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jeudi 26 décembre 2019

Un plan pourri au Danemark pour interdire les arômes de vape sauf tabac et menthol

Le plan été voté à une nette majorité le 18 décembre au 'Borgen', le parlement danois. Il prévoit d'interdire la vente de tous les liquides aromatisés de vape, sauf ceux aux goûts tabac ou menthol. Une taxe anti-vapoteurs de 2 couronnes par mL, soit 2€70 par fiole, est aussi annoncée. Enfin, le packaging des produits de vapotage devraient aussi être soumis, en même temps que les cigarettes, à des emballages "neutres". Les produits devront aussi être cachés à la vue des clients dans les commerces au Danemark. Ces mesures font parties d'un plan général dit "anti-tabac" du Ministre de la Santé Magnus Heunicke. 

Entrée en vigueur en 2021 selon les médias locaux

Mais en l'état, il n'est encore qu'un plan, sans plusieurs des lois nécessaires à l'entrée en vigueur effective des mesures. Plusieurs points sont énoncés de manière très floue. Notamment, concernant le vapotage sur le traitement des liquides sans arômes, ou encore sur quoi serait indexée la taxe. De sorte que les mesures devraient être introduites au fur et à mesure que les lois sont promulguées, "pour la plupart à partir de 2021" estime le journal Politiken.

Les débats parlementaires sur les textes de loi vont offrir une dernière chance aux vapoteurs d'informer leurs élus dans les prochains mois. Une campagne médiatique féroce ces derniers mois a poussé la majorité rose-verte et des conservateurs à intégrer les mesures anti-vape à ce plan. Malgré une brochure d'information destinée aux élus diffusée cette année par l'association des vapoteurs Dadafo.

Cependant, trois partis du centre-droit n'ont pas suivi le Ministre socialiste. Dont le Parti populaire danois qui a pourtant négocié jusqu'au dernier jour. "Nous sommes finalement sortis de l'accord. Nous avions renoncé à de nombreux points et acceptions de réglementer plus sévèrement les saveurs de vapotage. Mais nous ne pouvons pas accepter une interdiction totale des arômes", explique Liselott Blixt, porte-parole du Parti populaire danois.

Le prétexte des jeunes

"L'interdiction de la vente de liquides de cigarette électronique avec tous les goûts autres que tabac et menthol doit empêcher les cigarettes électroniques de devenir un chemin vers la nicotine et les cigarettes ordinaires pour les jeunes", justifie le Ministre Magnus Heunicke. Bien que son projet ne présente aucune analyse d'impact et qu'il a aussi été élaboré sans consulter ni les usagers ni les entreprises de vapotage.

Mardi 17 décembre, alors que les partis négociaient à l'intérieur les détails du plan, le Ministre a accordé quelques minutes devant le Borgen, en plein air, à une petite délégation de la centaine de vapoteurs qui manifestaient pour la seconde journée d'affilée. La séquence filmée est en ligne:

Dans le froid, Kim Pedersen, président de l'association des vapoteurs Dadafo, a tenté d'avancer des arguments et de décrocher une entrevue pour mieux s'expliquer. Sans succès, ni considération. Le Ministre s'est contenté d'invoquer la protection des jeunes. Et de serrer les mains de ses victimes.

Il y a plus de 300'000 vapoteurs au Danemark, dont 75'000 vapoteurs ont totalement arrêté de fumer, selon les chiffres 2018 du bureau de santé danois. Ils risquent fort de devoir trouver à l'avenir des chemins de traverses pour avoir des liquides autres qu'aux goûts de tabac ou de menthol, ou se reporter vers les cigarettes. "Les vapoteurs ordinaires, ceux pas très impliqués dans la communauté, et ceux qui essaient simplement d'arrêter de fumer, vont être les plus durement touchés", déplore Mikkel Schmidt, vapoteur proche de Dadafo, au blog Vejpkollen.

300'000 vapoteurs poussés sous le bus

L'exemple de l'Estonie, où de 60% à 80% des liquides de vapotage proviennent du marché noir depuis l'introduction en 2018 de mesures similaires, taxe anti-vape et interdiction des liquides aromatisés, aurait pu servir d'avertissement au Danemark. Les autorités de la république balte envisagent à présent de revenir en arrière. Mais le Ministre de la santé danois a préféré suivre l'opinion des médias hostiles aux vapoteurs et jouer la carte de l'interdiction sans considération pour la réduction des risques.

"Le plus triste est que l'interdiction des arômes de vape va coûter des vies", explique Kim Pedersen au journal Informatíon. Le Président de Dadafo a arrêté de fumer depuis sept ans grâce au vapotage, qu'il avait essayé au départ juste dans un souci d'économies. "Cela a été une bouée de sauvetage". Au Danemark, près de 23% de la population fument et le prix du paquet de cigarettes va passer à 55 couronnes (~7€35) en 2020. Avec ce nouveau plan, les bouées de sauvetage risquent fort d'être hors de leur portée.

*Credit photo Patrick Stael. Ses photos du rassemblement sont partagées sur le groupe We vape We vote DK

dimanche 22 décembre 2019

LEAK - Le document intégral de l'OMS affirmant que des bébés vapotent présenté au Congrès Philippin

Le 10 décembre, la Commission de l'Economie du Congrès Philippin auditionnait des intervenants concernant un projet de loi de prohibition totale du vapotage. Parmi eux, Ranti Fayokun, cadre de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), intervient avec une présentation de près d'une heure avec 57 diapositives, que nous rendons accessible à la fin de cet article. L'audition publique a été filmée avec un smartphone. Cependant la qualité des images ne permet pas de distinguer nettement les éléments que Ranti Fayokun présente à partir de la 22ème minute de la vidéo.

Ranti Fayokun intervient à partir de la 22e minute - vidéo mise en ligne sur le Facebook de l'Association des professionnels de vape Philippins PECIA:

Le mythe de l’honnêteté de l'OMS

Nous estimons d'intérêt de donner accès à cette présentation en raison de l'enjeu de politique de santé publique, et des graves défaillances qu'elle illustre au sein de l'OMS sur ce sujet. A la lecture de ce document, il semble présomptueux de prétendre, comme l'a fait l'Alliance Contre le Tabac cette semaine, que "l’OMS est une institution éminemment respectable, qui mesure avec grand soin ses déclarations en s’assurant qu’elles sont fondées sur des preuves et un consensus scientifiques", concernant le dossier du vapotage. 

