté, un groupe de 5 fumeurs et de l'autre, un groupe avec... et bien deux fumeurs aussi, mais qui vapotent également, et deux vapoteurs. Les résultats des deux groupes sont proches. Quel scoop. La science aurait vraiment manqué une grande découverte sans cette publication ultra-médiatisée sur CNN, LCI... etc. 

Pour aller plus loin:
- Article du Dr K. Farsalinos, du Centre de cardiologie Onassis d'Athènes: Do the properties of cinnamon change when it is present in e-cigarette liquids? The pro-inflammatory/oxidative and anti-inflammatory/anti-oxidant properties of cinnamaldehyde
- Interview du Pr Massimo Caruso, du Département de médecine de l'Université de Catania 
https://www.sigmagazine.it/2019/05/aromi-caruso/
- Article du Dr Colin Mendelsohn, Pr de santé publique à l'University de New South Wales, Sydney
https://athra.org.au/blog/2019/05/29/misleading-claims-that-vaping-causes-heart-disease-again/


vendredi 24 mai 2019

Etude: le risque accru à vie de cancer du "vapotage passif" se situerait entre 0,000'0012% et 0,000'0027%

L'exposition de personnes tiers au vapotage augmenterait le risque à vie de cancer de 0,000'0012% à 0,000'0027%. Cette évaluation est un des résultats d'une étude italienne parue en janvier 2018 dans Journal of Aerosol Science. Pour comparaison, plusieurs études ont évalué l'accroissement du risque de cancer des poumons du tabagisme passif entre 10% et 30%. En s'appuyant sur ces chiffres, la magnitude d'écart des risques serait de l'ordre du million. En pourcentage, cela équivaut à une réduction du risque d'au moins 99,9999%.

[add nota bene: les chercheurs italiens n'ont pas fait la comparaison avec le tabagisme passif, probablement en raison des controverses sur les évaluation de celui-ci]

Plus grand encore que l'écart déjà impressionnant de risque accru à vie de cancer entre tabagisme et vapotage actifs que l'étude italienne évalue d'un ordre de plus de 50'000 fois moindre pour le vapoteur. Les auteurs, du département d’ingénierie de l'Université de Cassino, soulignent d'ailleurs que les mesures du vapotage actif se situent en dessous des normes édictées par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'Environnemental Protection Agency américaine (EPA). 

La recherche a mesuré les particules, leur composition, leur distribution dans un espace clos (de 40 m³) et la concentration de surface après chauffage à 37°C (température corporel) et à 300°C (pour vérifier la concentration en résidus après évaporation des liquides). Dans un pièce de 40 m³ - pour donner une idée, cela équivaut à une pièce de 4 mètres sur 4 avec un plafond à 2,40 m -, une personne a vapoté durant 10 mn (avec un modèle Ego, qui n'est plus très utilisé aujourd'hui), soit une durée double de celle que le fumeur a mis pour fumer sa cigarette pris en comparaison.

Plus de brouillard, moins de toxiques

Sans surprise, les mesures de particules, sans discriminer entre celles liquides et solides, sont nettement plus nombreuses avec le vapotage qu'avec la fumée de cigarette. Mais, l'analyse des concentrations solides de toxiques récoltées montrent des niveaux extrêmement plus faibles avec le vapotage que de la cigarette. Les chercheurs ont ensuite analysé ces concentrations selon les formules traditionnellement utilisées pour évaluer le risque à vie accru de cancer (ELCR).
"Des concentrations du nombre de particules égales à 6,30 - 9,08×10³ part. cm‾³ avec une distribution bimodale (à 30 nm et 90 nm) et des concentrations de surface spécifique de 5,16 - 5,90×10⁷ nm² cm‾³ (à 300 °C), respectivement, ont été mesurées dans un aérosol de vapotage de seconde main, entraînant des valeurs extrêmement faibles de risque accru à vie de cancer (ELCR) dues à l'exposition à un aérosol de vapotage de seconde main (1,24 - 2,70×10‾⁸)", Mauro Scungio, Luca Stabile, Giorgio Buonanno ; ma traduction de "Measurements of electronic cigarette-generated particles for the evaluation of lung cancer risk of active and passive users" in Journal of Aerosol Science https://doi.org/10.1016/j.jaerosci.2017.10.006 


