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jeudi 5 novembre 2020

L'anti-vape Michèle Rivasi dirige un groupe de travail "informel" de députés européens sur la TPD

Un groupe de travail « informel » au Parlement européen prépare la révision de la directive Tabac (TPD) et fait le forcing pour rédiger son évaluation avec la Commission. Sans transparence sur ses activités, il est dirigé par l’anti-vape Michèle Rivasi, une eurodéputée aux pratiques controversées. Une direction qui condamne par avance l’approche de réduction des risques et tout dialogue avec les usagers et les professionnels de santé de terrain.

Dans l’opacité bruxelloise, un groupe de travail « informel » de parlementaires européens vise « à préparer la révision de la Directive Tabac (TPD) ». Aucun document sur ses travaux, aucun procès-verbal des discussions, ni aucune liste de ses membres ne sont publics. Son activité se passe hors du contrôle citoyen. Un manque de démocratie qui pourrait sembler léger. Sauf que ce groupe manœuvre déjà dans l’ombre à exclure tout débat sur la réduction des risques et imposer des mesures anti-vape.

Derrière son voile « informel », le groupe est dirigé par la controversée Michèle Rivasi, eurodéputée française des Verts et anti-vape affirmée. À ses côtés, Manuel Bompard (France insoumise), Cristian-Silviu Bușoi (Roumanie, Parti libéral), Tilly Metz (Luxembourg, Verts) et Younous Omarjee (France insoumise) semblent également en être membres. Le mystère plane sur l’identité des autres participants.

Add 09-11-2020 17h: L'existence de ce groupe informel est à la fois annoncée sur le site de Michèle Rivasi et dans la lettre aux autorités européennes qu'elle a publié en anglais et français (lien plus-bas). Capture d'écran du site de Michèle Rivasi de ce jour (09 novembre 2020):

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Imposer des mesures anti-vape

L’inquiétude grandit en apprenant qu’à la faveur des restrictions liées au Covid, Michèle Rivasi fait le forcing ces derniers jours pour que son groupe informel rédige l’évaluation de la directive tabac (TPD) avec la Commission Santé, qui doit la présenter d’ici le 20 mai prochain. 

Dans une lettre adressée ce 27 octobre aux autorités européennes, dont Ursula von der Leyen la Présidente de l’Union Européenne, Michèle Rivasi annonce craindre, non sans raison, que "le prisme restrictif du cahier des charges fixé par la Commission, peut aboutir à des rapports permettant d’entériner certains choix préconçus de la Commission". Mais au lieu d'ouvrir un débat, elle annonce vouloir imposer des restrictions anti-vape avant tout examen. 

Elle réclame un « encadrement plus strict des cigarettes électroniques après l’avis de nocivité diffusé par l’Organisation Mondiale de la Santé en juillet 2020 » [note: sans référence, je ne sais pas à quel document de l'OMS se réfère Michèle Rivasi]. Elle prétend que cette mesure, qu'elle assimile à d'autres concernant le lobbying, le marketing des filtres de cigarettes, etc., pourraient « inquiéter les cigarettiers »

Pourtant ce sont les grandes nations du tabac, dont l’Inde et la Thaïlande, associées au lobby des laboratoires pharmaceutiques et un clan d’idéologues puritains pro-abstinence, tous rassemblés autour du réseau Bloomberg qui poussent l’OMS à une position anti-réduction des risques, sans fondement scientifique sérieux et contre l'avis d'experts et d'acteurs de terrain de la lutte anti-tabac. L'OMS Europe a d'ailleurs publié en mai dernier un rapport beaucoup plus tempéré que le rapport Mpower payé par Bloomberg et rédigé par Vinayak Prasad, ex-haut fonctionnaire du Ministère des finances de l'Inde.

Court-circuiter les utilisateurs

La prise d'initiative des associations d'utilisateurs a t-elle hâté l'offensive de la parlementaire? Ouverte jusqu’au 31 décembre, l’enquête EU Nicotine Users Survey a déjà recueilli plusieurs dizaines de milliers de réponses. Forcer des mesures et imprimer une orientation anti-vape dés maintenant, marginaliseraient la voix des associations représentant les 27 millions d’utilisateurs de produits à risques réduits de l’UE, et limiteraient leurs rares possibilités d’interventions citoyennes par la suite. L’expérimentée député européenne sent l’opportunité d’imposer son cadre restrictif et court-circuiter les citoyens défenseurs de réduction des risques. 