L'intervention de Ranti Fayokun prend place dans un contexte où le Président Rodrigo Duterte venait tout juste de  menacer publiquement "d'exécuter la salope de vapoteur" dans le Manila Standard le 23 novembre. Ceci après avoir ordonné oralement, lors d'une conférence de presse le 14 novembre, l'interdiction de vapoter dans les lieux publics. Les jours suivants, plusieurs centaines de vapoteurs ont été arrêtés en l'absence de base légale formelle. On ne sait pas s'ils sont retenus incarcérés actuellement dans l'attente d'un hypothétique jugement.

La cadre de l'OMS présente de faux documents pour la prohibition du vapotage

Dans ce climat inquiétant, l'intervention de Ranti Fayokun est totalement orientée vers une prohibition totale du vapotage, comme le montre sa diapositive 50 en conclusion. "L'interdiction est une forme de régulation", mis en relief. Cette recommandation a le goût du sang aux Philippines. Depuis 2016, près de 30'000 personnes, selon les estimations, ont été exécutées sommairement par les forces de l'ordre et des milices sur l'ordre de Rodrigo Duterte de tuer les "toxicomanes".

Pour justifier sa recommandation de prohibition, Ranti Fayokun affirme que des produits de vapotage sont destinés à des enfants en présentant de faux documents pour appuyer sa thèse. Notamment un montage d'Adam Padilla, diffusé sur les réseaux sociaux en août 2017, montrant un bébé en train de vapoter. Ranti Fayokun l'a présenté comme un produit véridique.

Sur la même diapositive 33,  elle présente aussi comme une image provenant réellement d'un dessin animé, une image trafiquée de Dora l'exploratrice où l'héroïne du dessin animé pour très jeune enfant vapote. Nous n'avons pas déterminé avec certitude l'origine du montage, bien qu'il a été diffusé par un groupe anti-vapoteurs américain.

Théorie d'un effet passerelle vers le cannabis et le tabagisme

Dans la même veine de criminalisation des vapoteurs, a fortiori dans le contexte Philippin, elle affirme que le vapotage est "cause d'usage de cannabis" avec les diapositives 28 et 29. Cet halo de "théorie" de la passerelle où le vapotage serait cause d'usage de drogue et/ou de tabagisme chez les jeunes est l'argument central de sa défense d'une prohibition. 

A l'opposé, Ranti Fayokun met en doute l'existence d'arrêts tabagiques à l'aide du vapotage. Elle estime (diapositive 25) que le sujet est controversé, entre preuves d'aides à l'arrêt tabagique et preuves d'effets négatifs sur les arrêts.

Fantasmes et fakenews

D'autres éléments troublant ou trompeurs parsèment sa présentation. Elle affirme, à la diapositive 26, que des pneumopathies similaires à la crise américaine de l'été passé seraient causées par le vapotage depuis 2012. Pourtant, même le Centre of Disease Control a formellement lié cette crise soudaine à l'été 2019 de pneumopathies aiguës aux produits frelatés à la vitamine E du marché noir du THC américain.

A la diapositive 14, on trouve la fakenews de la présence d'antigel dans les liquides de vapotage. Et une liste de métaux sans évaluation des niveaux, qui a pourtant été effectuée. Ce qui rend la mention non pas fausse en soi, mais vide d'intérêt. On appelle ça, du bullshitage. La diapositive 35 qui mentionne des "explosions" de vaporettes et des cas "d'injection d'e-liquides" participe à créer ce spectre d'un danger majeur du vapotage. Aucune évaluation de la réduction des risques pour un fumeur passant au vapotage n'est présenté rigoureusement par la déléguée de l'OMS.

Incompétence

Accessoirement, on peut voir à la diapositive 13 qu'elle n'a pas compris où se situent les fibres amenant le liquide à la résistance. Sa diapositive 16 évoque la capacité de vaporisation selon la puissance (watt), mais sans mettre ceci en relation avec la résistance (Ohm). Elle n'a visiblement pas connaissance de l'usage réel du vapotage, et de l'effet de "dry hit" bien connu des vapoteurs. Il est pourtant documenté au niveau scientifique. Pour avoir une idée plus claire que celle présentée par Ranti Fayokun du fonctionnement du vapotage, on peut se reporter en français aux explications précises de l'Aiduce dans la Revue de pneumologie clinique en 2018.

L'essentiel (tous?) des éléments présentés par Ranti Fayokun ne tiennent pas un examen scientifique sérieux. On peut se reporter au rapport scientifique du Public Health England pour avoir des éléments rigoureux sur la plupart des points abordés, bien que celui-ci n'a pas traité de la question des images photoshopées de bébé vapotant ou de dessin animé circulant sur internet. 





jeudi 19 décembre 2019

Prohibition en Inde: les arrestations commencent tandis que l'association des vapoteurs récolte des fonds pour un recours

La prohibition du vapotage en Inde, imposée par ordonnance du gouvernement mi-septembre, a été confirmée au parlement au début du mois de décembre. Le 18 septembre, Nirmala Sitharaman, la Ministre des finances, avait justifié l'interdiction pour empêcher une épidémie de vapotage chez les jeunes et un effet passerelle vers le tabagisme, sur la base d'un rapport du 31 mai du Conseil indien de recherche médicale (ICMR). Ce rapport se réfère lui-même à des "informations" de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). "Globalement, ces produits ont un impact négatif net sur la santé publique", affirme ce rapport de l'ICMR, doté d'une bibliographie très pauvre. Le gouvernement et sa majorité se sont cramponnés à ces conclusions pour obtenir la prohibition.

Les deux chambres, le 28 novembre et le 2 décembre, ont voté la loi au terme de débats, qui m'ont paru ahurissants. Le texte final interdit la production, l'importation, la distribution et la publicité, avec des peines pouvant aller jusqu'à un an de prison et 100'000₹ (~1'300€) d'amende. Le transport et le stockage de produit de vapotage sont également prohibés. Bien que l'usage lui-même n'est pas interdit formellement, l'arrestation d'un vapoteur russe à Goa le 10 décembre illustre déjà la logique répressive.

Dernière chance de faire respecter leurs droits, l'Association des Vapoteurs en Inde (AVI) tente de récolter des fonds pour faire recours à la Cour Suprême. "L'Inde interdit le vapotage tout en autorisant la vente des cigarettes mortelles. La loi ne contient aucune clause pour protéger l'usage personnel", regrette Samrat Chowdhery, de l'AVI.