La nature radicalement différente du vapotage et de la fumée

L'énorme réduction des risques entre tabagisme passif et exposition au vapotage s'explique en premier lieu par la différence radicale entre l'aérosol de vapotage et la fumée. En plus du monoxyde de carbone et de goudrons, absents du vapotage, la fumée de cigarette se caractérise par un niveau très élevé de particules solides. En second lieu, la cigarette émet un "sidestream" entre les bouffées prise par le fumeurs, qui constitue plus des trois-quart de la fumée dispersée dans l'environnement du fumeur. A l'opposé, le vapoteur n'émet que le vapotage qu'il a préalablement inspiré et dont il a retenu une large partie des substances. Deux études in vivo dont nous avons déjà parlé , l'une du CDC dans un magasin de vapotage et l'autre de l'Université de San Diego sur la pollution intérieure mesurée dans des logements de fumeurs, vapoteurs et de non-fumeurs, n'ont présenté aucune mesure significative de vapotage "passif". 


mercredi 22 mai 2019

Bâle: le tabagisme des adolescents s'écroule, effet protecteur du vapotage?

Les adolescents évitent-ils de se mettre à fumer en essayant le vapotage à la place? La grande question tabou paraît difficile à éviter à la lecture des dernières données sur les 15-16 ans bâlois. Alors qu'il avait progressé entre 2006 et 2010, le tabagisme des lycéens et apprentis s'est écroulé de 21,8% en 2010 à 9,6% en 2017. Effondrement encore plus net, si on prend le tabagisme régulier passé de 11,5% à 3% des adolescents bâlois en sept ans. Entre ces deux dates, le vapotage a fait son apparition. 31,1% des jeunes disent avoir essayé la vape, mais seul un élève sur les 1046 interrogés en 2017 l'utilisait quotidiennement. Et moins de 1% déclarent avoir vapoté au moins trois fois dans le mois écoulé.

Désormais, 88% des bâlois de 15-16 ans déclarent n'avoir jamais fumé. Peut-on faire un lien avec les 31% qui ont essayé le vapotage? De fait, il est remarquable qu'une part plus importante de jeunes ont essayé le vapotage que les cigarettes. Un glissement d'expérimentation qui s'est accompagné d'une chute concomitante très impressionnante du tabagisme. La corrélation entre expérimentation du vapotage et écroulement du tabagisme ne peut pas à elle seule constituer démonstration d'un lien causal. Mais le phénomène devrait interroger... Si les autorités étaient intéressés à comprendre l'évolution de ces consommations. Du côté du Département de santé de Bâle, on estime que cette chute du tabagisme pourrait être le fruit des campagnes de prévention, qui existaient déjà avant 2009. On peut vouloir le croire. Ou pas. 

"Trop stylé"

Les données bâloises publiées ne présentent pas de données sur les co-consommations, ni sur la chronologie d'expérimentation entre cigarette et vapotage. Mais discuter avec quelques adolescents peut aider à comprendre au moins une voie possible d'explication au phénomène. L'adolescence est un âge de curiosité et de construction d'identité. Dans ce contexte, le vapotage aromatisé à gros nuages, généralement synonyme d'absence de nicotine, fait "trop stylé", pour reprendre l'expression de ma filleule âgée de 16 ans. La machine peut s'oublier dans un tiroir quelques mois plus tard. Dans le cas de l'essai de la cigarette, ils sont 70% à finir fumeurs réguliers à long terme.