Outre les usagers, les professionnels sociaux sanitaires de terrain, sans véritable représentant au niveau européen, risquent aussi d’être ignorés au profit des puissants organismes bureaucratiques liés aux lobbys et au réseau Bloomberg dans la démarche initiée par Michèle Rivasi. Celle-ci met en avant notamment la cellule d'Anna Gilmore de l'Université de Bath, "achetée" - pour reprendre l'expression de Michael Bloomberg lui-même - pour 20 millions $ par le milliardaire américain. 

Les exigences de Michèle Rivasi

Un « encadrement plus strict », Michèle Rivasi l’avait déjà « exigé » le 18 février dernier à une séance entre la commission du parlement sur l’environnement et la santé (ENVI) et la Commission européenne. Son discours était un décalque des éléments de langage anti-vape du réseau Bloomberg. D’où peut-être ses incohérences sur l’état de la réglementation en Europe. 

Car en plus d’une interdiction sans délai des arômes de vapotage, elle exigeait aussi des mesures déjà en place dans la directive actuelle TPD, telles que la restriction de publicité et des avertissements sanitaires sur les emballages, ou relevant de la compétence des États et également déjà en place, comme l’interdiction de vente aux mineurs. 

À sa méconnaissance de la situation réglementaire, elle y avait ajouté l’étalage de sa fameuse orientation scientifique, qu’elle assure ne pas être obscurantiste. « Nous ne savons rien [sic!], ou malheureusement très peu, des effets des additifs chimiques utilisés dans les liquides des e-cigarettes, des résidus de leur combustion [sic!] et de leurs effets combinés », avait-elle clamé au micro de la salle de réunion européenne. Le blog Vap'You avait à l’époque décortiqué point par point son intervention. 

Une personnalité non-obscurantiste pas très claire

Si Michèle Rivasi fait mine d’ignorer les analyses scientifiques du Public Health England, du Royal College of Physicians (UK), de l’Académie nationale de médecine en France, ou des experts allemands de réduction des risques, ce n’est pas chose inhabituelle chez elle. L’eurodéputé verte est une figure de la contestation de la science « officielle ». Critique notamment des vaccins, de la médecine conventionnelle, des ondes et du nucléaire. Bien qu’elle se prétend avant tout contre les lobbys, notamment de la pharmaceutique, elle défend l’industrie de l’homéopathie

Elle ratisse large avec un art consommé du double langage. Exemple la semaine dernière, Michèle Rivasi s’affiche à un colloque anthroposophique sur le traitement du cancer. Puis elle prétend le lendemain ne pas cautionner la médecine anthroposophique. 

Ni anti-vaxx, ni anti-vape, mais tout comme

Michèle Rivasi insiste aussi pour dire ne pas être une anti-vaxx. Pourtant en 2017, elle avait invité Andrew Wakefield pour son film Vaxxed au parlement européen. Projection annulée suite au billet d’un blog, à son tour dépublié sous la pression. La députée avait tout de même organisé une séance en ville en compagnie de l’auteur de la fraude publiée dans le Lancet en 1998 (voir annexe).

Culpabiliser les victimes pour leur dénier le droit à la réduction des risques

On pourrait multiplier les exemples, mais on l’aura compris. Michèle Rivasi n’est pas intéressée par les approches collectives de réduction des risques ni leur capacité à combler les inégalités sociales de santé. Son axe est de surfer sur les angoisses individuelles de l’époque, qu'elles soient ou non fondées. Attiser les doutes pour faire fond de commerce politique. Et cultiver le ressentiment.

Notamment à l’encontre des fumeurs, qu’elle accuse de coûter pas moins de 130 milliards € par an « au détriment des non-fumeurs » en France. Oubliant que ce chiffre farfelu de Pierre Kopp comptabilise pour 115 000 € chaque année de vie perdue par les fumeurs. Des années de vies perdues par les fumeurs morts prématurément donc. Accuser les victimes de mourir pour justifier de leur refuser toute solidarité et politique de réduction des risques est d’un cynisme effarant. 