La méconnaissance comme argument de prohibition

Pourtant, une protection des usagers aurait pu être implémentée si certains des 60 amendements proposés au projet de loi étaient passés. Mais Harsh Vardan, le Ministre de la santé, a fait un blocus total avec sa majorité au parlement. "La plupart d'entre nous n'avons même jamais vu une e-cigarette, nous n'avons pas encore un concept de ce que cela peut être", a justifié Harsh Vardan devant la chambre basse le 27 novembre. Une méconnaissance qui l'a encouragé a exiger avec succès la prohibition.

Durant les débats, les députés des états du sud, producteurs de tabac, ont plaidé l'interdiction du vapotage en raison de la dépendance et de méfaits présumés de la nicotine. Tout en s'offusquant à l'idée d'interdire le tabac. "L'absence d'interdiction du tabac ne peut pas justifier de ne pas interdire d'introduire une nouvelle dépendance", a argumenté le Ministre de la santé. 

Aux contre-arguments de l'opposition, notamment une intervention remarquable du Pr Rajeev Gowda, soutenant la réduction des risques pour les fumeurs passant au vapotage, la majorité a brandi la carte nationaliste hindou pour rejeter la "science occidentale". Ils ont ainsi exclu les conclusions scientifiques du Collège Royal des médecins britannique et du Public Health England. "Aucune preuve de la moindre nocivité de vapoter par rapport à fumer n'a été établie", a asséné le Ministre de la santé dans son allocution finale avant le vote de la chambre Rajya Sabha [à 2mn35].

L'OMS pour justifier de protéger le tabac indien

Cette sentence obscurantiste de l'absence de preuve que le produit sans tabac, sans combustion, sans monoxyde de carbone et sans goudron notamment, serait moins nocif que la cigarette se réfère au rapport Bloomberg, présenté à l'OMS cet été. "Les études sur les risques sanitaires associés au vapotage (ENDS) sont non concluantes", prétend ce rapport feignant qui n'a pas pris la peine de lire sérieusement les études disponibles.

Mais il a permis de donner une couche de vernis supplémentaire de justification à l'exclusion des connaissances de science par les partisans indiens de la prohibition. Ceux-ci ont d'ailleurs rappelé la recommandation de l'OMS "d'interdire ou réglementer" le vapotage, en insistant sur le premier terme. Preeti Sudan, présidente de la 8e Conférence (CoP 8) anti-tabac de l'OMS à Genève en octobre 2018, n'est pas étrangère à la manière dont cette recommandation a été rédigée. L'économiste de formation est aussi secrétaire déléguée du Ministère indien de la santé.

"Pourquoi débattre de savoir si le vapotage est nocif ou non? C'est une dépendance", a-t-elle tranché, au nom du Ministère de la santé, face aux médias à la mi-septembre. Depuis la CoP7 anti-tabac de l'OMS à Delhi en 2016, l'Inde instrumentalise la lutte anti-tabac pour protéger sa production de tabac et ses propres marques face à la concurrence des cigarettes occidentales et au vapotage.

India Tobacco Company

Notamment, le principal cigarettier du pays ITC Ltd (ex-India Tobacco Company) dont le gouvernement fédéral détient 28,5% du capital. Le cigarettier qui règne sur le marché indien va bénéficier de l'interdiction du meilleur moyen d'arrêter de fumer. ITC Ltd a vu son bénéfice bondir de 36,16% pour le trimestre de juillet à septembre, avec un chiffre d'affaires des activités cigarettières en hausse de 5,9%.

Approximatives, les estimations chiffrent à plus de 120 millions d'Indiens consommateurs de tabac, sous forme de cigarettes, de bidies fumées, ou de tabac oraux tels que le paan et le gutkha, souvent mélangés à de la noix d'arec ou de bétel favorisant les cancers des voies orales. Près d'un million d'Indiens meurent des maladies liées au tabagisme chaque année, selon les évaluations.

Une régression de santé publique

Du côté des médecins, plusieurs voix dissidentes se sont élevées pour dénoncer la prohibition absurde du moyen de réduction des risques sans tabac ni combustion face au tabagisme. "L'interdiction va donner lieu à un marché noir et le gouvernement n'aura aucun contrôle sur celui-ci. Il aurait été dans l'intérêt public supérieur que le gouvernement réglemente le vapotage et autorise davantage de recherches sur les outils de réduction des risques", explique le Dr Bharat Gopal, pneumologue et directeur du National Chest Center de Delhi, à l'Agence de presse indienne ANI

"Avec l'interdiction, les vapoteurs vont être poussés à recommencer de fumer. Il s'agit d'une mesure régressive prise par le gouvernement", se désole la Dre Sree Sucharitha, chercheuse au Tagore Medical College. "La prohibition du vapotage est une défaite pour la science", précise-t-elle. Pour le Dr Aparajeet Kar, pneumologue au BLK Super Specialty Hospital de New Delhi, c'est également un coup porté à la démocratie sanitaire, par l'absence de débat et la violation du droit à l'accès aux moyens de réduction des risques. 

Cagnotte pour faire recours à la Cour Suprême

Du côté des usagers, Jagannath Sarangapani, de l’Association of Vapers India (AVI), regrette aussi que le gouvernement indien ait décidé d'ignorer les droits des usagers, l'état des connaissances scientifiques et l'intérêt de la santé publique. L'association de défense des vapoteurs a lancé une cagnotte pour porter un recours devant la Cour Suprême, ce qui requiert des "fonds importants". "Les tribunaux ont jusqu'à présent rendu des jugements favorables, à Delhi, Mumbai et Kolkata, pour alléger les mesures contre le vapotage", se montre optimiste l'AVI, qui avait fait annuler une décision de prohibition par la Cour de Delhi. 

Arrestation de vapoteur à Goa

Dans l'attente d'un éventuel recours en justice, des arrestations ont commencé, notamment dans les Etats tabagiques du Sud. Non seulement de vendeurs de rue, mais aussi au moins un utilisateur. Un touriste russe de 45 ans a été arrêté à Anjuna dans l'Etat de Goa, selon la presse locale. "Un commando de la police d'Anjuna a mené un raid dans un appartement de la résidence Blue Lagoon. La police a arrêté l'accusé avec 4 vaporettes et 46 fioles de liquides de vapotage", rapporte l'Herald de Goa le 10 décembre.