La ressemblance avec le phénomène de la chute du tabagisme des adolescents américains de 2011 jusqu'à l'interdiction de vente du vapotage aux mineurs en 2016 est saisissante. Sur cette génération, qui a entre 18 et 24 ans à présent, 13% ont vapoté momentanément durant leur adolescence sans devenir ni fumeur ni vapoteur. 10% des jeunes adultes américains sont fumeurs, alors que 37% des jeunes Suisses du même âge le sont devenus dans le contexte de prohibition du vapotage en Suisse.
Source: présentation du Dr Lion Shahab (University College of London)
à Washington du 29 avril 2019 visible sur Vimeo

Des données plus intelligentes permettraient des décisions plus intelligentes

Pour évaluer plus intelligemment les possibles effets de reports de consommation, des données plus précises que celles présentées par l'enquête bâloise seraient nécessaires. Outre l'absence déjà mentionnée de données croisées entre les consommations, le Département de la santé du canton de Bâle n'a pas répondu à ma demande de précision sur les données concernant le contenu des liquides utilisés, entre vapotage seulement aromatisé, avec nicotine ou avec CBD. [edit 15h15: Le Département de santé de Bâle vient de me répondre qu'ils n'ont pas de données sur les liquides utilisés ]. Au moment de l'enquête, la vente de liquides nicotinés était encore illégale en Suisse.

Le vapotage n'est un fléau que pour ceux qui vivent du tabagisme

Malgré ces lacunes, la communication de l'enquête de la ville de Bâle contraste singulièrement avec celle de la secte calviniste la fondation indépendante Addiction Suisse. Pourtant, les données d'Addiction Suisse montrent aussi une nette chute du tabagisme des adolescents suisses. Mais l'officine lausannoise l'a passé sous silence pour mieux sur-dramatiser l'expérimentation de vapotage, bien qu'un usage régulier soit extrêmement faible et que leur enquête ne présente aucune donnée sur la consommation de nicotine. Résultat: peur et doutes pour générer une absence totale de réflexion. On appelle ça une opération d'enfumage politique

Depuis, les grands journaux d'influence, le Temps côté romand et la NZZ outre-sarine, multiplient les tribunes à pensée unique appelant à durcir les restrictions contre les vapoteurs dans la prochaine loi Tabac (LPTab) en discussion actuellement en commission parlementaire. En somme, conserver un système ayant généré 37% de fumeurs chez les 18 à 24 ans qui au nom d'une soi-disant protection des jeunes programme leur mort prématurée. Un cynisme politicien au-delà du morbide. Les nouvelles données bâloises devraient nourrir un débat sur le rôle potentiellement préventif du vapotage face au tabagisme chez les adolescents. Mais ce débat nous est interdit par les élites.

Note complémentaire: Depuis quelques mois, je subis des pressions directes ou indirectes provenant d'intérêt économique pour fermer ce blog ou au minimum censurer les sujets concernant les jeunes. 


lundi 20 mai 2019

Le Secrétariat anti-tabac va t-il imposer une déclaration de guerre à la réduction des risques à l'assemblée générale de l'OMS?

Ce matin s'ouvre la 72ème World Health Assembly (WHA) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Genève. Cette rencontre annuelle est l’organe décisionnel de l’OMS, auquel participent des délégations de tous les États membres pour déterminer les politiques de l'Organisation. On comprend l'importance des enjeux qui peuvent se jouer là pour les grandes orientations de l'OMS. Cela éclaire la tentative lancée par le Secrétariat de la Convention cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT ou FCTC en anglais). Celui-ci propose de faire passer un texte qui déclare la guerre à la réduction des risques, pourtant présent dans son texte fondateur et principe fondamental des organisations de l'ONU. INNCO, le réseau international des organisation de consommateurs de produits nicotinés à risque réduit, alerte ce matin sur cette tentative de coup de force du Secrétariat de la CCLAT.

Dernier coup de force

Alors qu'elle va devoir prochainement céder sa place, Vera da Costa, la Secrétaire générale brésilienne de la CCLAT, veut imposer de mettre en "priorité" la lutte contre les nouveaux produits de réduction des risques tabagiques. Cette déclaration de guerre à la réduction des risques se trouve au point 7 du texte de la CCLAT soumis à l'approbation de la World Health Assembly. Il vise les produits de tabac chauffé. Mais, bien que le dernier sommet de la CCLAT, à Genève en octobre 2018, a clairement rejeté l'assimilation du vapotage aux produits du tabac, le Secrétariat use de formules assez alambiquées pour laisser planer le doute sur le sort du vapotage dans la suite de cette nouvelle guerre aux produits à risque réduit qu'elle veut déclarer.  