Pervertir la lutte antitabac en guerre contre la réduction des risques

On l’a vu, avec Michèle Rivasi « le lobby, c’est les autres ». Il semble en être de même dans son engagement sur la TPD. Ses références appuyées à des organismes du réseau d’influence du milliardaire Michael Bloomberg laissent peu de place au doute. Notamment l’organisme STOP, dont le satellite thaïlandais Good Governance for Tobacco Control (GGTC) est un partenariat entre Bloomberg et la Thaïlande, qui détient le monopole du tabac local. Ça se passe de commentaire.

En quelques années, l’affairiste américain a instrumentalisé la cause antitabac au bénéfice de la poursuite de ses propres intérêts politiques, commerciaux et financiers, y compris dans ses affaires avec les grandes nations tabagiques comme l’Inde et la Thaïlande. À coup de centaines de millions $, il a transformé la lutte antitabac en guerre à la réduction des risques, en particulier contre le vapotage

Une volonté politique de tuer toute chance de débat sérieux

Cultiver les angoisses, pousser au ressentiment, se faire championne anti-lobby pour mieux bénéficier du soutien de certains, réussit plutôt bien à Michèle Rivasi. Elle entame son troisième mandat d’eurodéputé. Les médias adorent l’inviter, il y a toujours matière à un petit buzz. Peut-on lui reprocher de continuer ainsi? 

Ce qui interroge est le choix de ses mystérieux collègues de l’avoir parachutée à la tête de ce groupe informel du parlement européen sur la révision de la directive TPD. Est-il raisonnable de livrer la direction d’un groupe informel, qui ne rend compte de rien, sur un sujet de santé publique concernant plus d’un quart de la population européenne à une telle personnalité? 

Qui est derrière cette orientation?

Confier ce poste à une politicienne campée sur une posture de pseudo-pureté condamnant par avance toute possibilité de dialogue contradictoire est synonyme de déni de débat. Ce groupe informel en se rangeant sous les ordres d’une militante ouvertement anti réduction des risques avant tout examen rejette les données, la réalité de terrain et l’expérience des usagers. 

Ce choix est très inquiétant pour les dizaines de millions d’usagers concernés et les milliers de professionnels de santé de terrain, auxquels personne de ce groupe informel ne semble s’intéresser. Une orientation irresponsable politiquement, reflet d'une volonté de tuer toute possibilité de débat sérieux au profit d’une politique spectacle hystérique. 


Annexe : L’affaire Wakefield en bref

« La méfiance croissante vis-à-vis du monde scientifique et médical est en partie liée à la médiatisation de différentes affaires qui ont sapé l’image de la science. La tendance générale à la perte de confiance dans les institutions et les gouvernements est souvent instrumentalisée par de nombreux courants politiques (populisme, fascisme), mais aussi par le mouvement anti-vaccination »
, Brigitte Chamak, l’affaire Wakefield et le mouvement anti-vaccination, dans Neuropsychiatrie de l’enfance et l’adolescence, 2017. 

Pour rappel, qui est Andrew Wakefield que Michèle Rivasi a invité au Parlement européen, avant d’annuler, et organiser la projection de son film Vaxxed à Bruxelles le 9 février 2017? Andrew Wakefield a falsifié en 1998 les résultats d’une étude sur 12 enfants pour affirmer des liens entre la vaccination rougeole-oreillons-rubéole (ROR) et la survenue d’autisme. Brian Deer explique en détail la fraude dans un article pour le BMJ

Engagé initialement pour 55 000 £ par un avocat désirant avoir des "preuves" en vue de gagner un procès contre un laboratoire pharmaceutique, Andrew Wakefield a ensuite touché 400 000 £ d’honoraires supplémentaires. Enfin, lui-même avait déposé un brevet pour un vaccin contre la rougeole, concurrent direct du ROR. Le Lancet a mis douze ans à rétracter l’article frauduleux et Andrew Wakefield a été radié de l’ordre des médecins britanniques. Mais la rumeur du vaccin cause d’autisme court toujours vingt ans après.

Michèle, Rivasi, « normalienne agrégée de sciences naturelles, qui en est à son troisième man­dat d’eurodéputée, est devenue embarrassante pour son parti à force de déclarations hostiles aux vaccins. En 2015, elle esti­mait qu’“aujourd’hui, les vaccins créent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent” », pique le magazine politique Marianne dans un dossier sur les élus écologistes le 7 août dernier.

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