Libéré depuis sous caution, le touriste russe est poursuivi des chefs d'inculpation des sections 5 et 8 de la loi de prohibition du vapotage. C'est à dire pour le stockage de produit de vape, punissable de 6 mois d'emprisonnement et 50'000₹ (~650€) d'amende. Pourtant, le Ministre de la santé avait promis, devant le parlement, que la loi ne s'attaquerait pas aux utilisateurs. "Nous ne voulons pas criminaliser les vapoteurs", avait prétendu alors le Ministre Harsh Vardan.


mercredi 18 décembre 2019

Depuis 2015, il y a eut deux intoxications sévères par ingestion de liquide nicotiné en Allemagne selon l'autorité de surveillance

L'Institut fédéral d'évaluation des risques (BfR) allemand vient de communiquer un résumé des données de surveillance concernant le vapotage. Aucun cas similaire aux pneumopathies liées aux liquides frelatés à la vitamine E du marché noir américain n'a été détecté en Allemagne. Mais l'enquête Pilot Project Monitoring Poisoning (PiMont) a recensé 851 cas d'intoxications depuis 2015. Dont deux empoisonnements ont été classés sévères, avec perte de conscience, et sept de gravité modérée avec des vomissements.

De manière générale, 82% des alertes, pour la plupart de simple appels sur la ligne anti-poison, concernent des ingestions accidentelles de liquides nicotinés. En Allemagne, une enquête en 2017 évaluait à plus de 3,7 millions le nombre de vapoteurs. Le communiqué du BfR souligne que les ingestions accidentelles concernent "souvent des enfants", sans donner plus de précision.

Des nausées

L'évolution depuis l'entrée en vigueur de la limitation à 10 mL des fioles de liquide nicotiné imposée par la législation européenne (TPD) n'est pas détaillée. Ce petit format est plus facilement préhensile par les enfants en bas-âge que des contenants plus volumineux et lourds. L'Institut fédéral insiste que les liquides "doivent toujours être stockés dans des conteneurs adaptés et étiquetés avec une fermeture de sécurité pour les enfants".
Rappel: en cas d'ingestion de liquide nicotiné, ne pas retenir le réflexe vomitif, rincer la bouche et éventuellement donner à boire quelques gorgées d'eau. La demi-vie de la nicotine dans l'organisme est d'environ huit heures. En cas d'ingestion d'une dose de nicotine importante, une observation en milieu hospitalier peut être nécessaire. 
En dehors des ingestions accidentelles, 8% des cas recensés en Allemagne concernent des appels suite à l'inhalation. "Une évaluation détaillée de 11 de ces cas montre que la raison de l'appel d'urgence était principalement des symptômes bénins", précise le Spiegel qui a questionné le BfR sur ce point. Les appels concernaient notamment des états nauséeux, effet bien connu d'un léger excès de nicotine et courant lors de sevrages tabagiques avec des substituts nicotiniques.

Le BfR déconseille le do-it-yourself, sans raison selon ExRaucher

Bien que rien n'indique dans les données communiquées un risque particulier sur ces produits, le Dr. Andreas Hensel, directeur du BfR, insiste de nouveau contre le do-it-yourself: "Surtout, nous vous déconseillons fortement de mélanger vous-même les liquides".

L'association ExRaucher (ex-fumeur) s'était déjà agacée fin novembre de ce message plus politique que sanitaire du BfR. En filigrane, on peut soupçonner l'Institut fédéral d'instrumentaliser la communication pour préparer le terrain à une interdiction des liquides à mélanger soi-même souhaitée par les cigarettiers et les anti-vape.

Fin octobre, ExRaucher a voulu vérifier, auprès des centres antipoison en Allemagne, Autriche et Suisse, les informations sur les cas relatifs aux liquides faits soi-même, et éventuellement les problèmes liés à leur stockage ou les substances en cause. "Nous avons reçu quatre (brèves) réponses à nos dix demandes de renseignements. Aucun problème significatif n'a été confirmé", explique l'association qui rassemble quelques vapoteurs d'Allemagne, de Suisse et de Hongrie.

ExRaucher a insisté le 4 novembre pour avoir des précisions du BfR lui-même: "Nous n'avons pas obtenu de réponse". Cependant dans son communiqué du 6 décembre, le BfR promet qu'une étude détaillée sera publiée "sous peu".


mardi 17 décembre 2019

Chiffres contre narratif: comment le faussaire Stanton Glantz enfume des médias sur la vape et les risques respiratoires

Le risque de maladies respiratoires est similaire pour les vapoteurs que pour les autres ex-fumeurs. Un risque supérieur d'environ 30% par rapport aux personnes qui n'ont jamais fumé, mais de moitié inférieur à ceux qui continuent de fumer. Ce sont à peu près les seuls chiffres fiables, avec une valeur de probabilité (p-value) sérieuse, que l'on trouve dans l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta publiée hier dans l'American Journal of Preventive Medicine (AJPM)

Mais ce que les médias, notamment en français par l'AFP et C-News, ont mis en avant sont une suite d'autres résultats aberrants, avec des indices de probabilité indignes de confiance, en les prétendant issus d'un suivi de 32'000 personnes entre 2013 et 2016. C'est simplement faux. Glantz et Bhatta n'ont fait que calculer des ratio de risques à partir d'enquêtes annuelles transversales, sans aucun suivi individuel. Les médias ont brodé la nouvelle avec un sensationnalisme tapineur sur les pneumopathies liées aux produits frelatés à la vitamine E du marché noir du THC aux Etats-Unis.

Narratif mythomane

Cette narration médiatique "d'une grande étude de suivi" est de la pure mythomanie. Pour le répandre, les auteurs ont utilisé une tactique de communication consistant à diffuser un communiqué à des contacts de presse choisis avec un narratif imaginaire sur ce pseudo-suivi, ceci avant que l'étude ne soit publiée et accessible. Une série de médias ont ainsi imposé un discours sur ce travail sans que d'éventuels experts aient pu le lire pour l'analyser et le critiquer. C'est comme ça qu'ils ont installé ce discours dans les médias hier. A noter que publier un article à propos d'une étude sans avoir lue cette étude relève de la faute professionnelle grave pour un journaliste. 