Ce qui ne laisse pas de place aux doutes, c'est la volonté du Secrétariat de la CCLAT de violer ouvertement son propre principe d'incorporer "des stratégies de réduction des risques" défini dans son texte fondateur à l'article 1 d). En somme, la poignée de bureaucrates détenant le pouvoir exécutif de la CCLAT veut abandonner la lutte contre les méfaits du tabagisme pour déclarer une guerre aux fumeurs, y compris contre ceux qui arrêtent de fumer avec des produits à risque réduit. 


La lucrative guerre à la réduction des risques

L'absurdité parait totale, si on ne tient pas compte de leur lucratif cheval de bataille des taxes sur le tabac et du manque à gagner résultant de l'effondrement du tabagisme enclenchée par l'essor du vapotage dans certains pays ces dernières années. Partout où les appels à la guerre aux vapoteurs du Secrétariat anti-tabac de l'OMS ont été suivi, le tabagisme s'est maintenu. De la Thaïlande, où la junte militaire détient le monopole du tabac, à la Corée du Nord, en passant par les Etats indiens producteurs de tabac comme le Karnataka, ou encore dans le régime despotique de Turquie

A l'opposé, la Suède connait le taux de fumeurs et les taux de cancer liés au tabagisme les plus bas d'Europe, grâce à l'adoption par les 3/4 des consommateurs du produit de tabac à risque réduit qu'est le Snus. L'Angleterre a vu son taux de fumeurs dégringoler de plus de 20% à moins de 15% depuis l'essor du vapotage en 2011. L'Islande a réduit de moitié son tabagisme depuis 2014 avec l'essor du vapotage. Les ventes de cigarettes aux Etats-Unis chutent si vite, que les actions des cigarettiers ont dévissé de 30 à 50% en 2018...

La résistance des usagers et des défenseurs de la santé publique

Avant le dernier sommet de la CCLAT l'an passé à Genève, 72 experts de santé publique avaient pris leur plume pour tenter de ramener à la raison le Secrétariat de l'organe anti-tabac de l'OMS. Une partie des demandes des experts ont été entendu par les parties membres, qui ont rejeté la tentative d'assimiler le vapotage au tabac. Mais force est de constater que la direction exécutive entend toujours déclarer la guerre au public concerné, synonyme de budgets de lutte, plutôt que de chercher des solutions efficaces, synonyme de perte de rentrées fiscales.

Dans cette dérive à la fois malsaine et autoritaire, la voix des usagers est violemment exclue par la poignée de bureaucrates régnant sur le Secrétariat anti-tabac de l'OMS. Lors du sommet à Genève l'an passé, il était allé jusqu'à censurer les images censées être diffusées publiquement lors de l'exclusion des représentants d'INNCO. Un nombre effrayant de violations de droits fondamentaux avaient été constatées par des observateurs, dont des représentants des associations francophones d'usagers (dont moi-même), sans que les grands médias ne s'en fassent l'écho. 

Le silence des médias de l'empire Bloomberg

Ceux-ci tenus à l'écart des débats semblent résignés à la communication soviétique des organes dirigeants de la CCLAT. Cela va t-il se reproduire cette semaine durant la World Health Assembly ? La présence d'autres organes de l'OMS cultivant des approches plus respectueuses des populations laissent un maigre espoir d'une communication plus ouverte et de défense des principes des droits fondamentaux, dont celui de préserver sa santé avec les moyens de réduction des risques. Mais sans réaction, le Secrétariat de la CCLAT risque bien de faire passer sa déclaration scellant la guerre contre les usagers de produits à risque réduit...

édité à 14h20: petites modifications concernant le focus sur les produits de tabac chauffé du texte du Secrétariat de la CCLAT (et quelques fautes de français corrigées). Merci à Claude ;)

Printfriendly

Licence Creative Commons: Attribution (BY) + Non Modification des partages (ND)

 
Real Time Analytics