Ce timing de publication a aussi permis aux auteurs de l'étude de passer sous silence une donnée gênante pour leur narration. Les données de l'enquête PATH prises en compte dans l'étude montrent que dans près de 69,44% des cas de maladies respiratoires chez des vapoteurs, la maladie a précédé leur passage au vapotage. Une donnée dont l'éditeur a probablement forcé l'intégration pour se couvrir, mais dont les auteurs n'ont pas tenu compte dans leur analyse (sic!).

Médicalement absurde

Un élément médical simple et connu infirme toute pertinence au récit médiatisé de la prétendue mesure d'une augmentation du risque de maladies respiratoires à cause du vapotage dans les trois années des enquêtes transversales prises en compte. "Trois des maladies étudiées par Glantz - la BPCO, la bronchite chronique et l'emphysème - mettent des décennies à devenir cliniquement apparentes et auraient été présentes, même non diagnostiquées, dans plusieurs des cas bien avant le début de son étude en 2014, et même avant que les e-cigarettes soient disponibles aux États-Unis depuis 2007 environ", réagit le Pr John Britton dans une lettre au Times.

Le Directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool à l'Université de Nottingham ajoute que les conclusions de l'étude de Glantz et Bhatta "sont également faussées par le fait que la plupart des vapoteurs ont été fumeurs. Or le tabagisme est une cause importante de maladies pulmonaires chroniques, les vapoteurs ont inévitablement un risque accru de maladies pulmonaires longtemps après avoir cessé de fumer". La méthode statistique de l'étude ne permet pas de dépasser ce point: "elle est simpliste : il n'a pas le détail de la durée de vie et de l'intensité du tabagisme requise. Pour ces seuls motifs, sa conclusion est spécieuse".

Méthodologiquement pourri

En somme, Glantz et Bhatta ont aggloméré des données d'études transversales pour prétendre avoir fait un suivi longitudinal qui n'a jamais eu lieu en réalité. Un signe de leur bricolage inconsistant est le fait que ce soi-disant suivi voit des malades disparaître entre les vagues 2 et 3. Or, on ne peut pas prétendre établir une relation de causalité à partir d'une simple corrélation. "Il n'y a absolument aucun moyen de conclure, ou même de spéculer, sur la base des résultats d'une étude transversale, que le vapotage est une cause de maladie pulmonaire obstructive chronique (BPCO)", rappelait le Pr Michael Siegel, de l'Université de Boston et spécialiste du domaine en santé publique, dans un commentaire sur le sujet en février dernier.

De véritables suivis dans le temps de vapoteurs malades montrent que l'abandon du tabagisme au profit du vapotage réduit, voire dans certains cas permet d'inverser, l'évolution de la BPCO. La prétention de Glantz et Bhatta d'avoir isolé le facteur de risque propre au vapotage dans leur étude est ahurissant de stupidité, et leur addition des risques qui s'ensuit est ridicule. Ils n'ont mis en place aucun moyen pour s'assurer que les maladies respiratoires sont liées au vapotage et non pas à une autre cause, dont la plus probable est le tabagisme passé, pour 99,4% des vapoteurs qui ont répondu aux enquêtes utilisées par l'étude. 

Faussaires et pervers notoires

Il est troublant que deux chercheurs déjà co-auteurs d'une fraude manifeste, et précédemment mise à jour, soient de nouveau publiés avec une étude aussi faible méthodologiquement. N'importe qui avec quelques notions sur les maladies respiratoires évoquées par le communiqué de presse de l'étude est capable de rejeter un tel enfumage. Les articles de presse publiés hier sont l'oeuvre de journalistes soit d'une incompétence inquiétante, soit de corrompus.

La tactique médiatique pour répandre ce qui est une fakenews caractérisée montre l'importance pour un réseau de médias de projeter le thème du vapotage comme enjeu politique et émotionnel dans le public. Je pense que ce n'est pas seulement pour vendre du clic et du papier, cette campagne fait partie d'une stratégie électorale d'un politicien multi-milliardaire et magnat des médias.

Tweet du Pr Bertrand Dautzenberg en réaction à l'étude:
[Add.] Tweet de la Dre Ute Mons, du Centre de recherche sur el cancer en Allemagne (DKFZ) [ma traduction: Cher @tagesschau, avez-vous lu l'étude? Depuis quand 1,3 (facteur de risque pour les e-cigarettes) est-il égal à 2,6 (facteur de risque pour les cigarettes de tabac)? En outre, l'étude donne des indications claires de causalité inverse: les problèmes pulmonaires conduisent à passer aux e-cigarettes.]




jeudi 12 décembre 2019

L'OMS tente t-elle de déclencher un nouveau massacre de masse aux Philippines? [MàJ]

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) tente t-elle de manipuler un psychopathe sanguinaire pour déclencher une nouveau massacre de masse aux Philippines? Ce 10 décembre, une représentante anti-tabac de l'OMS a présenté au Congrès une fausse publicité comme si elle était véritable afin d'attiser la haine contre les vapoteurs et faire passer une prohibition totale du vapotage. Ceci dans un contexte déjà particulièrement inquiétant suite à l'annonce orale le 14 novembre de l'interdiction de vapoter en public par le Président Rodrigo Duterte.

Des centaines d'arrestations de vapoteurs ont suivi, sans plus de poursuite en l'absence de base légale. Le nombre de vapoteurs aux Philippines est estimé à près d'un million, tandis que 200'00 d'entre eux sont membres d'association de vapoteurs. "Le vapotage a aidé des millions de fumeurs pour arrêter la cigarette dans le monde. Imposer une prohibition ne ferait qu’aggraver le problème du tabagisme", regrette Clarisse Virgino, de la Coalition of Asia Pacific Tobacco Harm Reduction Advocates (CAPHRA) une des associations de défense, à la presse locale

'Kill that vaping bitch'

Lors d'une inauguration le 23 novembre, Rodrigo Duterte a renchérit en menaçant de "tuer, de manière extra-judiciaire, cette pute de vapoteur" évoquant l'inventeur du vapotage sans le nommer. Ceci vaut signe d'alerte rouge pour tout vapoteur aux Philippines. Le despote a déjà mis à exécution ce type de menace par le passé. Après son élection au printemps 2016, il a ordonné le massacre des "toxicomanes", provoquant des tueries de masse entremêlant exécutions sommaires et lynchages. Fin 2018, France Inter évaluait à au moins 30'000 les victimes de cette folie meurtrière. 

Les nouvelles menaces de Rodrigo Duterte, lui-même accro aux opioïdes de synthèse et ex-fumeur, sont donc très inquiétantes. En plein déclenchement des massacres en 2016, Vera da Costa, la Secrétaire générale anti-tabac de l'OMS, avait officiellement félicité Rodrigo Duterte, au prétexte d'une interdiction de fumer dans les lieux publics. Sans susciter de réaction dans le monde médical. Rien d'étonnant à ce qu'une membre du secrétariat anti-tabac de l'OMS poursuive actuellement dans cette veine pour attiser la haine contre les vapoteurs.

Add. 14/12/2019: Le slide 33 de la présentation de la représentante de l'OMS devant le Congrès des Philippines le 10 décembre avec la fausse pub d'Adam Padilla, mais aussi un montage détournant une image du dessin animé Dora l'exploratrice, qui ne vapote pas dans le dessin animé.

Fausse pub présentée par l'OMS comme une véritable

En audition publique le 10 décembre devant la Commission de l'économie du Congrès des Philippines, la représentante anti-tabac de l'OMS a présenté (à 1h02mn40sec de la vidéo) comme une véritable campagne publicitaire de l'industrie du vapotage la fausse publicité crétine  'my first vape' du bobo new-yorkais nombriliste Adam Padilla. En août 2017, il avait diffusé sur les réseaux sociaux un montage mettant en scène un bébé avec une vaporette sous forme de jouet à la Fisher Price.

La déléguée de l'OMS a également tenté de tromper les élus Philippins, en jouant sur la confusion dans les rapports de différentes dates du Center for Disease Control (CDC), en affirmant qu'une partie des victimes de pneumopathies par les liquides frelatés du marché noir du THC aux Etats-Unis, était liée au vapotage de nicotine conventionnel.

L'objectif d'une prohibition totale du vapotage

Plutôt qu'un rôle d'information, la représentante de l'OMS est ouvertement en mission pour faire passer le projet de loi 5099 de Sharon Garin, du parti AAMBIS-OWA, exigeant l'interdiction totale du vapotage aux Philippines. Début novembre, la députée avait expliqué aux médias locaux "que sa proposition vise aussi à protéger les petits producteurs de tabac susceptibles d'avoir subi des pertes suite à la demande croissante de cigarettes électroniques".

"I'm not concern about smokers"

Pour soutenir la cause d'une prohibition totale du vapotage aux Philippines, la représentante de l'OMS a également tenté de discréditer les rapports du Royal College of Physicians britannique et du Public Health England sur leur évaluation d'au moins 95% de réduction des risques de passer au vapotage pour les fumeurs. Un des élus du Congrès s'est agacé de s'apercevoir qu'elle avait aussi caché l'avis du Centre International de recherche sur le cancer (IARC), qui est rattaché à l'OMS, sur le potentiel de réduction des risques cancérigènes pour un fumeur passant au vapotage.

On peut voir sur une vidéo filmée depuis le public qu'en réponse, la déléguée a simplement asséné que "les fumeurs ne sont pas [s]on soucis". Le Congrès poursuivra les auditions sur ce projet de loi en janvier. En espérant que Rodrigo Duterte ne déclenche pas un bain de sang général sous la pression de l'OMS.

Bonus: english version


lundi 9 décembre 2019

Suisse: Consultation sur la révision du Fonds de prévention du tabagisme à 14 millions FS.

Le Fonds de prévention du tabagisme (FPT) est financé en Suisse par une taxe de 2,6 cts par paquet de cigarettes vendu. "En 2018, les recettes se sont élevées à 14,2 millions de francs", précise le rapport explicatif de la révision de l'ordonnance du FPT. Suite à la restructuration de la politique de santé avec les stratégies nationales sur les addictions d'une part et d'autre part sur les maladies non-transmissibles (MNT), ainsi que le report de charges vers les cantons des programmes sur le tabagisme, les buts et fonctionnement du FPT devaient nécessairement être révisés. Le projet de révision de son ordonnance est en consultation publique et des prises de position peuvent être envoyées jusqu'à demain avec ce formulaire.

"La confédération doit en faire plus pour le vapotage", insiste le Groupe Romand d'Etudes des Addictions (GREA), dans un communiqué en commun avec le Fachverband Sucht et Ticino Addiction. "Le Fonds de prévention du tabagisme (FPT) devrait, dans sa révision, aussi financer des projets de réduction des risques", précisent les trois organisations de professionnels socio-sanitaires. Le médecin cantonal genevois, ainsi que les Conseils d'Etat de Fribourg et de Neuchâtel, ont également envoyé leurs propositions sur le projet de révision qui semblent avant tout viser à une part plus importante de Fonds pour mettre en oeuvre des actions au niveau des cantons.

Pour ma part, j'ai transmis ces observations à Peter Blatter, chargé du projet de révision par l'administration (et je ne sais pas pourquoi la page 2 est blanche...). L'objectif du Fonds devrait être de viser à des projets pour améliorer la santé publique, intégrer pour cela l'approche de réduction des risques et assainir le domaine en excluant de participation les personnes et organismes liés d'intérêt à maintenir le tabagisme.

dimanche 8 décembre 2019

Phénomène: les 15'000 exemplaires de 'Bienvenue dans la vape' répondent à une soif d'information claire et honnête

Déjà un second tirage à peine quelques semaines après son lancement. Sans couverture média, autre que des sites spécialisés, le petit bouquin de Sébastien Béziau "Bienvenue dans la vape" dépasse les 15'000 exemplaires. Un phénomène rare pour un livre en auto-édition. Il se murmure que même Mélanie Gomez, la journaliste santé d'Europe 1, l'a dévoré le mois dernier durant son récent arrêt tabac réussi. L'opuscule de 80 pages se présente comme un message et un partage d'expérience. "'Bienvenue dans la vape' n'est pas une méthode ni un protocole", annonce le quatrième de couverture. Pourtant, emmenée par une écriture simple, directe et entraînante, il se révèle une aide redoutable d'efficacité pour guider le lecteur à travers les écueils possibles de l'arrêt tabac à l'aide du vapotage.

Un utilisateur éclairé

Sébastien Béziau a fumé près de trois décennies avant de tomber sur le vapotage en 2013. "Par hasard, simplement en voulant tester la "cigarette électronique" après avoir vu une émission à la télévision", explique t-il. Plus de cigarette depuis. Aspiré par le phénomène, il a ouvert le blog VapYou, puis créé sa célèbre déclinaison papier, co-fondé l'association Sovape [dont je fais partie, disclaimer] et participé au groupe facebook d'entraide dénommé à présent Vape Info Service

Il a également été moteur du livre 1000 messages pour la vape à Marisol Touraine en 2016 et il anime des débats au Vapexpo à l'occasion. Tout ceci, à côté d'un travail dans un tout autre domaine et une vie de famille. Son exemple à de quoi rassurer sur le risque de perte d'énergie en arrêtant de fumer avec le vapotage.

Connaissances vivantes

Surtout, ce simple vapoteur initial a emmagasiné une quantité impressionnante d'expérience et de connaissances en six années. Connaissances des études et des débats, mais aussi de l'accompagnement de terrain et de son propre vécu. Son ouvrage nous accueille par un exposé simple du principe de réduction des risques avant de nous confronter au dilemme de tout fumeur tenté d'arrêter: "J'y vais mais j'ai peur". La peur d'arrêter de fumer, mais aussi celle du vapotage dans le violent climat de vape-bashing des médias mainstreams. 

"Bien s'informer, c'est savoir où on va pour se rassurer et gagner en confiance", confie Bienvenue dans la vape, proposant au fil des pages une mise à jour concise mais précise des connaissances, avec une bibliographie pour les plus curieux. Les précédents livres grand public francophones sur le sujet dataient de 2014, avec les excellents ouvrages du Dr Philippe Presles, et du Pr Jean-François Etter. Avec un second tirage aussi rapide, le succès de Bienvenue dans la vape reflète le besoin du public pour une information claire, honnête et sereine face à l'épidémie de sensationnalisme malsain.

Motivés

Nécessaire mais pas suffisante, l'information doit se combiner à une approche. A l'exploit de la seule volonté, aboutissant à plus de 9 échecs sur 10 tentatives, l'auteur propose d'y substituer la motivation. "La motivation s'inscrit dans un parcours et avec des repères", souligne Sébastien Béziau. Ce parcours en 80 pages va donc passer par des repères sur la nicotine, le choix du rythme de sevrage du tabac, les effets inattendus de l'arrêt de la cigarette comme la toux, et les conseils de base pour passer au vapotage, comme penser à boire de l'eau.

Avant d'arriver au syndrome de l'imposteur spécifique à l'arrêt du tabac avec la vape: mais n'est-ce pas de la triche? Oui, la vape est un formidable outil pour réussir à arrêter de fumer: "remplacer la souffrance d'un arrêt difficile par une solution d'aide non-violente". De quoi s'aventurer pour découvrir les nouveaux plaisirs de la défume. Le plaisir, un fil conducteur de cette carte d'un utilisateur éclairé pour guider le lecteur sur "l'outil d'aide le plus populaire pour arrêter de fumer".

Où le trouver?

Le petit booster de motivation et de confiance pour le fumeur désirant se libérer de la cigarette avec l'aide du vapotage se trouve pour 6,90€ dans 360 boutiques physiques ou en ligne en France et en Suisse. Il est également déjà utilisé en France par des professionnels sociaux-sanitaires dans des centres de soin en addictologie (RESPADD, CSAPA, CAARUD) et des formations de professionnels de la Fédération Addiction.

Bienvenue dans la vape, l’outil d’aide le plus populaire pour arrêter de fumer - Sébastien BÉZIAU – Format A6 – 80 pages – Édité par ACID Création / VAPYOU – Prix public : 6,90€TTC

Bonus: Plaisir, vape et nicotine. 
Mélanie Gomez sur Europe 1: "J'ai tout misé sur le plaisir. Tout d'abord, je me suis équipé d'une cigarette-électronique, de gommes à mâcher très fortement dosées en nicotine et j'ai repris le sport à fond"...

samedi 7 décembre 2019

France: la municipalité de Ligueil impose des panneaux illégaux et pervers [MàJ]

[MàJ (16h12): le titre a été édité suite à la réaction d'Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer (voir plus bas). Le terme "impose" à été remplacé par "inaugure"- Le texte et le titre (une seconde fois) ont été édités suite à la clarification apportée par Axel Kahn sur l'absence de lien de la Ligue avec les panneaux d'interdiction municipaux]
Des enfants de l'école primaire de Ligueil, en Indre-et-Loire, ne verront plus leurs parents les attendre à la sortie de la classe. Ce sont les enfants des fumeurs et des ex-fumeurs utilisant le vapotage qui devront se tenir hors d'un périmètre de 15 mètres autour de l'école. "Le conseil municipal a transformé volontiers cette décision en arrêté municipal", explique le journal local la Nouvelle République. "Nous avons fait passer le message à la police municipale, pour qu’elle veille à ce que ce soit respecté", précise le maire Michel Guignaudeau. 

La signalétique mise en place à Ligueil, a été fournie par la Ligue contre le cancer, selon la Nouvelle République. Dont le président Axel Kahn était présent à l'inauguration.
[Edit 16h30] Selon Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer, la Ligue n'a fourni que les panneaux verts et blancs "Espace sans tabac", qui ne font aucun amalgame avec d'autres produits que le tabac. En conséquence, les panneaux aux signalisations violant les dispositions de la loi santé seraient de la seule responsabilité des autorités locales. [/]

Les panneaux apposés violent la loi française en assimilant un produit à risque réduit sans tabac ni fumée à l'interdiction de fumer. Pourtant, dans le but d'éviter ce type de perversion, l'arrêté sur la signalétique concernant les interdictions de fumer dans des lieux publics fixe des dispositions graphiques qui "ne doivent ni ne peuvent en aucun cas être modifiés". Le graphique est présenté en annexe de l'arrêté du 1er décembre 2010 fixant les modèles de signalisation prévus par l’article R. 3511-6 du code de la santé publique:

Mise à jour (16h12): réaction d'Axel Kahn sur twitter:

[/]

Assimiler le tabac à des produits à risque réduit perverti le message sanitaire sur les risques du tabagisme

La mesure pour protéger la signalétique a évidemment pour but d'éviter de pervertir le message sanitaire sur les risques du tabagisme. Par exemple en les assimilant à des produits beaucoup moins risqués et amenuiser la perception du risque particulier du tabagisme. On se rappelle du temps où des cigarettes en chocolat servaient le même message d'assimilation du tabac à des produits à risque réduit. C'est parce que le législateur avait en tête ce possible sabotage du message qu'il a fixé ce point.

Cela fait de nombreux mois que les défenseurs de l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage alertent sur des signalétiques perverses diffusées initialement par des entreprises privées, sans que l'on sache précisément leurs liens d'intérêt.
[édité- Axel Kahn, de la Ligue explique ne pas être responsable de la signalétique des panneaux qui seraient donc de la responsabilité des autorités municipales. Je lui présente mes excuses pour avoir suivi l'information de la Nouvelle République sur la responsabilité de la Ligue des panneaux d'interdiction. Il reste que ces panneaux sont illégaux et pervers.]

Cancer, tabagisme et réduction des risques: le besoin de messages clairs

Au Sommet de la vape, organisé par Sovape le 14 octobre dernier à Paris, Antoine Deutsch de  l'Institut National du Cancer (INCa) a rappelé les énormes biais de perception de la population sur les cancers et les risques, notamment du tabagisme. La présentation d'Antoine Deutsch est disponible en ligne:
Sur cette question, l'INCa diffuse d'ailleurs ce spot d'information très clair:


vendredi 6 décembre 2019

En Espagne, le spot TV amalgamant vape et tabac pousse des vapoteurs vers la cigarette

La campagne assimilant vapotage et tabac en Espagne a repoussé près de quatre vapoteurs sur dix vers le tabagisme, selon une enquête d'opinion publiée avant-hier. Depuis début septembre, un spot télévisé du Ministère de la santé espagnol assène que le vapotage est une forme de tabac mortelle. "Fumer t'accroche et te tue sous toutes ses formes", accompagne des images mêlant fumeurs et vapoteurs. "Seulement 34% des étudiants pensent que le vapotage peut causer de nombreux problèmes de santé", justifiait Azucena Martí, déléguée du Gouvernement, au lancement de la campagne le 4 septembre.

Ce spot coûte des vies

En réaction le 16 septembre, l'association des vapoteurs Anesvap et l'union des professionnels indépendants Upev avaient organisé une manifestation à Madrid. Plusieurs centaines de défenseurs de l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage protestent alors sous les fenêtres du Ministère de la santé: "Vos spots coûteront des vies". Un sondage du cabinet Deskmind Research publié avant-hier confirme la triste prédiction: l'opinion négative envers le vapotage a bondi tandis que celle envers le tabac a diminué chez les vapoteurs espagnols eux-mêmes.

L'enquête a interrogé en ligne 760 vapoteurs début novembre: 8% ont arrêté de vapoter et 29% ont réduit le vapotage mais augmenté dans le même temps leur consommation de cigarettes fumées. Ils sont passé en moyenne de 5,3 à 9,4 cigarettes par jour. 66% sont désormais convaincus qu'il ne sert à rien de remplacer la cigarette par le vapotage, et même une majorité pense qu'il vaut mieux fumer que vapoter. "L'assimilation du vapotage au tabac provoque le retour au tabac de vapoteurs", synthétise le cabinet Deskmind.

39% des vapoteurs ont une perception moins négative du tabac après le spot TV

Les deux-tiers des vapoteurs ou ex-vapoteurs interrogés ont vu le spot TV. "Près de 37% des vapoteurs ont arrêté de vapoter ou diminué après avoir vu la campagne du Ministère de la santé. Mais ils fument davantage", relève le site de santé Infosalus. L'effet pervers de l'amalgame frappe de plein fouet les vapoteurs: 39% perçoivent moins négativement le tabac après avoir vu la campagne du Ministère de la santé assimilant les deux produits.

Pourtant, le vapotage avait permis à près de 600'000 personnes d'arrêter de fumer avant la campagne du Ministère de la santé. En 2018, 70% des vapoteurs espagnols avaient quitté la cigarette au profit exclusif du vapotage selon une enquête de Sigma Dos. Mais cette dynamique positive est désormais en train de s'inverser. "Il y a des gens qui ont tout essayé: patchs, gommes, pilules et rien n'a marché. Alors, que faisons-nous pour les douze millions de fumeurs en Espagne? Qu'est-ce qui est proposé à ceux qui ne peuvent vraiment pas arrêter de fumer? Nous ne pouvons pas les abandonner dans l'oubli", se désespérait Angeles Muntadas-Prim, présidente d'Anesvap, durant la manifestation mi-septembre.

Manifestation devant le Ministère de la santé à Madrid le 16 septembre aux infos de la 6

Triple mensonges au Ministère de la santé

Inflexible, Maria Luisa Carcedo, la Ministre de la santé, a maintenu la diffusion du spot malgré les critiques. Face à la manifestation le 16 septembre, son Ministère a affirmé aux journalistes qu'aucune étude n'a montré que le vapotage aide à arrêter de fumer. Niant de fait l'essai clinique paru dans le New England Journal of Medicine en février dernier. "Nous sommes conscients que le vapotage n'est pas identique au tabac, mais la plupart contiennent de la nicotine et sont une passerelle facile vers le tabac", poursuit Pilar Campos, directrice adjointe de la promotion de la santé.

La porte-parole du Ministère de la santé y ajoute un dernier mensonge: le Ministère de la santé "est ouvert à une rencontre" avec les défenseurs des droits des usagers de moyens de réduction des risques. Mais en réalité, l'association Anesvap n'avait pas reçu de réponse à ses demandes. 

Recours en contentieux de Myblu contre le gouvernement

Si les associations indépendantes se sont heurtées au mur du silence et du mépris des autorités, les avocats de Myblu ont obtenu pour leur part une réponse négative à leur demande de retrait ou rectification du spot. Ce qui a permis à la filiale dédiée aux produits de vapotage du cigarettier Imperial Tobacco de déposer le 5 novembre un recours en contentieux devant le tribunal supérieur à Madrid contre le gouvernement. "Le rapport du Ministère de la santé, qui accompagne son rejet de corriger ou retirer ce spot, reconnaît lui-même que les cigarettes-électroniques ne contiennent pas de tabac et, par conséquent, que cette campagne est fausse", souligne le porte-parole de Myblu.

Le cas est encore pendant, et le spot toujours diffusé. Il n'est pas certain que la démarche initiée par Myblu lève l'état de confusion du public espagnol entre vapotage et cigarette. Un esprit suspicieux pourrait presque croire que le refus des autorités de tout dialogue avec les usagers avait pour but d'en arriver là. Ce qui ne fait aucun doute est l'identité des victimes du tabac et de la désinformation sanglante du Gouvernement. Douze millions de fumeurs, dont près de 50'000 meurent des maladies provoquées par le tabagisme chaque année en Espagne.


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